Les
militants antifascistes ont toujours eu beaucoup de mal � appr�hender
les ph�nom�nes en France du racisme, du n�o-conservatisme et du
fascisme autre que celui � base � nationale � ou europ�enne, et
principalement ceux de culture musulmane : pouvions-nous ou non, par
exemple, vider nous-m�me des manifs pro-Palestine les � barbus �
islamistes ou les groupes suspects utilisant la symbolique Magen David
= Svastika. Ne passerions-nous pas pour des racistes ou des � suppots
du sionisme � � d�cider de d�gager tel individu ou tel groupe
politiquement marqu�, hors les habituels n�gationnistes autoproclam�s
� de gauche � ou tel chefaillon identitaro-nationaliste imprudemment
�gar� dans la rue ? Les derniers d�bats sur le voile ont permis de
faire un peu de m�nage, mais se sont accompagn�s aussi de lourds
contentieux pas encore r�gl�s. Des �claircissements demeurent
n�cessaires.
Les
� communautaristes ferm�s � de l�Islam ont le vent en poupe. Ils
profitent de plus de 20 ans d�abandon de la gauche sur la question
post-coloniale et de d�sinvestissement des quartiers p�riph�riques. Les
Marches pour l�Egalit� du d�but des ann�es 80 et la naissance d�un
mouvement autonome des enfants de l�immigration principalement
maghr�bine se sont heurt�s � un rouleau compresseur de trahison de la
gauche institutionnelle, de cr�ation du � beur alibi � par r�cup�ration
individuelle dans les partis, de sabotage de la dynamique d�autonomie
par la cr�ation de SOS-Racisme qui changera la revendication d��galit�
des droits en � antiracisme moral � au profit du PS, sans compter la
r�pression ou le refus de reconnaissance des associations locales au
profit des premiers imams de quartier.
Cette
politique de l�appel � l�imam, utilis�e tant par les pouvoirs de droite
que � deg�che �, consistait dans les p�riodes de troubles dans les
quartiers p�riph�riques, � prendre comme interlocuteur et m�diateur un
imam, et si cette solution ne marchait pas, on envoyait les flics. Les
� frankenstein � au petit pied se rendaient-ils compte alors qu�ils
r�p�taient au calque le sc�nario utilis� dans les anciennes colonies ?
Une ligne toujours suivie actuellement, qui n�est pas sans cons�quence
dans la formation d�une croyance. Cette pratique est aussi une m�thode
de division de la population, en cr�ant, ou l�gitimant, une � troisi�me
force � en fait plus suppl�tive qu�autre chose contre les associations
de quartiers et autres �ducateurs forc�ment soup�onn�s de connivences
� gauchistes �. On a vu cette politique � l�oeuvre dans tout le monde
musulman, et pas seulement par les services am�ricains : des r�gimes
ont aid� � l��closion et/ou au d�veloppement de groupes islamistes pour
�carter ou r�duire l�influence communiste ou simplement progressiste
dans la r�gion. Ceux qui ont jou� � ce jeu-l� s�en mordent aujourd�hui
les doigts : Les Fr�res Musulmans, Ben Laden, les Talibans ou le Hamas
n�auraient pas l�importance qu�ils ont aujourd�hui s�il n�avaient pas
re�u l�aide int�ress�e de divers services occidentaux (ou isra�liens
dans le cas du Hamas, pour casser l�OLP) dans les ann�es 70 et 80, au
nom de l�affrontement Est/Ouest. En France, cette politique a
puissamment aid� au d�veloppement des premi�res structures int�gristes
et islamistes. On comprendra le terme islamiste sur sa d�finition du
� politico-religieux � versus l�adjectif islamique, uniquement
religieux.
Pour
une jeunesse bris�e socialement par la crise et la mont�e du ch�mage,
cass�e politiquement par les attaques port�es contre toute dynamique
autonome dans ses revendications et par un racisme issu directement de
l�imaginaire colonial, coinc�e entre deux cultures, celles des parents
qu�ils ne veulent pas forc�ment assumer et celle de la France qui ne
les reconna�t qu�en termes de devoirs et de contr�les d�identit�, la
vie ne se conjugue plus qu�en terme de discriminations multiples, en
perte de sens et de perspectives d�avenir. C�est le cocktail id�al pour
favoriser le repli identitaire. Certaines formes d�Islam, accompagn�es
d�un substrat victimaire li� � l�histoire de la colonisation, et
d�accusation sur l�ennemi de racisme r�el ou suppos�, vont offrir les
r�ponses que les autres forces politiques et sociales ne sont plus en
mesure, ou en volont�, d�apporter...
Les
premi�res g�n�rations de l�immigration maghr�bine ne se sont pas
positionn�es par rapport � l�Islam. La plupart des orgas la�ques sont �
vis�es sociales ou politiques (AMF, ATMF, UTIT/FTCR..), g�n�ralement
actives sur le terrain anti-discriminatoire, culturel et de d�fense des
sans-papiers. Leur histoire est souvent li�e � celle des luttes
progressistes anticolonialistes ou anti-imp�rialistes, ou aussi �
celles des luttes ouvri�res sur le territoire fran�ais. Quant aux
organisations cultuelles existantes, elles �taient - et sont
g�n�ralement toujours - solidement rattach�es au pays d�origine et
parfois � leur r�gime (Mosqu�e de Paris pour l�Alg�rie, FNMF pour le
Maroc, CCMTF pour la Turquie..., toutes membres du Conseil Fran�ais du
Culte Musulman (CFCM) mont� � l�initiative de Sarkozy). Mais
l�actualit� internationale va donner toutes les bases n�cessaires pour
l�identification n�cessaire � la construction d�une nouvelle identit�
collective � une jeunesse en d�sh�rence : parall�lement � la mont�e des
tendances favoris�es par les r�gimes au pouvoir ou les services
occidentaux pour combattre les progressistes, on voit la victoire de la
r�volution islamiste en Iran en 79, celle de la r�sistance afghane,
surtout dans ses sph�res les plus r�acs, contre l�arm�e rouge dans les
ann�es 80, la premi�re intifada et ses suites en Isra�l/Palestine, la
premi�re guerre du Golfe, et bien �videmment la guerre civile
alg�rienne des ann�es 90 : les islamistes priv�s de leur victoire
�lectorale contre un r�gime corrompu font de leur � puret� � un
argument qui n�est pas sans toucher certains secteurs des quartiers
p�riph�riques.
