Source : They Lie We Die
Individuel et collectif
On entend beaucoup parler d��tiquettes : les
jeunes des cit�s, les homosexuel-le-s, les �tranger-e-s, les
fran�ais-es, etc� Il y a m�me aujourd�hui une mont�e de ces �tiquettes.
De m�me, les individus sont davantage consid�r�s pour leur fonction
sociale que pour eux-m�mes. Ce fonctionnalisme nie l�individu, justifie
la division de la soci�t� en classes, id�ologise l�injustice, instaure
la dictature par l�argent.
On range ainsi les �tres dans toutes sortes de
cat�gories, de pseudo � identit�s collectives �. Or, elles sont de
simples param�tres. Certes, ils existent, ont leur importance, mais
chaque individu a surtout ses go�ts, ses choix, son identit� propre,
individuelle, tributaire de tr�s nombreuses r�f�rences. De telles
r�f�rences nous servent � �tre un individu unique, et, par l� m�me, �
exister socialement. C�est pourquoi les cat�gories peuvent avoir leur
raison d��tre en fournissant parfois des r�f�rences collectives, mais
il faut surtout pouvoir les d�passer, consid�rer avant tout l�identit�
individuelle, l�individu.
L�individu est un �tre � la fois unique et
social. Ainsi, nous avons toutes et tous, de fa�on latente ou �panouie,
une originalit� et une unicit� individuelles, tout comme une dimension
sociale. Trop d�individus sont victimes � cause de ces �tiquettes d�un
rejet gratuit. La b�tise ne veut voir que l��tiquette avant l�individu
(par ex. l��tranger-e, sa pr�tendue diff�rence, l� o� est avant tout un
�tre humain). Une soci�t� authentique serait en revanche la plus
ouverte possible sur toutes les diff�rences, r�elles ou imaginaires,
permettrait que se m�lent les contrastes et originalit�s, que se nouent
les liens de l�humanit�, que s��panouissent les individus, les
r�f�rences propres, la libre interaction sociale.
Pour une autre soci�t�
L'opposition � la soci�t� actuelle se justifie
en consid�rant que chacun est important, et que chaque individu poss�de
une dimension, une originalit�propre et inali�nable, le droit entier de
conduire lui-m�me ses propres affaires. Or, qu�est-ce que l�individu
dans notre soci�t� ? On lui pr�te une �tiquette, on le range dans une
cat�gorie, o� c�est un rapport f�odal de domination qui op�re, en
l�occurrence l�argent, et c�est cela qu�on appelle aujourd�hui
� soci�t� �� Une telle soci�t� n�a gu�re de social que la racine du
mot. Elle nie profond�ment l�individuel et le collectif.
Au lieu que la soci�t� puisse �tre un
instrument, organis�e par et au profit de l�ensemble de la population
et des individus, la soci�t� est constitu�e sur la base de la
domination de l�individu, de la coercition g�n�rale, au seul profit de
l�argent, au b�n�fice de la seule classe des poss�dants et dirigeants.
La propri�t� morcelle l�espace comme le temps :
en effet, cette soci�t� esclavagiste r�cup�re et exploite pour le
profit marchand tout ce qui est disponible de temps et d�espace
humains. Elle manipule les consciences. Elle tend � supprimer de plus
en plus toute dimension v�ritablement sociale dans les rapports entre
individus, ceci au seul b�n�fice du profit marchand et du renforcement
de son pouvoir, de la division sociale et de l�exploitation �conomique.
G�rons nous-m�mes nos propres affaires
A chaque individu doit revenir le doit imprescriptible et
inali�nable � une enti�re autonomie : s��panouir librement, g�rer
soi-m�me et directement ses propres affaires, �tre ma�tre de l�ensemble
de sa vie, la soci�t� optimale �tant la valeur ajout�e de toutes les
libert�s individuelles, le f�d�ralisme (organisation sociale de bas en
haut), le communisme anarchiste: sans classe ni �tat.
