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  Post� le samedi 31 mars 2007 @ 13:55:11 by AnarchOi
Contributed by: AnarchOi
Éthique anarchisteLe texte que nous proposons ci-dessous au lecteur est la reproduction in extenso de celui qui fût publié par les éditions Les Cahiers Francs en 1967.

Groupe Maurice-Joyeux

L’individualisme social



(Éthique, esthétique et prospective d’esprit anarchiste)



À diverses occasions, il m’a été demandé un résumé précis de ma conception d’un individualisme social que je dénomme tout aussi bien un anarchisme social. En particulier, on s’est préoccupé de l’accord entre une morale de vie personnelle anarchiste dans un milieu quelconque et les modes d’intervention, tant individuels que collectifs, dans les évolutions (éventuellement les révolutions) de ce milieu.

On s’est parfois étonné que je paraisse attacher moins d’importance à une action de groupes spécifiquement anarchistes qu’à une participation aux activités d’organisations diverses, participation non exempte de critique et parfois de réserves. D’aucuns ont cru déceler, dans ces collaborations individuelles à des organismes étrangers à l’anarchie, une contradiction ou une incompatibilité avec l’action anarchiste des foyers individualistes d’action sociale que je préconise.

C’est une réponse à ces questions que j’ai tentée au premier article résumant l’esprit des cinq ouvrages de la série et dans deux articles conclusifs. Cette réponse est éclairée par la reproduction de larges passages de quelques lettres suscitées par des critiques extérieures et par des objections de militants libertaires. On m’excusera d’avoir à me répéter. Comment l’éviter en résumant un thème qui n’a pas varié ? Ce n’est peut-être pas inutile puisque, fort souvent, des objections me sont faites par des lecteurs qui n’ont pas remarqué qu’une réponse se trouvait en quelque endroit des cinq livres où est défini l’individualisme social.



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Le comportement et l’action

(Action individuelle Action collective)

 

Morale de vie à soi, pour soi et envers le prochain

En dépit des enseignements de tout ordre qui sacralisent la morale et veulent qu’elle soit en quelque sorte innée (ce qui n’est vrai que de l’instinct de sociabilité) et par conséquent unique, je n’hésite pas à affirmer qu’un anarchiste serait dans une situation invivable s’il ne pratiquait deux morales. En public, il paraît se conformer à celle de tout le monde parce que telle est la condition nécessaire de ses activités. Dans sa vie personnelle, dans ses rapports avec ses proches, il se réfère aux données générales qui fondent l’anarchisme. Se référer, ce n’est pas opter. Il repense ces données et les personnalise.

Ce concept de vie personnelle est exactement une éthique d’ordre rationaliste mais non pas une manière de catéchisme rationaliste. L’anarchiste construit ou reconstruit une éthique à sa mesure. Il doit donc en rassembler les matériaux. Il ne les trouvera que dans les acquis “ actuels ” de la science, spécialement de l’anthropologie, de la génétique, de la biophysique et de la psychosomatique. Est-ce à dire qu’il lui faille devenir un scientifique ? En aucune façon. Il suffit qu’il prenne la peine de lire quelque peu et se tienne informé du niveau des connaissances, qu’il assimile ce qu’il en faut pour accéder aux idées générales rationnelles et en tirer quelques déductions essentielles. Un anarchiste a le goût du savoir et l’esprit en éveil. Ce qui cependant lui importe, c’est moins d’apprendre que de comprendre, d’être entraîné à observer et à réfléchir de sorte qu’il sache pourquoi il adopte ou rejette telle ou telle manière d’être.

Cela qui est simple étant posé, il reste à dire un mot de l’esthétique qui ne concerne pas que les artistes. Il n’est d’éthique qui vaille si elle n’est pas vivifiée par la sensibilité et par le sentiment. La sensibilité, le sentiment échappent au rationnel. La raison ne les contrôle jamais tout à fait. Nous en dirons donc autant de l’esthétique. Bien qu’elle soit un objet de culture, elle a de toute manière sa source dans le tempérament. De fait, elle débouche aussi bien sur le paroxysme que sur la rigueur, sur l’harmonie concertée ou sur le paradoxe. Puisque c’est affaire de tempérament, je n’ai rien ici à en dire sinon de rappeler son extrême importance, non seulement sociale mais davantage encore dans cette forme anarchiste de vie personnelle où nécessairement on vit beaucoup sur soi.

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La dualité d’une morale dont un seul aspect se réfère à notre éthique appelle un commentaire. Les exigences extérieures de la morale reçue entraînent une relativation de la morale personnelle. Il est de bon sens de la consentir en la contrôlant plutôt que de se heurter aux incompréhensions. Ce qui ne serait plus de bon sens ce serait que la relativation devînt une palinodie en prêtant à des échappatoires. Il est à cela une sauvegarde absolue et qui tient dans l’observance d’une règle constante d’honnêteté intellectuelle et de loyauté et dans un refus délibéré de parvenir.

