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  Post� le mardi 09 janvier 2007 @ 17:59:24 by anarkorevolter
Contributed by: anarkorevolter
Travail
La critique du travail peut sembler vaine, loufoque ou dangereuse, voir scandaleuse. Et pourtant, n'est-ce pas le syst�me productiviste qui r�v�le aujourd'hui toute son absurdit�, quand, au comble de l'aberration, nous en venons � regretter le fait que le travail se fasse toujours plus rare ?


Car c'�tait bien l� le but du progr�s et de ses machines, celui pour lequel tant de g�n�rations ont sacrifi� leurs beaux jours, que de nous lib�rer enfin de la mal�diction du travail !
Mais alors que la r�volution industrielle et sa s�ur informatique triomphent voil� que les lendemains qui chantent s'av�rent �tre ceux de l'enfer du ch�mage et de la � crise �. Ici la pr�carit� d'emploi ou sociale se g�n�ralise, l�-bas la mis�re bat des records historiques. Bien que plus personne ne conteste la responsabilit� de la surproduction et la surconsommation dans les d�r�glements �conomiques, sociaux et �cologiques qui ruinent notre pr�sent et compromettent notre avenir, les dirigeants et les m�dias s'obstinent : Hors de la croissance et du plein emploi point de salut ! Au premier million de ch�meurs ils l'affirmaient avec vigueur, au second ils le certifiaient �tudes � l'appui, au troisi�me elle fait toujours la une...
Or depuis plus de trente ans que la croissance et le d�veloppement, son ersatz exportable, nous m�nent au bonheur que constatons-nous ?
La fermeture d'une usine est plus rentable que sa production, une politique de licenciement assure une hausse d'action en bourse. L'industrie d�localise comme vous changez de chemise, ce apr�s avoir longtemps profit� de cadeaux financiers des �tats, donc du contribuable, sous la promesse non tenue de cr�er des emplois. Bref, la courbe ascendante du ch�mage suit inexorablement celle des b�n�fices records enregistr�s en bourse.
Et voil� que les travailleurs sont somm�s de travailler toujours plus pour encore moins tandis que le prix de la vie �xplose. Contraints d'accepter contrats et conditions de travail toujours plus pr�caires sous la menace latente ou d�clar�e de rejoindre leurs camardes ch�meurs.
Ces sans-emploi qui de victimes de la crise sont devenus coupables parasites et sont mis en demeure (s'il en ont une) de se vendre, de trouver un travail qui n'existe plus sous peine d'exclusion au propre comme au figur�. Il faut un certain culot pour annoncer une baisse des chiffres du ch�mage quand dans la r�alit� celle-ci ne correspond pas � de nouveaux emplois mais au nombre d'allocataires exclus suite � la chasse en cours. Signe des temps, notons le revival tr�s tendance des working-poors, tels ces Londoniens � l'avant garde de la flexibilit�, cumulant plusieurs emplois mais contraints de faire les poubelles pour permettre aux leurs de survivre.


Ces quelques observations d�montrent � elles seules l'actualit� et la pertinence de la remise en question du travail salari� comme unique acc�s � la vie active, � la participation sociale et citoyenne. Car en finir avec le travail ne signifie pas cesser de s'activer, que du contraire.
Avant de poursuivre un d�finition s'impose, il est n�cessaire de d�mystifier le terme avant son culte. En effet ce mot pi�ge, maudit et v�n�r� a la particularit� de d�signer autant le labeur forc�, �puisant, r�p�titif et abrutissant que les activit�s �panouissantes et librement choisies.
Vous l'aurez compris la cible de cet attentat litt�raire est bien le travail effectu� sous la contrainte, quelle qu'elle soit, du fouet au salariat.
Un petit d�tour par l'�tymologie s'av�re tr�s instructif. Beaucoup connaissent l'origine r�v�latrice du terme fran�ais qui, comme pour les autres langues latines, n'est autre que le tripalium, joug de torture destin� aux esclaves. Peu savent qu'il en va de m�me dans la plupart des langues europ�ennes. Ainsi dans les idiomes germaniques le mot d�signe la corv�e d'un enfant orphelin devenu serf.
Apr�s cette petite histoire s�mantique rappelons bri�vement celle du mal pr�tendument n�cessaire qu'il d�signe. Car un des atouts du productivisme est de s'appuyer sur la croyance qu'il en a toujours �t� ainsi, que le travail est le propre de l'homme, qu'il est dans sa nature. Bref, une fatalit� � laquelle n'existe aucune alternative. Or comme nous allons le voir, il n'y a rien de plus faux.

