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Post� le mardi 17 avril 2007 @ 23:35:33 by AnarchOi Contributed by: AnarchOi
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Paru en feuilleton dans L'Egalit�, 26 f�vrier, 5 mars et 12 mars 1882.
I
Le premier congr�s de l'Internationale, le
Congr�s de Gen�ve de 1866, d�clara que "la condition
premi�re, sans laquelle toute tentative d'am�lioration et
d'�mancipation �chouerait, est la limite l�gale de
la journ�e de travail. Cette limitation s'impose afin de restaurer
la sant� et l'�nergie physique des ouvriers, et de leur assurer
la possibilit� d'un d�veloppement intellectuel, des relations
sociales et une action politique. Le Congr�s propose que la journ�e
l�gale de travail soit limit�e � huit heures. Cette
limite est demand�e par les ouvriers des Etats-Unis, et le vote
du Congr�s l'inscrira sur le programme des classes ouvri�res
des deux mondes." Le Congr�s r�gional de Paris et le Congr�s
national du Havre, fid�les � la tradition de l'Internationale,
ont inscrit � la t�te de la partie �conomique de notre
programme minimum : -- "R�duction l�gale de la journ�e
de travail � huit heures pour les adultes."
L'intervention de l'Etat pour r�gler la journ�e
de travail est, pour les �conomistes libertaires, le renversement
de tout ordre social. L�on Faucher, un des grands pr�tres
de l'Eglise �conomique, �crivait : "Les gouvernements, inspir�s
par une fausse philanthropie, ont cru pouvoir se poser en r�gulateurs
du travail. Ils ont commenc� par limiter celui des enfants... Le
gouvernement fran�ais, ab�m� dans les t�n�bres
de 1848, a �tendu cette limitation aux hommes faits." L. Faucher
fait allusion � la loi de 1848 limitant la journ�e de travail
� douze heures. L'Empire et la troisi�me R�publique
bourgeoise, sa digne rempla�ante, se sont �tudi�s
� ne pas l'appliquer.
D'un autre c�t�, les possibilistes,
trouvant la r�duction de la journ�e de travail � huit
heures une demande exag�r�e, de nature � offusquer
les patrons �lecteurs, se sont empress�s, avec la complicit�
du Conseil dit national, d'�masculer cet article si important du
programme minimum. A Montmartre, ils demandaient simplement la fixation
l�gale de la journ�e de travail et supprimaient la limite
de huit heures (1).
Nous nous proposons de d�fendre la r�duction
l�gale de la journ�e de travail � huit heures contre
les �conomistes et les possibilistes.
Les consid�rants de la r�solution du
Congr�s de Gen�ve cit�s plus haut sont, dans leur
br�ve concision, assez explicites pour l'importance de la limite
l�gale de huit heures ; cependant ils ne r�pondent pas �
une objection souvent r�p�t�e : -- Si vous r�duisez
la journ�e de travail, disent les bourgeois, vous r�duisez
forc�ment les salaires. -- A cette objection plausible en apparence
beaucoup d'ouvriers baissent la t�te en signe d'acquiescement. �
Cependant rien de plus faux. Je vais le prouver.
Il est aujourd'hui admis, m�me par les �conomistes,
que la loi tendancielle de la bourgeoisie, c'est-�-dire le but vers
lequel elle tend, est de limiter le salaire au minimum des moyens d'existence
r�clam�s par les ouvriers pour vivre et se reproduire. Cette
loi, formul�e au XVIII� si�cle par les physiocrates,
est d'une am�re r�alit� ; et, h�las ! on n'est
pas encore parvenu � d�terminer le minimum auquel l'ouvrier
peut r�duire ses mis�rables besoins. Les prol�taires
industriels, pour diminuer leurs d�penses, ont remplac� la
viande qui �tait la base de l'alimentation ouvri�re avant
la r�volution bourgeoise de 1789 par le pain en France, dans d'autres
pays par les pommes de terre, le ma�s etc ; ils ont dit adieu au costume
pittoresque et de solide qualit� des anciens compagnons, et se sont
couverts de guenilles ; ils se sont entass�s dans des taudis si
d�go�tants qu'un fermier n'y aurait pas parqu� ses
porcs et que la police dut souvent les d�truire, car ils deviennent
des foyers de peste.
Dans les districts industriels, des ouvriers ont
v�cu avec 40 et 50 centimes par jour. Le fameux Reveillon, dont
les ouvriers du faubourg Saint-Antoine saccag�rent en 1789 la fabrique
de papier peint parce qu'il s'�tait vant� de faire vivre
les ouvriers avec 15 sous par jour, payait cependant les gar�ons
de 12 � 15 ans qu'il employait 8 et 15 sous par jour (2):
l'argent valait alors trois fois ce qu'il vaut aujourd'hui. Ces chiffres
prouvent combien la meule de l'exploitation capitaliste a broy�
les besoins des ouvriers depuis le si�cle dernier.
