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  Post� le mercredi 21 mars 2007 @ 18:35:40 by AnarchOi
Contributed by: AnarchOi
Révolution(-naires)Source: F�d�ration Anarchiste

La r�volution russe provoqua un traumatisme dans le mouvement libertaire international dont, pensons-nous, il ne s�est pas encore remis.

Le soutien que certains anarchistes russes avaient apport� aux bolcheviks �tait fond� � l�origine sur le rejet par ces derniers de l'h�ritage parlementariste de la social-d�mocratie. Il leur avait tout d�abord sembl� que c'�taient les bolcheviks qui s'�taient ralli�s � leurs positions. Bien que ces illusions furent de courte dur�e, les libertaires russes continu�rent de soutenir le r�gime contre les menaces de r�tablissement de l�ordre ant�rieur.

Il y a cependant un contraste curieux entre la rapidit� et la pertinence avec laquelle les anarchistes analys�rent la nature du r�gime, les r�solutions du mouvement anarcho-syndicaliste en font foi, et l�absence de r�action organis�e et coh�rente du mouvement en Russie, alors m�me que pendant ce temps les libertaires ukrainiens d�veloppaient � la fois une lutte arm�e et des r�alisations constructives au niveau de l�organisation �conomique. Les choses se passent comme si, au sein de l�anarchisme russe, il n�y avait pas eu de relais avec les combats des anarchistes ukrainiens. " Que l�on imagine ce qu�une organisation du type de l�Alliance bakouninienne aurait pu r�aliser, dit Alexandre Skirda : adopter un point de vue g�n�ral, le faire conna�tre, d�finir une ligne de conduite pratique et la mettre en oeuvre. " (1)

L�apr�s-r�volution russe provoqua, directement ou indirectement, dans le mouvement anarchiste et anarcho-syndicaliste international trois types de r�actions.

La synth�se anarchiste

La premi�re fut la " synth�se anarchiste " de S�bastien Faure, reprise par Voline. Constatant les divisions internes, tant th�oriques qu�organisationnelles, du mouvement anarchiste en Russie, Voline propose une synth�se des diff�rents courants du mouvement : anarchiste-communiste, anarcho-syndicaliste, individualiste (2). Ces courants sont apparent�s et proches les uns des autres, dit Voline, ils n�existent qu'� cause d�un malentendu artificiel. Il faut donc faire une synth�se th�orique et philosophique des doctrines sur lesquelles ils reposent, apr�s quoi on pourra en faire la fusion et envisager la structure et les formes pr�cises d�une organisation repr�sentant ces trois tendances.

Le premier commentaire qu�on pourrait faire est que l�approche de Faure et de Voline ressemble fort � de l'�clectisme, c�est-�-dire cette d�marche qui consiste � prendre dans diverses doctrines ce qu�elles sont cens�es avoir de meilleur en laissant le reste, et � en faire un " cocktail ". Cette d�marche, que Bakounine attaque f�rocement chez Victor Cousin, est qualifi�e de " plat m�taphysique " et de " vinaigrette philosophique ".

Ensuite, une synth�se n�est pas une fusion. Faire la synth�se de plusieurs id�es consiste � envisager ce qu�elles ont de commun, d�oppos�, et ensuite de d�passer ces concordances et ces oppositions. Une synth�se, c�est quelque chose d�autre, diff�rent en nature, des �l�ments qui la composent. Si une synth�se des �l�ments qui composent l�anarchisme �tait envisageable, on n�aurait pas une adjonction de ces �l�ments qui cohabiteraient gr�ce � la " tol�rance " qu�ils auraient l�un pour l�autre, mais quelque chose d�essentiellement diff�rent, ce qui n�a jamais �t� le cas dans les organisations se r�clamant de la synth�se.

