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  Post� le jeudi 24 ao�t 2006 @ 01:43:45 by AnarchOi
Contributed by: AnarchOi
AnarchieLes textes que nous proposons int�gralement au lecteur dans les pages qui suivent, sont extraits de l�ENCYCLOP�DIE ANARCHISTE de S�bastien Faure au mot anarchie, page 56 et suivantes.

Groupe Maurice-Joyeux



A

NARCHIE ― n. f. (du grec : a privatif et arch�, commandement, pouvoir, autorit�). Etymologiquement, le mot �anarchie� (qui devrait s�orthographier an-archie) signifie : �tat d�un peuple et, plus exactement encore, d�un milieu social sans gouvernement.

Comme id�al social et comme r�alisation effective, l�anarchie r�pond � un modus vivendi dans lequel, d�barrass� de toute contrainte l�gale et collective ayant � son service la force publique, l�individu n�aura d�obligations que celles que lui imposera sa propre conscience. Il poss�dera la facult� de se livrer aux inspirations r�fl�chies de son initiative personnelle ; il jouira du droit de tenter toutes les exp�riences qui lui appara�tront d�sirables ou f�condes ; il s�engagera librement dans les contrats de tous genres qui, toujours temporaires et r�vocables ou r�visables, le lieront � ses semblables et, ne voulant faire subir � personne son autorit�, il se refusera � subir l�autorit� de qui que ce soit. Ainsi, souverain, ma�tre de lui-m�me, de la direction qu�il lui plaira de donner � sa vie, de l�utilisation qu�il fera de ses facult�s, de ses connaissances, de son activit� productrice, de ses relations de sympathie, d�amiti� et d�amour, l�individu organisera son existence comme bon lui semblera : rayonnant en tous sens, s��panouissant � sa guise, jouissant, en toutes choses, de sa pleine et enti�re libert�, sans autre limite que celles qui lui seront assign�es par la libert� � pleine et enti�re aussi � des autres individus.

Ce modus vivendi implique un r�gime social d�o� sera bannie, en droit et en fait, toute id�e de salariant et de salari�, de capitaliste et de prol�taire, de ma�tre et de serviteur, de gouvernant et de gouvern�.

On con�oit que, ainsi d�fini, le mot �anarchie� ait �t� insidieusement et � la longue d�tourn� de sa signification exacte, qu�il ait �t� pris, peu � peu, dans le sens de �d�sordre� et que, dans la plupart des dictionnaires et encyclop�dies, il ne soit fait mention que de cette acception : chaos, bouleversement, confusion, g�chis, d�sarroi, d�sordre.

Hormis les anarchistes, tous les philosophes, tous les moralistes, tous les sociologues � y compris les th�oriciens d�mocrates et les doctrinaires socialistes � affirment que en l�absence d�un gouvernement, d�une l�gislation et d�une r�pression qui assure le respect de la loi et s�vit contre toute infraction � celle-ci, il n�y a et ne peut y avoir que d�sordre et criminalit�.

Et pourtant !... Moralistes et philosophes, hommes d��tat et sociologues n�aper�oivent-ils pas l�effroyable d�sordre qui en d�pit de l�autorit� qui gouverne, et de la loi qui r�prime, r�gne dans tous les domaines ? Sont-ils � ce point d�nu�s de sens critique et d�esprit d�observation qu�ils m�connaissent que :

�plus augmente la r�glementation, plus se resserre le r�seau de la l�gislation, plus s��tend le champ de la r�pression, et plus se multiplient l�immoralit�, l�abjection, les d�lits et les crimes ?�

Il est impossible que ces th�oriciens de �l�ordre� et ces professeurs de �morale� songent, s�rieusement et honn�tement � confondre avec ce qu�ils appellent �l�ordre� les atrocit�s, les horreurs, les monstruosit�s dont l�observation place sous nos yeux le r�voltant spectacle. Et � s�il y a des degr�s dans l�impossibilit� � il est plus impossible encore que, pour att�nuer et a fortiori faire dispara�tre ces infamies, ces savants docteurs escomptent la vertu de l�autorit� et la force de la loi.

Cette pr�tention serait pure d�mence.

