Le brigadier ne veut rien entendre :
«On ne passe pas !» Seuls les riverains peuvent franchir son
cordon de dix gendarmes qui bloquent l'accès de la rue des
Petites-Ecuries, dans le Xe arrondissement de Paris. Olivier habite
un peu plus loin, rue Martel. Il montre sa carte d'identité. Sans
succès.
«Les personnes qui ont des macarons ne passent pas, persiste
l'officier.
On leur demande de bien vouloir les retirer.» L'objet du
délit s'étale sur la veste de ce jeune et récent militant PS. Un
simple autocollant :
«Sarkozy, ne m'aime pas.» Ça fait quarante minutes qu'Olivier
et son ami attendent pour rentrer chez eux. Ils menacent de porter
plainte pour
«atteinte à la liberté de circulation». Une syndicaliste
patiente depuis une heure et demi.
«Sarko dans le quartier, police partout !» arbore-t-elle sur
la poitrine.
En ce paisible samedi midi, le dispositif mis
en place autour du QG de campagne de Nicolas Sarkozy, rue
d'Enghien, est digne d'une manif d'agriculteurs en colère. Ce
tronçon du Faubourg-Saint-Denis concentre pas moins de six fourgons
et plus de 200 hommes en uniforme. Il a suffi d'un rassemblement de
parents et d'enfants, du Réseau Education sans frontières (RESF),
devant l'école de la rue de Metz, le matin à la sortie des classes,
pour déclencher une mobilisation générale.
«Tout ça pour une centaine d'adultes et une pléthore de gamins,
c'était surréaliste», s'écrie Véronique Dubarry, élue verte de
l'arrondissement. En tant que déléguée à la prévention et à la
sécurité, elle voulait
«avoir une vision nette du déploiement policier». Elle a été
refoulée, elle aussi. Samedi, Nicolas Sarkozy s'est senti obligé de
justifier la présence de tels effectifs policiers :
«Il y a deux manifestations annoncées. Est-ce que vous pensez
que c'est normal qu'on vienne manifester devant un QG de campagne
?»
La grogne ne cesse de monter depuis l'installation du staff
électoral du ministre de l'Intérieur. Des policiers
«déminent» un sac abandonné rue de l'Echiquier, d'autres
verbalisent les automobilistes...
«Aujourd'hui, c'est vraiment dingue !» peste un jeune homme
sur le pas de sa porte.
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