La plate-forme d�Archinov

Si Archinov ne fut pas le seul � s�interroger sur l'�chec du mouvement anarchiste russe, il fut l�un des seuls � tenter d�en tirer les conclusions pratiques. Il fit en tout cas une critique impitoyable du mouvement. Certes, Archinov fait le constat qu'" aucune th�orie politico-sociale n�aurait pu se fondre aussi harmonieusement avec l�esprit et l�orientation de la r�volution. Les interventions d�orateurs anarchistes en 1917 �taient �cout�es avec une confiance et une attention rare par les travailleurs ". Mais, dit-il, " il aurait pu sembler que l�union du potentiel r�volutionnaire des ouvriers et des paysans, et de la puissance id�ologique et tactique de l�anarchisme, repr�senterait une force � laquelle rien n�aurait pu s�opposer. Malheureusement, cette fusion n�eut pas lieu. Des anarchistes isol�s men�rent parfois une activit� r�volutionnaire intense au sein des travailleurs, mais il n�y eut pas d�organisation anarchiste de grande ampleur pour mener des actions plus suivies et coordonn�es (en dehors de la Conf�d�ration du Nabat et de la Makhnovchtchina en Ukraine). Seule une telle organisation aurait pu lier id�ologiquement les anarchistes et les millions de travailleurs. " (3)

Malheureusement, dit encore Archinov, les anarchistes se born�rent pour la plupart � des activit�s limit�es de petits groupes, ils ne sortirent pas de leur coquille groupusculaire, " au lieu de s�orienter vers des actions et des mots d�ordre politiques de masse ". Ils pr�f�r�rent " se noyer dans la mer de leurs querelles intestines " et ne tent�rent pas une seule fois " de poser et de r�soudre le probl�me d�une politique et d�une tactique communes de l�anarchisme ". " Par cette carence, ils se condamn�rent � l�inaction et � la st�rilit� pendant les moments les plus importants de la R�volution sociale ".

Les causes de cet �tat catastrophique r�sident dans l'�parpillement du mouvement, la d�sorganisation, l�absence d�une tactique collective qui ont presque toujours " �t� �rig�s en principes chez les anarchistes ". Cette exp�rience tragique a " men� les masses laborieuses � la d�faite ". Les masses laborieuses sont instinctivement attir�es par l�anarchisme, " mais elles n'oeuvreront avec le mouvement anarchiste que lorsqu�elles seront convaincues de sa coh�rence th�orique et organisationnelle ".

Dans un autre texte, Archinov r�fute l�id�e que seule la r�pression du pouvoir a emp�ch� l�anarchisme de se d�velopper en Russie. La r�pression bolchevique ne fut qu�une des causes, l�autre �tant " l�absence d�un programme pratique d�termin� au lendemain de la r�volution " (4).

R�fugi� � Berlin, Archinov �dite Le Messager anarchiste, en russe, dont sept num�ros paraissent entre 1923 et 1924. Makhno et Archinov d�cident de s�installer � Paris o� ils fondent la revue Dielo Trouda. En 1926, ils publient un projet de plate-forme organisationnelle pour une Union g�n�rale des anarchistes, connue sous le nom de " plate-forme d�Archinov ", mais qui est l'oeuvre d�un collectif de militants. Toute la production du groupe � l'�poque va consister � faire l�analyse critique de l�intervention des anarchistes pendant la r�volution et � proposer des solutions, valables non seulement pour la Russie mais aussi pour le mouvement international. La principale raison de l'�chec du mouvement anarchiste r�side dans " l�absence de principes fermes et d�une pratique organisationnelle cons�quente ". C�est pourquoi il est indispensable que soit �labor� un programme homog�ne et coh�rent.

La plate-forme se subdivise en trois parties :

  • Une partie g�n�rale �tablissant les principes fondamentaux du communisme libertaire ;
  • Une partie constructive concernant les probl�mes de la production, de la consommation, de la d�fense de la r�volution;
  • Une partie consacr�e aux principes g�n�raux de l�organisation anarchiste, la n�cessit� de la coh�rence id�ologique, tactique, la responsabilit� collective, le f�d�ralisme, etc.

