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  Post� le jeudi 04 janvier 2007 @ 15:54:33 by AnarchOi
Contributed by: AnarchOi
Syndicalisme

Source : Combat Syndicaliste num�ro 97 de la CNT-AIT de Midi-Pyr�n�es.



Rappeler �nos �vidences�, les grandes lignes de ce que nous pensons, ne suffit pas, et il faut aller plus dans le d�tail. Voici l��tat de notre r�flexion sur quelques unes des grandes questions qui agitent le milieu libertaire en ce moment

Voter, est-ce agir ?

Nous refusons toutes les �lections, qu�elles soient politiques ou professionnelles. Car jamais un �lu, de quelque bord qu�il soit, n�a � parler ni � d�cider � notre place. Face au pouvoir des canailles, nous appelons en toutes circonstances � l�abstention. On nous dit que les �lections seraient le moyen pour les opprim�s de renverser la situation. Observons tout d�abord que les alternances gouvernementales n�ont rien produit de semblable. Abusivement pr�sent� comme d�mocratique, le parlementarisme, produit de la d�l�gation de pouvoir, favorise la d�mission au quotidien, d�shabitue les individus de l�exercice du pouvoir politique et favorise les "sp�cialistes" de la politique et autres nantis. D�fendre le parlementarisme, c�est accepter de se soumettre aux r�sultats des urnes, aux 82 % de suffrages qui ont hiss� Chirac sur le pavois, c�est l�gitimer la politique anti-sociale qui en d�coule. C�est aussi attendre �ternellement la "prochaine" �lection pour esp�rer un changement, et, dans l�attente, continuer � se faire pi�tiner. C�est transformer la lutte sociale en champ clos de conflits entre fractions parlementaires qui, lorsqu�elles sont minoritaires se pr�sentent comme "la" solution de rechange, avant de continuer toujours la m�me politique quand elles reprennent le pouvoir. Un mouvement de lutte qui chercherait � s�appuyer sur le parlementarisme ne peut que s�affaiblir et se diviser et oublierait la masse croissante d�exploit�s qui refuse le jeu �lectoral et s�abstient consciencieusement � chaque �lection.

Si l��lectoralisme divise, l�action directe construit au contraire le rapport de force puisque, par d�finition, elle est l�action collective et sans interm�diaire des opprim�s en lutte. L�action directe est la base originelle du syndicalisme, celle qui lui a permis, un temps, de contrer les attaques du capital. Il est grand temps de renvoyer les bureaucrates, les permanents politiques et syndicaux, les "partenaires sociaux", les �lus (politiques ou professionnels), les sp�cialistes du paritarisme (qui participent � la gestion anti-sociale des caisses et de l�administration) aux poubelles de l�histoire.

Nous refusons tous les partis politiques, toutes les chapelles, tous les �tats et toutes les cliques d�arrivistes et de poss�dants, qui, au nom de la d�mocratie, de dieu ou d�un drapeau vivent en parasites sur la mis�re mat�rielle et morale qu�ils nous imposent � coups de lois et de milices. A bas l��tat, le parlementarisme et les partis politiques !

La violence des masses est-elle contre-r�volutionnaire ?

La violence r�volutionnaire n�est autre chose que la quantit� d��nergie n�cessaire � produire une rupture historique. L��tude attentive de l�histoire montre que se sont les mouvements de r�action, et non l�action r�volutionnaire, qui produisent la Terreur ou la guerre. Les �v�nements les plus sanglants sont le produit du reflux r�volutionnaire et non les causes de son insucc�s.

Il est dans l�air du temps de pr�ner une sorte de "non-violence politiquement correcte", en imputant � l�utilisation de la violence les �checs des diff�rentes luttes r�volutionnaires. Et loin d�approfondir les le�ons du pass�, on s�enfonce de plus en plus dans des raccourcis faciles, impr�gn�s d�imagerie scolaire. Ces simplifications sont tr�s utiles depuis deux cents ans � tous les r�actionnaires qui utilisent la confusion entre la violence de masse et les �pisodes de la Terreur.

