Un journal purement révolutionnaire  
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  Post� le jeudi 09 novembre 2006 @ 12:22:17 by AnarchOi
Contributed by: AnarchOi
MarxismeSource : CNT-AIT

I

Il y a quelques ann�es, peu apr�s la mort de Fr�d�ric Engels, Edouard Bernstein, un des plus illustres membres de la commu�naut� marxiste, �tonna ses amis par quelques d�couvertes notables. Bernstein manifesta publiquement ses doutes quant � l�exactitude de l�interpr�tation mat�rialiste de l�histoire, de la th�orie marxiste de la plus value et de la concentration du capital ; il alla m�me jus�qu�� attaquer la m�thode dialectique, arrivant � la conclusion qu�il n��tait pas possible de parler d�un socialisme critique. Homme prudent, Bernstein garda pour lui ses d�couvertes jusqu�� ce que meure le vieil Engels, et alors seulement il les rendit publiques au grand effroi des pr�res marxistes. Mais m�me cette prudence ne put le sauver, car on l�attaqua de tous c�t�s. Kautsky �crivit un livre contre l�h�r�tique, et le pauvre Edouard se vit oblig� de d�clarer au congr�s de Hanovre qu�il �tait en �tat de p�ch� mortel et qu�il se soumettait � la d�cision de la majorit� scientifique.

Avec tout cela, Bernstein n�avait rien r�v�l� de nouveau. Les raisons qu�il opposait aux fondements de la doctrine marxiste exis�taient d�j� � l��poque o� lui-m�me continuait encore � se faire l�ap�tre fid�le de l��glise marxiste. Ces arguments avaient �t� pris �� et l� dans la litt�rature anarchiste, et le seul fait important �tait qu�un social-d�mocrate parmi les plus connus se r�clamait d�eux pour la premi�re fois. Personne ne niera que la critique de Bernstein avait produit une forte impression dans le camp mar�xiste : il avait �branl� les fondements les plus importants de l��co�nomie m�taphysique de Karl Marx et il n�est pas surprenant que les respectables repr�sentants du marxisme orthodoxe s�en soient vivement �mus.

Tout cela ne serait pas tr�s grave s�il n�y avait un autre incon�v�nient bien pire. Depuis pr�s d�un si�cle, les marxistes ne cessent de pr�cher que Marx et Engels furent les inventeurs du socialisme dit scientifique ; une distinction artificielle s�est cr��e entre les so�cialistes dits utopiques et le socialisme scientifique des marxistes, diff�rence qui existe seulement dans l�imagination de ces derniers. Dans les pays germaniques, la litt�rature socialiste a �t� monopoli�s�e par les th�ories marxistes, et tout social-d�mocrate les consid�re comme de purs produits, absolument originaux, des d�couvertes scientifiques de Marx et de Engels.

Mais ce r�ve s�est lui aussi �vanoui : les recherches historiques modernes ont �tabli d�une mani�re incontestable que le socialisme scientifique n��tait rien de plus qu�une cons�quence des vieux socialismes anglais et fran�ais, et que Marx et Engels ont connu � la perfection l�art de rev�tir le plumage d�autrui. Apr�s les r�vo�lutions de 1848, commen�a en Europe une r�action terrible ; la Sainte Alliance revint tendre ses filets dans tous les pays avec l�in�tention d��touffer la pens�e socialiste qui produisait une litt�rature d�une tr�s grande richesse tant en France qu�en Belgique, Angle�terre, Allemagne, Espagne et Italie. Cette litt�rature tomba pres�que totalement dans l�oubli pendant cette p�riode d�obscurantisme qui commen�a � partir de 1848. Beaucoup d��uvres parmi les plus importantes furent d�truites, et rares sont les exemplaires qui trouv�rent refuge dans la tranquillit� de certaines grandes biblio�th�ques publiques ou chez des particuliers. C�est seulement � la fin du XIX� si�cle et au d�but du XX� que cette litt�rature a �t� red�couverte et aujourd�hui, nous sommes remplis d�admiration devant les id�es f�condes que l�on trouve dans les vieux �crits des �coles post�rieures � Fourier et � Saint-Simon, dans les �uvres de Consid�rant, Demasi, Mey et de tant d�autres.

De la m�me mani�re, on y a trouv� l�origine du socialisme dit scientifique. Notre vieil ami W. Tcherkesoff fut le premier � offrir un ensemble de tous ces faits ; il d�montra que Marx et Engels ne sont pas les inventeurs des th�ories qui furent consid�r�es pendant tant de temps comme leur patrimoine intellectuel [1] ; il arriva m�me � prouver que certains des travaux marxistes par�mi les plus fameux, comme le Manifeste communiste par exem�ple, n��taient en r�alit� rien d�autre que des traductions libres du fran�ais, faites par Marx et Engels. Tcherkesoff a d�ailleurs eu le plaisir de voir ses affirmations relatives au Manifeste communiste, reconnues par Avanti, organe central de la social-d�mocratie italienne [2], apr�s que l�auteur ait eu l�id�e de comparer le Manifes�te communiste avec le Manifeste de la D�mocratie de Victor Con�sid�rant, paru cinq ans avant l�opuscule de Marx et de Engels.

