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Post� le dimanche 11 mars 2007 @ 14:49:51 by AnarchOi Contributed by: AnarchOi
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La Coopérative
Cravirola est un collectif autogéré de dix personnes. Installée tout
près de la frontière italienne, elle envisage de changer de lieu. Face
à la question de la propriété foncière, elle expérimente une nouvelle
forme de propriété collective : les Terres Communes.
Tout commence
au milieu des années 80 quand Axel et Britta, un couple de jeunes issu
du milieu alternatif berlinois, achète un petit hameau en ruines collé
à la frontière italienne à 1200 mètres d'altitude, dans la haute Vallée
de la Roya.
Les débuts sont rudes. Ces deux néoruraux s'installent
dans une ruine sans électricité, ni eau courante ou chauffage, sans
accès de route et, sans la moindre expérience agricole, ils commencent
à fabriquer des fromages. Convaincus que cette aventure qui frôle
l'inconscient doit être collective, ils cherchent en vain des associés.
D'année en année, ils résistent à la tentation de tout lâcher.
Dix
ans après leur installation, Axel et Britta commencent enfin à voir le
bout du tunnel. La ruine est devenu une ferme fromagère où on élève des
vaches, des chèvres et des brebis. La vente de fromages sur des marchés
de la Côte d'Azur finance de nouveaux bâtiments, le confort de vie
s'améliore et ils trouvent enfin du temps pour faire autre chose que
les travaux de première nécessité.
Une coopérative agricole, culturelle et engagée
C'est
à partir de cette époque qu'une troisième personne, Katia, s'installe
de façon permanente. Cravirola devient une ferme collective. Les
premiers chantiers de jeunes sont organisés en partenariat avec
l'association Service Civil International, qui apportent le renfort
tant attendu pour la construction du lieu. Le groupe grossit peu à peu
et l'association Dynamo, la montagne en mouvement est créée pour mener
des actions d'éducation populaire, proposer des événements culturels et
continuer à organiser des chantiers. Petit à petit le visage de la
Ferme Cravirola change. Tout est imaginé et fait par les habitants et
les jeunes qui participent aux chantiers. Une nouvelle fromagerie voit
le jour, la plus grande de tout le département. La maison d'habitation,
elle aussi, s'agrandit. Elle est chauffée par des panneaux solaires et
un ingénieux poêle à bois. Une turbine permet de transformer l'eau de
la rivière en électricité. Cravirola se pare aussi de peintures,
mosaïques et sculptures. Une salle est construite pour faire du
théâtre, de la danse, des stages d'art plastique. Dans un amphithéâtre
de plein air, où la scène surplombe un petit vallon, les gens de la
côte viennent participer deux années de suite au festival Bouse &
Blues, organisé par celles et ceux qui ont désormais décidé de
s'appeler Coopérative Cravirola. Si l'activité agricole reste la
base économique du projet, l'art, la musique, la fête, sont des
ingrédients indispensables de la vie ; Cravirola se vit avant tout
comme un groupe engagé. Fin 2006, une dizaine de personnes partagent
leur vie sur la ferme. Le travail se fait en autogestion, sans
hiérarchie. Les revenus vont dans une caisse commune qui couvre tous
les besoins. Des « semaines découverte » sont -organisées pour
transmettre cette expérience à ceux et celles qui sont à la recherche
d'un autre mode de vie. La coopérative participe à des réseaux
d'échange comme REPAS ou RELIER (1). Il y a quelques années, avec
d'autres paysans du département, ils participent à la mise en place de
la section Alpes-Maritimes de la Confédération Paysanne. Cravirola
était présent au Forum social européen, au rassemblement du Larzac ou
lors d'un des procès des faucheurs volontaires avec un stand de
fromages et de sandwichs au chèvre chaud. Au fil des ans la
Coopérative Cravirola est devenu un groupe solide. Mais l'esprit
aventurier est resté avec un penchant pour les projets ambitieux.
Aujourd'hui, après vingt ans de marche en avant, le petit hameau dans
les montagnes du Mercantour ne correspond plus aux nouvelles ambitions.
En 2005, la décision est prise de se lancer tous ensemble dans une
nouvelle aventure. Ils trouvent un domaine de 270 ha dans l'Hérault, en
vente sur les causses du Minervois. La coopérative est en train de
boucler le financement pour pouvoir l'acheter. Il s'agira toujours d'y
faire de l'élevage, de fabriquer des fromages, d'organiser des
événements culturels, mais avec le souci de s'agrandir dans les limites
propres au fonctionnement en autogestion, de diversifier la production
agricole tout en la rendant plus cohérente. Ce nouveau lieu doit aussi
permettre de s'ouvrir davantage sur l'extérieur, en accueillant un
public plus large au sein d'un camping participatif. Ce lieu est prévu
comme un lieu d'expérimentation sociale politiquement engagé, mais
aussi un lieu d'échange et de partage, autour d'activités ludiques,
artistiques, culturelles, environnementales.
