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  Post� le dimanche 02 septembre 2007 @ 00:37:28 by AnarchOi
Contributed by: AnarchOi
SyndicalismeSource : http://www.bibliolibertaire.org



Si l'on demandait : "qui est pour la bureaucratie ?", il est fort probable que personne ne l�verait le doigt. La bureaucratie est en effet un syst�me de gestion qui n'a pratiquement aucun partisan ouvertement d�clar� mais qui frappe pourtant l'ensemble de la plan�te et depuis fort longtemps.

C'est ainsi que l'�gypte pharaonique [1] ou l'URSS ont d�velopp�, malgr� des variantes id�ologiques importantes, des bureaucratie particuli�rement puissantes, avec dans tous les cas, les r�sultats catastrophiques que l'on sait. Les �v�nement actuels dans ce dernier pays peuvent d'ailleurs s'interpr�ter dans une large mesure comme une saine r�action du corps social contre la bureaucratie [2].

Ces quelques consid�rations ne doivent pas nous faire oublier les bureaucratie des pays dans lesquels nous vivons. Pour �tre plus discr�tes, elles n'en sont pas moins r�elles.

A l'ouest, les �tats et leurs administrations, les partis politiques, les �glises, les syndicats r�formistes, les grosses entreprises (songer � ITT)... constituent autant de syst�me bureaucratiques qui s'interp�n�trent et s'�paulent plus qu'ils ne se combattent. Il en r�sulte un �norme g�chis, la paralysie de l'innovation sociale et l'�crasement des individus. Entrent dans ce cadre pour ne prendre qu'un nombre tr�s limit� d'exemples, la destruction m�thodique de la for�t amazonienne, la pollution radioactive croissante et la famine chronique qui d�cime une partie de l'humanit�, pendant qu'ici on s'acharne � d�truire des stocks de vivre. Les moyens techniques de r�soudre les probl�mes existent, mais la bureaucratie capitaliste vou�e au Dieu argent laisse courir tranquillement le monde � sa perte.

De m�me, qui pourrait pr�tendre qu'en France, par exemple, les probl�mes d'habitat (expulsion, banlieues ...) ou de la r�partition du travail et des ressource trouent des solutions rationnelles conformes � l'int�r�t de tous ? Les bureaucrates ne s'en soucient pas car leur objectif prioritaire est d'accro�tre les privil�ges des castes qu'ils repr�sentent.

Sur un autre plan, force est de constater que de nombreuses organisations qui se voudraient r�volutionnaires ont fini par constituer de redoutables bureaucraties.

Dans ce cas, on assiste � la "fonctionnarisation" progressive des militants qui deviennent de simples rouages impersonnels. La centralisation augmente, le pouvoir se concentre au sommet de la pyramide. Chaque cat�gorie socioprofessionnelle s'isole des autres. La pression du groupe sur l'individu �crase son pouvoir de d�cision autonome. Des camarillas se cr�ent et exercent des pouvoirs parall�les [3]... l'organisation r�volutionnaire a finalement s�cr�t� sa bureaucratie.

L'histoire est pleine de ces �volutions.

C'est pourquoi, tout militant sinc�re doit se poser la question : " mon organisation, la CNT, peut-elle subir la m�me d�rive ? "

La r�ponse est �videmment "OUI". la CNT est une organisation et, comme telle, elle offre bien des avantages. Mais il faut savoir se pr�munir contre ses d�fauts �ventuels. Il serait pu�ril et vain de vouloir les conjurer en d�cr�tant qu'il n'y a qu'�... ne pas s'organiser. cela fait belle lurette que la bourgeoisie fait ses choux gras de cette philosophie de pacotille. De m�me, les criaillerie, les d�clarations de principe ou la langue de bois des discours servant � se rassurer ("Cela ne peut pas nous arriver") ne sont d'aucun secours.

Pour lutter contre la bureaucratie, il faut d'abord porter une attention soutenue � notre propre fonctionnement : aux structures, aux rouages de l'organisation, aux cons�quences qui en d�coulent.

Cette question n'avait pas �chapp�e � nos a�n�s ; les statuts de la CNT qu'ils ont r�dig�s �tablissent un �quilibre efficace entre les structures (Syndicats/Union r�gionales/Bureau conf�d�ral), ce qui limite toute strat�gie de "prise de pouvoir". le r�le pr�pond�rant des r�gions, qui sont l'expression m�me de la CNT " (f�d�ralisme), le mode de scrutin (une structure = une voix), le r�le purement technique imparti aux f�d�rations sont autant d'obstacles � la bureaucratisation. Pour la petite histoire, rappelons que la CGT a progressivement abandonn� nos principes pour pratiquer l'inverse (vote proportionnel, pr�valence des f�d�rations, apparition des UD, centralisation...) lors de sa stalinisation.

