Un journal purement révolutionnaire  
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  Post� le dimanche 12 novembre 2006 @ 11:54:15 by AnarchOi
Contributed by: Anonyme
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Extrait de SILLING num�ro 1

Disponible � la librairie l�Insoumise/Montr�al et � Quilombo/Paris ou par courriel [email protected]



O� R�SIDE LE SECRET QUI PEUT METTRE EN MOUVEMENT CETTE IMMOBILISATION APPARENTE ?

1

La principale faiblesse du mouvement radical actuel r�side dans son absence de pratique th�orique et dans l�inexp�rience critique de ce qui le porte. Cette investigation primordiale doit pourtant subvertir tous les domaines s�par�s de la domination en �vitant les conclusions d�une facilit� suspecte, afin d�en d�montrer de mani�re frappante la strat�gie unifi�e.

2

Une telle critique devrait avoir un caract�re exp�rimental pour avoir seulement un commencement de validit�.

3

Chaque mouvement r�volutionnaire est tributaire d�une conception non dogmatique de la v�rit� afin de le rester.

4

De l�essence des mouvements r�volutionnaires pr�c�dents dress�s avec coh�rence contre les pouvoirs en place, nous avons � conna�tre ce qu�il y avait de meilleur comme de plus mauvais. Mais si ces mouvements ont �chou�, si les mod�les sociaux et id�ologiques qu�ils proposaient ne sont plus valides, la m�moire de leur h�ro�sme, leurs luttes exemplaires et leur maturit� dans leur temps, leur strat�gie de rupture parient sur le meilleur de ce qu�ils furent et aboutit � d�finir comme � justifier, nos aspirations pr�sentes. Ainsi nous pouvons admirer (et parfois envier) les r�volutionnaires anonymes qui se sont battus pour la Commune de Paris, de Canton, Cronstadt ou m�me � Winnipeg, bien qu�aucun d�entre nous ne veut �chouer et conna�tre leur fin. Aucun �chec n�est irr�m�diable.

Ce n�est pas leur sort qui nous motive mais le besoin de fraternit�.

Ce n�est pas leur sort qui nous enthousiasme mais le n�tre.

5

La conscience pratique contemporaine de la r�volte permet d�entrevoir une autre architecture de la r�volution.

Si nous avons besoin de rythmes nouveaux pour pr�server le sens de nos luttes, leurs puissances ne peuvent venir non de l�intensit� de nos visions d�avenir mais de la certitude de notre pratique du pr�sent. La question de la fausse conscience, de la fragmentation de l�identit� dans la religiosit� spectaculaire, de la vie invers�e, ces questions se maintiennent obstin�ment au centre de toute critique pratique, de toute activit� radicale. Omettre la question centrale de l�ali�nation dans ces termes, participe de la mystification volontaire au m�me titre qu�elle entretient la d�pendance et l�asservissement � ce que l�on entend nier.

6

Le vedettariat est un instrument de hi�rarchisation incompatible avec tout projet r�volutionnaire. Il est l�av�nement d�une caste restreinte et une des formes de pactisation avec le spectacle dominant de la mis�re.

7

L�anonymat est une n�cessit� subversive et anti-id�ologique

8

Les mouvements sociaux pr�c�dents se sont appuy�s sur des faits concrets pour �laborer une critique qui soit exactement au plus pr�s de la r�alit� et de leurs besoins. Critique de l��conomie et de la politique pour les marxistes, critique de l��tat et conception de l�Unique pour les anarchistes furent quelques-unes de ces pistes de recherche et la base th�orique des assauts ouvriers du XIXe si�cle. Qu�ils aient �t� rabaiss�s et d�grad�s dans la constitution de partis ouvriers par l��crasement et la mise au pas de ces m�mes ouvriers ne doit pas faire oublier que les secousses insurrectionnelles sont condamn�es, dans ce monde, � rester sans cesse r�currentes parce qu�en elles s�affirme la vie m�me. Le temps travaille pour nous, il faut alors lui donner un coup de pouce salutaire. Nos espoirs ne sont pas refroidis.

