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  Post� le jeudi 24 ao�t 2006 @ 16:08:12 by AnarchOi
Contributed by: AnarchOi
AnarchieLe texte que nous proposons au lecteur dans les pages qui suivent est extrait de L�ENCYCLOP�DIE ANARCHISTE qui f�t publi�e sous la direction de S�bastien FAURE � partir de 1934.

Groupe Maurice-Joyeux



LA LIBRE-PENS�E

par ST�PHEN MAC SAY et G. BROCHER

LIBRE-PENS�E. � De m�me que je consid�re avec inqui�tude � du point de vue de l�avenir humain comme de la puret� de nos connaissances ult�rieures � toute sociologie qui vise au syst�me et s�y emprisonne, toute id�ologie qui tend au culte et s�y r�duit, de m�me toute � libre-pens�e � me met en alarme et m�appara�t celer quelque tare ou quelques faiblesses invaincues, qui laisse le plus petit domaine en dehors de son investigation.

La libre-pens�e est avant tout � sinon elle retourne � l�Eglise � effort vers la pens�e libre. Et se situe en marge d�une activit� d�esprit qui m�int�resse sympathiquement quiconque (et avec lui toute modalit� intellectuelle) refuse � notre examen et met � l��cart de son propre contr�le soit une id�e, soit une institution, une hypoth�se philosophique, une solution sociale, un �lan du sentiment ou une �dification de la raison, bref d�robe quelque mati�re ou quelque forme � l�analyse ou n�admet pas, apr�s une premi�re interrogation, qu�elle reste soumise � une permanente v�rification. Que ce soit paresse, passivit�, parti-pris ou l�chet� humaine, la personnalit� abdique ou s�amoindrit qui abrite des � v�rit�s � toutes faites en un tabernacle intangible. Que quelqu�un dresse un autel � des notions tabou et s�effondre entre nous le pont des recherches communes. Pas de r�serves d�votes et de respects � genoux bas, � regards clos. Pas de r�gions sacr�es interdites � nos p�n�trations. Pas de grottes o� l�on n�entre pas ; nous voulons voir !

Et la croyance, et le dogme, et la r�v�lation qui muent � priori l�inv�rifi� en certitude, le momentan� en immuable, l�inconnu en surnaturel et les soustraient � notre dissection d�abord, � notre r�vision ensuite, qui des imp�n�tr�s provisoires � imp�n�trables peut-�tre � font des inconnaissables certains aux � explications � divines, hissent un mur d�ombre devant nos pas et sont par essence incompatibles avec cet esprit critique qui est � la base de la connaissance et la condition d�un libre-examen sans obstacle, d�une libre-pens�e avertie et totale.

Mais par cela m�me � et c�est d�ailleurs la marque de son audace et de sa virilit�, la garantie aussi de sa f�condit� � la libre-pens�e se doit de tout �tudier, d�approcher hardiment de toute zone obscure avec l�esp�rance de quelque v�rit�. Le sentiment anticipateur, que d�aucuns nomment religieux (appellation impropre et �quivoque, car � la religion se rapportent toutes les � solutions � stagnantes, toutes les donn�es � c�lestes �, soustraites � la d�monstration, toutes les impulsions d�acceptation, et nous ne pouvons sans danger laisser appliquer cette terminologie � l�hypoth�se, excitant scientifique de l�exp�rience) le sentiment anticipateur, ancr� au c�ur de l�homme depuis l�enfance de l�humanit� est un des moteurs humains soumis � notre interrogation ouverte et large et l��carter � � plus forte raison le condamner � sans l�entendre est une faute et un danger. Car tel ostracisme r�v�lerait une restriction de la m�thode et comme le trac� d�un cordon de peur autour de nos curiosit�s enrichisseuses.

Ce sentiment n�est peut-�tre que l�impatience pu�rile de la facult� de savoir. Par les chemins proprement religieux, il m�ne � la foi aveugle � cette paralysie de la recherche � mais par les aspirations ardentes et vaillamment questionneuses d�une haute avidit� humaine, il engendre un id�alisme singuli�rement f�cond. Il t�moigne d�ailleurs d�une assez saisissante vitalit� pour que nous nous penchions sur lui hors du sarcasme dess�chant et que nous t�tions ses t�m�rit�s, ses erreurs, ses d�viations, ses vell�it�s, aussi ses promesses. Mais le religieux qui vient � nous ferm� n�est pas le fr�re critique du libre-penseur. L�est seulement celui, quelque emprise que conserve encore sa croyance, qui s�ouvre et dit : � Ensemble, nous qui cherchons toujours, regardons au fond de nous-m�mes comme des choses... � Il n�est pas (et cela, promptement, va nous garder de l��quivoque et des taquineries intestines), il n�est pas un adepte des religions �tablies ou des cultes en gestation, qui nous tiendra ce langage de la prudence et du doute et qui, activement, jettera dans le crible les absolus de son cerveau ou les enseignements d�finitifs de ses pr�tres. Mais, par contre, qui fait ce pas loyal vers la lumi�re est � des vocables seuls encore nous �loignent � virtuellement d�j� des n�tres...