Pour en revenir � la CNT, on constate que l'esprit des statuts situe notre organisation dans une logique qui, �tant celle du respect mutuel et du d�veloppement �quilibr�, porte en elle le d�bat, l'effort de synth�se. Tout l'inverse de ce que l'on voit � la CGT, � la CFDT ou � FO (sans parler des partis politiques) o� tout se r�sume � la prise du pouvoir d'une "tendance", d'un "courant" ou d'une "sensibilit�" sur l'ensemble.

Mais la CNT ne vit pas dans une tour d'ivoire. Elle se d�veloppe au contraire dans une soci�t�, nous l'avons dit, fortement bureaucratis�e. La bureaucratie est en quelque sorte le mod�le culturel dominant dans lequel nous vivons. De ce fait, elle cherche � "contaminer", � absorber tout ce qui s'oppose � elle. La CNT est dans ce cas.

Une fa�on d'absorber les syndicats, de les vider de toute substance r�volutionnaire a �t� longuement pratiqu�e par le capitalisme. C'est la participation, la cogestion et autres forme de collaboration de classe. On "invite" les syndicats � participer � la gestion des comit�s d'entreprise, des cantines, des colonies de vacances ou de diverses bonnes oeuvres patronales, on leur donnent une parcelle de pouvoir, on les " arrose " d'une fa�on ou d'une autre (d�charges syndicales...) et on les attache � la bureaucratie capitaliste tant et si bien qu'ils finissent par en devenir un rouage qui assure la r�gulation dans certaines crises.

Refuser cette logique de collaboration, c'est bien entendu le B-A=BA du syndicalisme r�volutionnaire, et les militants de la CNT sauront rester fermes sur ce point.

Mais, il est un autre danger, certainement plus insidieux car il part d'une bonne intention : pour �tre efficaces, il faut �tre organis�. C'est pourquoi certains pourraient penser que, plus on s'organise, c'est-�-dire en fin de compte, plus on multiplie les rouages, plus on devient efficace. Or, rien n'est plus faux.

En agissant de la sorte, on finit au contraire par se paralyser. La caricature en est fournie par certaines administrations qui multiplient les proc�dures et les circuits paperassiers. Un humoriste disait � ce sujet que 50 fonctionnaires peuvent passer plus d'une ann�e � s'�crire les uns les autres, en cercle ferm�, pour revenir au point de d�part sans avoir fait avancer la solution d'un pas.

Toute organisation, toute structure consomme de l'�nergie. Ce qu'il faut �valuer dans notre cas, c'est ce que la m�nag�re appelle le rapport qualit�/prix, le rapport entre l'�nergie consacr�e par les militants aux t�ches d'organisation et les r�sultats, le "plus" (et souvent le "moins") apport� par la structure suppl�mentaire.

Il ne s'agit pas de construire une organisation parfaite, comme on peut s'amuser � le faire sur le papier, selon un plan pr��tabli qui enfile les structures, les �chelons, les rouages (section syndicale, multiples syndicats, unions locales, d�partementales, r�gionales, inter-r�gionales, f�d�rations, secteurs, conf�d�ration...) comme d'autres enfilent les perles.

Il s'agit de partir de la r�alit� (en particulier militante) de la CNT d'aujourd'hui pour renforcer ce qui existe d�j� au lieu de le balkaniser (en ce sens qu'un syndicat intercorporatif actif et dynamique, assurant une pr�sence militante dans une ville est certainement pr�f�rable � trois syndicats de branche p�p�res) tout en conservant au sch�ma organisationnel sa coh�rence, sa simplicit�, pour que les d�cisions continuent � se prendre � la base et ne se perdent pas dans un labyrinthe d'instances inutiles.

Il ne faut pas oublier en effet que la CNT n'est qu'un MOYEN pour atteindre un objectif (la r�volution libertaire, il n'est jamais mauvais de le rappeler). Une des t�ches importantes des militants est de veiller � ce que ce MOYEN ne devienne pas une FIN EN SOI.

L'effondrement du marxisme, la crise du capitalisme (la France va vers ses trois millions de ch�meurs) offrent � la CNT une chance historique de d�veloppement. Ce n'est pas en nous r�fugiant dans une copie des organisations syndicales d�g�n�r�es que nous la saisirons. C'est au contraire en donnant tout son sens au message anarcho-syndicaliste, en le traduisant en actes, y compris et surtout dans notre propre organisation.

Notes

[1] "La bureaucratie c�leste", Etienne BALAZS.

[2] Voir par exemple l'analyse de l'anthropologue T. HALL, dans "Au-del� de la culture".

[3] On aura reconnu dans cette rapide description quelques �l�ments emprunt�s � Max Weber.




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