La
premi�re affaire du voile, en 1989, a permis l�apparition au grand jour
de plusieurs groupes et tendances porteuses de l�int�grisme et de
l�islamisme en France . En premi�re ligne le Tabligh et l�Union des
Organisations Islamiques de France (UOIF).
Les T�moins de J�hovah de l�Islam
Le
Jamaa at-Tabligh, ou groupe de pr�dication, est un mouvement pi�tiste
et missionnaire d�origine indienne, de l��cole d�obandie. Son
association fran�aise de r�f�rence s�appelle Foi et Pratique est
enregistr�e depuis 1972. Ce sont les T�moins de J�hovah de l�Islam.
Leur c�l�brit� m�diatique doit beaucoup � leur apparence : barbe plus
ou moins longue selon leur anciennet� dans le mouvement, djellaba ou
gandoura blanche, calotte sur la t�te et une paire de Reebok ou de Nike
aux pieds. Ils sillonnent tous les quartiers habit�s par les
populations d�origines musulmanes pour ramener les jeunes paum�s sur le
� droit chemin � d�Allah. leur vision de l�Islam, tr�s ferm�e, se veut
strictement apolitique, moraliste, non violente, de tradition mystique
et soufie. Le mouvement s�est r�pandu, gr�ce � ses missionnaires, par
vagues successives : ann�es 1940 dans les pays musulmans (Arabie,
Turquie...), les pays industrialis�s dans les ann�es 1950-1960
(Etats-Unis, Grande-Bretagne, Japon, Canada...) pour toucher finalement
le reste du monde, dont la France. Ces missionnaires cultivent l�asc�se
et sont tr�s rigoristes sur leurs pratiques, religieuses comme de
consommation, et le jeune qui va se � reconstruire � au Tabligh entre
rapidement dans une d�rive sectaire . Malgr� tous les efforts des RG,
on n�a pas pu d�couvrir une seule preuve de leur implication dans le
terrorisme islamiste. Les mosqu�es leur doivent beaucoup, puisqu�ils
ont �t� les premiers � les revendiquer dans les ann�es 70, et c�est
dans leurs rangs que l�on compte les premiers imams � pr�cher la � paix
d�Allah � dans les banlieues, avec le soutien appuy� des autorit�s
la�ques, r�publicaines et post-coloniales.
Les fr�res barbus
N�
en 1983, l�Union des organisations islamiques de France (UOIF) est
devenue en 20 ans un interlocuteur privil�gi� de l�Etat fran�ais pour
la gestion de l�islam en France. L�UOIF occupe actuellement un tiers
des si�ges au Conseil fran�ais du culte musulman (CFCM). Sarkozy se
plait � identifier l�organisation comme les orthodoxes de l�Islam. Ce
n�est qu�en partie vrai et �a permet de rassurer les masses ; ils sont
en grande partie les repr�sentants en France de la confr�rie des Fr�res
Musulmans (Irhwouane Al-Muslimoun), premi�re apparition islamiste
moderne dans le monde musulman, d�s les ann�es 30. Cette familiarit�
sent assez le souffre pour que l�UOIF tente de s�en d�fendre, mais on
peut consid�rer qu�elle rallie des tendances allant de l�orthodoxie
conservatrice aux fondamentalistes ; en terme cathos, on dirait : � des
d�mocrates-chr�tiens aux cathos int�gristes �. C�est en tout cas
l�organisation qui a la base sociale la plus forte et la plus
militante, comme en t�moigne le succ�s croissant de ses rassemblements
annuels du Bourget. Autour d�elle gravitent des organisations de masse
actives : Ligue fran�aise de la femme musulmane, Etudiants musulmans de
France, Jeunes musulmans de France, Secours islamique.... Elle contr�le
d�importantes mosqu�es comme Lille ou Bordeaux. Elle appara�t aussi
comme la plus ind�pendante, non li�e aux �tats du Maghreb, moins
soumise � l��tat fran�ais, pour peu qu�on �vite les provocations, m�me
si elle a b�n�fici� de subventions issues du Golfe et des faveurs de
ministres ou de d�put�s, g�n�ralement de droite. Le fait qu�elle soit
h�riti�re des Fr�res Musulmans ne la rend pas beaucoup plus
� int�griste �, dans sa r�alit� de terrain, que ses rivales, m�me si
des islamistes y sont pr�sents. On sait que les Fr�res ne sont pas un
bloc uniforme et les sp�cialistes connaissent bien leurs capacit�
d�adaptation � toutes les situations politiques, de la clandestinit� et
la lutte arm�e sous la dictature � la participation au multipartisme.
