LE COUP D��TAT D�OCTOBRE
Durant toutes les p�riodes de d�veloppement du marxisme, la
th�se affirmant que le premier pas de l��mancipation de la classe
ouvri�re consistait en la conqu�te du pouvoir est rest�e
in�branlable et inchang�e. La social-d�mocratie a quelque peu
banalis� cette th�se par sa politique, en pr�nant, comme seul
moyen de conqu�te du pouvoir d��tat, la lutte pacifique du
parlementarisme. D�sormais, n�importe quel bolchevik
reconna�tra, vraisemblablement sans difficult�, que la
� domination du prol�tariat � ne s�obtient pas par la lutte
pacifique l�gale, que cela n�a pour r�sultat que de rendre la
social-d�mocratie elle-m�me pacifique et l�galiste, et la conduit
� pr�sent � aider partout les gouvernements � mener une guerre
de pillage, et � pousser les masses ouvri�res de diff�rents pays
� s�entre-tuer. Le bolchevisme a restaur� la � puret� � originelle
de la formule de conqu�te du pouvoir de Marx, non seulement
dans sa propagande mais �galement dans les faits.
Le pouvoir ne peut �tre conquis par une voie pacifique, mais par
la violence, au moyen d�insurrections g�n�rales du peuple. Voil�
ce qu�a d�montr� le bolchevisme � la face du monde socialiste ; il
l�a d�montr�, personne n�en disconviendra, avec une �vidence et
une certitude des plus brillantes. Toutefois, l�affirmation des
bolcheviks tendant � pr�senter leur conqu�te du pouvoir comme
la dictature, la domination de la classe ouvri�re, n�est en fait
qu�une des nombreuses fables que le socialisme invente tout au
long de son histoire.
Bien que les bolcheviks aient reni� l�esprit de conciliation de la
social-d�mocratie, la domination de la classe ouvri�re s�obtient
chez eux, aussi rapidement et simplement que la domination
parlementaire chez les Scheidemann. Les uns et les autres
promettent � la classe ouvri�re sa domination, tout en la
laissant dans les m�mes conditions de servitude, et en la faisant
coexister avec la bourgeoisie qui poss�de toujours toutes les
richesses.
A la veille de l�ann�e 1903, le bolchevisme, qui �tait alors
lui-m�me autant conciliateur que l�ensemble de la confr�rie
socialiste et d�mocratique, assurait que le renversement de
l�autocratie rendrait la classe ouvri�re ma�tresse du pays. En
1917, quelques jours seulement apr�s le coup d��tat d�Octobre,
d�s que les bolcheviks occup�rent, dans les soviets, les places
laiss�es vides par les mencheviks et les
socialistes-r�volutionnaires - L�nine prenant celle de Kerensky,
et Chliapnikov celle de Gvozdiev - on consid�ra que la classe
ouvri�re, par ce seul fait, d�tenait toutes les richesses de
l��tat russe. � La terre, les chemins de fer, les usines - tout
cela, ouvriers, est dor�navant � vous �, proclame l�un des
premiers appel du Soviet des commissaires du peuple.
Le marxisme, pr�tendument �pur� de l�opportunisme de la
social-d�mocratie, r�v�le n�anmoins son vieux penchant, propre �
tous les p�roreurs socialistes, � nourrir les ouvriers de fables
et non de pain. Le marxisme r�volutionnaire, communiste, tir� de
la poussi�re accumul�e depuis de longues d�cennies, d�fend
toujours la m�me utopie d�mocratique : le pouvoir absolu du
peuple, bien que celui-ci soit plong� dans la servitude, dans
l�ignorance et l�esclavage �conomique.
Ayant obtenu sa dictature et d�cid� � r�aliser un r�gime
socialiste, le marxisme bolcheviste ne s�est pas d�fait de la
vieille coutume marxiste d��touffer l�� �conomie � ouvri�re par la
� politique �, de distraire les ouvriers de la lutte �conomique, et
de subordonner les probl�mes �conomiques aux questions
politiques. Bien au contraire, ayant heureusement cr�� leur
� chef-d��uvre �, les bolcheviks n�ont pas manqu� d��garer les
masses ouvri�res, en prodiguant des louanges sans retenue au
� gouvernement ouvrier-paysan �.
Serait-ce simplement parce que les bolcheviks se sont empar�s
du pouvoir, que la Russie bourgeoise devrait imm�diatement
dispara�tre et que devrait na�tre la Russie socialiste, la � patrie
socialiste � russe, et cela en d�pit du fait que jusqu�� pr�sent la
� dictature prol�tarienne � n�en soit pas venue - et n�y pense
m�me pas apparemment - � socialiser les usines et les fabriques
?
Les capitalistes ont perdu leurs fabriques, bien que celles-ci ne
leur aient pas toutes �t� enlev�es ; ils ne poss�dent plus leurs
capitaux, bien qu�ils vivent presque sur le m�me pied
qu�auparavant. Depuis Octobre, c�est l�ouvrier qui serait le
ma�tre de toutes les richesses, celui-l� m�me dont la paie, �tant
donn� la hausse continue du co�t de la vie, devient une paie de
famine ; celui-l� m�me, � propri�taire des fabriques �, qui, � la
moindre gr�ve des transports, se trouve condamn� � l�effroi d�un
ch�mage comme on n�en a encore jamais vu en Russie.
Oui, la dictature bolchevique est vraiment miraculeuse ! Elle
donne le pouvoir � l�ouvrier, elle lui donne l��mancipation et la
domination, tout en conservant � la soci�t� bourgeoise toutes
ses richesses.
Cependant, affirme la science communiste-marxiste, l�histoire ne
conna�t pas d�autre moyen d��mancipation ; jusqu�� pr�sent
toutes les classes se lib�raient au moyen de la conqu�te du
pouvoir d��tat. C�est ainsi que la bourgeoisie aurait obtenu son
h�g�monie � l��poque de la R�volution fran�aise.
Les �rudits communistes ont n�glig� un petit d�tail : toutes les
classes qui se sont lib�r�es dans l�histoire �taient des classes
poss�dantes, alors que la r�volution ouvri�re devrait garantir
l�h�g�monie d�une classe de non-poss�dants. La bourgeoisie ne
s�est empar�e du pouvoir d��tat qu�apr�s avoir accumul�, au
cours des si�cles, des richesses dont l�ampleur ne le c�dait en
rien � celles de son oppresseur, la noblesse ; et c�est seulement
pour cette raison que la conqu�te directe du pouvoir lui
apparaissait comme l�institution effective de sa domination,
comme l�affermissement de son empire.
La classe ouvri�re ne peut suivre le chemin qui a lib�r� la
bourgeoisie. Pour elle, l�accumulation des richesses est
impensable ; sur ce terrain, elle ne peut d�passer la force de la
bourgeoisie. La classe ouvri�re ne peut devenir propri�taire des
richesses avant d�accomplir sa r�volution. C�est pour cela que la
conqu�te du pouvoir d��tat, men�e par n�importe quel parti,
aussi r�volutionnaire et archicommuniste qu�il soit, ne peut rien
donner par elle-m�me aux ouvriers, en dehors du pouvoir fictif,
de la domination illusoire, que la dictature bolchevique n�a cess�
de symboliser jusqu�� maintenant.
