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  Post� le dimanche 17 juin 2007 @ 02:29:57 by AnarchOi
Contributed by: AnarchOi
Syndicalisme� On s�est heurt� au fait que beaucoup de militants �taient d�abord des militants de leur conf�d�ration avant d��tre des militants libertaires ou anarcho-syndicalistes, ou syndicalistes r�volutionnaires. �


Le r�formisme syndical a v�cu. L��chec du mouvement contre la d�centralisation et la r�forme des retraites est comme la derni�re bataille perdue d�un syndicalisme qui, comme le pr�cise Freddy Gomez dans le Monde libertaire (hors s�rie n� 23, �t� 2003), � n�a plus les moyens de ses ambitions �. Incapable de d�fendre les � acquis � du mouvement ouvrier, impuissant � organiser les ch�meurs et les pr�caires, le syndicalisme a-t-il encore un avenir ? Plus douloureux : que font encore celles et ceux qui se revendiquent libertaires, voire anarcho-syndicalistes dans des organisations telles que la CGT, FO ou le G10 solidaires ?

�tat des lieux

Le paysage syndical fran�ais est pour le moins d�vast� : huit salari�.e.s sur cent seraient adh�rents � un syndicat 1 et ce, dans une conf�d�ration ou une f�d�ration professionnelle dont le nombre, parfois, d�passe l�entendement : pas moins de cinq conf�d�rations dites repr�sentatives peuvent se disputer les �ventuelles adh�sions. 2

Paradoxe ! Ces syndicats ne vivent que des financements de l��tat ou des communes, voire des patrons, par l�interm�diaire des mises � disposition et entretiens des permanents et des locaux. Droits arrach�s au patronat et � l��tat, certes, mais sans l�argent public ou des employeurs, que resterait-il de ces organisations ? Cons�quences bien connues et d�nonc�es dans ces colonnes : institutionnalisation et bureaucratisation des syndicats !

Quant � la dimension internationale, � l�heure d�une mondialisation capitaliste tant d�cri�e, aucune de ces conf�d�rations n�a �t� en mesure d�assurer un minimum d�actions. Si le capitalisme ne conna�t pas les fronti�res, le syndicalisme, lui, a bien du mal � les franchir !

D�manteler toute r�sistance collective

� sa d�charge, le syndicalisme est victime des coups de butoir du capitalisme triomphant. Licenciements, plans sociaux, d�veloppement de l�emploi pr�caire, etc. Dans ce contexte, s�organiser collectivement rel�ve de l�exploit. Les politiques patronales de � management �, vantant les m�rites de l�individualisme, ont �galement d�valu� toute tentative de r�sistance collective.

Les fondements m�me du syndicalisme en ont �t� boulevers�s. � l�origine, b�ti sur les syndicats de m�tiers (la corporation), il n�a pas su les d�passer pour d�velopper une r�elle solidarit� interprofessionnelle et internationale.

Si le syndicalisme a un avenir... Lequel ? Le patronat, � l�exemple de l��ducation ou de la Sant�, a besoin d�un service minimum ! C�est-�-dire, d�institutions capables de proposer un minimum pour une paix sociale garantie. Dans son domaine, le syndicalisme � d�accompagnement � 3 a encore de l�avenir. Il peut m�me s�offrir, comme aujourd�hui, le luxe de la diversit� des organisations, pourvu qu�il r�ponde � cette exigence de paix sociale ! C�est acquis pour la CFDT. Cela est �galement vrai pour la CGT, dont le secr�taire g�n�ral s�est vu f�liciter par un ministre � l�issue des gr�ves du printemps 2003 pour � son attitude responsable �, son � opposition raisonnable �. 4 M�me constat pour Force ouvri�re, dont le souci premier est maintenant sa survie (trois conf�d�rations pour un m�me service, cela fait peut-�tre un peu triple emploi !). Les deux articles parus dans le Monde libertaire (n� 1338 et n� 1344) sur la CGT-FO est � ce titre r�v�lateur. L�auteur y rappelle l�urgence de � conforter l�organisation syndicale dans sa capacit� � r�sister, � l�heure o� la CFDT renforce son int�gration et o� la CGT abdique � . 5 L�attitude des syndicats SUD, maintenant regroup�s au sein du G10-Solidaires 6 se r�v�le d�cevante. L�interprofessionnel et la dimension internationale des SUD restent secondaires (ses responsables restent oppos�s � la cr�ation d�une sixi�me conf�d�ration).