9

Alors oui, tout a chang� et tout continue comme avant! Le seul vrai travail important de la pens�e critique aujourd�hui doit tourner autour de cette question de la r�organisation des forces th�oriques et mat�rielles du mouvement r�volutionnaire, afin qu�il s�affirme en conscience en tant que subversion.

10

Les r�volutionnaires seront d�autant plus eux-m�mes qu�ils auront l�intelligence de se transformer afin d��chapper aux moules de repr�sentations pos�es comme des pi�ges et qui les attendent pour les figer.

Cette transformation n�est r�alisable que dans le jeu subversif de petits groupes d�termin�s. L� o� la libert� enflamme la passion, l� o� le changement s�affirme comme rupture.

Tout est m�moire et anticipation

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S�orienter : premi�re contribution

Il y a plusieurs fa�ons de mat�rialiser un d�bat th�orico pratique et plusieurs de ces fa�ons ont d�j� �t� tent�es ailleurs, dans d�autres temps, mais certaines, encore in�dites, demandent � na�tre. Il s�est toujours agi � chaque fois de tenir compte de situations particuli�res, d��volutions individuelles et de praxis adapt�es et collectives dans un environnement social d�termin�.

Chacun est ainsi contraint de trouver ses m�thodes en soi-m�me, et donc rien n�y est insignifiant, au contraire. Encore faut-il avoir en t�te le souci permanent d�un d�bat concret et se donner les moyens r�guliers d�acc�der � celui-ci malgr� ou � cause du quotidien.

Chaque individu aux prises avec l�affirmation de son autonomie se retrouve avec son petit chantier personnel en partie construit, en partie d�vast�, � tenter d��laborer une dimension critique historique et �videmment, ces choses-l� passent par diff�rentes �tapes, plusieurs m�diations, o� la coh�rence, l�enthousiasme et le temps au beau fixe ne sont pas des �l�ments stables.

Pas de hasard donc si l�enthousiasme nous tourne autour en reniflant comme si nous manquions de violence fondatrice : le temps est encore, trop souvent, d�di� � un cynisme st�rile et � l�auto commis�ration, ou tout simplement aux luttes partielles dont nous connaissons tous le manque de port�e radicale et les tendances � combler les trous du syst�me dominant.

Ainsi beaucoup de ceux qui se r�clament abusivement d�une pens�e libertaire au Qu�bec ne font que reproduire le principe statique de ces luttes partielles issues de la survivance des extr�mes gauches europ�ennes ou am�ricaines maintenant bien d�grad�es. De ces extr�mes gauches qui � reproduisent en elles les conditions de scission et de hi�rarchie qui sont celles de la soci�t� dominante.�Quand aux autres, comme dans tout v�ritable projet r�volutionnaire, ils ont � s�immerger dans la relation entre la th�orie critique et l�activit� pratique, en d�passant tout romantisme, afin de relever les d�fis identifi�s parmi les trous noirs de la lutte des classes, lutte de classes qui persiste sous des formes diff�rentes de celles que connaissaient nos pr�d�cesseurs mais toujours avec, au c�ur, la m�me exigence d�une critique de la totalit�. Donc, subjectivement, car il faut en parler, l�enthousiasme se construit, tout du moins on peut en construire les bases, ensemble, et... advienne ce que pourra !

De toute fa�on, il faut miser sur un champ d�activit�s et de r�flexions qui nous soient favorables et dans ce champ d�activit�s, parions que nous allons trouver tr�s vite de l�enthousiasme et du plaisir.

