 Extrait de SILLING num�ro 1
Disponible � la librairie l�Insoumise/Montr�al et � Quilombo/Paris ou par courriel [email protected]
O� R�SIDE LE SECRET QUI PEUT METTRE EN
MOUVEMENT CETTE IMMOBILISATION APPARENTE ?
1
La
principale faiblesse du mouvement radical actuel r�side dans son absence de
pratique th�orique et dans l�inexp�rience critique de ce qui le porte. Cette
investigation primordiale doit pourtant subvertir tous les domaines s�par�s de
la domination en �vitant les conclusions d�une facilit� suspecte, afin d�en
d�montrer de mani�re frappante la strat�gie unifi�e.
2
Une
telle critique devrait avoir un caract�re exp�rimental pour avoir
seulement un commencement de validit�.
3
Chaque
mouvement r�volutionnaire est tributaire
d�une conception non dogmatique de la v�rit� afin de le rester.
4
De
l�essence des mouvements r�volutionnaires pr�c�dents dress�s avec coh�rence
contre les pouvoirs en place, nous avons � conna�tre ce qu�il y avait de
meilleur comme de plus mauvais. Mais si ces mouvements ont �chou�, si les
mod�les sociaux et id�ologiques qu�ils proposaient ne sont plus valides, la
m�moire de leur h�ro�sme, leurs luttes exemplaires et leur maturit� dans leur temps, leur strat�gie
de rupture parient sur le meilleur de ce qu�ils furent et aboutit � d�finir
comme � justifier, nos aspirations pr�sentes. Ainsi nous pouvons admirer (et
parfois envier) les r�volutionnaires anonymes qui se sont battus pour la
Commune de Paris, de Canton, Cronstadt ou m�me � Winnipeg, bien qu�aucun
d�entre nous ne veut �chouer et conna�tre leur fin. Aucun �chec n�est
irr�m�diable.
Ce n�est pas leur sort qui nous motive mais
le besoin de fraternit�.
Ce n�est pas leur sort qui nous
enthousiasme mais le n�tre.
5
La
conscience pratique contemporaine de la r�volte permet d�entrevoir une autre
architecture de la r�volution.
Si
nous avons besoin de rythmes nouveaux pour pr�server le sens de nos luttes,
leurs puissances ne peuvent venir non de l�intensit� de nos visions d�avenir
mais de la certitude de notre pratique du pr�sent. La question de la fausse
conscience, de la fragmentation de l�identit� dans la religiosit�
spectaculaire, de la vie invers�e, ces questions se maintiennent obstin�ment au
centre de toute critique pratique, de toute activit� radicale. Omettre la
question centrale de l�ali�nation dans ces termes, participe de la
mystification volontaire au m�me titre qu�elle entretient la d�pendance et
l�asservissement � ce que l�on entend nier.
6
Le
vedettariat est un instrument de hi�rarchisation incompatible avec tout projet
r�volutionnaire. Il est l�av�nement d�une caste restreinte et une des formes de
pactisation avec le spectacle dominant de la mis�re.
7
L�anonymat
est une n�cessit� subversive et anti-id�ologique
8
Les
mouvements sociaux pr�c�dents se sont appuy�s sur des faits concrets pour
�laborer une critique qui soit exactement au plus pr�s de la r�alit� et de
leurs besoins. Critique de l��conomie et de la politique pour les marxistes,
critique de l��tat et conception de l�Unique pour les anarchistes furent
quelques-unes de ces pistes de recherche et la base th�orique des assauts
ouvriers du XIXe si�cle. Qu�ils aient
�t� rabaiss�s et d�grad�s dans la constitution de partis ouvriers par l��crasement et la mise au pas de ces m�mes ouvriers ne doit pas faire
oublier que les secousses insurrectionnelles sont condamn�es, dans ce monde, �
rester sans cesse r�currentes parce qu�en elles s�affirme la vie m�me. Le temps
travaille pour nous, il faut alors lui donner un coup de pouce salutaire. Nos espoirs ne sont pas refroidis.