Le Manifeste communiste est consid�r� comme une des pre�mi�res �uvres du socialisme scientifique et le contenu de ce tra�vail a �t� tir� des �crits d�un utopiste, car le marxisme inclut Fourier dans les socialistes utopiques. Voil� une des ironies les plus cruelles que l�on puisse imaginer, et cela ne constitue pas assur�ment une recommandation favorable quant � la valeur scientifique du mar�xisme. Victor Consid�rant fut un des premiers �crivains socialistes que Marx connut ; il le mentionne d�j� � une �poque o� il n��tait pas encore socialiste lui-m�me. En 1842, la Allgemeine Zei�tung attaqua la Rheinische Zeitung dont Marx �tait r�dacteur en chef, lui reprochant de sympathiser avec le communisme. Marx r�pondit alors par un �ditorial [3] dans lequel il d�clarait : � Des �uvres comme celles de Leroux, Consid�rant et plus particuli�rement le livre perspicace de Proudhon, ne peuvent �tre critiqu�es � partir de quelques observations superficielles ; il faut les �tudier � fond avant de vouloir en faire la critique �. Le socialisme fran�ais a exerc� la plus grande influence sur le d�veloppement de Marx ; mais de tous les �crivains socialistes de France, c�est P. J. Proudhon qui l�a le plus puissamment marqu�.

Il est m�me �vident que le livre de Proudhon Qu�est-ce que la pro�pri�t� ? incita Marx � embrasser le socialisme. Les observations critiques de Proudhon sur l��conomie nationale et les diverses ten�dances socialistes firent d�couvrir, avant Marx, un inonde nouveau, et ce fut principalement la th�orie de la plus-value, d�velopp�e elle aussi par le g�nial socialiste fran�ais, qui causa la plus forte impression sur l�esprit de Marx. L�origine de la doctrine de la plus �value, cette grandiose � d�couverte scientifique � dont s�enorgueil�lissent tous nos marxistes, nous la trouvons dans les �crits de Prou�dhon. Gr�ce � celui-ci Marx parvint � conna�tre cette th�orie, qu�il modifia plus tard, apr�s l��tude des socialistes anglais Bray et Thompson. Marx alla jusqu�� reconna�tre publiquement la grande signi�fication scientifique de Proudhon et, dans un livre aujourd�hui compl�tement disparu de la vente [4], il qualifia l��uvre de celui-ci, Qu�est-ce que la propri�t� ?, de � premier manifeste scientifique du prol�tariat fran�ais �. Cette �uvre n�a plus �t� �dit�e par les mar�xistes, ni traduite, malgr� les grands efforts des repr�sentants of�ficiel du marxisme pour divulguer, dans toutes les langues, les �crits de leur ma�tre. Ce livre a �t� oubli�, on sait pourquoi ; sa r�impression ferait d�couvrir au monde le colossal contresens et l�insignifiance de tout ce que Marx a �crit plus tard au sujet de l��minent th�oricien de l�anarchisme.

Marx n�a pas �t� influenc� seulement par les id�es �conomi�ques de Proudhon, mais aussi par les th�ories anarchistes du grand socialiste fran�ais, et dans un de ses travaux de cette p�riode, il combat l�Etat sous la m�me forme que l�avait fait Proudhon.

II

Tous ceux qui ont �tudie attentivement l��volution socialiste de Marx devront reconna�tre que l��uvre de Proudhon Qu�est-ce que la Propri�t� ? fut celle qui le convertit au socialisme. Ceux qui ne connaissent pas de pr�s les d�tails de cette �volution et ceux qui n�ont pas eu la curiosit� de lire les premiers travaux socialis�tes de Marx et de Engels, jugeront �trange et invraisemblable cette affirmation, car dans ses travaux post�rieurs, Marx parle de Prou�dhon avec ironie et m�pris, et ce sont pr�cis�ment ces �crits que la social-d�mocratie publie de nouveau et r�imprime constamment.

C�est ainsi que prend corps, petit � petit, l�opinion suivant laquelle Marx fut, d�s le d�but, l�adversaire th�orique de Prou�dhon et qu�il n�a jamais exist�, entre eux deux, aucun point de contact. Il est vrai que, quand on lit ce que le premier a �crit � propos du second dans Mis�re de la philosophie, dans le Manifes�te communiste et dans la n�crologie qu�il publia dans le Sozialde�mokrat de Berlin, peu apr�s la mort de Proudhon, il n�est pas pos�sible d�avoir une autre opinion.

Dans Mis�re de la philosophie il attaque Proudhon de la pire mani�re, usant de tous les recours pour d�montrer que les id�es de celui-ci n�ont pas de valeur et qu�elles n�ont aucune importance, �ni comme socialistes ni comme critique de l��conomie politique : � Monsieur Proudhon - dit-il - a le malheur d��tre compris d�une �trange mani�re ; en France il a le droit d��tre un mauvais �conomiste, car on le consid�re comme un bon philosophe allemand ; en Allemagne, il peut �tre un mauvais philosophe, puis�qu�il y est consid�r� comme le meilleur �conomiste fran�ais. En ma qualit� d�Allemand et d��conomiste, je me vois oblig� de pro�tester contre cette double erreur �. [5]

Et Marx va plus loin encore : il accuse Proudhon, sans avan�cer aucune preuve, d�avoir plagi� les id�es de l��conomiste anglais Bray. Il �crit : � Nous croyons avoir trouv� dans le livre de Bray [6] la cl� de tous les travaux pass�s, pr�sents et � venir de Monsieur Proudhon �. I1 est int�ressant d�observer comment Marx, qui a utilis� tant de fois les id�es d�autrui et dont le Manifeste communiste n�est en r�alit� qu�une copie du Manifeste de la D�mocratie de Victor Con�sid�rant, traite les autres de plagiaires. Mais poursuivons. Dans le Manifeste communiste, Marx d�peint Proudhon comme un repr�sentant bourgeois et conserva�teur [7]. Et dans la n�crologie qu�il �crivit dans le Sozialdemokrat (1865) nous lisons les mots suivants : � Dans une histoire, rigoureusement scientifique, de l��cono�mie politique, ce livre (il se r�f�re � Qu�est-ce que la propri�t� ?) m�ritera � peine d��tre mentionn�. Car de semblables ouvrages jouent dans les sciences exactement le m�me r�le que dans la litt�rature de nouvelles �. Et dans le m�me article n�crologie, Marx r�it�re son affirmation comme quoi Proudhon manque totalement de valeur en tant qu��conomiste, opinion qu�il �mettait d�j� dans Mis�re de la philo�sophie.

