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Pendant deux ans et demi, d'octobre 1977 � avril 1980, un inspecteur des Renseignements g�n�raux de la pr�fecture de police de Paris a v�cu parmi les autonomes, en totale immer�sion dans ce milieu qu'il �tait charg� d'espionner.
Durant toute cette p�riode, ce fonctionnaire a renseign� fid�lement ses chefs, leur r�v�lant les projets de manifestations et leurs parcours, les attaques commandos et, bient�t, les bra�quages en pr�paration. La police a ainsi su ce qui se pr�parait � l'occasion de la fameuse manifestation du 23 mars 1979, � l'issue de laquelle des dizaines de vitrines vol�rent en �clats et autant de magasins furent pill�s. Pourtant, on laissa faire...
L'infiltration est une vieille recette polici�re. Apr�s Mai 68, elle fut pratiqu�e � grande �chelle. Avec des fortunes diverses. Dix ans plus tard, la pratique �tait quelque peu tomb�e en d�su�tude, lorsque �mergea le ph�nom�ne autonome, qui lui redonna vie. C'est cette exp�rience qu'a racont�e � Georges Marion un jeune inspecteur.
J'ai souvent le chic pour me mettre dans des situations d�licates, voire inextricables. Mon entr�e dans la police et ce qui s'est pass� ensuite en sont une belle illustration. C'est au cours de mon service militaire, par hasard, que je suis tomb� sur un avis de concours : on recrutait des inspecteurs pour la police nationale. Un copain m'a dit: "Pourquoi pas ?" Et on a r�ussi le concours. C'�tait aussi simple que cela ; ce qui, d'ailleurs, me faisait rigoler. Mais cela m'inqui�tait aussi. Politiquement, j'�tais de gauche, et je n'avais jamais envisag� d'�tre flic. Cela me culpabilisait m�me d'�tre sur le point de le devenir. Alors j'en ai parl� � des amis du m�me bord que moi, lesquels m'ont encourag� dans cette voie. Leur argument, qui �tait �galement le mien, �tait simple : pourquoi laisser la police � la droite ? Voil�, c'est comme cela que tout est parti. Avec, pour me permettre de passer le concours, quelques jours de perm suppl�mentaires. Que pouvait-on vouloir de plus ?
J'�tais encore � l'arm�e quand, en d�cembre 1975, j'ai re�u les r�sultats du concours. J'avais brillamment r�ussi, en tr�s bonne position. Si j'avais eu encore des scrupules, c'est l� qu'ils auraient d� se manifester. Mais mon bon classement au concours a lev� les derni�res h�sitations : je deviendrais policier. Quelques mois plus tard, mon service militaire termin�, je suis entr� � l'�cole des inspecteurs � Cannes-Ecluse (Seine-et-Mame), pour y accomplir ma p�riode de formation. Ma scolarit� fut moins brillante que ma r�ussite au concours d'entr�e. Si bien qu'� la sortie de l'�cole je n'�tais pas dans les premiers, loin de l�. Cons�quence imm�diate : il ne restait plus beaucoup de possibilit�s lorsque est arriv� mon tour de choisir mon affectation. Les postes offerts aux nouveaux inspecteurs sont, en effet, attribu�s dans l'ordre de classement au concours de sortie. Non seulement il y a des services plus recherch�s que d'autres mais aussi des endroits plus courus. Ainsi, Paris, o� la vie est difficile, les loyers �lev�s et l'�loignement familial important, n'est pas tr�s demand�. Quand j'ai d� choisir mon poste, il ne restait plus que quelques places � la Pi ou aux RG parisiens. Courir apr�s les voyous, ce n'est pas sp�cialement mon trip. J'ai donc pris les RG. Nous �tions au d�but de l'�t� 1977.
Lorsqu'un nouveau arrive aux RG, il fait le tour de toutes les sections qui composent ce service, pour se familiariser avec ses diff�rentes activit�s. On passe ainsi dans les sections qui s'occupent des milieux politiques, on jette un coup d'oeil � la "sociale", qui suit les syndicats, on fait un petit tour aux "jeux", qui observent casinos et cercles. Ce n'est qu'apr�s que l'on re�oit son affectation d�finitive.