J’entends par refus de parvenir le dédain des distinctions officielles et l’indifférence aux vanités sociales, sous le couvert d’un quant-à-soi au besoin effronté, voire insolent. On n’y doit pas inclure les promotions professionnelles. Il ne serait pas réaliste de tenir un anarchiste pour un surhomme échappant au désir naturel de mieux-être matériel et au besoin normal de manifester ses capacités.

Si les facultés d’invention, de conception sont des qualités particulières, tous les hommes sont doués d’une impulsion de compétition et d’un esprit de concurrence, celui-ci n’étant qu’une perversion de l’instinct d’émulation. Il suffit, à qui veut s’affirmer anarchiste, de faire prédominer en soi le goût de l’émulation saine et, ensuite, de s’attacher en conscience à faire bénéficier l’anarchisme de ce que l’on obtient, par exemple une situation professionnelle avantagée qui vous échoit. Je dis bien qui vous échoit car il est exclu que l’on sollicite ou que même on accepte une promotion qui vous ligote.

Postulats et action dans le social

Quel mobile, m’ont objecté des individualistes intégraux, engage un anarchiste à se mêler aux luttes sociales ? Je rappelle simplement que l’homme est sociable d’instinct et qu’un individualiste n’est jamais indifférent à l’égard de quelques autres, quoi qu’il prétende. Aussi bien constitue-t-il des associations affinitaires et celles-ci, du reste, n’échappent pas au contrôle des pouvoirs. Je rappelle aussi que l’individualiste utilise comme chacun les organismes sociaux, ce qui implique une réciprocité. C’est la réciprocité qui justifie un égoïsme fondamental judicieusement conçu. (Cf. mon disque : “ Éloge de l’Égoïsme ”.) Enfin, la condition personnelle de l’individualiste dépend, comme toute autre condition, de son milieu. Il ne saurait se détacher de son environnement, des luttes qui s’y manifestent et tournent à son profit ou son désavantage. D’aucuns rétorquent avec désinvolture que ce n’est qu’une question de débrouillage personnel. Il se peut, mais il s’agit alors, quant à l’éthique, d’un autre “ milieu ”.


Ce qui distingue l’anarchiste, c’est l’originalité de ses mobiles, une originalité marquée par la contrainte qu’il s’impose d’écarter les impulsions vulgaires sans y être incité par l’espoir ou la crainte des sanctions d’un au-delà qu’il n’envisage pas. Par cette même raison, il rejette tout finalisme idéologique comme facteur d’action. Certes, il se réfère à des idées mais à des idées qui correspondent à ce qui est connu dans l’ordre des sciences positives, d’où il suit que son action se situe dans l’immédiat et que l’avenir ne lui est qu’un thème d’hypothèses. Il est donc amené à considérer que l’homme, selon l’histoire confirmée par la génétique, n’a pas fondamentalement changé depuis le paléolithique. Il y a peu de chance que l’eugénisme le transforme dans la structure de ses gènes et, du reste, il serait alors un autre et c’est lui et non un autre qui nous occupe. Pourtant, l’homme n’est pas stable. Il obéit à des volitions à la fois bonnes et mauvaises qui sont conditionnées par les circonstances de temps et de lieu, par les traditions, les morales, les mœurs, les réflexes qui en résultent. Ces conditions varient peu ou prou, lentement ou brusquement, mais elles ne cessent de varier. L’anarchiste pense et agit en conséquence de ces deux faits en apparence contradictoires : la constance de l’être intérieur et les variations de ses préceptes et de ses attitudes. Là réside l’une des raisons qui font que n’est pas anarchiste un esprit qui n’est pas disponible.

Cette théorie des variations explique aussi bien les différenciations ethniques que la diversité des caractères individuels et des qualités personnelles. Les racismes, les chauvinismes, les impérialismes, les autoritarismes et les préjugés de caste n’ont cessé d’adultérer cette notion biologique afin de créer et d’entretenir les situations morales et matérielles propices à leur abus. Réduire les conflits qui en sont la conséquence, dans tous les temps et sous tous les régimes, est l’objet de ce que l’on appelle un progrès de l’homme et que, dans l’optique anarchiste, nous appellerons plus exactement un progrès du comportement. C’est en effet des changements dans l’ordre matériel des choses que découlent des changements dans les rapports humains. Il en résulte, plus ou moins et selon les causes des changements matériels, de nouveaux concepts de l’éthique et de l’esthétique. C’est dans l’élaboration de ces nouveaux concepts que l’anarchiste se doit de situer le champ d’action qui répond le mieux à sa vocation de lanceur d’idées, de libre critique en tous domaines, d’éducateur des éducateurs, d’agent de prospectives dégagées des systèmes. Voilà un énoncé qui incite à sourire. Opposerai-je quelques noms de précurseurs aux sourires ? Pas même. Il suffit de penser à ce qu’un grain d’esprit, s’il contient un germe qui vaille, engendrera de grains dans les hasards du futur. L’inconvénient est autre. Cette sorte d’anarchisme n’est pas de nature à séduire les ambitions médiocres. Je ne soutiendrais pas que ce soit là un véritable inconvénient.