Les philanthropes, ces j�suites la�ques
vantent les bienfaits de l'industrie moderne : "l'atelier m�canique,
disent-ils avec attendrissement, a donn� du travail � la
femme, aux enfants ; tous ont pu concourir � augmenter le bien-�tre
de la famille ouvri�re." Le travail de la femme et des enfants n'a
concouru qu'� diminuer le salaire des hommes et � engendrer
la mis�re de la famille ouvri�re.
Avant le d�veloppement de l'industrie m�canique,
la femme demeurait avec ses filles aupr�s du foyer familial, les
gar�ons ne commen�aient � travailler qu'� 13
ou 14 ans, quand ils entraient en apprentissage ; le salaire de l'homme
devait � lui seul subvenir aux besoins de la famille. Mais d�s
que, gr�ce aux machines et � la division du travail, les patrons
purent attirer dans l'atelier la femme et les enfants soustraits jusque-l�
� l'exploitation capitaliste, ils diminu�rent les salaires
de l'homme de toute la valeur des salaires que re�oivent la femme
et les enfants. Ce fut l� un des premiers bienfaits de la philanthropie
capitaliste. Non seulement le travail social de la femme et des enfants
permit aux patrons de r�duire le salaire de l'homme de toute la
part qui correspondait � leur entretien, mais il introduisit dans
la famille ouvri�re une coutume barbare qui n'avait exist�
dans aucune soci�t� pr�c�dente : la concurrence
entre le p�re, la m�re et les enfants, � qui s'arracherait
le pain de la bouche ; la femme et les enfants ont �t� employ�s
par les patrons pour abaisser � son minimum le salaire des hommes
; parfois m�me les hommes ont �t� chass�s de
l'atelier, et pour vivre ont d� se reposer sur le salaire de la femme
et des enfants. Voil� un des couronnements de la belle philanthropie
capitaliste.
Mais la machine aux mains des capitalistes a d�vers�
d'autres bienfaits sur la classe ouvri�re. Guesde avait raison quand
il disait, quoi qu'en ait �crit le docteur doctissime, que partout
o� la machine appara�t, elle fait loi. Elle vide les campagnes
et centralise la population ouvri�re autour d'elle ; elle fait surgir
de terre ces �normes cit�s industrielles qui ne datent que
de ce si�cle. La machine doit avoir sous son commandement imm�diat
un peuple d'esclaves; elle l'absorbe dans l'atelier quand le travail est
� haute pression, et le rejette sur le pav� quand le travail
se ralentit.
La rar�faction momentan�e du travail
cr�e une surabondance momentan�e de la population ouvri�re,
se traduisant par des ch�mages p�riodiques. Mais les perfectionnements
de la machine r�duisent constamment le nombre des ouvriers employ�s
dans l'atelier, les rejettent dans la rue, et cr�ent une surpopulation
ouvri�re artificielle caract�ris�e par Engels du nom
d'arm�e de r�serve du capital, qui n'est absorb�e
dans l'atelier que dans des cas extr�mes.
Cette arm�e de r�serve du capital est
l'arme terrible du capitaliste pour abaisser les salaires � leur
minimum et prolonger la journ�e de travail � son maximum.
Par cons�quent, le grand int�r�t
de la classe ouvri�re, tant que la soci�t� capitaliste
sera debout, est de r�duire autant que possible cette arm�e
de r�serve du capital et pour cela il n'y a que deux moyens: l'�migration
et la limitation l�gale de la journ�e de travail. L'�migration,
qui est un moyen si puissant en Angleterre, doit �tre mise de c�t�,
les Fran�ais n'�migrant que forc�s. Reste donc la
limitation l�gale.
Alors arrive la bourde �conomiste : si l'ouvrier
travaille moins, il devra �tre moins pay�. Au contraire, moins
l'ouvrier travaillera et plus il sera pay�. Faut-il un exemple concluant
? Y a-t-il en Europe un ouvrier qui soit mieux pay� que l'ouvrier
anglais ? -- Pourquoi ? Parce qu'il est l'ouvrier d'Europe qui travaille
le moins. La journ�e l�gale de travail est de dix heures,
en Angleterre ; les Trade's Unions l'ont r�duite � 9 heures
et � 5 heures le samedi ; donc, l'ouvrier anglais ne travaille que
50 heures par semaine, ou 8 heures 20 par jour. Si demain, en France, l'article
de notre programme minimum devenait loi, si la journ�e �tait
de 8 heures, il faudrait 3 ouvriers pour faire 24 heures de travail, tandis
qu'aujourd'hui il ne faut que 2 ouvriers travaillant 12 heures : donc,
toute l'arm�e de r�serve du capital serait absorb�e
dans l'atelier. Les ouvriers qui travaillent, n'ayant pas � craindre
la concurrence des ouvriers qui ch�ment, pourraient non seulement
maintenir leurs salaires, mais demander une augmentation.