La loi n�a qu�un seul but : justifier d�abord et sanctionner ensuite toutes les usurpations et iniquit�s sur lesquelles repose ce que les profiteurs de ces iniquit�s et usurpations appellent �l�ordre social�. Les d�tenteurs de la richesse ont cristallis� dans la loi la l�gitimit� originelle de leur fortune ; les d�tenteurs du pouvoir ont �lev� � la hauteur d�un principe immuable et sacr� le respect d� par les foules aux privil�ges, � la puissance et � la majest� dont ils s�aur�olent. On peut fouiller jusqu�au fonds et au tr�fonds, l�ensemble de ces monuments d�hypocrisie et de violence que sont les codes, tous les codes ; on n�y trouvera pas une disposition qui ne soit en faveur de ces deux faits d�ordre historique et circonstanciel qu�on tente de convertir en faits d�ordre naturel et fatal : la propri�t� et l�autorit�. J�abandonne aux tartufes officiels et aux professionnels du charlatanisme bourgeois tout ce qui, dans la l�gislation a trait � la �morale�, celle-ci n��tant et ne pouvant �tre dans un �tat social fond� sur l�autorit� et la propri�t�, que l�humble servante et l��hont�e complice de celle-ci et de celle-l�.

On trouvera au mot �loi� (voir ce mot) une �tude approfondie du m�canisme l�gislatif et judiciaire. Ici, il est s�ant et suffisant � propos du mot �anarchie� pris dans le sens de �d�sordre� de citer ces magnifiques paroles de Pierre Kropotkine :

�De quel ordre s�agit-il ? Est-ce de l�harmonie que nous r�vons, nous, les anarchistes ? De l�harmonie qui s��tablira librement dans les relations humaines, lorsque l�humanit� cessera d��tre divis�e en deux classes, dont l�une est sacrifi�e au profit de l�autre ?

De l�harmonie qui surgira spontan�ment de la solidarit� des int�r�ts, lorsque tous les hommes formeront une seule et m�me famille, lorsque chacun travaillera pour le bien-�tre de tous et tous pour le bien-�tre de chacun ? Evidemment, non ! Ceux qui reprochent � l�anarchie d��tre la n�gation de l�ordre, ne parlent pas de cette harmonie de l�avenir ; ils parlent de l�ordre tel qu�on le con�oit dans notre soci�t� actuelle. Voyons donc ce qu�est cet �ordre� que l�anarchie veut d�truire.

L�ordre aujourd�hui, � ce qu�ils entendent par "l�ordre" � , c�est les neuf dixi�mes de l�humanit� travaillant pour procurer le luxe, les jouissances, la satisfaction des passions les plus ex�crables � une poign�e de fain�ants.

L�ordre, c�est la privation, pour ces neuf dixi�mes, de tout ce qui est la condition n�cessaire d�une vie hygi�nique, d�un d�veloppement rationnel des qualit�s intellectuelles. R�duire les neuf dixi�mes de l�humanit� � l��tat de b�tes de somme vivant au jour le jour, sans jamais oser penser aux jouissances procur�es � l�homme par l��tude des sciences, par la cr�ation artistique. Voil� "l�ordre!".

L�ordre, c�est la mis�re, la famine devenue l��tat normal de la soci�t�. C�est le paysan irlandais mourant de faim ; c�est le peuple d�Italie r�duit � abandonner sa campagne luxuriante, pour r�der � travers l�Europe en cherchant un tunnel quelconque � creuser, o� il risquera de se faire �craser, apr�s avoir subsist� quelques mois de plus. C�est la terre enlev�e au paysan pour l��l�ve du b�tail ou du gibier qui servira � nourrir les riches ; c�est la terre laiss�e en friche plut�t que d��tre restitu�e � celui qui ne demande pas mieux que de la cultiver.

L�ordre, c�est la femme qui se vend pour nourrir ses enfants ; c�est l�enfant r�duit � �tre enferm� dans une fabrique ou � mourir d�inanition. C�est le fant�me de l�ouvrier insurg� aux portes du riche, le fant�me du peuple insurg� aux portes des gouvernants.

L�ordre, c�est une minorit� infime �lev�e dans les chaires gouvernementales, qui s�impose pour cette raison � la majorit� et qui dresse ses enfants pour occuper plus tard les m�mes fonctions, afin de maintenir les m�mes privil�ges par la ruse, la corruption, la force, le massacre.

L�ordre, c�est la guerre continuelle d�homme � homme, de m�tier � m�tier, de classe � classe, de nation � nation. C�est le canon qui ne cesse de gronder, c�est la d�vastation des campagnes, le sacrifice des g�n�rations enti�res sur les champs de bataille, la destruction en une ann�e des richesses accumul�es par des si�cles de dur labeur.

L�ordre, c�est la servitude, l�encha�nement de la pens�e, l�avilissement de la race humaine, maintenue par le fer et par le fouet. C�est la mort soudaine par le grisou, la mort lente par l�enfouissement de milliers de mineurs d�chir�s ou enterr�s chaque ann�e par la cupidit� des patrons et pourchass�s � la ba�onnette, d�s qu�ils osent se plaindre. Voil� l�ordre !�

Et Kropotkine, pour donner plus de force � sa pens�e continue dans ces termes :

�Et le d�sordre, ce qu�ils appellent le d�sordre, c�est le soul�vement du peuple contre cet ordre ignoble, brisant ses fers, d�truisant ses entraves et marchant vers un avenir meilleur. C�est ce que l�humanit� a de plus glorieux dans son histoire : c�est la r�volte de la pens�e � la veille des r�volutions ; c�est le renversement des hypoth�ses sanctionn�es par l�immobilit� des si�cles pr�c�dents ; c�est l��closion de tout un flot d�id�es nouvelles, d�inventions audacieuses, c�est la solution des probl�mes de la science.