9
Alors
oui, tout a chang� et tout continue comme avant! Le seul vrai travail
important de la pens�e critique aujourd�hui doit tourner autour de cette
question de la r�organisation des forces
th�oriques et mat�rielles du mouvement r�volutionnaire, afin qu�il s�affirme en
conscience en tant que subversion.
10
Les
r�volutionnaires seront d�autant plus eux-m�mes qu�ils auront l�intelligence de
se transformer afin d��chapper aux moules de repr�sentations pos�es comme des
pi�ges et qui les attendent pour les figer.
Cette
transformation n�est r�alisable que dans le jeu subversif de petits groupes
d�termin�s. L� o� la libert� enflamme la passion, l� o� le changement s�affirme
comme rupture.
Tout
est m�moire et anticipation
--------------------------------
S�orienter : premi�re
contribution
Il y a plusieurs fa�ons de mat�rialiser un d�bat
th�orico pratique et plusieurs de ces fa�ons ont d�j� �t� tent�es ailleurs,
dans d�autres temps, mais certaines, encore in�dites, demandent � na�tre. Il
s�est toujours agi � chaque fois de tenir compte de situations particuli�res,
d��volutions individuelles et de praxis adapt�es et collectives dans un
environnement social d�termin�.
Chacun est ainsi contraint de trouver ses
m�thodes en soi-m�me, et donc rien n�y est insignifiant, au contraire. Encore
faut-il avoir en t�te le souci permanent d�un d�bat concret et se donner les
moyens r�guliers d�acc�der � celui-ci malgr� ou � cause du quotidien.
Chaque individu aux prises avec l�affirmation de
son autonomie se retrouve avec son petit chantier personnel en partie
construit, en partie d�vast�, � tenter d��laborer une dimension critique
historique et �videmment, ces choses-l� passent par diff�rentes �tapes,
plusieurs m�diations, o� la coh�rence, l�enthousiasme et le temps au beau fixe
ne sont pas des �l�ments stables.
Pas de hasard donc si l�enthousiasme nous tourne
autour en reniflant comme si nous manquions de violence fondatrice : le
temps est encore, trop souvent, d�di� � un cynisme st�rile et � l�auto
commis�ration, ou tout simplement aux luttes partielles dont nous connaissons
tous le manque de port�e radicale et les tendances � combler les trous du
syst�me dominant.
Ainsi beaucoup de ceux qui se r�clament
abusivement d�une pens�e libertaire au Qu�bec ne font que reproduire le
principe statique de ces luttes partielles issues de la survivance des extr�mes
gauches europ�ennes ou am�ricaines maintenant bien d�grad�es. De ces extr�mes
gauches qui � reproduisent en elles les conditions de scission et de
hi�rarchie qui sont celles de la soci�t� dominante.�Quand aux autres, comme
dans tout v�ritable projet r�volutionnaire, ils ont � s�immerger dans la
relation entre la th�orie critique et l�activit� pratique, en d�passant tout
romantisme, afin de relever les d�fis identifi�s parmi les trous noirs de la
lutte des classes, lutte de classes qui persiste sous des formes diff�rentes de
celles que connaissaient nos pr�d�cesseurs mais toujours avec, au c�ur, la m�me
exigence d�une critique de la totalit�. Donc, subjectivement, car il faut en
parler, l�enthousiasme se construit, tout du moins on peut en construire les
bases, ensemble, et... advienne ce que pourra !
De toute fa�on, il faut miser sur un champ
d�activit�s et de r�flexions qui nous soient favorables et dans ce champ
d�activit�s, parions que nous allons trouver tr�s vite de l�enthousiasme et du
plaisir.