L�accueil que nous offrons ainsi � l�adepte des th�ocraties classiques, nous le tenons pr�t pour l�illumin� des filiales rajeunies du d�isme. Mais si sympathique en apparaisse l�allure, si voisines de nos esp�rances en soient parfois les gestes familiers, si orient�e vers la libert� ressorte leur attitude pratique, nous ne pouvons regarder sans d�fiance les courants dont l�esprit ram�ne � la superstition. Quels que soient leur figure moderniste, leurs v�tements et leur adaptation scientifique � voire certaines de leurs attaches � nous attendons, sans adh�sion pr�cipit�e (quoique dispos�s � promener nos flambeaux droits parmi les arcanes nouvelles), les invitations et les �claircissements du spiritualisme et de ses d�riv�s (th�osophie, occultisme, magie, astrologie, etc.) comme de toutes les tendances et des r�actions (sentimentales pour la plupart) qui accordent � la foi plus de place qu�� la preuve et n��tablissent de liaison avec � l�au-del� � (Dieu ou Cosmos) qu�� la faveur de la supercherie ou de la suggestion et n�apportent � nos questions inqui�tes d�autre r�ponse qu�un credo...

De m�me nous demeurons sceptiques � l��gard des syst�mes � sociaux ou autres, et arborassent-ils l��tiquette libertaire � pour lesquels leurs protagonistes refusent d�attendre le bapt�me des faits et la cons�cration de l�exp�rience et vis-�-vis desquels la critique, bien qu�anim�e d�un loyal souci de r�formation est accueillie avec une impatience hostile et des manifestations d�intol�rance. Qui ne supporte d�s aujourd�hui la discussion de ses constructions favorites, sera dans l�avenir, si les �v�nements lui r�pondent, le gardien sectaire d�une forme p�rissable et l�ennemi d�un mieux attendu. La libre-pens�e ne peut s�enfermer dans le champ pr�con�u des doctrines. Elle a besoin de confronter et de mettre en balance, de ne donner aux solutions qu�on lui apporte qu�une adh�sion r�visable, de tenir ouverte � � l��l�ment nouveau � sa confiance et sa raison. Elle ne peut � ce serait sa condamnation et sa perte � s�adapter � la mentalit� ferm�e du partisan, ni �pouser l�esprit de corps des organisations et des clans.

C�est assez dire que nous ne pouvons nous approcher sans r�serves de ceux � hommes ou groupes � qui, cantonn�s dans un anticl�ricalisme � homaisien �, t�moignent, par leurs actes essentiels, de la persistance d�une inqui�tante religiosit�. Ils sont encore prisonniers du pass� et libres-penseurs seulement d�intention les militants qui poursuivent les pratiques des religions r�gnantes et n�ont pas affranchi leur propre pens�e et leur vie, des habitudes de fanatisme et de cr�dulit�. Autour de leur esprit r�dent et se reforment les conspirations de l�intol�rance et du dogme. Si les pr�jug�s et le parti-pris se sont retir�s d�une fraction de leurs opinions, la m�thode en demeure d�pendante et d�autres conceptions, persistantes ou prochaines, r�v�leront la n�cessit� de leurs victoires et en attesteront la limitation. D�hostiles timidit�s et des pr�ventions insurmont�es les retiennent au seuil des critiques viriles. L� o� nous situons la table rase pr�alable et le qui-vive permanent s�installent encore en ma�tresses des croyances de remplacement... D�autre part, nombreuses sont toujours, parmi les soci�t�s qui se r�clament de la libre-pens�e, celles qui s�agitent dans le sillage, trompeusement d�mocratique, du pouvoir et ne s��l�vent que faiblement au-dessus des associations politiques, celles aussi qui s�av�rent, avec plus ou moins de franchise, les succursales des comit�s �lectoraux. Aux uns et aux autres il manque cette audace et cette volont� d�examen, et cette ind�pendance de mouvement sans lesquelles la pens�e n�est qu�une mineure en tutelle.