Seuls les adh�rents les plus politis�s s�investissent dans les mouvements hors l�entreprise. Ses militant.e.s sont contraint.e.s de mod�rer leur radicalit� au vu de la multiplication des syndicats SUD sur des bases cat�gorielles (y compris au sein m�me des forces r�pressives de l��tat : SUD-Int�rieur). La posture adopt�e - participation aux �lections professionnelles, embauche de permanents - les inscrit, de fait, dans un syndicalisme de cogestion.

D�autant que cette course � la reconnaissance et � l�obtention de moyens (via les �lections) ne les prot�gent pas d�une certaine bureaucratie, des luttes de pouvoir (des postes sont � prendre) et d�une qu�te de respectabilit�. On se rappelle la d�claration au quotidien le Monde, lors des gr�ves du printemps 2003, o� la porte-parole du G10 affirmait � qu�une gr�ve g�n�rale ne se d�cr�te pas �, rejoignant ainsi son coll�gue Bernard Thibault !

Par ailleurs, la pr�sence en son sein de nombreux militants trotskistes cantonne les pratiques de SUD dans un syndicalisme, certes plus radical, mais certainement pas libertaire, visant � l�autonomie du mouvement social. Ayant fait le choix de la participation aux �lections politiques, les syndicalistes militants de la Ligue communiste r�volutionnaire s�inscrivent de fait dans un partage des t�ches qui n�est, h�las, gu�re nouveau : aux syndicats, la fiche de paie, aux politiques la gestion de la soci�t� ! 7

En ce qui concerne le syndicalisme enseignant, il n�est pas inutile d�observer les man�uvres au sein de la F�d�ration syndicale unitaire dans sa volont� d��largir son champ de syndicalisation afin de se positionner comme le grand syndicat de la fonction publique, avec en sous-main le r�le jou� par certains militants politiques de la LCR ou de LO pour � construire un p�le de radicalit� �. Une radicalit� qui peut para�tre la bienvenue dans ce paysage syndical mais qui est fort �loign�e de l�anarcho-syndicalisme ou du syndicalisme r�volutionnaire.

L�attitude antid�mocratique des militants du SNES, adh�rents � LO, lors de la gr�ve des profs en mai-juin 2003 est venue nous le rappeler...

Si le syndicalisme a un avenir, il est donc impossible de l�envisager sous cette forme : �triqu�e, cogestionnaire et corrompue par des pratiques politiciennes !

Les anarcho-syndicalistes et syndicalistes r�volutionnaires doivent se regrouper au sein d�une m�me organisation ! Dans les ann�es 70, l�Alliance syndicaliste 8 avait tent� de regrouper les libertaires dispers�s dans les diff�rentes conf�d�rations. Cette initiative, qui a su, � l��poque, coordonner ces syndicalistes et mener quelques actions convergentes au-del� des chapelles d�organisation, ne peut �tre reconduite. Pour deux raisons essentielles.

La premi�re, l�Alliance syndicaliste a montr�, d�s sa cr�ation, ses limites : � Beaucoup de militants �taient d�abord des militants de leur conf�d�ration avant d��tre des militants libertaires. � 9

La deuxi�me, l�illusion de pouvoir peser sur les politiques conf�d�rales s�est r�v�l�e vaine. Les � moutons noirs � 10 de la CFDT en firent l�exp�rience dans les ann�es 88 et 89.

Lire, aujourd�hui, dans le Monde libertaire que � les anarchistes investis dans les conf�d�rations repr�sentatives vont devoir pousser plus que jamais les bureaucrates dans leurs retranchements dans les mois � venir � (ML hors s�rie n� 23, �t� 2003) ou � tenter de l�int�rieur de radicaliser et imposer des modes de d�mocratie directe � (V. Benito, ML n� 1336), appara�t quelque peu �tonnant.

Non, il sera impossible en tant que syndicaliste r�volutionnaire ou anarcho-syndicaliste d�influencer un tant soit peu les politiques conf�d�rales. Non, la CGT n�est pas l�organisation � la plus vivante, la plus porteuse de promesses � (ML n� 1334, article du Collectif La Sociale).

