Un mois de résistance de la part de plus d'un demi millier de familles
exclues de l'Etat argentin qui supportent des agressions constantes de
la gendarmerie, de la police et des hommes de main payés par ACUBA
(Association de Tanneurs de la province de Buenos Aires) en claire
complicité avec la municipalité du vieux et néfaste Manuel Quindimil,
qui est à la tête de Lanus depuis 34 ans.
600 familles résistent l'expulsion Entre la lutte et la dignité

Entretien de deux participants de l'occupation, membres de la
commission d'occupation, Sanchez Maria Rosa et Lopez Diego, réalisé le
21 mars :
Desalambrando : - Cela fait combien de temps qu'a commencé
l'occupation ? Sanchez Marie Rosa : - il y a un mois, le 23 février. On
a d'abord prit le terrain parce que les gens ont besoin d'un endroit où
vivre ; et ce terrain est une décharge qui fonctionnait aussi comme
casse. Pour les voisins et pour nous, ça nous sert à rien d'avoir ça
là, alors on a préféré prendre le terrain pour les gens qui en ont
besoin. Ici avant il y avait des murs qui clôturaient la décharge qui
s'écroulaient tout le temps et ils y mettaient des autos volées et un
tas de choses que maintenant vu que les gens occupent ils ne font plus.
D : - Combien de gens vivent ici en ce moment ? SMR : en tout ce sont 600 familles.
D : - A qui appartient le terrain de la décharge ? SMR : - Il est au nom d'ACUBA.
D : - Ont-ils essayé de vous expulser ? SMR : - Oui. Ils sont venus
avec la gendarmerie. Il n'y a pas eu de blessés parce que nous voulions
que ce soit pacifique. Mais ensuite ACUBA a payé des hommes de main, et
de plus la gendarmerie est présente en permanence et gêne les gens,
agresse, passe et donne des coups de pied à la maison, et beaucoup plus
de choses. Elle agresse les gens parce qu'elle sait qu'ils ne vont pas
réagir.
D : - Vous les connaissez ces hommes de main ? SMR : - Si, bien sûr.
Parce que d'abord ils étaient dans l'occupation et après comme ils ont
reçu de l'argent, ils sont du côté d'ACUBA et agressent les gens. Pour
l'instant verbalement, non physiquement.
D : - Est-ce que vous vous êtes plaint à la Municipalité ? Lopez Diego : - Les gens y sont allés mais ils s'en foutent.
D : - Croyez vous que la municipalité soit complice d' ACUBA ? LD :
- Si, parce que monsieur Torres en plus d'être le vice-président
d'ACUBA, est aussi secrétaire des services sociaux a la municipalité.
D : - A partir de maintenant, quel va être le plan de lutte ? LD : -
Pour le moment on a mis en place une commission provisoire pour lutter
pour tous les gens qui ont besoin, et aussi pour rechercher des
ressources de tous les côtés. Aussi voir la possibilité d'obtenir
l'accès à l'eau.
D : Et comment voyez-vous la suite des évènements ? SMR : Dure,
assez dure, parce que nous avons constamment la gendarmerie qui fait
des rondes et nous gêne, qui provoque pour qu'il y ait de la violence,
piège dans lequel nous ne voulons pas tomber parce que nous savons que
c'est ce qu'ils cherchent.
D : A part la décharge, ACUBA a un projet pour le terrain ? SMR :
Ils veulent y mettre une tannerie, ce qui est toxique pour les gens qui
vivent autour. Si tu parcours la zone, tu vas voir des enfants avec des
problèmes de santé, avec des boutons et des problèmes d'asthme, parce
que nous avons déjà une tannerie derrière la décharge. LD : Parce
qu'ils utilisent une espèce de teinture et cela affecte la santé des
gens. Il y a déjà une femme affectée, elle s'appelle Liliana, et a des
problèmes respiratoires. SMR : Et nous nous sommes plaint à la
Municipalité et ils ne font rien parce qu'ils sont avec ACUBA. La
gendarmerie est payée par ces gens et non parce que l'ordonne un juge.
Ils sont payés par ACUBA.
D : - Il y a donc la Gendarmerie pour expulser et les hommes de main
pour effrayer. SMR : - Bien sûr, ils m'ont insulté plusieurs fois.
D : - Comment cela est-il arrivé ? SMR : Parce que nous ne voulons
pas parler à ces gens, parce que nous n'avons rien à leur dire. Ils ne
vont pas nous donner de solution. C'est à partir de là que commencent
les agressions.

