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  Post� le dimanche 25 septembre 2005 @ 17:36:41 by AnarchOi
Contributed by: AnarchOi
ArticlesPour les tous jeunes groupes communistes libertaires argentins, l'argentinazo a constitu� le bapt�me du feu. Par leur forte insertion dans le mouvement populaire et leur remarquable niveau d'exigence politique, ces groupes r�v�lent de vraies potentialit�s.



Le courant libertaire fut jadis puissant en Argentine. De 1901 aux ann�es 30, le mouvement ouvrier fut domin� par les anarcho-syndicalistes de la Federaci�n Obrera Regional Argentina (FORA). Ce n'est qu'au prix d'une r�pression d'�tat sanglante, dans les ann�es 30, que la FORA sera bris�e, et d�finitivement supplant�e par la CGT. D�s 1935 s'�tait �galement constitu�e dans la clandestinit� une Federaci�n Anarco Comunista Argentina (FACA), rebaptis�e en 1955 Federaci�n Libertaria Argentina (FLA), et qui a beaucoup souffert des diff�rentes vagues de r�pression bourgeoise et militaire.

En 2005, la FORA comme la FLA sont des �toiles mortes. Un micro-groupe doctrinaire est aujourd'hui d�positaire du prestigieux sigle FORA. Quant � la FLA, ses quelques militant(e)s emploient l'essentiel de leur �nergie � sauver du d�labrement des locaux surdimensionn�s, h�rit�s d'un pass� h�ro�que, et remplis � 90 % d'archives aussi pr�cieuses que poussi�reuses. La responsabilit� de d�velopper une politique r�volutionnaire apr�s l'Argentinazo a donc �chu � une nouvelle g�n�ration d'anarchistes li�e aux mouvements populaires, et qui se structure principalement autour de deux petites organisations : l'Organizaci�n Socialista Libertaria (OSL - l'explication des sigles se trouve en fin d'article -) et Auca.

L'OSL et Auca (auca signifie " rebelle " en indien mapuche) sont apparues presque simultan�ment en 1997-98, avec la volont� de faire vivre " l'anarchisme dans la rue " (" l'anarquismo en la calle "). En la Calle sera d'ailleurs le titre de la publication commune qu'ils lanceront peu apr�s, avec un groupe de Rosario aujourd'hui disparu.

Form�s � l'origine de tr�s jeunes gens (18, 19 ans), ces deux groupes se sont d'abord lanc�s � fond dans la propagande anarchiste. Puis, comme l'explique en souriant Mart�n, de l'OSL, ils ont fait leur " autocritique" et ont pris un tournant moins id�ologique, en s'immergeant dans les mouvements sociaux. C'est � ce moment que des divergences sur la fa�on d'intervenir ont �loign� les deux groupes, comme on le verra plus loin. En 2000, Auca a quitt� la structure commune que constituait En la Calle, et a cr�� le p�riodique Offensiva Libertaria. Aujourd'hui, OSL comme Auca semblent � un nouveau tournant.

Leur immersion compl�te dans le mouvement populaire leur conf�re un ancrage et des responsabilit�s politiques non n�gligeables, mais elles y ont �galement perdu en visibilit� et en lisibilit� politique. OSL et, dans une moindre mesure, Auca, sont donc aujourd'hui � la recherche d'un r��quilibrage de leur investissement dans les mouvements sociaux.

OSL et Auca rassemblent moins d'une trentaine de personnes chacune, essentiellement de jeunes travailleurs, qui font preuve d'un remarquable s�rieux dans leur militantisme. Les diff�rentes phases de leur �volution politique ont �t� accompagn�es d'un constant effort de lecture - Bakounine, Malatesta, Makhno, Flor�s Mag�n, Foucault, Castoriadis, Fontenis, Gu�rin 1, mais aussi des �crits de la FAU - et de th�orisation de leur action. Malgr� leur taille r�duite, les deux organisations s'astreignent � tenir r�guli�rement des congr�s pour analyser la situation sociale, et mettre � jour leur strat�gie politique.

L'OSL sur tous les fronts Essentiellement bas�e dans le " Grand Buenos Aires " et � Paran�, l'OSL a poursuivi l'�dition d'En la Calle apr�s la d�fection d'Auca. Grand bien leur en a pris car ce mensuel b�n�ficie aujourd'hui d'une relative notori�t�. Des groupes non affili�s � l'OSL le diffusent d'ailleurs dans diff�rentes villes du pays.

L'activit� de l'OSL se divise en deux principaux " fronts " (frentes) : le " front syndical " et le " front piquetero ". Les militant(e)s de l'OSL sont actifs dans le syndicat de l'�ducation de la province de Buenos Aires, affili� � la Central de los Trabajadores Argentinos (Suteba-CTA). Ils jouent �galement un r�le moteur dans un jeune syndicat ind�pendant et - pour l'instant - non l�gal, le Sindicato Independiente de Mensajeros y Cadetes (Simeca), qui organise les coursiers en deux-roues.