Pour les anarchosyndicalistes, il est au contraire fondamental de rep�rer dans l�histoire ces moments de rupture (qu�ils se situent en 1789, 1917 ou 1936) pendant lesquels la population quitte son r�le passif pour passer � l�action [1]. A l�inverse, les �pisodes de r�action se caract�risent par le retrait de la sc�ne historique des masses populaires, qui laissent ainsi la place � des fractions politiques. Ces derni�res mettent un terme � toute destruction du pouvoir pour, au contraire le reconstruire, le d�fendre et finalement le conqu�rir. Le r�sultat est un mouvement centralisateur, �tatique et militariste. Une lecture plus fine de l�histoire montre que se sont ces mouvements de r�action -et non l�action r�volutionnaire�, qui produisent la Terreur comme la guerre. Les �v�nements les plus sanglants sont le produit du reflux r�volutionnaire (Exemple : la Bataille de l�Ebre, en 1938) et non les causes de son insucc�s.

Le discours dominant nous habitue � un concept de violence aussi polyvalent que creux. Est d�s lors r�put�e violente toute action qui ne rentre pas dans le moule de la protestation "citoyenne", du syndicalisme int�gr� ou des autres formes de contestation politiquement correctes. Globalement, le qualificatif "violent" est essentiellement une �tiquette qui permet de stigmatiser l�adversaire. Par ce tour de passe-passe, il n�y a de violence que chez ceux qui contestent le syst�me, tandis que les oppresseurs, qu�ils bombardent une cit�, affament la moiti� d�un continent ou torturent dans les commissariats et les camps, sont toujours les gardiens du droit et de la justice et finalement de v�ritables non-violents auxquels rien (si ce n�est une regrettable bavure de temps en temps) ne saurait �tre reproch�e. Les r�volutionnaires qui se prennent � singer cette rh�torique nous font assister � un �tonnant spectacle et donnent l�impression de chercher � s�excuser de vouloir renverser l�ordre �tabli.

La r�volution libertaire ne peut triompher que par la participation des masses. C�est cette participation, qui d�termine le rapport de force. Plus celui-ci est �lev� et plus la violence est limit�e. C�est donc quand ce rapport de force est �lev� (et non quand on est en �tat de "l�gitime d�fense" ou pire, "lorsque la violence est impos�e par une provocation", comme on le lit parfois) que les masses peuvent d�truire le pouvoir qui les exploite et les domine. Ceux qui pr�nent la non-violence � ce moment l� (quand tout est possible et que la violence peut �tre tr�s limit�e) pour ensuite r�futer la non-violence en p�riode de reflux (par exemple en l�gitimant alors seulement la "l�gitime d�fense"), prouvent simplement deux choses : qu�ils utilisent la non-violence comme concept tactique (et non comme un postulat philosophique qui m�riterait d��tre discut� autrement) et qu�ils l�utilisent mal. En effet ils sont � rebours de toute la dynamique r�volutionnaire, car ils raisonnent en dehors des masses, comme si le mouvement anarchiste devait �tre coup� d�elles. Certains en arrivent � tant les m�priser (� force de confusion historique et l�galiste) qu�ils peuvent tenir des propos, tels que "Les pauvres par eux-m�mes ne peuvent que foutre le bordel" [2], qui constituent la n�gation m�me des capacit�s d�auto-organisation des masses. Ce qui revient � nier la base de la philosophie libertaire.

Cette fa�on de tourner en rond de pseudo-penseurs provient d�une incapacit� � concevoir la soci�t� autrement que telle qu�elle existe � ce jour. La question doit donc �tre pos�e autrement : Est-ce qu�une soci�t� viable, non impuissante, c�est-�-dire capable d�organiser les rapports inter-individuels, ne peut, pour fonctionner, que reproduire �ternellement les m�mes rapports de domination ? C�est dans notre capacit� � modifier radicalement les rapports que nous vivons actuellement, � penser d�autres formes de soci�t�, dans lesquelles le pouvoir appartiendrait � l�ensemble de la collectivit�, et non � une classe, ne s�imposerait � personne en permettant � tous de s�impliquer, que r�side la r�ponse. Cette capacit� collective, l�humanit� la poss�de, comme de nombreux faits le prouvent, que ce soit l�existence fort ancienne de soci�t�s sans �tat [3] ou les pratiques contemporaines des collectivit�s et assembl�es (soviets, conseils, collectivit�s de 1936..). Les anarchosyndicalistes doivent tout mettre en �uvre pour faciliter, dans les moments de rupture historique qui se produiront, ce basculement, sous peine de voir se reconstituer, une fois de plus, l��tat. Car c�est effectivement l�incapacit� � produire ce basculement, � abolir les divisions sociales qui, laissant le champ libre � la r�action, est la cause de la reproduction du pouvoir ; et pas, comme on voudrait nous le faire croire, la violence r�volutionnaire des masses.