C'est au cours de ce stage que j'ai pour la premi�re fois entendu parler d'une section particuli�re, appel�e "section de la direction". Comme son nom l'indique, cette structure �tait plac�e sous l'autorit� imm�diate du directeur des RG parisiens ou, � la rigueur, de son adjoint. C'est dire si elle �tait consid�r�e comme importante. La section de la direction avait �t� cr��e tout de suite apr�s Mai 68. Elle �tait charg�e de collecter le renseignement sur les milieux gauchistes. C'est le commissaire Philippe Massoni qui en avait eu l'id�e. Quand je suis arriv� aux RG, Massoni avait d�j� �t� promu au cabinet de Raymond Barre, o� il �tait charg� des contacts avec les services secrets et aussi des "coups tordus". Le commissaire Ruvira l'avait remplac� � la t�te de la section.
Une rumeur courait aux RG : la section de la direction, c'est mieux. En quoi consistait ce mieux ? Personne ne le savait exactement et, malgr� cette flatteuse rumeur, les candidats ne se bousculaient pas pour y entrer. J'ai, un jour, laiss� entendre que ce boulot m'int�ressait. Je l'avais dit sans insister, sans que cela pr�te � cons�quence. Du moins je le pensais. Un matin, Ruvira me convoque et me demande si �a me plairait d'aller en lac pour continuer mes �tudes. Aux frais de l'administration, naturellement ; en contrepartie, je devrais donner r�guli�rement des renseignements sur les milieux politiques gauchistes, particuli�rement actifs en fac. J'ai accept�. Quelque temps plus tard, l'adjoint de Ruvira m'a, � son tour, re�u pour voir si j'�tais capable de faire le boulot. Il s'agissait d'une sorte de test, d'une discussion qui a port� sur la politique, mes lectures, etc. Des sujets bateaux. Cela a dur� en tout et pour tout un quart d'heure. A l'issue de cette "�preuve", j'ai �t� d�clar� "bon pour le service". En juillet 1977, j'ai donc rejoint la section de la direction, en m�me temps que trois ou quatre autres nouveaux. A la rentr�e universitaire suivante, je deviendrais "�tudiant". C'est sous ce nom que l'on nous d�signait aux RG. En octobre 1977, quatre nouveaux "�tudiants" (dont moi) ont �t� affect�s en fac, et deux anciens l'ont quitt�e. A cette �poque-l�, � Paris, je ne crois pas qu'on n'ait jamais �t� plus d'une douzaine � infiltrer l'extr�me gauche.
On m'avait laiss� le choix de l'organisation � infiltrer. Sui�vant les �v�nements, vous verrez bien o� aller, m'avait on dit. En attendant la rentr�e, la "Maison" m'a fourni une piaule de couverture et une carte orange. Mais, contrairement aux nom�breuses l�gendes qui courent � ce sujet, on ne m'a pas fourni de faux papiers. �a peut sembler fou mais c'est ainsi. On m'avait expliqu� que si je m'inscrivais en fac sous un faux nom, je ne pourrais pas revendiquer les dipl�mes que je pour�rais �tre amen� � d�crocher. Donc pas de faux papiers. Je ne sais pas ce que valait cet argument assez bureaucratique mais, de toute fa�on, il me semblait �vident que je n'allais pas pas�ser d'examens.
La carte orange que j'ai aussi re�ue ne comportait que deux zones. Pas de frais exag�r�s ! Elle rempla�ait la carte de libre circulation que tous les flics re�oivent et que je ne pouvais, �videmment, pas utiliser si je ne voulais pas me faire rep�rer. Quant � la piaule qu'on m'a fournie, c'�tait, l� aussi, de l'im�provisation. Cette chambre �tait situ�e dans l'appartement d'une vieille assez sympa. Je n'ai jamais su comment elle est arriv�e dans ce circuit mais, plusieurs mois plus tard, par hasard, j'ai appris qu'avant moi elle avait d�j� eu comme locataire un flic infiltr�. A croire qu'elle b�n�ficiait d'un contrat d'exclusivit� avec la pr�fecture de police. Bref, ques�tion s�curit�, on aurait pu faire mieux. Mais, dans la police, prot�ger les petits soldats en mission p�rilleuse n'est pas tou�jours le souci essentiel.