Des formes de l’action

On ne lance pas des idées hérétiques sans se heurter aux préjugés des sectes et aux privilèges des pouvoirs. L’anarchiste, qui rencontre à tout moment l’animadversion et l’ostracisme, doit avoir l’orgueil de les mériter par la rigueur en acte de sa pensée, mais il lui est possible de réduire leur nuisance en suscitant l’estime. Cette bénéfique estime est écartée par les inconséquences de démagogies vaticinantes et par un verbalisme systématiquement injurieux. On ne séduit ainsi qu’une certaine catégorie de personnes qui, certes, ne manquent pas de motifs de mécontentement mais qui n’en ont guère d’être anarchistes. Elles s’éloignent dès qu’elles se rendent compte qu’un anarchisme de gueuloir est inapte à tenir de fallacieuses promesses.

Que peut donc l’anarchiste ? D’abord se garder d’un recrutement du tout venant afin d’accomplir, sans concessions ni vain battage, sa double mission de prospective et d’opposition par les moyens qui lui sont propres : l’esprit critique rationnel, la satire et l’ironie qui forcent l’attention, la totale indépendance de jugement que lui confère le refus de la brigue et de l’intrigue.

Quant à se faire l’animateur de mouvements organisés, il le peut en se gardant de les présenter comme étant intrinsèquement anarchistes. Il n’est pas de réalisations pratiques sans accommodements qui prêtent à compromission. On risque inutilement d’y déconsidérer l’anarchisme. S’il réussit, un mouvement mené avec des concours extérieurs sera porté au compte de l’anarchisme par son animateur. S’il échoue, ce ne sera qu’un accident en marge de l’anarchisme. On évite les faux-pas en agissant, selon l’objet et selon les moyens de chacun, soit seul, soit de concert avec les membres d’un groupe, par des participations à des organismes divers (syndicats, ligues, cercles culturels, tribunes et publications accessibles) et à des colloques où l’on s’attache à faire apprécier des vues anarchistes, au besoin sans trop le proclamer. Plus directement, sous le couvert d’un foyer anarchiste et par des publications éditées en coopération, il est loisible d’intervenir dans les problèmes “ actuels ”, en dehors de toute autre référence que celle de l’anarchisme, en examinant ces problèmes tels qu’ils se posent en fait, dans une situation donnée, avec toute l’objectivité que ne peuvent avoir ni les partis, ni les sectes, ni même les syndicats politisés. Une telle objectivité suffit à classer et délivre du prosélytisme. C’est par la réflexion que l’on vient à cet anarchisme, opposé à la loi du nombre.

 

L’efficacité des idées

Il est une autre raison de ne point prétendre à élaborer des institutions proprement anarchistes dans un milieu légaliste et de leur préférer des organismes parallèles. Un anarchiste, qui se veut chercheur avant d’être propagateur, verrait sa disponibilité contrariée par les servitudes que comportent le maintien et le développement de tout organisme. Il est plus facile d’être secondé lorsque la doctrine n’est pas impliquée dans l’affaire. Or qui peut, mieux qu’un animateur, s’occuper de prospective ? Il ne peut ignorer que la prospective suppose des hypothèses et qu’une hypothèse, en sociologie comme en science, exige la confirmation des expériences de laboratoire. L’expérience de l’anarchiste est sa propre vie. En y introduisant la réalisation d’une thèse sans un processus transitoire, il fausserait la méthode qu’exige l’objectivité. C’est ainsi qu’ont échoué tant de colonies phalanstériennes.

Si, au contraire, des anarchistes lancent gratuitement des idées dans le public, dussent-ils les habiller et quelque peu les sucrer, ils ne compromettent ni leur personne ni leur doctrine et ils s’ouvrent néanmoins un crédit car les anonymats sont souvent relatifs. Je répète encore ceci qui est dans un des ouvrages de la série, les anarchistes ensemencent dans le champ d’autrui et c’est autrui qui, peu à peu, sélectionne le bon grain. Pour nous, diront d’aucuns, où est le profit ?

Je répondrai : “ Dans la satisfaction d’être un anarchiste, ce que vous n’êtes pas puisque vous posez cette question. ”

La référence proudhonienne

Ces définitions ne sont pas des vues de l’esprit. Je les appuie sur une référence indiscutable. Maintes fois j’eus l’occasion de rétorquer en public que l’anarchisme n’était destructeur que de ce qui se périmait et qu’il était, en revanche, l’initiateur d’activités constructives. Je citais le fédéralisme, le syndicalisme, le mutuellisme, les contrats collectifs, la contraception, toutes choses qui, après des décennies, se sont intégrées dans le social sans qu’intervienne une révolution libertaire.

