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  Post� le mardi 17 avril 2007 @ 23:30:24 by AnarchOi
Contributed by: AnarchOi
Éthique anarchisteSource : Mensuel Alternative Libertaire, publi� par le collectif belge du m�me nom.



D'abord on fait ce qu'on peut. On subit la famille, l'�cole, le quartier. L'imagination, la cr�ation, le r�ve sont trop accidentels, marginaux pour �tre r�alit�. Et puis, la r�volte gronde. L'inqui�tude grignote les projections. L'impuissance gagne du terrain. Qui suis-je ? O� vais-je ? Et surtout, pour quoi faire ?

Les uns rentrent dans le moule : question de survie. Les autres sont entra�n�s par le pessimisme et acceptent l'in�luctabilit� du monde tel qu'il est. Certains se lancent dans la r�volte construite, dans le refus organis�, dans la cr�ation d'un autre futur. Ils sont une poign�e, se tapent la t�te contre les murs depuis des lustres. Ce sont les vaincus. Ils perdent des luttes. Ils sont aphones d'avoir trop cri� leur rage, trop dit leurs espoirs. Ces petits �tres humains estiment vaincre la mondialisation de l'injustice sociale par des mouvements collectifs, entre-d�chirent le voile de la pens�e unique par des publications confidentielles, r�it�rent des agit-prop fragiles et s'�teignant dans l'indiff�rence g�n�rale. Sont-ils les petits fils de Sisyphe ? Des doux dingues de l'�den r�volutionnaire du XIX�me si�cle ?

Et s'ils ne vivent jamais la totalit� de leurs r�ves pourquoi s'ent�tent-ils dans cette marginalit� d�sir�e et revendiqu�e ?

Tout simplement pour �tre eux-m�mes, agir sur le monde, ne pas �tre � tout instant un mouton, un objet... pour �tre de simples petits humains !



�mancipation et/ou fin des oppressions ?
L'�mancipation n'est-ce pas de se construire parmi les autres, de tendre � l'acceptation des diff�rences interpersonnelles pour les paritariser socialement?

L'affranchissement de la personne n'est pas a-historique. Il s'appuie sur le pass�, analyse le pr�sent et construit au pr�sent et en tout lieu, un avenir plus acceptable. Cette conception de la r�volution est humble. Elle ne nie ni les ali�nations ni les difficult�s � structurer des rapports humains plus �galitaires. Elle globalise lutte, moyens et mise en perspective. Cette prise de conscience de la n�cessit� d'une r�volution permanente des relations humaines devient non plus un objectif � atteindre peut-�tre un jour ou l'autre... mais un moyen de d�sali�nation.

Elle appr�hende la personne dans ce qu'elle vit, dans ce qu'elle d�sire et par ce qui l'a construite... Il ne s'agit plus d'humanit� philosophique, d'�tre futur � inventer... Du bon sauvage � Big Brother : le sujet r�volutionnaire est irr�m�diablement d�pass�. Ici et maintenant, toi et moi, nous et eux avons affaire avec la vie, avons � vivre des r�ves afin de nous construire ! Si internationalisme il doit y avoir c'est bien en ces termes que nous avons � en poser la premi�re pierre. L'assujettissement de notre �mancipation � une r�volution future nous ali�ne. Il permet tous les totalitarismes et pertes de m�moire. Il valide des ph�nom�nes de bureaucratisation. Il garantit ainsi la p�rennit� d'une soci�t� profond�ment in�galitaire.

Le repli sur soi pousse au populisme, � la fin des ismes ou � la gestion sans �tat d'�me d'oppressions multiples voire � leur d�ni. Cet �gocentrisme social entra�n� par un r�formisme bon teint r�sulte logiquement d'une phase transitoire en vue de... Ne nous leurrons pas ce ph�nom�ne n'est pas monopolis� par le socialisme autoritaire... tous les courants r�volutionnaires (y compris les libertaires) s'engouffrent dans cette br�che de la facilit� : r�forme ou r�volution. Rempla�ons cet axiome par r�forme et R�volution ici et maintenant ! Cette realpolitik est capable de r�unifier le corps social, de valoriser les personnes, de concr�tiser des aspirations �galitaires.