Les bolcheviks n�avancent pas dans la r�solution de ce probl�me
essentiel, et les masses ouvri�res, qui ont commenc� depuis
longtemps � perdre leurs illusions � leur sujet, reconnaissent
d�sormais que la dictature bolchevique est tout � fait inutile
pour elles, et s�en �loignent, tout comme elles l�ont fait avec les
mencheviks et les socialistes-r�volutionnaires. Il se r�v�le que
ce pouvoir n�est pas celui de la classe ouvri�re, qu�il ne d�fend
que les int�r�ts de la � d�mocratie �, des couches inf�rieures de
la soci�t� bourgeoise : de la petite-bourgeoisie citadine et
rurale, de l�intelligentsia, qualifi�e de � populaire �, ainsi que de
d�class�s du milieu bourgeois et ouvrier, appel�s par la
r�publique sovi�tique � la direction de l��tat, de la production
et de toute la vie du pays. Il se r�v�le que la dictature
bolchevique n�aura �t� qu�un moyen r�volutionnaire extr�me,
indispensable pour �craser la contre-r�volution et pour
instaurer les conqu�tes d�mocratiques. Il se r�v�lera �galement
que les bolcheviks ont suscit� l�insurrection d�Octobre afin de
sauver de la ruine compl�te l��tat bourgeois d�liquescent par la
cr�ation d�une � patrie ouvri�re et paysanne �, afin de
sauvegarder de la d�vastation non plus les demeures
seigneuriales, mais des cit�s et des r�gions enti�res menac�es,
d�une part, par les masses affam�es de la ville et de la campagne,
et d�autre part, par les millions de soldats qui fuyaient le front.
Tout ce qui reste de la r�volution bolchevique ne diff�re que peu
des modestes plans �labor�s par les bolcheviks deux � trois mois
avant le coup d��tat d�Octobre. Dans sa brochure, les Le�ons
de la r�volution, L�nine d�clare plusieurs fois que la t�che des
bolcheviks consiste � r�aliser ce que veulent, mais ne savent pas
mettre en pratique, les ministres socialistes-r�volutionnaires :
sauver la Russie du d�sastre - et qu�il n�y a que les seuls
calomniateurs bourgeois qui peuvent attribuer aux bolcheviks
l�aspiration � instaurer en Russie une dictature socialiste et
ouvri�re.
Dans deux brochures, �crites ult�rieurement, les Bolcheviks
conserveront-ils le pouvoir ? et la Catastrophe qui
menace, L�nine explique que la t�che de la dictature bolchevique
et du contr�le ouvrier sera de remplacer le vieux m�canisme
bureaucratique par un nouvel appareil populaire d��tat ; il
pr�conise aussi des modes d�emploi des plus fantastiques, comme,
par exemple, obliger la bourgeoisie � se soumettre et � servir le
nouvel �tat populaire, sans pour autant lui enlever ses richesses
!
La dictature bolchevique fut con�ue comme une dictature
d�mocratique qui ne devait aucunement saper les fondements de
la soci�t� bourgeoise. Apr�s Octobre, plusieurs entreprises
furent d�clar�es nationalis�es par un d�cret dont l�ex�cution, on
le sait, n�est pas garantie. Plusieurs dizaines de banquiers
furent priv�s de leurs richesses, mais en g�n�ral les richesses
de la Russie restent � la bourgeoisie, et fondent sa force et sa
domination.
Retranch�s derri�re les positions acquises, les communistes,
nouveaux venus, joueront le r�le des d�mocrates fran�ais du
temps de la Grande R�volution, le r�le des c�l�bres Jacobins,
dont la carri�re s�duit si grandement les dirigeants
bolcheviques, au point que ceux-ci ne sont nullement oppos�s �
les copier, que ce soit dans leur personne ou dans leurs
institutions.
Les Jacobins fran�ais avaient instaur� une � dictature des
pauvres � aussi illusoire que celle des bolcheviks russes. Afin
d�assurer au peuple l��crasement des � aristocrates � et autres
� contre-r�volutionnaires �, de montrer que la capitale et l��tat
se trouvaient bien aux mains des pauvres, les Jacobins avaient
mis les riches et les aristocrates sous la surveillance des
masses, et avaient eux-m�me organis� des r�pressions sanglantes
contre les ennemis du peuple.
Les � tribunaux r�volutionnaires � des sans-culottes parisiens
condamnaient quotidiennement � mort plusieurs dizaines
d�ennemis du peuple, et d�tournaient l�attention des pauvres par
le spectacle des t�tes tombant de l��chafaud, alors que ceux-ci
�taient toujours aussi affam�s et asservis ; de m�me
actuellement en Russie, on endort les masses ouvri�res avec les
arrestations de bourgeois, de saboteurs, avec la confiscation de
palais, avec l��tranglement de la presse bourgeoise et les
spectacles terroristes semblables � ceux des Jacobins.
En d�pit des horreurs de la terreur jacobine, la bourgeoisie
instruite avait rapidement compris que c��tait pr�cis�ment
cette rigueur extr�me qui l�avait sauv�e, qu�elle avait affermi
les conqu�tes de la bourgeoisie r�volutionnaire, sauv� la
r�volution bourgeoise et l��tat de la pression de l�Europe
contre-r�volutionnaire, et en m�me temps inspir� un d�vouement
� toute �preuve du peuple � la � patrie de la libert�, de l��galit�
et de la fraternit� �.
Les bolcheviks auront beau magnifier la � patrie socialiste � et
inventer des formes de gouvernement les plus populaires
possible, tant que les richesses resteront aux mains de la
bourgeoisie, la Russie ne cessera pas d��tre un �tat bourgeois.
Tout ce qu�ils ont accompli jusqu�ici n�est qu�un travail de
Jacobins : le renforcement de l��tat d�mocratique, la tentative
d�imposer aux masses le grand mensonge selon lequel depuis
Octobre il aurait �t� mis fin � la domination des exploiteurs et
que toutes les richesses appartiendraient dor�navant au peuple
laborieux ; et de surcro�t, ils ont suscit� dans la Russie
d�mocratique le patriotisme des sans-culottes fran�ais.
C�est � cela que songeaient les bolcheviks avant Octobre, alors
qu�ils �taient encore vaincus, lorsqu�ils d�claraient qu�ils
�taient les seuls � pouvoir provoquer l�enthousiasme n�cessaire
� la d�fense de la patrie. (L�nine, la Catastrophe imminente). Il
n�ont pas cess� d�y penser, une fois au pouvoir, bien qu�ils
n�aient pu r�ussir � faire flamboyer le feu patriotique au sein de
l�arm�e � malade � ; ils y pensent encore maintenant, en
proclamant une nouvelle � guerre patriotique �.
LA DOMINATION DE LA
CLASSE OUVRI�RE
Le pouvoir qui tombe des mains de la bourgeoisie ne peut en
aucune mani�re �tre repris et conserv� par une classe non
poss�dante, telle que le reste la classe ouvri�re. Une classe
non poss�danteet en m�me temps dirigeante est une absurdit�
totale. C�est l�utopie fondamentale du marxisme, gr�ce � laquelle
la dictature bolchevique peut aussi facilement et rapidement,
devenir la forme d�mocratique de l�ach�vement et du
renforcement de la r�volution bourgeoise, une sorte de copie
russe de la dictature des Jacobins.