On objecterait vainement que ces choses ne sont pas ce que les anarchistes voudraient qu’elles fussent. Le fait est qu’elles sont, qu’elles ne furent pas au temps où un Proudhon , un Robin les pensaient et qu’elles ne seraient peut-être pas encore si, au lieu de les adapter à notre temps, on eût attendu que les rendît parfaites une révolution aléatoire.

Je ne saurais laisser dans l’ombre une remarque qui est toute au bénéfice de l’individualisme et aussi de l’action personnelle. Ces réalisations, la contraception exceptée, sont issues de la pensée du seul Proudhon , un Proudhon qui se déclarait nettement opposant à tout communisme, qui n’ameutait pas les foules et ne dirigeait rien. Après lui, Bakounine qui fut son contraire a perdu contre Marx une bataille décisive alors que la philosophie positive de Proudhon a tenu.

L’anarchisme et le prosélytisme

C’est dans l’esprit de cette philosophie proudhonienne, dans l’esprit aussi et peut-être plus généralement de la philosophie épicurienne que je pense et dis de l’anarchisme qu’il est une constante et non pas une fin ou la recherche d’une fin. Il est exigeant. Trop pour attirer de massives adhésions et, par cela même, il ne séduit qu’en passant les capacités ambitieuses. Ce sont ces deux faits normalement conjugués qui détournent nombre de libertaires du concept d’anarchisme social. Il était aisé, naguère, d’écarter l’individualisme stirnérien asocial ou l’individualisme rynérien classé dans le domaine de la haute poésie. Référé à Proudhon , un individualisme social n’est pas sans défense.

Je dirai tout de suite que sa défense la plus efficace tient à sa nature : il ne recrute pas. Oh ! certes, il n’existera que s’il rencontre des hommes et des femmes qui lui seront voués comme d’autres, dans les laboratoires, sont voués passionnément à la recherche anonyme en équipes, comme le sont dans leurs couvents les religieux et les religieuses missionnaires. Que vaudrait l’anarchisme si de tels militants lui étaient refusés ? Au gré des circonstances, ils ne lui ont jamais manqué. Il est certainement important que ces militants touchent beaucoup de sympathisants actifs et qu’ils contrarient effectivement beaucoup d’adversaires. Il n’est pas moins important qu’ils ne soient pas eux-mêmes trop nombreux. Il est rare que le nombre s’accorde à la qualité.

Pour le définir par une image, l’individualisme social se situe au sommet des beffrois plutôt qu’au confort des hémicycles. Il n’en est pas moins accessible à tout esprit ouvert, fût-il de peu de savoir. Il est par contre interdit à tout esprit médiocre, fût-il fort instruit. S’il est nécessaire que l’anarchisme soit enseignant par la culture de quelques-uns, il est mieux encore qu’il le soit par l’exemplarité de tous. On vient à lui de spontanéité. On s’en écarte ou il écarte lorsque manque une conscience sûre de la grandeur du “ moi ”, un moi dont les inclinations fraternelles ne l’emportent pas aux dépens de la dignité.

De ce fameux moi haïssable, j’ai dit dans “ Éloge de l’Égoïsme ” comment il ne s’enrichit que pour la satisfaction de donner. C’est ainsi que l’avaient compris les épicuriens. Le christianisme ne l’a déconsidéré qu’en imposant l’ineptie d’une morale d’individus masqués. Je me garderai donc d’écrire que si l’anarchisme est exigeant c’est qu’il demande un sacrifice. Que non pas ! Il demande seulement que l’on subordonne par préférence — et seulement par préférence — le plus bas au plus haut. Rien n’est à rejeter de la vie, mais le plus haut est payant.

Nature et rôle des foyers

J’ai cité des hommes de foi voués à leur religion. On me rétorque : “ Ils ont des séminaires de formation, des congrégations qui coordonnent leurs missions. Où sont vos séminaires ? Où sont vos congrégations ? ” Je serais tenté de répondre, si cela ne semblait une échappatoire, que l’individualisme exclut un enseignement orienté et les contraintes d’une agglutination. Ce ne serait pas tout à fait vrai. Un anarchiste doit être formé. On préfère qu’il se forme soi-même et les livres y pourvoient. De bons écrivains anarchistes n’ont pas eu d’autres maîtres. Néanmoins, il gagne à confronter ses pensées à d’autres pensées, à corriger un certain savoir par d’autres savoirs. Il n’échappe pas non plus à un besoin tout humain de contacts. Dans des rencontres affinitaires il enrichit sa sensibilité des dons de l’amitié, des harmonies sensuelles, de la récréation des arts. Au sein d’une communauté de pensée, ses activités libres s’amplifient par la coopération. C’est afin de satisfaire à ces postulats que je préconise la création de foyers individualistes.

