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  Post� le mercredi 02 ao�t 2006 @ 23:07:05 by AnarchOi
Contributed by: AnarchOi
Anarchie* * * * *
Ce texte est paru originalement en postface du livre de
Marc-Andr� Cyr, La presse anarchiste au Qu�bec - 1976-2001,
�ditions Rouge et noir, 2006
* * * * *



Paradoxe apparent : les anarchistes se disent antinationalistes mais plusieurs livres d�histoire de l�anarchisme se limitent � un r�cit national de l�anarchisme, que ce soit aux �tats-Unis(2), en France(3), en Russie(4), ou ailleurs. Des �tudes plus g�n�rales sur l�anarchisme consacrent souvent des chapitres particuliers � l�anarchisme dans des pays sp�cifiques, ou au moins dans des r�gions du monde. Peter Marshall, dans son ouvrage imposant sur l�anarchisme, propose ainsi des chapitres sur la France, l�Italie, l�Espagne, la Russie, les �tats-Unis, l�Europe du Nord, l�Am�rique latine et l�Asie(5). � ce titre, l�histoire de l�anarchisme au Qu�bec est particuli�rement mal document�e(6). Nous attendons avec impatience la publication du livre de Michel Nestor sur le sujet, qui reprendra des �l�ments d�articles d�j� parus sur le sujet dans Ruptures, la revue de la NEFAC (North-Eastern Federation of Anarcho-Communists - F�d�ration des communistes libertaires du Nord-Est). On comprendra ainsi l�importance et l�originalit� de la recherche de Marc-Andr� Cyr, qui ouvre enfin une fen�tre sur l�anarchisme qu�b�cois des ann�es 1976-2001 � travers son analyse des journaux. Cette �tude nous r�v�le que les anarchistes r�agissent souvent aux actions de �leur� �tat et des compagnies priv�es enracin�es dans �leur� pays, non pas par nationalisme, mais bien parce que l�anarchisme, comme tant de mouvements sociaux, accorde une grande importance aux enjeux locaux, sans abandonner pour autant une r�flexion transnationale, comme l�indiquent les nombreux textes consacr�s dans leurs journaux aux guerres, � l�imp�rialisme politique et �conomique et aux divers mouvements de r�sistance en Occident et dans les pays du �Tiers monde�.

L�histoire de l�anarchisme �tant souvent peu document�e, une plong�e dans les archives des journaux anarchistes d�une �poque permet de saisir quels th�mes et d�bats ont anim� le mouvement � une certaine �poque. Il n�est d�ailleurs pas anodin de constater que plusieurs �diteurs ont jug� cette histoire journalistique suffisamment importante pour regrouper des articles d�un m�me journal ou de diverses publications sous forme de livres, offrant ainsi au lectorat un ensemble de textes g�n�ralement peu ou pas accessibles. Des journaux anarchistes ont ainsi le privil�ge de conna�tre une deuxi�me vie : Le p�re peinard d��mile Pouget(7), Mother Earth d�Emma Goldman( 8 ), The Blast d�Alexander Berkman(9), Mujeres Libres du mouvement de femmes anarchistes espagnoles du m�me nom(10), Le Monde libertaire de la F�d�ration anarchiste de France(11), Love and Rage de la f�d�ration anarchiste r�volutionnaire(12) du m�me nom , Anarchy(13) et Freedom(14). Pour le Qu�bec, il n�y avait de disponibles jusqu�� pr�sent que deux anthologies, soit celle du Q Lott�!(15) et Only a Beginning, qui retrace les d�bats dans diverses publications canadiennes de 1976 au d�but des ann�es 2000(16).

Marc-Andr� Cyr, par son travail minutieux d�analyse des journaux anarchistes, montre bien que les militantes et militants mobilisent la pens�e anarchiste pour analyser de fa�on critique des �v�nements de l�actualit� nationale et internationale. Stimul�s par l�actualit�, ces anarchistes prennent position au Qu�bec sur divers sujets, dont la �question nationale� � l�occasion des r�f�rendums tenus par le gouvernement du Parti qu�b�cois (PQ), la d�rive des syndicats vers l�approche de partenariat, les luttes autochtones et les mobilisations contre le Sommet des Am�riques � Qu�bec en avril 2001, pour ne mentionner que quelques exemples. Les ann�es qui suivent la p�riode �tudi�e par Marc-Andr� Cyr sont marqu�es par l�apparition de nouveaux journaux anarchistes, mais aussi par un surgissement important des anarchistes dans les m�dias officiels, qu�ils soient publics ou priv�s. La discussion que je propose ici s�ouvre sur cette popularit� des anarchistes dans les m�dias �de masse�, pour ensuite pr�senter les journaux anarchistes n�s vers l�an 2000, indiquer les th�mes qu�ils abordent et r�fl�chissent � quelques d�bats entre anarchistes qui s�expriment dans leurs journaux sous la forme de textes pol�miques.