En septembre 1977, � la rentr�e universitaire, je me suis inscrit � la fac de Tolbiac. Et j'ai attendu une occasion propice. Elle n'a pas tard�. Quelques jours apr�s mon arriv�e en fac, j'ai assist� � ma premi�re r�union, celle du comit� Malville.
C'est mon divisionnaire qui m'y avait envoy�. Le division�naire, c'�tait mon contact ou, si l'on pr�f�re, mon "officier traitant". C'�tait un flic des RG, comme moi, un inspecteur divisionnaire charg� de m'aider si j'avais des probl�mes dans ma mission. C'est aussi � lui que je communiquais les infor�mations que je recueillais. Plus tard, quand j'ai commenc� � craquer, il m'a �t� d'un grand secours.
Donc mon divisionnaire m'envoie � la r�union du comit� Malville. Le comit� vivait sur la lanc�e de la grande manifes�tation antinucl�aire de l'�t� 1977 � Malville. Des milliers de manifestants s'�taient durement affront�s aux flics pour pro�tester contre la construction d'un surg�n�rateur. Il y avait eu des gars arr�t�s, un proc�s m�morable et un grand �moi dans l'opinion publique. Le comit� Malville de Paris s'�tait r�uni pour envisager la suite de la mobilisation. Mais, d�j�, le mouvement commen�ait � s'essouffler et le comit� battait de l'aile. La r�union a �t� plut�t tendue. D'un c�t�, il y avait les �colos traditionnels, qui parlaient de continuer l'action sur les bases antinucl�aires qui �taient les leurs. Et, en face, il y avait les "violents" : ceux pour qui le combat �cologiste �tait une occasion parmi d'autres pour casser du flic. Au cours de la r�union, il y a eu clivage entre les deux tendances. Les "vio�lents" ont appel� � une autre r�union, une semaine plus tard. C'est �videmment l� que je suis all�. Pour mon boulot d'infil�tration, c'est les gars qui apparaissaient comme les plus d�ter�min�s qu'il �tait int�ressant de suivre. Cette deuxi�me r�union s'est tenue dans un immeuble du 20e arrondissement. Tout un groupe de gars et de filles y vivaient en bande, squatt�risant les logements vides promis � la d�molition.. Apr�s cette r�union, il y en a eu d'autres. Et d'autres encore. C'est comme cela que j'ai r�ussi � m'int�grer aux autonomes. Une infiltra�tion classique, facilit�e par le fait que mes "clients" ne prenaient quasiment aucune mesure de s�curit�.
Ils �taient sympas, mes autonomes. Chaleureux, souvent intelligents, parfois compl�tement dingues, ils ne laissaient jamais indiff�rent. Aussi n'�tait-il pas si simple d'�tre � la fois flic et autonome. Je sais que tous les flics qui, comme moi, ont �t� introduits chez eux ont eu des difficult�s � ma�triser une sorte de sympathie incontr�l�e. Les coll�gues qui venaient de milieux quasi fascisants ont connu le m�me ph�nom�ne. Psy�chologiquement, donc, c'�tait d�licat. D'un autre c�t�, je sup�pose que nous n'aurions pas pu faire le boulot si nous avions �t� totalement indiff�rents. Il faut �tre attir� par les gens chez qui on s'infiltre, sinon... C'est �videmment cette contradiction qui pose des probl�mes ensuite.