Il est facile de comprendre que de pareilles assertions, lanc�es par Marx contre Proudhon, devaient r�pandre la croyance, et pour mieux dire la conviction, qu�entre lui et le grand �crivain fran�ais il n�existait pas la moindre parent�. En Allemagne, Proudhon est presque totalement inconnu. Les �ditons allemandes de ses �uvres, faites autour de 1840, sont �puis�es. L�unique livre qui a �t� de nouveau publi� en allemand est Qu�est-ce que la propri�t� ?, et m�me cette �dition a �t� diffus�e dans un cercle restreint. Cette circonstance explique le fait que Marx soit parvenu � effacer les traces de sa premi�re �volution socialiste. Que son opinion ait �t� bien diff�rente au d�but, nous avons eu l�occasion de le voit plus haut, et les conclusions qui suivent corroborent notre affirmation. Etant r�dacteur en chef de la Rheinische Zeitung, un des prin�cipaux journaux de la d�mocratie allemande, Marx arriva � conna�tre les �crivains socialistes les plus importants de France, alors que lui-m�me n��tait pas encore socialiste. Nous avons d�j� men�tionn� une de ses citations dans laquelle il fait allusion � Victor Consid�rant, Pierre Leroux et Proudhon, et il ne fait pas de doute que Consid�rant, et sp�cialement Proudhon, ont �t� les ma�tres qui l�amen�rent au socialisme. Qu�est-ce que la propri�t� ? a exerc�, de toute �vidence, la plus grande influence dans la maturation politique de Marx ; ainsi, � la p�riode mentionn�, il qualifia le g�nial Proudhon du plus � cons�quent et sagace des �crivains socia�listes � [8]. En 1843 la Rheinische Zeitung fut supprim�e par la cen�sure prussienne ; Marx partit pour l��tranger, et durant cette p�riode, il poursuivit son �volution vers le socialisme. La dite �volution se constate tr�s bien dans ses lettres � l��crivain Arnold Ruge, et mieux encore, dans son livre La Sainte Famille ou Critique de la critique critique, qu�il publia conjointement avec Fr�d�ric Engels. Le livre, paru en 1845, avait pour objet la contestation de la nou�velle tendance du penseur Bruno Bauer [9]. En plus de questions philosophiques, cette �uvre s�occupe aussi d��conomie politique et de socialisme, et ce sont pr�cis�ment ces parties qui nous int�res�sent ici.

De tous les travaux que publi�rent Marx et Engels, La Sainte Famille est l�unique qui n�a pas �t� traduit en d�autres langues [10], et dont les socialistes allemands ne firent pas d�autre �dition. Il est vrai que Frantz Mehring, h�ritier litt�raire de Marx et de Engels, a publi�, � la charge du Parti socialiste allemand, La Sainte Famille avec d�autres �crits correspondant � la premi�re p�riode de l�acti�vit� socialiste de leurs auteurs, mais ceci se fit soixante ans apr�s la sortie de la premi�re �dition, et, d�autres part, la r��dition �tait destin�e aux sp�cialistes, car son co�t �tait excessif pour un travail�leur. A c�t� de cela, Proudhon est connu d�une mani�re si limit�e en Allemagne, que tr�s peu se seront rendu compte de la profonde diff�rence existant entre les premiers jugements que Marx �mettait sur lui et ceux qu�il soutiendra plus tard.

Et cependant, ce livre d�montre clairement le processus �vo�lutif du socialisme chez Marx et l�influence puissante que Proudhon a exerc� sur lui. Tout ce que les marxistes ont attribu� ensuite � leur ma�tre, Marx le reconnaissait, dans La Sainte Famille, comme les m�rites de Proudhon. Voyons ce qu�il dit � ce sujet � la page 36 : � Tous les d�veloppements de l��conomie politique supposent la propri�t� priv�e. Cette hypoth�se de base, l��conomie politique la consid�re comme un fait inattaquable ; elle ne la soumet � au�cun examen et m�me, pour reprendre l�aveu na�f du Say [11], n�en parle qu�accidentellement. Et voici Proudhon qui soumet la pro�pri�t� priv�e, base de l��conomie politique, � un examen critique, au premier examen cat�gorique aussi impitoyable que scientifique. C�est l� le grand progr�s scientifique qu�il a r�alis�, un progr�s qui r�volutionne l��conomie politique et rend pour la premi�re fois possible une v�ritable science de l��conomie politique. L�ouvrage de Proudhon Qu�est-ce que la propri�t� ? est aussi important pour l��conomie politique moderne que l�ouvrage de Siey�s Qu�est-ce que le Tiers-Etat ? pour la politique moderne �.