Il ne s�agit pas, pour ceux qui veulent participer � un tel projet, d�apparitions confuses, de d�sirs vagues ; les perspectives de changement radical ne sont pas des vestiges du pass�, changer nos vies au pr�sent a encore un sens et nous sommes un des maillons de cette solidarit� organis�e qui peut contribuer � red�finir le mode d�emploi d�un projet r�volutionnaire avec, entre autres, cette modeste publication, m�me si celle-ci doit �tre per�ue comme un �l�ment ponctuel d�une activit� subversive forc�ment plus large.

L�esprit de r�signation que chacun d�entre nous peut constater quotidiennement chez les salari�s comme les ch�meurs, imbibe les comportements quand ce n�est pas le sens tr�s officiel de ce consensus particulier � la conception nord am�ricaine des liens et des partenaires sociaux. La menace r�currente du terrorisme et du chaos social n�a jamais �t� aussi pr�sente dans les t�tes ni autant v�hicul�e par les m�dias.

En contrepartie, le contr�le social exerce une �norme pression selon une cadence acc�l�r�e ; l�id�e d�mocratique est devenue une publicit� de supermarch� surveill�e par l�arm�e ; les syndicats g�rent grassement les fonds sociaux et les cotisations sur le dos des salari�s ; les m�dias d�sarment les consciences ; chaque citoyen est en guerre avec lui-m�me ; seul le respect des apparences (et la police bient�t dans chaque chambre) emp�che de tirer sur son voisin, l�ennemi de toujours.

Le climat id�ologique porte en lui un �ge d�or impr�visible, constamment recul�, mais vraiment s�curis� qu�il pr�sente comme le seul r�el possible, la seule v�rit� de son existence.

C�est pourquoi, devant la progression de l�ali�nation, la fausse conscience des � progressistes � qui, sous des dehors contestataires, se rallient objectivement et m�me gaiement bien que de fa�on confuse au syst�me, ne peut �tre per�ue que sous sa docilit� finale : des vell�it�s d�autonomie d�risoires, des parodies de r�sistance.

Pour les r�volutionnaires, il est judicieux de ne rien laisser de c�t� dans l�ampleur critique qu�ils entendent donner � leur r�volte, notamment en attaquant avec humour et d�rision, la constante gravit� des erreurs et des imb�cillit�s que nous pouvons entendre, lire ou voir expos�es ici ou l� � l�aide d�un dilettantisme contestataire bas� sur l�oubli (de l�histoire, des luttes, de la critique, etc.), par ceux qui tentent de faire accr�diter l�id�e que leur r�formisme est en r�alit� de la subversion, raison pourtant fondamentale de leur antagonisme visc�ral d�avec tout projet subversif, par ceux qui se trouvent non dans la n�gation et le refus du monde actuel mais dans son am�nagement. Leurs conditions de communications, en g�n�ral, sont �gales � celles utilis�es par le spectacle dominant. La contestation et le pouvoir se justifiant l�un et l�autre, c�est l� leur grande consolation car ils s�abandonnent l�un et l�autre � des lois de fonctionnement identiques, aux m�mes ressorts de la pens�e et � la m�me gratitude r�ciproque. La contestation et le pouvoir ne sont pas appel�s � se d�truire, ils s�interpr�tent et rappellent constamment leur origine commune.

Mais un projet r�volutionnaire doit savoir distinguer les qualit�s de camarades potentiels situ�s dans la mouvance libertaire que nous fr�quentons, que ce soit l� ou m�me ailleurs, partout o� l�intelligence ne se dissimule pas sous des oripeaux vieillis ou abandonn�s depuis longtemps par la seule force de l�histoire.

Personne n�ayant le monopole de la critique, tout triomphe du verbiage est le bienvenu.