Le d�sordre, c�est l�abolition de l�esclavage antique, c�est l�insurrection des communes, l�abolition du servage f�odal, les tentatives d�abolition du servage �conomique.

Le d�sordre, c�est l�insurrection des paysans soulev�s contre les pr�tres et les seigneurs, br�lant les ch�teaux pour faire place aux chaumi�res, sortant de leurs tani�res pour prendre leur place au soleil.

Le d�sordre � ce qu�ils nomment le d�sordre �, ce sont les �poques pendant lesquelles des g�n�rations enti�res supportent une lutte incessante et se sacrifient pour pr�parer � l�humanit� une meilleure existence en la d�barrassant des servitudes du pass�.

Ce sont les �poques pendant lesquelles le g�nie populaire prend son libre essor et fait, en quelques ann�es des pas gigantesques, sans lesquels l�homme serait rest� � l��tat d�esclave antique, d��tre rampant, de brute avilie dans la mis�re.

Le d�sordre, c�est l��closion des plus belles passions et des plus grands d�vouements, c�est l��pop�e du supr�me amour de l�humanit� !�

���

Jean-Guillaume Colins, le fondateur du socialisme rationnel, expose, dans ses multiples ouvrages, que l�ordre est incontestablement n�cessaire � la vie des hommes group�s en soci�t�. Or, dit-il, � je r�sume ici l�essentiel de sa doctrine � l�ordre ne peut reposer que sur la force ou la raison. S�il repose sur la force, il ne se peut maintenir que par la violence syst�matiquement et gouvernementalement organis�e. S�il repose sur la raison, il trouve son point d�appui dans l�acquiescement volontaire et r�fl�chi de tous. Dans le premier cas, l�ordre, synonyme d�injustice et d�in�galit�, est instable, fragile, �ph�m�re ; il est constamment expos� � �tre troubl� par le m�contentement et l�insurrection de la foule � laquelle il pr�tend s�imposer ; et, alors, l�ordre ne se con�oit que sous la forme du gendarme et du bourreau. Mais, s�il est bas� sur le granit de la raison, m�re de la justice et de l��galit�, l�ordre devient d�une �tonnante stabilit� : les changements, les transformations apport�s au r�gime social ne font que fortifier sa puissance, puisque ces progr�s et am�liorations sont le r�sultat d�un effort nouveau vers un rayonnement plus f�cond de la raison elle m�me.

Les anarchistes tiennent un langage � peu pr�s identique. Ils disent que l�ordre social ne peut reposer que sur la contrainte ou l�entente. S�il repose sur la contrainte, il est �vident qu�il d�coule � quel qu�il soit dans le d�tail � du principe d�autorit� et qu�il s�incarne dans l�institution gouvernementale proclam�e n�cessaire. Si, au contraire, il repose sur l�entente, il va de soi qu�il proc�de � quel qu�il soit dans le d�tail � du principe de libert� et que l�organisation de l�ordre social ainsi con�u et r�alis� repousse impitoyablement tout organisme central : pouvoir, gouvernement, �tat, qui engendre et implique fatalement la contrainte.

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En science, lorsque, apr�s avoir parcouru avec pers�v�rance le cycle des exp�riences tent�es sur l�application d�un m�me principe, il est d�montr� et reconnu que ces exp�riences n�ont pas amen� les r�sultats qu�on en attendait ; lorsque, par l�accumulation de ces �checs r�it�r�s, il est �tabli que principe, m�thode et r�sultats cherch�s s�excluent ; en science, dis-je, il est d�usage et de r�gle de condamner, dans ces conditions, la m�thode appliqu�e et le principe dont celle-ci n�est que la mise en pratique. Or, voil� des si�cles et des si�cles que, pour organiser et assurer l�harmonie sociale, les penseurs, th�oriciens et doctrinaires attach�s au principe d�autorit� appliquent, dans le domaine social, toutes les m�thodes de gouvernement possibles et imaginables. Il est permis d�avancer qu�ils n�en ont n�glig� aucune. Aristocratie, d�mocratie, oligarchie, ploutocratie, pouvoir absolu, pouvoir constitutionnel, monarchie, r�publique, dictature, c�sarisme, l�histoire atteste que toutes les formes gouvernementales ont �t� exp�riment�es. Le r�sultat constant de ces exp�riences a �t� le g�chis, le d�sordre, les antagonismes, les guerres, les crimes de toute nature, en tous temps et en tous lieux.