La libre-pens�e qui veut vivre ne s�effraie ni des similitudes �garantes, ni des apparences, ni des mots. Ce fut le vice et la courte vue de celle d�il y a quelque vingt ans encore (et elle est loin d�en �tre partout, lib�r�e) et une des causes de sa stagnation et de son �tiolement, que de s��tre r�tr�cie � l�anticl�ricalisme superficiel, � la d�nonciation plus qu�� la r�futation, � la localisation religieuse, � la p�le sociologie r�formatrice � d�indignes et illogiques mesures sociales, de s��tre confin�e dans un mat�rialisme, trop concret et comme fini, encadr�e dans des principes stabilis�s et au seuil de cette rigidit� pleine de contradictions dont est mort, par ailleurs, le positivisme religios�tre. Une sorte de suffisance doctorale y tr�nait sur des aphorismes simplistes et laissait se r�installer dans les m�urs un dogmatisme paradoxal. Et la science dont elle se r�clamait d�bordait de toutes parts ses cloisonnements, ses proscriptions sectaires m�l�es d�h�sitations quasi rituelles, et soulignait l�enfantillage et l�aridit� de ses anath�mes... La libre-pens�e (que cet esprit et cette volont� animent ses groupements comme ses individualit�s) doit �tre forte, mais expansive, hardie et vivante, et aller au-devant de toutes les forces myst�rieuses encore de la vie.

St�phen MAC SAY.

LIBRE-PENS�E. � Le mot compos� libre-pens�e, employ� constamment, est assez r�cent. Il ne se trouve pas dans Littr�, qui contient trois grandes colonnes sur le mot libre. Cependant, il y eut toujours des libres-penseurs, selon le sens qu�on attribue g�n�ralement � ce mot, mais on leur donnait des noms divers. On les appelait incr�dules, incroyants, infid�les, pa�ens, ath�es, m�me quand ils croyaient en un Dieu cr�ateur. Au XVIIIe si�cle, les libres-penseurs �taient d�nomm�s philosophes, d�istes, th�istes, voltairiens, esprits forts, sceptiques.

Le distingu� historien anglais contemporain, John M. Robertson, dit que le mot libre-penseur est une traduction de l�anglais freethinker, qui avait �t� appliqu�, vers 1667, � quelques membres de la Royal Society (acad�mie des sciences de Londres). Mais le terme n��tait pas employ� dans le sens actuel du mot, car il existe une brochure publi�e vers 1692, o� il est question d�une secte nomm�e : Fraternit� des libres-penseurs. C��tait probablement un groupe de croyants non orthodoxes.

La premi�re fois qu�on trouve le mot dans l�acception d�incr�dule, c�est dans une lettre de l��crivain Molyneux au philosophe Locke, en 1695. L�auteur, parlant de Toland, dont un ouvrage sceptique avait �t� br�l� � Dublin par le bourreau, appelle cet auteur un candide libre-penseur.

C�est en 1713 que le d�iste Collins donna pour la premi�re fois le mot libre comme synonyme de d�iste dans son Discours sur la libre-pens�e, � propos de la naissance et des progr�s d�une secte nomm�e Libres-Penseurs.

Une revue hebdomadaire non sceptique fut fond�e en 1718, sous le nom de The Freethinker (Le libre-penseur), mais ce n��tait qu�une publication d�avant-garde politique. Swift, le c�l�bre pasteur, auteur des Voyages de Gulliver, avait publi� en 1714 ses Libres Pens�es sur l�Etat actuel des affaires. Ce n��tait pas un ouvrage antireligieux. Peu � peu la question religieuse devint le sujet des discussions, la libre-pens�e fut une sorte de r�action contre certaines phrases des doctrines traditionnelles en religion, et bient�t ce fut un synonyme du mot d�iste, � la fa�on de Voltaire. Un grand nombre de penseurs anglais repoussant les superstitions chr�tiennes, comme Thomas Paine, auteur de l��ge de raison, mordante satire de la Bible, �taient des d�istes convaincus. Ils croyaient en un Dieu cr�ateur, mais cet esprit n�intervenait pas dans les affaires du monde.

Paine avait conserv� les id�es de son jeune �ge sans approfondir celles de cr�ation, de gouvernement du monde. Ses ennemis eurent t�t fait de l�appeler ath�e, ce qu�il n��tait pas. Encore � pr�sent, en Am�rique, on parle sans cesse de Paine, l�un des fondateurs de la constitution des Etats-Unis, et la majorit� des citoyens ont une sorte de sainte horreur du c�l�bre publiciste, ancien membre de la Convention Nationale � Paris, parce qu�on l�accuse encore d�ath�isme. Roosevelt l�a appel� un sale petit ath�e, trois expressions absolument fausses. Paine n��tait pas petit, il �tait extr�mement soigneux de sa personne, et il n��tait pas ath�e. C��tait un libre-penseur rest� d�iste.