Le pouvoir qui �chappe aux capitalistes et aux gros
propri�taires terriens ne peut �tre saisi que par les couches
inf�rieures de la soci�t� bourgeoise - par la petite-bourgeoisie
et l�intelligentsia, dans la mesure o� elles d�tiennent les
connaissances indispensables � l�organisation et � la gestion de
toute la vie du pays - acqu�rant ainsi et se garantissant
solidement le droit � des revenus de ma�tres, le droit de recevoir
leur part des richesses pill�es, leur part du revenu national. Or,
les couches inf�rieures de la bourgeoisie, ayant obtenu des
capitalistes un r�gime d�mocratique, reviennent rapidement � un
accord et � une union avec eux. Le pouvoir retourne � l�ensemble
des poss�dants ; il ne peut �tre s�par� trop longtemps de la
source de tout pouvoir : l�accumulation de richesses.
Ne conviendrait-il pas alors d�en conclure que les ouvriers
doivent abandonner toute id�e de domination ? En toute situation
? Non, refuser de dominer signifierait refuser la r�volution. La
r�volution victorieuse de la classe ouvri�re ne peut �tre, en
effet, rien d�autre que sa domination.
Il s�agit simplement de poser la th�se suivante : la classe
ouvri�re ne peut simplement copier la r�volution bourgeoise,
ainsi que le lui conseille la science sociale-d�mocrate, ceci pour
l�unique raison qu�une classe, condamn�e � des rations et � des
salaires de famine, ne peut aucunement accumuler, et se voit
m�me priv�e de toute possibilit� de le faire, contrairement � la
bourgeoisie du Moyen �ge qui amassait les richesses et les
connaissances. Les ouvriers poss�dent leur voie propre pour
s��manciper de l�esclavage. Afin de rendre sa domination
possible, la classe ouvri�re doit supprimer une fois pour toute
celles de la bourgeoisie, la priver d�un seul coup de la source de
sa ma�trise, de ses fabriques et usines, de tous ses biens
accumul�s, amener les riches au rang de gens oblig�s de
travailler pour vivre.
Voil� pourquoi l�expropriation de la bourgeoisie est le premier
pas in�vitable de la r�volution ouvri�re. Certes, ce n�est que le
premier pas sur la voie de l��mancipation de la classe ouvri�re ;
l�expropriation de la bourgeoisie n�am�nera encore ni la
suppression compl�te des classes, ni l��galit� totale.
Apr�s l�expropriation de la grande et moyenne propri�t�, il
restera encore la petite propri�t� � la ville et � la campagne,
dont la socialisation n�cessitera plus d�une ann�e. Il reste,
chose encore plus importante, le cas de l�intelligentsia. En d�pit
du fait que ses r�mun�rations de ma�tres seront fort r�duites �
l�occasion de l�expropriation de la bourgeoisie, elle ne sera
toujours pas priv�e de la possibilit� de conserver pour elle une
r�tribution �lev�e de son travail.
Tant que l�intelligentsia restera, tout comme auparavant, la
d�tentrice unique des connaissances, et que la direction de
l��tat et de la production restera entre ses mains, la classe
ouvri�re aura � mener une lutte opini�tre contre elle, afin
d��lever la r�mun�ration de son travail jusqu�au niveau de celle
des intellectuels.
L��mancipation compl�te des ouvriers se r�alisera
lorsqu�appara�tra une nouvelle g�n�ration de gens, instruits de
mani�re �gale, �v�nement in�vitable du fait de l��gale
r�mun�ration du travail intellectuel et manuel, tous disposant
ainsi de moyens �quivalents pour �lever leurs enfants.
La domination des ouvriers ne peut pr�c�der l�expropriation des
riches. Ce n�est qu�au moment de l�expropriation de la
bourgeoisie que peut commencer l�h�g�monie de la classe
ouvri�re. La r�volution ouvri�re obligera le pouvoir d��tat �
mener l�expropriation de la grande et moyenne bourgeoisie, et �
l�gitimer la conqu�te par les ouvriers des usines, des fabriques
et de toutes les richesses accumul�es.
LA DICTATURE MARXISTE
Dans la mesure o� il a �t� question, lors du coup d��tat
d�Octobre, d�une r�volution bourgeoise � ouvri�re-paysanne �,
d�une dictature d�mocratique, la vieille charrette bolchevique
tente, avec bien de la peine, de se d�p�trer du marais
d�mocratique et d�emprunter une voie nouvelle. Seulement voil�,
plus on l�emprunte, plus elle devient escarp�e. L�� introduction
imm�diate du socialisme � est � l�ordre du jour, ainsi qu�il a �t�
proclam� � tous vents au moment de la dissolution de l�Assembl�e
constituante. La charrette sociale-d�mocrate tend � verser sur
cette voie dangereuse ; les passagers jettent alors de plus en
plus fr�quemment des regards nostalgiques vers le marais
abandonn�. Les conducteurs eux-m�mes ne peuvent y r�sister.
Les communistes se tournent alors vers l�arri�re en criant bien
fort : � Assez de r�voltes ! Vive la patrie ! Travail renforc� des
ouvriers ! Discipline de fer dans les fabriques et les usines ! �
Les partisans de la r�volution bourgeoise, les mencheviks et les
disciples de la Vie nouvelle [1] les accueillent avec une
joie maligne : � �a y est ! Vous en �tes revenus ! Vous vouliez
vous r�volter contre la "marche objective des choses ", contre
l�"enseignement bourgeois" ! Vous avez voulu la "r�alisation
imm�diate" ! Vous n�avez pu en fait que mieux d�montrer
l�"impossibilit�" totale de ce but insens� ! �
C�est en vain que les membres du marais d�mocratique se
r�jouissent � ce point. Le refus des bolcheviks de pousser plus
loin les � exp�riences socialistes � ne fait que prouver
parfaitement l�impossibilit� pour la social-d�mocratie de
renverser le r�gime bourgeois, et non pas l�impossibilit�
objective en g�n�ral pour la classe ouvri�re de supprimer le
r�gime de pillage qu�elle subit.
Les bolcheviks se sont charg�s d�une t�che qui d�passait leurs
forces et leurs ressources. Ils se sont mis dans la t�te de
renverser le r�gime bourgeois, en se fondant sur l�enseignement
social-d�mocrate. Mais ce m�me enseignement est aussi
revendiqu� par les mencheviks � conciliateurs � en Russie, les
sociaux-d�mocrates � imp�rialistes � en Allemagne et en Autriche,
ainsi que par les � sociaux-patriotes � de tous pays. Cet
enseignement appara�t dans le monde entier comme l��teignoir de
la r�volution, comme l�endormeur des masses ouvri�res, les
entourant de solides filets et �garant leur esprit ; en fait, cet
enseignement est l�arme la plus dangereuse dont dispose la
bourgeoisie instruite pour lutter contre la r�volution ouvri�re.
Quand la social-d�mocratie mondiale alla jusqu�� livrer des
millions d�ouvriers, mobilis�s en principe pour l��mancipation
socialiste, aux bandits militaires, afin de se massacrer
mutuellement, alors quelques meneurs du bolchevisme se
d�cid�rent � taxer la social-d�mocratie de � cadavre pourri �.