L�anarchiste comme figure m�diatique

La mont�e en visibilit� m�diatique du mouvement �antimondialisation� ou �altermondialiste� doit beaucoup � la figue de l�anarchiste �casseur�, surtout depuis la mobilisation contre l�Organisation mondiale du commerce (OMC) � Seattle, � la fin de 1999. Cette visibilit� dont jouissent les anarchistes peut s�expliquer de diverses fa�ons. Premi�rement, les anarchistes autoproclam�s ou non ont jou� un r�le important dans les mobilisations dites �radicales� ou �anticapitalistes� du mouvement altermondialiste. De plus, dix ans apr�s la chute du Mur de Berlin, l�Occident est en manque d�un ennemi int�rieur, figure toujours utile pour favoriser une certaine coh�sion sociale autour des institutions et des valeurs officielles et justifier la r�pression des mouvements contestataires. L�Am�rique du Nord avait ainsi connu depuis la fin du XIXe si�cle des vagues de paniques anticommunistes, connues en anglais sous l�appellation de red scares (peurs rouges). Le Maccarthysme des ann�es 1950 aux �tats-Unis, de loin la plus connue aujourd�hui, participait de cette strat�gie de peur men�e par des membres de l��lite pour contrer directement le mouvement ouvrier ou simplement pour discr�diter des adversaires politiques mod�r�ment � gauche(17). Avec l�effritement brutal de la cr�dibilit� de l�id�ologie marxiste-l�niniste et la perte d�effectifs des mouvements et des groupes communistes dans les ann�es 1980, doubl�s du sentiment de toute puissance d�un lib�ralisme sorti victorieux de la Guerre Froide, la peur du communiste a perdu du ressort. L�anarchiste tout de noir v�tu et qui fracasse des vitrines de McDonald�s et de banques vient remplacer ad�quatement le communiste dans le registre des �barbares� qui menacent le syst�me de l�int�rieur, tout en restant identifi� � un individu irrationnel et peu s�rieux( 18 ). Les anarchistes ont acquis une telle notori�t� publique que les personnalit�s politiques elles m�mes les �pinglent publiquement. �Si les anarchistes veulent d�truire la d�mocratie, nous ne les laisserons pas faire�, a ainsi d�clar� le premier ministre du Canada Jean Chr�tien lors du Sommet du G8 � G�nes, en juillet 2001(19).

Cela dit, les anarchistes sont peu nombreux et partagent l�espace � l�extr�me gauche du spectre politique avec plusieurs organisations et groupes de diverses tendances marxistes qui ont perdu la capacit� d�initiative et de mobilisation qu�ils avaient vingt ans plus t�t, mais dont les effectifs sont approximativement aussi nombreux que ceux du mouvement anarchiste. Les rouges participent tout comme les anarchistes au mouvement altermondialiste et aux manifestations contre l��tat, le capitalisme et la brutalit� polici�re. Bref, nombreux sont les drapeaux rouges qui flottent au-dessus des manifestations radicales, mais celles-ci sont le plus souvent organis�es par des anarchistes. Les anarchistes ont toutefois aux yeux des journalistes un niveau plus �lev� de �valeur m�diatique� que les communistes. L�anarchisme est newsworthy (vaut la nouvelle), pour reprendre l�expression consacr�e en sociologie des m�dias. Les journalistes sportifs eux-m�mes portent attention aux anarchistes! Ainsi, le quotidien La Presse consacre un article au d�but du tournois de tennis � Wimbeldon, en Angleterre en 1999, pr�cisant que l��v�nement commence deux jours �[a]pr�s que 6 000 anarchistes de tout poil eurent manifest� et vir� la ville � l�envers pendant une couple d�heures vendredi apr�s-midi (les dommages ont �t� �valu�s � plus de 15 millions de dollars)(20)�. Suite � la manifestation du 1er mai 2004 � Montr�al, � laquelle participaient environ 100 000 personnes, les noirs et les rouges d�filent c�tes � c�tes dans deux cort�ges d��gale ampleur (environ 500 participants chacun) et ils affrontent une quinzaine de policiers en armures anti-manifestant qui s��taient infiltr�s en fin de parcours. Traitant de l��v�nement, le journal La Presse ne mentionne que �quelques groupes d�anarchistes, qui ont fait du grabuge(21)�. �Des anarchistes appuient la CASS�E� (Coalition de l�association pour une solidarit� syndicale �tudiante �largie), annonce le titre d�un article de La Presse lors de la grande gr�ve �tudiante de l�hiver 2005, m�me si l�article mentionne que �des militants de groupes anarchistes, des partis communistes r�volutionnaires et marxiste-l�niniste� sont tous solidaires des �tudiants(22). Quant au pr�sident de la Campagne Qu�bec-Vie Luc Gagnon, qui organisait un congr�s contre le droit � l�avortement en novembre 2005 � Montr�al (qui provoqua la formation de la Coalition avortons leur congr�s), il se plaint aux m�dias que les �[l]es militants anarchistes nous accusent de tous les maux. D��tre violents, r�actionnaires� [je souligne]. L��tiquette �anarchiste� attribu�e � l�ensemble de la Coalition avortons leur congr�s masque la pr�sence en son sein de militantes et militants de diverses tendances, dont des f�ministes et des rouges(23). Quelques rares journalistes ont l�honn�tet� de mentionner l�h�t�rog�n�it� des mouvements sociaux d�extr�me-gauche. Un article sur le squat de Montr�al, pendant l��t� 2001, indique la pr�sence de �communistes�, mais aussi d��anarchistes [�] et activistes de tout acabit�(24). Le plus souvent, l�ensemble d�un groupe militant est toutefois identifi� comme anarchiste, comme dans un article de La Presse o� les squatteurs sont pr�sent�s comme un �ramassis h�t�roclite de militants� r�unis sous �le drapeau noir des anarchistes(25)�.