Ne r�p�tons pas l�histoire ! Si l�on veut esp�rer donner un avenir � nos id�es, � nos pratiques, nous n�avons plus le choix. Si celui-ci est l�action syndicale, parce que nous sommes salari�.e.s ; si nous nous revendiquons anarcho-syndicalistes, retrouvons-nous dans le m�me syndicat ! L�anarcho-syndicalisme, ce sont des pratiques : l�assembl�e g�n�rale souveraine, des comportements antiautoritaires, une parole qui circule, des mandat�.e.s qui ne sont pas permanents � vie... Des mandat�.e.s qui sont contr�l�s et r�vocables, etc.

L�anarcho-syndicalisme, c�est aussi un projet de soci�t� ! Et ce projet, � notre connaissance, est un projet en rupture avec le syst�me ! Comment le d�velopper, m�me en tant que syndicaliste r�volutionnaire si l�on milite � la CGT, � FO ou � SUD ? Comment peser, mettre en pratique nos id�es dans tous les champs possibles de nos interventions ? Comment construire la � gr�ve g�n�rale � (qui n�est pas une fin en soi, mais le d�but d�une reprise en main de nos destin�es) ?

On ne peut plus citer �mile Pouget ou Maurice Joyeux 11 pour justifier nos adh�sions � la CGT ou � FO - � ces organisations telles qu�elles sont aujourd�hui - ni se contenter de s�y exprimer librement. 12

Soit nous avons, en tant que libertaires, une r�elle ambition pour le d�veloppement de nos id�es et de nos outils, soit nous restons � isol�s � dans nos conf�d�rations dans la critique des directions conf�d�rales ou le satisfecit d�y �tre quelque peu reconnus ou influents. La grande force des libertaires de la fin du xixe si�cle, c�est d�avoir su construire les outils en ad�quation avec la demande sociale : les Bourses du travail puis la cr�ation de la CGT. Ces cinquante derni�res ann�es, nos adh�sions aux conf�d�rations syndicales s�inscrivaient, peut-�tre dans cette histoire, mais surtout parce que nous n�avions pas le choix d�autres outils. Y avait-il aussi cette croyance en la possibilit� � d�influencer � les directions conf�d�rales ? Et, il fallait �tre dans le � mouvement social �, aux c�t�s des � travailleurs � ... Or les salari�s ont d�sert� les syndicats et le � mouvement social � dans ses manifestations organis�es s�est diversifi�.

Deux objections reviennent r�guli�rement quand nous �voquons cette n�cessit� de regrouper les libertaires : la lente construction d�un outil syndical et l�isolement d�une adh�sion dans une organisation o� tout est � faire ! Elles sont recevables mais pas ind�passables ! D�j� Jacques Toublet regrettait le manque de � conscience r�volutionnaire � � constituer, dans l�imm�diat apr�s-guerre, un outil syndical pour � tous les syndicalistes combatifs �. 13 Et il n�est jamais facile de commencer, surtout quand le paysage syndical, sur un lieu de travail, est d�j� bien quadrill�, voire, � l�oppos�, d�sert�. R�pression patronale, patriotisme des autres syndicats, attitude de d�fiance des coll�gues. Il faut de l��nergie et des convictions ! C�est certainement un choix personnel qui doit tendre � devenir collectif pour d�terminer l�avenir.

La CNT, un outil

L�objectif, ici, n�est pas de donner des le�ons ou de proposer un bulletin d�adh�sion. Un, la CNT n�est pas parfaite, et pas � l�abri, si son d�veloppement se poursuit, de sombrer dans les d�rives des autres syndicats (conflits de pouvoirs, OPA d�organisations non libertaires - Ne laissons pas � d�autres cet outil ! -). Deux, elle n�est pas � l�abri, �galement, d�un certain � sectarisme � propre aux organisations combatives, voire, victime, d�un � patriotisme � inh�rent � toute association...

Mais, anarcho-syndicalistes, nous n�avons gu�re le choix ! Depuis la fin des ann�es 80, les diff�rents mouvements de gr�ve ont exprim� cette volont� de d�mocratie directe et de contr�le des mandat�s (via les coordinations et les collectifs). � chaque fois, leurs initiateurs se sont retrouv�s confront�s aux directions syndicales seules � habilit�es � � n�gocier, � d�cider en lieu et place des acteurs eux-m�mes. Le besoin est donc urgent d�avoir un outil qui r�ponde � cette demande sociale.