Mais, disent les patrons, vous ruinerez l'industrie fran�aise,
si vous diminuez la journ�e de travail et augmentez les salaires.
Dans la prochaine Egalit� nous r�pondrons �
cette objection.
II
La deuxi�me objection des bourgeois contre
la r�duction l�gale de la journ�e de travail �
huit heures est : si vous r�duisez le travail � huit heures
par jour, et si vous maintenez ou �levez le taux des salaires vous
ruinerez l'industrie fran�aise. Ainsi que la premi�re objection,
-- si on diminue les heures du travail on doit forc�ment diminuer
le salaire, -- cette deuxi�me objection est consid�r�e
irr�futable ; et n�anmoins elle est tout aussi fausse que
la premi�re. -- Le contraire est le vrai : moins les ouvriers travailleront,
plus ils seront pay�s et plus l'industrie fran�aise sera
prosp�re. -- De toutes les lois de l'industrie capitaliste, celle-ci
est une des plus faciles � �tablir.
Si, pour porter une industrie nationale �
son plus haut point de d�veloppement, il ne fallait que de faibles
salaires et de fortes journ�es de travail, l'industrie fran�aise
devrait �tre une des premi�res du monde ; elle ne devrait
craindre aucune concurrence ; au lieu de r�clamer des tarifs douaniers
pour prot�ger ses produits, elle devrait comme l'industrie anglaise
demander le libre �change. L'industrie fran�aise est maintenue
dans son �tat d'inf�riorit�, parce que l'ouvrier fran�ais
travaille trop et � trop bon march�, parce qu'en France il
y a des ouvriers qui osent s'honorer de travailler 12 et 16 heures par
jour. Un ouvrier tailleur de Londres me disait que les grands tailleurs
du West-End pr�f�raient de beaucoup les ouvriers fran�ais,
parce que, tandis que l'ouvrier anglais ne fait que 3 points, le fran�ais
en fait 4 dans le m�me temps.
Par contre, l'Angleterre et les Etats-Unis sont les
premiers pays industriels du monde ; parce qu'aux Etats-Unis, sauf dans
les moments de crise g�n�rale, il y a toujours disette de
bras, ce qui maintient les salaires � un taux �lev�
; parce qu'en Angleterre, les Trade's Unions et l'action l�gale
ont r�duit la journ�e de travail et �lev� les
salaires.
Une des grandes lois de la production capitaliste
est la production � bon march�. Les machines ne sont pas
introduites dans l'industrie moderne, ainsi que le pr�tendent les
j�suites de la philanthropie, pour soulager le lourd labeur de l'homme,
mais pour produire vite, beaucoup et � bon march� et pour
r�duire le prix de la main-d'�uvre. Mais si la main-d'�uvre est
si abondante et � un prix si bas que le capitaliste peut, en la
surmenant de travail, produire � aussi bon compte qu'avec des machines,
il n'h�site jamais ; car les machines exigent une avance de capital,
elles s'usent et se d�modent ; tandis que le capitaliste ne d�bourse
pas un sou pour se procurer cent ou deux cents ouvriers, il n'a qu'�
ouvrir les portes de ses ateliers ; et s'il les tue de travail quel mal
cela fait-il � sa poche ? La poche est l'endroit o� le capitaliste
met tout son c�ur et toute son intelligence. Les capitalistes fran�ais
se sont trouv�s dans cette situation ; la main-d'�uvre en France
�tait si abondante et � si vil prix, qu'il leur �tait
plus profitable de la surmener de travail que d'introduire des machines
pour le remplacer. Ce fait est constat� par des �crivains
bourgeois.
M. Dollfus, le fameux patriote alsacien, que personne
n'accusera d'utopisme puisqu'il a amass� des millions en infligeant
des travaux de gal�riens � ses chers compatriotes de l'Alsace,
remarquait que les m�tiers renvideurs qui permettent � 3
ouvriers d'en remplacer 7 ou 8, �taient employ�s dans toutes
les filatures des districts cotonniers de l'Angleterre d�s 1834,
tandis qu'en France, c'est � peine si en 1853 on commen�ait
� les introduire. Il ajoutait : "la main-d'�uvre �tant �
meilleur march� en France qu'en Angleterre, nous n'avons pas les
m�mes avantages que les Anglais � employer les nouveaux m�tiers."
-- Pour la m�me raison, la peigneuse m�canique, bien qu'invent�e
en France par Heilman en 1848 "�tait d'un usage courant dans le
Yorkshire et le Lancashire, tandis qu'on n'en �tait qu'aux essais
en Alsace en 1853 (3)."