En ce qui me concerne, au d�but, je n'ai pas arr�t� de me marrer. Je me souviens ainsi d'une journ�e de solidarit� avec les prisonniers politiques en Allemagne. On avait d�cid� de faire deux attentats � l'explosif contre les locaux du Ps. Ces cibles symboliques avaient �t� choisies pour souligner la responsabilit� du gouvernement social-d�mocrate allemand dans la mort des membres de la "bande � Baader". Bon, la bombinette a p�t�, rien de bien grave, et l'attentat a �t� revendiqu� par le "Groupe martyr Maurice Thorez et Jacques Duclos". C'�tait le nom qu'on s'�tait choisi, pour rigoler. Par d�rision. Malheureusement, cette fois-l�, Lib� n'a pas publi� notre communiqu�. Autre raison pour laquelle ce travail d'infiltr� me convenait bien : j'�tais ma�tre de mon temps. Au d�but, certes, je t�l�phonais deux fois par jour � mon divisionnaire; mais plus tard j'ai lev� le pied. Je continuais � informer, bien s�r, mais j'avais pris le rythme, je savais exp�dier mon boulot en quelques jours et, le reste du temps, je voyais des gens, je discutais dans des caf�s ou je pr�parais des "coups". J'aimais ce que je faisais. C'�tait un jeu fantastique. Avec plaisir, j'�tais tout simplement devenu un agent provocateur.
Entendons nous sur le terme : je n'�tais pas � l'origine des actions violentes faites par les autonomes. Mais, parce que c'�tait le plus int�ressant pour moi et pour mes chefs, je sui�vais les plus d�termin�s, calquant mes positions politiques sur les leurs. Ils �taient favorables � une action dure ? Je l'�tais aussi. J'ai ainsi suivi toutes les manifs qui, entre octobre 1977 et la fin de 1979, ont vu les autonomes op�rer. Je venais � peine de m'infiltrer chez eux quand j'ai particip� � la manifes�tation de Kalkar en RFA. C'�tait une manif antinucl�aire appe�l�e par les �colos allemands. De nombreux Fran�ais y sont all�s, dans des dispositions diverses. Pour les autonomes, le probl�me �tait toujours le m�me: manif offensive (c'est-�-dire violente) ou non ? Des discussions de ce type, j'en ai entendu des dizaines. Cette fois-l�, comme souvent, on y est all�s avec des casques. Pour faire comme les autres, j'avais achet� le mien que je me suis d'ailleurs fait confisquer � la fronti�re, quand notre car a �t� contr�l� par la police belge. A Kalkar, j'ai vu la police allemande �voluer avec des h�licopt�res, des moyens de guerre fantastiques, jamais vus en France dans des manifestations de cette sorte. J'ai bien rigol� et je me suis fait des copains. Apr�s Kalkar, j'ai particip� � toutes les manifs des autonomes. II y a eu la manif Baader au cours de laquelle on a cass� la vitrine de France-Soir, les manifs pour Croissant, d'autres encore. A chaque occasion, on cassait. J'ai jamais vu descendre autant de vitrines que durant ces mois. J'ai aussi particip� au mouvement des squatters : on for�ait des logements vides dans les quartiers en r�novation et on s'y installait. Parfois, on nous en d�logeait mais on revenait quelque temps plus tard. Un soir, dans l'un de ces apparte�ments, on a re�u en grande pompe un journaliste. Il faisait une enqu�te sur les autonomes et tournait dans le milieu depuis quelque temps. On l'a invit� � bouffer pour une discussion � b�tons rompus. Au menu, du saumon et du champagne fauch�s la veille dans un supermarch�. Sp�cialement pour l'occasion. Je me souviens de sa t�te : il �tait un peu �berlu� de l'am�biance, de ces victuailles. S'il avait su que, parmi ses interlo�cuteurs, il y avait un flic...
Et puis, alors que le mouvement commen�ait � s'essouf�fler, les braquages ont commenc�. C'est pas venu comme cela, du jour au lendemain. Il fallait sans doute une certaine situation politique pour que quelques-uns en viennent � th�ori�ser le hold-up comme une action de refus r�volutionnaire. Il est vrai qu'il existait des r�f�rences : les Italiens en avaient fait, de m�me que Baader et son groupe. Le culte du P38 et aussi, plus prosa�quement, le fait que beaucoup de ces gars n'avaient pas de revenus fixes devaient d�boucher un jour ou l'autre sur ce genre d'actions. Avant d'en arriver l�, on �tait d'ailleurs pass�s par de petits d�lits : des vols � la tire, partir d'un restaurant sans payer ou alors payer avec un ch�quier vol�. Je me souviens qu'on a, un jour, d�cid� de voler un sac � main. C'�tait ma premi�re fois. Un soir, place Maubert, on est tomb� sur deux femmes et on leur a fauch� leurs sacs. J'�tais vraiment pas fier, mais c'est comme cela qu'on se procurait les ch�quiers et les pi�ces d'identit� qui permettaient de faire passer les ch�ques. Quand le groupe o� j'�tais a commenc� � parler de braquage, j'ai compris que je franchissais un pas de plus, que �a devenait d�licat. Mais, curieusement, j'�tais victime d'un d�doublement de ma personnalit�. Autonome, j'�tais assez excit� par ce projet et, policier, je voulais faire l'affaire, c'est-� -dire arr�ter les braqueurs. Encore fallait -il qu'ils passent � l'action.