La CNT est, pour le moment, la seule organisation syndicale qui s�est fix� comme objectif la � transformation totale de la soci�t� actuel-le �, � la suppression du salariat � et le � remplacement de l��tat par un organisme issu du syndicalisme lui-m�me et g�r� par l�ensemble de la soci�t� �. 14 Elle est aussi la seule � s�inscrire dans les mouvements hors l�entreprise avec autant de volontarisme : antifascisme, sans-papiers, ch�meurs, pr�caires, etc.

Si l�influence de la CNT reste pour l�heure marginale, cela s�explique aussi par ses exigences : refus des permanents (elle ne s�inscrit donc absolument pas dans un syndicalisme de service), refus de participation aux �lections professionnelles dans le secteur public (ce qui l�exclut d�une certaine repr�sentativit� nstitutionnelle d�o� d�coulent informations, moyens humains et financiers), refus de participation aux comit�s d�entreprise du secteur priv� (ce qui l�oblige, dans ce secteur, � d�fendre syst�matiquement en justice sa qualit� de syndicat)...

L�anarcho-syndicalisme de la CNT s�inscrit, l�, en totale rupture avec les pratiques dominantes ; comme une contre-culture que nous aurions � assumer ; tant, cette soci�t� valorise la parole experte et la d�l�gation. La � repr�sentativit� �, c�est dans les luttes, dans ses pratiques qu�elle l�acquiert.

D�autres choix sont possibles, mais dans le champ �conomique, celui sur lequel on doit peser, il n�y en a pas d�autres. Si l�anarcho-syndicalisme a un avenir, il doit se construire, ensemble, dans la m�me organisation.

La CNT est un outil. Elle a, aujourd�hui en France, une r�alit�. Elle sera ce que nous en ferons !

Alain Dervin


1. � La France a la particularit� d��tre le pays o� il existe le plus d�organisations syndicales et o� le nombre de syndiqu�s est le plus faible. � peine 8 % de travailleurs organis�s � Le Collectif La Sociale, Montpellier, Le Monde libertaire, n� 1334.2. Cinq conf�d�rations dites repr�sentatives : CGT, CFDT, FO, CFTC, CGC (cadres) ; la CNT ; le G10-Solidaires (regroupant les syndicats SUD) ; l�UNSA (fonction publique) ; FSU, (�ducation nationale), etc.

3. Formule emprunt�e � Ramon, militant de la CNT � Saint-�tienne, auteur de l�article [� Encore une couche [i.e. louche] �, paru dans Le Monde libertaire, n� 1337->art1580].

4. Propos rapport�s par Pierre, militant de la FA de Rennes, Le Monde libertaire, hors s�rie n� 23.

5. Samuel in � CGT-FO, les raisons d�un choix �, Le Monde libertaire, n� 1338.

6. Le G10-Solidaires est un regroupement d�organisations syndicales. � l�origine, ils �taient dix syndicats autonomes dont le SNUI (Syndicat national unifi� des imp�ts) et le SNJ (Syndicat national des journalistes) pour les plus connus, rejoints maintenant par les syndicats SUD (Solidaires, unitaires et d�mocratiques).

7. On retrouve dans tous les syndicats l�influence particuli�re de militants politiques, � en friser la caricature : le PC � la CGT ; le PS � la CFDT et � la FSU ; l�UMP, les trotskistes et des libertaires � FO ; la LCR dans les syndicats SUD, etc.

8. L�Alliance syndicaliste, cr��e dans les ann�es 70, a fonctionn� jusqu�en 1980. Elle avait pour objectif de regrouper et de coordonner les syndicalistes libertaires adh�rents de la CGT, CFDT et FO. Lire l�ouvrage cit� : Agone n� 26-27, l�interview de Jacques Toublet.

9. Jacques Toublet, Agone, p. 88.

10. Expression employ�e par Edmond Maire, � l��poque secr�taire g�n�ral de la CFDT.

11 et 12. R�f�rences aux propos de Samuel sur FO paru dans Le Monde libertaire, n� 1338, 1344 et 1348.

13. Agone, op. cit.

14. Article premier des statuts de la CNT, congr�s de 1946, modifi� au congr�s de 1949.




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