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  Post� le jeudi 28 juin 2007 @ 16:11:51 by AnarchOi
Contributed by: AnarchOi
Non-violenceD�s le 19e si�cle, l�id�e de recourir uniquement � des moyens non-violents est venue � bien des anarchistes [1]. C�est seulement apr�s le congr�s de La Haye (1872) que la plupart d�entre eux est pass�e � l�action directe violente. Or beaucoup de travailleurs consid�raient la gr�ve g�n�rale sans violence comme plus efficace que la contre violence r�volutionnaire. User ou non de la violence est un vieux probl�me pour les anarchistes. Deux faits r�cents me paraissent l��clairer : le d�veloppement consid�rable de nos connaissances sur les soci�t�s et la multiplication des actions directes revendiqu�es comme sans violence.

1. D�finir la violence ne va pas de soi : c�est un � enjeu social �. Bien s�r, le mot �voque toujours une atteinte grave, d�origine humaine, sur des hommes ou des animaux. Mais la liste des violences exerc�es ou subies varie largement selon que celui qui parle est dominant ou domin�. Quant aux causes g�n�rales des violences, on sait maintenant, avec une probabilit� croissante, gr�ce � des observations objectives (ce qui ne veut pas dire neutres), quelles situations, �trang�res � toute m�taphysique, engendrent la violence, comment se construisent les r�seaux de neurones qui, dans tous les individus, constituent les dispositions � se soumettre � des syst�mes hi�rarchiques maintenus, en dernier ressort, par la force arm�e, comment sont fabriqu�s les id�es et les id�aux propres � justifier ces structures et � les perp�tuer, en d�pit des d�g�ts plan�taires qu�elles entra�nent. Mais la plupart de nos contemporains, ignorant ces observations, con�oivent la soci�t� � partir de l��chelle individuelle, en se fiant � quelques affirmations m�taphysiques, aussi p�remptoires qu�inv�rifiables, fatalistes ou volontaristes. Quand ils tiennent compte de la complexit� des interactions d�terministes, les volontaristes s�empressent de confondre impr�visibilit� et Libert�.

2. La d�finition de la non-violence est, elle aussi, un enjeu social. Bien s�r, s�abstenir de la violence en toutes circonstances est ce qui caract�rise la non-violence par diff�rence avec les actions directes simplement sans violence (manifs, gr�ves, boycotts, d�sob�issances civiles ou militaires, sabotages, etc.), qui peuvent �tre pratiqu�es � titre temporaire par des groupes bien d�cid�s � recourir, en d�autres circonstances, � si n�cessaire �, aux moyens violents. Mais aujourd�hui, telle instance nationale ou internationale invoquera sans scrupules la non-violence en se r�servant, au nom du � r�alisme �, de recourir � exceptionnellement � � la force arm�e pour � r�tablir l�ordre � ou d�fendre les Droits de l�Homme. Tel Directeur des Ressources Humaines confondra management soft et non-violence. Et m�me en dehors de ces brouillages, volontaires ou non, l�abstention totale des moyens violents peut s�inscrire dans des choix fort diff�rents les uns des autres. La non-violence est-elle passive ou active ? Mystique ou politique ? Individuelle ou collective ? Vise-t-elle un compromis avec les dominants ou la fin de la domination ? Est-elle une valeur parmi les autres ou le crit�re de toutes les autres ?

En tout cas, le sens du mot non-violence n�est pas une id�e (pr�)existant quelque part dans un monde id�al, transcendant ou immanent, et r�v�l�e aux Indiens ja�nistes, aux premiers chr�tiens, � Tolsto�, � Gandhi ou � quelque mouvement que ce soit. En tant qu�acteur social, pour dire ce qu�est la non-violence et la pratiquer, le courant anarchiste non-violent n�est pas moins comp�tent que les courants religieux ou humanistes se r�clamant de la non-violence.

3. Pour des anarchistes, la non-violence ne peut �tre qu�une strat�gie de lutte collective explicite non seulement contre les � abus � de la domination, mais contre son principe m�me, contre toute hi�rarchie de domination. Des anarchistes ne sauraient se contenter de faire baisser la fi�vre, d�agir sur ses causes imm�diates, d�am�liorer en aval le fonctionnement des institutions. Ils visent � agir en m�me temps, en amont, sur les d�terminismes les plus g�n�raux, donc sur les deux causes principales des violences : les structures de domination et l�ignorance (entretenue par la � culture � TF1, mais aussi par l�orientation que les dominants donnent � la recherche scientifique).

4. Pour les anarchistes non-violents, choisir la non-violence collective, c�est adopter le seul moyen efficace de rompre le cercle vicieux de la violence et de la contre-violence. Loin d��tre un imp�ratif m�taphysique, la non-violence est, comme tout ce qui se fait de nouveau en cuisine, en art, en science, en �thique..., un fruit du travail de l�imagination et de la pratique collectives. Le flou m�me de la notion est un avantage : il facilite l��largissement des luttes � des violences soci�tales trop souvent ignor�s par les r�volutionnaires des si�cles pass�s. Ni dieu ni ma�tre, ni aucune autre violence. La non-violence collective associ�e � l�objectivit� fournit une strat�gie pour les moments de tension, mais aussi, parce qu�elle implique de lutter contre toute domination, un argumentaire qui permet de r�sister aux r�cup�rations douces (on sait, par exemple, combien les associations alternatives autog�r�es suscitent d�int�r�t, ces temps-ci, de la part des humanistes d�mocrates lib�raux conscients des limites de la pens�e unique et du � tout contrat �). La non-violence collective est probablement une r�ponse mieux adapt�e que la contre-violence � un monde social dont on d�couvre qu�il est moins le jouet de pouvoirs centraux que la r�sultante d�interactions infiniment complexes.

Ainsi con�ue, la non-violence collective n�est pas une utopie, en ce sens qu�elle ne d�finit aucun projet de soci�t�. Comme l�objectivit� scientifique est le crit�re de tout savoir probable, la non-violence collective est la pierre de touche de tout choix de valeurs. Ce sont l� les deux gardes-fous les plus g�n�raux que nous puissions choisir pour le grand groupe humain, afin que ses sous-groupes arr�tent de s�entred�chirer.

5. Deux probl�mes importants.

En cas d�affrontements physiques, in�vitables si on ne r�duit pas la non-violence � la gestion soft des cons�quences de la domination, le pari que la fermet� non-violente d�stabilisera les soldats et les miliciens n�est pas gagn� d�avance. Comment doubler de vitesse les dominants, avant qu�ils aient mis en place un syst�me de flicage parfait et fabriqu� des foules insensibles ?

D�autre part, la non-violence �tant un pari suicidaire si elle n�est pas pratiqu�e par toute une population, comment faire partager notre souci que toutes les cultures, linguistiques, religieuses, nationales, philosophiques, etc. (y compris notre culture libertaire) �changent entre elles pour se comprendre et sauvegarder leur pluralit�, non en � respectant �, c�est-�-dire en sacralisant leurs diff�rences, mais en les relativisant, donc en les d�barrassant de leur commune subordination aux valeurs des dominants ?

Fran�ois S�BASTIANOFF

Notes :[1] Le pr�sent texte a �t� propos� � R�fractions le 4 mars 2001, et non publi�


Note : "Source : Anarchisme Non-Violence 2"

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