Il ne s�agit pas, pour ceux qui veulent
participer � un tel projet, d�apparitions confuses, de d�sirs vagues ; les
perspectives de changement radical ne sont pas des vestiges du pass�, changer
nos vies au pr�sent a encore un sens et nous sommes un des maillons de cette
solidarit� organis�e qui peut contribuer � red�finir le mode d�emploi d�un
projet r�volutionnaire avec, entre autres, cette modeste publication, m�me si
celle-ci doit �tre per�ue comme un �l�ment ponctuel d�une activit� subversive
forc�ment plus large.
L�esprit de r�signation que chacun d�entre nous
peut constater quotidiennement chez les salari�s comme les ch�meurs, imbibe les
comportements quand ce n�est pas le sens tr�s officiel de ce consensus
particulier � la conception nord am�ricaine des liens et des partenaires
sociaux. La menace r�currente du terrorisme et du chaos social n�a jamais �t�
aussi pr�sente dans les t�tes ni autant v�hicul�e par les m�dias.
En contrepartie, le contr�le social exerce une �norme
pression selon une cadence acc�l�r�e ; l�id�e d�mocratique est devenue une
publicit� de supermarch� surveill�e par l�arm�e ; les syndicats g�rent
grassement les fonds sociaux et les cotisations sur le dos des salari�s ; les
m�dias d�sarment les consciences ; chaque citoyen est en guerre avec
lui-m�me ; seul le respect des apparences (et la police bient�t dans chaque
chambre) emp�che de tirer sur son voisin, l�ennemi de toujours.
Le climat id�ologique porte en lui un �ge d�or
impr�visible, constamment recul�, mais vraiment s�curis� qu�il pr�sente comme
le seul r�el possible, la seule v�rit� de son existence.
C�est pourquoi, devant la progression de
l�ali�nation, la fausse conscience des � progressistes � qui, sous
des dehors contestataires, se rallient objectivement et m�me gaiement bien que
de fa�on confuse au syst�me, ne peut �tre per�ue que sous sa docilit�
finale : des vell�it�s d�autonomie d�risoires, des parodies de r�sistance.
Pour les r�volutionnaires, il est judicieux de ne
rien laisser de c�t� dans l�ampleur critique qu�ils entendent donner � leur
r�volte, notamment en attaquant avec humour et d�rision, la constante gravit�
des erreurs et des imb�cillit�s que nous pouvons entendre, lire ou voir
expos�es ici ou l� � l�aide d�un dilettantisme contestataire bas� sur l�oubli
(de l�histoire, des luttes, de la critique, etc.), par ceux qui tentent de
faire accr�diter l�id�e que leur
r�formisme est en r�alit� de la subversion, raison pourtant fondamentale de
leur antagonisme visc�ral d�avec tout projet subversif, par ceux qui se
trouvent non dans la n�gation et le refus du monde actuel mais dans son
am�nagement. Leurs conditions de communications, en g�n�ral, sont �gales �
celles utilis�es par le spectacle dominant. La contestation et le pouvoir se
justifiant l�un et l�autre, c�est l� leur grande consolation car ils
s�abandonnent l�un et l�autre � des lois de fonctionnement identiques, aux
m�mes ressorts de la pens�e et � la m�me gratitude r�ciproque. La contestation
et le pouvoir ne sont pas appel�s � se d�truire, ils s�interpr�tent et
rappellent constamment leur origine commune.
Mais un projet r�volutionnaire doit savoir
distinguer les qualit�s de camarades potentiels situ�s dans la mouvance
libertaire que nous fr�quentons, que ce soit l� ou m�me ailleurs, partout o�
l�intelligence ne se dissimule pas sous des oripeaux vieillis ou abandonn�s
depuis longtemps par la seule force de l�histoire.
Personne n�ayant le monopole de la critique, tout
triomphe du verbiage est le bienvenu.