Cependant, l�enseignement de la social-d�mocratie, son socialisme
marxiste, qui avait donn� vie � ce � cadavre pourri �, resta, pour
les guides bolcheviques, sacr� et sans taches, tout comme avant.
Il apparut que la social-d�mocratie n�avait fait que � trahir � son
propre enseignement. Il est vrai que les � tra�tres � se
comptaient par millions, et que ses � fid�les disciples �, au
moment de la r�volution russe, n��taient que quelques-uns, L�nine
et Liebknecht en t�te. Malgr� tout, ceux-ci s�exclam�rent :
� Vive le socialisme marxiste, le vrai socialisme ! �.
Ce n�est que l�histoire classique des schismatiques du socialisme
du si�cle pass�. Des innovations �mergent du marais socialiste,
non destin�es � trouver une issue valable pour tous, mais � la
seule fin de r�aliser de vieux pr�ceptes, pour accomplir, par
exemple, une r�volution jacobine. C�est pour cette raison que ce
marais ne s�affermit que tr�s l�g�rement par endroits, et cela
provisoirement, pour retrouver bient�t sa paisible stagnation
habituelle.
Les illusions socialistes embrument l�esprit des ouvriers, en les
d�tournant d�une r�volution ouvri�re directe, ne s�affaiblissent
pas au contact des innovations communistes � r�volutionnaires �
et ne font que s�exp�rimenter davantage et se renforcer sans
cesse.
On le sait, il y a pr�s de vingt ans, les bolcheviks constituaient,
en compagnie des Plekhanov, Guesde, Vandervelde et autres
� sociaux-tra�tres � actuels, un seul mouvement social-d�mocrate
solidaire et uni. C�est � cette �poque que fut �labor� pour la
Russie l�enseignement marxiste : la philosophie, la sociologie,
l��conomie politique, bref tout le socialisme marxiste qui, bien
qu�ayant transform� la social-d�mocratie en un � cadavre
pourri �, doit n�anmoins, r�incarn� dans le bolchevisme, provoquer
comme par miracle le renversement de la bourgeoisie et
accomplir la lib�ration totale de la classe ouvri�re. Le marxisme
russe, �labor� par les efforts communs et concert�s de
Plekhanov, Martov et L�nine, n�avait jamais envisag� un coup
d��tat socialiste comme principal objectif. Au contraire, il
consid�rait comme impossible de nos jours le renversement du
r�gime bourgeois, et d�l�guait enti�rement cette t�che aux
g�n�rations futures.
Le marxisme russe, tout comme celui de l�Europe occidentale, ne
s�occupait pas du renversement du r�gime bourgeois, mais plut�t
de son d�veloppement, de sa d�mocratisation, de son
perfectionnement. Dans la Russie arri�r�e d�alors, l�amour des
marxistes pour le r�gime bourgeois avait atteint des limites
extr�mes. Au d�but de ce si�cle, les bolcheviks et les
mencheviks, avant de se diviser en deux courants rivaux, avaient
pris l�in�branlable d�cision suivante, approuv�e par les
socialistes du monde entier : la t�che supr�me du socialisme en
Russie est l�accomplissement de la r�volution bourgeoise. Cela
signifiait que toute la tension dont �taient capables les ouvriers
russes, tout le sang qu�ils avaient vers� devant le palais
d�Hiver, dans les rues de Moscou, tout le sang des victimes des
exp�ditions punitives de 1905-1906, devaient trouver comme
aboutissement : une Russie bourgeoise, progressiste et r�nov�e.
La dictature � ouvri�re et paysanne �, encore pr�n�e par L�nine
en 1906, refl�tait l�union opportuniste du marxisme avec les
socialistes-r�volutionnaires, et ne violait nullement encore les
pr�ceptes relatifs � l�impossibilit� de la r�volution socialiste.
La dictature ouvri�re et paysanne n��tait vant�e que parce que
la domination de la seule classe ouvri�re �tait reconnue
impossible. On louait la dictature de la d�mocratie bourgeoise
dans l�esprit des partisans actuels de la Novaja Jizn�,parce
qu�on consid�rait intol�rable le renversement du r�gime
bourgeois.
C�est sous cette forme que le marxisme s�est perp�tu�, pour
ainsi dire jusqu�� la r�volution d�Octobre elle-m�me. De sa
lumi�re puissante, il �clairait la voie, tant des acteurs de la
r�volution bourgeoise de 1905-1906, que des sociaux-patriotes
de la r�volution de F�vrier 1917. Il constituait pour eux un
in�puisable r�servoir d�indications pr�cieuses. Il e�t �t� na�f
d�y chercher des indications quelconques sur le renversement du
r�gime bourgeois, sur la r�volution ouvri�re. On n�y aurait
trouv� que l��num�ration de toutes les difficult�s, de tous les
dangers et caract�res pr�matur�s d�� exp�riences socialistes �.
C�est de l� que provenait la peur superstitieuse de tout coup
d��tat socialiste, consid�r� comme la plus grande des
catastrophes ; la peur qu�exprim�rent, aussi visiblement, les
Plekhanov, Potressov, Dan et enfin les bolcheviks eux-m�mes,
effray�s par L�nine lorsqu�il lan�a le mot d�ordre de r�volution
imm�diate.
A vrai dire, il aurait fallu qu�un miracle se r�alise, pour que
l�entreprise de L�nine soit accomplie par son parti, et ne
devienne pas la plus grandiose d�magogie de l�histoire des
r�volutions. Il aurait fallu que des gens s�insurgent contre le
r�gime bourgeois, alors qu�ils avaient d�fendu et pr�n� le
contraire. Il aurait fallu que les militants bolcheviques, qui
avaient assimil� le socialisme au travers des ouvres de
Plekhanov, Kautsky, Bernstein - lesquels exigeaient l��ducation
d�mocratique des masses durant de longues ann�es - cr�ent,
dans le feu de la r�volution, un nouvel enseignement qui aurait
montr� le caract�re superflu de cette longue pr�paration. Il
aurait fallu que les efforts men�s pendant de longues ann�es
pour utiliser la lutte des ouvriers en faveur des vis�es
politiques de la bourgeoisie, pour emp�cher toute r�volution
ouvri�re, se transforment soudainement en aspiration �
provoquer cette m�me r�volution.
L�histoire ne conna�t pas de tels miracles. La trahison par les
bolcheviks, en ce moment, des mots d�ordre qu�ils avaient
proclam�s pendant la r�volution d�Octobre, n�a rien d��tonnant
et leur est, en tant que marxistes, tout � fait naturelle.
Le � socialisme scientifique �, qui a vaincu et assimil� toutes les
autres �coles socialistes, a atteint une profonde d�cr�pitude,
n�ayant donn�, comme r�sultat de toutes ses batailles, que le
progr�s et la d�mocratisation du r�gime bourgeois. Le
bolchevisme a d�cid� de ressusciter la � jeunesse communiste � du
marxisme, et n�a pu qu�� son tour d�montrer que m�me sous
cette forme, le marxisme n��tait plus en �tat de cr�er quoi que
ce soit. Expliquer le contraire, croire les bolcheviks lorsqu�ils
pr�tendent renverser pour de bon le syst�me de pillage d�fendu
par leurs fr�res naturels, les sociaux-tra�tres de tous pays, ne
r�v�lerait que la plus grande des na�vet�s. Les bolcheviks
suppriment eux-m�mes grossi�rement et cruellement une telle
croyance na�ve en leur esprit de r�volte.