Je tente, par cette pr�c�dente phrase, de
d�finir ce en quoi j�adh�re, et qui a nom l�anarchisme. Anarchistes ou
alternatif-ve-s, nous avons compris et v�rifi�, dans nos organisations
et dans les luttes, qu�on peut tr�s bien s�organiser sans chef, et que
c�est alors la meilleure organisation sociale qui soit, la plus
d�mocratique possible, et en m�me temps celle qui donne les meilleurs
r�sultats. L�histoire a, en outre, prouv� que la population a, ici ou
l�, pu abolir le pouvoir et prendre en main ses propres affaires,
organiser sa propre gestion de fa�on int�grale : il y eut notamment la
Commune (1871), l�Ukraine (1918-1919), Kronstadt (1917-1921), la
R�volution espagnole (1936-1939), et dans une certaine mesure les
barricades de 1968. Il y eut aussi toutes ces innombrables exp�riences
collectives, pass�es sous silence officiel, de gestion directe, de
communisme anti-autoritaire, de contre-culture anarchiste. Cette lutte
pour l�abolition des pouvoirs se poursuivra jusqu�� la victoire, tant
que des individus voudront exister socialement, tant qu�existera le
double instinct de r�volte et de fraternit� universelle.
R�formisme ou r�volution
Queer, j�aurais pu, comme beaucoup, aspirer
seulement � ce que ma propre minorit� b�n�ficie des m�mes droits que la
majorit�. Une fois gagn�e cette reconnaissance, ayant trouv� par elle
mon bonheur illusoire au sein de la soci�t� de consommation, j�aurais
alors s�rement ferm� les yeux, avec beaucoup d�auto-satisfaction, sur
le sort d�autres minorit�s moins chanceuses : sans-papiers, par
exemple�
Ou bien, j�aurais pu choisir de me battre
uniquement contre l�homophobie ou la transphobie, parce que des
personnes minoritaires luttent quelquefois sur le seul terrain de leur
oppression sp�cifique. Je comprends ces luttes et ces causes, � la fois
justes et indispensables, mais il est une montagne de causes qui
dispersent nos forces, puisque il est une montagne d�iniquit�s et
d�injustices.
En r�alit�, � rien de ce qui est humain ne
m�est �tranger �. Je suis/nous sommes ali�n�-e-s socialement par un
ensemble d�assujettissements : la domination hi�rarchique ou
�conomique, le nationalisme, assassinent rien qu�� eux d�innombrables
personnes, enr�gimentent l�ensemble des populations, broient des
peuples entiers. L�oppression est un tout qu�on ne combat vraiment que
globalement. C�est ce tout l� dont la libert� individuelle est ennemie.
Pendant qu�un progr�s social, arrach� de haute
lutte, se r�alise contre l�un des fronts de l�oppression, le pouvoir
s�arrange pour faire reculer la libert� individuelle sur un autre
front. Les droits qu�on obtient sont sans cesse remis en cause. En 20
ans, on a avanc� sur quelques points (par ex. quant � la libert� des
m�urs ou sur quelques aspects juridiques), on a aussi globalement
recul� (protection sociale amoindrie, ch�mage, exploitation accrue,
�fracture sociale �, mont�e du nationalisme et de la x�nophobie
�tatiques). L�oppression se transforme et se perp�tue, quand elle ne se
renforce pas.
Et comment la population obtient-elle de tels
droits ? En manifestant elle-m�me directement et publiquement sa
col�re ; jamais par les �lections, mais par la r�volte sociale
(contre-propagande, manifestations autoris�es mais souvent sauvages,
gr�ves et occupations expropriatrices et gestionnaires, etc�). Quant �
elles, les �lections sont pour les politiciens un pr�texte � ravir aux
populations leurs pr�rogatives pour les exploiter. Au lieu d�entretenir
une inutile coterie de pontifes cannibales, c�est � chacun de d�cider
directement de ses propres affaires (gestion directe). S�il faut �
l�occasion mandater quiconque, que ce mandat soit au moins contr�l�
int�gralement par la base et en vue d�une t�che bien d�finie, et que ce
mandat soit r�vocable � tout moment par la base� cela emp�chera le vol
de la � d�mocratie � par une poign�e d�imposteurs incontr�l�s. C�est
aussi valable pour la lutte sociale, toujours sujette � �tre r�cup�r�e
par les pouvoirs.
Quant � l��parpillement des luttes, il est
bien s�r l�gitime (et parfois vital) de lutter sur le terrain de son
oppression sp�cifique, mais la lib�ration ne peut �tre que la fin de
toutes les oppressions pour tous les individus. Si cette fin arrive, ce
sera par fusion de toutes ces luttes dans la r�volution sociale.
