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Post� le lundi 08 octobre 2007 @ 13:03:46 by AnarchOi Contributed by: AnarchOi
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Publié en 1913 in L’Anarchie, n° 428 de juin 1913. Traduit par E. GREEN (Extrait).
Nous nous vantons, nous nous glorifions de l’avancement des sciences et
du progrès. N’est-ce pas étrange alors que nous sommes encore dans
l’adoration des fétiches ? Nos fétiches ont une substance et une forme
différente, il est vrai ; leur pouvoir sur l’esprit humain est tout
aussi désastreux que celui des dieux d’antan.
Notre fétiche
moderne est le suffrage universel. Ceux qui ne le possèdent pas encore
combattent et font des révolutions sanglantes pour l’obtenir. Ceux qui
jouissent de son règne font de lourds sacrifices à l’autel de sa
divinité omnipotente. Malheur aux hérétiques qui osent douter de cette
divinité !
La femme, plus encore que l’homme, est adoratrice
de ces fétiches, et quoique ses idoles puissent changer, elle est
toujours à genoux, toujours élevant ses mains, toujours aveugle au fait
que son Dieu a des pieds d’argile. Ainsi elle est le plus grand soutien
de toutes les déités depuis un temps immémorial. Aussi elle a eu à
payer le prix que seuls les dieux peuvent exiger : sa liberté, le sang
de son cœur, sa vie même.
La maxime mémorable de NIETZSCHE :
« Quand vous allez à la femme, prenez le fouet », est considérée comme
très brutale. Cependant, NIETZSCHE exprime dans cette phrase l’attitude
de la femme envers les dieux. C’est elle qui cherche le fouet.
La religion, spécialement la religion chrétienne, a condamné la femme à
la vie inférieure de l’esclave. Elle a contrecarré sa nature et
enchaîné son âme. Malgré cela, cette religion n’a pas de plus grand
soutien, pas de plus dévoué partisan que la femme. En vérité, on peut
dire avec certitude que la religion aurait depuis longtemps cessé
d’être un facteur dans la vie des peuples sans l’appui qu’elle reçoit
de la femme. Les plus ardents ouvriers de l’Eglise, les plus
infatigables des missionnaires dans le monde entier, sont femmes,
toujours sacrifiant sur l’autel des dieux qui ont enchaîné leur esprit
et asservi leur corps.
Ce monstre insatiable, la guerre,
dépouille la femme de tout ce qui lui est cher et précieux. Elle lui
prend ses frères, ses amants et ses fils, et en retour lui donne une
vie de désespoir et de solitude. Pourtant, le plus grand défenseur et
adorateur de la guerre est la femme. C’est elle qui inculque l’amour de
la conquête et du pouvoir à ses enfants ; c’est elle qui murmure les
gloires de la guerre aux oreilles de ses petits, et qui calme son bébé
au son des trompettes et au bruit des fusils. C’est elle aussi qui
couronne le vainqueur au retour du champ de bataille.
Puis, il
y a le foyer conjugal. Quel terrible fétiche ! Combien cette prison
moderne avec des barreaux dorés sape l’énergie vitale de la femme ! Ses
aspects brillants l’empêchent de voir le prix qu’elle a à payer comme
épouse, mère et ménagère. Pourtant, elle se cramponne avec ténacité au
foyer, au pouvoir marital qui la tient en asservissement.
On
peut dire que la femme désire le suffrage pour se libérer, parce
qu’elle reconnaît le terrible péage qu’elle doit verser à l’Eglise, à
l’Etat et au foyer. Ce peut être vrai pour quelques unités, mais la
majorité des suffragettes répudient entièrement un tel blasphème. Au
contraire, elles affirment toujours que c’est le suffrage des femmes
qui fera d’elles de meilleures chrétiennes et femmes d’intérieur, de
dévouées citoyennes de l’Etat. Ainsi, le suffrage est seulement un
moyen de fortifier l’omnipotence des dieux mêmes que la femme a servis
depuis un temps immémorial.
Il ne fat pas s’étonner alors
qu’elle soit aussi dévote, aussi zélée, aussi prosternée devant la
nouvelle idole : le suffrage des femmes. Comme au bon vieux temps, elle
endure persécutions, emprisonnements, tortures et toutes sortes de
condamnations avec le sourire aux lèvres.
Comme autrefois,
même les plus éclairées, espèrent en un miracle de la divinité du
vingtième siècle : le suffrage. Vie, bonheur, joie, liberté,
indépendance, tout cela et davantage doit naître du suffrage. Dans la
dévotion aveugle, la femme ne voit pas ce que les gens éclairés
aperçurent il y a cinquante ans. Elle ne se rend pas compte que le
suffrage est un mal, qu’il a seulement aidé à asservir les gens, qu’il
leur a fermé les yeux, afin qu’ils ne voient pas le subterfuge grâce
auquel on obtient leur soumission.
Le désir de la femme pour
le suffrage est basé sur le principe qu’elle doit avoir des droits
égaux à ceux de l’homme dans toutes les affaires de la société.
Personne ne pourrait réfuter cela si le suffrage était un droit.
Hélas ! c’est à cause de l’ignorance de l’esprit humain que l’on peut
voir un droit dans une imposture. Une partie de la population fait des
lois, et l’autre partie est contrainte par la force à y obéir. N’est-ce
pas là la plus brutale tromperie ? Cependant, la femme pousse des
clameurs vers cette « possibilité dorée » qui a créé tant de misères
dans le monde et dépouillé l’homme de son intégrité, de sa confiance en
lui-même et en a fait une proie dans les mains de politiciens sans
scrupules.
Libre, le stupide citoyen de la libre Amérique ?
Libre de mourir de faim, de rôder sur les grandes routes de ce grand
pays. Il possède le suffrage universel. Grâce à ce droit, il a tout
juste réussi à se forger des chaînes autour de ses membres. La
récompense qu’il reçoit consiste en lois appelées sociales qui
prohibent le droit de boycottage, de picketing (chasse aux jaunes, aux
renards), tous les droits, en un mot, excepté le droit d’être volé des
fruits de son labeur. Cependant tous ces résultats désastreux n’ont
rien appris à la femme. Même alors, on nous assure que la femme
purifiera la politique.
Il est inutile de lire que je ne
m’oppose pas au suffrage des femmes pour la raison qu’elles n’en sont
pas dignes ? Je ne vois pas des raisons physiques, psychiques ou
morales interdisant à la femme de voter comme l’homme. Mais cela ne
peut pas me convaincre que la femme réussira là où l’homme a échoué. Si
elle ne faisait pas les choses plus mal, elle ne pourrait certainement
pas les faire mieux. Donc, c’est la doter de pouvoirs surnaturels que
d’affirmer qu’elle réussirait à purifier ce qui n’est pas susceptible
de purification. Puisque le plus grand malheur de la femme est d’être
considérée comme un ange ou comme un diable, son véritable salut repose
sur le fait d’être considérée comme un être humain, c’est-à-dire sujet
à toutes les folies et erreurs des hommes ? Devons-nous alors croire
que deux erreurs feront quelque chose de juste ? Pouvons-nous penser
que le poison inhérent à la politique sera diminué, si les femmes
entrent dans l’arène ? Les plus ardentes suffragettes soutiendraient
difficilement telle folie.
En fait, les partisans les plus
convaincus du suffrage universel sont arrivés à conclure que tous les
systèmes de pouvoir politique sont absurdes, et sont complètement
inadéquats à faire face aux besoins pressants de la vie. […]
Emma Goldman
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