Le but proclam� de l�UOIF est de sortir du confinement victimaire les
musulmans et d�organiser � l�Islam de France � et non plus � en
France �, comme l�ont longtemps fait les organisations alg�riennes,
marocaines ou turques. Mais cette � organisation de l�Islam de France �
peut aller loin : Ahmed Jaballah, cofondateur de l�UOIF, avait
d�clar� : � L�UOIF est une fus�e � deux �tages. Le premier �tage est
d�mocratique, le second mettra en orbite une soci�t� islamique. �
Youssef al-Qaradhawi, mentor des Fr�res musulmans et chef du Conseil
europ�en de la fatwa et de l�institut de formation des imams de l�UOIF
souhaiterait la restauration du califat dans les pays musulmans et
bloquer tout effort d�adaptation pour les musulmans vivant en Europe,
ce qui rentrerait pourtant en contradiction avec les efforts
actuellement d�ploy�s par l�UOIF. Ce th�ologien, � la t�te d�une
fortune colossale acquise comme conseiller religieux de la plupart des
grandes banques islamiques dans le monde, est aussi pr�dicateur t�l�
sur la cha�ne Al-Jazira, o� il pr�che un islam tr�s rigoureux et
politiquement tr�s radical. Hani Ramadan, fr�re de Tariq (voir
encadr�), directeur du Centre Islamique de Gen�ve et orateur r�gulier
de l�UOIF, s�est rendu c�l�bre dans un article publi� dans Le Monde en
justifiant la lapidation et d�clarant que le SIDA �tait une punition
divine. Hassan Iquioussen, l�un des pr�dicateurs vedette des jeunes de
l�UOIF, ne cesse de d�montrer le � complot juif contre l�Islam �,
depuis la naissance de celui-ci, et parle des relations gar�ons-filles
en des termes que ne renierait pas la plus catho-int�griste des
directrices du couvent des oiseaux : entre un gar�on et une fille, le
sha�tan, le diable, est forc�ment au milieu...
Pour
le chercheur Frank Fregosi, � L�UOIF fonctionne comme un lobby
religieux qui veut peser dans le d�bat social. C�est en quelque sorte
une grande mutuelle islamique, qui cherche � f�d�rer des exigences
spirituelles et des revendications plus politiques. Actuellement, par
l�entremise de Fouad Alaoui, son secr�taire g�n�ral, c�est l�aile
politique qui tient les r�nes. � Il estime par ailleurs que par son
entr�e au sein du CFCM, � l�UOIF va se � notabiliser �. Ses
responsables vont en tout cas se trouver face � une contradiction :
donner des gages de respectabilit� sans se couper d�une base militante
qui n�est pas forc�ment pr�te � faire des concessions, notamment sur la
question du voile. � Ca n�annonce rien de bon si l�on consid�re que
gr�ce � sa position dans le CFCM, l�UOIF va �tre en mesure de former
plusieurs centaines d�imams, contre 15 par an auparavant. L�autre
gagnant de l�affaire est l�UMP : Ce n�est pas par hasard si Sarkozy
soigne tant ses ouailles de l�UOIF et leur offre ce cadeau sur la
formation des imams ; ce n�est pas par hasard non plus si Christine
Boutin a �t� invit�e au dernier rassemblement du Bourget, ou si des
d�put�s UMP comme Raoult et Roubaud ont d�pos� devant le parlement des
propositions de loi contre le blasph�me, � la demande d�une association
musulmane : l�UMP a �t� plus rapide � comprendre que le PS que le vote
des Fran�ais de culture musulmane va peser de plus en plus lourd, et
l�UOIF, comme d�autres organisations telle l�Union des Associations
Musulmanes-93, partage avec l�UMP de par les valeurs et aussi la
sociologie de ses cadres un grand nombre d�int�r�ts qui peuvent trouver
de juteuses conclusions �lectorales.
Mais
de s�rieux couacs traversent l�UOIF, prouvant par ailleurs que nous
n�avons pas affaire � une entit� homog�ne : Si la grande majorit� de
l�organisation s�est prononc� en faveur du port du voile, Tareq Oubrou,
chef des imams de l�UOIF sur Bordeaux, a reconnu que le voile est une
prescription, et non un commandement divin. Le seul hadith (d�Asma)
faisant r�f�rence � l�obligation du voile pour les femmes n�est pas,
selon Oubrou, � authentique �, affirmation qui lui a fortement �t�
reproch�e. Autre hic, de taille : les organisations de jeunes pr�tent
aussi une oreille plus qu�attentive aux discours du pr�dicateur et
th�ologien Tariq Ramadan. Or, si celui-ci reste un religieux, ses
amiti�s politiques vont plus vers les milieux de gauche, plut�t
altermondialistes (voir encadr� � Ramadantitaire ? �), que vers la
droite, et ces fissures dans le bloc risquent d�affaiblir la politique
de rapport de force que tente l�UOIF face au gouvernement.
L�UOIF
n�est pas absente du dialogue inter-religieux, par ses rencontres avec
le Conseil repr�sentatif des institutions juives, ou sa participation
au lancement de l�association � d�amiti� jud�o-musulmane � (cr��e sous
l��gide du consistoire et de la mosqu�e de Paris). Par ce biais, le
CRIF a longtemps suppli�, mais en vain malgr� quelques promesses, que
l�UOIF retire de ses points de vente les cassettes d� Hassan
Iquioussen, cit� plus haut, qui n�est pourtant pas une exception dans
l�UOIF . Mais que pense le CRIF, dont le pr�sident Cukierman soutient
mordicus la politique isra�lienne sur les Territoires occup�s, du
soutien total que l�UOIF apporte au Hamas, branche palestinienne des
Fr�res Musulmans ? Il est pourtant bien clair que si le Hamas, en tant
qu�organisation, recherche des repr�sentants en France, c�est plut�t �
l�UOIF qu�il viendra les trouver. On suivra avec curiosit� cette
construction d�une diplomatie parall�le. En tout cas, leur tentative de
m�diation dans l�affaire des otages fran�ais en Irak et leurs consignes
d�apaisement pendant la r�volte des quartiers en font un r�el
partenaire avec qui le gouvernement doit compter, et non une simple
organisation-marionnette.