Pour donner une preuve de la philanthropie capitaliste,
nous rappellerons que le peignage � la main �tait une des
op�rations les plus p�nibles et les plus malsaines de la
filature. Afin d'illustrer son affirmation, Dollfus donnait le tableau
suivant :
SALAIRES COMPARATIFS A MANCHESTER ET A MULHOUSE
|
Manchester
|
Mulhouse
|
Manoeuvre
|
32 fr.
|
12fr.
|
Fileur � bras
|
92
|
42
|
Soigneur d'�tirage de carderie
|
20,5
|
12
|
L'ouvrier de Manchester travaillait cinquante-cinq
heures par semaine et celui de Mulhouse quatre-vingt-quatre heures (4).
Dans son �tude sur le Syst�me prohibitif
en France (5), Michel Chevalier
raconte qu'un industriel des Vosges, de ce pays qui a donn� au monde
ces deux plus grands types du r�publicanisme bourgeois, Ferry et
Gr�vy, -- si bien faits pour s'entendre, -- vint � Mulhouse
acheter des m�tiers � tisser. En fouillant dans les greniers
des ateliers de Dollfus, il d�couvrit de vieux m�tiers rel�gu�s
l� depuis 1810 ; on avait oubli� de les br�ler. Il
en demanda le prix ; on les lui vendait comme du vieux bois. La joie du
Vosgien �tait � son comble. Dollfus lui fit remarquer que
ces m�tiers �taient d�mod�s et qu'il serait
plus �conomique d'en acheter d'un mod�le plus r�cent.
-- "Ne vous occupez pas de mes profits. Je gagnerai de l'argent avec ces
vieux m�tiers ; j'en gagnerai d'autant plus que vous me les aurez
vendus comme vieux bois et vieux fer." -- L'Harpagon-Gr�vy des Vosges
calculait qu'il compenserait les imperfections de l'outillage qu'il achetait
� vil prix par les journ�es de travail qu'il ach�terait
dans les Vosges � un prix plus vil encore. En effet, si le faible
salaire des ouvriers de Mulhouse permettait aux industriels alsaciens de
ne pas mettre leur outillage au niveau des derniers progr�s de la
m�canique, le salaire des Vosges, plus faible encore, permettait
aux Gr�vy et aux Ferry du pays de se servir d'instruments d�mod�s
et jet�s au rebut � Mulhouse. Car, dit Reybaud, "des calculs
tr�s exacts montrent que les salaires fran�ais dans la Normandie
et la Flandre sont de 12 et 15 %, dans l'Alsace de 20 %, dans les Vosges
de 30 % au-dessous des salaires anglais... C'est, en g�n�ral,
sur les conditions de la main-d'�uvre que se r�gle la r�volution
dans les m�thodes du travail. Tant que la main-d'�uvre fournit ses
services � bas prix, on la prodigue ; on cherche � l'�pargner,
quand ses services deviennent plus co�teux."
De l'aveu m�me des industriels et des �conomistes
bourgeois pour d�velopper l'outillage industriel, pour accro�tre
les forces m�caniques de la production industrielle, il faut relever
la valeur de la main-d'�uvre, il faut porter les salaires � leur
maximum.
Mais une autre preuve � l'appui de notre th�se,
bien plus convaincante encore, nous est fournie par le d�veloppement
merveilleux de la m�canique agricole dans les Etats-Unis d'Am�rique.
Dans l'espace de quelques ann�es, toute la m�canique agricole
y a �t� r�volutionn�e ; des instruments, bien
qu'invent�s en Ecosse, ce berceau de l'agriculture scientifique
moderne, tels que la moissonneuse, qui n'avaient pu trouver qu'une application
restreinte en Europe, sont utilis�s sur toutes les fermes am�ricaines
; un nombre consid�rable d'instruments presque inconnus �
l'Europe (charrues doubles arm�es de disques tranchants, b�ches
rotatives, charrues � drains, semoirs et sarcleuses � cheval,
etc., etc.) se trouvent m�me sur les plus petites fermes. -- Ce qui
a forc� les Am�ricains � imprimer ce d�veloppement
gigantesque � la m�canique agricole, c'est que, pour cultiver
les immenses plaines de l'Ouest, les bras manquaient et �taient
hors de prix ; et puis l'ouvrier am�ricain refuse de travailler
comme un b�uf ou comme un paysan europ�en.
Ainsi donc, pour d�velopper l'outillage industriel
d'un pays, un des moyens les plus efficaces est d'�lever la valeur
de la main-d'�uvre ; pour augmenter la valeur de la main-d'�uvre, c'est-�-dire
pour hausser les salaires, ainsi que nous l'avons d�montr�
dans la derni�re Egalit�, il faut diminuer l'arm�e
de r�serve du capital, il faut rar�fier la main-d'�uvre soit
par l'�migration dont heureusement ne veulent pas les Fran�ais,
soit par la r�duction l�gale de la journ�e de travail
� huit heures.
