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  Post� le dimanche 22 octobre 2006 @ 23:18:32 by AnarchOi
Contributed by: AnarchOi
Encyclopédie Anarchiste

ANTIPATRIOTISME

Parviendrai-je � �viter ici toutes les consid�rations qui seront mieux en place aux articles Patrie et Patriotisme ( voir ces deux mots ) ?...



L�antipatriotisme fut la r�action de la raison et du sentiment d�s que s�vit le patriotisme. Il prit des formes diverses selon qu�il s�appuyait plus ou moins consciemment sur l�individualisme, sur l�amour pour tous les hommes, sur l�amour pour un homme (comme chez Camille, la s�ur des Horaces) ou m�me sur une pr�f�rence raisonn�e ou sentimentale pour les lois et les m�urs d�un pays �tranger.

Le Bouddha fut n�cessairement hostile � tout exclusivisme patriotique, lui qui n�admet pas m�me ce qu�on pourrait nommer le chauvinisme humain, mais �tend sur tous les vivants son amoureuse mis�ricorde. En Gr�ce, les sophistes sont antipatriotes. Socrate, le plus grand d�entre eux, proclame : � Je ne suis pas ath�nien, je suis citoyen du monde. � Il condamne la patrie au nom des � lois non �crites �, c�est-�-dire au nom de la conscience. D�autres sophistes la rejettent au nom d�un individualisme plus int�ress�. Cependant, leur contemporain Aristophane m�prise sa d�mocratique patrie parce qu�il admire l�organisation aristocratique de Lac�d�mone. (Ainsi M. Paul Bourget et M. L�on Daudet, �blouis par la puissance pr�cise de l�Etat-Major allemand, eurent leurs ann�es de na�f antipatriotisme fran�ais : gigolettes qui se donnent presque in�vitablement � la plus redoutable � terreur �). Platon et X�nophon, mauvais disciples de Socrate et qui le faussent et l�utilisent � peu pr�s comme M. Charles Maurras fausse et utilise Auguste Comte �prouvent des sentiments voisins de ceux d�Aristophane. X�nophon finit par combattre sa patrie dans les rangs des Lac�d�moniens.

Les philosophes cyr�na�ques sont antipatriotes. L�un d�eux, Th�odore l�ath�e r�p�te le mot de beaucoup de sages : � Le monde est ma patrie. � Il ajoute : � Se sacrifier � la Patrie, c�est renoncer � la sagesse pour sauver les fous. � En quoi il se trompe : c�est aider les fous � se perdre.

Les cyniques professent hardiment l�antipatriotisme. Antisth�ne se moque de ceux qui sont fiers d��tre autochtones, gloire qu�ils partagent, fait-il remarquer, avec un certain nombre d�admirables limaces et de merveilleuses sauterelles. Diog�ne, pour railler l�activit� �mue des patriotes, roule son tonneau � travers une ville assi�g�e. Son disciple, le th�bain Crat�s d�clare : � Je suis citoyen, non de Th�bes, mais de Diog�ne. �

Plutarque reproche aux �picuriens et aux sto�ciens le d�daigneux antipatriotisme pratique qui les �carte de tous les emplois publics. L��picurien n�admet que les sentiments d��lection et r�serve son c�ur � quelques amis qui peuvent �tre de n�importe quel pays. Le sto�cien �tend son amour � tous les hommes. Il ob�it � � la nature qui fait l�homme ami de l�homme, non par int�r�t, mais de c�ur. � Quatre si�cles avant le christianisme, il invente la charit� ( voir ce mot ) qui unit en une seule famille tous les participants � la raison, hommes et dieux.

Les premiers Chr�tiens sont aussi antipatriotes que les sto�ciens, les �picuriens et tous les autres sages. Ceux de Jud�e ne s��meuvent point de la ruine de J�rusalem. Ceux de Rome pr�disent obstin�ment la chute de Rome. Ils n�aiment que la patrie c�leste et Tertullien dit encore en leur nom : � La chose qui nous est la plus �trang�re, c�est la chose publique. � Ils sont fid�les � l�esprit de l�Evangile o� certaine parabole du Bon Samaritain serait traduite par un Fran�ais vraiment chr�tien en Parabole du Bon Prussien ; mais un Allemand �vang�lique en ferait la Parabole du Bon Fran�ais. Et � bon � n�aurait pas le m�me sens que chez Hindenburg ou chez l�acad�mique Joffre.