L�int�r�t port� aux anarchistes reste mal intentionn�, puisque l�anarchisme rime g�n�ralement avec jeunesse irrationnelle, violente et nihiliste. Dans un article au sujet des manifestations contre le Sommet des Am�riques publi� dans La Presse, la journaliste Marie-Claude Lortie explique que le �vandalisme� est le fait de �groupuscules d�anarchistes(26)�. Des �experts�, dont Marcel Belleau (chercheur associ� � la Chaire Raoul-Dandurand en �tudes strat�giques et diplomatiques de l�UQAM), affirment �galement que des �groupes anarchistes et des individus de tout acabit profiteront probablement aussi du Sommet pour se livrer � leur jeu favori : la casse�, soit �du vandalisme, [�] des vols et autres d�lits(27)�. M�me � l�occasion de manifestations tr�s calmes, la pr�sence d�anarchistes enflamme les esprits. Ainsi, suite � une manifestation �tudiante en mars 1999, La Presse publie une photo accompagn�e d�une l�gende qui mentionne des �casseurs qualifi�s d�anarchistes�, alors que l�article ne fait pas r�f�rence � des �anarchistes� et qu�il pr�cise que �les manifestations se sont g�n�ralement d�roul�es dans l�ordre� et que la police �n�a signal� aucun incident majeur( 28 )�.

Quelques journalistes admettent enfin que les m�dias officiels pratiquent syst�matiquement l�amalgame entre �anarchisme� et violence. Une journaliste de La Presse remarque dans un article qu�elle signe au sujet du premier Salon du livre anarchiste de Montr�al en 2000 que �l�anarchisme fait peur : associ� aux vitrines fracass�es et aux voitures renvers�es, le courant carbure pourtant � la libert� et � la non-violence(29).� Une de ses coll�gues admet � l�occasion de la couverture des manifestations contre le Sommet des Am�riques que les anarchistes sont pr�sent�s sous un angle �caricatur� et elle pr�cise que �le personnage le plus proche de cette caricature se retrouve probablement au sein de la CASA(30) ou de la CLAC(31). Il s�agit en fait de deux coalitions de groupes de gauche oppos�s au libre-�change, avec des ramifications chez certains anarchistes et autres militants r�volt�s contre le �syst�me�. Ce sont les purs et durs(32)�.

Les �anarchistes� ne sont pr�sent�s qu�en de tr�s rares occasions sous un angle plut�t favorable par des journalistes. C�est parfois le cas lors de la couverture du Salon du livre anarchiste. La Presse(33) qui couvre l��v�nement parle alors plut�t avec s�rieux de l�anarchisme, �voquant m�me les id�aux chers aux anarchistes. Le m�me journal offre en mai 2001 une s�rie d�articles sous le th�me �La nouvelle gauche�(34) et en juin 2004 un dossier �Qui sont les anars?�(35), o� des anarchistes prennent la parole et pr�sentent leurs id�es. En g�n�ral, pourtant, les anarchistes sont r�duits � l�image d�individus aux id�es inacceptables pour les �bons citoyens�. Le chroniqueur Yves Boisvert de La Presse se permet d�accuser les anarchistes d�incoh�rence tout en admettant : �je ne suis pas anarchiste. Comment peut-on l��tre quand on a des enfants � �lever ? Ce n�est pas un sport de famille, l�anarchie(36).� Pierre Foglia, lui aussi chroniqueur � La Presse, affirme en discutant des manifestations contre le Sommet des Am�riques que les �anarchistes [�] ne font pas toujours la diff�rence entre Robin des bois et Bakounine. M�me les plus document�s font commencer l�anarchisme avec Noam Chomsky qu�ils citent dans le texte(37)�. Sa coll�gue Lysiane Gagnon mentionne les m�mes manifestants qui �se disent anarchistes ! Un peu de lecture ne leur ferait pas de tort( 38 ).� Lorsqu�on accorde � l�anarchiste une pens�e politique, c�est donc pour ajouter qu�elle est incoh�rente ou mal inform�e(39).

Or quand on prend la peine de discuter et d��couter des anarchistes, voil� qu�appara�t une pens�e politique. Les journaux anarchistes, parce qu�ils sont pr�cis�ment des lieux o� des anarchistes font l�effort de pr�senter leur conception du monde, r�v�lent cette pens�e et les axes autour desquelles elle s�articule. Depuis 2000, plusieurs journaux anarchistes sont apparus au Qu�bec. J�ai analys�, quoique de fa�on plus superficiellement que Marc-Andr� Cyr pour les publications qu�il a �tudi�es, six journaux qui me paraissent importants : Le Trouble, Ruptures, Cause commune, La Mauvaise herbe, Anarkhia et Les Sorci�res (je suis d�sol� de ne pas avoir trait� d�autres publications, dont je n�ai pas connaissance, qui ne m��taient pas accessibles ou par manque de temps).

Le Trouble

Fond� en 2000, l��quipe pr�sente Le Trouble sur un ton ironique comme �un journal de propagande anarchiste autog�r�, qui est compos� d�individus louches, futiles et malveillants.� De tous les journaux discut�s ici, il est sans doute le plus important en raison de sa long�vit� (de 2000 � 2005), du nombre de ses num�ros ( 28 ) et de leur volume (parfois jusqu�� 16 pages). La �plate forme� du journal, reproduite en page �ditoriale de chaque num�ro, l�identifie comme �r�volutionnaire et anarchiste�, anticapitaliste, ath�e, antinationaliste et antipatriarcal. Ces enjeux ne se voient toutefois pas attribuer la m�me importance dans le journal, en termes d�espace et d�articles leur �tant consacr�s.