Les errements des pens�es politiques d�une gauche locale atomis�e [1] qui se cherche sans se trouver, compos�e d�anarchistes recycl�s et de nationalistes reconvertis dans l�alter mondialisme, r�v�lent de graves manques th�oriques et pratiques et des archa�smes d�sinvoltes, y compris du point de vue de cette modernit� universitaire dont beaucoup se r�clament dans ces milieux d�adeptes de la contestation. Depuis que les nationalistes comme Pierre Vadeboncoeur et Claude Charron passent alternativement du journal Le Couac � l'Action Nationale, il est �vident qu'une contamination nationaliste, c'est � dire blanche et francophone, envahie, dans le contexte historique particulier du Qu�bec, une pens�e anarchiste �parpill�e et superficielle pendant que les id�es altermondialistes modernisent (mollement, il est vrai) le discours national qu�b�cois ; il nous appartient de montrer ce qui constitue la confusion de cette fausse r�conciliation cette r�cup�ration � double tranchant, ses promesses triviales, ses contraintes pr�visibles.

Dans la p�riode transitoire o� nous sommes, quelques uns de ces fins penseurs r�p�tent, sous la forme de fragments th�oriques d�plac�s et de restitution de faibles signes du pass�, les interminables alibis d�une gauche mod�r�e, citoyenne dans son application, syst�matiquement d�pourvue d�embryon de radicalit�. Rien ici qui aboutisse � un d�passement historique mais une s�rie de r�actions qui peu � peu perd en importance selon la place �v�nementielle accord�e � l�actualit� en cours et qui va toujours d�croissant.

Pour ces militants r�v�s, �ternels frustr�s, les sympt�mes ont valeur de cette v�rit� qui se d�robe constamment � leurs yeux ; leurs motivations les transfigurent car ils entendent valoriser non la d�marche mais un r�sultat partiel. La constatation de repli autiste d�un pr�sent planifi� en d�sordre et en chaos organis�, d�un r�el bris�, d�pourvu de r�f�rences � sa propre histoire, cette constatation qui conduit n�cessairement � questionner ce qui r�side de consolation personnelle et d�h�ritage religieux dans l�envo�tement militant, cette constatation est somm�e de dispara�tre devant l�exhaustivit� parfaite de leur propre activisme. Pour eux, il est vain de se pr�occuper de sens, d�histoire ou de m�moire, encore moins d�avenir : pr�occup�s d�alibis imm�diats, ils ont d�j� choisi de lier leur survie � un pr�sent cern� par l�oubli, � un r�el d�testable qui rebondit sur lui-m�me, �cras� et d�pourvu de sens. Seuls comptent le m�me bruit de fond des ajustements tardifs du syst�me que, bien dress�s, ils ornent de leurs indignations interchangeables.

Ils sont � agis �, jamais acteurs.

Les langages du spectacle et de la marchandise administrent leur indignation. Leurs protestations visent les retards et les d�faillances du syst�me jamais le syst�me lui-m�me.

Ce jugement, � peine s�v�re, en regard de la pauvret� �cul�e de leurs pens�es - m�me d�un point de vue moderniste comme nous l�avons dit - d�crit des � progressistes � notoirement sans praxis radicale, dont l�expression de r�volte se change, � court terme, en d�faitisme.

Leur attention au pr�sent est devenue aveuglement, leur pens�e, une attente �ternellement reconduite.

Il est de notre int�r�t de montrer o� se situe la ligne de fracture entre cette vague gauche piment�e de quelques anars perdus qui aimeraient bien ressusciter une sorte d'extr�me gauche raisonnable et, les individus ou les groupes, qui interrogent le pr�sent en fonction d�une m�moire historique et de perspectives d�avenir dans un projet de rupture radicale.

L�id�e d�une organisation r�volutionnaire, d'une praxis radicale, ne s�est pas encore totalement rar�fi�e gr�ce aux champs d�exp�rience accumul�s, � une m�moire historique dont les fils ne sont pas rompus malgr� l�extr�me ali�nation actuelle. L�avenir ne s�est pas totalement obscurci tout simplement parce que quelques uns, tout comme nous, cherchent � relier et � d�finir un projet encore utopique au pr�sent, par del� l�impuissance sociale, par del� un pr�sent �ternis� et sans m�moire v�cu comme un temps �tranger. Il n�y a donc aucune nouveaut� r�volutionnaire � attendre de ceux qui n�ayant jamais eu d�esprit critique, bern�s par leurs contestations partielles, occultent les questions � r�soudre, les r�ponses � donner afin de d�maquiller le r�el qui nous est donn� � voir.

