| |
Post� le mercredi 19 septembre 2007 @ 13:05:28 by AnarchOi Contributed by: Anonyme
|
 |
 La civilisation occidentale vit � cr�dit. Elle a cru qu'elle pourrait durer toujours sans s'acquitter � aucun moment de l'arri�r� de ses mensonges. Mais elle �touffe � pr�sent sous l'�crasement de leur poids mort. Aussi, avant d'en venir � des consid�rations plus substantielles, il nous faut commencer par faire de la place et d�lester ce monde de quelques-unes de ses illusions comme celle, par exemple, que la modernit� aurait, comme telle exist�. Il ne rentre pas dans nos vues de s'attarder sur les faits indiscutables. Que le terme m�me de "modernit�" n'�veille plu aujourd'hui, en r�gle g�n�rale, qu'une ironie ennuy�e, et ce quoi qu'en ait le g�tisme progressiste, qu'il apparaisse enfin pour ce qu'il n'a jamais cess� d'�tre : le f�tiche verbal dont la superstition des salauds et des simples d'esprits a entour� l'accession progressive des rapports marchands � l'h�g�monie sociale � partir de la pr�tendue "Renaissance", et ce au gr� d'int�r�ts que nous ne nous expliquons que trop bien, voil� qui ne m�rite gu�re d'ex�g�se. Il y va ici d'un vulgaire cas de truanderie sur l'�tiquette dont nous laissons l'�lucidation aux sacristains de l'historicisme futur. Notre affaire est autrement plus grave. C'est que, de m�me que les rapports marchands n'ont jamais exist� en tant que rapports marchands, mais seulement comme des rapports entre hommes travestis en rapports entre choses, de m�me ce qui se dit, se croit ou est tenu pour "moderne" n'a jamais v�ritablement exist� en tant que moderne. L'essence de l'�conomie, ce pseudonyme transparent sous lequel la modernit� marchande essaie r�guli�rement de se faire passer pour une �ternit� d'�vidence, n'est rien d'�conomique ; et de fait, son fondement, qui lui tient aussi lieu de programme, s'�nonce en ces termes abrupts : NEGATlON DE LA METAPHYSIQUE, c'est-�-dire de ce que pour l'homme la transcendance est la cause efficiente de l'immanence, soit en d'autres termes, de ce que le monde, pour lui, fait sens, le suprasensible apparaissant dans le sensible. La civilisation occidentale vit � cr�dit. Elle a cru qu'elle pourrait durer toujours sans s'acquitter � aucun moment de l'arri�r� de ses mensonges. Mais elle �touffe � pr�sent sous l'�crasement de leur poids mort. Aussi, avant d'en venir � des consid�rations plus substantielles, il nous faut commencer par faire de la place et d�lester ce monde de quelques-unes de ses illusions comme celle, par exemple, que la modernit� aurait, comme telle exist�. Il ne rentre pas dans nos vues de s'attarder sur les faits indiscutables. Que le terme m�me de "modernit�" n'�veille plu aujourd'hui, en r�gle g�n�rale, qu'une ironie ennuy�e, et ce quoi qu'en ait le g�tisme progressiste, qu'il apparaisse enfin pour ce qu'il n'a jamais cess� d'�tre : le f�tiche verbal dont la superstition des salauds et des simples d'esprits a entour� l'accession progressive des rapports marchands � l'h�g�monie sociale � partir de la pr�tendue "Renaissance", et ce au gr� d'int�r�ts que nous ne nous expliquons que trop bien, voil� qui ne m�rite gu�re d'ex�g�se. Il y va ici d'un vulgaire cas de truanderie sur l'�tiquette dont nous laissons l'�lucidation aux sacristains de l'historicisme futur. Notre affaire est autrement plus grave. C'est que, de m�me que les rapports marchands n'ont jamais exist� en tant que rapports marchands, mais seulement comme des rapports entre hommes travestis en rapports entre choses, de m�me ce qui se dit, se croit ou est tenu pour "moderne" n'a jamais v�ritablement exist� en tant que moderne. L'essence de l'�conomie, ce pseudonyme transparent sous lequel la modernit� marchande essaie r�guli�rement de se faire passer pour une �ternit� d'�vidence, n'est rien d'�conomique ; et de fait, son fondement, qui lui tient aussi lieu de programme, s'�nonce en ces termes abrupts : NEGATlON DE LA METAPHYSIQUE, c'est-�-dire de ce que pour l'homme la transcendance est la cause efficiente de l'immanence, soit en d'autres termes, de ce que le monde, pour lui, fait sens, le suprasensible apparaissant dans le sensible. Ce beau projet est enti�rement contenu dans l'illusion aberrante mais efficace qu'une compl�te s�paration entre le physique et le m�taphysique serait possible - disjonction qui prend le plus souvent la forme d'une hypostase du physique, �rig� en mod�le de toute objectivit�, et commande logiquement une myriade d'autres scissions locales, entre vie et sens, r�ve et raison, individu et soci�t�, moyens et fins, artistes et bourgeois, travail intellectuel et travail mat�riel, dirigeants et ex�cutants, etc., qui ne