Le Trouble accorde une attention tr�s grande aux luttes socio�conomiques, dont les gr�ves et les arnaques des compagnies priv�es ou les politiques d�aust�rit� �conomique des gouvernements. Il y a peu de textes d�analyse conceptuelle, Le Trouble optant plut�t pour les discussions d��v�nements ou de dynamiques particuli�res, comme le ph�nom�ne de la gentrification et la construction de condos(40) ou l�agro-industrie(41). En toile de fond, Le Trouble adopte g�n�ralement l�approche de la lutte de classe(42) et propose une discussion sur l�origine de la classe moyenne(43). Quelques textes sont plus didactiques, expliquant l�anarchisme en g�n�ral(44), ou l�anarchisme au travail, illustr� par des exemples d�autogestion contemporaine en Argentine et ailleurs(45). � partir de 2003, des textes th�oriques sont publi�s dans la rubrique non r�guli�re �L�anarchie de A � Z�, d�butant par une pr�sentation de l�autogestion(46).

Le Trouble offre de nombreuses analyses de la politique internationale. Il s�agit par exemple de critiques des �lections am�ricaines dont George Bush sort vainqueur(47), des politiques imp�rialistes d�Isra�l et des �tats-Unis, dont l�invasion de l�Irak, mais le plus souvent de pr�sentations des luttes de r�sistance en Bolivie( 48 ), en Irak(49), au Venezuela(50), en Palestine(51) (dont l�Intifada(52)), au Bengladesh(53) et en Ha�ti(54). Le Trouble consacre �galement un article sympathique � la r�sistance Mohawk en r�gion montr�alaise(55). Suite � l�attaque a�rienne du 11 septembre 2001 contre les �tats-Unis, Le Trouble publie un texte incendiaire, au titre provocateur : �La destruction des �tats-Unis est indispensable au salut de l�humanit�. On s�y r�jouit de la frappe contre la superpuissance, tout en esp�rant que le peuple am�ricain profite de l�occasion pour renverser le pouvoir autoritaire (mais en pr�voyant que la propagande m�diatique d�tourne le peuple de cette direction)(56). Cet article lui vaudra d��tre abandonn� par leur imprimeur qui craint des probl�mes l�gaux en raison des lois �antiterroristes� et d��tre menac� par l��crivain r�actionnaire Maurice Dantec(57), qui est �pingl� r�guli�rement dans le journal pour ses accointances avec l�extr�me droite.

Le Trouble se rapproche quelque peu du style de Demanarchie dans son iconographie et ses propos au sujet des manifestations et de la r�pression polici�re. Les manifestations contre le Fonds mon�taire international (FMI) et la Banque mondiale � Prague le 26 septembre 2000 et la mobilisation contre le Sommet des Am�riques sont ainsi pr�sent�es comme des moments exaltants de la r�volte contre les �lites. Le Trouble appuie le principe du respect de la diversit� des tactiques, tel qu��nonc� par la Convergence des luttes anti-capitalistes (CLAC) en pr�vision des manifestations � Qu�bec, en avril 2001( 58 ). Le squat Overdale-Pr�fontaine (�t� 2001) est quant � lui pr�sent� comme un �laboratoire des principes libertaires(59)�. La r�pression contre le mouvement anti-mondialisation en particulier(60) et la r�pression polici�re en g�n�ral(61) sont r�guli�rement document�es et d�nonc�es.

Les �lections f�d�rales et provinciales sont autant d�occasions pour Le Trouble de critiquer le cirque �lectoral et d�appeler � l�abstention(62). La politique canadienne et qu�b�coise est �galement abord�e, lorsque des politiciens sont pris dans le trafic de la drogue, par exemple, ou quand ils prennent des d�cisions contestables. Contrairement aux journaux anarchistes des d�cennies pr�c�dentes, la �question nationale� est pratiquement absente des pr�occupations du Trouble, si ce n�est lorsqu�il d�nonce le Mouvement pour la lib�ration nationale du Qu�bec (MLNQ), dont les membres infiltrent des manifestations progressistes � partir de 2003. Le Trouble lance d�ailleurs un appel �pour l�expulsion du MLNQ des mouvements sociaux�(63).

De ces principes d�clar�s, Le Trouble accorde une place privil�gi�e � l�anarchisme, � l�anticapitaliste et � l�internationalisme, mais d�note un faible int�r�t pour la critique de la religion et du patriarcat, deux sujets auxquels il ne consacre que tr�s peu de textes. La culture est par ailleurs int�gr�e dans Le Trouble sous la forme d�entrevues avec des musiciens sympathiques, dont ceux de Jeunesse apatride, Ren� Binam�, Xplicit Noize, Beauty Dropout(64), UN1-T(65), et quelques recensions de livres(66). Enfin, une section r�dig�e par RASH (Red Anarchist Skinheads) pr�sente divers textes sur la musique, l�antiracisme et le mouvement skin d�extr�me gauche(67).

Apr�s voir tir� � 1000 exemplaires, Le Trouble se saborde en tant que journal sur support papier en 2005, sur un constat d��chec politique exprim� sur son site Internet, o� il entend continuer � vivre. L��quipe rappelle que le journal avait eu pour objectif � ses d�buts de rallier �les forces des propagandistes libertaires, autrefois �parpill�es � l�int�rieur de petits fanzines contestataires�, pour les fusionner �� l�int�rieur du Trouble pour accro�tre notre impact agitationnel. Comme on dit dans le monde merveilleux de la physique nucl�aire, l�union de plusieurs atomes l�gers � tr�s haute temp�rature donne un grand d�gagement d��nergie. Donc, Le Trouble est l��quivalent de la bombe thermonucl�aire sur le plan de l�agitation-propagande.� Or cinq ans plus tard, le collectif d�clare : �nous sommes forc�Es de constater que le but de rassembler les forces des propagandistes anarchistes a �t� un �chec. Nous sommes revenus au point de d�part, avec divers collectifs sortant leurs divers fanzines, quoique sur du plus beau papier. Nous esp�rons pouvoir continuer un travail de trouble-f�tes et de troublionEs.� Ce travail continue pour l�instant sur Internet.