Les errements des pens�es politiques d�une gauche
locale atomis�e [1] qui se
cherche sans se trouver, compos�e d�anarchistes recycl�s et de nationalistes
reconvertis dans l�alter mondialisme, r�v�lent de graves manques th�oriques et
pratiques et des archa�smes d�sinvoltes, y compris du point de vue de cette
modernit� universitaire dont beaucoup se r�clament dans ces milieux d�adeptes
de la contestation. Depuis que les nationalistes comme Pierre Vadeboncoeur et
Claude Charron passent alternativement du journal Le Couac � l'Action
Nationale, il est �vident qu'une contamination nationaliste, c'est � dire
blanche et francophone, envahie, dans le contexte historique particulier du
Qu�bec, une pens�e anarchiste �parpill�e et superficielle pendant que les id�es
altermondialistes modernisent (mollement, il est vrai) le discours national
qu�b�cois ; il nous appartient de montrer ce qui constitue la confusion de
cette fausse r�conciliation cette r�cup�ration � double tranchant, ses
promesses triviales, ses contraintes pr�visibles.
Dans la p�riode transitoire o� nous sommes,
quelques uns de ces fins penseurs r�p�tent, sous la forme de fragments
th�oriques d�plac�s et de restitution de faibles signes du pass�, les
interminables alibis d�une gauche mod�r�e, citoyenne dans son application,
syst�matiquement d�pourvue d�embryon de radicalit�. Rien ici qui aboutisse � un
d�passement historique mais une s�rie de r�actions qui peu � peu perd en
importance selon la place �v�nementielle accord�e � l�actualit� en cours et qui
va toujours d�croissant.
Pour ces militants r�v�s, �ternels frustr�s, les
sympt�mes ont valeur de cette v�rit� qui se d�robe constamment � leurs yeux ;
leurs motivations les transfigurent car ils entendent valoriser non la d�marche
mais un r�sultat partiel. La constatation de repli autiste d�un pr�sent
planifi� en d�sordre et en chaos organis�, d�un r�el bris�, d�pourvu de
r�f�rences � sa propre histoire, cette constatation qui conduit n�cessairement
� questionner ce qui r�side de consolation personnelle et d�h�ritage religieux
dans l�envo�tement militant, cette constatation est somm�e de dispara�tre
devant l�exhaustivit� parfaite de leur propre activisme. Pour eux, il est vain
de se pr�occuper de sens, d�histoire ou de m�moire, encore moins d�avenir :
pr�occup�s d�alibis imm�diats, ils ont d�j� choisi de lier leur survie � un
pr�sent cern� par l�oubli, � un r�el d�testable qui rebondit sur lui-m�me,
�cras� et d�pourvu de sens. Seuls comptent le m�me bruit de fond des
ajustements tardifs du syst�me que, bien dress�s, ils ornent de leurs
indignations interchangeables.
Ils sont � agis �, jamais acteurs.
Les langages du spectacle et de la marchandise
administrent leur indignation. Leurs protestations visent les retards et les
d�faillances du syst�me jamais le syst�me lui-m�me.
Ce jugement, � peine s�v�re, en regard de la
pauvret� �cul�e de leurs pens�es - m�me d�un point de vue moderniste comme nous
l�avons dit - d�crit des � progressistes � notoirement sans praxis
radicale, dont l�expression de r�volte se change, � court terme, en d�faitisme.
Leur attention au pr�sent est devenue
aveuglement, leur pens�e, une attente �ternellement reconduite.
Il est de notre int�r�t de montrer o� se situe la
ligne de fracture entre cette vague gauche piment�e de quelques anars perdus
qui aimeraient bien ressusciter une sorte d'extr�me gauche raisonnable et, les
individus ou les groupes, qui interrogent le pr�sent en fonction d�une m�moire
historique et de perspectives d�avenir dans un projet de rupture radicale.