Il est int�ressant de comparer ces paroles de Marx avec celles qu�il a �crites ensuite � propos du grand th�oricien anarchiste. Dans La Sainte Famille il dit que Qu�est-ce que la propri�t� ? a �t� la premi�re analyse scientifique de la propri�t� priv�e et qu�elle a donn� la possibilit� de faire de l��conomie nationale une v�rita�ble science ; mais dans sa n�crologie publi�e dans le Sozialdemo�krat, le m�me Marx assure que dans une histoire rigoureusement scientifique de l��conomie, cette �uvre m�rite � peine d��tre men�tionn�e. Quelle est la cause d�une pareille contradiction ? Voil� une question que les repr�sentants du socialisme dit scientifique n�ont pas encore �claircie. En r�alit�, il n�y a qu�une r�ponse : Marx voulait cacher la fontaine dans laquelle il avait bu. Tous ceux qui ont �tudi� s�rieusement le probl�me et qui ne se sentent pas entra�n�s par le fanatisme partisan devront reconna�tre que cette expli�cation n�est pas le fait d�un caprice.

Voyons encore ce que Marx constate quant � l�importance his�torique de Proudhon. A la page 52 du m�me livre, nous lisons : � Proudhon n��crit pas seulement en faveur des prol�taires, mais il est un prol�taire lui-m�me, un ouvrier ; son �uvre est un manifeste scientifique de prol�tariat fran�ais �.

Ici, comme on le voit, Marx exprime en termes pr�cis que Proudhon est un th�oricien du socialisme prol�tarien et que son �uvre constitue un manifeste scientifique du prol�tariat fran�ais. En revanche, dans Manifeste communiste, il assure que Proudhon incarne le socialisme petit-bourgeois et conservateur. Peut-on trouver plus grande contradiction ? Qui devons-nous croire, le Marx de La Sainte Famille ou l�auteur du Manifeste ? Et d�o� provient cette divergence ? C�est une question que nous posons de nouveau, et, bien entendu, la r�ponse est toujours la m�me ; Marx voulait dissimuler au monde tout ce qu�il devait � Proudhon, et, pour lui, tous les moyens �taient bons. Il ne peut y avoir d�autre explica�tion d ce ph�nom�ne ; les moyens que Marx employa plus tard dans sa lutte contre Bakounine prouvent � l��vidence qu�il n��tait pas tr�s d�licat quant au choix de ceux-ci [Proudhon repose aussi sur un fait sordide. A (...)">12].

III

Les �crits politiques de Marx, � cette p�riode, d�montrent qu�il avait m�me �t� influenc� par les id�es anarchistes de Prou�dhon ; par exemple, l�article qu�il publia dans le Vorwerts de Pa�ris.

Le Vorwerts �tait un journal qui paraissait dans la capitale fran�aise vers les ann�es 1844-1845, sous la direc�tion d�Henri Bernstein. Au d�but, il �tait seulement de tendance lib�rale. Mais plus tard, apr�s la disparition des Annales franco�-allemandes, Bernstein entra en relation avec les anciens collabora�teurs de cette derni�re publication, qui le conquirent � la cause socialiste. Le Vorwerts se convertit alors en organe officiel du so�cialisme et de nombreux collaborateurs de la revue de Arnold Ruge, tels Bakounine, Marx, Engels, Henri Heine, Georges Herwegh, etc. y particip�rent.

Dans le num�ro 68 de ce journal (7 ao�t 1844), Marx publia une �uvre de pol�mique, Notes critiques d propos de l�article : Le Roi de Prusse et la r�forme sociale. Il y �tudia la nature de l�Etat et d�montre l�incapacit� absolue de cet organisme pour di�minuer la mis�re sociale et pour supprimer le paup�risme. Les id�es que l�auteur d�veloppe dans cet article sont les id�es pure�ment anarchistes et sont en parfaite concordance avec les concepts que Proudhon, Bakounine et autres th�oriciens de l�anarchisme, ont �tabli � ce sujet. Les lecteurs pourront juger � partir du texte suivant extrait de l��tude de Marx : � Aucun gouvernement au monde n�a pris, imm�diatement et sans accord avec les autorit�s, de mesures contre le paup�risme. Le parlement anglais envoya m�me des commissaires dans tous les pays d�Europe, afin de prendre connaissance des diff�rents rem�des administratifs contre le paup�risme. Mais pour autant que les Etats sont occup�s du paup�risme, ils en sont rest�s aux mesures d�administration et de bienfaisance ou en de��.

� L�Etat peut-il se comporter autrement ?

� L�Etat ne d�couvrira jamais dans l�Etat et l�organisation de la soci�t�, la raison des maux sociaux. L� o� il y a des partis poli�tiques, chacun trouve la raison de chaque mal dans le fait que son adversaire occupe sa place � la direction de l�Etat. M�me les poli�ticiens radicaux et r�volutionnaires trouvent la raison non pas dans l�essence (Wesen) de l�Etat, mais dans une forme d�termin�e d�Etat qu�ils veulent remplacer par un autre.

� Du point de vue politique, l�Etat et l�organisation de la so�ci�t� ne sont pas deux choses diff�rentes. L�Etat c�est l�organisation de la soci�t�. Dans la mesure o� l�Etat reconna�t des anomalies sociales, il en cherche la raison, soit dans les lois naturelles qu�au�cune puissance humaine ne peut plier, soit dans la vie priv�e qui est ind�pendante de l�Etat, soit dans une inadaptation de l�admi�nistration qui d�pend de l�Etat. C�est ainsi que l�Angleterre trouve que la mis�re a sa raison d��tre dans la loi naturelle, d�apr�s la�quelle la population doit toujours d�passer les moyens de subsis�tance. D�un autre c�t�, elle explique le paup�risme par la mauvaise volont� des pauvres, comme le roi de Prusse l�explique par le sen�timent non-chr�tien des riches et la Convention par la mentalit� contre-r�volutionnaire des propri�taires. C�est pourquoi l�Angle�terre punit les pauvres, le roi de Prusse exhorte les riches, et la Convention guillotine les propri�taires.

