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  Post� le vendredi 12 janvier 2007 @ 23:10:30 by AnarchOi
Contributed by: AnarchOi
SyndicalismeSource : Groupe Communiste-Anarchiste Errico Malatesta de la F�d�ration Anarchiste



Couverture de l'Ethique du Syndicalisme

1. L�ETHIQUE DU SYNDICALISME

de P. Besnard

ou

LE DEUIL DE LA PHILOSOPHIE

AU PROFIT DE LA DOCTRINE

Un nouvel ordre social

L�Ethique du syndicalisme, consid�r�e par certains comme une �uvre majeure pour tous ceux et celles qui poursuivent la lutte sociale r�volutionnaire, peut �tre regard� comme la l�gitimation d�un parti pris faisant d�avantage appel � la foi qu�au raisonnement.

P. Besnard dans sa grande g�n�rosit� nous l�gue des textes qui, sous leur forme critique, n�am�nent aucune novation pour l��poque mais, qui sous leur forme id�ologique, manient avec dext�rit� la rh�torique, la confusion, l�antagonisme de l��thique libertaire par la dialectique doctrinale. Dans ce livre P. Besnard d�fend une id�e de fond, � savoir que le syndicalisme est la forme sociale et moderne du socialisme. Il conteste la l�gitimit� des partis. Il se d�marque du r�le selon lui trop limit� au secteur �conomique r�serv� aux syndicats et imagine un monde global o� le syndicalisme serait la doctrine exclusive, regroupant en son sein toutes les formes organiques de la vie humaine.

N�h�sitant pas � mettre dans le m�me sac toutes les organisations sp�cifiques, il disqualifie un bon nombre d�anarchistes de l��poque, n�adh�rant pas � son point de vue, pour avoir, selon lui, une vision archa�que et surann�e de la r�volution politique, d�finissant ainsi le syndicalisme r�volutionnaire comme le seul d�tenteur de la r�volution sociale.

L�influence des anarchistes dans les textes de P. Besnard est ind�niable. La priorit� qu�il revendique aux individus et l��dification d�un f�d�ralisme autogestionnaire le montrent. Cependant, d�s que l�auteur aborde sa vision de la lutte contemporaine et d�un monde futur, sous pr�texte d�efficacit� et de tactique, les contradictions s�amoncellent. Ce discours, pouvant �tre qualifi� de dissoci�, est d�autant plus dangereux qu�il s�appuie sur des concepts authentiquement antiautoritaires.

Dans le cadre des luttes contemporaines, qu�en est-il de la forme moderne et �volu�e (que P. Besnard accorde au syndicalisme r�volutionnaire), du socialisme ? Dans le champ actuel de l��volution des id�es et des courants de pens�e, il n�est pas rare d�observer une tendance symptomatique � �lever l�organisation � un degr� sup�rieur de la conscience au d�triment de l�individu. En admettant que l�individu contemporain soit ali�n� (selon les dires de l�auteur), rien ne nous prouve dans l�absolu qu�une organisation d�ali�n�s g�n�re spontan�ment une conscience susceptible d��manciper les hommes. Alors que dans l�ouvrage, le syndicat nous est pr�sent� comme l�outil le plus ad�quat � cette fin m�me dans les domaines les plus surprenants comme l��ducation. Au travers des exp�riences v�cues, nous savons que seule la pluralit� individuelle est capable de jouer un r�el contre-pouvoir. C�est par le biais de l�autonomie des individus et de leur capacit� d�expression que les carcans dogmatiques peuvent �tre �vit�s. C�est au nom d�une conscience sup�rieure que les marxistes s�approprient le pouvoir qui, par son organisation, se destine � �manciper le genre humain. Tout comme le projet r�volutionnaire d�un certain P. Besnard, les marxistes, au nom du bien �tre de tous, se proposent de planifier, de g�rer, d��duquer et d�arbitrer toutes les phases de la vie humaine. Mais surtout de contr�ler et d�organiser la production donc les besoins, au nom de la sacro-sainte �galit� sociale. Nous pensons que par ce principe, les risques de d�rive sont majeurs et que la gestion du f�d�ralisme autogestionnaire ne peut �tre plac�e sous l��gide d�une organisation tentaculaire et unique. Les f�d�rations doivent �tre autonomes et ind�pendantes, laissant libre cours au libre contrat, conservant ainsi une dimension humaine pla�ant r�ellement l�individu au centre des int�r�ts collectifs. Par voie de cons�quence qu�une organisation sociale se d�finisse comme un parti politique, un syndicat, une f�d�ration ou encore comme une organisation secr�te, c�est dans sa finalit� sociale et les moyens mis en place qu�elle prend son sens et non dans son appellation.

Jusqu�� aujourd�hui, par d�finition, le syndicalisme trouve toute sa place dans le monde du travail et a pour r�le de jouer un contre-pouvoir face � la domination sans partage des patrons ou dirigeants. Autrement dit un travailleur adh�re au syndicat pour lutter efficacement contre son patron, mais d�s qu�il s�agit de probl�mes ext�rieurs � l�entreprise le m�me travailleur se dote d�outils associatifs divers, toujours dans la recherche d�efficacit�. En effet, le syndicat ouvrier n�est pas con�u pour g�rer tous les probl�mes sociaux que rencontre un individu. De plus, les individus concern�s ne souhaitent pas forc�ment m�langer tous leurs probl�mes et entendent, peut �tre, conserver une sp�cificit� ind�pendante et autonome de leur globalit� de vie.

Nous signalons, au passage, que les syndicats, de par leur vocation de masse, bien que certains s�en d�fendent, ont toujours une forme corporative. Chacun d�fend son bout de gras l� o� il est, et entend lutter pour sa proximit�.

Adh�rer � une organisation sp�cifique correspond � un choix de soci�t�. On y rencontre des individus qui sont en principe en accord sur des choix philosophiques clairement identifi�s. Dans ce contexte, les int�r�ts se situent moins dans la proximit� et offrent une possibilit� plus ais�e d�int�grer dans le quotidien une vision plus globale de la soci�t�. Donc, d�s maintenant, nous attirons votre attention sur la place �minemment trop grande que P. Besnard donne au syndicat et sur les contradictions d�ordre organique que cela supposerait. Maintenant, pour nous comme pour beaucoup d�anarchistes, rien ne s�oppose au fait qu�un r�volutionnaire soit investi dans les luttes syndicales et dans les luttes sp�cifiques par sa double appartenance au syndicat et � une organisation sp�cifique.

Pour finir ce premier point, il nous semble important de dire que les anarchistes ne se battent pas contre des mots. La notion d�Etat est combattue pour les implications directes et indirectes qu�il tend � faire vivre � ses contemporains. Donc quand P. Besnard pr�tend remplacer l�Etat par le syndicat nous aimerions avoir des arguments plus explicites qu�un vague sch�ma de d�centralisation. Une structure, m�me syndicale voire d�centralis�e, qui revendique la repr�sentativit� d�un peuple, d�une nation dans un cadre g�ographique d�termin� ou non, reste un clone de l�Etat.

DANS LE TRAVAIL

La Dignit� et la Conscience

Apr�s avoir r�prouv� les consid�rations d�ordre g�n�ral, qui selon Besnard prouvent que le syndicalisme est un mouvement social complet, il �tait bien logique que le premier chapitre soit r�serv� au travail et qu�en sous-titre nous puissions lire " la Dignit� et la Conscience ". Mis � part la mani�re simpliste et r�ductrice avec laquelle ces notions sont trait�es, il semblerait que pour l�auteur le travail soit le seul domaine o� la dignit� humaine et la conscience (individuelle et/ou collective) trouvent leurs places dans sa d�finition de l��thique d�un syndicalisme complet, socialement parlant.