Des projets de braquage, il y en a eu beaucoup. A un moment, autour de moi, on ne parlait que de �a. On �laborait des plans, beaucoup de plans. Heureusement, peu se sont r�alis�s. Des autonomes ont �t� tu�s dans ces affaires, abattus � la sortie de la banque par la police. J'en connaissais certains, des types bien. Le groupe o� j'�tais a eu ses projets, lui aussi. L'un d'entre eux a m�me �t� assez pouss�. J'avais, bien entendu, pr�venu mes chefs de ce qui se pr�parait. Ils �taient plut�t embarrass�s. Laisser accomplir un hold-up dont on conna�t les auteurs peut, en effet, procurer un moyen de chantage qui permet, ensuite, de manipuler des gars "tenus". Il y a eu plusieurs cas comme cela. Mais �a peut d�boucher sur une fusillade incontr�l�e dont on ne tire aucun b�n�fice. Sans compter le risque qu'un jour on apprenne que la police �tait au courant du hold-up en pr�paration et n'est pas intervenue... Et puis, il y a le dilemme classique en mati�re d'infiltration ou bien on proc�de � des arrestations, si possible en flagrant d�lit, et l'on risque de d�masquer l'informateur alors qu'il faut plusieurs mois pour que son successeur devienne op�rationnel ; ou bien on laisse faire, mais l'informateur est oblig�, pour ne pas se d�masquer, de participer au hold-up, ce qui n'est pas sans risque.
Bref, mes chefs ne savaient pas trop quelle attitude prendre. Ils m'ont donn� une consigne � la mesure de leur embarras : "Essayez de vous mouiller le moins possible dans ce coup l�." Et comme ils se rendaient compte que c'�tait plus facile � dire qu'� faire, ils ont envisag�, � un moment, de laisser faire le hold-up. Avec ma participation. Ils avaient m�me pr�vu, pour me prot�ger, de mettre aux alentours de la banque qui devait �tre attaqu�e un dispositif de protection. Lequel devait emp�cher l'intervention �ventuelle d'un autre service qui aurait pu �tre alert� par les t�moins. C'�tait vraiment pas triste, cette id�e : des flics des RG prot�geant, l'arme au poing, une �quipe de braqueurs dans laquelle op�re un coll�gue ! Heureusement, ce projet de hold-up ne s'est jamais r�alis�. Au dernier moment, nous n'avons pas trouv� la bagnole ad�quate. Sans cela, je montais au braquage... En tant qu'autonome, j'ai �videmment particip� � toutes les manifestations qui ont d�fray� la chronique de ces derni�res ann�es, notamment � celle du 23 mars 1979.
La rentr�e universitaire de 1978, sur laquelle les autonomes comptaient beaucoup, a �t� d�cevante. En fait, elle a m�me �t� plut�t plate, rien ne venant rompre le ronron quotidien. C'est en tout cas comme cela que notre groupe l'avait per�ue. Dans une telle situation, il y a toujours des gens pour proposer une action choc, susceptible de "r�veiller les masses". C'est dans cet �tat d'esprit qu'a �t� con�ue la manif de Saint-Lazare : une sorte de raid dans le quartier des grands magasins, paradis de la marchandise alors que le ch�mage fait des ravages. Des dizaines de vitrines ont �t� cass�es, il y a eu des arrestations mais, politiquement, l'action n'a pas �t� un succ�s. Tr�s minoritaire chez les autonomes eux-m�mes, elle est rest�e largement incomprise. Je n'ai pas particip� � cette manifestation, j'�tais en vacances quand elle a eu lieu.