Il va de soi que de tels foyers ne sauraient être conçus comme le sont des sections de partis. C’est la diversité et non la conformité des opinions qui en conditionne et en constitue l’élément attractif. Ils sont l’occasion de rencontres où une solidarité s’instaure, où chacun s’enrichit des réflexions de chacun. C’est à partir de ces rencontres que se coordonnent ou bien se spécialisent utilement les activités. Elles sont aussi, relativement aux idées personnelles, un banc d’essai.

Action collective et activités parallèles

Sur le plan local, les manifestations publiques d’un foyer sont de divers ordres et en correspondance avec les moyens du bord. Un parallélisme de la propagande s’ordonne et permet à ceux qui agissent dans une même discipline de se concerter et de s’épauler. Il est normal et utile que dans un foyer comportant un assez grand nombre de membres, des groupes de travail se constituent et informent les militants aux fins de documenter les propagandistes.

Mais un foyer s’anémierait très vite s’il n’était qu’une manière de séminaire. Il doit être en même temps un foyer culturel ouvert au public, soit sous son propre titre, soit en animant un cercle concurrent des maisons de la culture conformistes. Il a aussi vocation pour organiser toutes sortes de réunions publiques en tout ce qui touche l’actualité des problèmes de sociologie, aussi bien politiques qu’éthiques et esthétiques. Des concours extérieurs ne sont pas à exclure de telles manifestations et les membres d’un foyer eux-mêmes ne sauraient y être contraints à soutenir des thèmes préconçus. Il suffit que les propos des uns et des autres ne s’écartent pas de l’objectivité. Être objectif, ce n’est pas être infaillible mais c’est reconnaître éventuellement son erreur et la corriger. Cette honnêteté intellectuelle entraîne assez rarement une même attitude chez les adversaires. Elle entraîne en revanche un sentiment d’estime à l’égard des anarchistes qui la pratiquent. Cela n’est pas sans conséquence utile en ce qui touche une action conduite sous le couvert de l’anarchisme.

Quant à une certaine coordination de l’action des foyers, fussent-ils constitués pour un objet particulier, elle trouve son expression dans la définition de vues communes sur des faits de l’actualité. C’est affaire de colloques. C’est aussi, sur le plan des conceptions fondamentales, une affaire de congrès dès que des foyers se constituent en unions aux fins d’organiser, par les soins d’un secrétariat responsable, l’édition en coopérative de publications diverses. Il est utile et possible qu’en dehors de leurs Unions propres, les membres des foyers individualistes ou les foyers eux-mêmes élargissent leurs contacts, développent leur action, en adhérant à une fédération anarchiste ouverte à toutes les tendances.

Ces notions pratiques ne sont que des indications. C’est à l’usé que s’adapte l’outil. J’ai surtout voulu montrer qu’un foyer individualiste et social à la fois ne dépend que d’initiatives au niveau local ou bien régional et que, si un tel groupement est propre à soutenir les activités de chacun, il reste que chacun y conserve le caractère personnel de son comportement et la liberté d’agir selon ses vues et ses moyens, dans le foyer et hors le foyer.

Il est important de noter que si un foyer, un groupe de foyers sont de nature à soutenir, à étendre les activités d’un militant œuvrant selon un concept d’individualisme social, ils ne sont nullement la condition nécessaire de ces activités. Un anarchiste individualiste tel que je le définis agit de soi-même et se passe au besoin de l’appui d’un foyer ou d’un groupement de même ordre. Ce qui importe, c’est d’abord sa personnalité. Il lui est loisible de la manifester, selon ses capacités particulières, au sein des syndicats, des ligues, des centres de culture et des associations de tout ordre. Il ne lui est pas interdit de fonder lui-même une association en marge de l’anarchisme dès qu’il l’anime dans un esprit qui ne contredit pas à l’essentiel de l’éthique dont il se réclame.

Un foyer est un moyen, seulement un moyen et non une réunion de secte. Comme tel, il est adaptable à toutes les formes de l’action et sa souplesse se prête à des objectifs référés aux disciplines les plus variées. Il suffit que l’objectif choisi concoure à la promotion de la “ personne” dans les ordres conjugués de l’éthique et de l’esthétique, que l’on ne s’y réfère qu’au réel et que le postulat de base soit celui d’une constante disponibilité.