Mais d�abord, voyons ce que P. Besnard identifie par le mot dignit�. Nous citons : " qu�est-ce que la dignit� dans le travail ? Selon moi, c�est la conscience professionnelle alli�e � la valeur morale du travail ", pour en comprendre un petit peu plus on d�couvre plus loin ce qu�est la conscience professionnelle ; nous citons : " elle consiste � avoir le d�sir de livrer un travail bien fait, auquel on a donn� toute son attention, tout son savoir et... peu de son �me. Un bon ouvrier est toujours fier de son �uvre, s�il a r�ussi � la faire parfaite " (impossible de trouver ce qu�est la valeur morale du travail). Nous ne savons pas si parmi les personnes qui sont oblig�es de vendre leur force de travail pour vivre, il y en a beaucoup qui se reconna�tront dans ces propos. Mais nous devons bien admettre que mises � part les critiques contenues dans ce chapitre contre les m�thodes de rentabilisation utilis�es par le patronat, les consid�rations surnorm�es, comme dans l�exemple ci-dessus cit�, constituent l�essentiel de son apport. Pire encore, plus on avance dans l�argumentation, plus on sent poindre le spectre de l��litisme. Exemple : " C�est pourquoi, je dis que le premier sentiment de l�homme qui aspire � la lib�ration est incontestablement la conscience professionnelle. C�est par elle qu�il acquiert la valeur morale qui fera de lui un travailleur capable de revendiquer ses droits, de d�fendre ceux de ses camarades, avec intelligence et t�nacit�. En ai-je vu de ces causes irr�m�diablement compromises et perdues, parce que les avocats choisis par les ouvriers �taient des professionnels incomplets, des ignorants, des paresseux incapables de les d�fendre proprement ! ", sans commentaire.

DANS LA FAMILLE

Instruction et Education

Dans ce chapitre, qui aurait pu �tre fort int�ressant, nous ne trouvons aucune analyse sur le r�le de la structure familiale dans la soci�t� contemporaine. Pourtant c�est bien par la cellule familiale que le capitalisme fait passer les premi�res notions s�gr�gationnistes. N�est-ce pas � partir de la famille que na�t le premier concept de l��tranger ? La structure familiale n�organise-t-elle pas des liens hi�rarchis�s entre les individus, impliquant des r�les d�autorit�, de subordonn�s en fonction des modes sociaux culturels implicitement ou explicitement en vigueur ? Le concept de propri�t�, ne s�articule-t-il pas int�gralement autour de la cellule familiale ? Non, nous ne trouvons rien de tout cela, seulement quelques r�p�titions autour du r�le de l��cole la�que et de son inadaptation de faire d�un enfant un homme social et adapt� au travail. Apr�s avoir fait longuement le proc�s du r�le de l��ducation dite d�Etat, dans sa volont� incessante de soumettre les individus � son autorit�, P. Besnard nous am�ne lentement � sa vision d�une �ducation plus juste. Il d�marre par 1936 en Espagne o� il nous laisse percevoir quelques bribes de son ambition ; nous citons : " Lentement, mais s�rement, s��labore cette synth�se de classe, que personne n�aurait cru possible quelques mois plus t�t. Et cela, c�est le fruit de l��ducation sociale, de l��ducation syndicale ".

Nous verrons un peu plus loin pourquoi cette ineptie ne peut pas �tre attribu�e � l�engouement que l�auteur pouvait avoir pour les r�alisations de la CNT espagnole. Mais d�s maintenant nous pouvons signaler, que de Francisco Ferrer � S�bastien Faure, l��ducation libertaire n�a nullement attendu le mouvement syndical pour se faire entendre et pour �tre exp�riment�e.

Remarquons �galement dans ce contexte quelques petites phrases jet�es �a et l�, mais qui sur le fond en disent long sur les consid�rations du penseur ; nous citons : " De m�me que pour la formation et l��l�vation de la conscience professionnelle, les syndicats, pris par l�intensit� et les exigences de la lutte quotidienne, ont trop n�glig� cette partie essentielle de leur t�che : l��ducation sociale de leurs membres ". A ce stade ce n�est plus de l�ambition mais de la vanit�. Le d�sir totalitaire d�inculquer � autrui ses propres valeurs au nom de l��l�vation, du bien et du mal, tout en mettant l�accent sur le sentiment de culpabilit� est digne des plus grands dogmes religieux qui s�vissent depuis 2000 ans. Nous passerons sur les nombreuses inepties contenues dans ce chapitre concernant la psychologie des enfants et l��volution cognitive, pour conserver l�aspect moral mis en �vidence. Ainsi dans le registre des petites phrases nous trouvons encore ; nous citons : " Celles qui d�sirent devenir des m�res, en particulier, doivent �tre en condition de remplir le mieux possible la t�che qu�elles acceptent. Elles doivent apprendre la pu�riculture, cette science �l�mentaire pour elles qui leur apprendra comment on �l�ve l�enfant, les soins � lui donner, tant alimentaires qu�hygi�niques ; assister, si elles le peuvent, � quelques-unes unes des conf�rences nombreuses qui sont donn�es, presque chaque jour, dans les grands centres par des m�decins sp�cialis�s ; profiter des enseignements des ma�tres en la question et de leurs cours gratuits. Aucune obligation, si elle n�est d�ordre physique, ne doit les en d�tourner. Aucun plaisir ne vaut celui d�assurer la vie de leur enfant. Il y va de la sant� de vos gosses et cela doit pour vous, mamans, primer tout ". Mis � part la consid�ration toute particuli�re donn�e aux femmes, dont nous vous laissons juge. Nous ne pouvons que nous inqui�ter quant au devenir de ces enfants qui dans un monde futur comme pr�sent restent toujours responsables de tant de sacrifices.

Pour en finir avec ce chapitre, comment� trop succinctement, notre anarchiste syndicaliste esquisse clairement le r�le qu�il entend faire jouer au syndicat et qui explique notre allusion au d�but de ce paragraphe ; nous citons : " Comment acquererez-vous ce bagage qui vous fait d�faut, qui vous permettra de faire votre devoir social ? Seuls, � quelques exceptions pr�s, vous ne le pouvez. Trop de probl�mes vous solliciteront � la fois, que vous ne saurez pas classer dans leur ordre d�urgence. Quelqu�un ou plut�t quelque chose doit donc se substituer � vous. Quoi est-ce ? Le Syndicat. C�est son r�le essentiel de vous renseigner, de vous donner les �l�ments qui vous font d�faut pour �lever votre enfant, physiquement et moralement, pour �veiller et d�velopper sa conscience ". A ce stade de la puissance de pens�e il ne nous reste plus qu�� savoir qui pourrait se substituer aux syndicalistes pour les �lever � une conscience encore plus c�leste ? Mais h�las notre r�volutionnaire g�nial ne s�en arr�te pas l�, il nous sugg�re encore ; nous citons : " Pour atteindre ce r�sultat, il faudrait, � mon avis, modifier assez profond�ment le fonctionnement actuel du syndicat. Je crois qu�il est indispensable de constituer, dans son sein, trois sections d��ducation : la premi�re, pour les pupilles de 6 � 13 ans ; la seconde pour les jeunes gens des deux sexes, de 13 � 21 ans ; la troisi�me, pour les adultes, �galement des deux sexes, � partir de 21 ans. Ces sections, qui pourraient trouver ais�ment les ma�tres de tous ordres qui leur sont n�cessaires et est ma�tre dans une science quelconque, tout homme qui la poss�de suffisamment pour pouvoir l�enseigner, a dit Robin ". Tout cela fait peur ; sans autre commentaire.