L�id�e d�une organisation r�volutionnaire, d'une
praxis radicale, ne s�est pas encore totalement rar�fi�e gr�ce aux champs
d�exp�rience accumul�s, � une m�moire historique dont les fils ne sont pas
rompus malgr� l�extr�me ali�nation actuelle. L�avenir ne s�est pas totalement
obscurci tout simplement parce que quelques uns, tout comme nous, cherchent � relier
et � d�finir un projet encore utopique au pr�sent, par del� l�impuissance sociale,
par del� un pr�sent �ternis� et sans m�moire v�cu comme un temps �tranger. Il
n�y a donc aucune nouveaut� r�volutionnaire � attendre de ceux qui n�ayant
jamais eu d�esprit critique, bern�s par leurs contestations partielles,
occultent les questions � r�soudre, les r�ponses � donner afin de d�maquiller
le r�el qui nous est donn� � voir.
Il s�agit du m�me vieux d�bat entre
r�volutionnaire et r�formiste, de cette constante confusion qui occupe de la fa�on la plus obsc�ne, le
terrain des luttes sociales en tant que repr�sentation de ses pseudo valeurs.
Un tel mouvement n�est que le � subi � d�une d�possession r�elle, l�expression
parfois de sa souffrance mais jamais sa prise de conscience ni la volont� de
son d�passement, r�alisations qui permettraient pourtant d��liminer les reflets
artificiels et l�illusion primitive d�un tel comportement.
Certain d�bat r�cent � Montr�al (CMAQ,
ao�t/septembre), malgr� ses emportements et ses expressions parfois confus,
a r�v�l� le d�sir de nombreux camarades de ressusciter une parole
r�volutionnaire libre afin de contrer les discours d�solant et confus de quelques
individus ou les propositions de cogestion responsables de ces revues alter
mondialistes, d�mesur�ment tristes � mes yeux, qui occupent, en tant que
telles, la sc�ne � anarchiste � qu�b�coise avec une jubilation de
pr�sentateurs d��missions de vari�t�s.
Nous avons sans cesse � rappeler que le mouvement
social dont nous nous r�clamons ne peut leur �tre assimil� qu�� condition de le
r�duire � rien. Il ne correspond ni � leur confusion, ni � leur id�es compensatoires,
ni � leurs carri�risme ; leur soi disant invuln�rabilit�, qui leur
permet de dire n'importe quoi sur tout les sujets, n'existe tout
simplement pas.
Il faut en finir particuli�rement avec le
politiquement correct : un con est un con, un politicien, un politicien.
Pas de hasard si ce sont souvent les m�mes !
La faiblesse du mouvement social n'est pas une
chose �ternelle, l'�nergie r�apparue r�cemment montre aussi le degr�
d'exasp�ration atteint. Elle d�montre une vraie force sous jacente. Quant aux
enjeux soulev�s, ils ne peuvent maintenant tromper personne. Les d�bats en
cours sur le Web et ailleurs, ne portent pas sur un clivage de personnes, mais
sur des conceptions du monde et des luttes oppos�es.
Les id�ologies anarchiste et communiste
libertaire, les pratiques fragmentaires des luttes partielles, les confusions
entre le d�mocratisme participatif, civique et citoyen, et un projet
r�volutionnaire reproduisent l�ali�nation sous des formes ali�n�es. L�id�ologisation
transpose les volont�s individuelles, � l�aide des manifestations singuli�res
de la repr�sentation, vers des int�r�ts organisationnels particuliers �loign�s
des objectifs r�volutionnaires. Cette confusion entretenue est la principale
production de ce processus. Elle sous-tend nombres de pratiques sociales au
Qu�bec. Ces pratiques d�s lors qu�elles se pr�sentent abusivement comme des
alternatives r�volutionnaires doivent �tre pass�es au crible pour ce qu�elles
repr�sentent de bricolages sociaux, reproducteurs de culture ali�n�e, refuges
rat�s, maigres souvenirs d��mancipation libertaire.