sont, dans leur nombre, pas moins absurdes, chacun de ces concepts devenant abstrait et perdant tout contenu hors de l'interaction vivante avec son contraire -. Or, une telle s�paration �tant r�ellement, c'est-�-dire humainement, impossible, et la liquidation de l'humanit� ayant � ce jour �chou�, rien de moderne n'a jamais pu exister comme tel. Ce qui est moderne n'est pas r�el, ce qui est r�el n'est pas moderne. Pour autant, il y a bien une r�alisation de ce programme, mais � pr�sent qu'elle se parach�ve nous voyons aussi qu'elle est tout le contraire de ce qu'elle pensait �tre, d'un mot : la compl�te d�r�alisation du monde. Et toute l'�tendue du visible porte d�sormais, par son caract�re vacillant, ce t�moignage brutal que la n�gation r�alis�e de la m�taphysique n'est en fin de compte que la r�alisation d'une m�taphysique de la n�gation. Le fonctionnalisme et le mat�rialisme inh�rents � la modernit� marchande ont partout produit un vide, mais ce vide correspond � l'exp�rience m�taphysique originaire : l� o� les r�ponses allant au-del� de l'�tant, qui permettraient une orientation dans celui-ci, ont disparu, l'angoisse surgit, le caract�re m�taphysique du monde affleure aux yeux de tous. Jamais le sentiment de l'�tranget� n'a �t� si pr�gnant comme devant les productions abstraites d'un monde qui pr�tendait l'ensevelir sous l'immense opulence inquestionnable de ses marchandises accumul�es.
Les lieux, les v�tements, les paroles et les architectures, les visages, les gestes, les regards et les amours ne sont plus que les masques terribles qu'une seule et m�me absence s'est invent�s pour venir � notre rencontre. Le n�ant a visiblement pris ses quartiers dans l'intimit� des choses et des �tres. La surface lisse de l'apparence spectaculaire craque partout sous l'effet de sa pouss�e. La sensation physique de sa proximit� a cess� d'�tre l'exp�rience ultime r�serv�e � quelques cercles de mystiques, elle est au contraire la seule que le monde marchand nous ait laiss�e intacte, et m�me d�cupl�e de la disparition programm�e de toutes les autres ; il est vrai que c'est aussi la seule qu'il s'�tait explicitement propos� d'an�antir. Tous les produits de cette soci�t� - que l'on songe � la conceptualit� creuse de la Jeune-Fille, de l'urbanisme contemporain ou de la techno - sont des choses que l'esprit a quitt�es, et qui ont surv�cu � tout sens comme � toute raison d'�tre. Ce sont des signes qui s'�changent selon des mouvements plans, qui ne signifient pas rien, comme les gentils gnards du postmodernisme pr�f�reraient le croire, mais bien plut�t le Rien. Toutes les choses de ce monde subsistent dans un exil perceptible. Elle sont victimes d'une l�g�re et constante d�perdition d'�tre. Assur�ment, cette modernit� qui se voulait sans myst�re et qui jurait de liquider la m�taphysique l'a bien plut�t r�alis�e. Elle a produit un d�cor fait de purs ph�nom�nes, de purs �tants qui ne sont rien au-del� du simple fait de se tenir l�, dans leur positivit� vide, et qui sans rel�che provoquent l'homme � �prouver "la merveille des merveilles : que l'�tant est" (Heidegger, Qu'est-ce que la m�taphysique?). Il nous suffit dans ce hall ultramoderne fait de glace, de marbre et d'acier o� le hasard nous a men�s, d'un mince rel�chement de la constriction c�r�brale pour brutalement voir tout l'existant glisser et s'invaginer en une pr�sence tout � la fois oppressante et flottante, o� rien ne reste. L'exp�rience du Tout Autre, il nous arrive ainsi de la faire dans les circonstances les plus communes, et jusque dans des boulangeries fra�chement r�nov�es. Un monde s'�tend devant nous, qui ne parvient plus � soutenir notre regard. L'angoisse y veille � tous les carrefours. Or cette exp�rience d�sastreuse o� nous �mergeons violemment hors de l'existant n'est rien d'autre que celle de la transcendance en m�me temps que de l'irr�m�diable n�gativit� que nous contenons. C'est en elle toute l'�touffante "r�alit�", dont la grande machinerie de l'imposture sociale travaillait � �tablir l'�vidence, qui soudainement, qui l�chement, s'affaisse, et fait place � la b�ance de sa nullit�. Cette exp�rience est rien moins que le fondement de la m�taphysique, o� celle-ci appara�t pr�cis�ment comme m�taphysique, o� le monde appara�t comme monde. Mais la m�taphysique qui ainsi revient n'est pas la m�taphysique que l'on avait chass�e, car elle revient comme v�rit� et n�gation de ce qui avait vaincu l'ancienne, comme conqu�rante, comme m�taphysique critique. Parce que le projet de la modernit� marchande n'est rien, sa r�alisation n'est que l'extension du d�sert � la totalit� de l'existant. C'est ce d�sert que nous venons ravager.