DANS LA LUTTE CONSTRUCTIVE

La Pers�v�rance et l�Exemple

Comme � son habitude, ici P. Besnard introduit une notion de r�volte avec laquelle nous pourrions �tre d�accord mais s�empresse de l�annihiler avec des conceptions tr�s dogmatiques existant dans la morale chr�tienne. Cependant, et pour la premi�re fois dans ce livre, l�auteur d�veloppe une id�e qui m�rite que l�on s'y arr�te. On nous explique que le biais des luttes interm�diaires, n�est pas compris par les n�gateurs (dont nous faisons certainement partie ; il faut bien �tre quelque chose !) , et qu�il offre deux int�r�ts :

  1. Les luttes de proximit� prennent en compte les conditions de vie r�elles des travailleurs et leur �tat d�urgence m�rite que l�on s�y arr�te.
  2. Nous citons : " Une lutte, quelle qu�elle soit, ne se limite jamais � son objet. Elle le d�passe toujours, surtout si ceux qui ont mission de la mener savent en montrer tous les aspects, toutes les cons�quences proches et lointaines ".

Dans un premier temps, nous pouvons �tre plus ou moins d�accord avec cet �nonc�, si dans le contexte pos� l�auteur ne cessait de tirer la couverture � lui en faisant croire qu�il a d�couvert l�Am�rique. Nous rappelons que de tout temps les anarchistes se sont pr�occup� des conditions de vie et des acquis imm�diats des individus et non seulement des travailleurs, en luttant pour le droit de vote, pour le statut d�objecteur de conscience, en s�opposant � la guerre, pour la libre circulation, etc. Cependant une des limites, qui se pose tr�s rapidement au militant syndicaliste et qui n�existe pas pour le militant sp�cifique, r�side essentiellement dans l�exigence de conviction que suppose l�adh�sion. Actuellement aucun syndicat fut-il le plus r�volutionnaire, n�entraverait objectivement l�adh�sion d�un travailleur qui ne cherche exclusivement qu�� d�fendre ses seuls droits, et pour cause, sa repr�sentativit� constitue toute sa l�gitimit�. Par cons�quent, il serait plus juste de dire que la limite des luttes ne d�passe son objet que pour un sous-ensemble du syndicat.

Dans un deuxi�me temps et dans le monde que nous vivons, quelles sont les opportunit�s r�elles et concr�tes des syndicats � sortir de leur support ? Quand, verra-t-on une forte mobilisation syndicale chez Renault ou aux PTT d�clencher une gr�ve illimit�e contre un �ventuel conflit arm� comme celui du Golfe ou contre la construction d�une nouvelle centrale nucl�aire, ou contre l�expulsion d��trangers ?... A ce jour seules quelques cellules ou quelques staffs prennent position et s�engagent en dehors de l�entreprise comme tout autre individu non syndiqu�. Jusqu�o� pouvons nous croire que les employeurs sont dupes quant � leur marge de man�uvre dans les revendications syndicales ? Quand nous voyons aujourd�hui les syndicats dits r�volutionnaires se frotter les mains parce que gr�ce � tel ou tel slogan des plus r�formistes il a obtenu tant d�adh�sions, quelle finalit� tout cela peut-il nous laisser pr�sager ?

Dans les arguments donn�s dans ce livre nous trouvons ; nous citons : " C�est ainsi qu�en occupant, en mai-juin 1936, les lieux de travail, de fa�on plus instinctive que raisonn�e au moins au d�but et pour la plupart des gr�vistes les travailleurs ont pos� des principes essentiellement r�volutionnaires tels que : la possession des instruments de travail et leur utilisation par la collectivit� lib�r�e, la n�gation du droit de propri�t� et du principe d�autorit� ". En passant, il nous semble que P. Besnard devrait en premier se poser la question de l�autorit�. Il ne faut pas oublier que le front populaire a �t� en France une situation politique particuli�re, L�on Blum venait de prendre le pouvoir, la crise �conomique restait tr�s dure, et la situation aux fronti�res �tait pr�caire. Compte tenu de ces faits l�action syndicale n��tait peut �tre pas l��l�ment moteur, mais peut �tre plus simplement des individus se sont-ils trouv�s dans des situations plus propices � l�agitation. D�autres p�riodes ont fait vivre aux id�es r�volutionnaires des heures de gloire comme Mai 68 o� les syndicats n�ont pourtant jou� qu�un r�le des plus discutables. Cependant nous n�avons pas � ce jour d�anarchiste qui nous soutienne que l�organisation gauchiste et �tudiante �duque les masses vers les principes essentiels de la r�volution. Pourtant les id�es anarchistes ont, � cette �poque, �t� largement reprises (bel exemple de rh�torique monsieur Besnard !).

Il y aurait tellement de choses � dire que nous vous conseillons vraiment de lire ce petit chef-d'�uvre. Mais pour finir sur ce chapitre, toujours sur la m�me id�e, notre avocat du syndicalisme complet, apr�s s��tre mille fois emm�l� les crayons dit : " Acceptons l�id�e que les gr�ves, pour obtenir des augmentations de salaire ou de conditions de travail meilleures, ne r�solvent pas la question. Acceptons m�me le fait, puisque nous avons la conviction que nous tournons dans un cercle vicieux infranchissable, mais ne nions pas l�efficacit� de ces luttes sur d�autres terrains. Par l�extension, toujours plus grande que nous leur donnerons, nous ne cesserons de nous rapprocher de nos buts. Et puis, si d�risoires qu�elles soient ou plut�t qu�elles paraissent, n�ont-elles pas pour cons�quence de mettre un frein (provisoire) � l�exploitation capitaliste qui, sans elles, se croirait tout permis ".

En ce qui concerne le rapprochement au but, malgr� le recul que nous avons aujourd�hui, cela reste toujours � d�montrer. Il est �vident que la lutte freine l�exploitation. Toutefois, prenons garde � ne pas nous laisser pi�ger par une dialectique, entre l�Etat, le patronat, et les repr�sentants ouvriers qui finirait par faire perdurer un syst�me o� tout le monde se serait tranquillement install�.

L�ETHIQUE DU SYNDICALISTE

Globalement

Il est vrai que quand P. Besnard aborde les th�mes de la solidarit�, de l�entraide et de la coop�ration, nous ne pouvons ignorer des points communs avec d�autres courants de pens�e de l�anarchisme comme dans l�Ethique de Pierre Kropotkine par exemple. La d�marche tr�s m�canique de l�auteur est trop souvent repoussante et un certain �litisme parfois �vident pose quand m�me question.

Toute la construction de ce livre s�articule autour de l�organisation �conomique, ne laissant que peu de place � une r�elle dimension sociale et � l�aspect �motionnel des individus. Si cette m�thode permet � l�auteur de tout centrer autour du syndicat, elle a l�inconv�nient majeur de r�duire � une grande pauvret� tous les sujets trait�s par manque d�impartialit�. L�aspect quasi obsessionnel que P. Besnard montre dans cet �crit pour la l�gitimit� du pouvoir syndical, d�nature s�rieusement les principes de base que l�auteur met lui-m�me en exergue. D�une philosophie antiautoritaire o� l�individu est l��l�ment incontournable de l�organisation sociale, nous glissons � une doctrine o� le syndicat se substitue aux personnes et puisqu�elles sont limit�es, rel�gue les femmes � un r�le prioritaire de m�re � cause de l�urgence, � une dignit� ne se dissociant pas de la fiert�, � une organisation sociale ficel�e o� m�me s�il reste quelques organes atomis�s, le syndicat joue le r�le de syst�me nerveux central et contr�le l�ensemble. De tout temps les doctrinaires ont cherch� � se substituer au philosophe. Le courant anarchiste n�a pas �chapp� � cette tendance, nous nous souvenons d�Archinov qui, avec sa plate-forme, a cherch� � rationaliser la pratique r�volutionnaire. Le souci parfois boulimique d�efficacit� et de tactique peut �tre une d�rive s�rieuse. L�activisme n�est pas en soi une vertu r�volutionnaire. Il se lit davantage comme une d�fense individuelle proche de la manie qui aurait pour objet de masquer des carences identitaires et un complexe ne pouvant �tre sublim� que par une forme ext�rieure de reconnaissance.