Il s�agit du m�me vieux d�bat entre r�volutionnaire et r�formiste, de cette constante confusion qui occupe de la fa�on la plus obsc�ne, le terrain des luttes sociales en tant que repr�sentation de ses pseudo valeurs. Un tel mouvement n�est que le � subi � d�une d�possession r�elle, l�expression parfois de sa souffrance mais jamais sa prise de conscience ni la volont� de son d�passement, r�alisations qui permettraient pourtant d��liminer les reflets artificiels et l�illusion primitive d�un tel comportement.

Certain d�bat r�cent � Montr�al (CMAQ, ao�t/septembre), malgr� ses emportements et ses expressions parfois confus, a r�v�l� le d�sir de nombreux camarades de ressusciter une parole r�volutionnaire libre afin de contrer les discours d�solant et confus de quelques individus ou les propositions de cogestion responsables de ces revues alter mondialistes, d�mesur�ment tristes � mes yeux, qui occupent, en tant que telles, la sc�ne � anarchiste � qu�b�coise avec une jubilation de pr�sentateurs d��missions de vari�t�s.

Nous avons sans cesse � rappeler que le mouvement social dont nous nous r�clamons ne peut leur �tre assimil� qu�� condition de le r�duire � rien. Il ne correspond ni � leur confusion, ni � leur id�es compensatoires, ni � leurs carri�risme ; leur soi disant invuln�rabilit�, qui leur permet de dire n'importe quoi sur tout les sujets, n'existe tout simplement pas.

Il faut en finir particuli�rement avec le politiquement correct : un con est un con, un politicien, un politicien. Pas de hasard si ce sont souvent les m�mes !

La faiblesse du mouvement social n'est pas une chose �ternelle, l'�nergie r�apparue r�cemment montre aussi le degr� d'exasp�ration atteint. Elle d�montre une vraie force sous jacente. Quant aux enjeux soulev�s, ils ne peuvent maintenant tromper personne. Les d�bats en cours sur le Web et ailleurs, ne portent pas sur un clivage de personnes, mais sur des conceptions du monde et des luttes oppos�es.

Les id�ologies anarchiste et communiste libertaire, les pratiques fragmentaires des luttes partielles, les confusions entre le d�mocratisme participatif, civique et citoyen, et un projet r�volutionnaire reproduisent l�ali�nation sous des formes ali�n�es. L�id�ologisation transpose les volont�s individuelles, � l�aide des manifestations singuli�res de la repr�sentation, vers des int�r�ts organisationnels particuliers �loign�s des objectifs r�volutionnaires. Cette confusion entretenue est la principale production de ce processus. Elle sous-tend nombres de pratiques sociales au Qu�bec. Ces pratiques d�s lors qu�elles se pr�sentent abusivement comme des alternatives r�volutionnaires doivent �tre pass�es au crible pour ce qu�elles repr�sentent de bricolages sociaux, reproducteurs de culture ali�n�e, refuges rat�s, maigres souvenirs d��mancipation libertaire.

Si ces formes de solidarit� partielles sont g�n�ralement justifi�es par les trop r�elles injustices du syst�me, elles n�ont pas � se substituer, par leurs formes de protestation et de contestation, � un quadrillage, momentan�ment omis par l��tat, des marges archa�ques ou mis�rables du syst�me.