Eh bien ! Loin de condamner le principe d�autorit� et de renoncer aux m�thodes d�application qui en d�coulent nos ma�tres � il n�est que trop ais� de comprendre pourquoi � s�obstinent � affirmer que n�cessaire est ce principe, et que excellentes sont ces m�thodes.

C�est tout simplement de l�aberration. Seuls, les anarchistes s��l�vent contre cette incurable folie. Seuls, ils affirment que le gouvernement, l��tat, l�autorit�, n�ayant engendr� depuis qu�ils existent, dans tous les pays du monde en d�pit des changements de formes et d��tiquettes, du remaniement des constitutions et des r�gimes, que confusion, souffrance, mis�re, guerres et d�sordres, la plus �l�mentaire sagesse exige qu�on renonce � esp�rer de l�autorit�, de l��tat, du gouvernement ce qu�ils ne peuvent produire et qu�on tente loyalement l�essai d�une organisation sociale, sans gouvernement, sans �tat, sans autorit�, c�est-�-dire d�une soci�t� anarchiste.

���

On le voit : le concept anarchiste n�est pas le fruit d�une g�n�ration spontan�e. Il n�est pas n�, subitement et comme par miracle, d�une hypoth�se surgissant, sans que rien ne l�ait suscit�e, d�une inspiration soudaine : enfantine ou g�niale. Ce concept plonge ses racines dans le sol profond de l�histoire, de l�exp�rience et de la raison. Ces racines sont d�sormais indestructibles : il est encore possible aux ma�tres de les couper au fur et � mesure qu�elles d�chirent la cro�te des pr�jug�s qui les recouvrent et les emp�chent d�appara�tre aux yeux de tous ; mais elles n�en persistent pas moins � se d�velopper, en robustesse et en �tendue, dans les entrailles du vieux monde d�oppression, d�ignorance, de mis�re, de haine et de laideur.

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L�anarchie n�est pas une religion ; elle n�a pour point de d�part aucune �r�v�lation� ; elle ne conna�t pas l�affirmation dogmatique ; elle r�pudie l��apriorisme� ; elle n�admet pas l�id�e sans preuve.

C�est � la fois une doctrine et une vie : doctrine qui s�inspire de l��volution constante des arrangements individuels et collectifs qui constituent la vie elle-m�me des personnes et des collectivit�s ; vie qui tient compte de ce transformisme incessant et se refl�te dans la doctrine.

C�est une doctrine, parce que l�histoire, l�exp�rience et la raison nous ont enseign� certaines v�rit�s dont l�exactitude, toujours confirm�e par l�observation et l�examen scrupuleusement impartial des faits, n�est plus contestable. Ces v�rit�s elles-m�mes sont concordantes ; non seulement elles ne se combattent pas, mais encore elles s�unissent, elles s��paulent mutuellement, elles s�encha�nent. D�j� forte et r�sistante par elle-m�me chacune de ces v�rit�s emprunte aux autres � voisines ou �loign�es � une recrudescence de force et de r�sistance. C�est cet ensemble de certitudes qui forme et cimente la doctrine, sur le fonds m�me de laquelle toutes les tendances anarchistes � encore qu�elles soient nombreuses � sont unanimes et ins�parables.

De cette doctrine se d�gagent un certain nombre de principes directeurs qui, appliqu�s � la vie, d�terminent le milieu social que veulent instaurer les anarchistes.

Ainsi : d�une part c�est l��tude, l�observation de la vie individuelle et sociale qui nous apporte les v�rit�s et certitudes sur lesquelles s��difie notre doctrine anarchiste et d�autre part, ce sont les principes directeurs qui proc�dant de cette doctrine, doivent pr�sider � l�organisation de la vie individuelle et sociale que nous appelons �l�anarchie�.

La doctrine part de l�individu vivant en soci�t� : c�est l�aspect th�orique de l�anarchie. Ensuite, comme r�gle de vie, l�anarchie part de la doctrine et d�termine le milieu social et ses innombrables arrangements : c�est l�aspect pratique de l�anarchie.

