 Le 1 mars un commando de police a occupé "ungdomshuset" a Copenhague, lieu militant vendu à une église intégriste chrétienne. Les jeunes, les militants et la population se sont révoltés et des émeutes ont éclatés partout dans la capitale, suivient d'une répréssion policière digne de celle de pays totalitaire, bafouant entre autre les lois du pays.
Emeutes à Copenhague après l'occupation par la police d'un lieu militant
Jeudi 1 mars un commando de police a fait une descente et occupé "Ungdomshuset" dans le quartier de Nørrebro à Copenhague. Cet événement auquel les militants se préparaient depuis des mois et qui faisait la une de la presse depuis l'automne a déclanché des émeutes dans la capitale danoise. Depuis jeudi les manifs se succèdent, les actions fleurissent et une répression policière sans précédent aussi. La remise de cette maison des jeunes, lieu militant et espace pour une culture alternative à une église chrétienne à tendance intégriste a mis le feu aux poudre.
De nombreux problèmes politiques se sont cristallisés autour de cette maison qui aujourd'hui font s'opposer population et police, jeunes, militants et classe politique au gouvernement, et au sein même de la population les gens qui se rebellent contre un système de plus en plus raciste et autoritaire et ceux qui soutiennent ou acceptent cette politique. Le Danemark, ce petit pays paisible au nord de l'Europe vit ces derniers jours dans un tourbillon de révolte, de répression et de violence très critiquée par de nombreux citoyens du pays.
100 ans de luttes et de culture Ungdomshuset, traduction littérale : la maison de la jeunesse était une grande bâtisse dans un quartier central de Copenhague. Construite à Nørrebro, quartier ouvrier, en 1897 par les mouvements syndicalistes danois, la maison a été jusque dans les années 1950 le centre d'innombrables réunions, de manifestations et de fêtes. Pour la population locale du quartier cette « maison du peuple » représentait l'une des rare possibilité d'accès à des événements culturels, sinon inaccessibles aux ouvriers. Le mouvement féministe danois, à ses débuts, a tenu ses réunions dans ces locaux et en 1910 la journée internationale de lutte des femmes y fut proclamée en la présence entre autre de Clara Zetkin, féministe et communiste. Après avoir été abandonnée pendant des années, en 1980, elle retrouva une activité lorsqu'elle fut occupée par de jeunes squatteurs. Ce groupe, précurseur du mouvement squatteur qui occupa de nombreuses maisons anciennes dans le centre de Copenhague protestait contre la spéculation immobilière et l'extrême difficulté à se loger malgré l'existence de nombreux bâtiments vides au centre ville. Ils demandèrent la création d'une maison des jeunes à Jagtvej 69 et exigèrent que la commune de Copenhague prenne une responsabilité politique. La maison fut donnée aux jeunes en 1983. En 2000, la maison fut vendu à la société anonyme Human A/S qui, l'année suivante la revendit à une communauté chrétienne, non affiliée à l'église nationale. « Faderhuset » (La maison du père) est considérée comme une église intégriste . Depuis, Faderhuset a lutté pour faire expulser la maison.
Une stratégie politique pour affaiblir un mouvement radical Ungdomshuset a été, depuis 1980, le centre d'innombrables activités : lieu de réunion d'innombrables groupes politiques, artistiques, associatifs, de manifestations, scène musicale, cinéma, théâtre, culture alternative, cuisine populaire, concerts, carnavals, etc… La maison était gérée à partir des assemblées générales par les militants et les décisions prises non pas par vote mais à force de discussions.
Deux aspects surtout émergent de cette maison qui ont conduit à ce que les décideurs politiques veuillent sa fermeture. C'était à Copenhague l'un des principaux de lieux de réunion des groupes d'extrême gauche, et un lieu culturel alternatif non commercial, une scène ou se faisait et se produisait la musique punk ou rock underground. Lieu politique ou se rencontraient et s'affrontaient de nombreuses tendances de l'extrême gauche c'était aussi ces dernières années un ferment actif d'une résistance à la droite raciste et libérale au gouvernement. Autonomes, anarchistes, antiracistes, anti-impérialistes, pacifistes, féministes, lesbiennes politiques, gays militants, ces dernières années une ouverture et un brassage des luttes avait créé une dynamique nouvelle. A Ungdomshuset la présence de militantes féministes et lesbiennes, de militants gay, de militants issus des migrations politiques et économiques avaient inspiré à une réflexion d'extrême gauche la nécessité d'une pluralité des prises de conscience et des luttes. Peut-être parce que cette capitale est petite, dans ce lieu, on trouvait une rencontre unique entre des tendances politiques qui dans les autres pays européens ne se rencontrent que rarement lors d'une manif unitaire. Le dynamisme et le radicalisme qui en a émergé s'est exprimé depuis 6 mois dans la lutte contre sa fermeture et aujourd'hui dans la révolte contre le fait accompli.