Catholicit� signifie Universalit�. Le catholicisme est une internationale et, par cons�quent, s�il est conscient et sinc�re, un antipatriotisme. Une internationale plus r�cente pr�tend remplacer la guerre par la r�volution et les hostilit�s entre nations par la lute de classes ; les principes du catholicisme ne permettent de distinguer qu�entre fid�les et infid�les. Les catholiques modernes vantent leur patriotisme sans s�apercevoir que c�est nier leur catholicit�. Ainsi les membres de la S. F. I. O. ou C. qui consentirent � la � d�fense nationale � cess�rent, sans le savoir ou le sachant, de se dire sans mensonge socialistes. Le sens catholique vit encore chez quelques hommes : chez Gustave Dupin, auteur de La Guerre Infernale ; chez Grillot de Givry, auteur de Le Christ et la Patrie ; chez le docteur Henri Mariav�, auteur du Philosophie Supr�me. Aussi sont-ils en abomination � leurs pr�tendus fr�res.

La v�rit� antipatriotique n�a �t� exprim�e par personne avec plus de force �quilibr�e et de conscience nette que par Tolsto�. Sa brochure Le Patriotisme et le Gouvernement montre combien � le patriotisme est une id�e arri�r�e, inopportune et nuisible... Le patriotisme comme sentiment est un sentiment mauvais et nuisible ; comme doctrine est une doctrine insens�e, puisqu�il est clair que, si chaque peuple et chaque Etat se tiennent pour le meilleur des peuples et des Etats, ils se trouveront tous dans une erreur grossi�re et nuisible. � Puis il explique comment � cette id�e vieillie, quoiqu�elle soit en contradiction flagrante avec tout l�ordre de choses qui a chang� sous d�autres rapports, continue � influencer les hommes et � diriger leurs actes. � Seuls, les Gouvernants, utilisant la sottise facilement hypnotisable des peuples, trouvent � avantageux d�entretenir cette id�e qui n�a plus aucun sens et aucune utilit�. Ils y r�ussissent parce qu�ils poss�dent presse vendue, universit� servile, arm�e brutale, budget corrupteur, � les moyens les plus puissants pour influencer les hommes �.

Sauf quand il s�agit des revendications indig�nes aux colonies, ou des sentiments s�paratifs de quelques Irlandais, de quelques Bretons ou de quelques Occitans, le mot patriotisme est presque toujours aujourd�hui employ� menteusement. Les sacrifices qu�on nous demande � pour la patrie �, on nous les fait offrir en r�alit� � une autre divinit�, � la Nation qui a d�truit et vol� notre patrie, quelle qu�elle soit. Personne n�a plus de patrie dans les grandes et h�t�rog�nes nations modernes. Mais ces consid�rations seront mieux � leur place � l�article Nationalisme ( voir ce mot ).

L�amour du pays natal est sot, absurde, ennemi de mon progr�s, s�il reste exclusif. Qu�il devienne un moyen d�intelligence et je le louerai comme celui qui se repose � l�ombre de l�arbre loue la graine. De mon amour pour la terre de mon enfance et pour le langage qui premier sourit, si j�ose dire, � nos oreilles, doit sortir l�amour pour les beaut�s de toute la nature et pour la musique pensive de tous les langages humains. Que la fiert� de ma montagne m�apprenne � admirer les autres sommets ; que la douceur de ma rivi�re m�enseigne � communier au r�ve de toutes les eaux ; le charme de ma for�t, que je sache le retrouver � la gr�ce balanc�e de tous les bois ; que l�amour d�une pens�e connue ne me d�tourne jamais d�une pens�e nouvelle et d�un enrichissement venu de loin. Comme l�homme d�passe la taille de l�enfant, les premi�res beaut�s rencontr�es servent � comprendre, � go�ter, � conqu�rir id�alement toutes les beaut�s. Quelle mis�re d�entendre, en ses na�fs souvenirs, une langue pauvre et �mouvante qui emp�che d��couter les autres langues ! Aimons, dans nos remembrances pu�riles, l�alphabet qui permet de lire tous les textes offerts par les richesses successives ou simultan�es de notre vie.

HAN RYNER.



Note : "RYNER (Han)"

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