Ruptures et Cause commune

La NEFAC s�est dot�e de deux publications, Cause commune, un journal de quelques pages distribu� gratuitement et r�agissant � l�actualit�, et Ruptures, une revue proposant des textes d�analyse. Selon la NEFAC, leur journal Cause commune est tir� � 3000 exemplaires. Les textes sont �galement disponibles sur le site Internet de la f�d�ration. Ce journal �se veut un tremplin pour les id�es anarchistes, en appui aux mouvements de r�sistance contre les patrons, les proprios et leurs alli�s au gouvernement.� On y retrouve une chronique au titre identique que dans Le Trouble, soit �L�anarchie de A � Z�, qui propose d�expliquer certains concepts d�un point de vue anarchiste, comme le f�d�ralisme (no. 6), la gratuit� (no. 7), l�homophobie ( no. 8 ) et l�individualisme (no. 9).

Cause commune traite principalement de l�actualit�, critiquant la farce �lectorale et la victoire du parti conservateur aux �lections f�d�rales de 2006( 68 ), ou encore l�approche consultative du gouvernement provincial de Jean Charest(69). Cause commune propose �galement une �chronique syndicale� et divers textes portant sur les strat�gies gouvernementales ou patronales pour faire reculer les acquis des travailleuses et travailleurs, mais aussi sur les luttes de r�sistance � dont les gr�ves � contre les employeurs. Quelques textes portent sur des mobilisations progressistes, comme celles de la Coalition avortons leur congr�s(70), sur la r�pression contre des immigrants et r�fugi�s, dont le cas de Mohamed Cherfi(71), sur des mouvements de r�sistance dans le monde, dont les zapatistes(72) et sur la nuisance du MLNQ(73). Quand l�urgence l�exige, la NEFAC produit Cause Commune plus rapidement, comme dans le cas de la gr�ve �tudiante de 2005 o� le journal prend l�allure d'un grand tract imprim� recto-verso.

La revue Ruptures appara�t pour sa part d�s son premier num�ro comme l�organe d�analyse th�orique � quoique pas toujours homog�ne � de la NEFAC et ses pages sont en principe ouvertes � des collaborations venant de l�ext�rieur de la f�d�ration. Ruptures propose d�entr�e de jeu un dossier sp�cial sur l�organisation et y d�fend le mode organisationnel adopt� par la NEFAC, soit la �plate-forme�, associ�e, entre autres, � Nestor Makhno. Le dossier comprend un texte manifeste : �Nous sommes plateformistes !�. � vocation � la fois programmatique et didactique, ce texte explique que �l� o� la plate-forme d�tonne vraiment�,

Citation:
c'est au niveau de ses propositions organisationnelles et des positions qui en d�coulent. [�] La Plate-forme propose plut�t �le ralliement des militants actifs de l'anarchisme sur la base de positions pr�cises: th�oriques, tactiques et organisationnelles, c'est-�-dire sur la base plus ou moins achev�e d'un programme homog�ne�. [�] La plate-forme postulait donc la n�cessit� d'une unit� th�orique et tactique, formul�e en un programme. Cette n�cessit� �tait rejet�e par les partisans de la "synth�se" qui soit n'en voyait pas l'utilit� (Faure) ou la croyait pr�matur�e et jugeait la m�thode propos�e par la plate-forme "m�canique" (Voline). [�] Dielo Trouda introduit ensuite un principe pourtant simple, la responsabilit� collective, mais qui a attir� les foudres des critiques. L'id�e de base de la responsabilit� collective c'est que �si nous acceptons collectivement des positions politiques et une ligne d'action d�termin�e, c'est pour que chaque membre l'applique dans son travail politique. De plus, en nous entendant sur un travail � faire et une fa�on de le faire, nous devenons responsables, les uns envers les autres, de son ex�cution. La responsabilit� collective, finalement, n'est rien d'autre que la m�thode collective d'action.� Cette id�e fut cependant attaqu�e comme �tant une volont� d'embrigader l'anarchisme militant, Malatesta allant m�me jusqu'� la comparer � la discipline de caserne. Pour faire tenir le tout ensemble, la plate-forme propose l'incontournable principe du f�d�ralisme, qu'on pr�sente comme �concili[ant] l'ind�pendance et l'initiative de l'individu ou de l'organisation, avec le service de la cause commune�(74).


Les critiques adress�es au plateformisme et bien connues de la NEFAC se r�activeront au Qu�bec, tout particuli�rement � pour ce qui est des journaux � au sein de La Mauvaise herbe, et dans une ampleur moindre dans Anarkhia, qui attaqueront explicitement ou non cette forme organisationnelle (d�bat dont je discute plus loin dans ce texte).

Chaque num�ro de Ruptures comprend un dossier sp�cial : sur le patriarcat (no. 2), sur les classes sociales (no. 3), sur le nationalisme, le racisme et l�extr�me droite (no. 4), sur les contre-pouvoirs (no. 5). Chaque dossier contient plusieurs articles qui abordent le sujet sous des angles diff�rents, soit en termes descriptifs et historiques, soit en termes plus analytiques. Le num�ro sur le nationalisme comprend ainsi des textes sur la tradition anti-imp�raliste et anti-fasciste chez les anarchistes, un portrait de l�extr�me droite au Qu�bec qui d�taille les liens historiques et actuels entre diverses personnalit�s et organisations, les liens entre le racisme et la lutte de classe et le racisme envers les communaut�s autochtones au Canada. Le num�ro sur les contre-pouvoirs discute de la gauche r�volutionnaire dans les mouvements sociaux et critique le film La Prise (sur l�autogestion d�entreprise en Argentine) ainsi qu�un num�ro de la revue Possibles sur l�autogestion. Pour accro�tre la diffusion, certains textes sont regroup�s et distribu�s sous forme de brochures, comme ceux sur la mouvance antif�ministe �masculiniste� (un sujet abord� dans le no. 5)(75).