Pour ce qu�il en est du syndicalisme r�volutionnaire, nous vous invitons � vous reporter aux annexes de ce livre. Le chapitre Orientation Syndicale et ceux qui suivent sont une d�monstration affligeante de ce que nous d�noncions dans la premi�re partie de cette brochure. Et pour comble d�ironie, comme nos voisins marxistes l�ont affirm� par la plume de Marx et L�nine, nous retrouvons le sch�ma de l�exercice du pouvoir transitionnel post-r�volutionnaire par le syndicat unique pour arriver au communisme libre. Nous citons : " Entrant dans le dernier cycle de son �volution historique, le Congr�s entend substituer le syndicalisme, expression naturelle de la vie sociale des individus en marche vers le communisme libre ".

Note aux anarcho-syndicalistes

Vous trouverez page 135 en fin de l�annexe (le syndicalisme dans le cadre national), un texte pouvant �tre fort � propos de la situation actuelle ; nous citons : " En condamnant la (collaboration des classes) et le (syndicalisme d�int�r�t g�n�ral), le Congr�s tient � d�clarer que ce ne sont pas les discussions in�vitables entre patrons et ouvriers qui constituent des actes de collaboration de classes. En ne voyant dans ces discussions qui r�sultent de l��tat de choses actuel, qu�un aspect de la lutte permanente des classes, le Congr�s pr�cise que la collaboration des classes est caract�ris�e par le fait de participer dans des organismes r�unissant des repr�sentants des ouvriers, des patrons ou de l�Etat, � l��tude en commun des probl�mes �conomiques, dont la solution apport�e ne saurait que prolonger, en la renfor�ant, l�existence du r�gime actuel ".

La repr�sentation du D�l�gu� du Personnel �chappe-t-elle � cette classification ?

Pour nous, non-syndicalistes, qui comme vous �uvrons pour l�action directe (par d�finition contre la d�l�gation), il nous semble que sauf erreur que vous ne manquerez pas de nous souligner, la d�l�gation syndicale et la d�l�gation du personnel comportent des diff�rences tr�s orient�es dans le sens quant � leurs applications.

La d�l�gation syndicale :

  • le d�l�gu� ne repr�sente que ses adh�rents (donc des individus ayant choisi la forme et le fond de cette repr�sentation).

La d�l�gation du personnel :

  • le d�l�gu� repr�sente une globalit� d�individus qui, quels que soient leurs choix et leurs opinions, organiquement et en fonction du nombre de salari�s dans l�entreprise a un r�le m�diateur avec l�employeur et peut cog�rer dans certains cas avec le patron des �uvres de l�entreprise.

Couverture

2. Le Monde nouveau

Organisation d�une soci�t� anarchiste

de P. Besnard

Ecrit en 1934, ce livre est la troisi�me partie de " Les Syndicats ouvriers et la R�volution Sociale ". Dans cet ouvrage, Pierre Besnard propose son projet de soci�t� : " Les buts, attributions et le fonctionnement de l�organisation �conomique, administrative, sociale et juridique du " Monde Nouveau " sont expos�s aussi minutieusement que possible ".

Il ajoute que ce livre pr�sente des principes d�organisation effleur�s dans d�autres de ses ouvrages : " il convenait de les approfondir, de d�montrer que le syst�me esquiss� repr�sentait vraiment, compl�t�, quelque chose de nouveau, comme le d�sirent ardemment tous ceux qui veulent que �a change et ne savent pas encore comment exprimer leur pens�e et leur volont� de fa�on pr�cise et nette " se posant ainsi d�embl�e comme celui qui va �laborer les choses � la place de ceux qui n�en sont pas capables.

Cette certitude traverse tout le livre et n�est pas sans cons�quence quant � son organisation de soci�t� future. Il faudra toujours pallier les insuffisances des individus, le syndicat s�y attachera.

Cette m�me id�e est reprise dans l�introduction o� il justifie la n�cessit� de sa construction : " s�il (le prol�tariat) attend le Messie et le miracle, il subira la dictature d�une poign�e d�hommes, dictature qui sera d�autant plus p�nible que les " conducteurs " eux-m�mes ne sauront ni o� aller, ni o� conduire les autres ".

Il y l� un premier antagonisme fondamental entre Pierre Besnard et nous sur la fa�on de concevoir l�individu et les rapports humains. Il parle du prol�tariat comme d�un seul individu et du coup, raisonnant en terme de masse et non d�individus distincts et particuliers, il est bien naturel qu�il consid�re que cette masse attend un messie, un guide puisque c�est l� justement le propre des masses que de ne se constituer que dans le rapport � un leader et dans le renoncement complice � sa propre singularit� pour se fondre dans le groupe.

Quand Pierre Besnard parle d�individu, il n�identifie pas la m�me chose que nous. Alors qu�il revendique l��galit� �conomique et sociale (ce dont nous nous dissocions), il ne consid�re pas que les individus sont �gaux. Nous nous expliquerons plus loin sur les cons�quences de sa repr�sentation.

Citons un exemple : " on peut affirmer � coup s�r que la capacit� constructive du prol�tariat sera toujours inf�rieure � sa capacit� de destruction ". Ce qui justifie, pour lui, le fait qu�il �labore un projet de soci�t� pour tous. N�anmoins il est bien conscient des implications d�une telle pratique : " Pourtant, m�me pour d�truire, il est absolument n�cessaire qu�il sache, aussi exactement que possible, ce qu�il veut, ce qu�il ne veut plus ou ne veut pas. Autrement, et malgr� toutes les affirmations contraires, il confiera une fois de plus ses destin�es � une minorit� qui le m�nera ou elle voudra - peut �tre o� elle pourra - et non o� il voudra, parce qu�il ne saura pas ce qu�il veut. C�est infiniment grave. Toute l�Histoire le prouve ".

Nous avons bien compris que ce que voudra le prol�tariat c�est ce que Pierre Besnard lui aura indiqu�. Les risques r�els cons�cutifs au fait de s�en remettre � un autre, il les souligne mais ses r�serves ne concernent que les autres qui voudraient faire la m�me chose que lui : guider le peuple.

Pour nous l�illusion c�est le ma�tre, m�me s�il s�appelle Pierre Besnard, et l�illusion supr�me c�est le ma�tre plus le disciple. Il faut se d�barrasser des ma�tres pour ouvrir sur l�anarchie : " Ni dieu, ni ma�tre ".

Ce qui est troublant c�est le perp�tuel paradoxe dans lequel il se situe : quand il �nonce ses principes nous ne pouvons qu��tre en accord avec lui mais d�s qu�il s�attache � leur mise en pratique, nous nous apercevons que celle-ci va � l�encontre de ces principes qu�il a lui-m�me �nonc�s.

Pierre Besnard nous invite � critiquer son projet : " ... �laborons notre plan constructif, soumettons-le � la discussion de tous et, qu�au plus t�t, on l�examine. Qu'on l�approfondisse, le perfectionne, mais qu�on d�cide et agisse. C�est donc dans le but d�obtenir ces r�sultats que je soumets ce Plan � l�examen, � la discussion, � la critique et � la d�cision de tous ".

C�est ce que nous allons faire, mais cette phrase nous am�ne deux remarques :

  1. il n�envisage m�me pas que ce plan pourrait �tre rejet� dans sa totalit� et ne propose que des amendements ;
  2. il sous-entend que remettre ce plan en question c�est entraver l�action. Nous pr�tendons qu�agir sans r�flexion rel�ve de l�activisme. Il n�y pas d�action possible sans r�flexion sinon dans la r�action. La r�flexion ne se dissocie pas de l�action sinon nous sommes dans le dogme.