Nous avons tous, � un niveau individuel, pratiqu�s des formes de solidarit�s sociales dans des organisations de types communautaires parce que notre v�cu est aussi le signe avant coureur d�une subversion plus vaste. Il ne nous est pas possible de demeurer insensibles au monde qui nous entoure, et d��viter en permanence les contradictions qu�impose le monde actuel, il nous faut aussi le vivre. Impossible de vivre dans l�oubli du monde, le regard centr� sur soi en un refus total, en nihiliste achev�. Et nous n�ignorons pas, pour avoir partag� des moments identiques, les m�mes espoirs et les m�mes doutes, que parmi les individus participant � ces types d�organisations, existent des signes concrets de d�passement, parfois une communaut� de pens�e, ainsi que des tentatives de pratiques communes. Ces rapprochements ne peuvent alors �tre envisag�s qu�en tant que rencontres individuelles.

Les regroupements de solidarit� tout comme les organisations communautaires montrent les limites et la mauvaise gestion du pouvoir mais en tant que produits du syst�me car aucune pens�e unitaire ne les habite ; elles se perp�tuent, non pas au centre de la conscience sociale mais � la p�riph�rie, victimes de l�interpr�tation r�gnante qui consiste � reconna�tre partout des n�cessit�s sociales puis � les combler par des pratiques n�o trotskistes de contestation permanente. Ces pratiques ne sont que des �bauches r�actives qui ne posent jamais la question essentielle : comment une conscience subjective porteuse de r�volte peut-elle devenir �gale � l�organisation pratique qu�elle a � se donner ?

Il n�a pas �t� prouv� que ces formes solidarit� minimum soient l�expression parfaite de pratiques radicales ad�quates. Au contraire, compte tenu de l�objectif � atteindre (r�gularisation de r�fugi�s, logements et loyers raisonnables, aides diverses aux itin�rants, aux usagers de drogue, etc.), les pratiques de ces groupes apparaissent de plus en plus inad�quates devant des impasses sociales en nette augmentation. P�les de contestation minimum et souvent n�cessaires du point de vue des victimes du syst�me, c�est leurs discours qu�il faut questionner, leurs propensions � ne pas s�interroger sur leur propre pratique, leur capacit� d�intol�rance sur un point particulier et leur tol�rance pour beaucoup d�autres.

L�objectif quasi atteint par l��tat canadien de cr�er un compromis social permanent, consiste pour l��tat � financer lui-m�me ses ONG et autres organisations communautaires et � tenir les syndicats en main via les fonds de pension. Demain, il n�est pas exclu que Solidarit�s sans fronti�res ou Le Couac soient financ�s � leur tour[2]. Le Mouton noir, journal alternatif de Gasp�sie, est bien sponsoris� par le Programme d�aide aux m�dias communautaires du minist�re de la Culture et des Communications du Qu�bec (PAMEC).

La cogestion sociale mise en place par l��tat canadien, particuli�rement efficace au Qu�bec, est le point le plus avanc� de la r�cup�ration.

En cons�quence, si nous pouvons accepter de participer individuellement � des formes de contestation, nous ne pouvons, par contre, abonder dans une � politique du pire �.

Strat�giquement, la reconduction de ces fragments de lutte est un retour vers le pass�, un am�nagement d�ficient du pr�sent. Il n�y existe conjointement aucune � variante � r�volutionnaire puisqu�il n�y existe aucune critique unitaire.

Nous ne sommes pas malveillants mais critiques, certes dans une forme intransigeante. Nous cherchons � nous livrer � des revendications nouvelles ad�quates � l��poque qui permettraient de d�passer d�finitivement le romantisme r�volutionnaire des luttes partielles. Si nombre de camarades de ces groupes dont nous parlons, cherchent, comme nous l�esp�rons, de nouveaux �l�ments de r�flexions, une dynamique plus exp�rimentale et plus d�efficacit� dans leur praxis, les termes de notre r�flexion critique et nos conclusions rebondiront progressivement partout dans ces groupes.