Les cingl�s d�Allah
Les
salafistes sont les plus fondamentalistes de par leur id�ologie. Leur
nom vient de � salaf � - � les pieux anc�tres �, disciples de Mohammed
et ses successeurs des deux g�n�rations suivantes. Apr�s, c�est la
� m�cr�ance �, l�innovation, les philosophies, donc l�horreur... Bien
entendu, ils sont en rupture totale avec la soci�t� occidentale. Ils
compteraient dans leurs rangs une centaine de pr�dicateurs, et
contr�leraient une quinzaine de mosqu�es. Ils seraient implant�s sur
Sartrouville, Stains, Aulnay- sous-Bois, Longjumeau,
Villeneuve-la-Garenne, Ecquevilly, Nanterre et Pontoise, pour la r�gion
parisienne, et Amiens, Orl�ans, Grenoble, Valence, Beauvais, Pau, Bron,
Roubaix ou Marseille... Par leur apparence, on pourrait les confondre
avec les tablighis auxquels ils font concurrence dans le pros�lytisme.
Barbus pour la plupart, ils portent souvent une tunique (khamis)
jusqu�� mi-mollet, et, en g�n�ral, un survetement et des chaussures de
sport. Les femmes, bien entendu, sont voil�es, au maximum, si on les
laisse sortir de chez elles... Tr�s volontaristes, ils s�emparent de
mosqu�es en s�y investissant en nombre et animent des s�minaires et des
rencontres en pr�sence d�oul�mas venus expr�s d�Arabie Saoudite. Tr�s
sectaires, ils d�veloppent leurs propres boutiques, leurs propres
associations sportives, leurs propres r�seaux de structures �ducatives,
notamment par des cr�ches clandestines.
Ils
se revendiquent des penseurs Ibn Taymiyya, XIIIe si�cle, et d�Ibn Abd
al-Wahhab, un cheikh du XVIIIe si�cle � l�origine du courant puritain
qui domine l�Arabie saoudite depuis la fondation du royaume des Saoud,
en 1926, d�o� le nom de wahhabites qui leur est souvent accol�. Sans
compromis, toutes les autres formes d�Islam leur sont suspectes, y
compris celles d�velopp�es par les Fr�res Musulmans, et donc l�UOIF.
Abdel Aziz ben Baz, feu grand mufti d�Arabie saoudite, dans l�une de
ses fatwas, condamnait � mort toute personne soutenant que le soleil
est immobile, car cette th�orie irait � l�encontre de la parole du
Proph�te... Ca renifle le b�cher ! Abdelkader Bouziane, le c�l�bre imam
de V�nissieux partisan des ch�timents corporels � l�encontre des femmes
adult�res (� mais sur les fesses � !!...) fait carr�ment figure de
� mod�r� � dans ce milieu. C�est de ces � fous de Dieu � que sont issus
la plupart des � djihadistes �, les groupes terroristes tels que le
� Takfir wal hijra � (� anath�me et exil �) en Egypte, le GIA et les
Groupes Salafistes de Pr�dication et de Combat alg�riens (GSPC), et
bien entendu le r�seau Al Qaeda.
Les
attentats des m�tro Saint-Michel et Maison-Blanche et la d�rive
tragique du jeune terroriste fran�ais Khaled Kelkal en 1995 font partie
de l�histoire des salafistes � djihadistes � fran�ais (et
internationaux, puisque li�s au GIA alg�rien).
Mais
le salafisme en France n�est pas un courant organis� en tant que tel,
comme il peut l��tre par exemple en Grande-Bretagne, dans le
� Londonistan �. Il s�agit plus d�une mouvance influenc�e par les
�crits et pr�ches, wahhabites notamment, diffus�s dans tout l�espace
islamique fran�ais.
Il
est tout de m�me n�cessaire, quand on aborde l��tude de ces courants,
de souligner quelques points, comme l�a fait Bernard Dr�ano dans son
texte � Regard sur le � PIF � Notes sur l�islam politique en France �
<http://www.reseau-ipam.org/article.php3 ?id_article=603>,
principale r�f�rence du pr�sent article et qu�il est n�cessaire de
consulter pour une vision plus globale du Paysage Islamique Fran�ais
(PIF) :
de
nombreuses organisations ne sont pas homog�nes ; � la base la majorit�
des croyants militants ne sont pas adh�rents formels d�une organisation
ou le sont indirectement � travers un groupe local plus ou moins
organis� (il existe entre un et deux milliers d�associations actives
qui indiquent un objet social en relation avec l�Islam) ; les
fronti�res entre organisations sont souvent floues, il existe de plus
en plus de petits groupes de jeunes auto-organis�s qui se � bricolent �
une identit� islamique, qui peut �tre aussi bien tr�s ouverte que tr�s
sectaire, tout � fait ind�pendante ou plus ou moins vaguement li�e �
une des organisations cit�es ci dessous ; �videmment ce type
d�auto-organisation �chappe � l�observation superficielle.