Malatesta r�digea une R�ponse � la plate-forme dans laquelle il d�clare que les camarades russes sont " obs�d�s du succ�s des bolchevistes dans leur pays ; ils voudraient, � l�instar des bolchevistes, r�unir les anarchistes en une sorte d�arm�e disciplin�e qui, sous la direction id�ologique et pratique de quelques chefs, march�t, compacte, � l�assaut des r�gimes actuels et qui, la victoire mat�rielle obtenue, dirige�t la constitution de la nouvelle soci�t� " (5).

Les opposants � la plate-forme font en r�alit� une confusion. Pour quiconque ne se contente pas d'�-peu-pr�s et de pr�jug�s, et se donne la peine d�entrer dans le syst�me bolchevik pour le comprendre, il n�y a aucune possibilit� de l�assimiler aux positions d�fendues par Archinov et Makhno, quelles que soient les divergences qu�on puisse avoir avec ces militants par ailleurs. Il y a cependant un point de rencontre, qui ne tient pas � la similitude essentielle des deux optiques, mais � la similitude des conditions objectives � partir desquelles ces deux optiques ont �t� �labor�es, c�est-�-dire une soci�t� semi-f�odale sous-industrialis�e. Bolchevisme et " plate-formisme " sont tous deux le produit d�un m�me environnement, ce qui ne signifie en rien qu�ils sont �quivalents, mais signifie � coup s�r qu�ils sont inad�quats � une soci�t� industrielle d�velopp�e et � une classe ouvri�re nombreuse et organis�e. Il y a de fortes probabilit�s que le " plate-formisme ", s�il �tait devenu h�g�monique dans la classe ouvri�re occidentale, lui aurait fait subir une r�gression de m�me ampleur que ne l�a fait le bolchevisme.

Les r�ponses � la plate-forme

Ce sont essentiellement les principes organisationnels de la plate-forme qui choqu�rent les principaux porte-parole du mouvement anarchiste europ�en, principes pourtant tr�s vaguement expos�s. Archinov d�clare en effet qu�il " ne peut y avoir de droits sans obligations, comme il ne peut y avoir de d�cisions sans leur ex�cution ". Le fait qu�une d�cision doive �tre appliqu�e une fois qu�elle a �t� collectivement d�cid�e semble �tre compris comme une atteinte � la libert� et � l�ind�pendance individuelle. Le principe de la responsabilit� collective est f�rocement attaqu�, c�est-�-dire l�id�e que chaque militant de l�organisation repr�sente cette organisation dans ses actes et est responsable devant elle, de m�me que l�organisation est l�expression des militants individuels.

Une relecture attentive de la " plate-forme " ne r�v�le rien que de tr�s banal pour quiconque est adh�rent d�une banale association, rien qui pr�te � la diabolisation. L�insistance d�Archinov sur le fait que la " plate-forme " �tait un projet n�gociable dont certains aspects pouvaient �tre adapt�s aurait pu rassurer les anarchistes de l'�poque. L'historien qui s�interrogera sur le rejet de cette plate-forme par le mouvement anarchiste des ann�es 20 devra sans doute examiner de pr�s quelle �tait la composition sociologique du mouvement � l'�poque, � quelle type d�activit� il se consacrait, et dans quels milieux. Le militant qui relit ce document aujourd'hui se pla�t � se demander pourquoi diable Archinov et Makhno se sont exil�s en France plut�t qu�en Espagne (6)...

La d�marche d�Archinov appara�t incontestablement comme une r�action de classe d�un militant ouvrier r�volutionnaire face � des petits-bourgeois : dans le num�ro 23-24 de la revue, il �crit que " les auteurs de la plate-forme partaient du fait de la multiplicit� des tendances contradictoires dans l�anarchisme, non pas pour se donner la t�che de les unir en un tout, ce qui est absolument impossible, mais d�effectuer une s�lection id�ologique et politique des forces homog�nes de l�anarchisme et en m�me temps de se diff�rencier des �l�ments chaotiques, petits-bourgeois (lib�raux) et sans racines de l�anarchisme ".

L�accent mis sur l�aspect " autoritaire ", sur l�essence " bolchevique " de la plate-forme masque son contenu r�el. Partisans de la plate-forme et partisans de la synth�se, focalis�s sur les divergences qui les opposaient, ont ainsi �vit� de constater certains points essentiels qui les unit et sont ainsi pass�s � c�t� du v�ritable d�bat. En somme les d�saccords entre partisans de la plate-forme et les partisans de la synth�se sont moins grands que ce qui les unit.