Si ces formes de solidarit� partielles sont
g�n�ralement justifi�es par les trop r�elles injustices du syst�me, elles n�ont
pas � se substituer, par leurs formes de protestation et de contestation, � un quadrillage,
momentan�ment omis par l��tat, des marges archa�ques ou mis�rables du syst�me.
Nous avons tous, � un niveau individuel,
pratiqu�s des formes de solidarit�s sociales dans des organisations de types
communautaires parce que notre v�cu est aussi le signe avant coureur d�une
subversion plus vaste. Il ne nous est pas possible de demeurer insensibles au
monde qui nous entoure, et d��viter en permanence les contradictions qu�impose
le monde actuel, il nous faut aussi le vivre. Impossible de vivre dans l�oubli
du monde, le regard centr� sur soi en un refus total, en nihiliste achev�. Et
nous n�ignorons pas, pour avoir partag� des moments identiques, les m�mes
espoirs et les m�mes doutes, que parmi les individus participant � ces types d�organisations,
existent des signes concrets de d�passement, parfois une communaut� de pens�e, ainsi
que des tentatives de pratiques communes. Ces rapprochements ne peuvent alors
�tre envisag�s qu�en tant que rencontres individuelles.
Les regroupements de solidarit� tout comme les
organisations communautaires montrent les limites et la mauvaise gestion du
pouvoir mais en tant que produits du syst�me car aucune pens�e unitaire ne les
habite ; elles se perp�tuent, non pas au centre de la conscience sociale mais �
la p�riph�rie, victimes de l�interpr�tation r�gnante qui consiste � reconna�tre
partout des n�cessit�s sociales puis � les combler par des pratiques n�o
trotskistes de contestation permanente. Ces pratiques ne sont que des �bauches
r�actives qui ne posent jamais la question essentielle : comment une
conscience subjective porteuse de r�volte peut-elle devenir �gale �
l�organisation pratique qu�elle a � se donner ?
Il n�a pas �t� prouv� que ces formes solidarit�
minimum soient l�expression parfaite de pratiques radicales ad�quates. Au
contraire, compte tenu de l�objectif � atteindre (r�gularisation de r�fugi�s,
logements et loyers raisonnables, aides diverses aux itin�rants, aux usagers de
drogue, etc.), les pratiques de ces groupes apparaissent de plus en plus
inad�quates devant des impasses sociales en nette augmentation. P�les de
contestation minimum et souvent n�cessaires du point de vue des victimes du
syst�me, c�est leurs discours qu�il faut questionner, leurs propensions � ne
pas s�interroger sur leur propre pratique, leur capacit� d�intol�rance sur un
point particulier et leur tol�rance pour beaucoup d�autres.
L�objectif quasi atteint par l��tat canadien de
cr�er un compromis social permanent, consiste pour l��tat � financer lui-m�me
ses ONG et autres organisations communautaires et � tenir les syndicats en main
via les fonds de pension. Demain, il n�est pas exclu que Solidarit�s sans
fronti�res ou Le Couac soient financ�s � leur tour[2]. Le Mouton
noir, journal alternatif de Gasp�sie, est bien sponsoris� par le Programme
d�aide aux m�dias communautaires du minist�re de la Culture et des
Communications du Qu�bec (PAMEC).
La cogestion sociale mise en place par l��tat
canadien, particuli�rement efficace au Qu�bec, est le point le plus avanc� de
la r�cup�ration.
En cons�quence, si nous pouvons accepter de
participer individuellement � des formes de contestation, nous ne pouvons, par
contre, abonder dans une � politique du pire �.
Strat�giquement, la reconduction de ces fragments
de lutte est un retour vers le pass�, un am�nagement d�ficient du pr�sent. Il
n�y existe conjointement aucune � variante � r�volutionnaire
puisqu�il n�y existe aucune critique unitaire.