Ruptures propose au fil de ses num�ros de suivre �les traces de l�anarchisme au Qu�bec�, � travers une s�rie d�articles historiques et un �petit lexique r�volutionnaire� offre des d�finitions de termes tels �classes�, �prol�tariat�, �r�volution�, etc. Divers livres sont recens�s, soit ceux de Normand Baillargeon, Noam Chomsky et Howard Zinn. Ruptures propose �galement � comme Le Trouble quelques ann�es plus t�t � une entrevue avec le groupe de musique Jeunesse apatride (dans son no. 5).

En g�n�ral, Ruptures et la NEFAC s�inscrivent dans un projet �r�volutionnaire(76)� et accordent �la primaut� [�] la lutte de classe dans la soci�t� en insistant sur �son r�le moteur dans le changement social(77)�. Cela dit, �lorsqu'il y a un syndicat en place il est souvent inefficace et/ou vendu aux patrons�. Cons�quemment, �l'auto-organisation sur le lieu de travail devient une n�cessit� et non plus seulement un choix strat�gique( 78 )�. L'auto-organisation sur le lieu de travail consiste premi�rement �

Citation:
se regrouper entre travailleurs et travailleuses pour discuter de ce qui se passe � job, [pour] ensuite �laborer ensemble une strat�gie pour faire valoir nos int�r�ts face � ceux des patrons et finalement c'est mettre en action nous-m�mes cette strat�gie. Concr�tement, �a consiste � ralentir le rythme de travail par des gr�ves du z�le ; �a consiste aussi en des actes de destruction de la propri�t� priv�e de nos boss par du sabotage. En bout de ligne, l'auto-organisation sur les lieux de travail m�ne � des gr�ves sauvages, des gr�ves contr�l�es par la base des travailleurs et travailleuses d�barrass�Es d'interm�diaires ind�sirables comme des bureaucrates syndicaux(79).


Ce discours ax� sur l�id�e d�une lutte de classe est parfois nuanc� par une approche inclusive, �notre classe(80)� comprenant des locataires, des femmes, des gens de couleur, des gais, des lesbiennes et des bissexuelles(81). Mais Ruptures tend � concevoir les conflits sociaux � travers le prisme binaire d�une lutte entre deux classes, affirmant par exemple l��inexistence de la classe moyenne(82)�, puisqu�il n�y a, au final, que deux camps oppos�s dans la lutte �conomique, les exploiteurs et les exploit�-e-s.

La Mauvaise herbe

De facture plus artisanale, La Mauvaise herbe se pr�sente sous forme de petite brochure comme une publication au rythme de parution al�atoire et qui regroupe diverses tendances : �anticivilisationiste, autonomistes, inssurectionistes, individualistes, �coanarchistes, anarcho-punks, anarcho-primitiviste, n�o-lutte de classiste, lutte contre les classes, luddistes, bior�gionalistes, situationistes et autres anarchistes sans �tiquettes(83).� Ce journal se positionne rapidement de fa�on critique face � l�approche plateformiste de Ruptures et de la NEFAC. Au-del� de ce diff�rend, les th�mes abord�s par La Mauvaise herbe contrastent avec ceux crois�s dans Le Trouble et Ruptures, deux publications qui accordent une grande importance aux enjeux socio�conomiques classiques et � la lutte de classe. La Mauvaise herbe consacre pour sa part de tr�s nombreux textes (en majorit� fran�ais, mais aussi anglais et espagnols) � discuter de l��cologie au sens large, soit de l��cologisme radical(84), de l�anarcho-�cologie(85), de la domination des �tres humains sur les animaux � travers la domestication(86) ou l��levage industriel(87). La Mauvaise herbe propose d�adopter la position du �biocentrisme�, c�est-�-dire une �th�orie morale affirmant que tout �tre vivant m�rite le respect moral( 88 )�. Cela dit, La Mauvaise herbe d�nonce la r�cup�ration de l��cologisme par la droite, dont le Front national de Jean-Marie LePen en France(89).

Proposant une �critique anarchiste de la civilisation(90)� dans l�esprit de John Zerzan, La Mauvaise herbe explique que la �nouvelle culture� �mergeant d�une �ventuelle r�volution biocentriste ne �va pas �tre un retour strict � la cueillette de nourriture, mais au moins, elle va restaurer la libert�, la naturalit� et la spontan�it� que nous avons �chang�e contre les artefacts de la civilisation, et elle peut inclure une nouvelle version de forme culturelles avec nos anciennes cultures(91).� En r�ponse � des critiques r�guli�rement �nonc�es contre l�anarchoprimitivisme, La Mauvaise herbe pr�cise qu�il ne faut pas croire que �les �tres humains sont fondamentalement bons [�]. Les qualit�s humaines changent selon l�environnement naturel et social. [�] La civilisation comme m�canisme r�pressif est devenue un traumatisme � chaque g�n�ration, pr�servant et r�g�n�rant sa base de r�pression et d�auto-r�pression psychosociale(92).� En termes de militantisme et d�agitation, l�attention se porte vers des groupes �cologistes radicaux et leurs actions directes(93), sur le n�oluddisme(94), voire sur les actes de r�volte d�animaux(95). La Mauvaise herbe s�oppose �galement � des projets d�autoroute � Montr�al et propose comme alternative une �le de Montr�al sans voiture, dot�e d��un syst�me de transport autonome et d�entraide�, avec des tramways, un r�seau de m�tro et de pistes cyclables �largi et une transformation de tous les espaces vacants en espaces verts(96).