Le syndicalisme doit-il �tre non-id�ologique ?

Tout discours sur les choix de soci�t�, que ce choix consiste en un maintien ou un changement, est id�ologique. Seule l�id�ologie permet de saisir et d��laborer du soci�tal. Tout groupe qui poursuit un but social ou politique est m� par une id�ologie, qu�il s�en r�clame ouvertement ou qu�elle soit implicite. Le syndicalisme n��chappe pas � la r�gle. Comme les autres forces sociales, il est � la fois production et producteur d�id�ologie.

Quand le "syndicalisme" se pr�tend non-id�ologique il est soit un simple conglom�rat d�individus qui n�ont pas grand chose en commun (et qu�un d�bat un peu profond sur quelque probl�me soci�tal d�envergure ferait exploser), soit un conglom�rat de gens qui ont tellement int�gr� l�id�ologie dominante qu�ils ne peuvent plus s�y soustraire et qu�ils se satisfont d�un profil revendicatif (�ventuellement d�un "syndicalisme de combat") mais sans remettre en cause le principe m�me de l�exploitation (comme le font aux USA des syndicats hyper-activistes dans la forme mais hyper-r�formistes dans le fond), soit, le plus souvent, une courroie de transmission. Dans ce dernier cas, le syndicat soit disant non-id�ologique a subi en fait un travail d�an�antissement th�orique de ses options de d�part pour le compte d�une autre force (qui pratique dans le syndicat l�entrisme, le noyautage). Le refus affich� de l�id�ologie et l�apolitisme sont alors la marque de cette prise en main de l�int�rieur. L�exp�rience sur ce point est ancienne. En France, la "Charte d�Amiens" (1906) qui pr�tendait aux principes de neutralit�, d�apolitisme, d�ind�pendance et de non-intrusion entre les sph�res d�activit� du syndicat (revendications salariales imm�diates...) et celles des partis (auxquels reviendrait le choix de soci�t� et sa future gestion) a assur� successivement le triomphe des r�formistes puis des marxistes-l�ninistes dans le mouvement social.

C�est contre cette conception que s��l�ve l�anarchosyndicalisme. Celui-ci reconna�t que la soci�t� actuelle est fa�onn�e par trois grands types d�ordres : id�ologique, politique, �conomique. La soci�t� dans laquelle nous vivons s�organise sur la base de l�exploitation d�une classe sociale et d�coule de la co-action dans le monde entier de ces trois ordres : �conomique (capitalisme, quelle qu�en soit la nature juridique), politique (�tatisme, quel qu�en soit le r�gime), id�ologique (domination, quelles qu�en soient les variantes), ce qui les rend consubstantiels au syst�me social en vigueur. Ils se corroborent et se p�rennisent dans leurs modes et rapports. D�s lors, ne viser � changer, pour des raisons tactiques, qu�un seul des trois ordres est une erreur, car les deux autres ordres travaillent � r�tablir continuellement celui qui se trouve momentan�ment en situation de faiblesse. Choisir un seul angle d�attaque, c�est, on le comprend d�s lors, s�engager dans l�impasse du parcellaire et du fragmentaire.

Les syndicats r�formistes sont-ils un "mal n�cessaire" ?

Nous rejetons le syndicalisme de collaboration de classe, qu�il soit port� par les vieilles centrales (CFDT, CGT, FO) ou par leur prog�niture alternative (SUD, UNSA,...) Ce ne sont que les rouages d�un vaste syst�me d�exploitation, de division et de domination. Parce qu�ils cog�rent notre domestication avec l��tat et le patronat, ces syndicats r�formistes sont aussi le pouvoir. Ils sont nos ennemis de classe. Nous n�avons rien � faire avec eux.