Au sein du Suteba, les camarades de l'OSL ambitionnent d'impulser, avec des syndicalistes de sensibilit� autogestionnaire, une tendance syndicale " classiste et antibureaucratique ". Au sein du Simeca, le travail est diff�rent. Le syndicat, n� en 2000, n'a pas encore obtenu sa l�galisation, et n'est donc pas cens� avoir d'adh�rent(e)s. La lutte pour la l�galisation du Simeca est indissociable de la lutte pour la " l�galisation " des coursiers. Effectivement, le m�tier n'existe pas officiellement, et tou(te)s travaillent au noir, sans aucune protection sociale : ni retraite, ni couverture maladie, ni cong�s pay�s, ni horaires, ni m�me� une assurance contre les accidents de la route ! Ill�gal pour l'heure, le Simeca est donc un groupe d'une " vingtaine de militants, avec une capacit� de mobilisation de 300 personnes environ " selon Augustin, qui en est un des piliers.

Pour finir, les camarades de l'OSL sont actifs au sein du mouvement des ch�meurs et, pendant plusieurs ann�es, principalement au MTD An�bal Ver�n, une des organisations piqueteras les plus radicales, au sein de laquelle se retrouvaient diverses sensibilit�s (anarchiste, marxiste, p�roniste de gauche�). " An�bal Ver�n " avait pour caract�ristique principale d'�tre auto-organis�, et de n'�tre pas la succursale d'une organisation politique. Mais l'organisation a �clat� en septembre 2004 en plusieurs morceaux, et certains comit�s locaux ont pris leur autonomie.

Les ch�meurs de l'OSL sont aujourd'hui actifs dans la fraction la plus autogestionnaire, le MTD Primero de Majo (1er Mai), ainsi que dans le MTD Guill�n-Zaizar (du nom d'un quartier de Buenos Aires). Avec environ 200 membres � eux deux et un projet de fusion, ces deux MTD ont entam� la reconstruction, en commen�ant par investir de nouveaux locaux.

L'auto-organisation pratiqu�e par le MTD Primero de Majo se veut un garde-fou contre la d�rive client�liste qu'ont pu conna�tre certains mouvements piqueteros, satellites de partis de gauche et dans lesquels, grosso modo, les militant(e)s du parti distribuent � " leurs " pauvres l'aide sociale confi�e par l'�tat (voir article pr�c�dent). En organisant manifestations et actions contre l'�tat et les grandes entreprises, le MTD Primero de Majo a d�j� pu obtenir des produits pour am�liorer l'ordinaire : de la viande notamment.

Mais ce MTD ne songe pas � se contenter de " g�rer " son pr� carr�. � pr�sent qu'An�bal Ver�n a �clat�, la question de nouvelles alliances est pos�e. Un rapprochement est en cours avec le Frente Popular Dar�o Santill�n (FPDS), form� r�cemment par la coalition de divers comit�s piqueteros, de la minorit� de l'ancien MTD An�bal Ver�n, et d'un mouvement dont nous allons parler plus longuement : le MUP. Auca et le MUP Form�e en 1997, Auca a commenc� en 1999 � investir le terrain de la lutte sociale, � travers plusieurs associations de ch�meur(se)s et d'�tudiant(e)s. De la convergence de ces associations est n�, en 2001, le Mouvement d'unit� populaire (MUP), qui a l'�poque ne regroupait qu'une poign�e de militant(e)s, et qui a organis� son premier " piquete " le 1er mai 2001.

Apr�s l'insurrection du 19-20 d�cembre, le MUP a connu une croissance spectaculaire, allant jusqu'� compter 2000 membres, r�partis en diff�rents " fronts ". Le front piquetero est le plus important, mais il existe �galement un front �tudiant (baptis� Agua Negra, " Eau noire ") et un front paysan. Chacun de ces fronts d�veloppe une activit� revendicative qu'on pourrait qualifier de syndicale. Le d�veloppement d'un front de salari�(e)s semble en revanche dans l'impasse. Le MUP a d'ores et d�j� r�ussi � se d�velopper ailleurs qu'� La Plata, sa base historique.

Auca entretient une relation " incestueuse " avec le MUP, sans qu'il y ait de lien organique officiel entre les deux organisations. � titre d'exemple, Auca est la seule organisation politique � disposer de locaux dans l'immense centre social cr�� par le MUP � La Plata, dans une �cole d�saffect�e� On peut imaginer l'embarras des libertaires si jamais d'autres militant(e)s du MUP demandaient � leur tour � pouvoir domicilier l� un quelconque groupe communiste, p�roniste� ou catholique ! Refuser conduirait � une explosion du MUP ; accepter reviendrait � cristalliser des tendances politiques, dont la concurrence interne ne pourrait que nuire au MUP.

L'unit� est-elle possible ?

Cette question du rapport organisation politique/mouvement social est un point de divergence entre l'OSL et Auca. Contrairement � Auca, l'OSL d�fend l'autonomie du mouvement social comme condition sine qua non de l'auto-organisation et de la " construction d'un pouvoir populaire ".