� Enfin, tous les Etats cherchent dans des d�ficiences acci�dentelles ou intentionnelles de l�administration la cause, et par suite, dans des mesures administratives, le rem�de � tous leurs maux. Pourquoi ? Pr�cis�ment parce que l�administration est l�ac�tivit� organisatrice de l�Etat.

� L�Etat ne peut supprimer la contradiction entre la destination et la bonne volont� de l�Administration d�une part, ses moyens et ses possibilit�s d�autre part, sans se supprimer lui-m�me parce qu�il repose sur cette contradiction. Il repose sur la contradiction entre la vie publique et la vie priv�e, sur la contradiction entre l�int�r�t g�n�ral et les int�r�ts particuliers. L�administration doit donc se borner � une activit� formelle et n�gative ; car l� o� la vie civile et son travail commencent cesse le pouvoir de l�administra�tion.

Bien plus, vis-�-vis des cons�quences qui d�coulent de la na�ture non sociale de cette vie civile, de cette propri�t� priv�e, de ce commerce, de cette industrie, de ce pillage r�ciproque des dif�f�rentes sph�res civiles, vis-�-vis de ces cons�quences, c�est l�impuis�sance qui est la loi naturelle de l�administration. Car cette divi�sion pouss�e � l�extr�me, cette bassesse, cet esclavage de la soci�t� civile constituent le fondement sur lequel repose l�Etat moderne, de m�me que la soci�t� civile de l�esclavage constituait le fonde�ment naturel sur lequel reposait l�Etat antique. L�existence de l�Etat et l�existence de l�esclavage sont ins�parables. L�Etat antique et l�es�clavage antique - franches oppositions classiques - n��taient pas plus soud�s l�un � l�autre que ne le sont l�Etat moderne et le monde moderne du trafic sordide, hypocrites oppositions chr�tiennes �.

Cette interpr�tation essentiellement anarchiste de la nature de l�Etat, qui parait tellement �trange quand on �voque les doc�trines post�rieures de Marx, est une preuve �vidente de l�origine anarchiste de sa premi�re �volution socialiste. L�article mentionn� refl�te les concepts de la critique de l�Etat faite par Proudhon, critique qui trouva sa premi�re expression dans Qu�est-ce que la Propri�t� ?. Cette �uvre immortelle a exerc� l�influence la plus d�cisive dans l��volution du communiste allemand, malgr� qu�il se soit efforc� par tous les moyens - et ils ne furent pas des plus no�bles - de nier les premi�res phases de son �volution de socialiste. Naturellement les marxistes soutinrent leur ma�tre l�-dessus et ainsi, petit � petit, se d�veloppa une fausse interpr�tation histori�que quant au caract�re des premi�res relations entre Marx et Prou�dhon.

En Allemagne principalement, ce dernier �tant pratiquement inconnu, les plus �tranges affirmations purent circuler � propos. Mais mieux on conna�t les �uvres importantes de la vieille litt�rature socialiste et plus on constate tout ce que le socialisme dit scientifique doit � ces utopistes, longtemps oubli�s � cause de la r�clame gigantesque que fit l��cole marxiste ainsi que pour d�au�tres raisons qui contribu�rent � rel�guer dans l�ombre la litt�ra�ture socialiste de la premi�re p�riode. Et un des ma�tres les plus importants de Marx, celui qui posa les bases de toute son �volu�tion post�rieure, fut pr�cis�ment Proudhon, l�anarchiste si calomni� et si mal compris par les socialistes l�galistes.

IV

Le 20 juillet 1870, Karl Marx �crivait � Fr�d�ric Engels : � Les fran�ais ont besoin d��tre ross�s. Si les Prussiens sont victorieux, la centralisation des pouvoirs de l�Etat sera utile � la centralisation de la classe ouvri�re allemande. La pr�pond�rance allemande, en outre, transportera le centre de gravit� du mou�vement europ�en de France en Allemagne ; et il suffit de compa�rer le mouvement dans les deux pays depuis 1866 jusqu�� pr�sent, pour voir que la classe ouvri�re allemande est sup�rieure � la fran��aise, tant au point de vue de la th�orie qu�� celui de l�organisa�tion. La pr�pond�rance, sur le th��tre du monde, du prol�tariat allemand sur le prol�tariat fran�ais serait en m�me temps la pr�pond�rance de notre th�orie sur celle de Proudhon �.

Marx avait raison : le triomphe de l�Allemagne sur la France tra�a une nouvelle voie dans l�histoire du mouvement ouvrier euro�p�en.

Le socialisme r�volutionnaire et lib�ral des pays latins fut �car�t�, laissant le champ libre aux th�ories �tatistes et anti-anarchistes du marxisme. L��volution de ce socialisme vivant et cr�ateur se vit contrari�e par le nouveau dogmatisme de fer qui pr�tendait poss�der une connaissance totale de la r�alit� sociale, alors qu�il n��tait tout au plus, qu�un ensemble de phras�ologie et de sophisme fata�listes, et le r�sultat fut la mort de toute v�ritable pens�e socialiste.