Ainsi, Malatesta reconna�t qu�il est " urgent que les anarchistes s�organisent pour influer sur la marche que suivent les masses dans leur lutte pour les am�liorations et l'�mancipation " ; il reconna�t �galement que " la plus grande force de transformation sociale est le mouvement ouvrier (mouvement syndical) " et que " de sa direction d�pend, en grande partie, le cours que prendront les �v�nements et le but auquel arrivera la prochaine r�volution ". C�est pourquoi " les anarchistes doivent reconna�tre l�utilit� et l�importance du mouvement syndical, ils doivent en favoriser le d�veloppement et en faire un des leviers de leur action ". Mais, dit Malatesta, " ce serait une illusion funeste que de croire, comme beaucoup le font, que le mouvement ouvrier aboutira de lui-m�me, en vertu de sa nature m�me, � une telle r�volution ". Il en d�coule " la pressante n�cessit� d�organisations proprement anarchistes, qui, � l�int�rieur comme en dehors des syndicats, luttent pour l�int�grale r�alisation de l�anarchisme et cherchent � st�riliser tous les germes de corruption et de r�action ".

La plate-forme ne dit rien d�autre. " En unissant les ouvriers sur la base de la production, le syndicalisme r�volutionnaire, comme du reste tout groupement professionnel, n�a pas de th�orie d�termin�e ; il n�a pas une conception du monde r�pondant � toutes les questions sociales et politiques compliqu�es de la r�alit� contemporaine. Il refl�te toujours l�id�ologie de divers groupements politiques, de ceux notamment qui oeuvrent le plus intens�ment dans ses rangs. " C�est pourquoi les auteurs de la plate-forme estiment que " les anarchistes doivent participer au syndicalisme r�volutionnaire comme l�une des formes du mouvement ouvrier r�volutionnaire ". " Consid�rant le syndicalisme r�volutionnaire uniquement comme un mouvement professionnel de travailleurs n�ayant pas une th�orie sociale et politique d�termin�e et, par cons�quent, �tant impuissant � r�soudre par lui-m�me la question sociale, nous estimons que la t�che des anarchistes dans les rangs de ce mouvement consiste � y d�velopper les id�es libertaires, � le diriger dans un sens libertaire, afin de le transformer en une arm�e active de la r�volution sociale ".

De leur c�t� les anarcho-syndicalistes ne niaient pas qu�un mouvement syndical sans doctrine n'�tait qu�une masse de manoeuvre pour les organisations politiques. Ils proposaient un autre mod�le, fond� sur un autre type de rapport entre minorit� r�volutionnaire et organisation de classe. Ce mod�le existait d�j� depuis 15 ans en Espagne, et il �tait en train de se mettre en place en France pr�cis�ment au m�me moment o� la plate-forme d�Archinov �tait publi�e. Ce mod�le �tait fond� sur le constat que le mouvement anarchiste ne peut avoir une existence de masse que lorsqu�il cr�e lui-m�me une organisation de masse.

La r�ponse syndicale

Des syndicalistes r�volutionnaires et des anarcho-syndicalistes contribueront � la formation du parti communiste en France. Certains d�entre eux le quitteront assez rapidement. Monatte, Rosmer et Delagarde seront exclus en d�cembre 1924. Il faut garder � l�esprit un fait qui a �t� peu soulign� : pour beaucoup, la r�volution russe �tait le pr�lude � l�extension de la r�volution en Europe. Dans cette perspective, soutenir la r�volution russe, quel qu�en f�t le caract�re, �tait vital. " La r�volution cessera bient�t d'�tre russe pour devenir europ�enne ", �crit Monatte � Trotski le 13 mars 1920. Tom Mann, un syndicaliste r�volutionnaire britannique (et fondateur en 1921 du parti communiste britannique), dira les choses clairement : " Bolchevisme, spartakisme, syndicalisme r�volutionnaire, tout cela signifie la m�me chose sous des noms diff�rents. " Nombre de militants syndicalistes r�volutionnaires ne virent pas de diff�rence entre les soviets et les bourses du travail, qui de fait remplissaient le m�me office : rassembler les travailleurs, et par extension la population laborieuse d�une localit� sur des bases interprofessionnelles.