Par leur int�gration dans l��tat (� travers les commissions administratives paritaires, la participation � la gestion des organismes dits sociaux...) comme par leur collaboration au plus haut niveau avec le patronat (�lections prud�homales,...), les unes et les autres ne sont que des rouages d�un vaste syst�me d�exploitation, de division et de domination. Oubliant leur vis�e transformatrice initiale, les r�formistes, pris dans la tactique �lectorale, oublient le fond car, pour eux, gagner des places dans les institutions est devenu l�essentiel. La tactique a fini par aboutir au tacticisme en d�truisant toute la th�orie r�volutionnaire qu�il pouvait y avoir au d�part. Il n�y a plus ni finalit�, ni sens, ni principe. Le tacticisme n�est pas la maladie infantile ou s�nile du r�volutionnaire. C�est sa transmutation. De facto, r�formistes anciens et n�o-r�formistes d�fendent les institutions, tant�t discr�tement, souvent ouvertement, parfois brutalement. Ils s�opposent � la r�sistance populaire autonome, contraire � leurs buts et int�r�ts. Ils sabordent toute lutte n�entrant pas dans leur conception �troite. Ils affaiblissent toute riposte efficace aux r�actions violentes de la bourgeoisie. Par-l�, ils font le jeu des totalitarismes. Ils p�rennisent les instruments de la domination bourgeoise, consolident l�appareil �tatique (qui sert � manipuler ou � r�primer les prol�taires, les opprim�s). En �change, combien nombreux sont ceux qui peuvent obtenir de bonnes places, des privil�ges, des revenus !

Les r�formistes (sociaux-d�mocrates, verts, voire communistes) et les n�o-r�formistes (communistes, trotskistes, issus de divers courants d�extr�me-gauche, voire de l�anarchisme) se querellent entre eux, mais, sur le fond, ils visent les m�mes choses. Depuis quelque temps, ils sont plus nombreux � se revendiquer "anarchistes", "libertaires", "municipalistes", "syndicalistes r�volutionnaires"... ils tentent une manipulation th�orique, historique, s�mantique. Ces soi-disant "anarchistes" militent dans des syndicats r�formistes (certains y sont m�me permanents) et pr�conisent la participation aux �lections syndicales. Certains voudraient m�me nous faire croire qu�au niveau municipal ils pourraient cr�er des sortes de communes autog�r�es, libertaires ; prenant vraiment les libertaires pour des imb�ciles. Les vrais anarchistes, les vrais �volutionnaires, ne visent pas � conqu�rir les moyens de la domination mais � les d�truire.

L�unit�, avec qui ?

Nous avons d�j� soulign� la contradiction insoluble entre ceux qui poursuivent des probl�matiques �lectoralistes et ceux qui veulent pratiquer l�action directe. Leur cohabitation est impossible dans une lutte. Il n�y a rien � discuter. Nous r�cusons tous les partis politiques, des plus grands aux plus groupusculaires car, par d�finition, ils aspirent � prendre le pouvoir et donc � exploiter la population. C�est pourquoi, nous affirmons qu�il n�y a aucune possibilit�, m�me ponctuelle, d�accord, d�alliance ou de signature avec eux.

A chaque lutte d�envergure, �la question de l�unit� se pose. On voit tant�t refleurir les cartels d�organisations syndicales (derri�re lesquelles pontent le nez les organisations politiques), tant�t les coordinations plus ou moins autoproclam�es.

"L�unit� syndicale", constitue souvent la 1�re man�uvre de division : loin d��largir l�action, elle est une �tape classique de reprise en main et de contr�le des mouvements de lutte apparus � la base. Ainsi, lors des derni�res luttes dans la fonction publique, la reprise en main a consist� pour une grande part � r�unir tous les petits mouvements �pars sous la houlette de l�encadrement syndical et politique traditionnel. C�est-�-dire � op�rer la jonction des forces vives de la lutte avec les professionnels de l�inertie. Notre exp�rience de terrain nous am�ne � penser que le plus efficace, c�est de faire l�unit� loin des appareils, dans les structures qui regroupent tous les individus (syndiqu�s ou pas) en accord avec les buts que poursuit la structure en question.