Nous ne sommes pas malveillants mais critiques,
certes dans une forme intransigeante. Nous cherchons � nous livrer � des
revendications nouvelles ad�quates � l��poque qui permettraient de d�passer
d�finitivement le romantisme r�volutionnaire des luttes partielles. Si nombre
de camarades de ces groupes dont nous parlons, cherchent, comme nous
l�esp�rons, de nouveaux �l�ments de r�flexions, une dynamique plus exp�rimentale
et plus d�efficacit� dans leur praxis, les termes de notre r�flexion critique
et nos conclusions rebondiront progressivement partout dans ces groupes.
Enfin, si nous devons affirmer un projet
organisationnel publiquement, cela ne peut-�tre que comme une des tendances
d�un mouvement r�volutionnaire qui aspire � l�universel, pas seulement �
travers un mode d��tre ou de critique/critique contre un milieu et une vision
pass�iste anarchiste proclam�e pour l��ternit�. Cela serait �videmment
insuffisant.
Un enjeu social ne peut �tre r�ductible � une
simple publication, d�ailleurs r�duite � sa plus simple expression comme
celle-ci, mais bien au contraire, � une plus grande ouverture critique, � la
n�cessit� d�une plus grande lumi�re sur nos vies, et donc reprenons : une
telle publication n�est pas un porte-flambeau de textes morts sit�t �nonn�s ;
elle est semblable � une vie et une dynamique � organisationnelle �
v�ritable ; son univers consiste � trouver des outils, capables de nous d�finir
offensivement, en tant que pratique sociale.
Les cibles ne manquent pas, et le syst�me n�est
�tanche qu�en surface, il faut donc taper l� o� �a fait mal sans oublier de
faire le m�nage devant notre porte. J�ai commenc� avec la confusion int�ress�e
de Dupui D�ri, l�anarchisme citoyen et le vrai r�formisme de Baillargeon, les
compromissions nationalistes du Couac, mais d�autres critiques, par exemple la
critique du nationalisme qu�b�cois, restent � faire d�un point de vue
r�volutionnaire.
Une fois engag�, le combat montre que la r�alit�
n�est pas confondue avec l��cran de TV ou les pages du Devoir, ainsi le
principe inviolable du droit au travail qui f�d�re les syndicats, la notion
m�me de travail salari�, l�encadrement syndical obligatoire, les conditions
d�acc�s � la consommation et au circuit �conomique, nous attendent
n�cessairement au coin de la th�orie.
Si nous demeurons tributaires du temps dans
lequel nous vivons, nous ne sommes pas forc�ment �cras�s entre l�id�ologie
contemporaine au sens strict et mat�riel du mot et nos aspirations subjectives
et radicales. L�exploration critique du domaine ali�n� n�emp�che pas l��motion
de ressurgir sans culpabilit�, l�imagination d�y profiler sa force terrible, la
joie secr�te des d�tournements de crever les images en r�pandant des forces
n�gatives qu�il est possible de fondre � notre seul usage.
Les difficult�s - elles sont nombreuses - d�une
compr�hension du pr�sent et, intimement li�es � elles, d�une esquisse r�aliste
de nos objectifs, r�sident avant tout dans le souci affirm�, partag� et
compris, d�une analyse globale, y compris des erreurs et des acquits de
pratiques pass�s.
Ensemble,
nous avons la possibilit� de corriger la confusion et le manque de perspective
imm�diate du mouvement social contemporain.
Confin�
au parcellaire, aux fronts de lutte, � la seule r�action de d�fense et �
l�aveuglement devant un syst�me qui l�gitime franchement ses principes, La
lutte contre le confusionnisme qui alt�re la nature m�me des perspectives r�volutionnaires
sans �tre capable d�envisager la critique de
la vieille politique sp�cialis�e, impuissante, appara�t comme une
priorit�.
Il faut ouvrir de
nouveaux fronts.
Un petit groupe
d�termin� peut faire beaucoup
pour changer le cours du
temps.
|