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Post� le samedi 16 juin 2007 @ 22:06:59 by AnarchOi Contributed by: AnarchOi
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Suite � quelques discussions ces derniers jours sur l'efficacit� des
actions men�es au contre-sommet d'Heiligendamm, sur la mani�re dont les
m�dias mainstream (n') en avaient (pas) parl�, et sur la mani�re dont
"madame-tout-le-monde" avait pu percevoir ce qui s'y est pass�, je
voudrais revenir sur quelques affirmations trouv�es dans les m�dias
dominants � propos du contre-sommet, et � partir de l� revenir
sur/d�velopper certaines informations/questions. Je me base sur la
lecture de journaux francophones ("Le Monde", "Lib�ration", "Le Soir",
"Le Figaro", "La Libre Belgique"; notons que ce ne sont pas cens�s �tre
les "moins bons" journaux ou les plus r�actionnaires, "Le Figaro" mis �
part) ainsi que sur des traductions qui m'ont �t� faite de certains
articles allemands. Pour ne pas caricaturer, je pr�cise que certains
journalistes se sont montr� plus critiques � l'�gard du sommet officiel
et plus attentifs au contre-sommet (1), et que certains m�dias ont
parfois ouvert leurs pages � des tribunes donnant un point de vue
diff�rent (1). Mais il n'emp�che que globalement la couverture du
sommet �tait grandement uniformis�e, par les d�p�ches d'agence de
presse et par les formes/sujets habituellement impos�s aux
journalistes.
Du point de vue des m�dias dominants
Un
premier point concerne la criminalisation du mouvement no-global et la
mise en avant de la division au sein du mouvement. Lors de la
manifestation du samedi 2 juin � Rostock, de violents affrontements ont
eu lieu entre manifestants (black blocs en particulier) et policiers.
Ces affrontements et leur condamnation par les porte-paroles de
certaines organisations ont �t� relay�s par les agences de presse (1)
et � partir de l� par la totalit� des m�dias mainstream (1, 2, 3,
4...). Ces violences ont constitu� pour certains m�dias, la grille de
lecture des �v�nements du contre-sommet, un journaliste de la cha�ne de
t�l� NDR allant jusqu'� inventer des jets de cocktail molotov au tr�s
paisible et tr�s pacifique blocage de la porte Est. Par rapport aux
auteurs de violences, les tr�s rares articles qui leur ont �t� consacr�
(1) sont des mod�les de d�sinformation et n'�voquent jamais les
motivations des �meutiers ("ils viennent pour casser", au mieux: "ils
crient des slogans simplistes et chantent l'Internationale").
Un
autre point concerne la n�gation explicite par certains m�dias du
caract�re politique du contre-sommet et des actions qui y ont �t�
men�es, �a a notamment �t� le cas de "Das Bild" et du "Frankfurter
Zeitung" (dans son �dition du vendredi 8 juin), ce dernier organe
expliquait que les altermondialistes �taient venus dans des camps
semblables � ceux des festivals de musique pour jouer au chat et � la
souris avec la police, et qu'il n'y avait l� aucune motivation
politique. On peut remarquer que certains r�cits/reportages factuels de
m�diactivistes sur les actions de blocage, pris isol�ment, ont pu
laisser la m�me impression d'apolitisme � certains lecteurs (peut-�tre
un peu na�fs). De mani�re plus g�n�rale, les articles d'actualit� sur
le contre-sommet n'ont que tr�s rarement permis aux anti-G8 de
d�velopper un minimum leurs id�es, les journalistes pr�f�rant largement
les descriptions spectaculaires des extravagances des manifestants ou
de l'action de Greenpeace.
Il y enfin la relative absence de
compte rendu des r�sultats des actions blocages, au profit d'une
peopolisation des participants au sommet (1) et d'une focalisation sur
les passionnants marchandages politiciens et sur la tr�s ambitieuse
d�claration finale ("Nous nous engageons � envisager s�rieusement
l'objectif de r�duire de 50% les �missions polluantes d'ici 2050" - 1,
2).
Je dis relative absence de compte-rendu sur les blocages car
dans les 7 �ditions papiers que j'ai eu en mains, il n'y avait qu'un
petit entrefilet sur le sujet, ce qui m'a laiss� penser � une
occultation de ces actions. Mais en cherchant sur le oueb, j'ai trouv�
une dizaine d'articles qui parlaient de ce sujet (1, 2, 3) pointant
parfois explicitement l'ampleur in�dite des blocages � un sommet du G8.