Comment de telles structures doivent-elles fonctionner ? Le mode de fonctionnement vertical (ou hi�rarchique) est souvent pr�sent� comme efficace sous pr�texte que les d�bats d�mocratiques freineraient la prise de d�cisions. Or, une structuration verticale induit un appareil non-d�mocratique, des jeux de pouvoir, la qu�te de bonnes places au d�triment des principes, et, finalement l�institutionnalisation. A l�inverse, le mode de fonctionnement horizontal est, � terme, r�ellement efficace car il implique tous les membres dans les d�cisions et favorise une connaissance collective des enjeux, emp�che ou rend difficile l�instrumentalisation de la lutte � des fins personnelles.

Le fait que chaque membre soit � �galit� de droit est r�ellement d�mocratique. L�horizontalit� permet la mise en r�seau des structures de r�sistance sans qu�aucune ne prive l�autre de ses pr�rogatives. Elle permet la coordination et l�action collective, favorise l��quilibre du singulier et du pluriel, harmonise l�int�r�t particulier et g�n�ral dans ce qu�il a d�indissociable. Ce choix du f�d�ralisme offre d�autres avantages en multipliant les centres de d�cision, il stimule l�empirisme par la multiplication des exp�riences puis par la s�lection des plus ad�quates. Il fragilise �galement l�attaque de l�adversaire car il est plus difficile de soudoyer, corrompre, r�primer, contr�ler, manipuler tout un mouvement que quelques personnes.

Nous appelons � la formation de comit�s de lutte partout o� c�est possible, dans les entreprises comme dans tous les lieux de vie, communes, quartiers, lyc�es, facs,... Nous appelons au fonctionnement en assembl�es g�n�rales autog�r�es, au rejet des interm�diaires syndicaux, au refus des d�l�gu�s incontr�lables.

Nous appelons � la d�mocratie directe et � l�action directe. Les n�gociateurs syndicaux ont toujours n�goci� notre d�faite � leur profit et � celui du patronat. Les jours de gr�ve et les cort�ges d�cid�s par les syndicats ne servent qu�� nous faire retourner au travail sans rien avoir obtenu. D�cidons nous m�me des formes de lutte : gratuit� dans les services publics, baisse des cadences, contre-information sur les bo�tes, ouverture au public des lieux de travail, blocage de la production. Inventons, r�inventons nos luttes.

Qui a besoin de la repr�sentativit� ?

Le pouvoir a besoin de la repr�sentativit�, parce qu�il a besoin d�interlocuteurs afin de contr�ler l�action �ventuelle des opprim�s et de garantir � la classe dominante l�ordre social. La repr�sentativit�, c�est donc le probl�me du pouvoir, non celui des anarchosyndicalistes. Nous refusons tout autant la com�die m�diatique et la contestation spectaculaire, qui vident nos r�voltes de leur sens en les r�duisant � des images ridicules de manifestation-kermesses et de clowns champ�tres. Aussi, �nous ne parlons pas� aux journalistes comme aux autres valets du pouvoir.

La pratique de la repr�sentativit�, tout comme celle de la visibilit� m�diatique est largement utilis�e par le capitalisme et l��tat pour maintenir la domination de classe. Il ne s�agit pas l� de simples "outils" d�nu�s de contenu mais au contraire d�instruments id�ologiques, porteurs en eux-m�mes d�ali�nation. De l� leur incompatibilit� de fond avec l�ensemble de la pens�e libertaire.

Le premier argument que nous opposent les d�fenseurs de la repr�sentativit� repose sur une critique de la d�l�gation suivie de l�affirmation que la repr�sentativit� est valable si elle est obtenue par l�action. Or, pourquoi une repr�sentativit� obtenue par l�action (m�me directe) n�aurait-elle pas les m�mes r�sultats n�gatifs qu�une repr�sentativit� obtenue par toute autre voie ? Voil� ce � quoi la r�ponse qu�on nous fait se garde bien de r�pondre ! Car c�est pourtant l� que se trouve le c�ur du probl�me : c�est la repr�sentativit� qui cr�e la subordination, pas la fa�on dont on acquiert cette repr�sentativit�. Pour ne citer qu�un exemple, qu�on se rappelle l�histoire du "syndicat de combat" Solidarnosc, en Pologne dans les ann�es 1980, et le parcours de son leader le plus repr�sentatif, Lech Walesa.