Il nous indique la m�thode de travail et les principes qui l�ont guid� dans l��laboration de ce plan : " suivant ma conception, la base certaine, indiscutable de toute soci�t� est l�Economie. L�administratif d�coule du syst�me �conomique et le social est la cons�quence de l�Economique et de l�Administratif qui lui donnent vie et force ". Pour nous, il est indiscutable que l��conomique est la base de toutes les soci�t�s actuelles dites modernes. C�est pr�cis�ment parce que nous voulons inverser ce rapport et que ce soit l�individu qui devienne cette base incontournable, irr�ductible, que nous voulons changer de soci�t� et que seul, � notre connaissance, le Communisme Libertaire se donne ce but.

Enfin, il termine son introduction en donnant les caract�ristiques de son syst�me : " Ce syst�me sera donc de forme associative, f�d�raliste, r�gionaliste communaliste, f�d�rative et anti-Etatiste ".

Chapitre I : l�organisation de la production industrielle

Il s�agit l� de d�crire comment sera organis�e la production industrielle, le chapitre suivant reprenant le m�me mod�le pour la production agricole. Nous allons le d�tailler et tenter d�en rendre compte, afin d�expliquer o� se situent nos critiques, voire nos radicales objections ; nous citons : " Imm�diatement s�imposent � l�esprit les id�es suivantes : adapter � la t�che constructive r�volutionnaire les rouages syndicaux d�j� existants ; cr�er sans d�lais ceux qui n�existent pas ; renforcer ceux qui existent mais qui sont encore insuffisants ". Curieuses id�es que celles qui s�imposent � l�esprit de Pierre Besnard. Les rouages syndicaux existants ont leur utilit� dans la lutte n�cessaire contre le patronat dans le contexte pr�-r�volutionnaire. Comment imaginer qu�ils seraient adapt�s apr�s la r�volution sociale si celle ci a bien �t� mise en �uvre par les individus eux-m�mes prenant en charge leur propre vie ? Ce sont des outils de lutte, contre qui s�agira-t-il de lutter alors ?

Il est d�ailleurs remarquable que les outils qu�il imagine soient en miroir identiques � ceux de l�organisation capitaliste. Chacun des rouages qu�il d�crit se substitue � une organisation capitaliste en place, il aura les m�mes fonctions : seul le nom change. Nous verrons comment au fur et � mesure de leur description.

Il en arrive � dire � la conclusion de son livre : " Il (Le Grand Conseil des Travailleurs qui est l�appareil de coordination) remplace avantageusement l�Etat, quelle qu�en soit sa forme, sans avoir aucune des tares de cet Etat, qui devient compl�tement inutile ". On croit r�ver. Ce n�est pas contre le mot Etat que nous combattons mais bien contre les implications sur chacun de nous de cet Etat, rien ne peut le remplacer avantageusement.

Reprenons l�organisation de la production et suivons Pierre Besnard dans sa description : " Tous ces rouages, n�cessaires pour organiser rationnellement la production, sont incontestablement : Les Comit�s d�atelier, les Conseils d�usine, le Syndicat d�industrie, La F�d�ration r�gionale d�industrie, la F�d�ration nationale d�industrie et la F�d�ration internationale d�industrie... examinons comment ils doivent fonctionner, quels sont leurs rapports, leurs liaisons ". Toujours la m�me affirmation p�remptoire, comment entendre son invitation � le critiquer s�il utilise le mot incontestablement. Pour nous, cette organisation est �minemment contestable.

Les comit�s d�atelier

" Les Comit�s d�atelier, qui sont, en ce moment, les organes syndicaux indispensables pour exercer le contr�le de la production ; qui sont actuellement charg�s d��tudier le fonctionnement technique de l�atelier, de d�fendre les travailleurs sur le lieu m�me du travail, devront diriger la production de l�atelier, au lieu et place de la direction capitaliste, en accord avec les Conseils d�usine ". On a du mal � se repr�senter ce fonctionnement. S�il s�agit de travailleurs librement organis�s entre eux (comme le veut le communisme anarchiste, finalit� revendiqu�e par Pierre Besnard) que peuvent-ils bien avoir � voir avec une direction capitaliste, et o� est la n�cessit� de d�fendre les travailleurs ?

Les Conseils d�usine

" Qui sont (actuellement)... les instruments du contr�le syndical dans la gestion patronale... deviendront, par la force des choses, les conseils de gestion de l�entreprise. Ils se substitueront normalement aux conseils d�administration capitalistes. Ils dirigeront, en fait, techniquement, administrativement et socialement les entreprises nouvelles, avec l�aide des Comit�s d�atelier et sous le contr�le effectif du Syndicat d�industrie de la localit� ". Il appara�t donc � l��vidence que cette structure, en d�pit des all�gations contraires de Pierre Besnard, est hi�rarchis�e : avec l�aide du rouage inf�rieur et sous le contr�le de l�instance imm�diatement sup�rieure. Et tout le sch�ma s�articule ainsi. Pour preuve, il n�est qu�� voir les neuf planches r�alis�es par l�auteur en fin de livre repr�sentant sous forme sch�matique tout le syst�me d�organisation. Un monde nouveau r�duit � neuf sch�mas qui tous ressemblent �trangement � l�organigramme actuellement en place dans toutes les entreprises capitalistes. A l��vidence, toutes les informations, contr�les et d�cisions sont centralis�s.

Les Comit�s d�atelier et Conseils d�usine se composent de deux sections :

  • 1. sections techniques

    " Etudier, par atelier, l�organisation et l�ex�cution du travail ; se pr�occuper des investigations et des perfectionnements susceptibles d�augmenter le rendement, �lever ce rendement au niveau exig� par la consommation, dont les besoins seront indiqu�s par l�Office de la Statistique... ". Ces sections seront �galement charg�es de la recherche.

    L�, Pierre Besnard ajoute une petite phrase en apparence anodine mais lourde de signification : " Les Comit�s d�atelier... feront parvenir leurs travaux au Conseil de gestion et au Syndicat d�industrie. Ces derniers informeront � leur tour les F�d�rations r�gionales et nationale d�industrie qui se chargeront, elles aussi, d�informer, de la m�me fa�on, les Offices sp�cialis�s des F�d�rations internationales d�industrie ". On voit bien l� une base et des strates hi�rarchis�es, la communication ne passe jamais directement on en r�f�re toujours au niveau imm�diatement sup�rieur.

    2. sections sociales

    Elles ont pour mission d�assurer aux travailleurs le maximum de bien �tre, d�hygi�ne et de s�curit� : " leur r�le consiste � s�int�resser le plus possible � la vie du producteur, sur le lieu m�me de son travail ; � l��duquer, � d�velopper en lui les qualit�s humaines et en premier lieu, l�aide mutuelle, la solidarit�, la patience et la tol�rance, ainsi - et surtout - que le sentiment de responsabilit� ". Et voil� l�individu est devenu le producteur, n�ayant plus aucun int�r�t en tant qu�individu, on va tenter de lui faire int�grer les qualit�s n�cessaires au meilleur rendement. O� sont pass�s les individus conscients, capables de se d�terminer pour eux-m�mes ? Le syndicat se charge de les rendre fonctionnels.

  • Conseils d�usine ou d�entreprise

    Ayant d�crit le fonctionnement des sections, Pierre Besnard pr�cise celui des Conseils d�usine : " compos�s des travailleurs les plus qualifi�s de tous les services... assureront la direction et la gestion de l�entreprise socialis�e... ils pr�senteront le bilan de leur gestion aux travailleurs de l�entreprise et le soumettront �galement au Syndicat d�industrie dont ils d�pendront ". Les travailleurs les plus qualifi�s... le bilan pr�sent� aux travailleurs et soumis au Syndicat : sans commentaire.