Depuis
quelques ann�es, d�autres mouvements sont sortis de la marge gr�ce �
l�actualit� et aux m�dias, et tentent de concurrencer les grosses
organisations. Il est vrai qu�� force de r�duire la question de
l�immigration � la question religieuse, et donc de guerre de
civilisation, beaucoup � droite et � gauche ont jou� avec le feu et
ouvert la voie aux d�magogues. Surfant tout autant sur le
communautarisme � musulman �, ces nouvelles orgas se veulent plus
politiques que religieuses, et voient tourner autour d�elles quelques
figures cette fois beaucoup mieux connues des antifascistes, et dont le
point commun est la haine du Juif, sous couvert d�antisionisme ; mais
leur importance ne vaut que par leur activisme, et celui-ci ne s�est
pas beaucoup manifest� depuis les mobilisations contre la loi sur les
symboles religieux.
Fafs verts et d�magos
Au premier rang, le Parti des Musulmans de France, fond� en 1997 par Mohamed Ennacer Latr�che pour � lib�rer les musulmans de France de l�influence du Parti Socialiste � qu�il jugeait � sionis� � et pour �les 7 millions de musulmans qui ont renonc� � rentrer dans leur pays �.
Il revendique 2000 militants, principalement sur Strasbourg, en fait
probablement 10 fois moins. Apr�s un �chec au l�gislatives de 2002 ou
il ramasse moins de 1% des voix, Latr�che s�est fait un nom au niveau
national en 2003 en allant bruyamment jouer les boucliers humains en
Irak. Il emporte dans ses bagages Herv� Van Laethem, f�hrer du
groupement belge Nation (cf dans ce num�ro), ainsi que quelques autres
fafs fran�ais proches des Cercles R�sistances de Christian Bouchet, des
Belges et des Italiens. Il utilisera d�ailleurs souvent la situation au
Moyen-Orient pour ses discours marqu�s par la haine du � sionisme �, en
l�occurrence clairement des Juifs. Certains slogans assen�s dans les
cort�ges du PMF, lors des manifestations pro-palestiniennes, d�passent
le soutenable, comme un � mort aux juifs � � Strasbourg en 2000. Malgr�
des mises en examen, Latr�che lui-m�me n�a jamais pu �tre condamn�. On
l�a souvent vu, en manif comme en r�union publique sur l�Irak, en
compagnie du n�gationniste Serge Thion. Dans la famille n�ga tendance
� Vieille Taupe �, Ginette Skandrani, ex-verte venue de l�ultra-gauche,
tellement investie dans le combat pro-palestinien qu�elle en oublie les
fronti�res de l��thique, copine de Garaudy, a accompagn� cousin Serge
chez le PMF, et son association � La pierre et l�Olivier � a co-publi�
avec la bande � Latr�che Le Manifeste jud�o-nazi
d�Ariel Sharon, pr�tant � l�ex-premier ministre des propos violemment
racistes (d�apr�s Amos Oz, si le texte est authentique, ce n�est pas
Sharon qui en est l�auteur). Autres co-publieurs et coll�gues
n�gationnistes , vieux potes de Ginette, Mondher Sfar et son Collectif
de la Communaut� tunisienne en Europe ou Tawkik Mathlouti, inventeur du
Mecca-Cola, directeur de Radio-M�diterran�e, o� s�vit l�ensemble de
cette petite bande plus quelques personnages hauts en couleur comme
l�avocate Isabelle Coutant-Peyre, devenue la femme du terroriste Carlos
(Illitch Ramirez Sanchez) et le maintenant mieux connu militant
n�gationniste Isra�l Shamir/J�ran Jermas/Adam Ermash. Latr�che renvoie
d�ailleurs la balle � tous ses amis : son service d�ordre n�a-t-il pas
prot�g� des diffeurs de tracts de la � Vieille Taupe � en 2002 ? Thion
lui adresse ses tr�s officiels remerciements dans le journal islamiste At-Tajdid, en avril, publi� au Maroc.
On
a dit Latr�che proche de Robert Grossmann, l�actuel pr�sident UMP de la
Communaut� urbaine de Strasbourg, qui se serait commis au d�but de sa
carri�re politique avec le vieux NPD allemand du n�o-nazi Adolf Von
Thadden. C�est faux. Il semble que la rumeur ait fait partie d�une
cabale interne � l�UMP pour couler Grossman (comme quoi l�affaire
Clearstream n�est pas une premi�re chez ces gens-l�).
Latr�che,
d�cid�ment plus int�ress� par les pays arabes la�ques, ira aussi en
Syrie o� il dit avoir rencontr� le g�n�ral Tlass, alors ministre de la
d�fense, antis�mite forcen� et par ailleurs vieux copain des n�o-nazis
fran�ais(cf R�flexes n�51 et n�4 nouvelle s�rie).
En passant par Beyrouth, il rencontrera le Hezbollah, qu�il ne cessera
ensuite de soutenir par radicalisme antisioniste (le Hezbollah est
chiite, et lui sunnite ; il fallait bien une bonne raison pour les
rapprocher). A Strabourg, il fr�quente le Milli G�rus, mouvement proche
des islamistes conservateurs en Turquie, tr�s implant� surtout en
Allemagne.
Son
heure m�diatique sonne lors des mobilisations des musulmans radicaux
contre l�interdiction du port de voile dans les �tablissements
scolaires publics. Il est le principal et tr�s opportuniste
organisateur de la manifestation du samedi 17 janvier et l�un des
principaux signataires de l�appel � la manif du 7 f�vrier 2004, cette
fois en r�action � la mobilisation pour le 14 f�vrier appel� par le
collectif � Une �cole pour tou-te-s � (voir encadr� Ramadantitaire ?)