Avec les id�es, chang�rent aussi les m�thodes de lutte du mou�vement socialiste. Au lieu des groupes r�volutionnaires, assurant la propagande et l�organisation des luttes �conomiques, dans les�quels les internationalistes avaient vu le germe de la soci�t� futu�re et les organes aptes � la socialisation des moyens de produc�tion et d��changes, commen�a l��re des partis socialistes et la repr�sentation parlementaire du prol�tariat. Petit � petit, on oublia la vieille �ducation socialiste qui conduisait les ouvriers � la conqu�te de la terre et des usines, mettant � sa place la nouvelle discipline de parti qui consid�rant la conqu�te du pouvoir politique comme son id�al supr�me.

Michel Bakounine, le grand adversaire de Marx, jugea avec clairvoyance, le changement de situation et, le c�ur amer, il pr�dit qu�avec le triomphe de l�Allemagne et la chute de la Commune de Paris, commen�ait un nouveau chapitre dans l�histoire de l�Eu�rope. Physiquement �puis� et tout pr�s de la mort il �crivit, le 11 novembre 1874, ces mots importants � Ogarev :

� Le bismarckisme - qui devient militarisme, r�gime policier et monopole financier fusionn�s dans un syst�me s�intitulant Nou�vel Etat - est en train de triompher partout. Mais peut-�tre que dans dix ou quinze ans l��volution impr�vue de l�esp�ce humaine �clairera de nouveau les sentiers de la victoire �. Bakounine se trompa en cette occasion, ne se doutant pas qu�un demi-si�cle serait n�cessaire ainsi qu�une terrible catastrophe mondiale, pour que le bismarckisme soit d�truit.

V

De m�me que le triomphe de l�Allemagne en 1871 et la chute de la Commune de Paris furent les signes de la disparition de la vieille Internationale, de m�me la grande guerre de 1914 f�t le point de d�part de la banqueroute du socialisme politique.

Et ici se produit un �v�nement singulier, v�ritablement gro�tesque, dont l�explication se trouve dans un manque total de con�naissance quant � l�histoire du vieux mouvement socialiste. Bolcheviks, ind�pendants, communistes, etc, ne se priv�rent pas d�accu�ser la vieille social -d�mocratie d�une trahison honteuse des princi�pes du marxisme. Ils les accus�rent aussi d�avoir �touff� le mouve�ment socialiste dans le marais du parlementarisme bourgeois, d�avoir mal interpr�t� l�attitude de Marx et de Engels sur l�Etat, etc. Le directeur spirituel des bolcheviks, L�nine, essaya de fon�der son accusation sur des bases solides dans son c�l�bre ouvra�ge L�Etat et la R�volution qui est, d�apr�s des disciples, la v�ri�table et pure interpr�tation du marxisme. Au moyen d�une collec�tion de citations parfaitement arrang�es, L�nine pr�tend d�mon�trer que les fondateurs du socialisme scientifique furent toujours des ennemis d�clar�s de la d�mocratie et du bourbier parlemen�taires, et que toutes leurs aspirations tendaient � la disparition de l�Etat.

Il ne faut pas oublier que L�nine fit tout r�cemment cette d�couverte quand son parti, contre toute esp�rance, se trouva en minorit� apr�s les �lections pour l�Assembl�e Constituante. Jusqu�a�lors les bolcheviks avaient particip�, � c�t� des autres partis, aux �lections, et faisaient bien attention de ne pas entrer en conflit avec les principes de la d�mocratie. Aux derni�res �lections de la Constituante de 1918, ils y prirent part avec un programme gran�diose. Mais voyant que, malgr� tout, ils restaient minoritaires, ils d�clar�rent la guerre � la d�mocratie et provoqu�rent la dissolu�tion de l�Assembl�e constituante, L�nine publiant alors L�Etat et R�volution comme justificatif personnel. La t�che de L�nine n��tait pas simple, pour s�r : d�un c�t� il se voyait oblig� de faire des concessions avanc�es aux tendances anti-�tatiques des anarchistes, et de l�autre, de d�montrer que son attitude n��tait en aucune fa�on anarchiste, mais exclusivement marxiste. La cons�quence in�vitable de tout cela est que son �u�vre est pleine d�erreurs de d�fie toute logique sens�e. Un exemple prouvera cette affirmation : L�nine, voulant accentuer le plus pos�sible une tendance anti-�tatique suppos�e de Marx, cite le para�graphe c�l�bre de la Guerre civile en France, o� Marx donne son approbation � la Commune pour avoir commenc� par bannir l�Etat parasitaire. Mais L�nine ne se donne pas la peine de rappeler que Marx se voyait oblig� par ces paroles, - qui sont en contradic�tion ouverte avec toute son attitude ant�rieure - de faire une con�cession aux partisans de Bakounine, avec lesquels il poursuivait alors une lutte tr�s aigu�.

M�me Frantz Mehring - que l�on ne peut suspecter de sym�pathie pour les socialistes majoritaires - a d� reconna�tre cette contradiction dans son dernier livre Karl Marx, o� il dit : � Malgr� tout l�aspect authentique des d�tails de cette �uvre, il est hors de doute que la pens�e ici exprim�e, contredit toutes les opinions que Marx et Engels proclamaient depuis le Manifeste communiste, soit un quart de si�cle avant �.