� Le travail rend libre ! �

Pour commencer par le d�but, si l'humain est apparu il y a plusieurs millions d'ann�es, le travail lui n'existe que depuis 15.000 ans � peine. Rassurez-vous il ne s'agit pas de vanter avec nostalgie le paradis perdu, mais juste de r�gler son compte au premier mythe de notre liste, celui qui pr�tend qu'il en a toujours �t� ainsi . En effet les activit�s auxquelles se livraient nos a�eux et qui les occupaient tout au plus trois heures par jour, comme la cueillette puis la p�che ou la chasse sont de nos jours toutes consid�r�es comme des loisirs ! Mais voil� qu'un beau jour, Cro�r fils des �ges farouches �prouve subitement un �trange besoin de jardinage. Apr�s des centaines de milliers d'ann�es d'une heureuse alliance avec son milieu notre homme d�cide de le dompter !
Or d�s la premi�re graine sem�e une suite de bouleversements sans pr�c�dents vont se produire. Adieu la grande promenade, bonjour s�dentarit� et autres embouteillages sur le p�rif ! Car qui dit champs dit moisson, qui dit r�colte dit exc�dent, qui dit stock dit muraille, qui dit territoire dit guerre...Une impressionnante r�action en cha�ne qui semble na�tre d'un divorce consomm� avec la nature et pourrait bien s'achever par une autre r�action en cha�ne, atomique cette fois, si nous n'y prenons pas garde.

Tr�ve de pr�cipitation, revenons un instant � l'Antiquit� lorsqu'un certain Aristote, bien connu des services de l'empire, d�clara : � Il est beau de ne pratiquer aucun m�tier, car un homme libre ne doit pas vivre pour servir autrui. �.
Ceci pour constater que d�s son apparition le travail fut consid�r� comme une mal�diction � fuir comme la peste et que l'ont confiait d�s lors volontiers aux esclaves ou autres serfs corv�ables � merci. Les nobles aristocrates qui succ�deront aux ma�tres Romains justifieront par la religion et leur sang bleu les privil�ges qui les dispensaient de cette Mal�diction d�cr�t�e Divine. Les variations autour de ce th�me sont presque aussi nombreuses qu'il y e�t de civilisations. Il est toutefois troublant de noter que nos m�di�vaux anc�tres travaillaient nettement moins que de nos jours. D'une part le travail �tait li� aux saisons, d'autre part le nombre de jours ch�m�s -en cette �poque o� le terme �tait r�jouissant- repr�sentaient un bon tiers du calendrier vu la quantit� invraisemblable de saints � f�ter. R�jouissances � profusion qui rimaient avec une vie sociale riche, All�luia !
Il fallait donc s�vir. C'est ce que firent habilement les Protestants, paradoxalement suivis des Lumi�res, ainsi que la r�volution industrielle d�s ses balbutiements en Flandres et au-del�.
Le travail est donc sacralis�, il n'est plus honteux de travailler, faire du profit n'est plus un p�ch� ! Sous nos yeux �bahis le travail se m�tamorphose de mal�diction divine en un devoir glorieux, mieux : en droit fondamental, Amen !

La suite est connue. Alors que la plan�te, l'humain et le vivant saturent, les �conomistes et les politiques persistent � vanter le plein emploi et imposent la croissance.
A qui profite cette irresponsable fuite en avant ? Qui tire les b�n�fices de cette surproduction insens�e de gadgets inutiles qui n'ont d'autres buts que de produire du travail donc de g�n�rer des profits ? Certainement pas � vous, m�me si vous travaillez � la conception, � la production, � la promotion ou la distribution des ces co�teux gadgets vous en payez le prix fort. Vous y sacrifiez plus d'un tiers de votre vie, souvent votre sant� et votre vie familiale ou sociale en p�tit toujours plus. Sans parler des d�g�ts, de la pollution engendr�e par ces activit�s souvent d�nu�es de sens, ni du prix bien plus �lev� que payeront les g�n�rations futures h�riti�res involontaires de nos n�vroses consum�ristes. Perdre sa vie � la gagner, le salaire �tant le b�ton et la carotte.
Ici appara�t l'inavouable fonction de l'argent qui -au-del� de g�rer le troc qui peut tr�s bien s'en passer- est de quantifier, d�gager des profits induits par le travail d'autrui et surtout de permettre une accumulation nettement sup�rieure aux besoins personnels d'un individu ou d'une �lite. Ce qu'il fallait d�mont(r)er ?
Tant d'activit�s parmi les plus absurdes que l'esp�ce humaine n'aie pu inventer dans les seuls buts de justifier salaires des uns, profits des autres et d'imposer un contr�le social sous forme d'occupations abrutissantes. Voil� qui explique pourquoi vous ne pouvez quitter le bureau ou l'atelier avant la fin de la journ�e m�me si vous avez d�j� termin� vos t�ches � midi, ce n'est plus votre force de travail mais votre temps de vie que vous vendez !
Ce n'est pas un hasard si les r�gimes totalitaires, de Vichy � Moscou en passant par Berlin, ont de tout temps us� et abus� du travail afin d'emp�cher leurs peuples de penser donc d'�tre, voir d'en liquider physiquement certains groupes... A l'entr�e des camps nazis figurait l'inscription � le travail rend libre �...

Avoir l'heure ou avoir le temps...