Nous avons jusqu'ici d�montr�, et nous
croyons avec des faits concluants, que la r�duction l�gale
de la journ�e de travail b�n�ficierait � l'ouvrier
et � l'industrie nationale ; ces deux raisons ne seraient pas suffisantes
pour la rendre acceptable ; dans la prochaine Egalit�, nous d�montrerons
qu'elle tournerait au b�n�fice de la bourgeoisie capitaliste
; et c'est seulement parce quelle serait profitable aux patrons que nous
la croyons r�alisable dans un milieu capitaliste. Avec la R�publique
fran�aise, nous croyons que, tant que la soci�t� capitaliste
ne sera pas bris�e par le prol�tariat r�volutionnaire,
"on ne pourra accomplir que les r�formes accept�es par les
classes riches", c'est-�-dire les r�formes qui tourneront
� leur avantage.
III
Dans les deux pr�c�dents num�ros
de l'Egalit� on a d�montr� les heureux effets qu'aurait
la journ�e de travail de huit heures sur les salaires des ouvriers
et le d�veloppement de l'industrie nationale. Bien que les bourgeois
jurent, par toutes leurs vertus et tous leurs vices, ne vouloir que le
bien de leurs ouvriers et la prosp�rit� industrielle de la
patrie, ces consid�rations seraient absolument insuffisantes pour
d�terminer la classe capitaliste qui d�tient le pouvoir politique
� accorder la journ�e l�gale de huit heures. -- Dans
toute soci�t� capitaliste les individus se consid�rent
autonomes; ils ne reconnaissent qu'une loi, celle de leur int�r�t
personnel imm�diat ; et, pour satisfaire cet int�r�t
personnel imm�diat, ils sacrifient avec enthousiasme non seulement
l'int�r�t g�n�ral, mais encore leur propre int�r�t
dans l'avenir. -- Les bourgeois industriels, par exemple, sont tellement
aveugl�s par l'int�r�t personnel imm�diat que,
pour accro�tre leurs profits de quelques sous, ils infligent �
la classe ouvri�re des travaux accablants qui l'�puisent
et qui menacent de tarir la source m�me des richesses capitalistes,
la force ouvri�re.
Lorsque l'industrie m�canique s'introduisit
en France et en Angleterre, il y eut une d�bauche de surtravail.
Ce qui ne s'�tait jamais vu dans aucune soci�t� pr�c�dente,
les enfants de dix, huit, de m�me six ans, ont �t�
emprisonn�s dans l'atelier, et, dans cet enfer, ils ont �t�
condamn�s � des travaux longs, douloureux, pendant des journ�es
de quatorze et seize heures : dans les fabriques de France et d'Angleterre,
"le fouet �tait un instrument de production", il servait �
r�veiller l'attention des malheureux enfants vaincus par le sommeil
et la fatigue ; dans certaines fabriques d'Angleterre, on les ragaillardissait
en les plongeant dans des baquets d'eau froide. Ainsi se manifestait l'adoucissement
des m�urs produit par la charit� chr�tienne et la philanthropie
philosophique.
Pour avoir des esclaves sains et vigoureux, les esclavagistes
de l'antique Rome et de la moderne Am�rique ne transformaient pas
les enfants esclaves en instruments de production; ils les laissaient se
d�velopper librement jusqu'� l'�ge de quatorze et quinze
ans; mais dans la soci�t� capitaliste, issue de la R�volution
o� l'on avait proclam� les fastueux Droits de l'homme, les
enfants, soumis � un travail excessif d�s l'�ge le
plus tendre, mourraient par milliers, ou ne parvenaient � l'�ge
adulte que malingres et incapables d'un travail soutenu et profitable :
ils ne donnaient pas aux employeurs tous les profits qu'ils �taient
en droit d'esp�rer. L'exploitation sans piti� et sans intelligence
des enfants �puisait la population ouvri�re des districts
industriels, et mena�ait de tarir la source des profits capitalistes.
Les plus intelligents d'entre les industriels conscients
des dangers que courait l'exploitation capitaliste, voulurent apporter
des palliatifs au mal et des temp�raments � cette exploitation
effr�n�e de l'enfance. Ils se heurt�rent contre l'�go�sme
bestial des patrons, qui, ne voyant que le profit imm�diat, sacrifiaient
d'un c�ur l�ger l'avenir de l'exploitation patronale et, comme N�ron,
d�claraient: "Apr�s nous la fin du monde." Les industriels
de Mulhouse, cela doit �tre dit � leur honneur, et c'est l�
le seul honneur qu'ils m�ritent, ont �t� les exploiteurs
les plus intelligents de France. Ils firent de louables efforts pour obtenir
une r�duction volontaire du travail des enfants dans les manufactures
de l'Alsace ; mais il leur fut impossible de faire comprendre �
leurs confr�res leurs propres int�r�ts. Pour obtenir
la r�duction du travail des enfants, il fallut recourir �
l'action l�gale.