Bakounine �tait dans le vrai en disant alors :

� L�effet de la Commune fut si formidable que les marxiens eux-m�mes, dont toutes les id�es avaient �t� renvers�es par cette insurrection, se virent oblig�s de tirer devant elle leur chapeau. Ils firent plus : � l�inverse de la plus simple logique et de leurs sen�timents v�ritables, ils proclam�rent que son programme et son but �taient les leurs. Ce fut un travestissement vraiment bouffon, mais forc�. Ils avaient d� le faire sous peine de se voir d�bord�s et abandonn�s de tous, tellement la passion de cette r�volution avait �t� puissante �. (Lettre au journal La Libert� de Bruxelles, 5 octobre 1872)

VII

L�nine oublie encore quelque chose et cette chose est d�une importance capitale pour notre sujet. La voici : ce furent pr�ci�s�ment Marx et Engels qui essay�rent d�obliger les organisations de la vieille Internationale � d�velopper une action parlementaire, se faisant ainsi les responsables directs de l�embourbement collec�tif du mouvement ouvrier socialiste dans le parlementarisme bour�geois.

L�Internationale fut la premi�re tentative pour unir les tra�vailleurs organis�s de tous les pays en une grande Union, dont l�as�piration finale serait la lib�ration �conomique des travailleurs. Les id�es et les m�thodes des diff�rentes sections se diff�renciant entre elles, il �tait d�une importance capitale d��tablir des points de contact pour l��uvre commune, et de reconna�tre l�ample au�tonomie et l�autorit� ind�pendante des diverses sections. Tant que cela se fit, l�Internationale grandit avec force et se d�veloppa dans tous les pays. Mais tout changea compl�tement � partir du mo�ment o� Marx et Engels s�obstin�rent � pousser les diff�rentes f�d�rations vers l�action parlementaire. Ceci se produisit pour la pre�mi�re fois � la malheureuse conf�rence de Londres, en 1871, o� il essay�rent de faire approuver une r�solution qui se terminait par les mots suivants :

� � (...) consid�rant que contre le pouvoir collectif des classes poss�dantes le prol�tariat ne peut agir comme classe qu�en se cons�tituant en parti politique distinct oppos� � tous les anciens partis form�s par les classes poss�dantes ; que cette constitution du pro�l�tariat en parti politique est indispensable pour assurer le triom�phe de la r�volution sociale et de son but supr�me, l�abolition des classes ;

� que la coalition des forces ouvri�res d�j� obtenue par les luttes �conomiques doit aussi servir de levier aux mains de cette classe dans sa lutte contre le pouvoir politique de ses exploiteurs.

� La conf�rence rappelle aux membres de l�Internationale : que, dans l��tat militaire de la classe ouvri�re, son mouvement �co�nomique et son action politique sont indissolublement li�s �. (R�solution n� 9 de la Conf�rence de Londres, 17-25 septembre 1871)

Qu�une seule section ou f�d�ration de l�Internationale adopte une telle r�solution �tait chose fort possible, car seuls ses adh�rents �taient tenus de l�appliquer ; mais que le Conseil ex�cutif l�impose � tous les membres de l�Internationale, et surtout s�agis�sant d�un sujet n�ayant pas �t� pr�sent� au Congr�s g�n�ral, cons�tituait un proc�d� arbitraire, en contradiction totale avec l�esprit de l�Internationale et qui devait soulever une protestation �ner�gique de tous les �l�ments individualistes et r�volutionnaires.

Le congr�s honteux de La Haye, en 1872, conclut l��uvre entreprise par Marx et Engels afin de transformer l�Internationale en une m�canique � �lections, incluant � cet effet une clause qui obligeait les diff�rentes sections � lutter pour la conqu�te du pou�voir politique. Marx et Engels furent donc responsables de la di�vision de l�Internationale, avec toutes ses cons�quences funestes pour le mouvement ouvrier, et ce sont eux, par l�action politique, qui provoqu�rent l�embourbement et le d�g�n�rescence du Socialisme.

VIII

Quand �clata la r�volution d�Espagne en 1878, les membres de l�Internationale - presque tous anarchistes - d�nonc�rent les p�titions des partis bourgeois et suivirent leur propre chemin vers l�expropriation de la terre et des moyens de production, avec un esprit socialement r�volutionnaire. Des gr�ves g�n�rales et des r�voltes �clat�rent � Alcoy, San Lucar de Barrameda, Cartag�ne et en d�autres endroits, qui durent �tre �touff�es dans le sang. La ville portuaire de Cartag�ne r�sista plus longtemps, restant aux mains des r�volutionnaires pendant plusieurs mois jusqu�� ce qu�el�le tombe finalement sous le feu des bateaux de guerre prussiens et anglais. C�est alors que Engels attaqua s�v�rement, dans le Vol�kstaat les bakouniniens espagnols et les invectiva pour ne pas vou�loir s�allier aux r�publicains. Comme le m�me Engels aurait criti�qu�, s�il vivait encore, ses disciples communistes de Russie et d�Al�lemagne !

Apr�s le c�l�bre congr�s de 1891, quand les dirigeants des Jeunes furent exclus du parti social-d�mocrate, pour r�pondre � la m�me accusation que L�nine adressait aux opportunistes et kautskystes, ils fond�rent un parti � c�t� avec son organe propre : Der Sozialist � Berlin. Au d�but, ce mouvement fut extr�mement dog�matique et pr�senta des id�es vraiment identiques � celles de l�ac�tuel Parti communiste. Si on lit par exemple le livre de Teistler Le parlementarisme et la classe ouvri�re, on rencontrera des con�cepts identiques � ceux de L�Etat et la R�volution de L�nine. De la m�me mani�re que les bolcheviks russes et que les membres du parti communiste allemand, les socialistes ind�pendants d�alors rejetaient les principes de la d�mocratie et se refusaient � parti�ciper aux parlements bourgeois sur les bases des principes r�formistes du marxisme.