Agitateurs et n�gationnistes
Autre
sigle int�ressant, le Mouvement Justice et Dignit� de Fouad Bahri, cr��
tout expr�s pour la manifestation ultra-r�ac du 7 f�vrier 2004 � contre
l�islamophobie �, qui regroupe un certain nombre d�associations dans
les responsables s�entrecroisent � qui mieux mieux, mais o� l�on
retrouve d�int�ressants curricula. Fouad Bahri pr�side aussi Justice
Islam Dignit�. Pour le FARES (Face au racisme, ensemble et solidaire),
revoil� Jean-Paul Cruse, ex-mao, ex-PCF, dont l�article paru en 94 dans
L�Idiot International avait �t� � l�origine du scandale des
� connexions bruns-rouges � (voir encadr� dans la page Dieudonn�).
Cruse est pass� logiquement au souverainisme, puis plus curieusement �
la liste Euro-Palestine o� il d�nonce hautement le� parti-pris sioniste
des m�dias fran�ais �, cela ne l�emp�che pas de bosser � VSD.
Entretemps, il aura servi de n�gre � l�ex-capitaine Paul Barril, ancien
du GIGN et de la cellule antiterroriste de l�Elys�e, impliqu� dans
l�affaire des irlandais de Vincennes, l�affaire des �coutes de
l�Elys�e, et depuis dans pas mal de coups tordus en Afrique,
principalement au Rwanda pendant le g�nocide et pendant la guerre au
Congo-Brazzaville. Dans un des sites souverainistes auxquels il
collabore, Cruse avait salu� � le d�fi lanc�, le 11 septembre par un
commando de rebelles venus du Grand Sud frapper le Centre Mondial du
Commerce International -au prix, h�las- de plusieurs milliers de
victimes (�d�g�ts collat�raux�) �.
Dans
le MJD, on trouve aussi la Ligue internationale pour la d�fense de
l�islam et des musulmans (LIDIM), qui a �crit � l�Acad�mie Fran�aise
pour que dans les �crits dans la langue de Moli�re, Mahomet redevienne
Mohamed. L�un des principaux dirigeants, le converti Saadek Bagdad
Maata (Makhlouq), s�est aussi pr�sent� sur les listes de l�Union
Fran�aise pour la Coh�sion Nationale de Matoub Loun�s, et qui malgr�
son nom, vise exclusivement une client�le tr�s communautaire en
participant aux �lections sur un registre paradoxalement tr�s
r�publicain, dont le discours n�est pas sans rappeler Chev�nement. Il
est vrai que Maata y a fait un bref passage. UFCN et LIDIM d�clarent se
d�marquer du FARES, dont ils disent ne pas partager les � positions
n�gationnistes �. Pipeau ? Maata, dans ses discours et ses textes,
passe plusieurs fois les limites de l�antis�mitisme.
Pour
m�moire, les autres signataires de l�appel � la manif du 7 f�vrier sont
le CLBA (Comit� de lutte contre la barbarie et l�arbitraire), bas� �
Aix-en-Provence. Antisioniste radical, il se mobilise en faveur des
prisonniers du Hezbollah et du Hamas d�tenus par l�Etat h�breu, et ont
fait campagne pour la lib�ration du communiste combattant libanais
George Ibrahim Abdallah, emprisonn� en France (qui refuse d�ailleurs
leur soutien). Chiites pro-iraniens, sunnites Fr�res Musulmans et
ex-communistes ath�es... curieux m�lange qui devrait sentir le souffre
pour des partisans de la � puret� �. La haine du juif, d�clin�e ou non
sous une couverture � antisioniste � extra-large explique tout... On
trouvera aussi le RTL (Rassemblement des Tunisiens libres), qui
regroupe des opposants pro-islamistes au r�gime de Ben Ali.
On
a �galement beaucoup vu agir et parler Nouari Khiari, alias Abdelnour,
alias Lerappel, un copain de Farid Smahi, conseiller r�gional FN
d�Ile-de-France et qu�il a accompagn� au FN jusqu�apr�s 2002 (il a
dans� de joie au � Paquebot � � Saint-Cloud le soir du 1er tour
favorable � Le Pen) Ils �taient ensemble dans l �association d�extr�me
droite � arabisme et francit� �. Lors de la manifestation du 20
d�cembre 2003, c�est lui qui �tait charg� du service d�ordre, recrut�
dans les banlieues o� la deuxi�me intifada a servi de base de
politisation pour toute une g�n�ration, et en profitait pour tenir des
discours tr�s radicaux. Cet int�r�t pour le recrutement dans les
banlieues ne date pas d�hier : alors qu�il �tait avec Farid Smahi,
c�est � dire proche du FN, il entra�nait d�j� de jeunes id�alistes en
les faisant courir au Parc des Buttes Chaumont, tout en leur promettant
l�Afghanistan ou l�Irak. A priori, personne de ce milieu n�a r�ussi �
faire le voyage. On se souviendra que lors de l�enqu�te sur la DPS, le
SO du FN, l�une de leur mission �tait de cr�er une strat�gie de la
tension au coeur des banlieues. Khiari visait-il les m�mes objectifs ?
Fin novembre 2004, c�est encore lui qui anime l�un des SO du
rassemblement contre le gala de soutien � Tsahal, ou les organisations
pro-palestiniennes se d�chiraient d�j� sur les limites
antis�mitisme/antisionisme.