Ces articles mettaient en avant les probl�mes de d�placement pour les
journalistes et les d�l�gations et les retards que �a avait impliqu�,
les plaintes du syndicat de police sur leurs cadences infernales de
travail, une visite annul�e de l'�pouse du 1e ministre japonais ou
encore les critiques adress�es aux policiers par les d�l�gations (un
canadien affirmant "la police allemande est en-dessous de tout":).
Une division exag�r�e? Quelle violence...
Qu'en
est-il de cette division du mouvement tant affich�e dans les m�dias
suite � la manif du 2 juin? Il semble impossible d'avoir des donn�es
globales objectives sur le sujet, mais il est ind�niable les
porte-paroles de certaines "grandes" organisations r�formistes
(notamment ATTAC) ont condamn� les violences (j'utilise le terme
"r�formiste" sans connotation p�jorative, pour d�signer ceux qui
esp�rent arriver � r�former les institutions internationales
existantes). Il est aussi ind�niable que certains activistes pacifistes
ont, dans des situations tendues, exig� des black blocs qu'ils ne
fassent pas usage de la violence.
Mais on ne peut �galement
nier, lors de la manifestation du 2 juin, la coh�sion qu'il y avait
entre black bloc et "simples" manifestants lors des incursions de la
police dans l'espace du port o� ils se trouvaient. On ne peut pas non
plus nier, aussi bien dans les camps que dans les blocages, que le
noir, les couvre-chefs et autres bandeaux pouvant servir de masque
�taient tr�s pr�sents. D'un point de vue personnel, si j'ai rencontr� 2
personnes qui critiquaient les strat�gies des black blocs, l'immense
majorit� des gens rencontr�s, qu'ils soient membres d'orgas comme ATTAC
et le CADTM, du r�seau indymedia ou de la f�d�ration anarchiste,
respectaient le choix fait par certains d'une contestation violente du
syst�me, voire le soutenaient. Peut-�tre tous ces gens avaient-ils en
t�te le dernier article de la d�claration des droits de l'homme de 1793: "Quand
le gouvernement viole les droits du peuple, l�insurrection est, pour le
peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacr� des droits et le
plus indispensable des devoirs." Et que la r�ponse � la question
"l'auto-proclam� gouvernement mondial qu'est le g8 viole-t-il les
droits des peuples?" leur semblait �vidente...
Quoiqu'il en soit
c'est dur de savoir ce qu'il en est r�ellement des divisions dans le
mouvement. Mais ce qui est s�r c'est que c'est la premi�re fois que des
porte-paroles d'organisations r�formistes condamnent les violences lors
d'un contre-sommet (j'entends "contre-sommet" dans un sens large: tout
ce qui a �t� cr�� par les anti-g8, contre-sommet officiel, actions,
activit� des camps,...).
Il n'est pas inutile de pr�ciser que
ces condamnations ont pu �tre d'autant plus mal per�ues par certains
activistes que, lors d'une rencontre pr�paratoire au contre-sommet en
avril, ATTAC et d'autres organisations r�formistes (IG Metall
notamment) avaient annonc� qu'elles soutiendraient toutes les formes
d'actions contre le g8. Une autre raison est peut-�tre que, sans devoir
soutenir les actions violentes, les porte-paroles r�formistes pouvaient
envisager d'autres formes de distanciation:
"Les porte-parole
r�formistes font le calcul politique qu�il est plus avantageux pour eux
de r�p�ter ce que l��tat veut qu�ils disent plut�t que de se d�clarer
solidaires de ceux et celles qui, dans la rue, se croyaient leurs
alli�s de lutte [33] . Les dirigeants r�formistes ont pourtant d�autres
options : ils pourraient se d�clarer non-violents mais rappeler que les
Black Blocs et leurs alli�s font eux aussi partis du mouvement et que
leurs actions ont un sens politique. Ils pourraient m�me � utiliser �
les Black Blocs pour faire pression sur les repr�sentants de l��tat, en
d�clarant : � regardez, il y a dans la rue des gens tr�s en col�re et
vous avez donc int�r�t � n�gocier rapidement avec nous pour calmer le
jeu �. Ils ont fait un tout autre choix, au risque de pr�senter une
image tronqu�e du mouvement et d�encourager la violence et la
r�pression polici�re. Alors que les r�formistes s�inqui�tent
