Parlons-en de cette démocratie et réglons tout de suite un malentendu :
il ne peut y avoir de démocratie authentique dans le cadre du capitalisme.
Pourquoi ? Parce que le capitalisme place l’économie hors du champ de la
démocratie, à un niveau ou seul le pouvoir brute de la bourgeoisie, classe
détenant l’ensemble des moyens de production, sont pris en compte.
Alors, si les institutions démocratiques actuelles trahissent leurs
propres principes et se montrent incapables d’avoir une prise sur les
forces du marché, où est-il donc possible pour la classe ouvrière de faire
entendre sa voix et de défendre ses intérêts ? Nous pensons que c’est dans
le cadre des luttes sociales, sur le terrain populaire, à côté et contre
le monde politicien. Historiquement, c’est de cette façon que la journée
de travail de 8 heures et les fins de semaine de congé ont été gagnées.
Dans les dernières années, c’est avec la lutte que nous avons empêché
l’établissement de la centrale thermique du Suroît et les plus récentes
coupures en éducation. Et tout récemment, parions que c’est la
mobilisation des groupes communautaires du quartier Pointe Saint Charles
et du sud-ouest de Montréal qui ont fait reculer le projet de grand casino
plutôt qu’un quelquonque
appui politicien. Bien qu’elle n’est pas toujours apparente, il existe une
gauche populaire au Québec et au Canada, capable de réaliser des
changements sociaux hors et à l’encontre de la politique institutionnelle.
Maintenant, réglons un deuxième malentendu, celui-ci d’ordre réformiste :
on ne peut pas simplement assembler diverses luttes revendicatives pour
arriver à une véritable démocratie. Il faut d’abord que ces luttes gardent
leur intégrité et indépendance politique, qu’elles refusent de devenir la
courroie de transmission des partis politiques plus à gauche. Ensuite,
elles doivent se rassembler et se doter d’un projet politique clair en
rupture avec le capitalisme qui dépasserait tout en les englobant les champs
d’intérêts spécifiques des groupes revendicatifs. En somme, il appartient
aux personnes en lutte dans leurs syndicats, associations étudiantes,
associations communautaires et ailleurs de réaliser
que la prise de pouvoir qu’ils et elles gagnent parfois dans l’immédiat
peut se transformer en une prise de pouvoir généralisée et que les formes
de démocratie directe vécues dans la lutte peuvent être utilisées pour
établir une société autogérée. Ce projet "d’enlever la démocratie" des
mains des élus à l’Assemblée Nationale, pour l’amener dans nos lieux de
travail et nos quartiers passe évidemment par une bataille pour le
contrôle des moyens de production. La démocratie représentative n’a que
peu d’impact
sur le pouvoir économique. Si l’on veut une démocratie authentique et
directe, il faudra justement qu’elle puisse intégrer l’économique, le
politique et le social. Ainsi, pour replacer l’économie dans le champ
démocratique, il faut mener nos luttes dans un sens anti-capitaliste.
En ce mois de mars 2007 nous sommes donc devant plusieurs choix.
Reconduire le Parti Libéral pour qu’il puisse continuer à opérer la
réingénerie de l’état ? Allez avec l’Action Démocratique qui est encore
plus à droite ? Revenir au Parti Québécois qui a fait preuve dans son
dernier mandat que pour lui l’intérêt national triomphait toujours sur les
besoins sociaux ? Avoir foi en Québec Solidaire, qui pense pouvoir
fusionner les revendications de la rue avec la lucidité d’un « bon
gouvernement » ?
Pour l’instant, posons le choix que nous avons devant
nous : laisser filer le pouvoir à l’Assemblée Nationale ou l’exercer
au quotidien, dans l’ensemble des sphères de la société. Le changement
ne doit pas être l’affaire des politiciens et imposé par le baîllon. Au
contraire, le changement doit être l’affaire des travailleurs-euses, des
sans-emploi, des jeunes, etc. et imposé par la lutte.