    Et Pierre Besnard trouve utile d�en rajouter : " quelle que soit l�importance des Comit�s d�atelier ou des Conseils d�usine, il est �vident qu�ils ne pourront �tre que les organes du Syndicat d�Industrie ".

    Syndicat d�industrie

    " Le syndicat d�industrie est la v�ritable cellule de base de la production locale. Pourquoi ? Parce que les Comit�s d�atelier et Conseils d�usine... ne sont pas � m�me d�organiser, dans la localit�, la production de toute une industrie... seul le Syndicat d�industrie... est, par sa nature m�me, le r�gulateur industriel tout d�sign� dont la fonction s�impose. Il est seul qualifi� par sa nature, pour organiser et diriger, en toute connaissance de cause, la production de telle ou telle industrie, dans une localit� d�termin�e ". C�est �galement le Syndicat qui est responsable de l�approvisionnement en mati�res premi�res et de la r�partition des exc�dents. Il peut donc y avoir des exc�dents qui seront " utilis�s soit pour �tre �chang�s avec les r�gions les plus proches" soit : " pour �tre vendus � l�ext�rieur ".

    Il sera compos� de deux sections :

  • 1. Les sections techniques syndicales

    Charg�es de l�aspect technique de la production.

    2. Les sections locales syndicales

    Charg�es de l�aspect social.

  • F�d�rations r�gionales d�industrie

    Pierre Besnard nous en explique l�absolue n�cessit� : " De m�me qu�il est indispensable de grouper tous les Syndicats d�une r�gion d�termin�e pour assurer la vie �conomique, il est absolument n�cessaire de r�unir ces Syndicats par industrie, en vue d�organiser, dans le m�me cadre, la production industrielle. La t�che des F�d�rations r�gionales d�industrie sera exclusivement technique ". " Ces F�d�rations r�gionales formeront le Conseil �conomique r�gional. Cet organisme fonctionnera sous le contr�le de l�Union r�gionale des Syndicats ". Elles disposeront de six offices principaux dont, entre autres, l�Office de la Main d'�uvre qui " a pour but de recenser et de r�partir la main d'�uvre employ�e dans l�industrie ", pour Pierre Besnard si l�ANPE n�existait pas, il faudrait l�inventer !

    F�d�rations nationales d�industrie

    " Sont, aupr�s de la C.G.T. ce que sont aupr�s des Unions r�gionales, les F�d�rations r�gionales d�industrie ".

    F�d�rations internationales d�industrie

    " Prolongement indispensable des F�d�rations r�gionales et nationales....surtout si la r�volution s��tend � plusieurs pays ". Il est clair que pour Pierre Besnard, les nations subsisteront m�me l� o� la r�volution aura eu lieu.

    Ce chapitre a �t� longuement d�taill�, pour montrer, en le citant, ce que Pierre Besnard entend r�aliser sous couvert de mettre en place le communisme libertaire.

    Chapitre III : l�organisation syndicale

    Dans ce chapitre P. Besnard va tenter de : " d�montrer la valeur de l�organisation syndicale, de justifier ses pr�tentions... justifier son maintien apr�s la r�volution, et d�montrer que certaines t�ches, les plus importantes, ne peuvent �tre accomplies que par lui... ". " Il (le syndicalisme r�volutionnaire) sait aussi que nul autre que lui ne peut, avec chance de succ�s, et sans lui, organiser la production, premier facteur de la vie individuelle et collective... la clef de vo�te de l��difice soci�taire est la production et non la consommation ". Pour parvenir � nous convaincre P. Besnard ne recule devant rien : " Le syndicat est, je le r�p�te, le groupement naturel des producteurs et travailleurs. Son caract�re est donc biologique ". Et nous ajoutons, pour montrer que nous avons bien saisi qu�il existe des organisations biologiques, ce dont nous ne nous doutions pas, que l��glise catholique, comme toutes les �glises, est le regroupement naturel des croyants, son caract�re est donc biologique.

    P. Besnard poursuit sa d�monstration, toujours avec la m�me m�thodologie. Il commence par �noncer une affirmation comme indiscutable et en tire sa d�monstration. C�est exactement le mode de fonctionnement parano�aque ou malhonn�te : on part d�un pr�suppos� et on en d�duit sa conclusion sans aucun lien avec la r�alit� des faits.

    P. Besnard propose une organisation parfaitement centralis�e et hi�rarchis�e mais il suffit qu�il affirme que " son d�sir est d��chapper � tout centralisme �tatique � base syndicale " pour pouvoir conclure " il est donc anti�tatique et f�d�raliste ". L�affirmation de d�part doit nous suffire comme d�monstration.

    P. Besnard insiste beaucoup pour dire que le travailleur est � la fois le " moteur et le conducteur " du syndicat. " Nulle part il n�y a place pour le principe d�autorit� ". Les administrateurs " choisis... parmi les mieux dou�s... sont r�vocables ". Mais ces mandataires sont �lus � la majorit� et, dans une organisation de masse, r�vocables signifie interchangeables avec un individu ayant la m�me orientation.

    Bien que P. Besnard affirme le contraire, � ce jour les mandat�s des anarchistes (en tout cas � la FA) sont d�sign�s et r�voqu�s � l�unanimit�. Mais P. Besnard a toujours le m�me argument pour justifier son syst�me et en l�occurrence l��lection � la majorit� : " il ne faut tout de m�me pas passer tout le temps � discuter ; Il faut d�cider et, surtout agir ".

    Le syndicat est structur� sur le m�me mod�le que l�organisation de la production. Nous retrouvons donc l�Union locale et r�gionale des Syndicats, la Conf�d�ration G�n�rale du Travail et l�Internationale Syndicale qui doit �tre " le grand r�gulateur de la production universelle ". Il y l� un autre antagonisme fondamental entre P. Besnard et nous sur la conception du f�d�ralisme.

    P. Besnard nous donne sa d�finition du f�d�ralisme : " Tous ces rouages administratifs et sociaux, et leurs Offices techniques sp�cialis�s, constituent, de la base au fa�te, un syst�me parfaitement f�d�raliste... ".

    R�partition et distribution

    Une assertion balaye d�abord toute forme d�organisation de production qui ne serait pas celle propos�e par P. Besnard : " nul ne contestera, j�imagine, que les syndicats, par leur nombre, leur organisation et leur pr�paration pr�-r�volutionnaire sont mieux qualifi�s pour organiser la production que les quelques coop�ratives existant �� et l� ".

    Le sort des coop�ratives de consommation est tout aussi vite r�gl� : " A la v�rit�, la suppression du commerce priv�, l��tablissement d�un service communal de distribution, la remise des produits, denr�es et objets aux int�ress�s sur la simple pr�sentation de la Carte de Travail, accompagn�e de bons libell�s en heures de travail, � titre de contr�le ou de la carte d�invalidit� ou d�assistance rendent les coop�ratives de consommation absolument inutiles ".

    La voil� la belle �galit� �conomique et sociale, n�est-on pas l� plut�t dans tout travail m�rite salaire ? Rien de nouveau, il y a longtemps que nous sommes pr�venus : " tu gagneras ton pain � la sueur de ton front ". Pour nous cette r�tribution du travail en denr�es et autres est bien l��quivalent d�un salaire calcul� en nombre d�heures travaill�es. P. Besnard, � nos yeux ne supprime pas le salariat, ni la possibilit� de capitaliser des biens donc du pouvoir.

