
Gr�ce : Hier et aujourd'hui
Date : vendredi 06 ao�t 2010 @ 04:18:20 :: Sujet :
En 1997 un grand pari national s’annonce pour la Grèce. Il s’agit des
jeux Olympiques et para-olympiques d’«Athènes 2004». Et, quel pari…
L’État fait aussitôt appel aux dogmes du patriotisme, du bénévolat, de
la sécurité. Il canalise l’argent public vers une nouvelle «grande
idée».
L’été 2002 la société regarde les scénarios d’une désarticulation de
l’organisation révolutionnaire «17 Novembre». Le FBI décore le ministre
M. Chrisochoidis. Les groupes anti-autoritaires armés et les militants
de la gauche deviennent des cibles. Les droits civils et les libertés
politiques se mettent en question. En juin 2003 le premier ministre du
Parti socialiste (PASOK), C. Simitis, «bluffe» à l’intérieur du pays,
tandis qu’il donne «carte blanche» à Washington en co-signant avec Bush
et Prodi l’accord anti-terroriste imposé par les États-Unis au
lendemain des attaques de 11 septembre. Des millions des citoyens
participent à des manifestations massives organisées en Grèce au cours
de l’année 2003 (contre la guerre à l’Irak, contre le G8 à Salonique, à
la faveur de la libération des prisonniers de la guerre sociale) pour
dénoncer les bombardements et l’occupation militaire, aussi bien que
les enlèvements et les meurtres des «suspects» dans des camps de
concentration.
Nous subissons les effets du «nouvel ordre» du pouvoir : les grandes
constructions à travers lesquelles les entrepreneurs font de l’argent
sur le dos des ouvriers, la flambée de la dette publique,
l’enrichissement sans scrupules des spéculateurs et des investisseurs,
les dépenses extravagantes pour la télématique (des cameras de
surveillance partout), l’application de la loi anti-terroriste, la
légitimation des «moutons», les gardes à vue préventives, les
arrestations sans cause, les procès préjugés et les célébrations
nationales. Les mass médias, les compagnies multinationales, les
banques, les services sécrètes, les colosses économiques persécutent
inexorablement les libertés civiques. Notre haine grandit et s’exprime
par des actions multiformes.
En 2004 le «Zeppelin» décore le ciel d’Athènes ; il nous entend et nous
surveille. Les téléphones mobiles sont mis à l’écoute comme jamais. Des
pubs pro-police foisonnent à la télé. Les flics organisent leur armée
anti-terroriste selon les standards internationaux, tandis qu’ils
collaborent avec les services sécrets des États-Unis, du Royaume-Uni,
d’Israël etc. En même temps ils demandent le consentement des citoyens
quant à l’extermination des ennemis de l’État tant à l’intérieur, qu’à
l’extérieur du pays. Désormais, la politique raciste fait sa propagande
: l’«Alliance pour la pureté» d’Athènes devient le slogan propagandiste
de la municipalité, qu’on retrouve inscrit partout, sur les camions
poubelles etc. L’État, les préfectures, les mairies éloignent les
«déchets sociaux» (sans abri, immigrés, toxicodépendants) des quartiers
du capital, pour qu’ils ne dérangent pas la vue des citoyens. La
tolérance de ces derniers se cultive systématiquement sous la menace du
chômage grandissant.