Un deuxi�me argument, plus tactique, est avanc� : �on ne pourrait pas faire autrement, car sinon on n�aurait pas de droits�. Puisqu�on parle de droit formel, il est toujours utile de rappeler qu�en d�pit d�une rumeur savamment entretenue par tous les professionnels du syndicalisme, les salari�s du priv� ont � ce jour, section syndicale ou pas, des droits. En particulier un droit essentiel : celui de se mettre en gr�ve sans repr�sentativit�, sans d�l�gu� du personnel, sans d�l�gu� syndical, sans �lu � quelque comit� que ce soit.

En pratique, la repr�sentativit� n�apporte aucun droit essentiel � l�ensemble des travailleurs. Elle apporte des avantages particuliers aux d�l�gu�s (mais se tourne facilement contre eux s�ils ne comprennent pas assez vite que les avantages l�gaux qui leur sont octroy�s le sont en �change de leur collaboration avec le patron !)

Que repr�sentent les revendications imm�diates ?

Participer � des luttes sur des revendications imm�diates, c�est �tre solidaire, mais c�est aussi et surtout faire de la propagande, par les discussions avec des gens plus � l��coute que d�habitude et par la mise en pratique de nos principes. C�est ce long travail de sape qui permettra un jour d�abattre le capitalisme. Dire cela n�est pas m�priser les revendications imm�diates ni ceux qui les portent, c�est seulement �tre lucide sur nos moyens d�action contre ce syst�me.

Il est courant d�entendre que les revendications imm�diates (celles qui visent � am�liorer l�ordinaire, sans analyser le pourquoi des conditions d�existence ni remettre en cause le syst�me) en jouant sur les effets et non les causes am�liorent la situation des exploit�s. Certes, mais � y bien regarder, � terme, elles ne r�solvent rien et emp�chent la remise en cause du syst�me. Mieux, elles le confortent en entretenant les illusions sur sa valeur. Le d�bat sur les revendications imm�diates dans lequel beaucoup de libertaires s�enferrent est redondant, r�curant voire obsol�te. L�histoire a tranch�. L�anarchisme n�est pertinent que social, c�est ainsi qu�il a inscrit ses actes les plus marquants [4] dans son combat avec et parmi les exploit�s, comme composante du mouvement ouvrier (CGT du d�but du si�cle dernier, FORA argentine, CNT d�Espagne, tendance du Zapatisme, etc., etc.). Et cela, m�me si la t�che est ingrate, obscure, difficile, et parfois d�routante. Participer � des luttes sur des revendications imm�diates n�a donc rien � voir avec le fait de r�diger une plate-forme de revendications au nom de la CNT-AIT. On peut s�imaginer que r�diger une telle plate-forme nous rapprocherait des pr�occupations de nos "fr�res" de classe, tout en les incitant � pousser un peu plus loin leurs revendications. L�exp�rience montre pourtant qu�� vouloir "coller" aux pr�occupations imm�diates, on en oublie souvent l�analyse politique et la lucidit� sur les moyens d�abattre le syst�me ; � moins que ce ne soit le contraire : ce sont peut-�tre ceux qui manquent d�analyse politique et de lucidit� qui s�imaginent avancer en prenant � leur compte des revendications que peuvent porter les syndicats r�formistes. C�est ce que fait par exemple SUD depuis pas mal de temps, et apparemment, �a ne convainc pas tellement plus de monde que nos id�es soi-disant trop radicales et surtout, �a ne nous rapproche pas beaucoup de la r�volution sans laquelle on ne changera pas de syst�me.

Quel mode d�organisation construisons-nous ?