publiquement que les Black Blocs soient manipul�s par la police, il
semble que les r�formistes se laissent eux aussi manipuler. Entre les
actions des Black Blocs et les paroles des dirigeants r�formistes, il
n�est pas �vident que ce soient les premi�res qui nuisent le plus au
mouvement." - in "Black blocs: bas les masques"
D�passant la
condamnation par plusieurs porte-paroles r�formistes des violences
pendant la manifestation du 2 juin, Monty Sch�del, un porte-parole
d'ATTAC a dit dans une interview � la tv ZDF "qu�il allait des �
pr�sent collaborer activement avec la police afin de d�noncer de
potentiels criminels". Cette information m'avait �t� rapport�e par un
membre d'ATTAC-Sarbrucke qui avait d�cid� en cons�quence de
d�missionner de l'organisation, elle est confirm�e par un communiqu�
(1) de plusieurs organisations participant au contre-sommet (notamment
le camp de Reddelich, le Legal Team International, les r�seaux No
Border, No G8, the Voice Refugiers et d'autres). S'il semble encore
possible de discuter avec des porte-paroles ayant, dans un moment de
tension et d'urgence, condamn� les violences, une telle d�claration
s'arrogeant le droit de dire qui peut faire partie du mouvement et
surtout d�cidant de collaborer activement avec les forces r�pressives,
est scandaleuse et tout simplement inacceptable. Il me semble qu'�
d�faut d'un communiqu� clair d'ATTAC d�savouant cette personne et ses
propos (communiqu� auquel il faudrait donner une publicit� importante
pour esp�rer r�parer les d�g�ts d'une telle d�claration), la division
du mouvement, que poussent nombre de m�dias dominants, risque fort de
devenir bien r�elle. (Notons ce communiqu� d'ATTAC - 1 - qui, sans
condamner les d�clarations outrageantes de Monty Sch�del, adopte une
optique relativement "constructive").
R�alit� m�diatique et zones autonomes temporaires
Nier
le caract�re politique des motivations des participants et de leurs
actions est une "information" tellement aberrante qu'il n'y a m�me pas
� revenir longuement sur les raisons pour lesquelles les gens �taient
pr�sents, sur les communiqu�s des participants, leurs slogans et
banderoles ou sur la dimension politique des cibles de leurs actions
(base militaire, publicit�, camp de r�tention, Shell, G8,...).
Par
contre la vision tronqu�e d'un contre-sommet apolitique montre bien la
libert� totale que certains m�dias dominants peuvent prendre vis-�-vis
de la r�alit�, cela d'autant plus qu'il s'agissait pour les blocages
d'actions pacifiques, color�es et spectaculaires, bref d'actions on ne
peut plus "m�diatiquement correctes". Se pose alors la question de
savoir quel pouvoir nous pouvons avoir sur ces d�sinformations. La
r�ponse est simple: aucun, quand bien m�me des gens motiv�s
obtiendraient la publication d'un droit de r�ponse (ce qui est
impossible � faire pour chaque article biais�), ces droits de r�ponse
n'ont jamais la m�me publicit� que les articles mis en cause, en
d'autres termes le mal est fait. Au-del� des m�dias ouvertement
hostiles au mouvement no-global, certains activistes prennent en compte
le point de vue de m�dias plus conciliants, plus ouverts au mouvement
no-global. Or il ne faut pas oublier que tous les mass m�dias, quelle
que soit leur ligne �ditoriale/politique, appartiennent � des gens qui
sont partie prenante au syst�me �conomico-politique dominant, � des
gens qui sont objectivement nos "ennemis". Et l'on ne peut nier le fait
que, lorsqu'un mouvement social ou intellectuel remettant radicalement
en cause le syst�me dominant atteint une certaine force, l'immense
majorit� des mass m�dias participe � sa d�l�gitimation (les exemples
plus ou moins r�cents les plus clairs sont probablement la campagne
propagandiste des m�dias fran�ais pour le oui � la Constitution
Europ�enne, et l'opposition des mass m�dias v�n�zueliens au pr�sident
Chavez). Continuer � prendre en compte dans l'analyse de nos actions le
point de vue des mass m�dias revient � donner un important pouvoir, de
division, de d�l�gitimation et de consensualisation du mouvement
no-global, � des gens qui ne manqueront pas de l'utiliser dans les
situations critiques.