De tous les domestiques litt�raires que classe
r�gnante ait jamais entretenus, les �conomistes ont �t�
sans contredit les plus serviles, ceux qui ont su le plus habilement falsifier
les faits pour les mettre d'accord avec les int�r�ts et les
pr�jug�s de la classe qui les soudoyait : si aujourd'hui
on trouve des �conomistes foulant aux pieds les dogmes de l'Eglise
�conomique, et demandant l'intervention de l'Etat pour r�glementer
le travail dans les fabriques, cela prouve que l'industrie m�canique
est arriv�e � une p�riode de d�veloppement
o� il est de l'int�r�t m�me des bourgeois industriels
de limiter la journ�e de travail, bien que cette limitation l�gale
aille � l'encontre de l'�go�sme stupide de l'immense
majorit� patronale.
*
* *
En 1844, lorsqu'on discutait dans le Parlement anglais
la loi limitant le travail dans les fabriques � dix heures par jour,
lord Ashley disait : "Le syst�me m�canique a, sans aucun
doute, accompli une �uvre qui demanderait les tendons et les muscles de
plusieurs millions d'hommes, mais il a aussi prodigieusement augment�
le travail de ceux qui sont soumis � son terrible mouvement. --
Le travail qui consiste � suivre une paire de mules aller et retour
pendant douze heures, pour filer des fil�s num�ro 40, exigeait
en 1815 un parcours de 12 kilom�tres 872 m�tres ; en 1832,
la distance � parcourir �tait de 32 kilom�tres 180
m�tres... En estimant les fatigues d'une journ�e de travail,
il faut encore prendre en consid�ration la n�cessit�
de retourner quatre ou cinq mille fois le corps dans une direction oppos�e,
aussi bien que les efforts continuels d'inclinaison et d'�rection."
Voil� comment la machine a soulag� le lourd labeur de l'ouvrier.
-- Les mules que l'ouvrier doit suivre, avancent et reculent alternativement.
Le rattacheur doit saisir le moment o� le chariot est proche du
porte-syst�me pour rattacher les fil�s cass�s, ou
casser les fil�s mal venus. Les calculs cit�s par lord Ashley
avaient �t� �tablis par un math�maticien qu'il
avait envoy� � Manchester dans ce but. -- C'�tait
pour diminuer ce travail surhumain dans une atmosph�re surchauff�e
et empest�e, que l'on demandait la limitation de la journ�e
de travail � dix heures.
R�duire la journ�e de travail �
dix heures, c'�tait vouloir la ruine de l'industrie, d�claraient
en ch�ur les industriels anglais. Devan�ant le s�nateur r�publicain
M. Claude, ils proclamaient comme une v�rit� irr�futable
que "du nombre des heures de travail d�pendait la quantit�
des produits".
Cette assertion fut r�fut�e par les
faits. M. Gardner fit travailler dans ses deux grandes fabriques de Preston,
� partir du 20 avril 1844, onze heures au lieu de douze par jour.
L'exp�rience d'un an environ d�montra que la m�me quantit�
de produits �tait obtenue aux m�mes frais et qu'en onze heures
les ouvriers qui travaillaient aux pi�ces ne gagnaient pas un salaire
moindre qu'auparavant en douze heures. Si en onze heures il fut produit
autant qu'auparavant en douze, cela �tait d� exclusivement
� l'activit� plus soutenue et plus uniforme des ouvriers.
L'�l�ment moral joua un grand r�le dans ces exp�riences.
"Nous travaillons avec plus d'entrain, dirent les ouvriers � l'inspecteur
des fabriques, nous avons devant nous la perspective de partir de meilleure
heure et une joyeuse ardeur au travail anime la fabrique depuis le plus
jeune jusqu'au plus vieux, de sorte que nous pouvons nous aider consid�rablement
les uns les autres." Tandis que les ouvriers gagnaient une heure de libert�
sans pour cela voir leur salaire diminuer, le capitaliste obtenait la m�me
masse de produits et une �conomie d'une heure sur sa consommation
de gaz et de charbon. Des exp�riences semblables furent faites avec
le m�me succ�s dans la fabrique de MM. Herrock et Jackson (6).
En France des exp�riences pareilles ont �t�
faites. Lors de l'enqu�te sur l'enseignement professionnel, un des
grands industriels de l'Alsace, M.Bourcart, d�clara que "la journ�e
de douze heures �tait excessive et devrait �tre ramen�e
� onze". "Il serait utile, disait-il, que l'on r�duisit les
heures de travail et surtout que l'on ne travaill�t pas le samedi
apr�s midi. Je puis conseiller l'adoption de cette mesure quoiqu'elle
paraisse on�reuse � premi�re vue : nous l'avons exp�riment�e
dans nos �tablissements industriels o�, depuis quatre ans,
les ouvriers ne travaillent plus toute l'apr�s-midi du samedi et
nous nous en trouvons bien. Nos ouvriers gagnent aujourd'hui autant qu'il
y a quatre ans, et la production moyenne des �tablissements loin
d'avoir diminu�, a au contraire augment� (7)."