En
janvier 2005, il offre un repas au contributeurs du site/forum
Mejliss.com, une excroissance d�Oumma.com, qui en avait sa claque de se
faire traiter d�islamiste � cause d�interventions r�p�t�es de tordus
d�Allah et de cr�tins antis�mites. Khiari, sous le pseudo de Lerappel,
�tait l�un des plus actifs participants. Thomas Abdallah Milcent,
converti devenu une figure de l�islamisme fran�ais (branche turque, ben
oui) �tait aussi pr�sent. Khiari aurait pay� la salle (600 euros) avec
l�argent r�colt� dans la soir�e pour une association, Asso-Partage,
afin de payer les frais d�hospitalisation d�une gamine malade.
Escroquerie ? il a �t� interpell� en 2005 pour � banqueroute par
d�tournement d�actifs, d�faut de comptabilit�, abus de biens sociaux,
financement du terrorisme et association de malfaiteurs en relation
avec une entreprise terroriste �. Courageux et bon camarade, il balance
un paquet de ses connaissances au juge Brugui�re, dont deux seulement
seront retenues. A sa sortie de pr�ventive, on l�a vu se pr�cipiter au
restaurant de l�ex-champion olympique Djamel Bourras, un gentil gar�on
jouant le r�le d�idiot utile. Khiari lui demande de se m�fier, qu�il
est sous �coute et que leurs conversations ont �t� enregistr�es. Il est
vrai que Khiari a entrain� Bourras dans le soutien � la chaine du
Hezbollah Al-Manar, dont la diffusion en France a �t� interdite. Ils
retrouveront Cruse, Skandrani, Monder Sfar et Maata/Makhlouq...
A
leurs c�t�s dans les mobilisations contre le voile et avec Mohamed
Latr�che, Rachid Bena�ssa, un intellectuel islamiste alg�rien
francophone, proche du FIS, admirateur proclam� d�Alain de Benoist
(p�riode anti-m�tissage) et de Julius Evola. Il a d�ailleurs fait
l�objet d�une longue interview dans � �l�ments � (n. 77, 1993). Pour
lui � l�Islam (...) repr�sente une chance pour la France et pour les
Fran�ais soucieux de se r�enraciner dans leur foi d�appartenance - par
une sorte d�opposition diff�renci�e, de contagion mim�tique �. Bref, un
intellectuel organique, comme aurait dit De Benoist.
Lors
d�un rassemblement pour protester contre un gala au profit des
garde-fronti�res isra�liens �Magav �, le 12 janvier 2005, Cruse et
Skandrani ont tent� de s�incruster, ce qui a entrain� une petite
�chauffour�e entre des organisateurs furieux de voir la r�cup de la
famille n�gationniste et des militants de la LIDIM pr�sents (plus tard,
la Ligue de D�fense Juive a aussi attaqu�, on ne sait plus o� donner de
la t�te sur ce terrain). Il n�est pas rare maintenant de voir des
bandes de jeunes fraichement politis�s ou sensibilis�s se faire
manoeuvrer dans les manifs et rassemblements par divers groupes et
individus de type PMF ou Khiari, qui les am�nent sur des cort�ges o�
flottent les drapeaux du Hamas ou du Hezbollah [1].
Cela ne d�g�n�re pas seulement au niveau des slogans clairement
antis�mites ou politico religieux (la pri�re � Allah transform�e en
slogan), mais au niveau physique : le 22 mars 2003, l�attaque par une
de ces bandes sur des militants puis sur le local du groupe de � gauche
sioniste � Hashomer Hatza�r a bien �t� provoqu�e : � Abdelnour � Khiari
a �t� vu en train de montrer du doigt le petit groupe en train de
sortir d�une r�union de leur local, amenant par ses cris la ru�e d�une
bande de jeunes persuad�s de s�attaquer � un commando du Betar ou de la
LDJ. Khiari savait-il ou non qu�Hashomer Hatza�r avait son si�ge dans
cette rue ? Vu l�ambiance parano qui r�gnait dans les cort�ges suite
aux pr�c�dentes attaques de l�extr�me-droite sioniste, on peut, pour
une fois, lui laisser le b�n�fice du doute.
Toute
la petite bande du MJD, Cruse en t�te, a aussi essay� de manoeuvrer
dans une r�union du collectif � Une Ecole pour Tou-te-s �,
rassemblement contre la loi sur le voile r�unissant des groupes ou
individus musulmans, plut�t de sympathies ramadanistes, des militants
du MIB, des f�ministes, des militants de gauche plut�t
alterglobalistes, du CEDETIM, etc... Ils se sont fait vertement jeter,
ne sont plus revenus et ont d�cid� de pr�parer la manif du 7 f�vrier
avec le PMF de Latr�che, pour court-circuiter celle du 14 organis�e par
� Une Ecole pour Tou-te-s �. C��tait mesquin...
Citizen Ca�n
Encadr� : RAMADANTITAIRE ?