D’aucuns remarqueront sans doute que de tels foyers ne sont pas de nature à permettre l’organisation d’un mouvement spécifiquement révolutionnaire. Pourquoi le seraient-ils ? La révolution est considérée de nos jours, sous l’influence du marxisme, comme une chose en soi alors qu’elle n’a jamais été qu’un accident intermittent (violent ou pacifique, recherché ou subi, technique ou climatique) intervenant dans le processus des évolutions. J’ai dit, dans “ L’Anarchisme et le Réel ”, pourquoi une révolution proprement anarchiste est une utopie — au sens classique du terme — voire un non-sens. Il est théoriquement possible qu’il en aille différemment d’une révolution socialiste-libertaire. Il s’agit alors beaucoup plus de socialisme que d’anarchisme, avec ce que l’on doit en attendre de compétitions entre hommes d’action, même libertaires. Ils le montrent assez dans leurs conflits de tendances et de personnes. Du reste, plus d’un refuse la désinence anarchiste qui ne s’accorde pas bien avec le démocratisme. (Cf. ci-après : “ Lettre à Maurice Fayolle ”.) Je précise que dans n’importe quelle révolution, l’anarchiste individualiste est libre de choisir, bien que social, l’attitude qu’à son opinion les circonstances déterminent. S’il y participe, ce n’est que dans la mesure où un mieux lui paraît possible et c’est vers ce mieux que tend son action sans trop d’illusion. Sinon, il ne lui est nullement interdit, quoi que d’autres en pensent, de s’abstenir et de se réserver pour une action différée qui sera la sienne et non celle d’un courant.

Je n’ai rien dit de la violence et de l’action directe car ce sont affaires de conscience et de circonstances. Gandhi lui-même n’excluait pas la violence sous une certaine forme de légitime défense. Il est permis de considérer que c’est un acte de légitime défense que l’action directe, individuelle ou maquisarde, à l’égard d’une dictature abusive à l’excès. Je dis seulement que c’est là un engagement personnel et qu’une action directe — individuelle ou en commando — doit être conçue de manière à ne compromettre ni les groupes ni les individus qui ont opté pour d’autres méthodes.

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Anarchisme et socialisme libertaire

( Extrait d’une lettre à Maurice Fayolle )

 

Tu m’affirmes que “ toute vie sociétaire, toute vie organisée exige, de la part de ceux qui acceptent d’entrer dans cette communauté... l’abandon volontaire et conscient d’une certaine partie de leur liberté. ” Cette affirmation est une évidence que tu exprimes en commun avec tous les politiciens et tous les sociologues, des monarchistes aux marxistes inclus. Personne ne la conteste, sauf les individualistes intégraux dont je ne suis pas. Cependant, je comprends ceux-ci dès qu’il s’agit, comme tu le dis, “ d’accepter d’entrer dans une communauté ”, car “ accepter ” c’est avoir la liberté du choix. Mais ces individualistes n’intéressent qu’eux-mêmes, sinon ils rentrent dans la règle en constituant entre eux des associations d’égoïstes selon Stirner. Là aussi un contrat s’impose, mais différent de celui des anarchistes communistes. Il s’agit donc de savoir, compte tenu des nuances au sein de chaque tendance générale, si ces anarchistes peuvent ou non cohabiter dans une même fédération. J’y reviendrai.

Résolvons d’abord le problème du comportement et de l’action, non pas dans une association “ choisie ”, mais dans “ la ” société qui est ce qu’elle est, composée d’hommes qui sont ce qu’ils sont et où, nolens volens, les anarchistes sont inclus. Nous nous efforçons d’agir sur les évolutions de cette société (et dans ses révolutions qui en sont les accidents intermittents) aux fins de promouvoir un milieu où l’individu puisse jouir d’un maximum de liberté compatible avec la nature des choses et développer les facultés qu’il détient en potentiel. Tous les anarchistes sont d’accord sur cette définition. Ils divergent quant aux moyens.

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Les communistes libertaires s’associent en vue de faire une propagande et de mener une action révolutionnaire dont l’aboutissement serait une très éventuelle société anarchiste. Une telle action implique, ainsi que tu le soulignes, une discipline acceptée permettant une cohésion et une cohérence. À la vérité, ce serait là un parti. Tu t’en défends en précisant que dans un tel groupement anarchiste la majorité n’impose pas ses décisions à la minorité. Fort bien. Dis-moi seulement ce que deviennent la cohésion et la cohérence ? Dans la pratique j’ai constaté que les zizanies se manifestent davantage entre communistes qu’entre communistes et individualistes.


Il ressort de cela qu’une société libertaire — très éventuelle — serait une société comme une autre. Elle brimerait ses minorités selon le principe d’un abandon nécessaire — et non plus accepté — d’une partie de leur liberté. Il y aurait contrainte inéluctablement par référence au bien commun. Air connu.