La question du foncier
Que
devient alors la ferme des Alpes Maritimes ? La vendre, c'est prendre
le risque d'y voir s'y installer un riche Monégasque pour qu'elle
devienne une résidence secondaire. Pendant la recherche d'un nouveau
lieu, Cravirola a pris conscience de ce qu'est devenu le marché du
foncier agricole. Des terres de plus en plus inaccessible aux personnes
qui cherchent à s'installer, victimes d'une spéculation immobilière
outrancière. La coopérative s'est alors lancé un autre défi :
financer l'achat du nouveau lieu sans vendre la ferme à La Brigue, et
transmettre celle-ci à un groupe qui cherche à s'installer avec un
projet agricole et engagé. Deuxième objectif : faire en sorte que la
propriété de la Ferme Cravirola, jusque là au nom d'Axel, devienne
durablement collective et que cela soit aussi le cas pour le domaine
dans l'Hérault. Les recherches sur les structures de propriété
collective existantes, menées entre autre avec l'aide de l'association
Terre de Liens (2), ont vite abouti à un constat : la forme la plus
habituelle, la SCI, serait complètement inadaptée à ce projet. En
effet, celle-ci pose souvent problème en cas du départ d'un des
sociétaires. Elle ne règle en rien la question de la transmission et de
l'héritage. Mais surtout, elle ne permet pas de faire appel aux «
sympathisants » sans que ceux-ci deviennent responsables envers les
banques de l'emprunt qui sera souscrit pour financer l'achat du nouveau
lieu. Cette dernière incompatibilité, qui aurait été la même-pour tout
autre forme de société de personnes, a amené à réfléchir une nouvelle
structure de propriété collective sous forme d'une société de capital.
Terres Communes
Des
mois d'études du code du commerce et de la littérature spécialisée ont
abouti au choix de la « Société par actions simplifiée » (SAS). Cette
forme juridique relativement nouvelle a été inventée pour proposer aux
entreprises une alternative aux SA et SARL, plus strictement
réglementées et lourdes à gérer. Cadeau aux marchés mondialisés donc,
qui peut néanmoins se détourner à des fins plus libertaires que
libérales. Ainsi est née la SAS Terres Communes. Cette société
deviendra propriétaire de la ferme des Alpes-Maritimes et du Domaine du
Bois dans l'Hérault, mais aussi du Suc en Ardèche, un lieu où vit et
travaille un groupe lui aussi à la recherche d'une forme de propriété
irréversiblement collective. La loi accorde aux SAS une grande
liberté dans la rédaction de leurs statuts. Dans ceux de Terres
Communes sont dissociés le capital apporté et le pouvoir, qui sera
partagé entre deux types d'actionnaires : un premier collège composé
des collectifs usagers des lieux et auquel reviendra 48 % des voix à
l'assemblée de la société malgré un faible apport au capita ; un
deuxième collège, dans lequel se retrouvent tous les autres
actionnaires, qui se partageront les 52 % de voix restants en
respectant le principe coopératif d'une personne égal une voix. Dans
ce deuxième groupe se trouveront les anciens propriétaires de la Ferme
Cravirola et du Suc, qui auront reçu des actions à hauteur de leurs
apports. Ils auront désormais le même pouvoir que les nombreux amis et
sympathisants des trois projets, qui eux deviendront actionnaires de
Terres Communes à partir d'un apport de 500 € (3). Rien n'obligera
la SAS ou ses actionnaires à racheter les parts d'un sociétaire qui
voudrait quitter Terres Communes. Celui-ci devra présenter un acheteur
potentiel et le faire accepter par l'assemblée des actionnaires. Toutes
les décisions importantes de la société, par exemple la résiliation
d'un bail entre Terres Communes et un des collectifs usagers, seront
prise par une majorité renforcée de 75 % des voix. Des décisions
difficiles à prendre donc, qui nécessiteront de discuter et de
convaincre un grand nombre d'autres actionnaires. De cette manière,
Terres Communes aura un fonctionnement profondément démocratique et
respectera les intérêts des groupes habitant les lieux. En
contrepartie de la jouissance des lieux, les collectifs usagers
s'engagent au respect de principes élaborés en commun le maintien d'un
usage agricole des terres, un mode de production proche des valeurs de
l'agriculture paysanne, la recherche pour chaque projet d'une autonomie
économique, la solidarité entre groupes, l'ouverture et l'engagement
vers l'extérieur. Terres Communes peut accueillir d'autres
collectifs qui veulent sortir de la propriété individuelle et qui
partagent les mêmes valeurs. A ceux qui envisagent de s'en inspirer,
elle propose son aide pour monter leur propre structure (4).
Aymeric Mercier
Coopérative Cravirola, 06430 La Brigue, tel : 04 93 04 70 65, cravirol(a)club-internet.fr
(1)
REPAS, Réseau d'échanges et de pratiques alternatives et solidaires,
Association le MAT, Le Viel Audon, 07120 Balazuc, tel : 04 75 37 73 80
; RELIER, Réseau d'expérimentations et de liaisons des initiatives en
espace rural, 10, rue Archinard, 26400 Crest, tel : 04 75 25 44 90. (2) Terre de liens, 10, rue Archinard, 26400 Crest, tel : 04 75 59 69 35. (3) Les souscriptions sont dès à présent ouvertes ! (4)
Enfin, à ceux qui cherchent des informations plus détaillées, celles et
ceux aussi qui veulent agir concrètement contre la spéculation foncière
et soutenir Terres Communes, rendez-vous sur les sites internet www.terrescommunes.fr ou www.cravirola.com.
S!lence #342 janvier 2007
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