Il y avait, outre l�anti-parlementarisme (7), nombre de similitudes entre les positions du syndicalisme r�volutionnaire et celles des bolcheviks, qui expliquent l�adh�sion de certains militants au communisme. Ces similitudes seront surtout soulign�es par les bolcheviks eux-m�mes, soucieux d�attirer � eux les militants ouvriers les plus actifs. Charbit, Hasfeld, Martinet, Monatte, Monmousseau, Rosmer, S�mard et d�autres en firent partie. Dire, avec Brupbacher, que le syndicalisme r�volutionnaire accomplit son suicide est exag�r�. Si ces militants ont manqu� de discernement, c�est l� une chose qu�on peut difficilement leur reprocher. Il reste que ce manque de discernement n'�tait pas une fatalit� : Gaston Leval, se rend � Moscou en 1921 comme d�l�gu� adjoint de la C.N.T. espagnole pour prendre part au congr�s constitutif de l�Internationale des syndicats rouges. Ce qu�il voit en Russie, il est vrai qu�il ne s�est pas content� de suivre les parcours fl�ch�s officiels, le persuade que la r�volution se d�voie vers une dictature de parti (8). Le rapport qu�il fera au congr�s de Saragosse en 1922 persuadera la C.N.T. de ne pas adh�rer � l�Internationale syndicale rouge, ce qui �vitera � celle-ci le processus de " bolchevisation " subi par d�autres centrales syndicales europ�ennes. En 1922 se constituera, en concurrence de l�Internationale syndicale rouge, l�A.I.T. seconde mani�re.

On peut dire que c�est l�acc�l�ration de l'histoire, cons�cutive � Octobre, qui a impos� aux diff�rents courants pr�sents dans le mouvement ouvrier de se d�marquer clairement. Si on peut regretter que l�anarcho-syndicalisme et le syndicalisme r�volutionnaire n�aient pas conserv� leur position dominante en France, sur le plan international la situation �tait tr�s encourageante : l�A.I.T. avait des sections dans 24 pays et regroupait des millions de travailleurs. Son d�clin est moins le r�sultat d�une pr�tendue inadaptation aux temps nouveaux que la cons�quence des massacres de la guerre, du fascisme, du nazisme et du stalinisme.

Apr�s l�assassinat de syndicalistes par des communistes, � la maison des syndicats � Paris, le 11 janvier 1924, des anarcho-syndicalistes et des syndicalistes r�volutionnaires s�engag�rent dans la formation d�une nouvelle centrale syndicale, la C.G.T.-S.R. Les Unions d�partementales de la Somme, de la Gironde, de l�Yonne, du Rh�ne, la f�d�ration du b�timent, se group�rent dans une Union f�d�rative des syndicats autonomes de France, puis se conf�d�r�rent les 1er et 2 novembre 1926 � Lyon.

La nouvelle organisation conteste l�id�e de neutralit� syndicale telle qu�elle est affirm�e dans la charte d�Amiens, notamment le paragraphe o� " le congr�s affirme l�enti�re libert� pour le syndiqu� de participer, en dehors du groupement corporatif, � telles formes de lutte correspondant � sa conception philosophique ou politique, se bornant � lui demander en r�ciprocit� de ne pas introduire dans le syndicat les opinions qu�il professe au dehors. "

La C.G.T.-S.R. d�sormais affirme la n�cessit�, pour le syndicalisme, non seulement de se d�velopper hors des partis politiques, mais contre eux. Cette attitude est en quelque sorte l'�cho des conditions d�admission � l�Internationale communiste qui pr�conisaient la constitution de fractions communistes dans les syndicats afin d�en prendre la direction. La constitution de la C.G.T.-S.R. est incontestablement la r�ponse de l�anarcho-syndicalisme aux conditions nouvelles cr��es par le nouveau r�gime bolchevique ; elle est �galement le pendant des tentatives faites par la plate-forme d�Archinov d�adapter le mouvement libertaire � ces nouvelles conditions. Il est significatif que la plate-forme d�Archinov et la charte de la C.G.T.-S.R. datent de la m�me ann�e : les deux documents sont ins�parablement li�s et devraient �tre analys�s en parall�le, comme deux r�ponses au m�me probl�me.