Nous l'avons vu le travail n'est ni dans la nature humaine, ni dans la nature de l'activit� humaine elle-m�me, dont il est l'abstraction monnayable. Malgr� des l�gendes tenaces il n'est pas non plus une fatalit�. La mystification de la croissance est un non-sens �co-mortel qui nous est impos�e par des institutions non-d�mocratiques tel le FMI , la banque Mondiale ou de puissantes multinationales � grands coups de rentabilit�, flexibilit�, comp�titivit� et autres dogmes. Si le mythe de la croissance infinie pouvait s�duire un contemporain de Christophe Colomb croyant d�couvrir l'Inde, il s'av�re anachronique et criminel � l'heure actuelle.
Il est urgent de sortir de l'impasse du productivisme, les alternatives existent et nombreuses sont celles qui ont d�j� fait leurs preuves. Abolir le travail n'est pas se tourner vers le pass�, au contraire le d�passement de la situation actuelle aura grand besoin de certaines de ces technologies dites de pointe et pourtant vieilles comme le monde, tels les �nergies renouvelables, les r�seaux d'�changes de savoirs, les r�seaux de troc sur et hors de la Toile. L'allocation universelle -en attendant ou en pr�cipitant la fin du capitalisme- est une autre piste provisoire � �tudier prudemment.
Un paradoxe int�ressant est qu'en d�mat�rialisant l'argent, la cyber-finance pourrait faciliter, bien malgr� elle, la fin du capital ! Imaginez juste un instant qu'un beau matin, pris d'un �lan de lucidit�, nous d�cidions tous de jeter nos cartes magn�tiques et de continuer tout simplement comme avant ! Bien s�r beaucoup seront tent�s dans un premier temps de prendre cinq tartes aux fraises au lieu d'une baguette mais leur estomac les rappellera rapidement � la raison. De plus tartes et baguettes seront bien meilleures vu que les boulangers qui poursuivront leur activit� le feront uniquement parce qu'ils aiment �a et en sont fiers !

Cessons de maudire ou craindre cette nouvelle situation que nous avons tant souhait� et r�jouissons nous du temps retrouv�. Valorisons les activit�s sens�es, d�j� nombreuses, ax�es sur l'�ducation, le bien-�tre et la sant�, les services publics et concrets � la collectivit�, la cr�ativit� et les arts. Toutes ces professions qui dans ce monde invers� sont les premi�res sacrifi�es sur l'autel des restrictions budg�taires. Bard�s de nos sciences et technologies r�concilions nous avec la nature. Faisons le tri entre le n�cessaire, le superflu et l'inutile. Avez-vous d�j� os� calculer le temps que vous travaillez pour payer la voiture que vous utilisez pour vous rendre ...� votre travail ? Consommer moins, c'est travailler moins. Diff�rentes �tudes men�es par d'authentiques �conomistes ont r�guli�rement d�montr� que les activit�s r�ellement n�cessaires pour subvenir au besoin quotidien de notre soci�t� repr�sente moins de trois heures journali�res, �a ne vous rappelle rien ? Enfin du temps pour soi, pour lire, pour jouer avec ses enfants, pour son partenaire, pour vivre !

Avant de conclure il faut �voquer le danger que comporte la critique du travail, afin de ne pas se fourvoyer et prendre la proie pour l'ombre. Il ne s'agit pas de faire le jeu de liquidateurs du bien public. C'est bien par l'acc�s � l'emploi que les travailleurs d'antan ont pu am�liorer leurs conditions de vie, s'organiser, lutter pour (re)conqu�rir leur dignit�. Ce que la novlangue nomme � tort les acquis sociaux furent de fait des conqu�tes arrach�es au prix du sang des prol�taires. Notons toutefois que les insurg�s de la Commune n'avaient pas � se soucier de la fonte des p�les...
A nous de tisser et b�tir, mobiliser pour �tablir de nouveaux rapports de forces et de farces ! A quand la gr�ve g�n�rale contre le travail ? !
La croissance durable n'�tant qu'oxymoron, la d�croissance comme le bon sens inscrivent la critique du travail � l'agenda de tout �tre qui n'a pas d�sappris � penser.
Cette modeste contribution ne pr�tend pas apporter d'�l�ments neufs ou de r�ponses d�finitives � la remise en question du travail et de ses mythes et dogmes. Ses buts sont d'inciter les lectrices et lecteurs � pousser plus loin la r�flexion en consultant les nombreux ouvrages dont ce texte s'est librement inspir� (cf. liens).Contredire la pens�e unique et d'affirmer que non seulement une autre vie et un autre monde sont possibles, mais surtout qu'il est urgent de passer de la th�orie � la pratique. Pour conclure en r�pondant d'avance � ceux qui ne manqueront pas de clamer que tout ceci ne sont que fadaises ou de dangereuses chim�res : L'utopie -irresponsable et criminelle- est de s'obstiner � cautionner un syst�me qui va et nous emm�ne, nous le constatons tous, droit au mur !

Bonne sieste !






source: http://paris.indymedia.org/article_propose.php3?id_article=74885



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