Du point de vue social, l�anarchie se r�sume en deux mots : �entente libre�. Si cette formule semble trop br�ve, si on la d�sire plus explicite, je dirai, afin qu�elle gagne en clart� et en pr�cision : �libert� par l�entente� ou mieux encore : �libert� de chacun, par l�entente entre tous.� Libert�, c�est l�alpha et l�om�ga, c�est-�-dire le point initial et le point terminus de la th�orie. �Entente libre�, c�est le commencement et la fin de la pratique, ou encore : �libert�, c�est la doctrine ; entente, c�est la vie.�

Mais, cela demande � �tre quelque peu d�velopp�. Voici donc la d�monstration qui s�impose :

Tous les philosophes et sociologues qui ont s�rieusement et impartialement �tudi� la nature humaine ont constat� que toutes les aspirations, tous les d�sirs, tous les mouvements, toutes les activit�s de l�individu ont pour but la satisfaction d�un ou plusieurs besoins. Il n�est du reste pas n�cessaire de s��tre livr� � de profondes �tudes philosophiques, biologiques ou sociologiques, pour arriver � cette constatation. Chacun de nous y parvient.

A cette premi�re constatation il faut ajouter la suivante : c�est que la satisfaction d�un besoin procure � celui qui le ressent une sensation de plaisir, tandis que la non-satisfaction dudit besoin lui cause une sensation de peine.

Cette seconde constatation est encore de celles que chacun de nous peut faire et qui ne font aucun doute.

De cette double constatation � dont la seconde n�est que la suite logique de la premi�re � nous concluons que l�individu, en recherchant la satisfaction de ses besoins, a en vue le plaisir qu�il y trouve et nous affirmons en cons�quence que l�homme recherche le bonheur.

La recherche du bonheur, devient, ainsi, le but pr�cis auquel tend l��tre vivant. Nous voil� parvenus � un point important et que nous consid�rons comme fondamental de l�anarchie.

Mais l��tre humain ne vit pas dans l�isolement, il se groupe avec les �tres de son esp�ce, il vit en soci�t�. Nous sommes donc conduits � passer de l�individuel au social.

Si l�individu se groupe, c�est d�abord parce que c�est dans sa nature et qu�il en �prouve le besoin ; c�est ensuite parce qu�il recherche instinctivement � accro�tre son bonheur par l�appui et la protection qu�il esp�re trouver dans ses semblables.

D�o� cette conclusion : le groupement en soci�t� a pour but d�accro�tre le bonheur de ceux qui le constituent. En d�autres termes, le social doit contribuer � rapprocher l�individu de son but : le bonheur. Donc, la raison d��tre de ce qu�on appelle la soci�t�, c�est d�assurer le bonheur de ses membres.

Nous voil� maintenant, en possession d�un second point important, fondamental, de l�anarchie. Jetons un rapide coup d��il en arri�re, tant pour voir le chemin parcouru par notre raisonnement que pour souder ensemble fortement les deux constatations que nous avons faites.

Premi�re constatation : l�individu recherche le bonheur par la satisfaction de ses besoins ;

Seconde constatation : la soci�t� a pour but d�assurer et d�accro�tre le bonheur de tous ses membres. Donc, le bonheur de l�individu, tel est le but de la vie individuelle ; le bonheur de tous les individus vivant en soci�t�, tel est le but de la vie sociale.

J�en arrive maintenant � la troisi�me des constatations qui reli�es entre elles, aboutissent � la premi�re des certitudes sur lesquelles repose la doctrine anarchiste.

De toutes les formes de soci�t�, la pire est n�cessairement celle qui s��loigne le plus du but � atteindre : le bonheur des individus qui la composent ; de toutes les formes de soci�t�, la meilleure est n�cessairement celle qui se rapproche le plus de ce but. La soci�t� la plus criminelle est celle dans laquelle la proportion des malheureux est la plus �lev�e et la soci�t� id�ale est celle dans laquelle seront heureux tous ceux qui la composent. Le progr�s social, le progr�s v�ritable, positif, indiscutable n�est pas, ne peut pas �tre autre chose que l�ascension graduelle vers cette soci�t� id�ale.

Telle est notre troisi�me constatation.

Comme il y a un instant, revenons sur nos pas, ou plut�t arr�tons-nous et formons un faisceau des trois constatations acquises :

1� L�individu recherche le bonheur ;

2� La soci�t� a pour but de le lui procurer ;

3� La meilleure forme de soci�t� est celle qui se rapproche le plus de ce but.

Nous tenons, � pr�sent, la premi�re de nos certitudes. Cherchons la seconde. Posons-nous cette question : jusqu�� ce jour, les formes multiples de soci�t� qui se sont succ�d� ont-elles r�pondu au but que doit s�assigner le groupement social : le bonheur de tous ses membres ? Ici l�histoire entre en sc�ne : l�histoire qui nous apporte les enseignements du pass�.

Il nous faut donc consulter l�histoire.

Celle-ci nous fournit, en l�appuyant sur la documentation la plus abondante et la plus authentique, la preuve que l�immense majorit� des individus a �t�, est malheureuse. Je pense que, sur ce point, je n�ai pas � insister. Alors, je poursuis, et je pose deux pourquoi qui s�encha�nent :

a) Pourquoi les individus �taient-ils malheureux ?