Quels sont ces ennemis du r�gime bourgeois qui, ayant affermi
leur pouvoir autocratique, d�cident d�eux-m�mes de remettre �
plus tard le renversement de la bourgeoisie ? S�ils ont ressenti
l�� impossiblit� objective � d�� achever la bourgeoisie �, comment
peuvent-ils alors rester au poste qu�ils occupent ? Il leur serait
donc indiff�rent d��tre l�expression de la volont� des ouvriers,
ou les ex�cutants de la volont� de la soci�t� bourgeoise rest�e
en vie ?
Expliquer le comportement des bolcheviks par la simple bassesse
des politiciens serait tr�s superficiel. Il s�agit en fait de
d�terminer leur but supr�me, celui au nom duquel les gens
n�abdiquent jamais, qu�ils ne trahissent jamais non plus, et pour
l�atteinte duquel ils luttent sous le mot d�ordre : vaincre ou
p�rir ; ce but supr�me, m�me pour les communistes bolcheviques,
n�est que la d�mocratisation du syst�me existant, et non pas sa
destruction.
La cause des marxistes bolcheviques et celle des
� conciliateurs-opportunistes � est la m�me. La seule diff�rence
qui les distingue consiste en ce que les seconds empruntent, pour
la d�mocratisation du r�gime bourgeois, les sentiers battus des
�tats constitutionnels d�Europe occidentale, alors que les
premiers ont d�cid� de provoquer la r�volution, m�me contre le
r�gime r�publicain. Cette diff�rence ne pouvait appara�tre qu�en
Russie, lorsque cette puissance mondiale s�est effondr�e � tel
point, qu�au cours de la guerre actuelle elle s�est av�r�e
incapable de d�fendre son existence m�me. La r�publique,
conquise par les socialistes opportunistes, s�est r�v�l�e
�galement impuissante � se d�fendre contre les coups de l�ennemi
ext�rieur et de la contre-r�volution int�rieure.
Une grande t�che s�est alors pr�sent�e devant les bolcheviks :
reconstruire l��tat sur des principes enti�rement nouveaux et
populaires, qui seraient la source de forces indispensables pour
la d�fense de la d�mocratie contre ses ennemis int�rieurs et
ext�rieurs.
Dans la recherche de l�arme la plus puissante pour le salut de la
r�volution d�mocratique, les sociaux-d�mocrates russes durent
fouiller tout l�arsenal marxiste. Cette arme fut finalement
trouv�e par les bolcheviks dans la conception marxiste de la
dictature, datant de la r�volution de 1848-1850.
Le pouvoir dictatorial bolchevique de ces dix derniers mois a
r�ussi � d�montrer, de mani�re irr�futable, que la dictature
communiste r�g�n�r�e, tout autant que le socialisme vieux d�un
si�cle, ne sait, ni ne d�sire, supprimer le syst�me de pillage.
Ayant solennellement proclam� la r�alisation imm�diate du
socialisme lors de l�unique s�ance de l�Assembl�e constituante,
et ayant arrach� au Kaiser un r�pit tout sp�cialement pour cela,
la dictature bolchevique, face � la t�che d�� exproprier la
bourgeoise �, s�est arr�t�e pile, instinctivement, puis est
revenue sur ses pas devant une exigence qui contredisait toute
son essence propre.
Qu�est donc maintenant la dictature bolchevique qui se
maintient toujours malgr� sa d�confiture communiste ? Rien
d�autre qu�un moyen d�mocratique de salut de la soci�t�
bourgeoise contre la disparition fatale qui l�attendait sous les
ruines de l�ancien �tat ; rien d�autre que la r�g�n�rescence de
cet �tat sous de nouvelles formes populaires, que la r�volution
seule pouvait cr�er. Cette dictature r�v�le l�irruption
r�volutionnaire dans la vie de l��tat russe des couches
populaires les plus basses de la patrie bourgeoise, des petits
propri�taires � la campagne, et de l�intelligentsia populaire et
ouvri�re en ville.
Les inventeurs de la dictature communiste l�ont pr�sent�e aux
ouvriers comme le premier et irr�versible pas vers
l��mancipation de la classe ouvri�re, vers la suppression
d�finitive du syst�me mill�naire de pillage ; ce moyen est le
m�me que celui qui servit aux d�mocrates bourgeois de la
R�volution fran�aise, les Jacobins, � sauver et � renforcer le
r�gime d�exploitation et de pillage.
Le fait que ce sont des socialistes qui utilisent ce moyen jacobin
n�emp�che pas que les m�mes fruits bourgeois en soient
recueillis ; car la premi�re t�che de tout socialiste
contemporain est d�emp�cher la suppression imm�diate de la
bourgeoisie, ainsi que la r�volution ouvri�re.
D�j�, au d�but du troisi�me mois de la dictature bolchevique, les
repr�sentants les plus intelligents de la grande bourgeoisie
russe (Riabouchinsky dans le Matin russe) ont d�clar� que le
bolchevisme �tait une dangereuse maladie, mais qu�il fallait la
supporter patiemment, car elle portait en elle une r�g�n�ration
salvatrice et un renouveau de puissance pour leur � ch�re
patrie �. Ces m�mes bourgeois intelligents pr�f�rent L�nine, qui
d�cha�ne la � pl�be �, � K�rensky, qui les d�fendait contre les
� esclaves insurg�s � ! Pourquoi ? Parce que K�rensky, par ses
louvoiements et son ind�cision, affaiblissait davantage le pouvoir
d�j� chancelant, tandis que L�nine a supprim� jusqu�aux racines
tout ce pouvoir faible, compromis et incapable ; il a ensuite
ouvert la voie � un pouvoir nouveau et plus puissant, auquel
l�ouvrier russe a reconnu des droits autocratiques.
Les Riabouchinsky, qui connaissent bien et estiment le marxisme,
se sont vite convaincus que la dictature de la � pl�be � ne
sortirait pas de la voie de cet enseignement fort honorable, et
en fin de compte social-patriotique, et ont bien compris que t�t
ou tard, le puissant pouvoir bolchevique pourrait devenir leur,
bien que partag� avec de nouveaux seigneurs venus des basses
couches lib�r�es de la soci�t� bourgeoise.
Les Riabouchinsky pouvaient remarquer depuis longtemps les
ph�nom�nes, indiscutables et fort r�jouissants pour eux, qui
suivent :
- Sous la dictature bolchevique, le socialisme ne cesse pas
d��tre le chant des sir�nes qui entra�ne les masses vers la lutte
pour la r�g�n�ration de la patrie bourgeoise.
- La dictature socialiste n�est qu�un moyen d�agitation
d�magogique pour r�aliser la dictature d�mocratique. Ce n�est en r�alit� qu�un faux-semblant, propos� par les
communistes pour un tr�s bref moment, afin de mieux affirmer la
dictature d�mocratique, orn�e et affermie par les r�ves et
illusions des ouvriers.
- La puissance r�volutionnaire � laquelle aspirent les masses,
dans leurs insurrections ouvri�res, s�investit dans la dictature
d�mocratique, ainsi que dans la nouvelle classe politique d��tat.
Ces conclusions d�coulent indiscutablement de toute l�histoire
de la dictature � ouvri�re-paysanne � bolchevique.