Dans son livre sur les Machines, F. Passy cite l'opinion
caract�ristique d'un grand industriel de Gand, M. Ottevaere : "Mes
machines, quoiqu'� peu pr�s les m�mes que celles des
filatures anglaises, ne produisent pas ce qu'elles devraient produire et
ce que produisent ces m�mes machines en Angleterre, quoique les filateurs
y travaillent deux heures de moins par jour. Cette diff�rence, je
l'attribue � la longueur de la journ�e de travail... Nous
travaillons deux grandes heures de trop... Si l'on ne travaillait que onze
heures, nous aurions la m�me production et produirions, par cons�quent,
plus �conomiquement... D'un c�t�, on produirait dans
toute la perfection possible et �conomiquement, et, de l'autre,
on aurait des ouvriers plus intelligents et moins �puis�s."
Ainsi donc, le travail de l'homme devient plus intense
� mesure que la machine perfectionne ses mouvements ; l'accroissement
de rapidit� des mouvements de la machine, en tendant � leur
extr�me limite les ressorts de la machine humaine, emp�che
l'ouvrier de surveiller efficacement longtemps le travail de la machine
de fer, qui alors ne donne pas tout son travail utile. -- Donc, le d�veloppement
de la machine impose la diminution du travail de l'ouvrier, dans l'int�r�t
des patrons eux-m�mes.
On peut m�me dire que la loi de dix heures
a �t� en Angleterre plus profitable aux patrons qu'aux ouvriers
anglais. Pour ne citer qu'une branche de l'industrie, on constate que le
nombre de fabriques anglaises de coton, qui ne s'�tait accru que
de 22 % de 1838 � 1860, s'est au contraire accru de 86 % de 1850
� 1856. La loi de 1847, qui limitait le travail des fabriques �
dix heures, a donc eu une heureuse influence sur la prosp�rit�
industrielle et l'enrichissement des patrons de l'Angleterre.
Il n'en a as �t� ainsi pour les ouvriers.
Le travail dans les fabriques s'est encore intensifi�. "Les broches
des m�tiers continus faisaient 500 r�volutions, celles des
mules 1000 de plus par minute en 1862 qu'en 1839." Le 27 avril 1803, M.
Ferraud, dans la Chambre des communes, disait : "Tandis qu'autrefois une
seule personne avec deux aides faisait marcher deux m�tiers, elle
en fait marcher trois sans aucun aide, et il n'est pas rare qu'une seule
personne suffise pour quatre. Il r�sulte des faits qui me sont communiqu�s
que douze heures de travail sont maintenant condens�es en moins
de dix heures. Il est donc facile de comprendre dans quelle �norme
proportion le labeur des ouvriers des fabriques s'est accru depuis les
derni�res ann�es."
Cette intensification de travail, depuis la loi de
dix heures de 1847, exige donc une nouvelle diminution de la journ�e
de travail ; les Trade's Unions ont d�j� r�duit la
journ�e de travail � neuf heures ; en 1867, � la suite
du Congr�s de Gen�ve, o� il fut d�cid�
que la journ�e l�gale de travail devait �tre de huit
heures, les ouvriers du Lancashire commenc�rent une agitation pour
faire passer dans la loi le v�u du Congr�s international.
*
* *
Nous avons d�montr� avec des faits
officiellement constat�s en Angleterre et en France que la r�duction
l�gale de la journ�e de travail b�n�ficierait
aux ouvriers et � l'industrie nationale et concourrait �
l'enrichissement des patrons.
Malgr� les avantages qu'elle apporterait aux
patrons, les ouvriers ne doivent pas esp�rer l'obtenir; car le pouvoir
politique est entre les mains de la classe la plus �go�ste,
la plus born�e qui ait jamais gouvern� la France. Dans l'histoire
de la classe aristocratique on trouve de nombreux exemples de seigneurs
affranchissant volontairement leurs serfs et octroyant aux villes des chartes
de franchises ; voici pr�s de cent ans que la bourgeoisie a renvers�
l'aristocratie, et c'est � peine si l'on peut citer les noms de
dix industriels qui aient diminu� volontairement le travail de leurs
ouvriers. Au S�nat, de grands industriels, tels que MM. Feray, Claude,
viennent de faire rejeter � la grande joie de la France patronale
une loi limitant � onze heures le travail des femmes et des enfants,
parce que, disent-ils, "du nombre des heures de travail d�pendait
la quantit� de produits."
Si en Angleterre la loi de 1847, r�duisant
le travail dans les fabriques � dix heures, a �t�
vot�e, l'honneur en revient � l'aristocratie fonci�re,
qui, par haine des industriels, des Cobden et des Bright, de l'Anticorn
league, mit toute son influence parlementaire au service de la classe ouvri�re.