C�est �vident, l�anarchisme ne peut �tre coup�
d�aucune de ces luttes sociales. Il les justifie toutes, en r�v�le la
composante essentielle : l�aspiration � la libert� et au choix
individuel. La derni�re r�volution n�est pas pour demain. Et lorsque le
r�formisme et la r�volution ont les m�mes buts, il est vain de vouloir
les opposer (� ceci pr�s que le parlementarisme n�est pas un
r�formisme : toute hi�rarchie ne conduit � aucun progr�s mais � la
r�action).
Selon moi, toutes ces raisons font que
l�anarchisme coup� des luttes concr�tes risque d��tre coup� des masses,
tandis que l�anarchisme qui se joint � elles doit le faire
intelligemment, non pour se perdre soi-m�me dans le r�formisme ambiant,
mais en solidarit� active pour la r�volution sociale.
Quand la base ne r�pond plus
Vis � vis de toutes les tentatives permanentes
de contr�le social, la spontan�it� vitale est subversive ; elle lib�re
l�individu du carcan de la domination et de l�exploitation ; elle
permet � l�individu de r�tablir sa dimension individuelle, et
d�exister, d��tre souverain de ses propres affaires. La r�volte est
f�te. (Et elle n�a pas n�cessairement de programme pr�vu � l�avance :
personnellement, je pense m�me que toute construction sociale
authentique est spontan�e, en devenir ; c�est une � dynamique �). Au
contraire, cette soci�t�, elle, existe par la n�gation de l'individu,
en soumettant ce dernier � la plus puissance coercition : la
d�possession de sa libert�. Cette soci�t� est l�enterrement gigantesque
de l�individu.
Coercition et sexualit�
La r�pression sexuelle ou la fausse lib�ration
sexuelle impos�e est aussi le moyen, pour tout pouvoir, de s'emparer de
la sexualit� de la victime pour prendre le contr�le de cette derni�re.
L��panouissement individuel ne saurait �tre pr�d�fini. Sur le plan de
la sexualit�, il peut inclure aussi bien des situations d�amour
platonique, de relation amoureuse, que de sexualit� purement physique,
mais il ressortit du choix individuel, et non d�une soumission � des
pr�ceptes venant d�autrui.
Le �traitement s�quentiel de l�humanit�
L�interchangeabilit� des �tres : une notion
militaro-industrielle de la personne humaine. L�anonymat social : une
mise en s�quence de l�individu dans le CV, le formulaire � remplir, le
portillon automatique de la ratp, etc.. La soci�t� de masse traite les
individus comme s�ils �taient des unit�s rationnalisables, classables,
voire interchangeables, indistinctes en somme, touches grises d�une
fresque totalitaire, comme de simples bo�tes de conserve � l�infini,
munies de leurs �tiquetages. Les individus sont d�sormais au service de
la soci�t�, au lieu que ce soit id�alement l�inverse. Ce qu�on peut
appeler la �soci�t� du traitement s�quentiel de l�individu� a an�antit
une possible soci�t� authentique permettant que s�exp�rimentent
collectivement les �panouissements individuels.
Filtrer les gens un maximum, voil� une nouvelle
mode qui nous conduira � une soci�t� de sans-abris. Les � inclus �
calquent leur comportement sur le cloisonnement g�n�ral, se prot�gent
en fermant les yeux, voire en cautionnant l�injustice et en adoptant
l��litisme, le bunker comme id�al.
Dans ce contexte, nous n�avons certes pas
besoin de nous opposer sur la base de diff�rences illusoires (telles
que le racisme ou la justification des in�galit�s sociales), mais de
mettre fin au conformisme et � la coercition marchande ou �tatique, et
de tisser des liens authentiquement humains, d�barrass�s des mensonges
li�s � l�argent, � la hi�rarchie, au rejet de l�alt�rit�, �
l�utilisation des gens.
Le fric con�oit l'individu soit comme
propri�taire, soit comme instrument. Il affirme culturellement le
standard contre la singularit�, le conformisme et la soumission contre
l�autonomie ; il promeut l��litisme du � sur-homme �.
M�tro, boulot, dodo� l�individu est mis en cage
dans les espaces th�matiques qui jettent les personnes autour de
crit�res exclusifs. L��tre humain marchandise est mis en conserve,
transport� et mang�. Ou bien, volontairement ou non, dispos�, socialis�
dans un placard-ghetto. C�est le r�sultat de tout un monde: celui de
l�inf�odation de l�individu aux int�r�ts soi-disant exemplaires de la
masse, seule pourvoyeuse officielle d�identit�, de normalit�, de
� bonheur �.