La révolte sociale n’est qu’une question de temps. En avril 2007 déjà,
le tabassage violent de l’anarchiste Jannis Dimitrakis, emprisonné dans
la prison de Malandrino, déclenche une révolte des prisonniers dans
tout le pays. La résistance dans les prisons (de Komotini jusqu’à
Alikarnassos) s’amplifie et s’étend dans les rues de plusieurs villes
où des manifs sont organisées pour soutenir les révoltés dans leurs
justes demandes et pour la destruction de toutes les prisons. Les
abstentions massives du repas, et les grèves de la faim des détenus,
comme celles en 2004 et en 2006, ainsi que la mobilisation à grande
échelle qui suivra en 2008, ont toutes presque toujours les mêmes
demandes et les mêmes raisons. Les conditions ignobles dans les
prisons, les mauvais traitements, les humiliations, les menaces, et les
tabassages quotidiens des détenus par les matons, mais aussi la
solidarité entre les détenus provoquent souvent des émeutes et des
révoltes dans les prisons et les maisons d’arrêt du territoire grec. De
même que la grève de 2006 a commencé après la mort de trois personnes
qui ont été brûlées vivantes dans leurs cellules, et la grande révolte
de 2007 (ainsi que beaucoup d’autres moins grandes) après un tabassage,
la révolte du 2009 dans les prisons d’Eleonas à Thèbes éclate à la
suite de la mort violente de la détenue Katerina Goulioni, retrouvée
attachée avec des menottes et rouée de coups sur le bateau qui la
transférait en Crète. Katerina a été la première à avoir dénoncé
publiquement le supplice de la fouille vaginale dans les prisons et à
avoir refusé de s’y soumettre.
La violence du régime, l’intolérance généralisée, l’impunité des actes
arbitraires de la police, les innombrables pogroms arment la main de
l’agent spécial Epaminondas Korkoneas. Avec son complice Bassilis
Saraliotis il assassine à sang froid l’adolescent de 15 ans Alexis
Grigoropoulos le 6 décembre 2008 à Exarchia. Ce meurtre, en plein cœur
d’un des centres de l’action anti-autoritaire en Grèce, c’est la goutte
d’eau qui fait déborder le vase. La colère des masses ne connaît pas
d’âge ou de nationalité, et rien ne peut plus la contrôler. Elle se
dirige contre les symboles du capitalisme mondial et du terrorisme
étatique. La résistance politique fait face à la propagande établie,
ainsi qu’à la violence du régime dans tous les coins du pays. Des
centaines d’interpellés subissent des tortures par les flics. L’asile
universitaire «se casse» en plusieurs reprises. Grâce à d’innombrables
réseaux de contre-information le mouvement massif de solidarité s’étend
tant à l’intérieur, qu’à l’extérieur du pays. Plusieurs syndicats
soutiennent l’insurrection de décembre en appelant à la grève et à la
manifestation. En même temps les mass médias, les partis politiques,
l’Église, les entrepreneurs et les patrons des corporations syndicales
déclament contre l’explosion sociale en cherchant de présenter le
meurtre d’un adolescent comme le résultat d’un ricochet de balle afin
d’innocenter les meurtriers de l’État. Mais les gens comprennent
qu’Alexis n’est qu’un parmi nous.
Le 23 décembre 2008 Konstantina Kouneva, immigrante de Bulgarie,
syndicaliste et secrétaire de l’Union des travailleurs du nettoyage,
est attaquée à l’acide sulfurique par deux hommes dans le quartier de
Petralona. Ses agresseurs sont les laquais de l’OIKOMET (entreprise de
sous-traitance qui loue des travailleurs). Jusqu’aujourd’hui, la
pseudo-Justice étatique fait tout pour protéger les agresseurs de
Kouneva. L’affaire pourrit dans des dossiers confidentiels tandis
qu’une certaine pensée médiatique humanitaire cherche à la récupérer.
Tout cela aiguise davantage l’appétit des patrons, comme en témoigne
l’exemple du propriétaire de la cafétéria Via Vai.