S'il s'agit bien d'une diff�rence fondamentale dans l'approche, on peut cependant y voir en premier lieu un �tat de fait qui doit beaucoup aux circonstances et aux opportunit�s diff�rentes sur Buenos Aires et La Plata, entre 2000 et 2002. Car pour le reste, il y a compl�te identit� de vues entre OSL et Auca, sur la strat�gie politique.

Le Frente Popular Dar�o Santill�n serait le nouvel outil de cette strat�gie commune. Mais sur le plan de l'unit� du mouvement libertaire, les choses pourraient �galement avancer. L'OSL pense que de nombreux(ses) militant(e)s libertaires, actif(ve)s mais dispers�(e)s dans les mouvements sociaux, attendraient beaucoup d'une fusion OSL-Auca. Un rapprochement serait possible : les deux organisations sont membres du r�seau SIL et ont gagn� en maturit�. Le contexte de reflux du mouvement populaire semble leur faire � pr�sent relativiser leurs divergences tactiques.

Pour explorer les possibilit�s de rapprochement, l'OSL souhaite proposer la formation d'une coordination g�n�rale des communistes libertaires actif(ve)s dans les mouvements sociaux. Une " tendance " qui aurait pour nom " Resistencia Popular Libertaria ", et qui pourrait pr�figurer l'unification en une nouvelle organisation communiste libertaire, � l'�chelle du pays.

Guillaume Davranche (AL Paris-Sud)

Index des sigles

Auca : Signifie " rebelle " en indien mapuche. Organisation communiste libertaire de La Plata. Publie le p�riodique Offensiva libertaria.

CCC : Corriente Clasista y Combativa. Tendance sociale et syndicale qui constitue le " front de masse " du PCR (un parti mao�ste). �galement dot� d'une branche piquetera.

CGT : Confederaci�n General del Trabajo. Centrale syndicale h�g�monique dans le pays. Fond�e en 1935, elle est devenue p�roniste en 1946, et a jou� pendant plusieurs d�cennies le r�le d'un rouage de l'�tat, d'encadrement des travailleur(se)s. Elle en a en partie conserv� le style bureaucratique et cogestionnaire. Actuellement elle est l'objet de violentes batailles d'appareil entre p�ronistes de gauche et de droite.

CTA : Central de los Trabajadores Argentinos. Centrale syndicale n�e en 1992 d'une scission de la CGT, et particuli�rement implant�e chez les enseignant(e)s et les travailleur(se)s de l'�tat. Dirig�e par des p�ronistes de gauche, la CTA est en lien avec le MNER et un mouvement piquetero, la FTV.

FAU : Federaci�n Anarquista Uruguaya. Fond�e en 1956, c'est la principale organisation communiste libertaire d'Am�rique latine, adh�rente au r�seau SIL. Son implantation sociale et sa longue exp�rience - y compris dans la clandestinit� et la lutte arm�e contre la dictature entre 1973 et 1985 - lui conf�rent un certain prestige, et une influence non n�gligeable aupr�s des anarchistes des pays voisins.

FPDS : Frente Popular Dar�o Santill�n, du nom d'un piquetero assassin� par la police en 2003. Front large regroupant le MUP, ainsi que plusieurs MTD de tendance basiste.

MNER : Movimento Nacional de las Empresas Recuperadas. F�d�re la majorit� des entreprises r�cup�r�es, organise des formations � la gestion, fait du conseil juridique et du lobbying aupr�s de l'�tat pour obtenir la l�galisation des entreprises.

MTD : Movimientos de Trabajadores Desocupados. �galement appel�s mouvements piqueteros ou organisations piqueteras. L'expression " travailleur(se)s sans emploi " est employ� d�lib�r�ment pour rappeler que les ch�meur(se)s ne sont pas une cat�gorie " � part " mais bel et bien une fraction constitutive de la classe ouvri�re.

MUP : Movimento de Unidad Popular. Organisation de lutte surtout pr�sente � La Plata, et regroupant des piqueteros, des �tudiant(e)s ainsi que de petit(e)s paysan(ne)s. Les militant(e)s d'Auca y jouent un r�le moteur.

OSL : Organizaci�n Socialista Libertaria. Organisation communiste libertaire du Grand Buenos Aires. Publie le p�riodique En la Calle.

Piqueter@s : Militant(e)s des MTD. Leurs actions prennent souvent la forme de coupage de routes au moyen de piquetes (barrages).

PJ : Parti justicialiste. Fond� en 1945 par Juan Per�n, c'est un parti politique central en Argentine.

SIL : Solidarit� internationale libertaire. R�seau d'entraide rouge et noir international qui regroupe une vingtaine d'organisations dont, en France, Alternative libertaire, et en Argentine, Auca et l'OSL.

Simeca : Sindicato Independiente de Mensajeros y Cadetes. N� en 2000, organise les coursiers � moto ou mobylette. L'OSL y est active.

Article de Alternative Libertaire juillet 2005

Alternative Libertaire

[Article venant du CMAQ]



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