Nous serons libres quand l�individualit� sera
pleinement reconnue, quand la diff�rence, l�autonomie et l�entr�aide
seront socialement naturelles, et les pouvoirs an�antis.
Survivre� socialement ou moralement ?
L'ali�nation sociale existe. Pour caricaturer sa
m�thode, elle veut r�duire la vie de la majorit� des individus � deux
choix, ce dont le citoyen lambda a d�ailleurs parfaitement conscience :
1) le confort illusoire dans la soumission,
l'ob�issance, le d�ni de soi-m�me, dans le but de survivre � tout prix
sans n�cessairement se poser de question.
ou bien :
2) �tre en dehors du syst�me, et donc, mises �
part quelques exceptions, �tre socialement mort, ne b�n�ficier que
d�une � libert� � illusoire, car sans aucun moyen, mais faite de mille
dangers, de besoins vitaux inassouvis, de pure d�socialisation.
N�est-ce pas ainsi que fonctionne une
dictature ? C�est un choix impossible, contre quoi on est oblig�-e, si
l�on souhaite garder � la fois son int�grit� morale et un minimum de
confort, de repenser sans cesse sa propre d�marche et ses actes�
Soumission morale ou suicide social, c'est ce
dualisme impos� qui est � la base de la maladie de cette soci�t� de
masse : ainsi, les comportements actuels de conformisme, d'exclusion
sociale et de repli sur soi qu�on observe se r�v�lent �galement dans la
mont�e des identit�s collectives (notamment le racisme) et de
l�exploitation �conomique ; les consciences manipul�es sont malades des
murs que l�in�galit� leur impose�
Pour la plupart d�entre nous, �tre int�gr� ou
exclu est en r�alit� plus ou moins subir. Voici pour l�individu d�un
c�t� le charnier de l�exclusion sociale, et de l�autre l�exploitation
des travailleurs et des travailleuses, et partout la vitrine
m�diatique, le sourire hostile du mensonge publicitaire, et
l�omnipr�sence sanglante de l�uniforme, du garde-chiourme.
Tant que l�oppression subsiste, �tre vivant
dans ses choix, c'est vouloir r�agir contre un tel dualisme impos�,
contre toutes les divisions illusoires (c�est � dire pour l�abolition
des classes, du racisme, du sexisme, de l�homophobie, des
hi�rarchies) ; c�est vouloir vivre autrement, acqu�rir contre toute
fatalit� voulue une conscience autonome. C�est, en outre, par ses actes
qu�une telle conscience se traduit : elle signifie �tre concr�tement
solidaire contre les hi�rarchies et injustices sociales.
Notre lib�ration sera l�abolition � la fois des murs et des hi�rarchies.
L�acculturation est l�arme des pouvoirs
Les clerg�s ont formalis� la spiritualit� pour
leur fond de commerce, et les publicitaires et politiciens nous volent
aujourd'hui la pens�e et la culture.
Tout savoir qui est l�apanage des �lites ne
peut que mentir plus ou moins. La culture ambiante dans son ensemble,
ainsi d�tourn�e, devient suspecte, � juste titre, mais la pens�e toute
enti�re risque de le devenir � son tour� ce discr�dit permet de
perp�tuer l�ignorance. C�est au contraire un autre savoir, authentique
celui-l�, qui permet la manifestation de la v�rit� : la r�volution
sociale, c�est une contre-culture en train de se r�aliser.
Un individu n�est pas qu�un amas quelconque de
cellules vivantes, exploitable � merci, c�est l�individu, avec tout �
la fois son unicit� et son universalit�. Toute construction sociale
devrait n�avoir pour base que la libert� des individus.
Cette dimension de l�Individu appelle ce combat
anarchiste pour une soci�t� � la fois fraternelle, mais multiple,
ouverte sur toute diff�rence, et en cela universaliste. L'anarchisme
est la confiance dans l'individu et dans la soci�t� authentique de
l'entr'aide ; il est collectivement la mise en pratique de l'�galit�.