En Angleterre, bien que le mot libre-penseur f�t n� dans ce pays, on appelait les non-croyants des ath�es, des pa�ens, des infid�les, mot d�insulte qui est rest� en usage jusqu�� ces derni�res ann�es. A pr�sent, outre Freethinker, titre d�un journal qui ne cache pas ses id�es mat�rialistes et ath�es, les libres-penseurs revendiquent surtout le titre de rationalistes, de s�cularistes (c�est donc de ceux qui s�occupent du pr�sent et ne pensent pas au ciel).

Le c�l�bre physiologiste Huxley, propagateur ardent du transformisme, ne voulant pas �tre appel� ath�e, inventa le nom d�agnostic, du grec a-gnosco (je ne sais pas). Mais cette esp�ce de pyrrhonisme n�est pas �loign� de l�ath�isme, car les ath�es n�affirment pas qu�il n�y a pas de Dieu, mais seulement qu�ils ne comprennent pas ce qu�est un Dieu, �tre ou esprit que nul n�a jamais pu d�finir clairement. Herbert Spencer, philosophe, dont les �uvres tr�s c�l�bres en Russie, sont plus connues en Angleterre par leurs titres que par leur contenu, admet une philosophie de l�inconnaissable, qui n�est qu�une sorte d�ath�isme ou d�agnosticisme, sauf l�affirmation d�inconnaissable, terme peu philosophique, puisque nul ne peut savoir ce que l�avenir r�serve � la science. L�inconnu d�aujourd�hui sera peut-�tre admis demain par tous les savants.

En Russie, jusqu�� la r�volution, on les appelait aussi boussourmans (corruption de Musulmans), voltairiens, puis ce furent des nihilistes, comme le Bazarov de Tourgu�nev, mais le nom de libre-penseur ne leur �tait pas donn�. Encore � pr�sent, le mot libre-penseur (svobodno mouislitel ), n�est gu�re employ� que par les litt�rateurs ; le peuple se sert plut�t du terme bezbojniki (les sans Dieu) pour appeler les libres-penseurs qui sont prot�g�s par le gouvernement bolcheviste. Il para�t � Moscou un tr�s beau journal caricaturiste, nomm� Le Bezbojnik ou Stanka. Un autre journal hebdomadaire du m�me genre est l�organe de l�Union des ath�es, � l��tabli, et est tr�s r�pandu. Une revue mensuelle, L�Antirelighiosnik (L�Antireligieux) contient des articles tr�s s�rieux sur la philosophie, sur les sciences, sur les sectes si nombreuses dans le pays et dont quelques-unes sont franchement r�volutionnaires, tandis que d�autres sont d�gouttantes, comme les khlisti et les eunuchs.

En Ukraine, depuis la r�volution, la libre-pens�e a fait de grands progr�s. Les libres-penseurs y sont appel�s Bezverniki (les sans religion), c�est le titre d�une magnifique revue illustr�e, publi�e � Kharkov.

Tant que la Croatie fut soumise � la Hongrie, l�Eglise catholique �tait toute puissante ; mes �tudiants � l�Acad�mie de Susvak (prononcez Sonchack) �taient oblig�s d�aller � la messe, quoique la plupart me d�clarassent qu�ils ne croyaient � rien. M�me les professeurs croates �taient tenus d�assister aux c�r�monies, ce dont ils se plaignaient car la plupart �taient libres-penseurs. Depuis que le pays fait partie de la Yougoslavie, royaume des Serbes, Croates et Slov�nes, la politique absorbe tous les esprits et la libre-pens�e est un peu mise de c�t�.

Cependant une belle revue �tait publi�e � Zagreb (capitale de la Croatie) sous le titre de Slobodna Missao (Libre-Pens�e). Je ne sais si cette publication para�t encore. En Boh�me, o� le mouvement est tr�s puissant, on appelait Hussites ceux qui rejetaient les dogmes catholiques. Un congr�s international de la Libre-Pens�e a si�g� � Prague et chaque ann�e on c�l�bre, au pied de la statue de Huss, la comm�moration de ce martyr.

Le principal journal libre-penseur tch�que s�appelle Volna Myslenka (Libre-Pens�e). Le pr�sident de la r�publique Mazarik est libre-penseur. On publie aussi de tr�s nombreux volumes libres-penseurs et des journaux comme Volna Skola (Ecole libre) Havlitchek, nom d�un des plus actifs journalistes libres-penseurs anciens.

Les Allemands de Boh�me tr�s actifs aussi, publient un hebdomadaire Freie Gedanke (Libre-Pens�e). Ils font de la propagande dans tous les districts allemands, malheureusement ils ont une tendance nettement marxistes.