    Au passage on en profite pour r�quisitionner les biens des coop�ratives d�clar�es inutiles : " est-ce � dire que leurs installations souvent tr�s bonnes, que leur personnel g�n�ralement tr�s exerc�, ne seront pas utilisables et utilis�s ?... Au contraire, je suis persuad� qu�il y aura le plus grand int�r�t � transformer et � utiliser au mieux les magasins et entrep�ts des coop�ratives de consommation ; � en faire des magasins de r�ception et de r�serve ".

    Nous sommes bien �videmment d�accord lorsque P. Besnard dit : " L�achat �tant remplac� par la r�partition et la vente par la distribution, la coop�ration de consommation perd sa raison d��tre, avec l�accomplissement de la r�volution sociale ". Mais dans ce cas, pourquoi remplacer les coop�ratives de consommation par le syndicat ? On aurait pu imaginer leur transformation dans ce sens.

    Chapitre IV : l�organisation politique ou administrative

    "le gouvernement des hommes doit faire place � l�administration des choses... un syst�me administratif remplacera automatiquement et d�finitivement le syst�me politique actuel ". On voit bien que le communisme libertaire n�est pas le but r�ellement vis� et il est, selon nous, difficilement possible de parler d'anarcho-syndicalisme. Le but vis� est bien syndicaliste r�volutionnaire : une soci�t� g�r�e par le syndicat.

    A la base de l�organisation administrative on trouve l�individu, avec la commune comme cellule initiale. Jusque l� tout va bien, mais les choses se compliquent quand P. Besnard nous explique pourquoi la commune : " par sa d�limitation, qui est d�termin�e par la puissance d�attraction et le rayonnement de l�union locale des syndicats... ". C�est le monde � l�envers : c�est le syndicat qui d�finit la d�limitation de la commune.

    Le r�le de la commune est le suivant " aux syndicats le travail �conomique, aux communes les besognes administratives... elle devra s�occuper de tout ce qui int�resse l�individu, en dehors de son travail ". Les communes �tablissent entre elles un lien f�d�ral en F�d�rations r�gionales, Conf�d�ration nationale et Association internationale. La Conf�d�ration nationale des communes forme avec la Conf�d�ration G�n�rale du Travail le Grand Conseil des Travailleurs.

    Dans ce chapitre P. Besnard se d�fend beaucoup, sans nous convaincre, contre l�objection que nous lui faisons. Prenons par exemple ce qu�il dit � propos du lien f�d�ral entre les communes : " ne peut-on pas craindre qu�il constitue une sorte de r�miniscence �tatique, une sorte de pouvoir d�guis� qui viserait, par des voies obscures, plus � gouverner qu�� administrer et � g�rer ? ". Et bien, justement si, nous pouvons le craindre, le f�d�ralisme, tel que le con�oit P. Besnard, ne garantit en rien contre ce risque.

    Chapitre V : l�organisation sociale

    P. Besnard pose un pr�ambule qui nous am�ne encore � nous dissocier de lui. Il affirme la n�cessit� de l�organisation et critique � la fois ceux qui refusent toute forme d�organisation et ceux qui, bien que partisans de l�organisation, n�ont sur la construction de l�avenir que des id�es extr�mement vagues et les classe dans les anti-organisateurs. Pour nous, l�organisation est indispensable sans cela c�est la loi du plus fort qui se met en place. Cela ne signifie pas que nous devrions organiser et g�rer la vie des individus, sinon nous sommes dans le totalitarisme ou le fascisme. Pour nous, l�organisation est l�association, sans coercition, dans un but d�termin� avec les moyens et les formes ad�quates pour atteindre ce but n�cessaire � la vie sociale. Au passage, nous insistons sur le fait que la fin ne justifie jamais les moyens. L�organisation n�a de sens que pour mettre en place des structures qui �vitent autant que possible toute prise de pouvoir. Car ne nous leurrons pas : l�avidit� de pouvoir existe en tout �tre humain.

    P. Besnard, dans son souci didactique, va plus loin : " De qui d�pendra cette organisation sociale ? Qui l�impulsera ? Quel en sera le moteur ? Qui le contr�lera "? Peu importe la r�ponse, le lien de subordination est clairement �nonc�.

    Parlant de l�organisation sociale Pierre Besnard a mis en avant qu�elle s�int�ressait � l�individu, le syndicat s�occupant du travailleur. Les services sociaux, au nombre de dix, sont l� pour faciliter la vie des individus. Qu�en est-il ?

    La distribution des vivres

    Nous avons vu plus haut qu�elle ne concerne que les travailleurs, selon leur nombre d�heures de travail, avec une exception pour les handicap�s et les assist�s.

    L'�ducation et les loisirs

    Critiquer le mod�le �ducatif de P. Besnard devrait faire l�objet d�un article particulier. Contentons-nous ici de souligner le r�le de l��ducation pour celui ci : " la soci�t� ne fait qu�une avance que l�enfant lui remboursera par son travail, lorsqu�il sera devenu un producteur ". Pauvre enfant, d�j� en dette par le seul fait qu�on lui aura donn� l��ducation n�cessaire et suffisante pour qu�il devienne un producteur. Car c�est bien de cela dont il s�agit.

    Tout d�abord le moule avec deux degr�s :

    • Le premier, de 5 � 12 ans (et rien avant 5 ans ) o� P. Besnard qui n�a sans doute jamais remarqu� la curiosit� et le d�sir de savoir des enfants de cet �ge affirme qu�il " n�a pas encore atteint l��ge d��tudier les sciences et o� il s�agit essentiellement de d�velopper ses qualit�s physiques ". Nous sommes tent�s de dire pour quoi faire ? Avons-nous besoin de grands gaillards physiquement d�velopp�s et compl�tement ignares ?
    • En effet, ce n�est que dans le second degr� que d�marre l�enseignement : " o� l�enfant de douze � seize ans doit �tre initi� aux diverses branches du savoir humain, en m�me temps qu�il apprend la pratique d�une ou de plusieurs branches de la production ". Voil� c�est fini, quatre ann�es d�enseignement g�n�ral et technique suffiront � ces grands costauds.

    Il reste tout de m�me une chance pour ceux qui souhaitent �tudier " apr�s avoir termin� son �ducation jusqu�� la fin du second degr�, un jeune homme peut d�sirer - sans abandonner le travail productif auquel il est tenu - de se vouer plus sp�cialement � l��tude d�une science... ". Passons sur le fait qu�il ne parle que de jeune homme, que de science et vous avez bien compris : le travail est obligatoire d�s seize ans. Triste soci�t� que celle qui nous est propos�e.

    Chapitre VI : l�organisation g�n�rale du monde nouveau

    Il s�agit de : " R�capituler et rendre compte du caract�re exact des rouages qui me paraissent � la fois, n�cessaires et suffisants, pour assurer la vie �conomique, administrative et sociale du r�gime nouveau ". Un rien m�galomane, Pierre Besnard a pens� � tout, il n�y a rien � ajouter, rien � enlever.

    Dissociant l�organisation �conomique, administrative et sociale, il diff�rencie le travailleur qui rel�ve de l��conomique, de l�individu qui rel�ve de l�administratif et du social. Mais il va plus loin : " � la base le travailleur " et tout naturellement c�est dans l�organisation �conomique : " le syndicat d�industrie... le premier groupement o� s��labore, par voie de synth�se, l�int�r�t g�n�ral ".

    Par quoi remplacer l�Etat ?

    Le Grand Conseil des Travailleurs

    " Si nous avons fait dispara�tre toutes les raisons d��tre de l�Etat : propri�t�, pouvoir, classes, salariat, nous avons aussi dress�, �tage par �tage, sur des plans parall�les, deux pyramides solidement assises sur le roc de la r�alit� : l�une �conomique, l�autre administrative. Soud�es � la base, elles sont reli�es � tous les �tages par des rouages qui coordonnent et conjuguent leur activit� jusqu�au sommet ". Il nous explique lui-m�me que son syst�me est hi�rarchis�, donc incompatible avec le f�d�ralisme dont il se revendique.