Je suis donc plus logique que ne le sont les communistes libertaires lorsque je dis, après et avec Proudhon , que “ la communauté est le pire des tyrans ”. Cependant, comme toute société est une communauté, si je me défends contre elle en tant qu’anarchiste, je participe, en tant que partie prenante, à ses activités et à ses évolutions. D’où ma définition d’un anarchisme social à quoi j’ajoute cette précision que l’anarchisme est à mon sens une constante et non pas une fin. Je serais opposant dans une société dite libertaire.

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À cela tu réponds que l’anarchisme social “ est une formule creuse : il n’y a pas de synthèse possible entre le socialisme et l’individualisme ”. Je te rétorque qu’il est assez probable que la synthèse soit malaisée avec les théories socialistes. C’est bien pourquoi je constate que beaucoup de libertaires sont plus socialistes qu’anarchistes. Ce fait — qui te chiffonne — est confirmé par tel ou tel écrivain communiste ou socialiste libertaire qui ne veut pas ou ne veut plus de la désinence anarchiste.

En revanche, la synthèse entre l’individualisme de la vie personnelle et les conditions de la vie sociale n’est pas seulement possible, elle existe. Cette formule “ creuse ”, je l’ai personnellement remplie durant cinquante ans de vie individuelle strictement anarchiste (puisque je lui ai sacrifié mes intérêts professionnels) et d’activités sociales ininterrompues. J’ai milité en tant qu’anarchiste, pour des causes touchant la liberté, dans des organisations où je me rencontrais avec des tenants d’opinions opposées. Ainsi me suis-je rencontré sur une tribune avec des prêtres que je combattais à d’autres tribunes, avec Marc Sangnier que j’attaquais dans un livre, avec le capitaliste Lemaigre-Dubreuil et un futur ministre marocain pour la cause anticolonialiste, avec François Mauriac même et, contre la peine de mort, avec des prélats et d’anciens ministres, sans parler du Club du Faubourg, de la libre pensée, du nudisme intégral, de la démographie, de la contraception. Louis Lecoin n’a-t-il pas fait de même pour l’objection de conscience ? Voilà un creux assez bien rempli.

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Il va de soi qu’il n’est pas de formule qu’un anarchiste puisse prendre à la lettre. Je ne suis pas le dernier à nuancer sans cesse mes positions dans la pratique. Il s’ensuit qu’un fédéralisme proprement anarchiste constitue un amalgame de tendances ou, plus exactement, un organisme de liaison pour tout ce qui ressortit à une action commune et, par la voie des congrès, un moyen de contacts, les diverses tendances accomplissant chacune, parallèlement, sa propre propagande.

La voie que je propose vaut ce qu’elle vaut. Elle a pour elle de m’avoir maintenu dans une philosophie de vie anarchiste quand tant d’autres s’en éloignaient.

Février 1967.


Relativité de l’autorité et de la hiérarchie

( Lettre à André Arru )


Il faut d’abord définir le sens que l’on adopte dans l’emploi du vocable anarchisme. Pour Proudhon et pour les fédéralistes dissidents de la Première Internationale, il s’agit bien d’une société sans gouvernement, à la lettre : sans chef. Les réalités ont assoupli cette vue qui devint l’objet tout théorique d’un monde à construire. Les divers systèmes envisagés (sauf chez Stirner qui n’a de plan d’aucune sorte) ont abouti à reconstituer le gouvernement et l’État sous le maquillage, fait de bonne foi, d’autres noms : communes, associations mutualistes et syndicales, fédérées et confédérées, avec des comités élus (parlements), des bureaux et des secrétaires responsables (gouvernements). (1)

L’expérience des révolutions du XXe siècle a fait comprendre ce que deviendrait, après une révolution accomplie selon ces vues, l’esprit libertaire. Il y a généralement accord sur ce point chez les anarchistes d’obédience individualiste et chez beaucoup d’autres.

Je tourne donc la page et je donne un autre sens au vocable anarchisme. Je reviens à l’étymologie : arkhè, principe, primauté, et arkhein, commander, donc le commandement des premiers ayant pouvoir sur tout. L’anarchisme devient le refus de ce commandement des premiers considérés comme premiers en toutes choses. Ce principe est contraire au fait de la hiérarchie discriminatoire des valeurs diverses dans leur qualité propre et dans leur répartition. L’anarchisme ramène la fonction de gouvernement aux limites de son utilité et les agents du pouvoir chacun dans le cadre de son emploi, tout ce qui peut être fait par ententes des intéressés étant régi par contrats libres, le pouvoir ne veillant qu’à la loyauté de l’exécution. (Cf. “ L’Homme et la Propriété”.) La conception de la hiérarchie apparaît ainsi non comme une gradation mais comme une division, voire une dispersion des pouvoirs. Exactement le contraire de ce que l’on m’impute.