[...] Les masses ouvri�res n�ont plus � s�inqui�ter : selon les
assurances des bolcheviks, tous leurs d�sirs et revendications
seront r�alis�s sans tarder par l��tat sovi�tique, ex�cutant de
leur volont�.
En cons�quence, toute lutte des ouvriers contre l��tat et ses
lois doit dispara�tre d�s maintenant, car l��tat sovi�tique est
un �tat ouvrier. Une lutte men�e contre lui serait une r�bellion
criminelle contre la volont� de la classe ouvri�re. Une telle
lutte ne pourrait �tre men�e que par des voyous, par des
�l�ments socialement nuisibles et criminels du milieu ouvrier.
Puisque le contr�le ouvrier accorde, selon les bolcheviks, un
pouvoir total aux ouvriers sur leur fabrique, toute gr�ve perd
son sens et est par cons�quent interdite. Toute lutte contre le
salaire d�esclave du travailleur manuel est en g�n�ral partout
interdite.
La volont� des ouvriers, si elle s�exprime en dehors ou contre
les institutions sovi�tiques, est criminelle, car alors elle ne
reconna�t pas la volont� de toute la classe ouvri�re, incarn�e
dans le pouvoir sovi�tique. Si tous les ouvriers qui touchent des
salaires de famine d�clarent le pouvoir sovi�tique, pouvoir des
rassasi�s, ils seront consid�r�s comme des �l�ments troubles ;
ainsi par exemple les ch�meurs, s�ils ne veulent plus supporter
davantage les tourments de la famine et attendre sans murmures
d��tre morts de faim, seront consid�r�s comme des �l�ments
criminels ; c�est pour cette raison qu�ils sont d�s � pr�sent
priv�s du droit � une organisation sp�cifique.
Face, d�une part, aux richards qui continuent � mener comme
auparavant leur vie de parasites rassasi�s, et d�autre part, aux
ch�meurs condamn�s aux tourments de la famine, le pouvoir
sovi�tique affirme ses droits supr�mes, aspire � assurer la
soumission inconditionnelle aux lois existantes, � poursuivre
toute violation de � l�ordre et de la s�curit� publics �. Tous
troubles, r�voltes ou insurrections sont d�clar�s
contre-r�volutionnaires et deviennent l�objet d�une r�pression
impitoyable par la force arm�e sovi�tique.
Les droits supr�mes du pouvoir communiste sovi�tique ne se
distingueront nullement, tr�s bient�t, des droits supr�mes de
tout pouvoir d��tat dans le r�gime d�exploitation existant. La
diff�rence ne tient que dans l�appellation : dans les pays
� libres �, le pouvoir d��tat se nomme lui-m�me domination de la
� volont� du peuple � ; tandis qu�en Russie, le pouvoir d��tat
exprimerait la � volont� des ouvriers �. Tant que le r�gime
bourgeois n�est pas d�truit, la � volont� communiste des
ouvriers � sonne aussi creux que le mensonge de la � volont�
d�mocratique du peuple �. Tant que les exploiteurs continueront
d�exister, leur volont�, celle de tous les poss�dants - et non
pas celle des ouvriers - s�incarnera t�t ou tard dans la forme
de l�appareil d��tat bolchevique. Les communistes entament d�j�
ce processus, en d�clarant ouvertement qu�une dictature de fer
est n�cessaire, non pas � la � transformation ult�rieure du
capitalisme �, mais pour discipliner les ouvriers, pour achever
leur formation, commenc�e mais non achev�e par les capitalistes,
vraisemblablement � cause du caract�re � pr�matur� � de
l�explosion de la r�volution socialiste.
Ayant vaincu la contre-r�volution, � l�aide des ouvriers, la
dictature bolchevique se retourne maintenant contre les masses
ouvri�res.
Les droits supr�mes, inh�rents � tout pouvoir d��tat, doivent
poss�der la force absolue de la loi qui s�appuie sur la force
arm�e. La d�mocratie qui na�t de la dictature bolchevique ne se
r�v�le pas � la tra�ne des autres �tats. Tout comme ces
derniers, elle va disposer non seulement de la libert�, mais
�galement de la vie de tous ses sujets, elle r�primera aussi bien
les r�volt�s isol�s que les soul�vements de masse.
L�arm�e � socialiste �, cr��e par les bolcheviks, est oblig�e de
d�fendre le pouvoir sovi�tique, ind�pendamment de tous les
tournants et virages que voudra bien op�rer le centre
bolchevique � perspicace �. Que l�expropriation des richards soit
interrompue, ainsi qu�il en est actuellement d�cid�, ou bien qu�un
rapprochement plus �troit ait lieu avec la bourgeoisie ; ou
encore que la dictature bolchevique aille de l�avant, vers le
socialisme, ou bien en arri�re, vers le capitalisme, elle consid�re
tout autant qu�il est de son droit d�imposer la mobilisation
militaire � la classe ouvri�re.
L�obligation servile qui est impos�e � la classe ouvri�re par tous
les �tats pillards, l�obligation de d�fendre � la guerre ses
oppresseurs et leurs richesses, n�a pas disparu sous la
R�publique sovi�tique.
On estime ici cette obligation servile n�cessaire pour inculquer
aux ouvriers la pr�tendue confiance particuli�re qu�on leur
accorde en leur reconnaissant - et � eux seuls - le droit et
l�honneur de verser du sang en faveur de l��tat, affubl� d�un
nom mensonger et creux, la � patrie socialiste �. En r�compense
d�un si grand honneur, les soldats socialistes devront d�ployer,
ainsi que l�esp�rent les bolcheviks, des efforts importants et
une flamme martiale contre les envahisseurs des terres russes,
�gaux au moins � ceux des arm�es de la Convention, du
Directoire, de Napol�on.
Les troupes � socialistes � sont tenues de d�fendre le pouvoir
sovi�tique sur le front int�rieur, non seulement contre les
contre-r�volutionnaires gardes blancs, les partisans de Kal�dine,
de Kornilov, de la Rada ukrainienne ; mais depuis les premiers
jours du coup d��tat d�Octobre, elles apprennent aussi �
d�fendre, par le � sang et le fer �, la propri�t�, en fusillant sur
place les voleurs et les cambrioleurs. Les foudres de guerre
communistes s�appliquent maintenant � introduire la discipline et
l�ordre, en r�primant f�rocement leurs camarades d�hier, les
anarchistes et les matelots, auxquels on ne donne m�me pas le
temps de comprendre qu�avec le � nouveau cours �, l��tat
communiste n�a plus besoin, au sein de l�Arm�e rouge, d��l�ments
d�cha�n�s et critiques, et qu�on fusille aujourd�hui ce qu�on
encourageait hier. Les � guerriers socialistes �, apr�s �tre
pass�s par une telle �cole, soumis aux ordres changeants de
leurs chefs, ne refuseront pas, selon toute vraisemblance,
d�instaurer la � discipline r�volutionnaire de travail � dans les
fabriques, de r�primer les r�voltes des cr�ve-la-faim et
d��craser impitoyablement les troubles suscit�s par les ouvriers
et les ch�meurs.