Consid�rant ce point de vue, certains
posent parfois la question: "devons-nous alors compl�tement renoncer �
toucher "monsieur-et-madame-tout-le-monde"?". Dans un premier temps, il
semble clair que "toucher" quelqu'un passe bien plus par une discussion
ou une action, par un �change face-�-face que par l'ingurgitation
passive d'un reportage de 1 minute ou d'un article de 300 mots. Ensuite
on peut s'interroger sur l'utilit� de d�penser du temps et de l'�nergie
� essayer de convaincre un cadre trentenaire, un.e adolescent.e fashion
victim ou une m�m� r�actionnaire (exemples extr�mes) du bien fond� et
de la n�cessit� d'une critique radicale du syst�me dans lequel nous
vivons. Soyons clairs, je suis loin d'�tre le dernier � mener des
actions de sensibilisation dirig�e "vers tout le monde" (que ce soit
par la distribution de tracts dans la rue ou l'organisation d'actions
sous diverses formes), et le travail "d'�ducation populaire" men� par
des organisations comme ATTAC et beaucoup d'autres est n�cessaire et
important. Mais il me semble que le point crucial o� se jouent les
transformations de notre monde est bien plus "l'activation" des 5% de
gens d�j� sensibilis�s/conscientis�s et la cr�ation d'un respect mutuel
entre ces gens, que le fait de convaincre 51% des gens que "nous sommes
dans le juste" (ce qui revient � int�grer la logique dite d�mocratique
des oligarchies dans lesquelles nous vivons). Sans vouloir opposer deux
t�ches compl�mentaires (la sensibilisation du plus grand nombre et
l'activation d'un petit nombre), il est clair que les changements
soci�taux importants n'ont jamais �t� l'oeuvre de "la majorit�", mais
bien plus celle de minorit�s critiques se mettant � agir ensemble.
Bref,
revenons � cette grossi�re d�sinformation sur l'apolitisme des anti-g8
qui permet de faire un retour sur le mode d'organisation qui avait
cours dans les camps et pendant les actions. Si les camps �taient des
lieux o� il y avait toujours moyen de faire la f�te, de discuter, de
boire (pr�cisons que certains jours, � la veille de grandes actions, il
n'y avait pas d'alcool en vente dans les camps), ils �taient surtout
des lieux o� les comportements racistes, sexistes et marchands �taient
bannis, tout comme l'�taient les m�dias (sauf � avoir re�u
l'autorisation � l'entr�e du camp et � �tre accompagn�s). Des lieux o�
la confiance et la solidarit� �taient la norme. Des lieux habit�s par
une communaut� d'�tres diff�rents anim� par un esprit de r�sistance, un
esprit qui se manifestait � chaque arriv�e de la police aux portes du
camp, qui se manifestait dans les nombreux entra�nements aux techniques
de blocage ou dans les principes m�mes de cette communaut�.
Concr�tement,
les camps �taient organis�s en diff�rents barrios (zapatiste, black,
queer,...), � l'entr�e de chaque camp se trouvaient des stands
d'information sur le camp, sur la r�gion, sur les actions pr�vues pour
la journ�e et sur bien d'autres sujets. Chaque camp avait �galement une
tente d'acc�s public � internet, et �ventuellement une r�serv�e aux
m�diactivistes, il y avait �galement plusieurs bars et un lieu avec un
�cran g�ant diffusant tant�t les infos de l'excellente g8-tv, tant�t
des documentaires militants sur divers sujets. On pouvait trouver �
manger en permanence, de la nourriture toujours v�g�tarienne � prix
libre (lors des grosses actions de blocage le ravitaillement des
blockers �tait assur� � partir des camps).
Il faut aussi
mentionner les permanentes discussions, assembl�es et autres r�unions
de pr�paration d'action, dans les camps mais �galement sur les lieux
des blocages de masse. Le fonctionnement de ces assembl�es reposait en
bonne partie sur la constitution en "groupes d'affinit�s", groupes le
plus souvent constitu�s par les participants avant m�me l'arriv�e �
Rostock. Les assembl�es rassemblaient donc pour les d�bats des membres
de diff�rents groupes d'affinit�, plus des �lectrons libres �videmment
L'assembl�e �tait soit arr�t�e sur un consensus, auquel cas chacun
retournait aupr�s de son groupe pour expliquer la d�cision, soit elle
�tait arr�t�e pour permettre aux participants d'aller discuter avec
leurs groupes et de revenir ensuite avec la d�cision prise par le
groupe. C'est notamment au sein de ces groupes d'affinit� que
s'organisaient, de mani�re compl�tement autonomes, les actions
d�centralis�es de construction de barricades ou de sittings,
parfaitement compl�mentaires avec les blocages de masse. Au final, ce
mode d'organisation essayait de tendre, autant que possible, vers une
structure horizontale, �galitaire et sans hi�rarchie.