L�Allemagne est actuellement le pays o� il y a le plus de libres-penseurs organis�s, probablement plus d�un million. On y publie de nombreux journaux libres-penseurs, et des ouvrages qui sont souvent confisqu�s comme par exemple L�Eglise en caricature, dont, apr�s un long proc�s, la justice vient enfin d�autoriser la vente. Des Congr�s qui comptent plusieurs centaines de membres ont si�g� dans certaines villes.

Cependant anciennement, les vrais libres-penseurs �taient rares. Les Allemands trop longtemps occup�s de querelles entre les protestants et les catholiques romains, avaient peur du nom de libre-pens�e, m�me lorsque Fr�d�ric II se montra incroyant au christianisme. Au XVIIIe si�cle les plus avanc�s �taient d�nomm�s par le peuple Gottlos, sans Dieu, mais les ath�es �taient presque introuvables. Peu � peu on a appel� philosophes, Kantiens, H�geliens, Shopenhau�riens, ceux qui se fondaient sur les principes de ces �crivains qui, eux, niaient les dogmes chr�tiens, sans s�appeler libres-penseurs.

A pr�sent cela a bien chang�. On se nomme sans crainte Freidenker ou m�me atheist. Un ancien moine Hans Ammon se proclame ath�e dans son journal Lichtbringer (Le porteur de lumi�re).

Avant la guerre il y avait � Nuremberg un Atheist, journal plut�t antibelliciste qui fut supprim� pendant les hostilit�s. Un autre nom appliqu� � la libre-pens�e est Geistesfreiheit. Il y a encore une soci�t� d�nomm�e Freie-Religi�se Gesellschaft (libre soci�t� religieuse).

Cette organisation a des pasteurs qui donnent des le�ons de morale aux �coliers dont les parents ont d�clar� qu�ils sortaient de l�Eglise. Pour donner ces le�ons dans plusieurs Etats, il faut une autorisation du gouvernement. Le titre donn� aux libres-penseurs qui sont sortis des �glises est confessionslos (sans confession), mais ce sont des libres-penseurs, m�me s�ils ne font partie d�aucune organisation de libre-pens�e. On les compte par centaines de mille. Donc Confessionslos est une d�finition de la libre-pens�e en Allemagne.

En Autriche, depuis la r�publique, la libre-pens�e, les ath�es, les Confessionslos ont fait de grands progr�s.

L�Association de propagande lib�rale de Montevideo a publi� plus d�une centaine de brochures, entre autres ma plaquette espagnole : Mythe ou r�alit�, J�sus est-il un personnage historique ? (�puis�e en fran�ais) et mes Curiosit�s du Culte des Saints (in�dites en fran�ais). Ce sont des �uvrettes nettement libres penseuses. En Argentine et dans d�autres r�publiques de l�Am�rique du Sud, les libres penseurs sont des lib�raux.

Comme avant toutes choses il faut s�entendre sur les mots qu�on emploie, il est n�cessaire de commencer par citer les d�finitions qu�on a donn�es ou qu�on donne encore de la Libre-Pens�e.

La libre-pens�e est, selon moi, la doctrine anarchiste appliqu�e aux croyances religieuses. Comme les libertaires n�admettent aucune autorit�, ils ne sauraient admettre de dogme qui les oblige � croire quoi que ce soit. Ils n�admettent aucune affirmation a priori ; ils ne peuvent croire que ce que la science exp�rimentale a d�montr� et encore ils pensent que ce qui passe pour vrai � pr�sent, peut tr�s bien �tre renvers� par les progr�s de la science, comme nous l�avons vu derni�rement � propos de l�unit� de la mati�re donc, pour moi, la libre-pens�e est la libre �tude des sciences au moyen de la raison ; ainsi libre-pens�e c�est le rationalisme appliqu� aux superstitions religieuses.

Le professeur Gabriel S�ailles a donn�, au Congr�s de Gen�ve en 1902, la d�finition suivante : � La libre-pens�e peut se d�finir : le droit au libre examen. Elle exige que toute affirmation soit un appel de l�esprit � l�esprit, qu�elle se pr�sente avec ses preuves, qu�elle se propose � la discussion, qu�aucun homme par suite ne pr�tende imposer sa v�rit� aux autres hommes au nom d�une autorit� ext�rieure et sup�rieure � la raison.

Est donc libre-penseur quiconque, quelles que puissent �tre d�ailleurs ses th�ories et ses croyances, ne fait appel pour les �tablir, qu�� sa propre intelligence et les soumet au contr�le de l�intelligence des autres.

La Libre-Pens�e n�exclut ni l�hypoth�se, ni l�erreur ; elle est m�me par excellence la libert� de l�erreur ; car refuser � l�homme le droit de se tromper, c�est se croire na�vement en possession de la v�rit� absolue, se d�clarer infaillible, se conf�rer � soi-m�me sa petite papaut�. La Libre-Pens�e est une m�thode, elle n�est pas une doctrine, car elle ne se donnerait pour une doctrine qu�en se niant au moment m�me o� elle s�affirme.