� Parce que l�immense majorit� de ces hommes �taient priv�s de la facult� de satisfaire leurs besoins.

b) Pourquoi �taient-ils priv�s de cette facult� ?

� Parce que, depuis des si�cles et des si�cles, un certain nombre d�hommes s��taient empar�s de toutes les richesses et de toutes les sources de celles-ci, au d�triment des autres hommes.

� Parce que ces poss�dants avaient �dict� des lois tendant � l�gitimer, � consolider leurs spoliations.

� Parce qu�ils avaient organis� un pouvoir et des forces dont le r�le �tait de soumettre les spoli�s, de les emp�cher de se r�volter et, en cas de r�volte, de les ch�tier.

� Parce que ces poss�dants et ces ma�tres avaient imagin� des religions dont le but �tait d�imposer aux d�poss�d�s et aux asservis la soumission aux lois, le respect des ma�tres et la r�signation � leur propre infortune.

� Parce que cet accaparement de la richesse, cette l�gislation, ce pouvoir et cette religion s��taient ligu�s puissamment contre la multitude des exploit�s et des opprim�s ainsi priv�s de la facult� de manger � leur faim, de parler, d��crire, de se grouper � leur gr�, de penser et d�agir librement.

� Parce que la propri�t�, c��tait l�autorit� d�une classe sur les choses ; l��tat, l�autorit� sur les corps ; la loi, l�autorit� sur les consciences et la religion l�autorit� sur les esprits et les c�urs.

� Parce que tous ceux qui n�appartenaient pas � la classe dominante, entre les mains de laquelle �taient r�unis le capital, l��tat, la loi et la religion, forment une classe innombrable de pauvres, de sujets, de justiciables et de r�sign�s.

� Parce que physiquement, intellectuellement et moralement, cette multitude �tait r�duite � l�esclavage.

� Parce que, pour tout dire en un seul mot, elle n��tait pas libre.

Cette classe ne poss�dait pas hier, elle ne poss�de pas aujourd�hui la libert� de satisfaire les besoins de son corps, de son esprit et de son c�ur ; c�est pourquoi elle �tait et elle est malheureuse. Voil� ce que consult�es loyalement, attentivement, impartialement, r�pondent et l�histoire et l�exp�rience.

Elles constatent que, au sein des soci�t�s pass�es et pr�sentes, la classe de beaucoup la plus nombreuse, �tait malheureuse parce qu�elle n��tait pas libre et qu�il en est de m�me de nos jours. La cause de tout le mal �tait donc, elle est toujours, l�autorit� sous toutes les formes que j�ai tout � l�heure �num�r�es.

Le rem�de consiste donc � briser tous les ressorts de cette autorit� : capital, �tat, loi, religion, et � fonder une soci�t� enti�rement nouvelle bas�e sur la libert�.

Voil� notre seconde certitude.

Je la lie � la premi�re et nous allons avoir toute la doctrine.

Premi�re certitude : l�homme recherche le bonheur ; la soci�t� a pour but de le lui assurer ; la meilleure forme de soci�t� est celle qui se rapproche le plus de ce but.

Seconde certitude : I�homme est heureux dans la mesure o� il est libre de satisfaire ses besoins ; la pire des soci�t�s est donc celle o� il est le moins libre ; la meilleure est en cons�quence, celle o� il est le plus libre. L�id�ale sera celle o� il le sera compl�tement.

Conclusion : la doctrine anarchiste, se r�sume en un seul mot : libert�.

���

Mais j�ai dit que l�anarchie est : 1� � une doctrine ; 2� � une vie.

Nous allons, � pr�sent, passer de la premi�re � la seconde, de la th�orie � la pratique, du principe � sa r�alisation, de la doctrine qui inspire et impulse, � la vie qui r�alise. Il coule de source que la naissance de l�anarchie (�tat social sans gouvernement, sans �tat, sans autorit�, sans contrainte), ne peut �tre que cons�cutive � la mort de l��tat social actuel.

Ici commence la seconde partie de ma d�monstration.

L�histoire, l�exp�rience et le raisonnement, ces trois abondantes sources auxquelles l�homme puise toutes les v�rit�s utiles, nous ont d�abord conduits � la condamnation sans appel de toutes les soci�t�s pratiquant le r�gime de l�autorit� et � la n�cessit� d�instituer sur la libert� le milieu social.

J�imagine donc la r�volution accomplie : l�autorit� est r�duite en poussi�re ; il s�agit maintenant de vivre en libert�. Nous avons d�truit ; il nous faut reconstruire. Qu�allons-nous faire ?