Bien s�r,
tout ne f�t pas parfait, certains organisateurs se sont plaints que les
gens ne participaient pas assez � l'auto-gestion des camps. Et il
arrivait que les jeux de pouvoir reviennent: je l'ai notamment constat�
lors d'une assembl�e au blocage Est mercredi, pendant laquelle une
activiste de Block-g8 monopolisait la parole en intervenant entre
chaque prise de parole d'un participant, et essayait d'exclure
certaines questions de la discussion (� savoir, le d�part d'une part
des blockers vers une autre porte ou directement dans la zone rouge).
Il n'emp�che que les blocages et les camps, dans une moindre mesure vu
leur c�t� "d'espace "conc�d�" � la libert�", ont pu faire penser � des
"zones autonomes temporaires" constitu�es de "bandes"...
"La TAZ
(Temporary Autonomous Zone), ou Zone Autonome Temporaire, ne se d�finit
pas. Des "Utopies pirates" du XVIIIe au r�seau plan�taire du XXIe
si�cle, elle se manifeste � qui sait la voir,
"apparaissant-disparaissant" pour mieux �chapper aux Arpenteurs de
l'Etat. Elle occupe provisoirement un territoire, dans l'espace, le
temps ou l'imaginaire, et se dissout d�s lors qu'il est r�pertori�. La
TAZ fuit les TAZs affich�es, les espaces "conc�d�s" � la libert� : elle
prend d'assaut, et retourne � l'invisible. Elle est une "insurrection"
hors le Temps et l'Histoire, une tactique de la disparition. (...) La
TAZ occupe un lieu temporaire, mais actuel dans le temps et dans
l'espace. Toutefois, elle doit �tre aussi clairement �localis�e� sur le
Web, qui est d'une nature diff�rente, virtuel et non actuel, instantan�
et non imm�diat. (...) Mais la TAZ ne se soucie gu�re du �a �t� ou du
�sera�. Elle s'int�resse aux r�sultats - raids r�ussis sur la r�alit�
consensuelle, �chapp�es vers une vie plus intense et plus abondante.
(...) La TAZ doit �tre la sc�ne de notre autonomie pr�sente, mais elle
ne peut exister qu'� la condition que nous nous reconnaissions d�j�
comme des �tres libres. (...) En fin de compte, la TAZ est quasiment
auto-explicite. Si l'expression devenait courante, elle serait comprise
sans difficult�... comprise dans l'action." - in "TAZ - Zone Autonome
Temporaire"
Blocages, symbolique
Durant le
contre-sommet, nous nous posions r�guli�rement des questions sur
l'effectivit� des blocages auxquels nous participions, que ce soient
les blocages de masse (1, 2) ou les blocages/barricades plus
autonomes/d�centralis�s (1, 2). Mis � part lorsque nous nous
connections au fil info du r�seau indymedia (1), nous avions assez peu
d'informations cr�dibles sur la situation globale aux portes de la zone
rouge. Et surtout, quand m�me on nous annon�ait que tous les acc�s
terrestres � la zone rouge �taient bloqu�s (comme c'est arriv� mercredi
au moins), nous ignorions les effets r�els que nos blocages avaient sur
le d�roulement du g8.
Sur cette question de l'effet de nos
actions, une premi�re remarque pourrait concerner le peu
d'infrastructures et d'encadrement humain n�cessaire � un G8, on peut
se demander quel aurait �t� l'impact effectif de nos blocages sur un
sommet de l'OMC devant r�unir plusieurs centaines de d�l�gu�s et
n�cessitant des centaines d'interpr�tes et autres larbins...?
Une
deuxi�me remarque pourrait concerner l'attitude de certains (rares)
activistes qui, cherchant sans doute � para�tre le plus radical
possible, d�noncent les actions de blocage comme n'�tant que des jeux
de scout n'ayant eu aucun effet politique r�el.