S�ailles dit encore : � Libre-Pens�e signifie libre examen, libre usage de la raison � ses risques et p�rils...

� La pratique des m�thodes de la science nous interdit de faire rep�rer le connu sur l�inconnu. Nous ne pouvons plus prendre pour mobile de nos actes l�attente de sanctions futures. Nous refusons de r�ver la justice dans une cit� c�leste, en nous r�signant au mal ici-bas ; nous entendons la r�aliser dans les rapports r�els des hommes et nous ne comptons que sur notre effort pour y r�ussir. �

S�ailles, bien que non-anarchiste, montre que le Libre-Pens�e devrait �tre l�application de la morale anarchiste.

En novembre 1902, au Congr�s o� l�on fonda � Paris, l�Association nationale des Libres-Penseurs de France, on nota la d�claration suivante :

...L�Association a pour but de prot�ger la libert� de penser, contre toutes les religions et tous les dogmatismes quels qu�ils soient, et d�assurer la recherche libre de la v�rit� par les m�thodes de la raison.

Au m�me congr�s, Ferdinand Buisson, pr�sident de l�Association a dit : � Un libre penseur ne veut sous aucun pr�texte se laisser imposer ni Dieu, ni ma�tre, il ne veut rien croire a priori. �

Voici une autre d�finition, celle-ci par Jules Carrara, po�te suisse, professeur � l�Ecole Normale de Lausanne et qui a perdu sa chaire � cause de ses id�es libres-penseuses.

� La Libre-Pens�e, c�est avant tout, ce devrait �tre exclusivement, une m�thode scientifique, un moyen de conna�tre, un moyen d�arriver � la V�rit�, donc au Progr�s, et par cons�quent au Bonheur �.

V�rit�, Progr�s, Bonheur, voil� les trois �tapes que doit franchir l�humanit� et que doit franchir d�abord chacun de ceux qui la composent.

( Mais qu�est-ce que la V�rit� ? ajouterai-je ? La V�rit� absolue n�existe pas. V�rit� pour l�un, fausset� pour l�autre, etc.).

Carrara dit encore (dans D�couvrir la V�rit�), nous avons notre raison... si ce moyen n�est pas infaillible, il est encore le meilleur de tous ; et le seul indispensable.

A moins d��tre compl�tement priv� de raison, c�est-�-dire fou, tout homme est plus ou moins, dou� de raison, capable de raisonner, raisonnable.

La raison est de toutes nos facult�s, la seule dont on peut dire qu�elle est par essence, commune � tous les hommes, indispensable � tous.

La raison est la facult� ma�tresse et mod�ratrice des autres, le balancier que nul ne rejette sans perdre l��quilibre. Ayons donc confiance en notre raison et soyons rationalistes.

Le rationalisme est la seule m�thode scientifique, la seule philosophie, la seule mentalit� favorable � la d�couverte de la v�rit�. Un libre-penseur est un homme qui prend sa raison pour guide et pour juge, pour qui sa raison est comme un crible qui retient les v�rit�s et laisse passer les erreurs, qui soumet au contr�le de sa raison toutes les apparences, toutes pr�positions, tous les postulats, toutes les affirmations, toutes les pr�tentions, et qui n�en conserve que ce que sa raison lui a confirm� �tre vrai.

Le rationalisme, ce n�est pas autre chose que la Libre-Pens�e, c�est le libre exercice de cette facult� qui nous permet de comparer, de juger, de penser, de conna�tre, de savoir. Le rationalisme s�oppose � la r�v�lation, il oppose la science � la croyance et la raison � la Foi.

La Libre-Pens�e... emp�che la stagnation, l�encro�tement, la coagulation, la paralysie des intelligences. Depuis une ann�e, le journal La Libre-Pens�e Internationale, de Lausanne, est rempli de discussions sur le sens et la port�e du mot Libre-Pens�e.

Un membre de la F�d�ration romande, de libre-pens�e, M. le professeur de chimie Pelet veut absolument que la Libre-Pens�e soit une religion. Quoiqu�il ait �t� pendant bien des ann�es membre actif de nos groupements il pr�tend que la g�n�ration actuelle sent le besoin d�une religion, m�me sans dogme. Il a �crit un volume � ce sujet et il a jet� la zizanie parmi les libres-penseurs de la Suisse romande. Il n�a gu�re �t� approuv� que par des pasteurs lib�raux, cependant il continue.