D : - Comment gérez-vous la question de la sécurité ? SMR : - La
seule chose que nous avons est la résistance. Aujourd'hui nous avons
porté plainte en racontant toutes les agressions qu'ils nous ont
faites, et nous allons voir s'il se passe quelque chose. Pendant ce
temps, nous on doit arranger le lieu, retirer les montagnes d'ordures,
remplir les lagunes, comme vous l'avez vu.
D : - Concrètement, quelles sont vos revendications ? SMR : - Nous
ne demandons même pas tout le terrain et d'ailleurs il n'est pas occupé
entièrement. Nous sommes des gens qui n'avons pas où vivre. LD : - Ce
que nous voulons est un terrain décent pour vivre, pour notre avenir et
l'avenir de nos familles. Par exemple, je vis dans la maison de ma mère
et nous sommes dix depuis plus de vingt ans. La majorité des familles
qui occupent le terrain sont des gens qui habitent en face. Comme je
n'ai pas de moyen pour acheter un terain et que celui-ci est vide...
SMR : - La majorité nous sommes cartoneros, chômeurs, ou faisons des
petits boulots, nous n'avons pas la possibilité d'acheter une maison,
parce que si nous le pouvions nous ne serions pas en train de faire ce
que nous faisons.
D : - Avez-vous eu des problèmes avec des "punteros" politiques
(1) ? LD : - On entend des rumeurs suivant lesquelles ils veulent
entrer mais même la commission ne veut qu'entre aucune banderole
politique. SMR : - Tu sais … c'est toujours la même chose avec les
politiques, ils nous utilisent et après ils nous jettent. LD : - Ils
t'utilisent, te font des promesses. J'ai été un promoteur de Duhalde
(ex gouverneur péroniste de la province de Buenos Aires) et Pierri,
peintre de Quindimil dans ses campagne, j'ai fais parti du Parti
Justicialiste (péroniste) et aujourd'hui je suis à la rue, ils ne me
donnent pas de terrain, ne me donnent pas de travail, ne me donnent
absolument rien. J'ai fais parti de la Jeunesse Péroniste de Lanus et
aujourd'hui comme tu vois, je n'ai pas de terrain, pas de travail,
rien, absolument rien. Qu'est-ce que je peux attendre si vient un
politique me promettre quelque chose. Je ne crois plus en les
politiques.
D : - Comment avez-vous commencé à vous organiser ici ? LD : - Plus
ou moins par hasard, quand les gens ont vu que des personnes dans le
besoin ont commencé à entrer sur le terrain, ils se joint à eux. SMR :
- Aussi le fait qu'ils nous agressaient tous les jours a fait que nous
avons dit, 'bon nous sommes tous ensemble et pensons qu'allaient cesser
les agressions. Mais nous sommes tous ensemble mais des lagunes nous
séparent, lagunes que nous sommes en train de combler, pour que le tout
forme un seul quartier. Et nous allons être tous ensemble jusqu'à la
fin.
D : - Vous envisagez la répression et l'expulsion ? LD : - Ils font
seulement courir des rumeurs, la répression, ce sont ces types payés
par ACUBA. SMR : - Nous sommes dans l'attente de la réaction de la
gendarmerie qui entre sur le terrain, donner des coups de pied aux
maisons et qui va tenter de les abattre, les gendarmes volent les
outils aux gens qui travaillent, qui sont en train de construire leur
maisonnette. C'est pourquoi quand nous voyons quelque chose se produire
nous nous rassemblons pour venir en aide.
D : - Quelle relation avez-vous avec les voisins ? LD : -
Heureusement ils se comportent très bien, il y a des gens qui nous
soutiennent. SMR : - Les seuls qui nous rejettent sont les gens qui
vivent dans le quartier des Tanos, de l'autre côté du terain. Nous
sommes discriminés, ils nous traitent de délinquants, de voleurs.
D : - Vous avez essayer de leur parler ? LD : - Oui mais il n'y a
pas moyen. Parce qu'ils disent qu'ils paient des impôts, alors ils
disent qu'ils ont plus de droit que les pauvres. RMS : - De même
l'unique chose que nous avons, malgré tout, est l'union et la force.
Autant les voisins du quartier des Tanos qu'ACUBA ont tout à leur
faveur, mais nous avons l'union et la force pour gagner ce terrain,
parce que nous en avons besoin.
1- punteros : hommes de main du Parti Justicialiste (péroniste). Ce
parti a développé un clientélisme important, les punteros sont chargés
entre autres « d'acheter » des votes, ils sont le maillage d'un
véritable système de favoritisme politique que l'on pourrait qualifier
de mafieux (à l'image des syndicats d'Al Capone, le principal syndicat
argentin, la CGT, est complètement inféodé au péronisme) (NdT).

Collectif Desalambrando - Presse et Communication de la Fédération d'Organisations de Base (FOB), 21 mars 2007.
Plus de photos : http://amerikenlutte.free.fr/spip.php?article23
Traduction : Fab, [email protected]. http://amerikenlutte.free.fr
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