Des demi-fous (je ne puis, s�ils sont sinc�res, les qualifier autrement) songent encore � un accouplement bizarre des deux principes contradictoires de libert� et d�autorit�, ils r�vent encore d�asseoir la libert� de tous sur l�autorit� de quelques-uns, comme s�il �tait possible que l�autorit� donn�t naissance � la libert� et favoris�t le d�veloppement de celle-ci ! Avec une logique implacable et une farouche �nergie, les anarchistes combattent cette absurdit�. Ils se dressent contre toute tentative de restauration autoritaire ; ils s�opposent � tout essai de r�surrection du pouvoir, sous quelque forme que ce soit. Ils finissent par l�emporter sur leurs adversaires et brisent leurs derni�res r�sistances. C�est la p�riode plus ou moins longue, durant laquelle le devoir le plus pressant et la n�cessit� la plus imp�rieuse sont de d�fendre la r�volution libertaire victorieuse contre les retours offensifs des tenants de l�autorit� y compris celle qui leur appara�t comme la plus intol�rable, la plus absurde et la plus dangereuse : la dictature du prol�tariat.

Les d�fenseurs de la r�volution con�oivent � enfin � que deux choses contradictoires ne peuvent pas mutuellement s�engendrer puisqu�elles s�excluent ; que, cons�quemment, l�autorit� sociale ne peut pas plus aboutir � la libert� individuelle que de la libert� individuelle ne peut sortir l�autorit� sociale.

La faillite et l�abolition du principe d�autorit� se trouvent bien et d�finitivement �tablies. Il ne s�agit plus que de donner au principe de libert� une r�alit� vivante et f�conde. Serrons de pr�s le probl�me � r�soudre et ne perdons pas de vue que nous supposons l�autorit� gouvernementale bris�e par la r�volution triomphante : voil� l�individu d�barrass� de ses cha�nes ; il est devenu un �tre libre c�est-�-dire en possession de la facult� de satisfaire ses besoins et, par cons�quent, d��tre heureux.

Mais, �tre sociable, vivant au milieu de ses semblables, participant � la vie commune, il s�agit de pr�ciser ce qu�il aura � donner � ses pairs et ce qu�il aura � en recevoir, dans quelles conditions et dans quelle mesure, il collaborera � la satisfaction des besoins ressentis par tous et participera, en �change, � la satisfaction de ses propre besoins.

Le probl�me se pose imp�rieux et urgent.

Comment le r�soudre ? Il ne faut pas songer � recourir � la force, � la violence, � la contrainte, formes diverse de l�autorit�, mais � la douceur, � la persuasion, � la raison, formes multiples de la libert�.

On s�arr�te donc � la raison.

Mais encore faut-il que la raison s�impose elle-m�me en vertu de sa propre force, par l�unique ascendant de son prestige et non par des menaces ou des sanctions.

Alors on cherche, on exp�rimente, on compulse, on interroge les r�sultats des diverses m�thodes d�application. L�entente appara�t, se pr�sente, se recommande par ses r�sultats et emporte les suffrages.

L�exemple de la nature est l� : �loquent et d�monstratif. Tout y est entente par accord libre et spontan�, par affinit�s et caract�res communs entre individus ou unit�s de la m�me esp�ce : les infiniment petits, sorte de poussi�re se recherchent, s�attirent, s�agglom�rent et forment les noyaux ; ces noyaux, � leur tour, se recherchent s�attirent s�agglom�rent et forment des organismes ; ces organismes se recherchent, s�attirent, s�agglom�rent et forment des organismes de plus en plus vastes.

On fait l�essai de cette m�thode emprunt�e � l�ordre naturel, un essai loyal et loyalement conditionn�. Cet essai est r�p�t� ; les r�sultats appliqu�s � l�ordre social sont satisfaisants ; l�essai est �tendu, appliqu� � des masses croissantes ; il sort vainqueur de cette �preuve, il triomphe et il est finalement adopt�.

C�est la m�thode de l�entente libre et spontan�e. La plus petite unit� : l�individu recherche, attire les autres, s�agglom�re avec celles-ci � un premier noyau et forment la commune. Les communes, � leur tour, se cherchent s�attirent s�agglom�rent et forment un organisme plus �tendu : la r�gion. Les r�gions, � leur tour se cherchent, s�attirent, s�agglom�rent et forment une organisation plus vaste encore et plus complexe : la nation.

Entente entre les individus et les familles qui constituent le noyau communal, entente entre les communes qui constituent l�organisme r�gional ; entente entre les r�gions qui constituent l�organisation nationale ; entente de bas en haut, � tous les degr�s ; entente partout.

Les peuples qui vivent en communisme libertaire se recherchent, ils s�attirent, s�agglom�rent et forment une organisation plus vaste encore que la nation. Le jour o� toutes les nations vivront en communisme libertaire elles se rechercheront n�cessairement, fatalement s�attireront, s�agglutineront et formeront un immense organisme international les r�unissant toutes. Ce sera la r�alisation mondiale de la libert� de chacun par l�entente entre tous !