Le principal sujet discut� au Congr�s des libre-penseurs de la suisse romande, � Neuch�tel, au mois de mai 1928 a �t� celui-ci : la libre pens�e est-elle en train de devenir religieuse ? La r�solution suivante a �t� vot�e � l�unanimit� moins trois voix :

� Le congr�s de la F�d�ration romande de la Libre-pens�e r�uni le dimanche 26 mai 1928, � la Maison du Peuple, � Neuch�tel, apr�s avoir discut� sur la question � Libre-Pens�e et Religion �, formule les d�clarations et r�solutions suivantes :

� 1. La Religion a �t�, d�s son origine � nos jours, une attitude essentiellement mystique bas�e sur la croyance au surnaturel.

� 2. A la lumi�re de l�histoire, elle s�est r�v�l�e surtout comme un instrument de domination spirituelle et par l� de soumission envers les puissances temporelles.

� 3. La Libre-Pens�e est la force de lib�ration qui s�est oppos�e � la puissance de domination de la Religion. Elle se place sur le terrain naturel et d�s lors elle ne peut approuver l�attitude mystique. Elle est irr�ligieuse.

� 4. Cependant, la Libre-Pens�e n�entend en aucune circonstance emp�cher les individus d�adopter et de pratiquer les croyances qui leur plaisent. Mais elle se dresse contre les collectivit�s religieuses toutes les fois que celles-ci veulent employer leur force num�rique, �conomique et traditionnelle pour d�fendre et perp�tuer leur domination.

� Elle vise au contraire � la r�alisation d�une soci�t� ou ni le fait de croire, ni le fait de ne pas croire, ne soient pour personne une cause de dommage ou de privil�ge.

� 5. La Libre-Pens�e est id�aliste. Elle ne nie pas que la Religion puisse l��tre � sa mani�re. Mais elle sait que cette tendance n�est pas caract�ristique de la foi religieuse, puisque le fondement essentiel de la Religion est un absolu mystique.

� Il n�est donc pas nettement exact de dire que la Religion, ce soit l�id�al que l�homme se propose.

� D�ailleurs, la Libre-Pens�e ne proclame aucun absolu. Son id�al n�est pas la v�rit� � absolue �, ni la justice � absolue �, ni la libert� � absolue �.

� Elle �carte ces notions m�taphysiques qui se sont av�r�es comme trop commodes pour justifier pr�cis�ment la renonciation � la poursuite d�un id�al inatteingible.

� La Libre-Pens�e, restant au contraire dans le domaine de l�action et des possibilit�s, veut d�avance an�antir tout pr�texte � une telle renonciation, en proclamant pour maximes :

Toujours plus de v�rit�,

Toujours plus de justice,

Toujours plus de libert�,

pour r�aliser toujours plus d�entente et d�amour entre les hommes.

� 6. Si la Libre-Pens�e, en tant que doctrine, est irr�ligieuse, en tant qu�organisation, elle ne ferme cependant pas ses portes aux hommes de bonne volont�, quand m�me ceux-ci persisteraient � appeler religion l�id�al de la Libre Pens�e. �

ESQUISSE D�HISTOIRE DE LA LIBRE-PENS�E

De tout temps il y eut des hommes qui, se servant de leur raison, ont repouss� les superstitions des milieux o� ils vivaient. Ces rationalistes inconscients, m�me parmi les sauvages, se contentaient de garder pour eux leurs id�es ; ils ne voulaient pas se cr�er des ennemis, car l�homme ordinaire, persuad� que ce qu�il croit est la v�rit� enti�re, trouve mauvais qu�un individu ne pense pas comme lui-m�me.

A mesure que la peur des ph�nom�nes physiques incompr�hensibles pour l�esprit des �tres cr�ait les religions et que les hommes qui se distinguaient par leur force s�emparaient du pouvoir et voulaient avoir � leur d�votion d�autres hommes peut-�tre plus intelligents, les dogmes se formaient, des rites s�imposaient et ce fut presque un crime que de ne pas admettre les th�ories des pr�tres. Les rationalistes n�avaient pas expos� leurs id�es, pour ne pas �tre expos�s � l�assassinat. Voil� pourquoi les noms des anciens libres-penseurs nous sont presque inconnus.

Aux Indes, en Perse, les n�gateurs �taient nombreux ; la multiplicit� des dieux devaient naturellement d�montrer que ces �tres divins n��taient que de pures inventions. Gautama Sakya Mouni, le Bouddha �tait un libre-penseur qui ne croyait pas � la trinit� brahmanique, et niait l�existence d�un Dieu supr�me. Sa raison lui montrait que tous les r�cits des brahmines, leurs l�gendes n��taient que des fables. Mais il croyait � une entit� spirituelle, l��me, et c�est sur cette croyance qu�il basait ce qu�on a appel� la religion bouddhiste, puisque lui-m�me voulut seulement exposer a priori une morale mal fond�e sur l�amour du prochain.