Les autonomes n'avaient vraiment pas la frite quand sont survenus les premiers incidents de Longwy. La restructuration de la sid�rurgie lorraine mettait sur le pav� des milliers d'ouvriers, ce qui, naturellement, entra�nait des manifs et, parfois, des affrontements. Les ouvriers se battaient le dos au mur et les manifs sont vite devenues tr�s violentes. Les autonomes y ont vu un signe politique : que la classe ouvri�re lorraine renouait avec des traditions de lutte dure et que la violence faisait l'objet d'un large consensus. C'�tait d'ailleurs exact, du moins parmi les sid�rurgistes. Bref, les autonomes pensaient qu'ils pouvaient intervenir sur leurs objectifs propres, qu'ils �taient en mesure de radicaliser le mouvement. C'est ainsi que plusieurs d'entre eux se sont d�plac�s en Lorraine, o� ils ont commenc� un travail de contact, se sont battus dans les manifs, sont intervenus dans les assembl�es syndicales, notamment � la CFDT, o� ils avaient une certaine influence.
Quand la CGT a annonc� son intention d'organiser, le 23 mars 1979, une "mont�e" des sid�rurgistes lorrains sur Paris, n'importe quel autonome de base savait qu'il y participerait et que ce serait violent. Et d'ailleurs, ils ont tout fait pour que �a le soit. Chez les autonomes, la pr�paration de la manif a �t� f�brile. Tout le monde a pr�par� son casque et s'est appr�t� � monter � l'assaut des flics et des vitrines. Des cocktails Molotov avaient �t� pr�par�s. S'ils ont peu servi, c'est � cause d'un incident impr�vu. Trois cents cocktails avaient �t� cach�s dans une voiture en stationnement sur le parcours du cort�ge. Mais celui qui avait la cl� de la voiture a �t� interpell� avec une centaine de ses camarades, le matin m�me de la manif, au cours d'une op�ration pr�ventive d�clench�e par la police. On n'a donc pas pu se servir des cocks. Ces interpellations ont �galement emp�ch� une autre intervention mise au point par les autonomes pour cette manif. Des groupes de quatre ou cinq militants avaient �t� constitu�s. Ils devaient progresser au m�me rythme que le cort�ge, mais dans des rues parall�les � lui, et profiter de l'absence des forces de l'ordre, concentr�es ailleurs, pour braquer toutes les boutiques qui se trouveraient sur le parcours. Le projet �tait compl�tement fou - mais, chez les autonomes, on ne faisait pas toujours dans la retenue.
Dans les semaines pr�c�dant la manif, mes chefs me sollicitaient sans arr�t. Ils voulaient tout savoir, demandaient le maximum de renseignements, exigeaient qu'on rapporte le moindre d�tail. Sur cette manif, c'est s�r, ils ont vraiment �t� inform�s. Et pourtant, sur le terrain, les forces de l'ordre sont apparues compl�tement d�pass�es, laissant op�rer les casseurs en toute qui�tude. A-t-on organis� la pagaille en introduisant des groupes de provocateurs dans le d�fil� ? Je ne sais. Personnellement, je n'�tais pas sur le terrain car, comme mes "camarades", j'avais �t� interpell� le matin et j'ai pass� la journ�e au d�p�t. En revanche, je sais que si certains, au gouvernement ou dans la police, ont voulu que �a d�g�n�re, il n'�tait pas besoin de faire appel � des sp�cialistes. Le cort�ge comptait suffisamment d'autonomes qui s'�taient pr�par�s � la casse - et cela, la police le savait. Sans compter les quelques sid�rurgistes qui, eux aussi, pris par l'ambiance, ont mis la main � la p�te. Bref, si l'on voulait que �a p�te, il suffisait de laisser faire.
Cela n'exclut �videmment pas une intervention ext�rieure ; mais, l�-dessus, je n'ai pas d'informations pr�cises. Les photos parues dans la presse le lendemain m'ont quand m�me frapp�. On y voyait un grand chauve courant de vitrine en vitrine. Certains ont cru reconna�tre un agent du SDECE. Ce qui est s�r, c'est que ce type �tait inconnu des milieux autonomes et qu'il a agi sans que la police tente de l'intercepter. Plusieurs journalistes ont d'ailleurs not� cette bizarrerie.