Car, ce qu�il ne faut pas perdre de vue, c�est que ce n�est plus, comme autrefois, l�organisme le plus vaste : l�organisation centrale qui, par voie d�absorption ou d�annexion, de contrainte ou de guerre, am�ne la compression des organismes interm�diaires et des noyaux pour aboutir � l��crasement des mol�cules individuelles. C�est tout � l�oppos�, la mol�cule individuelle qui, par voie d�entente, et d�extension ou de d�veloppement, se joint aux mol�cules les plus proches, et forme noyau avec celles-ci, puis, passant par des organismes de plus en plus vastes, le cercle de l�entente s��largissant toujours, r�unit, en une vie de plus en plus intense, f�conde et heureuse, la totalit� des mol�cules individuelles. Voil� l�image de la vie communiste-libertaire, de l�anarchie, de la libert� de chacun par l�entente de tous.

(Voir Autorit�, Centralisme, Entente, F�d�ralisme, Libert�, R�volution.)

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L�anarchie est � base individualiste. Les gouvernements, les religions, les patries, les morales, ont ce trait commun que, au nom et dans l�int�r�t � �dit� sup�rieur � de ces institutions, les int�r�ts v�ritables de l�individu ont toujours �t� et demeurent m�connus, violent�s, immol�s. Les gouvernements compriment, oppriment et pressurent l�individu ; les religions le privent de la facult� de penser librement et de raisonner judicieusement ; les patries le pr�cipitent, de gr� ou de force, dans les carnages guerriers ; les morales font peser sur lui les obligations les plus ineptes et les devoirs les plus oppos�s � son expansion naturelle et � la vie normale. Par l�ignorance et la l�chet�, par la contrainte et la r�pression, toutes ces institutions autoritaires cr�ent dans la foule les mentalit�s d�esclaves et les habitudes gr�gaires dont les classes dominantes ont besoin pour perp�tuer le r�gime dont elles sont les exclusifs et insolents b�n�ficiaires. L�anarchie entend soustraire tous les �tres humains � cette multitude de contraintes physiques, intellectuelles et morales dont ils sont victimes. Elle d�nie � la soci�t� le droit de disposer souverainement de ceux qui la composent. Elle d�clare que ce terme vague �la soci�t� ne r�pond � rien en dehors des individus qui, seuls, lui donnent une r�alit� vivante et concr�te. Elle certifie que sans cette unit� tangible, palpable : l�individu, la soci�t� serait un total inexistant et une expression d�nu�e de toute signification positive. Ce sont l� des assertions d�une exactitude si manifeste qu�on �prouve quelque honte � les formuler, dans l�appr�hension d��tre accus� d�enfoncer des portes ouvertes.

Mais il faut se bien garder de croire que, si l�anarchie est � base individualiste, il s�en suit qu�elle condamne l�individu � l�isolement et brise les liens de toutes sortes qui l�unissent � ses semblables. (voir Solidarit�.)

C�est exactement le contraire, et il n�est pas possible de concevoir un milieu social dans lequel seraient plus nombreux et plus solides qu�en anarchie les rapports reliant entre eux tous les repr�sentants de l�esp�ce. Seulement � et cette opposition est fondamentale � tandis que, emprisonn� dans le r�seau des obligations et contraintes qui, au nom de l��tat, de la propri�t�, de la religion, de la morale, de la famille, de la patrie et autres ...balan�oires, font de lui un esclave, l�individu se voit contraint aujourd�hui � des promiscuit�s, des associations, des complicit�s et des contrats sur lesquels, n�ayant pas �t� consult�, il ne lui a pas �t� loisible de se prononcer, ce m�me individu, devenu libre, aura, dans une soci�t� anarchiste, la latitude de disposer de lui m�me en tout et pour tout, sans autre obligation que celle qu�il aura d�lib�r�ment et consciencieusement contract�e. Sous r�gime autoritaire, les liens qui encha�nent les hommes entre eux sont rigides, artificiels et obligatoires ; en anarchie, seuls seront valables les contrats librement contact�s qui les uniront, et ces contrats seront toujours souples, naturels, librement accept�s et librement rompus.

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Dans la Douleur Universelle, je pr�cise en ces termes le but auquel tend l�anarchie :

�Instaurer un milieu social qui assure � chaque individu toute la somme de bonheur ad�quate, � toute �poque, au d�veloppement progressif de l�humanit�.�

A plus de trente ans de distance, je ne vois aucun changement � apporter � cette proposition. Mais celle-ci appelle quelques d�veloppements et j�en reprends un � un les termes :


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