La charte de Lyon de la C.G.T.-S.R. affirme que le syndicalisme est " le seul mouvement de classe des travailleurs " : " l�opposition fondamentale des buts poursuivis par les partis et les groupements qui ne reconnaissent pas au syndicalisme son r�le essentiel, force �galement la C.G.T.-S.R. � cesser d�observer � leur �gard la neutralit� syndicale, jusqu�ici traditionnelle ".

Les documents de constitution de la C.G.T.-S.R. offrent une v�ritable r�flexion sur le contexte de l'�poque, notamment sur la crise mondiale qui se pr�pare, sur la mont�e du fascisme (ce que ne fait pas la plate-forme d�Archinov), et formulent un v�ritable programme politique. Avec son comit� conf�d�ral national, sa commission administrative, son bureau et ses deux secr�taires, elle devait elle aussi appara�tre comme particuli�rement " autoritaire " � certains anarchistes.

Une tactique r�volutionnaire est esquiss�e concernant les rapports avec les autres forces r�volutionnaires, � la fois dans l�action revendicative quotidienne et en cas de r�volution. Un programme revendicatif est propos�, qui s�inscrit � la fois dans le cadre de revendications quotidiennes tout en pr�sentant un caract�re de pr�paration � la transformation sociale. On retrouvera, curieusement, les principaux th�mes, r�adapt�s �videmment, de ce programme revendicatif dans... le programme de transition de Trotski, dix ans plus tard !

Sur cette p�riode, A. Schapiro �crivit en 1937 : " La grande guerre balaya la charte du neutralisme syndical. Et la scission au sein de la Premi�re internationale entre Marx et Bakounine eut un �cho � la distance de presque un demi-si�cle dans la scission historiquement in�vitable au sein du mouvement ouvrier international d�apr�s-guerre. Contre la politique de l�asservissement du mouvement ouvrier aux exigences de partis politiques d�nomm�s "ouvriers", un nouveau mouvement, bas� sur l�action directe des masses en dehors et contre tous les partis politiques, surgissait des cendres encore fumantes de la guerre 1914-1918. L�anarcho-syndicalisme r�alisait la seule conjonction de forces et d'�l�ments capables de garantir � la classe ouvri�re et paysanne sa compl�te ind�pendance et son droit in�luctable � l�initiative r�volutionnaire dans toutes les manifestations d�une lutte sans merci contre le capitalisme et contre l'�tat, et d�une r��dification, sur les ruines des r�gimes d�chus, d�une vie sociale libertaire. "

Le d�bat reste ouvert sur la question du mode d�intervention des libertaires, qu�ils soient anarcho-syndicalistes ou anarchistes-communistes. L�exp�rience historique de la social-d�mocratie et du l�ninisme a disqualifi� ces deux mouvements dans leurs tentatives de proposer une alternative au capitalisme.

Quatre-vingts ans apr�s Octobre, cinquante ans apr�s la charte de la C.G.T.-S.R. et la plate-forme d�Archinov, les circonstances imposent que le mouvement ait une apparition propre, au grand jour, comme alternative � la politique social-d�mocrate r�formiste ou radicalis�e, au syndicalisme r�formiste, int�gr� � l'�tat et domin� par des partis politiques. La r�volution de demain ne sera ni la r�p�tition de la r�volution russe ni celle de la r�volution espagnole. La soci�t� capitaliste a subi des transformations qui rendent impossible de telles �ventualit�s. Il n�y a plus de palais d'Hiver � prendre et, d�autre part, il n�y a plus d�organisation r�volutionnaire de masse proposant un mod�le de soci�t� dans lequel le prol�tariat se reconnaisse. Bakounine disait que le socialisme " ne trouve une r�elle existence que dans l�instinct r�volutionnaire �clair�, dans la volont� collective et dans l�organisation propre des masses ouvri�res elles-m�mes, et quand cet instinct, cette volont�, cette organisation font d�faut, les meilleurs livres du monde ne sont rien que des th�ories dans le vide, des r�ves impuissants. "

Il d�signe l� les trois directions dans lesquelles les militants r�volutionnaires doivent encore aujourd'hui s�orienter.