À Athènes le Nouvel An 2009 nous nous retrouvons à l’extérieur de la
prison de Koridallos pour manifester notre solidarité aux otages de
l’État. Nous savons très bien que l’omniprésence policière et la
répression généralisée vont augmenter. Suite aux événements de décembre
2008 l’État veut sauver les apparences. Il propage aussitôt le dogme de
la non tolérance. Des nouveaux moyens pour le rétablissement de l’ordre
et de la sécurité sont utilisés par les gouvernants, les escrocs de la
droite. Ils cèdent leur place au gouvernement le plus libéral des
dernières années : le PASOK. Les électeurs chantent leur victoire. Ils
ont déjà acclamé la localisation de la «cachette» à Halandri. Des
gauchistes et des intellectuels «corrompus», les représentants de mass
média, les patrons proches au gouvernement s’embusquent devant les
extrémistes de la droite, tandis qu’ils soutiennent le lancement
d’énormes quantités des produits chimiques interdits contre les
manifestants, les détentions hors la loi, les attaques contre les
squats et les autres lieux de mobilisation sociale, l’imposition de
sommes de garantie exorbitants, ainsi que la «mise à prix» des
«pilleurs en noir» et l’établissement de la loi contre la cagoule,
c’est-à-dire de la loi contre le recouvrement du visage. En même temps,
le Parlement vote pour une nouvelle réforme démocratique pour la
préservation du nationalisme, celle du code de la nationalité des
migrants.
Les pogroms racistes, les camps de concentration pour les étrangers, la
montée du fascisme (avec des incidents qui ont lieu dans le quartier de
Agios Panteleimonas) nous donnent la rage. Les agressions des
«paraétatiques», les «accidents» du travail, les assassinats des
«opposants», les conditions insupportables du travail, le terrorisme
des patrons visent tous ceux qui tiennent tête à l’esclavage actuel. Le
11 mars 2010 c’est le jour de la grève générale la plus réussie des
dernières années. Des citoyens de tous les âges, des citoyens en
colère, prennent les rues. Ils manifestent contre les mesures en vue :
les réductions des salaires, la taxation et la diminution des
allocations sociales. Enfin, les travailleurs chassent et huent les
syndicalistes bureaucrates de GSEE et ADEDY.
Lampros Fountas, camarade actif depuis les mobilisations de ’95, est
assassiné dans le quartier de Dafni le 10 mars 2010. Quelques jours
plus tard, le 19-20 mars 2010, la «Conspiration des Cellules du Feu»
revendique les attaques à la bombe contre les bureaux de l’organisation
hitlérienne «Chrisi Augi», la maison du président de la communauté
gréco-palestinienne, ainsi que le centre de rétention des immigrants,
en les dédiant à la mémoire de Lampros Fountas. À l’occasion du supposé
démantèlement du groupe de guérilla urbaine «Lutte Révolutionnaire»,
l’actualité est dominée par un spectacle de terreur orchestré par les
médias de masse, qui prépare le terrain pour une série de détentions
préventives et de perquisitions aux domiciles de compagnons. L’État
lance un appel public à la recherche d’informateurs tandis que les
médias dispersent des propos diffamatoires concernant les vies des
compagnons tout en essayant de discréditer le sens de leur lutte
politique. Et tout cela dans le but manifeste de distraire l’attention
au moment où sont passées des réformes du système d’assurance et de
fiscalité, au moment où le pays est placé sous la surveillance du FMI.
La passion pour la liberté, le besoin de s’auto-organiser dans nos
quartiers, la solidarité, la force et la massification des luttes
sociales, les actions contre le fascisme, ainsi que contre l’esclavage
salarial, constituent la base des luttes sociales. La révolte récente
et la tension sociale actuelle ne doivent pas être vues comme des
événements à part, ni être déqualifiés comme simplement des effets de
la crise économique. Leur caractère a été forgé au cours d’une série
d’actions, de manifestations, d’assemblées, de protestations,
d’occupations et d’affrontements, pendant plusieurs années : 1985,
1991, 1995, 1998, 2003, 2006, 2007, 2008, 2009… La mémoire collective
ne pardonne pas les assassins : le flic ayant tiré dans le dos, le 17
novembre 1985, de Michalis Kaltezas, les assassinats d’Alexandros
Grigoropoulos, les commissionnaires qui ont tué Nikola Tonti ou les
bourreaux de Lampros Fountas. Nous ne pardonnons aucun assassinat de la
part de l’État.
Nous ne régressons pas.
Tout continue.
Contra Info, 8 juin 2010.
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