Tutoyer la libert�
Cette acceptation d'�tre soi-m�me parmi les autres s'oppose � une conception lib�rale, �go�ste, consum�riste de la soci�t�. Elle s'attaque de fait aux d�perditions sociales enclench�es par la mondialisation. Elle d�senclave les populations marginalis�es par le monde du profit. Elle domestique les luttes �conomiques et affiche les engagements particuliers. Elle combat tout ph�nom�ne de centralit�: patriarcat, racisme, capitalisme, �tat. Ce refus de l'�miettement et du cloisonnement engage au-del� de l'action politique, de la mobilisation sociale ou de la r�volte. Actrice, auteure, cr�atrice, la personne singularise ses aspirations de justice sociale en socialisant ses espoirs de bien-�tre personnel, en personnalisant les combats collectifs... en d�couvrant de nouvelles formes de lutte... pour r�inventer le pr�sent. Qui suis-je ? Que faire du patrimoine social ou de mon histoire ? Dois-je attendre une r�volution copernicienne tant individuelle que collective pour me projeter dans un monde meilleur ? Investir ma part de r�ve dans un �den libertaire ou me coltiner avec les SDF de la sociale ?

Ne pas se satisfaire des in�galit�s ou des soci�t�s parfaites parce que sans histoires. Globaliser ses r�voltes. Trouver sens � ses combats. Telle se pr�sente l'arri�re fond d'une recherche-action personnelle. Je ne milite pas pour me d�douaner d'un quotidien oppressif. Je n'essuie pas les pl�tres de l'alternative en acte par peur de ma part de responsabilit� dans la mis�re sociale actuelle. Je ne m'essaye pas � la pens�e particuli�re pour remplir un vide existentiel. Je, vous, nous sommes tout cela � la fois... mais en inscrivant r�solument des recherches collectives dans un parcours individuel... en globalisant des actions parall�les... nous rompons d�finitivement les amarres avec les ali�nations habituelles qui rythment nos agirs.

Cette transversalit� �mancipe la personne car elle r�v�le le processus oppressif o� nous �voluons. Cette r�versibilit� outille les groupes dans leurs combats. Une appr�hension des comp�tences, une meilleure lecture d'invariants politiques �vitent les �cueils du corporatisme et de la hi�rarchie. Par-del� les revendications, les sursauts de r�volte, elle responsabilise. Les uns (les personnes) et les autres (les groupes) en recr�ant le quotidien. La globalisation devient une arme de guerre sociale car elle conduit � des r�appropriations collectives et individuelles des rapports sociaux plus �galitaires.



Qu�sako ?
De quoi qu'elle cause ? Faut-il attendre la r�apparition des bleuets pour manger normalos ? Esp�rer des lendemains qui d�chantent pour ne plus �tre le n�gre, la b�quille, l'immigr�e, la femme, le p�d�, le vieux ou le m�me... de l'autre ? Et ne plus compter, ne plus subir c'est pour quand ? Nom d'un petit Bakounine en bo�te ! Si je me bouge, si je colle des affiches, si je m'use les poings au piquet de gr�ve ou tra�ne la savate aux manifs c'est bien pour gueuler ma haine du capitalo, ma rage de vivre ! La force des boursicoteurs, des affameurs, des va-t-en-guerre ne r�side pas tant dans l'arsenal juridico-policier dont ils recouvrent leurs exactions mais bien dans la parcellisation des espaces, la reproduction consensuelle des hi�rarchies.

Le monde nous appartient
Ni petite s�ur des pauvres, ni man�uvre des frimas corporatistes, les volontaires de l'�mancipation sociale �uvrent d'abord pour eux-m�mes. Ils sont les sujets de leur propre recherche qu'ils int�grent � la collectivit�. Le Je et le Nous s'associent pour agir et r�fl�chir autant pour le futur que dans le syst�me relationnel pr�sent. Cette tendance les m�ne � analyser la pertinence des outils organisationnels qu'ils ont forg� ou utilise... enfin cela devrait �tre ainsi ! Et si nous ne voulons pas �tre les dindons de la farce : encore faut-il nous en donner les moyens ? Le voulons-nous ? L'envisageons-nous ?Nous sommes les h�ritiers de l'anarcho-syndicalisme porteur de transversalit�, de l'anarchisme social d�tenteur de globalit�, la s�ur de toutes les luttes d'�mancipation et le fr�re de tous les r�volt�s. Et m�me si ces rencontres sont rares, si ces moments de cr�ation collective sont exceptionnels ils valent le coup. Essayez, vous verrez !



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