Le langage de la fraternit� est �l�mentaire,
mais pourtant plus aucun media � la solde ne semble s'y risquer, par
ex. au sujet des sans-papiers. Et c'est tr�s grave que personne, au
sein m�me des �lites, ne les d�fende comme les individus et les �tres
humains qu�ils sont avant tout. Les politiciens, particuli�rement la
"gauche plurielle", les ont transform�s en th�me �lectoral et purement
utilis�s jusqu�� vouloir les broyer. A travers le sort des
sans-papiers, c'est l'humanisme le plus �l�mentaire qui est maintenant
menac� par la mont�e fasciste des � identit�s collectives � (en fait,
des �tiquettes racistes) qui tendent ainsi � r�duire l��tre humain au
r�le d�instrument social afin de renforcer la coercition.
Sortir d�un silence impos�
Pour que chacun puisse s�affranchir, il faut en
premier lieu que chacun ait toute possibilit� de s�exprimer librement
et personnellement, pouvoir ainsi se r�approprier l'autonomie de sa
conscience. C�est sortir du silence impos� que pouvoir �tre assez libre
jusque de ses approximations, parce que la r�appropriation de sa propre
autonomie est avant tout une dynamique : ce qui est important, c'est
plus de parvenir � se poser honn�tement des questions, en d�battre,
pouvoir corriger ses erreurs, progresser, aiguiser son sens critique,
que de trouver des r�ponses sur-mesure dans le rabachage d�un
pr�t-�-penser.
La lucidit� d�un individu ne commence pas dans
l�apprentissage d�une doctrine ou d�un vocabulaire pr�d�fini, mais dans
celle de l�objectivit�, ce que seule une observation et une recherche
personnelle peuvent d�couvrir, au prix d�un in�vitable t�tonnement.
Dans ces conditions, la lucidit� d�un individu est naturellement
toujours perfectible, mais sa propre pens�e demeure d�abord son
exercice personnel, ce qui peut le mener le plus naturellement �
l�autonomie ; c�est alors que devient n�cessaire l�acquisition des
connaissances d�autrui.
Cons�quences de la n�gation de la dimension individuelle
� l'�tre humain instrument.
La domination (en l�occurrence par l��conomique)
se substitue � l��change social v�ritable. Ce rapport de force (ici par
l�argent) colonise, utilise, d�tourne tout l'espace et le temps humains
pour les vider de leur dimension authentiquement collective. La
relation in�galitaire fait alors de l�individu le simple moyen d�une
fin (ce qui permet de sacrifier les individus � cette fin). La r�alit�
m�me des individus (leur bonheur) a �t� enti�rement s�par�e des
objectifs et du discours de la soci�t�. Celle-ci a acquis une finalit�
et une dimension propres, inhumaines, un caract�re artificiel sans
rapport avec l'individu, comme la bourse n'a plus de rapport avec le
travail r�ellement produit. L�actuelle � crise � (une restructuration
�conomique) ali�ne en fait davantage l�individu aux int�r�ts du Capital
� elle �limine d�autant les rapports proprement humains : on voit
cro�tre le cloisonnement social, la solitude. La n�gation g�n�rale de
l�individu par ce rapport de force, et le cloisonnement social qui en
d�coule, favorisent de plus en plus les troubles psychologiques,
notamment collectifs (les opiums des peuples ou les psychoses
individuelles)
Lorsque l�individu devient instrument, la soci�t� se mue en jungle, la jungle en collection de clans, de fauves ou de victimes.
� une soci�t� impos�e comme fin et non comme moyen
La � valeur � par excellence n'est plus celle de
l�individu, mais des m�canismes de l'�conomie pour eux m�mes, et non en
vertu du moyen qu'ils constituent en vue du bien �tre collectif. On
justifie donc un esclavage des individus par un genre d�argument
utilitariste (de type nationaliste �conomique : le stakhanovisme +
l�aust�rit�). La r�alit� que nous sommes est ramen�e par le haut � ces
dogmes artificiels que sont le � d�veloppement �, le � peuplement �, la
� d�mographie �, l� � �conomie �, la � rentabilit� �, la
� flexibilit� �� comme si les humains �taient de pures abstractions
sans dimension propre, modifiables comme on modifie le comportement
d�un pantin.
Il se cr�e ainsi une soci�t� de masse sans
individus, la solitude au sein des foules, o� l�individu n�est plus
lui-m�me mais un rouage jug� plus ou moins fonctionnel.