L�organisation historique de la CNT-AIT comportant des niveaux d�cisionnels supra-syndicats avec mandat�s et votes majoritaires (U.R., C.C.N, Congr�s) a in�vitablement g�n�r�, malgr� toute la bonne volont� des militants, des lieux de pouvoir. Comme toutes les organisations syndicales et politiques issues des luttes et des id�ologies de la fin du 19�me et du d�but du 20�me si�cle (c�est-�-dire la quasi-totalit� des organisations existant actuellement) l�organisation de la CNT-AIT a reproduit en filigrane un mod�le pyramidal, le mod�le dominant de la soci�t�.

Or, tout syst�me d�organisation par niveaux successifs d�int�gration hi�rarchis�s produit du pouvoir. L�usage du vote majoritaire, qui constitue � ce jour le moyen essentiel d�assurer la coh�rence des organisations, n�est pas un instrument de conviction, mais le moyen de soumettre les minorit�s aux d�cisions des majorit�s. Pour nous, anarchosyndicalistes, ce constat appelle une red�finition du mode d�organisation.

Fid�le aux principes du f�d�ralisme, le mode d�organisation conf�d�ral que nous pr�conisons repose sur la constitution d�un r�seau d�entit�s anarchosyndicalistes autonomes et souveraines. Ces structures seront les seules � d�tenir un pouvoir de d�cision dans l�organisation. Le mode de fonctionnement interne de ces anarchosyndicats leur appartient, il doit simplement �tre non autoritaire et non hi�rarchique et repose donc sur l�assembl�e g�n�rale des militants, pour le reste ses membres prennent toutes les d�cisions utiles en fonction des bases de l�anarchosyndicalisme et de la r�alit� locale. Afin de faciliter l��change d�information, la solidarit� et l�entraide entre les anarchosyndicalistes d�une m�me r�gion g�ographique, des unions r�gionales devraient �tre constitu�es. Leur objectif est de favoriser la coordination des activit�s entre les entit�s anarchosyndicalistes, et de mettre en commun des moyens d�action et de r�flexion. Les Unions r�gionales ne doivent pas �tre des instances de d�cision mais des lieux de proposition et de d�bat. La R�gion est appel�e � �tre une structuration pratique et ouverte des anarchosyndicalistes plus ou moins proches g�ographiquement. Toutes les autres formes de rencontres entre militants, de d�bats, et d�actions concert�es de plusieurs entit�s (forum, camping, lutte sociale...) sont des �l�ments favorables au d�veloppement et � la coh�rence de la conf�d�ration. De fa�on � coordonner l�action et la r�flexion des anarchosyndicats et � faciliter l�unit� de la conf�d�ration dans la l�gion France, des congr�s sont organis�s chaque ann�e au niveau national. Ils r�unissent l�ensemble des entit�s pour d�battre des principes g�n�raux constituant les bases politiques et pratiques de la conf�d�ration, et pour proposer des strat�gies d�action � mener pour construire une autre soci�t�. Les Congr�s ne sont pas des instances de d�cision mais des lieux de proposition et de d�bat. Ainsi constitu�e en un r�seau de groupes anarchosyndicalistes souverains, autonomes, et fraternels, la conf�d�ration pratiquera un f�d�ralisme de libre adh�sion sans contrainte par soumission � la loi du plus grand nombre (tel que le vote majoritaire), mais par contribution volontaire des groupes � l�action commune et concert�e. En respectant les principes de l�autonomie et en pratiquant l�auto-organisation, la conf�d�ration doit �tre la r�sultante de l�activit� r�elle des groupes anarchosyndicalistes et de leur coop�ration fraternelle.

Notes

[1] C�est ce que fait par exemple Kropotkine qui, dans son ouvrage "La Grande R�volution", s�attache � montrer l�importance de l�action directe des masses dans la dynamique des �v�nements r�volutionnaires.
[2] Nous avons r�ellement trouv� cette phrase dans une publication "r�volutionnaire". La r�volte des banlieues a donn� lieu, y compris dans certains milieux libertaires, � des propos aussi stupides et d�plac�s.
[3] De nombreux travaux ethnologiques, dont ceux de Pierre Castre, en attestent.
[4] Commune de Paris, Russie de 1917, Ukraine, Argentine des ann�es 20, Espagne
1936, etc.




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