une dérive raciste et conservatrice Le radicalisme des groupes militants d'extrême gauche danois s'est aussi construit depuis 5 ans sur la résistance à un gouvernement de droite qui a fait alliance avec l'extrême droite au parlement pour gouverner le pays. Les lois limitants les droits des immigrés et des réfugiés se succèdent à une rapidité foudroyante. Le gouvernement danois est le bon élève du gouvernement Bush et la paranoïa anti-terroriste est le prétexte d'imposer un contrôle toujours plus grand de la population. Toute opposition au gouvernement devient suspecte et tout soutien aux mouvements dans divers pays qui résistent à la violence de la politique américaine, une preuve d'activités terroristes. Mais surtout depuis 10 ans un discours systématique venant des médias comme du gouvernement prennent les immigrés et réfugiés pour cible en en faisant d'eux les boucs émissaires d'une société en plein déclin. C'est un paravent pratique pour le gouvernement qui est en train de défaire en quelques années un siècle de luttes pour créer une société solidaire, le fameux « état providence » qui bientôt ne sera que souvenir. La haine de tout ce qui est progressiste et de gauche fait aussi parti du retour de bâton dans cette société qui fut l'une des plus innovatrice en Europe dans les années 1960, 70 et 80, que ce soit dans le domaine de l'éducation, de la santé, de l'intégration des handicapés dans la société ou des droits des femmes, des lesbiennes et des gays….. Cette haine s'exprime dans des débats publics qui relisent l'histoire des 30 dernières années en assimilant la pensée progressiste à un totalitarisme et en l'opposant au libéralisme économique qui serait aussi synonyme de liberté de pensée. L'écrasement des lieux d'expression d'une pensée radicale fait partie de la stratégie politique du gouvernement du premier ministre Anders Fogh. Depuis son arrivée au gouvernement les enclaves que sont Christiania et Ungdomshuset n'ont cessées d'être menacées. Jusqu'à l'explosion des derniers jours.
Violence de la révolte, Violence d'état Depuis que les émeutes ont éclaté jeudi 1 mars on parle beaucoup au Danemark de violence. Violence des voitures brûlées, des cocktails molotovs lancés sur les voitures de police, des fourgons de police renversés, des barricades enflammées partout dans la ville, des pluies de pavés lancés sur la police. On parle aussi témoignages de tortures physiques infligées par les flics aux militants arrêtés dans les rues, des coups de matraques dans la tête, des gens suspendus par les bras dans le dos, des genoux défoncés, des côtes brisées, des gens poursuivis par les fourgons de police et écrasés, des perquisitions systématiques sans mandat d'arrêt à domicile ou dans les associations, des fenêtres et portes brisés dans les appartements (en plein hiver), des gens arrêtés chez eux parce qu'ils ont peut-être l'intention de faire une action, de gens arrêtés dans les rues et condamnés à 15 jours ou 3 semaines de prison sans preuves, parce qu'ils étaient sur place, de preuves retenues ou détruites par la police, de gens présentés par 6 au tribunal et dont les cas ne sont pas examinés et qui reçoivent des condamnations standard, des membres de l'association de soutien aux prisonniers qui sont eux même arrêtés et emprisonnés, du président de l'association des citoyens qui soutiennent la maison lui-même arrêté dans la rue, des secouristes à qui la police interdit de porter secours aux blessés dans les manifs et qui le faisant tout de même sont arrêtés et emprisonnés. Contrôle des gens aux frontières et interdictions nombreuses d'entrer sur le sol danois. Les gens vivants dans le quartier de Nørrebro sont régulièrement contrôlés, fouillés, interdictions de circuler dans les rues, dissuasion à leur propre risques et périls de participer aux manifestations. Le nombre de contravention au droit par la police et le système judiciaire ces derniers jours font que l'on peut dire que le Danemark est entrée dans un système de non droit qui s'apparente à ce que l'on voit dans les pays totalitaires. Comment le gouvernement de cette démocratie va-t-il justifier cela ? Les responsables : le gouvernement conservateur du ministre Fogh qui gouverne avec le soutient du parti d'extrême droite et l'équipe du maire de Copenhague Ritt Bjerregaard, sociale démocrate.
Démolition Hier, Lundi 5 mars une grue est arrivée et a commencé à détruire le bâtiment de « Ungdomshuset », des ouvriers masqués s'activent sous protection policière. Des camions aux numéros d'immatriculation cachés emportent les gravas. C'est la fin de 7 ans de lutte pour conserver ce lieu, bâtiment historique, témoin de luttes populaires depuis 100 ans, lieu militant et alternatif qui abritait une création artistique et une activité politique alternative au système en place. Mais la lutte continue. Tous les jours des manifestations et des actions de toutes sortes ont lieu dans les rues de Copenhague. Des manifestions et actions de solidarité ont lieu dans le reste du Danemark, mais aussi dans de nombreuses villes allemandes, en Norvège, en Suède, à Dublin, Genève, New York. A Copenhague ce sont les jeunes, les vieux, les militants, les citoyens qui sont dans la rue, pour défendre l'idée qu'il faut continuer à se battre pour des lieux comme Ungdomshuset et pour la résistance qu'elle représente.
Solidarité Appel à solidarité avec la population et les militants à Copenhague. Aller sur place est difficile comme la police refoule les gens suspects à la frontière. De nombreux étrangers venus soutenir ont été arrêtés et emprisonnés sans preuves aucunes. Mais on peut agir ici.
Paris le 6 mars 2007 Une militante lesbienne radicale anti-impérialiste solidaire. [email protected]
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