Gautama fut un des premier libres-penseurs dont les th�ories nous soient parvenues, bien qu�elles aient �t� d�form�es par des milliers de disciples plus ou moins fid�les. Kong-Futse en Chine, qui ne croyait pas � une vie future, peut-�tre regard� comme un libre-penseur. Mithra, dont on a voulu faire un dieu, un des prototypes de J�sus, �tait un libre-penseur de son temps, un r�formateur social.

Ce n�est pourtant que vers l�an 600 avant notre �re, que parurent, en Gr�ce, des libres-penseurs bien r�els, les philosophes qui, pendant plus de 500 ans, cherch�rent � p�n�trer les secrets de la nature, sans s�occuper des dogmes de leur temps, en �cartant la p�riode religieuse, po�tique et gnomique, repr�sent�e par Orph�e et les myst�res, la th�ogonie d�H�siode et les sept sages.

La philosophie grecque, qu�on peut faire remonter jusqu�� Thal�s, s�est d�velopp�e jusqu�� l�arr�t de Justinien, qui ferma, en 529, les �coles de philosophie.

La premi�re �cole de cette philosophie libre-penseuse, l��cole ionienne, commence par Thal�s, de Milet (630-549). Le caract�re commun � tous les philosophes de cette �cole est de chercher l�origine de l�univers dans un �l�ment mat�riel unique chez les uns et produisant toutes choses par dilatation et instruction (dynamisme), multiple chez les autres qui consid�rent tous les �tres comme le r�sultat de combinaisons diverses de ces �l�ments.

Les principaux repr�sentants de l��cole ionienne sont Anaximandre (610-546), H�raclite d�Eph�se, Anaxagore, Diog�ne, d�Anallonie, Arh�la�s et Emp�docle.

Toutes sortes de l�gendes sur les id�es d�H�raclite sont connues parmi nous, mais il ne faut pas s�y arr�ter. On l�a oppos� � D�mocrite, sous les noms de Jean qui pleure et jean qui rit, c�est-�-dire en faisant de l�un un pessimiste pleurnicheur, de l�autre un sceptique moqueur ; qualificatifs erron�s.

L��cole italique ou pythagoricienne qui suivit l��poque de l��cole ionienne (de 584 � 370), s�attache principalement au c�t� math�matique de l�univers, tandis que l��cole ionienne s��tait surtout pr�occup�e du c�t� physique. Les nombres sont l�essence de toutes choses et l�unit�, ou monade, est le principe des nombres. L��me est un nombre qui se meut de lui-m�me. Le retour � l�unit� constitue la vertu. Pythagore admettant l��me, parle aussi de m�tempsychose. Toutes les th�orie de Pythagore et son asc�tisme sont plut�t nuageuses pour nous, mais ce philosophe �tait libre de toute id�e th�ologique. Lui et ses disciples n�admettaient que la raison individuelle, c��taient donc de vrais libres-penseurs. Parmi ses �l�ves il faut citer Th�ano, sa fille, Arist�e, son gendre ; Philolaus (450-395), Anhisas de Tarente, Alim�on, de Crotone, etc.

L��cole atomistique a pr�c�d� la science moderne, la ricien (1) s�applique d�une mani�re exclusive au principe m�taphysique de l�univers, c�est-�-dire � l�id�e de Substance et combat par la dialectique les deux �coles ant�rieures. Dans les El�ates il n�y a pas de milieu entre l��tre absolu et le n�ant ; l�id�al d�un �tre multiple est plein de contradictions. Il n�y a que l�un, l�infini et le n�cessaire qui existe : tout le reste n�est qu�apparence. Parmi les El�ates nous citerons : X�nophane de Colophon (617-510) ; Parm�nide d�El�e (530-455) ; M�lissus de Samos ; Z�non d�El�e (vers 500).

L��cole atomistique a pr�c�d� la science moderne, la th�orie atomistique de W�rtz, Gebhard et de tous les physiciens actuels. L��cole atomistique quoique ne poss�dant pas les moyens d�investigation dont nous disposons � pr�sent, observait et raisonnait librement.

Les philosophes de cette �cole reconnaissaient un nombre infini d�atomes, de formes diverses et dou�s d�un mouvement �ternel. L��me est compos�e d�atomes ronds et ign�s, qui impriment le mouvement au corps. La connaissance r�sulte du choc des atomes ext�rieurs sur l��me (premier essai de psychologie sensualiste). Parmi les sensualistes, on trouve surtout D�mocrite d�Abd�re (480-407), Diagoras, Nessus, Anaxargue, Nausipharte, ma�tre d�Epicure.

Les sophistes ne sont pas les inventeurs d�a


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