� le recul de l�humanisme
Tandis qu�elle d�truit les moins forts, la
domination abolit l�espace social : elle engendre en effet ses clivages
sociaux, ses � ruptures �, ses peurs de l�autre. Elle alimente alors
une culture du repli sur soi. Les groupes se retranchent derri�re leur
sentiment d�appartenance, et � l�impression d��tre victimes des autres
groupes, alors qu�ils sont en premier lieu victimes (� des degr�s
divers) de la division inh�rente au capitalisme. La destruction de la
soci�t� (la soci�t� en tant qu�espace social) atomise l�individu,
rigidifie la culture, pr�ne ouvertement la d�faite de l�humanisme.
Mont�e des �go�smes de survie, fin des solidarit�s et de la
contestation sociale, mont�e des antagonismes (racismes, etc�), et
implosions psychologiques des plus faibles�
Les identit�s collectives, le repli sur soi, et
le discr�dit savamment orchestr� de l'humanisme s'additionnent ainsi
dans la mont�e des sectarismes, des nationalismes et des racismes.
Un antifascisme primaire pourrait n��tre du
racisme que l�image en miroir. L� antifascisme proprement dit tendra �
abolir toutes les haines qui scindent la soci�t�, aura comme objectif
une v�ritable fraternit� et la fin de tous les pr�jug�s, de toutes les
injustices sociales, le d�passement de tous les clans sociaux.
� la r�cup�ration de la spiritualit� par les hi�rarchies; l'illusion politique exploitant la part irrationnelle de l'humain.
Durant la nuit des temps, les humains ont
enracin� leurs cultures dans le symbolisme, justifi� leurs coutumes sur
la base de l�irrationnel. Et ils ont toujours plus ou moins aspir� � un
ailleurs qui leur promette un salut. Ce langage irrationnel et cette
aspiration trouble ont �t� exploit�s, d�tourn�s et r�cup�r�s par les
clerg�s et les pouvoirs en place, au profit de l��litisme ; le r�sultat
est devenu les religions.
Aujourd�hui, les pouvoirs politiques et
�conomiques continuent d�utiliser la propension inconsciente des
humains au mode de pens�e irrationnel pour manipuler les esprits.
Gr�ce aux mythes de la � nation �, du
� drapeau �, du � pr�sident �, de l� � entreprise �, de l� � origine �,
ou du � sexe � social, la propagande des �lites utilise le symbolisme
non dans un sens positif, pour rapprocher les humains et faire que tout
individu soit respect� et inclus dans la soci�t�, mais pour perp�tuer
la domination et les murs : les exclusions, les exploitations, les
hi�rarchies, la soumission.
La publicit� commerciale ou politique utilise amplement les images les plus archa�ques des cultures humaines.
Par exemple, l'id�e archa�que de renouvellement
des pulsions de vie (le r�veil de la nature) : �g�n�ration mitterrand�
se d�clare le renouveau mais afin de canaliser cette pulsion en masse
et pour un chef, alors que le slogan spontan� de 68 dit: �jouir,
saillir, sourdre� contre le contexte social.
Dans le m�me registre de recyclage du
religieux, il y a aussi le marxisme, qui imite la civilisation
capitaliste par sa vision irrationnelle du futur, fonctionnelle de
l'�conomie, et par le maintien, dans la � dictature du prol�tariat �,
de l'individu au rang d'instrument (au rang de simple moyen de la
soci�t� de masse aux mains d�une �lite).
La mont�e des sectes repr�sente quant � elle
sans doute le besoin inassouvi de dimension autre dans le quotidien, et
ce, de la part d'individus auxquels on n'a jamais appris � penser de
fa�on autonome ni permis de se r�aliser soi-m�me socialement.
Par ailleurs, le fascisme tente de faire main
basse, avec son �paganisme�, sur la part irrationnelle de la mentalit�
humaine mais afin d'exalter l'antagonisme racial (ou encore, contre les
peuples soi-disant d�racin�s, le terroir et son fantasme parano�aque
d�enracinement).
Mais dans de tels exemples, qu�y a-t-il
d�honn�tement � spirituel � ? Les images irrationnelles ainsi
v�hicul�es le sont par les pouvoirs et leurs �pigones, au seul profit
des mythes hi�rarchiques, nationalistes ou �conomiques, au d�triment
extr�me de l�autonomie et du respect des individus.