Tant que la masse ouvri�re ne se sera pas soulev�e de nouveau
pour ses exigences pr�cises de classe ; tant que, de cette
mani�re, il n�aura pas �t� mis fin � tous les � cours nouveaux � et
subterfuges des dictateurs bolcheviques, la bourgeoisie
d�mocratique d��tat se d�veloppera sans encombre, en
ressuscitant rapidement tous les instruments d�oppression et de
contrainte contre les affam�s, les exploit�s et les pill�s.
Ainsi la dictature marxiste, apr�s avoir d�truit en Russie tous
les fondements de l�ancien �tat impuissant, cr�e-t-elle un
nouveau pouvoir d��tat populaire des plus fermes.
Toutes les exp�riences r�volutionnaires des marxistes russes
ont d�montr� que le � socialisme scientifique �, inspirateur de
tout le mouvement socialiste mondial, ne sait pas et ne veut pas
renverser le r�gime bourgeois. En outre, durant la profonde
r�volution sociale qui �tait devenue in�vitable en Russie, et qui,
comme �pilogue de la guerre mondiale, peut �galement le devenir
dans tous les autres pays, le socialisme marxiste indique � la
d�mocratie bourgeoise mondiale un chemin exp�riment� pour le
salut du syst�me d�exploitation, et lui fournit un moyen
inestimable de se pr�venir contre les r�volutions ouvri�res.
LA CONTRE-R�VOLUTION
INTELLECTUELLE, LE
CONTR�LE OUVRIER ET
L�EXPROPRIATION DE LA
BOURGEOISIE
La conqu�te de l�appareil d��tat appara�t comme un moment
tellement d�cisif � la social-d�mocratie, qu�elle consid�re qu�au
cours d�une r�volution ouvri�re, c�est par ce seul acte qu�a lieu
le renversement du r�gime bourgeois. D�s lors que le coup d��tat
bolchevique est reconnu par les ouvriers, et le pouvoir sovi�tique
partout instaur�, il est consid�r� que la Russie et toutes ses
richesses deviennent la propri�t� des ouvriers. Du fait que
l�Assembl�e constituante, ainsi que toutes les autres
institutions �lues par l�ensemble de la population, ont �t�
dissoutes, les capitalistes sont priv�s des droits les plus
�l�mentaires et de quelque participation que ce soit � l�activit�
l�gislative de l��tat ; par cons�quent, affirment les bolcheviks,
la bourgeoisie est compl�tement d�sarm�e, priv�e de toute force
et de toute possibilit� d�exprimer une opposition � la � dictature
de la classe ouvri�re �.
Toutefois, au lendemain m�me du coup d��tat d�Octobre, la
bourgeoisie a rappel� de mani�re tr�s convaincante qu�on ne lui
enlevait ainsi qu�une partie de son pouvoir, qu�aucun coup d��tat
n��tait en mesure de lui enlever tout son pouvoir, qu�aucun
pouvoir d��tat pr�tendu ouvrier, par aucun moyen politique, par
aucune r�pression ni terreur ne peut la briser, la priver de ses
forces et des moyens de se d�fendre avec succ�s.
Le coup re�u par les bolcheviks, d�s les premiers jours de leur
dictature, fut pour eux tout � fait inattendu. Il fut d�autant
plus douloureux qu�il ne fut pas port� par les capitalistes
eux-m�mes, mais par la classe de la soci�t� bourgeoise qui �tait
jusqu�ici rattach�e par tous les socialistes - dont les
bolcheviks eux-m�mes - au camp des � travailleurs �, qu�ils
avaient toujours d�fendue contre les accusations � calomnieuses �
et � mal intentionn�es � d��tre du c�t� de la bourgeoisie.
L�intelligentsia s�interposa pour la d�fense du r�gime bourgeois,
contre les menaces de L�nine de renverser ce r�gime. Elle se
manifesta comme une v�ritable arm�e de travailleurs
� militants �, � l�aide de ses � syndicats �, et employa l�arme
� ouvri�re � de lutte : la gr�ve. Elle r�pandit � travers tout
l�univers, � coups de clameur et de plaintes, sa protestation
contre la bande des bolcheviks qui les opprimait et les
terrorisait, eux, les � honn�tes travailleurs intellectuels �.
La r�sistance de l�intelligentsia fut si forte qu�elle provoqua
presque une scission au sein du parti bolchevique, qu�elle manqua
de ruiner sa dictature : l�intelligentsia bolchevique, touch�e en
plein c�ur, refusait d�appliquer des mesures s�v�res �
l�encontre de la � masse laborieuse � des employ�s saboteurs,
qu�elle tenait en si bonne estime.
Les ouvriers, tout au contraire, ne furent nullement �tonn�s par
la gr�ve des intellectuels, car ils ont toujours plac�
l�intelligentsia rassasi�e au m�me rang que la bourgeoisie. Ils
voient et sentent bien que les revenus privil�gi�s de ma�tres
touch�s par l�intelligentsia proviennent de la m�me exploitation
du travail manuel que ceux des capitalistes, et reposent sur les
serviles rations de famine octroy�es aux ouvriers.
Les ouvriers savent que les revenus privil�gi�s des intellectuels
constituent une partie de la plus-value extraite par le
capitaliste et consacr�e aux gestionnaires : directeurs,
ing�nieurs, etc., ainsi qu�une partie de leur travail confisqu�e
par l��tat sous forme d�imp�t, afin de garantir le bon entretien
de tous les employ�s privil�gi�s. Il n�y a rien d��tonnant, donc, �
ce que toute cette confr�rie bourgeoise se soit r�volt�e avec
les capitalistes et les propri�taires terriens contre la
r�volution ouvri�re, dont le premier objectif est de supprimer
tous les revenus de ma�tres. En ce qui concerne le menu fretin de
l�intelligentsia, il a suivi ses sup�rieurs par la simple force d�un
stupide orgueil et de pr�jug�s bourgeois, tout comme un petit
propri�taire loqueteux suit servilement le richard.
Le sabotage de l�intelligentsia eut un effet stup�fiant sur
l�intelligentsia bolchevique. Les intellectuels bolcheviques, de
m�me que tous les autres socialistes, avaient enseign� toute leur
vie que le socialisme �tait l��mancipation de tout le
� prol�tariat �, non seulement des ouvriers, mai aussi de
l�intelligentsia. De quelle mani�re allait-on donc r�aliser le
socialisme, s�il fallait aller contre la volont� unanime de cette
derni�re et lui d�clarer la guerre, comme on la d�clarait aux
capitalistes et aux gros propri�taires terriens ,
Le coup d��tat d�Octobre, provoqu� par l�appel des bolcheviks �
la r�alisation imm�diate du socialisme, a atteint une profondeur
jamais connue par un puissant soul�vement populaire, et pr�senta
ainsi un danger mortel pour la bourgeoisie. Il est vrai que le
pouvoir se retrouva entre les mains de marxistes, bien connus
pour leur savoir-faire quand il s�agit de freiner les r�bellions
ouvri�res et de les rendre inoffensives � l��gard du r�gime
bourgeois.
Les marxistes bolcheviques ont sembl� compl�tement
m�tamorphos�s. Ils ne pensaient plus qu�� r�pandre l�incendie
des insurrections, sans penser aucunement � la difficult� qu�il y
aurait � les �teindre par la suite. Leurs proches camarades, les
mencheviks, assur�rent m�me que les l�ninistes s��taient
transform�s en v�ritables anarchistes.