(...)
Du point de vue o� nous nous pla�ons, la plong�e r�solue des masses dans l'immanence et leur fuite ininterrompue dans l'insignifiance - toutes choses qui pourraient nous faire tant d�sesp�rer du genre humain - cessent d'appara�tre comme des ph�nom�nes positifs qui auraient en eux-m�mes leur v�rit�, mais sont plut�t compris comme des mouvements purement n�gatifs, accompagnant l'exode contraint hors d'une sph�re de la signification que le Spectacle a int�gralement colonis�e, hors de toutes les figures, de toutes les formes sous lesquelles il est actuellement permis d'appara�tre et qui nous exproprient du sens de nos actes, comme de nos actes eux-m�mes. Mais d�j� cette fuite ne suffit plus, et il faut vendre en sachets individuels le vide laiss� par la M�taphysique Critique. Le New Age, par exemple, correspond � sa dilution infinit�simale, � son travestissement burlesque par quoi la soci�t� marchande tente de s'immuniser contre elle. Le constat de la s�paration g�n�ralis�e (entre le sensible et le suprasensible autant qu'entre les hommes), le projet de restaurer l'unit� du monde, l'insistance sur la cat�gorie de la totalit�, la primaut� de l'esprit, ou l'intimit� avec la douleur humaine s'y combinent de fa�on calcul�e en une nouvelle marchandise, en de nouvelles techniques. Le bouddhisme appartient lui aussi � la quantit� des hygi�nes spirituelles que la domination devra mettre en oeuvre pour sauver sous quelque forme que ce soit le positivisme et l'individualisme, pour demeurer encore un peu dans le nihilisme. A tout hasard, on ressort m�me la banni�re mit�e des religions, dont on sait quel utile compl�ment elles peuvent faire au r�gne terrestre de toutes les mis�res - il va de soi que lorsqu'un hebdomadaire de bigots en baskets s'inqui�te ing�nument, en couverture, "le XXI�me si�cle sera-t-il religieux?", il faut plut�t lire "Le XXI�me si�cle parviendra-t-il � refouler la M�taphysique Critique?" -. Tous les "nouveaux besoins" que le capitalisme tardif se flatte de satisfaire, toute l'agitation hyst�rique de ses employ�s, et jusqu'� l'extension du rapport de consommation � l'ensemble de la vie humaine, toutes ces bonnes nouvelles qu'il croit donner de la p�rennit� de son triomphe ne mesurent donc jamais que l'approfondissement de son �chec, de la souffrance et de l'angoisse. Et c'est cette souffrance immense, qui peuple les regards et durcit tant les choses, qu'il doit toujours � nouveau, dans une course haletante, mettre au travail, en d�gradant en besoins la tension fondamentale des hommes vers la r�alisation souveraine de leurs virtualit�s, tension qui ne cesse de s'accro�tre avec la distance qui les en s�pare. Mais l'esquive s'�puise et son efficacit� tendancielle d�cro�t rapidement. La consommation ne parvient plus � �ponger l'exc�s des larmes contenues. Aussi faut-il mettre en oeuvre des dispositifs de s�lection toujours plus ruineux et plus drastiques pour exclure des rouages de la domination ceux qui n'ont pu ravager en eux-m�mes toute propension � l'humanit�. Aucun de ceux qui participent effectivement � cette soci�t� n'est cens� ignorer ce qui pourrait lui en co�ter de laisser voir en public sa douleur v�ritable. Toutefois, en d�pit de ces machinations, la souffrance n'en continue pas moins de s'accumuler dans la nuit forclose de l'intimit�, o� elle cherche � t�tons, avec obstination, un moyen de s'�couler. Et comme le Spectacle ne peut �ternellement lui interdire de se manifester, il doit de plus en plus souvent le lui conc�der, mais alors en en travestissant l'expression, en d�signant au deuil plan�taire un de ces objets vides, une de ces momies royales dont la confection est son secret. Seulement la souffrance ne peut se satisfaire de pareils faux-semblants. Aussi attend-elle, patiente, comme � l'aff�t, la brutale suspension du cours r�gulier de l'horreur, o� les hommes s'avoueraient en un soulagement sans limites : "Tout nous manque indiciblement. Nous crevons de la nostalgie de l'Etre!".
De Tiqqun
|
|
|
Liens Relatifs
L'Article le plus lu � propos de Situationisme :
Les derni�res nouvelles � propos de Situationisme :
|