Quant à l’autorité (kratos), c’est le pouvoir. On peut discuter des qualités et des défauts réciproques de l’aristocratie et de la démocratie. L’une et l’autre sont autorité et nous sommes d’accord — du moins entre opposants à la dévotion aux systèmes — sur l’illusion d’une société qui serait organisée, si l’on peut ainsi dire, sans autorité d’aucune sorte. Donc, jusqu’à nouvel ordre, l’autorité est un fait, quelque forme qu’on lui donne ou que l’on subisse. Nous sommes également d’accord, parce que ce sont des constatations, que si elle est utilisée abusivement par les “ kratos ” contre la liberté, elle n’en est pas moins nécessaire à la défense de celle-ci contre les forbans, petits et grands, et contre les aspirants au “ kratos ” absolu.

Par conséquent le problème n’est pas — du moins avant longtemps — de supprimer l’autorité mais de l’empêcher d’abuser et de la désacraliser. En principe, la lutte contre les abus est dévolue aux groupements d’opposition (partis, syndicats, associations). Ce rôle est mal tenu parce que les oppositions sont d’intérêt ou d’ambition, ou d’idéologie sectaire. Elles ne tendent le plus souvent qu’à une substitution. D’où les conflits sociaux et les propagandes révolutionnaires.

Qui peut impulser ces oppositions dans le sens le meilleur, dénoncer aux militants les palinodies de leurs chefs, dénoncer les carences des uns et des autres, si ce ne sont les anarchistes ? Tel est, à mon sens, leur rôle. Ce rôle peut être souvent déterminant, à condition qu’on soit un certain nombre à le tenir et de ne jamais oublier que c’est avec les “ autres ” que l’action est possible et que le succès ne peut et ne doit apporter aux anarchistes que des satisfactions morales. Tout autrement, on deviendrait un parti avec toutes les palinodies que cela comporte. On ne serait plus anarchiste.

Pour conduire une action contre l’autorité, il n’est pas besoin de nier celle-ci. Cette négation contrarie une évidence et diminue le crédit des anarchistes. Il est moins indiqué encore de prétendre à une révolution anarchiste dont nous savons — si tant était qu’on l’a pût faire — qu’elle débuterait par un autoritarisme. (Cf. “ L’Anarchisme et le Réel ”.)

Venons-en à la hiérarchie. Sans reprendre les définitions données dans les livres de la série, je retiens et soutiens que dans l’ordre des valeurs morales un anarchiste s’efforce de parvenir au sommet. Cela ne lui confère aucun droit sinon celui de se faire respecter. Si on lui refuse, par conformité au dogme du refus absolu de toute autorité, une supériorité de valeur morale en ne lui laissant que le droit d’affirmer sa personnalité, on le ramène au niveau de tout individu capable de s’affirmer dans sa personnalité propre, celle d’un arriviste des affaires, par exemple, ou du proxénétisme, ou du hold up. Au mieux, et encore est-ce sous condition d’un critère moral, on en vient au niveau de l’ambitieux de renommée, voire de bonne renommée. Alors, à quoi bon se créer des difficultés lorsqu’il est si simple d’être quelque chose dans les sociétés de bienfaisance de cent espèces ? C’est bien par conviction, par réflexion sur les éthiques et par choix d’une des valeurs de l’éthique que l’on pense, vit et agit en anarchiste. C’est donc bien selon un critère de valeur que l’on se détermine. Cela ne signifie pas une supériorité absolue sur d’autres valeurs morales. Cela précise qu’il est une hiérarchie des comportements.

Conclusion. — Le terme hiérarchie (ordre du sacré) étant depuis longtemps usité dans une acception extensive, il n’y a pas de raison d’en changer. Je substitue donc à la hiérarchie des individus et des castes ou des catégories une hiérarchie des capacités et des valeurs comme telles. De ce fait, chaque individu, lorsqu’il est en situation d’exercer un pouvoir, nécessaire ou utile, n’exerce pas ce pouvoir en tant que personne mais en tant que détenteur d’une capacité ad hoc. Son autorité ne dépasse pas l’objet de la capacité, dans la limite de la responsabilité que comporte son exercice.

Sur le plan de la valeur morale, le meilleur n’a de pouvoirs que ceux qui lui sont consentis bénévolement en tant qu’il est un exemple. Cette sorte d’autorité ne s’impose pas et moins encore si elle est une valeur morale anarchiste. C’est manifester sa propre valeur de caractère et d’honnêteté que de la reconnaître chez un autre. Cela n’interdit pas de noter les failles qu’elle comporte. Toutefois, il est bien de ne pas exploiter mesquinement ces failles. Il suffit de les connaître afin d’en tenir compte au besoin.

3 avril 1964.

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(1) Les associations d’égoïstes selon Stirner n’ont rien d’un système social. On trouve chez Proudhon et chez Kropotkine des textes où il est question de réformer ou de contenir l’État et non plus de le supprimer. Je cite de ces textes dans les ouvrages de la série.



De l’objectivisme anarchiste et du rationali


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