Et comment parlait Engels de ces jeunes qui se complaisaient, de m�me que les communistes, � accuser les dirigeants du parti social-d�mocrate de trahison envers le marxisme ? Dans une lettre � Sorge, en octobre 1891, le vieil Engels fait les aimables commen�taires suivants : � Les sales Berlinois se sont convertis en accus�s au lieu de continuer � se conduire en accusateurs et, ayant man�uvr� comme de pauvres types, ils ont �t� oblig�s de travailler hors du parti, s�ils voulaient faire quelque chose. Il est certain, qu�il y a parmi eux des espions policiers et des anarchistes d�guis�s qui d�sirent travailler secr�tement parmi nous. Avec ceux-ci il y a une quantit� d��nes, d��tudiants tromp�s et de clowns insolents de tout acabit. En tout, ils sont environs deux cents personnes �.

On serait v�ritablement curieux de savoir de quels adjectifs sympathiques Engels aurait honor� nos communistes d�aujourd�hui, qui pr�tendent �tre les gardiens des principes marxistes.

* **

Il n�est pas possible de caract�riser les m�thodes de la vieille social-d�mocratie. Sur ce point, L�nine ne dit pas un mot et ses amis allemands moins encore. Les socialistes majoritaires doivent rappeler ce d�tail �vocateur pour d�montrer que ce sont eux les v�ritables repr�sentants du marxisme ; quiconque conna�t un peu d�histoire leur donnera raison. Le marxisme est responsable de l�orientation de la classe ouvri�re vers l�action parlementaire et il a trac� le chemin de l��volution poursuivie dans le parti social-�d�mocrate allemand. C�est seulement quand on aura compris cela que l�on verra que la voie de la lib�ration sociale nous conduit vers la terre heureuse de l�anarchisme, en passant bien au-dessus du marxisme.


[1] W. Tcherktsoff : Pages d�histoire socialiste, Les Pr�curseurs de l�Interna�tionale.

[2] Cet article, intitul� Il inanifesto della democrazia, fut publi� d�abord dans Avanti. (N� 1901 de l�ann�e 1902).

[3] Rheinische Zeitung, n� 289, 16 octobre 1842.

[4] Il s�agit de la Sainte Famille, �crit en 1813 et publi� en 1845 ! Cet ouvrage figure dans les �uvres compl�tes (traduction Molitor) et les Editions sociales l�ont Publi� dans une nouvelle traduction en 1969. Une soixantaine de pages �logieuses sont consacr�es � Proudhon, que Marx d�fend contre les attaques d�Edgard Bauer.

[5] Marx Mis�re de la Philosophie. Introduction.

[6] Bray Labour�s wrougs and Labour�s remedy.

[7] Marx-Engels Das Kommunistische manifest, p. 2l.

[8] Rheinische Zeitung, 7 janvier 1843.

[9] Bruno Bauer un des participants les plus assidus du club berlinois Les Libres, o� on pouvait rencontrer les figures les plus repr�sentatives de la libre-pens�e alle�mande (premi�re moiti� du XIX�), comme Feuerbach, l�auteur de L�essence du Christianisme, �uvre profond�ment ath�e, ou Max Stirner, auteur de L�Unique et sa propri�t�. La Pens�e autoritaire de Karl Marx devait forc�ment se heurter avec les id�es libres de B. Bauer, dont l��uvre Kritik mit kirche und staat (La critique de l�Eglise et de l�Etat) fut totalement saisie par les dominicains et br�l�e (premi�re �dition de 1843). La seconde �dition (Berne, 1844) eut un sort meilleur, contrai�rement � son auteur qui fut condamn� et incarc�r� pour ses id�es.

[10] Voir note 4.

[11] J.-B. Say, �conomiste fran�ais de l��poque dont les �uvres compl�tes fu�rent traduites en allemand par Max Stirner. La phobie de Marx pour la pens�e anarchiste fran�aise ou pour la libre-pens�e allemande (une partie de son livre posthume L�id�ologie allemande �tait destin�e � minimiser l�importance de l�Unique et sa propri�t� de Stirner), se tournait aussi contre le sociologue Say, tr�s comment� � l��poque par tous ceux qui critiquaient la tyrannie de l�Etat et qui tentaient de s�y soustraire.

[12] La rupture de Marx avec Proudhon repose aussi sur un fait sordide. A Paris en 1845-1846, Marx luttait contre l�influence de Karl Gr�n sur les Allemands �mi�gr�s. Tous les moyens �taient bons et Marx �crivit d Proudhon pour le mettre en garde contre cet individu � suspect �. En m�me temps, il proposait � Proudhon d��tre son correspondant en France, en un mot de l�enr�ler. Proudhon r�pondit par une longue lettre le 17 mai 1843. Il repousse fermement les accusations contre Gr�n et se refuse � apr�s avoir d�moli tous les dogmatismes (...) � endormir le peu�ple � (..) � ne nous faisons pas les chefs d�une nouvelle religion, cette religion fut-�elle la religion de la logique, la religion de la raison (..). A cette condition j�en�trerai avec plaisir dans votre association, sinon, non ! � . On con�oit l�effet que put faire cette, lettre sur Marx... A partir de ce moment, Proudhon �tait condamn�. Il devenait � un parvenu de la science qui se rengorge de ce qu�il n�est pas et de ce qu�il n�a pas, (..) un cr�neur et un encenseur de soi-m�me, etc. ! �.




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