En effet, les guides bolcheviques avaient si bien jou� les
premiers actes de leur p�riode d�� agitation �, qu�ils avaient
effectivement provoqu� une grande frayeur chez les bourgeois.
Malgr� soi, on venait � penser : les dictateurs ne vont-ils pas se
laisser emporter par les �l�ments r�volutionnaires d�cha�n�s et
utiliser leur pouvoir pour une r�elle suppression du r�gime
bourgeois ?
Si certains bolcheviks se laiss�rent sinc�rement entra�ner par
l�enthousiasme jamais vu de la masse ouvri�re, et s��loign�rent
parfois des conceptions marxistes ; si, de temps � autre, ils se
pos�rent r�ellement la question de savoir comment � achever la
bourgeoisie �, le sabotage de l�intelligentsia coupa d�finitivement
les ailes � leurs recherches, et ressuscita dans leur m�moire les
formules anciennes sur � l�impossibilit� de la r�alisation
imm�diate du socialisme �, puis ramena leur pens�e � la formule
marxiste habituelle d�� �dification progressive du socialisme �.
Tr�s �pouvant�e aux premiers temps de la r�volution d�Octobre,
la bourgeoisie remarqua rapidement qu�elle n�avait aucune raison
de d�sesp�rer. C�est bien ce qui fut confirm� par la suite. Priv�e
du pouvoir d��tat, abasourdie par le soul�vement g�n�ral du
peuple, elle attendait sa fin dans l�angoisse ; et voil� que
soudain on lui d�clara que sa fin ne serait en aucun cas
instantan�e, mais au contraire tr�s prolong�e, progressive, en
vertu de toutes les lois socialistes ; que sa fin viendrait
presque insensiblement sous la forme d�une �dification socialiste
progressive.
De surcro�t, cette �dification ne commencerait pas tout de suite
; une pr�paration pr�alable, sous forme du � contr�le ouvrier �,
�tait indispensable, conform�ment � l�infaillible pratique
marxiste.
Le socialiste scientifique contemporain n�a pas d�autre
programme pour renverser la bourgeoisie que la nationalisation
progressive des moyens de production. Il lui faut commencer par
les � concentrations �, qui r�pondent le mieux aux besoins et qui
sont les plus m�res pour la socialisation ; on y apprendra �
v�rifier et � d�montrer la justesse de la m�thode socialiste
d��dification, pour passer ult�rieurement aux autres
nationalisations. Ce programme, �labor� par le socialisme
r�formiste qui pr�ne la suppression de la production capitaliste
sans violence, sans insurrection, par le biais de l�int�gration du
capitalisme au socialisme, ce programme scientifique se r�v�le
infantilement impuissant au moment de la r�volution.
Ses adeptes approchent avec toutes les pr�cautions
scientifiques voulues le gigantesque organisme de la production
bourgeoise, puis apr�s de longues h�sitations, lui coupent une
articulation. Ensuite, ils attendent que la blessure soit gu�rie
pour s�attaquer progressivement � l�amputation des autres
membres. Ils oublient que la soci�t� de pillage, m�me au moment
o� son gardien le plus s�r, le pouvoir d��tat, est compl�tement
d�sarm�, n�est pas l�ar�ne ad�quate pour �difier le socialisme, ni
un bon laboratoire pour les exp�riences scientifiques. C�est
l�ar�ne de la lutte de classe s�culaire, de la guerre sociale, et
est bien na�f celui qui ne prive pas le vaincu, avant toute chose,
de la source de sa puissance.
Le programme scientifique d��dification socialiste progressive,
c�est le programme de l��garement et de l�abrutissement des
masses ouvri�res, ce n�est qu�un chiffon socialiste rouge qu�on
agite pour pousser les masses ouvri�res dans les brasdes
dictatures bourgeoises et petites-bourgeoises ; c�est le
somnif�re des masses, l��teignoir de la r�volution ouvri�re. Voil�
le r�le du socialisme dans le monde entier ; voil� le r�le jou� par
le communisme bolchevique dans le coup d��tat d�Octobre.
Au troisi�me mois de la dictature bolchevique, les saboteurs
intellectuels commenc�rent � tasser leur gr�ve. Mais il n�y eut
que les bolcheviks les plus � droite pour crier victoire � ce
propos, car l�intelligentsia cessa de se rebeller pour la simple
raison que le bolchevisme ne se r�v�lait pas aussi effrayant que
lors des journ�es d�Octobre. Tous comprirent que les
d�clarations sur l��galit� des revenus entre intellectuels et
ouvriers, et tous les d�crets et menaces du m�me genre,
n��taient rien de plus que de la d�magogie pour attirer les
masses ouvri�res. Tous s�aper�urent que les nationalisations
bolcheviques n�exprimaient aucune aspiration ferme � supprimer
le r�gime bourgeois ; que ce n��taient l� que des � exp�riences
socialistes �, que la soci�t� cultiv�e, par une adh�sion
raisonnable au pouvoir bolchevique, pouvait freiner et m�me
arr�ter tout � fait. Voil� pourquoi les saboteurs manifest�rent
de l�empressement � se r�concilier avec le pouvoir sovi�tique.
[...] Tout le fond du probl�me r�side en ce que la lutte contre
l�intelligentsia contredit tout programme socialiste. Les
socialistes sont oblig�s de la d�fendre, et non pas de lutter
contre elle. Aussi hostile puisse-t-elle �tre � l��gard des
ouvriers, les socialistes, dont font partie les bolcheviks, la
consid�reront n�anmoins toujours comme � partie int�grante du
prol�tariat �, momentan�ment corrompue et �gar�e par les
pr�jug�s bourgeois.
Bien que l�intelligentsia se soit toujours av�r�e, lors de
moments d�cisifs comme les journ�es d�Octobre, �tre un ennemi
de la r�volution ouvri�re non moins f�roce et constant que les
capitalistes eux-m�mes, elle n�a fait - selon la conviction des
socialistes - que trahir ses � int�r�ts prol�tariens �, s��garer
provisoirement, on ne saurait pour autant la d�clarer � ennemie
de classe � des ouvriers. Le bolchevik ne peut que tenter de faire
entendre raison � l�intelligentsia, il n�osera jamais lui d�clarer
une lutte impitoyable. En tant que socialiste � v�ritable � et
� sinc�re �, en tant que d�fenseur et porte-parole des int�r�ts de
l�intelligentsia, il ne deviendra jamais son ennemi. Il se permet
de r�duire la volont� des capitalistes, mais il se fera un devoir
de composer avec la volont� de l�intelligentsia. Comme
l�intelligentsia unanime proteste contre � l�exp�rimentation
socialiste �, le bolchevik est oblig� de prendre en consid�ration
cette volont� intellectuelle et de cesser, ou tout au moins de
freiner, la lutte contre le r�gime capitaliste.
La pens�e marxiste des bolcheviks, qui recherche la voie des
nationalisations ult�rieures, sous la pression, irr�sistible pour
elle, du sabotage des intellectuels, est fatalement condamn�e �
se d�battre impuissance au milieu des utopies socialistes
moisies.
Mener une propagande acharn�e et attirer de son c�t� tous les
ing�nieurs
Note : "Une nouvelle �dition du Socialisme des intellectuels est parue en 2001 aux �ditions de Paris, 19,82 �. Indispensable !"