    D�claration de principes

    Le Congr�s r�affirme " la base de l�ordre social nouveau est �conomique " d�o� la n�cessit� d�organiser en premier la production. Mais ce n�est pas tout : " En affirmant le droit � la vie de tout homme valide qui travaille ; en assurant l�existence aux enfants invalides et malades par la distribution gratuite de tous les produits et objets, le Congr�s exclut l�argent des rapports des hommes " droit � la vie r�serv� aux travailleurs, les invalides et malades font exception mais le payent cher, par cette op�ration ils deviennent enfants. Selon nous, chacun poss�de avant tout le droit de vivre et de vivre dignement. Nous consid�rons qu�il faut penser aux besoins avant de penser aux obligations afin qu�il n�y ait plus un seul homme qui soit contraint de vendre sa force de travail pour exister.

    Et, si vous ne le saviez pas, vous avez un double but dans la vie " Travailler et vivre librement ". La vie a-t-elle ainsi un but ? Id�e religieuse que celle de vouloir donner un sens � sa vie. Pour nous la vie n�a pas d�autre objet que d��tre v�cue et nous tentons de concilier le travail, qui rel�vera toujours de la contrainte et la libert�.

    Hi�rarchie et F�d�ralisme : " Dans le cas o� il y aurait diff�rent entre l�Union locale des Syndicats et la commune, il (le Conseil Local des Travailleurs) fait fonction d�arbitre. Appel de sa d�cision pourra �tre fait devant le Conseil R�gional des Travailleurs et en dernier ressort devant le Grand Conseil des Travailleurs. Les d�cisions de ce dernier sont sans appel ".

    Soulignons au passage la double hi�rarchie :

    1. la Commune, donc l�individu, est toujours soumise au Syndicat,
    2. Le travailleur, lui-m�me hi�rarchis�.

    Il nous semble que le f�d�ralisme dont se revendique Pierre Besnard, n�est qu�un mot qui couvre une autorit� centralis�e. Pour nous le f�d�ralisme se d�finit comme la possibilit� de s�associer librement et de fa�on temporaire. Il rel�ve toujours d�initiatives individuelles. Comme Bakounine, nous pensons que chaque r�gion, chaque commune doivent �tre libres de s�organiser librement.

    Conclusion

    Nous citons : " le syndicalisme r�volutionnaire doit indiquer, en pr�tendant � la succession du capitalisme, les bases et le fonctionnement de l�ordre social qu�il veut r�aliser ; qu�il doit faire conna�tre son plan constructif et faire p�n�trer dans les masses travailleuses sa doctrine, ses principes et le syst�me d�organisation qu�il oppose, dans l�ensemble et par partie, aux principes et � la doctrine capitaliste ".

    Pierre Besnard se d�finit comme anarcho-syndicaliste, or il fait d�lib�r�ment ou non l�amalgame en se pr�sentant comme syndicaliste r�volutionnaire. La confusion entre anarcho-syndicalisme et syndicalisme r�volutionnaire est constamment entretenue. Les deux mots sont employ�s indiff�remment comme s�ils recouvraient la m�me r�alit�.

    Bien que Pierre Besnard affirme le contraire, le syst�me propos� n�abolit pas le salariat dans son principe : les bons de travail remplacent la monnaie mais ils ont exactement la m�me fonction. A cela nous objecterons, comment consid�rer qu�une heure de travail �quivaut � n�importe quelle autre, n�est-il pas des travaux plus p�nibles et moins gratifiants ? Le nombre d�heures de travail ne donne en rien la mesure de l�utilit� sociale. Nous restons bien dans le cadre du salariat et celui qui produit, envoy� sur son lieu de travail par l�Office de la Main d'�uvre suivant les besoins de production identifi�s par le syndicat, a renonc� � faire conna�tre son avis sur l�utilit� de ce qu�il produit et la mani�re de le faire.

    Il n�abolit pas non plus la monnaie, elle est conserv�e pour les �changes avec les pays �trangers � qui on ach�tera les mati�res premi�res et on vendra les surplus de production.

    Le syndicalisme de Pierre Besnard est collectiviste en ce sens qu�il collectivise les moyens de production, mais il a des caract�ristiques individualistes, il est toujours question des plus dou�s pour remplir une fonction, seuls les plus courageux auront acc�s aux �tudes sup�rieures. Le travail obligatoire correspond � la lutte pour la vie, avec en plus la charit� pour ceux qui ne pourraient pas travailler. L�assistance sociale, prenant en charge les individus reconnus inaptes ouvre la porte � toutes les inquisitions.

    Pour nous, le parfait appareil imagin� par Pierre Besnard est une nouvelle machine � broyer les individus. Qui n�aurait envie dans ces conditions d��tre grain de sable pour bloquer les rouages ? Car bien entendu, il n�y a pas de place pour qui n�adh�rerait pas � ce syst�me o� la place de chacun est pr�vue.

    " La pr�sente constitution r�git tous les individus et toutes les institutions du pays ". Celui-ci ne saurait �tre que dissident � ramener � la raison. Et c�est bien cela qui nous inqui�te. En effet s�il ne s�agissait que de mettre en place un syst�me dans lequel chacun aurait le libre choix de s�inscrire ou non, nous n�aurions pas la moindre objection. Il est pour nous fondamental que chacun puisse choisir son mode de vie et sa place dans le cadre du libre contrat ; nous n�imaginons m�me pas que tous adh�reraient � ce que nous voulons pour nous.

    Dans une soci�t� communiste libertaire, telle que nous l�imaginons, il doit y avoir toute la place pour ceux qui ne souhaitent pas ce communisme. Libre � chacun de s�organiser comme il l�entend ; � nous de d�finir une organisation qui ne soit pas destin�e � r�gir la vie de tous mais dont l�unique but est, par sa forme structurelle, d�emp�cher toute prise de pouvoir d�un groupe sur un autre.

    Nous ne mettons pas en doute la bonne foi et la bonne intention de P. Besnard. Mais il est toujours plus que douteux de vouloir agir pour le bien de l�autre. N�anmoins nous consid�rons que le syst�me qu�il propose n�offre aucune garantie de ne pas devenir un jour totalitaire. Il porte en lui le germe du centralisme d�mocratique et de la bureaucratisation. Le risque est grand qu�il prenne effectivement la place de l�Etat tout aussi impossible � penser comme se d�sagr�geant de lui-m�me. Et c�est bien sur ce point particulier que nous nous dissocions des communistes autoritaires.

    Nous nous opposons au principe d��galit�, pourtant inscrit sur le fronton de nos �difices publics et revendiqu� par P. Besnard. L��galit� n�existe pas, sauf pour des clones. Ce qui fait la richesse d�une soci�t� c�est justement la diversit� des individus qui la compose sans qu�il soit possible de les mesurer sur une �chelle de valeurs d�montrant une �ventuelle �galit�. Partant de l�, on ne saurait revendiquer l��galit� �conomique, qui, d�ailleurs n�implique nullement la libert�. De nombreuses communaut�s religieuses fonctionnent avec l��galit� �conomique. Qui de nous voudrait de l��galit� des moines dans leur couvent ? Rien ne s�oppose au despotisme dans une soci�t� �galitaire.

    Le communisme anarchiste se fonde sur la libert� du travail et de la consommation en l�absence de toute mesure et de toute d�termination de l�un et de l�autre.

    La proposition de P. Besnard : " � chacun selon son travail " rel�ve � nos yeux, du collectivisme. Les relations impos�es �chappent � l�individu qui devient sujet. Ce qui est subjectif attend sa solution du collectif et s�en remet � un sauveur. La solution collective


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