Mais en France la classe ouvri�re ne peut et ne doit compter que
sur elle seule. Ce n'est que lorsque le parti ouvrier, puissamment organis�
et rejetant toutes les chinoiseries intransigeantes sur le S�nat,
la pr�sidence, etc., cr�era une vaste agitation ouvri�re
dans toute la France, que les parlements bourgeois feront quelques concessions
� la classe ouvri�re.
Notes
(1) Cette �masculation
des possibilistes fait comprendre le sens de la r�solution qu'ils
ont fait prendre au Congr�s de Reims, o� ils dominaient :
"Consid�rant que le programme minimum ne r�pond qu'imparfaitement
aux diff�rentes aspirations des travailleurs ; qu'il a �loign�
du Parti ouvrier et du candidat ouvrier plus de travailleurs qu'il n'en
a ralli�, etc." La limite l�gale de 8 heures �tait
pour les possibilistes un de ces articles qui avaient �loign�
du candidat ouvrier plus de travailleurs qu'il n'en avait ralli�.
Si l'Egalit� n'avait pas �lev� la voix, la manipulation
de Montmartre aurait pass� sous silence et aurait servi de pr�c�dent
et d'excuse � Montpellier ou ailleurs aux candidats qui briguent
l'appui de l'alliance et des radicaux. Maintenant que nous avons d�nonc�
la man�uvre possibiliste, nous allons voir s'ils oseront r�p�ter
leur �masculation. Je crois que, sans nous vanter, nous pouvons
dire que nous avons d�j� mis le programme au-dessus de toute
manipulation candidati�re ; c'est l� pour nous l'important
: les injures, les calomnies, les expulsions des possibilistes nous sont
l�g�res ; au contraire elles nous amusent, elles t�moignent
de leur col�re et de leur piteuse d�confiture. (Note de P.
Lafargue)
(2) Expos� justificatif
par le sieur Reveillon, etc., 1789. (Note de P. Lafargue)
(3) Louis Reybaud, Etude sur le
r�gime des manufactures de coton. (Note de P. Lafargue)
(4) Jean Dollfus, Plus de prohibitions
sur les fil�s de coton, 1853. Dans ce travail, int�ressant
par les faits et chiffres qu'il contient, Dollfus ne songe nullement aux
ouvriers, mais � son int�r�t personnel imm�diat.
Il �tait libre-�changiste, et pour une excellente raison
; bien que filateur, ses ateliers de tissage avaient besoin de certains
fil�s alors prohib�s. Quand on scrute les mobiles des actions
bourgeoises, on trouve au-dessous de la couche �paisse de l'humanitarisme,
patriotisme, libertairisme, etc., dont les bourgeois l'enveloppent, le
tout-puissant int�r�t personnel, le seul moteur auquel ils
ob�issent, m�me lorsqu'ils font de la science pr�tendue
impartiale. La critique de Dollfus, bien que dirig�e par ce mobile
personnel, n'en est pas moins concluante. Voici un autre passage qui va
� l'appui de la th�se que je soutiens, bien que Dollfus n'y
envisage la question qu'au point de vue libre-�changiste : "L'absence
de concurrence �trang�re, en permettant � un chef
d'�tablissement de continuer � faire des b�n�fices
avec de vieilles machines� bien qu'il sache parfaitement que la d�pense
d'un outillage serait r�cup�r�e en peu d'ann�es,
contribue � maintenir l'industrie dans l'ancienne orni�re.
Le fait se produit dans des �tablissements qui ont de grands capitaux
� leur disposition." Dans mon article, le lecteur verra que l'avilissement
de la main-d'�uvre fran�aise a eu pour le progr�s de l'industrie
fran�aise le m�me effet que l'absence de concurrence �trang�re
dont Dollfus se plaint. (Note de P. Lafargue)
(5) Revue des Deux Mondes, 1er
d�cembre 1856. (Note de P. Lafargue)
(6) Rapport des inspecteurs des
fabriques, 1845. ? Les faits cit�s plus haut sont extraits du Capital
de Marx (pp. 177-181) auquel nous renvoyons le lecteur pour de plus amples
d�tails sur l'intensification du travail. (Note de P. Lafargue)
(7) Cit� par Paul Leroy-Beaulieu
dans le Travail des femmes au XIX� si�cle, 1873. Dans cet ouvrage,
cet �conomiste dit : "Le perfectionnement continu des machines n'appelle-t-il
pas imp�rieusement une diminution de la journ�e de travail
? Toutes les am�liorations dans le tissage ont pour effet de donner
une vitesse plus grande : le m�tier qui autrefois ne battait que
120 � la minute est arriv� � 180, 200 et 240. Est-il
possible qu'une jeune fille surveille pendant douze heures une marche aussi
pr�cipit�e ?" (Note de P. Lafargue)
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