L�irrationnel n�en constitue pas moins une
arme dangereuse : dans tous les cas de manipulations qu�on constate
partout, une malheureuse tendance humaine au �symbolisme� � tendance
qui, en soi, e�t pu �tre relativement contrebalanc�e � est r�cup�r�e
par et pour des �lites, est utilis�e pour le maintien ou le
renforcement de l'ali�nation sociale de l'individu. L�individu est
alors hautement manipul� � son insu (et en d�finitive, par son point le
plus faible : l�inconscient).
� la hi�rarchie dans la m�taphysique
Au lieu de d�velopper longuement sur ceci, je
laisse soin � chacune et � chacun de m�diter l�anath�me suivant, jet�
par l�Eglise dans l�antiquit� :
�Si quelqu�un dit que l�essence ou la
substance de Dieu ou des choses est une et la m�me, qu�il soit
anath�me.� (Conc. Vatican, Canones, I, 3, ES, 1802).
Hi�rarchie, je t�y prends ! Tu as d�velopp�
tes putrides surplombs, non seulement sous forme de despotes royaux,
mais aussi de souverains imaginaires� Monarchiques et �litaires, tes
cr�ations et tes paradis ne sont encore que les moyens de nous
d�tourner de ceux qui sont � la port�e� de nos r�volutions !
� Notre chemin deviendra une longue marche vers la fraternit� � (1968)
Pour conclure, je consid�re personnellement que
tout ce qui d�fend l�Id�al d��galit� sociale et d�originalit� de chaque
individu, de coexistence et d�ouverture maximale sur les diff�rences,
est porteur d�une m�me contre-culture authentique. Dans celle-ci,
chaque individu est respect� et valoris� par tous les autres dans son
originalit� unique, dans sa prise de parole, dans la prise en main
int�grale par lui m�me de ses propres affaires, gr�ce � une pleine
�galit� sociale.
Encore une fois, ce qui compte, c�est notre
lib�ration sociale � toutes et tous, et la fin des hi�rarchies et des
in�galit�s, � la fois dans notre perception globale du monde, dans nos
objectifs, dans nos pratiques concr�tes.
Et c�est parce que l�oppression est � la fois une et multiple que la contre-culture l�est aussi.
Le discours dominant est d�tenu par une �lite,
form�e dans un moule, et � la solde des puissants. Il vise � emp�cher
les populations de d�velopper leur propre culture lib�ratoire. Tout ce
qui touche � la pens�e devient ainsi suspect, � juste titre. Pourtant,
aucune lib�ration n�est envisageable sans une d�finition des objectifs
et m�thodes en vue de construire une autre soci�t�. Bref, la
contre-culture n�est ni le savoir en cours, ni l�absence de savoir. Il
y a une rupture profonde (et non pas une simple � r�volte � formelle et
marchande) � trouver contre la pens�e dominante, contre toutes entraves
� la diff�rence personnelle et l��galit� collective.
Exploit�-e-s et ordonn�-e-s, contr�l�-e-s
socialement, manipul�-e-s par les m�diats, menac�-e-s de chantage �
l�emploi, et parfois exclu-e-s de tout droit, victimes des r�pressions,
priv�-e-s, en un mot, d�une dignit� essentielle, celle d��tre libres et
solidaires, qu�attendons-nous pour prendre en main, directement,
r�volutionnairement, nos propres affaires ? Du sans-logis au salari�,
c�est, en somme, une m�me classe qui, � des degr�s divers, subit
quotidiennement la m�me coercition sociale, la m�me destruction de
l�humain, la m�me d�possession de soi qu�on nomme ali�nation sociale.
On peut collectivement imaginer et commencer de pratiquer le projet
d�une civilisation sans hi�rarchie, ax�e sur la libert�, la
responsabilit�, la participation pleines et enti�res de tous les
individus, bref : sur le f�d�ralisme et le communisme anarchiste. C�est
�galement le projet d�une contre-culture anarchiste, multiforme,
libertaire au sens large, active, � la fois la plus ouverte possible et
consciente de son unit�. Ce sont enfin des comportements concrets de
r�sistance � l�autorit�, qui restaurent une indispensable solidarit�
avec les luttes sp�cifiques. Pour que, demain et d�s aujourd�hui, vive
la r�volution sociale.
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