Le lendemain de la manif, on s'est r�unis � l'Ecole normale, rue d'Ulm. On �tait euphoriques. Tu penses, �a avait p�t� de partout, pas mal de sid�rurgistes s'�taient joints � nous ; bref, le bilan �tait excellent et les perspectives s'annon�aient bonnes. En fait, la vague est vite retomb�e. Le ler Mai suivant, les autonomes ne se sont m�me pas d�plac�s pour participer au cort�ge des syndicats, comme les ann�es pr�c�dentes. La seule chose qu'on ait faite, ce fut une petite "nuit bleue", durant laquelle quelques vitrines ont p�t�. Comme je l'ai d�j� dit, ce n'�tait pas facile d'�tre flic et autonome. Au bout d'un an, j'ai commenc� � ressentir les premiers "malaises". �a devait arriver: tu vis sans arr�t avec des mecs sympas d'un c�t� et, de l'autre, tu les balances. R�sultat. t'es compl�tement �cartel�, avec personne � qui en parler. Bref, c'�tait pas commode. C'est � la fin de 1978, lors d'une manif pour le Larzac, que j'ai commenc� � craquer. C'est venu brusquement, sans que je sache pourquoi. La manif se terminait dans le 13e, pr�s de la porte d'Italie. Il y a eu des incidents, comme d'habitude. Et l�, soudain, j'ai commenc� � flipper. C'�tait ma premi�re crise. Apr�s, j'en ai connu d'autres, de plus en plus rapproch�es. Chaque fois que j'�tais bien avec les autonomes, j'avais envie de leur dire que j'�tais flic. Je devenais compl�tement fou.
Les coll�gues qui, comme moi, �taient infiltr�s vivaient le m�me genre de truc. On a d�cid� de se r�unir r�guli�rement, pour parler entre nous de tout �a. C'�tait �videmment imprudent du point de vue de la s�curit�, mais personne ne nous en a fait le reproche. Nos chefs devaient plus ou moins sentir qu'on avait des probl�mes. C'est sans doute pour cette raison que notre directeur, le patron des RG parisiens, nous a, un jour, invit�s � d�jeuner. Il voulait nous parler, sans doute savoir jusqu'o� on commen�ait � d�railler, nous montrer aussi qu'on n'�tait pas seuls, qu'on avait le service derri�re nous. C'est tout � fait inhabituel qu'un directeur d�jeune avec de simples inspecteurs.
Un jour, c'�tait en avril 1980, j'ai d�cid� de tout laisser tomber. Du jour au lendemain, j'ai voulu arr�ter. J'ai senti que j'allais commencer � en savoir trop, que je devais cesser si je voulais m'en sortir. Voici comment �a s'est pass�. L'une des discussions permanentes du mouvement autonome portait sur la question de l'organisation. Il y avait les partisans de l'inorganisation totale, ceux qui inclinaient pour une structure quasi militaire et, entre les deux, une large palette de positions diff�rentes. On discutait constamment de �a. C'est ainsi qu'une cinquantaine de mecs ont d�cid� de construire une organisation compartiment�e, compos�e de petits groupes de cinq militants. Et, bien s�r, je me suis retrouv� l�-dedans. On s'essayait � la clandestinit� en fantasmant autour de la technique. On a donc commenc� � travailler sur les r�cepteurs radio. L'id�e, c'�tait de fabriquer un maximum de r�cepteurs pour �couter les flics et observer leurs manoeuvres sur le terrain. Lors d'une manif � propos de Plogoff, on a ainsi compris � quel point le m�canisme de mise en route des flics �tait lourd, combien leur charge �tait craintive d�s qu'il y avait une r�sistance un peu soutenue, par exemple avec des cocks bien ajust�s. Les autonomes �taient surpris et ravis de leur d�couverte. Ils avaient compris qu'avec de faibles moyens militaires, un peu d'astuce et de surprise, ils pouvaient faire tr�s mal contre la police.