Depuis
plusieurs ann�es, les d�bats font rage autour de la personnalit� du
tr�s m�diatique th�ologien Tariq Ramadan, accus� d�un c�t� d��tre un
fondamentaliste religieux antis�mite et sexiste adepte de la lapidation
et du double discours, pr�sent� de l�autre comme un r�formiste de
l�Islam, antiglobaliste et constructeur d�une � th�ologie islamique de
la lib�ration �, � l�instar du mouvement chr�tien progressiste
latino-am�ricain. Si on pose sur la question une vision purement
ath�iste et anticl�ricale, le d�bat est clos ! L�homme est
effectivement et avant tout un croyant, et tout son discours et son
engagement y trouvent sa base. Si nous nous laissons pi�ger par le
spectacle m�diatique et �ditorial, le terrain est assez min�, et le
personnage assez charismatique pour que le d�bat ne d�passe pas le
stade passionnel, donc antipolitique. Comme en outre il a le tort de
vouloir plaire � tout le monde pour multiplier l�impact de ses id�es,
�a ne facilite pas la compr�hension. Ses discours visent en priorit� la
client�le jeune des conservateurs r�acs de l�UOIF, qu�il esp�re leur
piquer, mais ses amiti�s politiques vont vers la gauche
alterglobaliste, et certainement pas � droite, comme ses fr�res ennemis
de l�UOIF.
Il
nous semble beaucoup plus int�ressant de nous attacher aux structures
se revendiquant peu ou prou des discours de Ramadan et leurs actions
sur le terrain. On s�aper�oit alors que pas mal de groupes issus des
Jeunes Musulmans de France (JMF) ou des Etudiants Musulmans de France
(EMF) d�veloppent des pratiques associatives et politiques ouvertes,
g�n�ralement en partenariat, voire � l�int�rieur de structures
associatives classiques, de quartiers, antiracistes, d��ducation
populaire, etc...Pr�cisons bien : pas mal de ces groupes, et non pas la
totalit� de ces structures. L�Union des Jeunes Musulmans et le
Collectif des Musulmans de France, proches de Ramadan, sont sur cette
position d�ouverture. Strat�gie d�entrisme ? Ce n�est pas toujours �
�carter, mais c�est peu probable. Ne faisons pas non plus dans
l�ang�lisme : l�UJM notamment a du chemin � faire, si l�on se r�f�re �
son site qui offre des pr�ches d�Hani Ramadan (l�autre) ou d�Hassan
Iquioussen.
Mais
les militants actifs dans les quartiers p�riph�riques n�ont pas manqu�
de voir ces groupes mobilis�es contre les violences polici�res, aux
c�t�s du MIB et parfois d�Act Up [2],
contre les d�portations de sans-papiers et les menaces qui p�sent sur
leurs enfants dans les �coles, et en g�n�ral contre les
discriminations. Les r�unions autour du collectif � Une Ecole pour
Tou-te-s �, au moment des mobilisations contre la loi sur le voile,
auront permis des rencontres f�condes et des d�bats passionnants -
entre cette mouvance, d�autres groupes issus de la d�colonisation type
MIB ou Divercit�s, des f�ministes, des militants de gauche aux
multiples ob�diences, des acteurs de la solidarit� internationale, des
associatifs...- et aussi des cassures nettes avec d�autres tendances
ouvertement r�actionnaires et ferm�es : quand le collectif a appel� �
la manif contre la loi interdisant le foulard du 14 f�vrier 2004, les
communautaristes ferm�s voire fascisants du PMF et du MJD se sont
empress�s d�appeler � leur propre manif le 7 f�vrier, et l�UOIF, apr�s
quelques atermoiements, a d�cid� de... ne pas la d�savouer. Ainsi, les
choses �taient claires. Tout aussi claire a �t� la r�action des JMF et
de l�EMF, pourtant li�s � l�UOIF, qui ont ralli� l�appel du 14 f�vrier,
cr�ant ainsi un gros bordel dans le milieu de l�islam politique et un
judicieux vide sanitaire entre les partisans du communautarisme
cadenass� et ceux de l�inclusion dans la vie sociale. Les mois et les
ann�es � venir seront donc d�terminants dans la direction que prendront
les militants se r�clamant d�une r�forme de l�Islam : suivi d�une voie
de type � T�moignage Chr�tien � ou Jeunesse Ouvri�re Chr�tienne des
temps h�ro�ques, comme le laisseraient esp�rer des discours qui ne sont
pas sans rappeler celui des jeunes chr�tiens futurs r�sistants des
ann�es 30 ou retour � la r�action ? L�investissement des militants
libertaires et/ou de gauche radicale dans les luttes des quartiers
p�riph�riques et dans les d�bats sur le post-colonialisme sera tout
aussi d�terminant que celui des militants musulmans proclam�s dans les
luttes sociales et soci�tales.
Citizen Ca�n
[1]
Le Hamas et le Hezbollah sont consid�r�es comme des forces de
r�sistance contre l�occupant ou l�agresseur isra�lien. C�est
effectivement le cas. Cela les rend-il fr�quentables ? Nous n�aimons
pas les partis de Dieu, d�Allah ou de Yahv�, nous n�aimons pas les
partisans d�un ordre moral et/ou totalitaire, et nous n�oublions pas
que le Hezbollah a �t� plus qu�impliqu� dans les attentats aveugles de
1986 � Paris (13 morts, plusieurs centaines de bless�s). Quant aux
missiles lanc�s sur des civils, soit-disant en r�ponse aux
Isra�liens... ils veulent imiter Tsahal dans la logique du crime de
guerre ? C�est parfaitement r�ussi...
[2]
ce qui a donn� de savoureux d�bats entre militants � Dammarie (77) et
ailleurs, entre autres sur l�homosexualit�. Certes, on ne peut demander
� des militants aux bases religieuses affirm�es de devenir du jour au
lendemain totalement progressistes sur des sujets de soci�t�, mais
l�existence m�me de ces discussions entre militants unis sur une m�me
cause �tait en soi pleine d�enseignements et d�interactions, voire
d��volutions. De chaque c�t�, mais oui...
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