Ren� Berthier - groupe F�vrier (Paris)

Article paru dans le Monde libertaire hors-s�rie n�9


Notes:

NB : Cette article est compos� d�extraits d�un texte r�alis� � l�occasion de la semaine sur les 80 ans de la r�volution russe sur Radio libertaire et ne peut donc refl�ter l�int�gralit� de la r�flexion de l�auteur sur le sujet.

(1) Alexandre Skirda, Autonomie individuelle et force collective, Les anarchistes et l�organisation, de Proudhon � nos jours, �ditions A.S., 1987.

(2) Dans le d�bat sur la " synth�se ", l�individualisme dispara�t vite par la trappe. Apr�s tout, quel besoin pour un individualiste de s�organiser (sinon pour emp�cher ceux qui ne le sont pas de le faire) ? Il n�entre pas dans le cadre de ce travail de d�velopper cette question, mais rappelons que la critique f�roce de l�individualisme par Bakounine est en m�me temps une critique de l�id�ologie bourgeoise et de l'�tat. La libert� individuelle absolue est une notion m�taphysique qui ressortit de l�id�alisme. La condamnation absolue, faite par Bakounine, du nihilisme des philosophes post-h�g�liens - dont Stirner faisait partie - conduit in�vitablement � la question : si Bakounine est anarchiste, Stirner ne l�est pas (et inversement). Dans la doctrine anarchiste, il y a une th�orie de l�individu qui est infiniment plus riche que l'" individualisme " de Stirner ; cela ne suffit pas pour dire que l�anarchisme est de l�individualisme ni que Stirner est anarchiste... Le seul fait de nier l�existence de classes sociales et leur antagonisme devrait suffire � disqualifier en tant qu�anarchiste quiconque d�fendrait ces positions.

(3) " Les 20ctobres ", op. cit. p. 193

(4) " Les probl�mes constructifs de la r�volution sociale ", 1923, in Les Anarchistes russes et les Soviets, Spartacus, p. 198.

(5) Errico Malatesta, R�ponse � la plate-forme - Anarchie et organisation, brochure du groupe 19 Juillet.

(6) Des anarchistes espagnols contact�rent Makhno en 1931 pour qu�il prenne la direction d�une gu�rilla en Espagne du Nord. Il �crivit en 1932 dans un journal anarchiste russe des �tats-Unis : " A mon avis, la F.A.I. et la C.N.T. doivent disposer [...] de groupes d�initiative dans chaque village et chaque ville, et ils ne doivent pas craindre de prendre en mains la direction r�volutionnaire strat�gique, organisationnelle et th�orique du mouvement des travailleurs. Il est �vident qu�ils devront �viter � cette occasion de s�unir avec des partis politiques en g�n�ral, et avec les bolcheviks-communistes en particulier, car je suppose que leurs commensaux espagnols seront les dignes �mules de leurs ma�tres. " Cit� par Alexandre Skirda, Les Cosaques de la Libert�, p. 330, �d. JC Latt�s.

(7) L�nine se plaignait que la lutte antiparlementaire avait �t� abandonn�e aux anarchistes.

(8) Il rencontre Rosmer, Victor Serge, Marcel Body, Voline (qu�il fait lib�rer de prison dans des circonstances rocambolesques) Alexandre Schapiro, Emma Goldmann, Alexandre Berckman, mais aussi, du c�t� bolchevik, Chliapnikoff, Alexandra Kollonta�, L�nine, Trotsky, Boukharine.




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