L'un de ces groupes a �t� plus loin dans la recherche technique et s'est essay� aux d�tonateurs � distance. Ce n'�tait plus exactement du bricolage innocent. Pour moi, cette p�riode a �t� particuli�rement dure. Je vivais vingt-quatre heures sur vingt-quatre au sein de mon groupe, entour� de mecs sympas. Il y avait notamment un braqueur avec lequel je me suis bien li�. Un type super. A force de vivre ensemble, forc�ment, on commen�ait � se conna�tre, � se raconter des histoires. Ainsi, il y avait dans le groupe des gars qui avaient milit� avec ceux qui, quelque temps plus tard, formeraient Action directe. Ils n'arr�taient pas de me faire des confidences sur eux, sur l'action arm�e, sur l'Italie et les groupes autonomes de l�-bas. En �coutant tous ces bavardages, je ne savais plus tr�s bien qui j'�tais : autonome, flic, ou rien.
Un jour, j'ai craqu�. J'�tais moralement fatigu�, compl�tement d�phas�. Je suis all� voir mon divisionnaire, qui a compris que je d�raillais et m'a donn� quinze jours de cong�. En sortant de son bureau, je suis entr� � la librairie de la FNAC. Je r�vais de partir en voyage. Je me suis retrouv� au rayon tourisme, feuilletant les guides. Il y en avait un sur Venise. �a n'a pas rat� : je l'ai vol� et, naturellement, je me suis fait pincer � la sortie par les gardiens. Et l�, le cirque a commenc�. L'un des vigiles m'a d'abord emmen� dans une pi�ce retir�e. Dedans, il y avait d�j� un "client" qu'on �tait en train de bousculer. Aussi sec, je leur lance : "Arr�tez, vous n'�tes pas dans un commissariat !" Les types se retournent vers moi, pas aimables, avec un air du genre : il est inconscient, le mec. L'un d'eux me lance: "Venez ici !" Moi, je me marrais. Tranquillement, je sors une cigarette. Aussit�t, l'un des types l�che : "Ici, on ne fume pas." Je me marrais de plus en plus. J'ai bien s�r refus� de leur donner mes papiers. Alors, en d�sespoir de cause, ils ont d� appeler les flics et je me suis retrouv� au commissariat. C'est l� que j'ai l�ch� le morceau "Mon nom est X, je suis inspecteur de police, vous me faites chier et j'ai envie de d�missionner." La t�te du coll�gue quand il a vu mes papiers ! Il n'a pu que r�pondre: "Ne fais pas le con. Ce n'est pas le moment de d�missionner. Avec ton anciennet�, tu vas bient�t atteindre le troisi�me �chelon." Apr�s cet interm�de burlesque, je me suis retrouv� � l'IGS. Les flics du commissariat avaient pr�f�r� m'y envoyer plut�t que de prendre la responsabilit� de me rel�cher. C'est l� que mon chef de service est venu me r�cup�rer. Ensuite, le directeur des RG a arrang� le coup et on a tout effac�. Moi, on m'a envoy� en vacances. J'en avais bien besoin. Nous �tions fin avril 1980. Cette ann�e l�, j'ai pris six mois de vacances, � l'issue desquels j'ai �t� mut� dans un autre service.
Je n'ai jamais plus revu mes anciens copains autonomes.
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Anonyme
307
| Post� : 03-02-2023 03:00
L'�tudiant, c'est un magnifique nom, une appelation qui marque la jeunesse et l'innocence. Dans quelques grandes villes d'Afrique, les marchands ambulants sont appel�s selon le nom d'un produit qu'il met en vente et c'est normal si on vous a attribu� le nom �tudiant peut-�tre gr�ce � votre cartable. En parlant de cet outil, j'en profite pour partager un moyen astucieux pour acheter un cartable qui convient � toute une famille. Il ne s'agit pas d'une simple vente en ligne mais un comparatif qui regroupe les crit�res de qualit� et du prix du produit. Pour en savoir plus, rendez vous sur Mon-Cartable.fr, l'adresse qu'il vous faut pour trouver un cartable qui vous ressemble. |
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| Anonyme
307
| Post� : 03-02-2023 03:02
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