Enfin, si nous devons affirmer un projet organisationnel publiquement, cela ne peut-�tre que comme une des tendances d�un mouvement r�volutionnaire qui aspire � l�universel, pas seulement � travers un mode d��tre ou de critique/critique contre un milieu et une vision pass�iste anarchiste proclam�e pour l��ternit�. Cela serait �videmment insuffisant.

Un enjeu social ne peut �tre r�ductible � une simple publication, d�ailleurs r�duite � sa plus simple expression comme celle-ci, mais bien au contraire, � une plus grande ouverture critique, � la n�cessit� d�une plus grande lumi�re sur nos vies, et donc reprenons : une telle publication n�est pas un porte-flambeau de textes morts sit�t �nonn�s ; elle est semblable � une vie et une dynamique � organisationnelle � v�ritable ; son univers consiste � trouver des outils, capables de nous d�finir offensivement, en tant que pratique sociale.

Les cibles ne manquent pas, et le syst�me n�est �tanche qu�en surface, il faut donc taper l� o� �a fait mal sans oublier de faire le m�nage devant notre porte. J�ai commenc� avec la confusion int�ress�e de Dupui D�ri, l�anarchisme citoyen et le vrai r�formisme de Baillargeon, les compromissions nationalistes du Couac, mais d�autres critiques, par exemple la critique du nationalisme qu�b�cois, restent � faire d�un point de vue r�volutionnaire.

Une fois engag�, le combat montre que la r�alit� n�est pas confondue avec l��cran de TV ou les pages du Devoir, ainsi le principe inviolable du droit au travail qui f�d�re les syndicats, la notion m�me de travail salari�, l�encadrement syndical obligatoire, les conditions d�acc�s � la consommation et au circuit �conomique, nous attendent n�cessairement au coin de la th�orie.

Si nous demeurons tributaires du temps dans lequel nous vivons, nous ne sommes pas forc�ment �cras�s entre l�id�ologie contemporaine au sens strict et mat�riel du mot et nos aspirations subjectives et radicales. L�exploration critique du domaine ali�n� n�emp�che pas l��motion de ressurgir sans culpabilit�, l�imagination d�y profiler sa force terrible, la joie secr�te des d�tournements de crever les images en r�pandant des forces n�gatives qu�il est possible de fondre � notre seul usage.

Les difficult�s - elles sont nombreuses - d�une compr�hension du pr�sent et, intimement li�es � elles, d�une esquisse r�aliste de nos objectifs, r�sident avant tout dans le souci affirm�, partag� et compris, d�une analyse globale, y compris des erreurs et des acquits de pratiques pass�s.

Ensemble, nous avons la possibilit� de corriger la confusion et le manque de perspective imm�diate du mouvement social contemporain.

Confin� au parcellaire, aux fronts de lutte, � la seule r�action de d�fense et � l�aveuglement devant un syst�me qui l�gitime franchement ses principes, La lutte contre le confusionnisme qui alt�re la nature m�me des perspectives r�volutionnaires sans �tre capable d�envisager la critique de la vieille politique sp�cialis�e, impuissante, appara�t comme une priorit�.

Il faut ouvrir de nouveaux fronts.

Un petit groupe d�termin� peut faire beaucoup

pour changer le cours du temps.



[1] Comme l�affirme le vaste penseur Baillargeon, � Disons que l�alliance de la gauche canadienne a �t� r�alis�e au Couac, c�est une revue dans laquelle on trouve donc des tendances vari�es. � Tendances vari�es ? C�est le moins qu�on puisse en dire, il suffit de lire dans notre pr�c�dente publication TIR FIXE le texte � La ti�deur des ti�des : Le Couac et Normand Baillargeon � pour s�en convaincre, quant � l�alliance de gauche�.elle semble pour le moment une assez lourde farce, limit�e dans son ampleur � une minuscule poign�e d�individus.

[2] Le Couac l�est d�j� en ayant accept� dans son num�ro de octobre 2006 une publicit� (mais verte admirons la nuance) de Hydro Qu�bec.




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