Il faut accorder
� ces activistes qu'il y avait une dimension ludique dans les actions
men�es pendant le g8: longues "randonn�es" � travers champs et bois,
sittings bon enfants, d�guisements, etc. Mais parler de "jeu scout"
revient � faire exactement le travail de la presse mainstream qui
discr�dite le mouvement en niant son caract�re politique. Ces actions
�taient bien un jeu mais un jeu o�, face au plus grand dispositif
policier et r�pressif depuis la 2e guerre mondiale en Allemagne (17.000
policiers, 1.200 soldats, des dizaines d'h�licopt�res, d'autopompes, un
mur de 12km, ... pour un montant de plus de 100.000.000 d'euros - 1.200
arrestations sur la semaine), nous avons d�montr� notre nombre, notre
volont� et notre organisation, nous avons d�montr� qu'� d�faut de
s'exiler dans des �les ou des d�serts perdus, les puissants de ce monde
trouveront toujours en face d'eux (f�t-ce en semaine en p�riode
d'examens) des multitudes cr�atives pr�tes � "partir � l'assaut du
ciel". Ce n'est pas grand chose, mais c'est d�j� beaucoup.
Je
pense qu'on doit aussi accorder � ces activistes critiques que les
blocages n'ont eu aucun "effet politique r�el". Mais ces actions ont eu
des effets symboliques importants, non seulement en tournant en
d�rision le dispositif policier, en montrant notre force, mais aussi en
reprenant le droit fondamental que les autorit�s voulaient nous
enlever: celui de manifester dans un p�rim�tre de 12km autour de la
zone rouge (l� m�me o� nous �tions en permanence).
Et puis le
succ�s des actions de blocage nous a permis de nous rencontrer,
d'�changer pendant les longues heures o� nous faisions face � la zone
interdite et aux policiers, cela nous a permis de prendre conscience de
notre puissance commune. Tout cela, bien qu'�tant "symbolique" ou en
tout cas sans "effets politiques r�els", ne me semble pas n�gligeable.
Soyons
clair, je regrette r�ellement que les blocages de masse n'aient pas
d�boucher sur des tentatives de p�n�tration dans la zone rouge, alors
qu'� certains (rares) moments le rapport de force �tait clairement en
faveur des manifestants. Une incursion massive dans la zone rouge
aurait certainement pu permettre d'interrompre le sommet, et c'est
d'ailleurs probablement le seul moyen d'interrompre un sommet ne
r�unissant "officiellement" que 8 personnes.
Mais il faut aussi
se rendre compte qu'une interruption du sommet ne serait elle-m�me
qu'une victoire symbolique, cela n'empecherait pas les gens de mourir
de faim, les guerres d'avoir lieu, l'�cosyst�me de dispara�tre et les
droits sociaux de reculer (l� o� il y en a). Esp�rer qu'une
interruption du g8 sous la pression des manifestants ait des effets
politiques r�els rel�ve � mon sens de l'attente du Grand Soir et des
in�vitables d�ceptions que cette attente suscite. Une interruption du
g8 participerait probablement � sa d�ligitimation (comme on peut penser
que ce fut le cas pour l'OMC et Seattle). Et encore...? Une
interruption de ce type et les violences inevitables qu'elle
entrainerait (pour entrer dans la zone rouge ou de la part de la police
� l'int�rieur de cette zone) pourrait tout simplement d�cider le g8 �
se r�unir au bout du monde et �tre utilis�e par les m�dias dominants
pour d�cr�dibiliser ces hordes d'altermondialistes violents incapables
de proposer une alternative (comme c'est d�j� parfois le cas: 1).
Car
c'est l� un autre point, que pouvons-nous proposer? Je ne suis pas un
de ces intellectuels qui participent � l'important travail de
d�construction des logiques n�o-lib�rales et � la construction des
alternatives th�oriques, mais je crois savoir que les principales
propositions tournent autour d'une r�forme de l'ONU et du retour dans
le giron de cette ONU r�form�e de plusieurs institutions
internationales (Banque Mondiale, FMI,...). Je respecte sinc�rement ce
travail intellectuel, mais je dois avouer que je suis sceptique sur nos
capacit�s r�elles � pousser ce genre de r�formes "positives"
(constatons par contre un certain nombre de victoires "d'opposition":
1), et que je suis surtout sceptique sur les possibilit�s de
transformation de la politique �conomique dominante qu'aurait ce genre
de r�formes des institutions internationales. Finalement, ce que nous
pouvons proposer de mieux, ce sont probablement nos vies, nos combats
et nos envies.
C'est peut-�tre pour cela que la perspective
d'une r�elle interruption d'un sommet demeure enthousiasmante, pour la
d�monstration du nombre de petites fourmis que nous sommes � travailler
localement � la transformation de nos mondes, et pour la prise de
conscience des possibles que nous avons ensemble...
Rendez-vous en Italie en 2009.. Et � bien d'autres endroits d'ici-l�... :)
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