Comme le journal H� Basta � une autre �poque, La Mauvaise herbe encourage les individus � pratiquer ici et maintenant un mode de vie plus �cologique, offrant des conseils au sujet de m�dicaments naturels, dont l��chinac�e(97), expliquant les vertus du pissenlit( 98 ) et proposant des recettes pour fabriquer son propre �shampoing maison�(99) et des �produits nettoyants �cologiques(100). On y croise aussi des critiques des compagnies qui font des profits en vendant aux femmes des tampons et des serviettes sanitaires dangereuses pour leur sant�, en raison de leur saturation en produits chimiques, dont le chlore(101).

Quelques textes portent sur la politique internationale, dont des critiques d�Isra�l qui profite de la �complicit� �tats-unienne�(102) et du �Plan Colombie� des �tats-Unis qui rel�ve d�une volont� n�ocoloniale(103). Un auteur de La Mauvaise herbe partage �galement ses r�flexions sur les squats en Europe, suite � un s�jour qui l�a conduit dans plusieurs d�entre eux(104), ce qui s�inscrit en continuit� des r�cits sur le squat d�Overdale � Montr�al publi�s au cours de l��t� 2001(105).

Le journal compte aussi des critiques de Marx(106) et du mao�sme au Qu�bec(107), du spectacle �lectoral( 108 ), de l�exclusion sociale des autochtones(109), de l�homophobie(110) et de la non-violence dogmatique de certains groupes militants(111). Des manifestations sont annonc�es, dont les manifestations contre la brutalit� polici�re du 15 mars, une �simulation de Black Bloc� contre une �Simulation de l�OMC au HEC�, le 8 f�vrier 2002, une masse critique � v�lo et des projections de films. La Mauvaise herbe propose enfin r�guli�rement des po�mes.

Anarkhia

Sous la forme d�un petit bulletin d�information d�une dizaine de pages, Anarkhia est un journal anarchiste qui se pr�sente dans son bloc technique en faveur de l��organisation horizontale, non-hi�rarchis�e, pour la d�mocratie directe. Pour l�autogestion et l�autonomie organisationnel. Pour l��galit� �conomique et sociale donc contre le capitalisme et l�imp�rialisme. Pour l�humanisme radical et contre les �cocides. Pour l�anarchie mondiale et contre l�alli�nation religieuse.� S�inscrivant dans la tradition du Trouble, mais en rupture avec la NEFAC, Anarkhia d�clare �tre ouvert �� toutes les �coles de pens�es anarchistes reconnus.�

Chaque num�ro comprend la pr�sentation d�un penseur anarchiste, comme �lis�e Reclus(112), S�bastien Faure(113), Errico Malatesta(114), Ricardo Flores Magon(115), Louise Michel(116) et r�guli�rement des textes sur l�origine anarchiste de la f�te des travailleurs du 1er mai(117). On cherche � y faire conna�tre les activit�s d�anarchistes locaux, par une entrevue par exemple avec des membres du D.I.R.A.( 118 ), on y critique la r�pression polici�re(119), le budget militaire des �tats-Unis et la conqu�te am�ricaine de l�Irak(120). Anarkhia est le seul journal, � ma connaissance, qui d�taille une critique de l��gisme, soit �la discrimination fond�e sur l��ge(121)�, tout en proposant de surmonter cette fausse division bas�e sur la date de naissance des individus et de ne pas se laisser pi�ger par la �lutte des �ges� et les rivalit�s interg�n�rationnelles.

Les Sorci�res

Journal � parution al�atoire produit par un collectif du m�me nom, Les Sorci�res s�identifie en page couverture comme un �Collectif de f�ministes radicales contre le patriarcat, le capitalisme et l��tat�(122). S�il ne se revendique pas toujours explicitement de l�anarchisme, on y retrouve le symbole de l�anarchisme (le �A� cercl�) en toile de fond du premier �ditorial qui mentionne les �bases libertaires� du collectif(123). Les membres du collectif participent r�guli�rement aux activit�s du mouvement anarchiste, organisant des lancements � la coop�rative du Caf� Chaos (2 mai 2000, 9 mai 2001), tenant kiosque au Salon du livre anarchiste o� elles pr�sentent des ateliers sur la langue macho et le patriarcat dans le mouvement militant (mai 2000) et sur le couple (mai 2006). Elles ont �galement organis� la Rencontre de f�ministes radicales � Montr�al en collaboration avec le groupe d�affinit� N�m�sis (f�vrier 2003)(124) et elles s�adressent sur un mode critique aux anarchistes pour d�noncer l�incoh�rence de leur position antipatriarcale. Dans leur premier �ditorial, Les Sorci�res expliquent d�ailleurs qu�elles doivent lutter contre �l�oppression des femmes [�] m�me � l�int�rieur du milieu militant� et que leur collectif est compos� de �certaines femmes de la gauche militante [qui] ont jug� bon de se rassembler(125).�

Il me semble donc logique d�inclure le journal Les Sorci�res dans ce survol des publications anarchistes. Marc-Andr� Cyr nous indique d�ailleurs dans son �tude que plusieurs des journaux dont il discute sont port�s, au moins en partie, par des f�ministes, comme La Nuit, o� elles se retrouvent aux cot�s de syndicalistes et de �personnes actives dans les regroupements de quartiers�. D�autres journaux, comme Rebelles, �taient fond�s et per�us comme un lieu de convergence entre diverses tendances, incluant le f�minisme. Rebelles pr�cisait d�ailleurs que le f�minisme et l�antipatriarcat rel�vent d�une logique sp�cifique : �Il serait na�f de croire qu�il suffit de mettre fin au capitalisme pour mettre fin � l�oppression des femmes. Le patriarcat est profond�ment ancr� dans notre soci�t� et ne peut �tre extirp� sans une r�elle et profonde volont� de changer nos valeurs, nos conditionnements, notre quotidien.� Ce qui est vrai pour les journaux anarchistes entre 1976 et 2000 l�est aussi pour ceux de 2000 � 2006 : ils se d�clarent g�n�ralement en lutte contre le patriarcat, � tout le moins dans leurs principes de base.

Le journal Les Sorci�res compte surtout des articles d�analyse et d�opinion, mais aussi des illustrations et des po�mes. Le premier num�ro non dat� pr�sente un texte sur une action contre un �glise, men�e par le collectif et des alli�-e-s le 7 mars 2000. On y critique aussi la Marche Mondiale des Femmes, lui reprochant son approche de concertation et affirmant que �la lib�ration des femmes ne se fera pas par les mains de l��tat(126)�. Le journal aborde un ensemble de probl�matiques, dont les liens entre le sexisme et le racisme(127), le sexisme de la psychologie officielle et les alternatives de l��intervention f�ministe� dans le domaine( 128 ), la socialisation des m�les(129), le mouvement antif�ministe �masculiniste�(130) et l�in�gale r�partition du travail domestique (avec une affiche en pages centrales intitul�e : �Nous ne sommes pas des bonnes-�-tout-faire�, et en sous-titre : �Ce n�est pas seulement les mentalit�s qu�il faut changer mais la pratique !�)(131). L�implication de l��glise et de l��tat dans le contr�le, l�oppression et l�exploitation des femmes est analys�e et d�nonc�e de fa�on r�currente. Au fil des num�ros, le journal propose des dossiers sur la prostitution(132), la pornographie(133), le contr�le du corps des femmes et les mutilations sexuelles(134).

Les Sorci�res s�identifient � travers leur journal � divers mouvements de contestation et consacrent plusieurs textes aux mobilisations contre le Sommet des Am�riques(135), avec � l�appui une illustration d�une catapulte avec comme projectile la t�te de Fran�oise David, ex-pr�sidente de la F�d�ration des femmes du Qu�bec et porte-parole du Sommet des peuples (un groupe s��tait pr�sent� avec une catapulte projetant des ours en peluche � la manifestation radicale de la CLAC contre le Sommet des Am�riques, et Fran�oise David avait pour sa part d�nonc� la �violence� des manifestants anticapitalistes). Les Sorci�res d�noncent la r�pression polici�re et le sexisme des policiers et discutent �galement des actions f�ministes sur diff�rents fronts de lutte, dont le droit au logement(136).

Le journal pr�sente aussi divers courants f�ministes(137), l�histoire de la Journ�e internationale des femmes du 8 mars, lanc�e en 1908 par des militantes d�extr�me gauche en Europe, et des portraits de groupes de f�ministes radicales, dont Riot GRRRL( 138 ) et les Rote Zoras, un groupe cr�� dans les ann�es 1970 en R�publique f�d�rale allemande et qui pr�nait la lutte arm�e. Ce groupe a incendi� en 1977 les bureaux du Conseil de l�ordre des m�decins pour contester leur position sur une approche plus restrictive du droit � l�avortement et il a lanc� des frappes contre des sex-shops et pos� des bombes contre des compagnies de textiles exploitant les travailleuses dans les pays asiatiques(139). Si un journal comme La Mauvaise herbe discute des squats europ�ens en g�n�ral, Les Sorci�res offrent quant � elles des informations sur des squats sp�cifiquement f�ministes et non-mixtes en France.

Trois d�bats : l�organisation, la lutte de classe et le patriarcat

L��tude de Marc-Andr� Cyr r�v�le que les journaux anarchistes engagent entre eux explicitement ou implicitement des d�bats. � l��poque analys�e par Marc-Andr� Cyr, les d�bats portent par exemple sur la position � adopter lors des r�f�rendums au Qu�bec, ou encore sur la port�e du syndicalisme �tudiant et ouvrier. Pour la p�riode que j�ai �tudi�e, un d�bat divise divers journaux au sujet de la meilleure forme organisationnelle que devraient adopter les anarchistes pour maximiser leur efficacit�. L�importance de ce d�bat, qui s�incarne aussi au sein des groupes et dans des discussions pol�miques informelles entre militant-e-s, s�explique sans doute en partie par une sorte de renouveau de l�anarchisme depuis 2000, qui a men� � la formation de nombreux groupes se r�clamant de l�anarchisme, mais fonctionnant selon des structures distinctes.

Comme indiqu� pr�c�demment, la NEFAC fait la promotion � travers Ruptures du mode d�organisation �plate-formiste�, mais d�clare du m�me souffle � avec un brin d�autocritique � �tre d��ue des anarchistes qui n�adoptent pas leur point de vue :

Citation:
Une des erreurs des premiers 'plateformistes' fut, paradoxalement, d'avoir plac� trop d'espoir dans le mouvement anarchiste existant. En effet, ils et elles �taient persuad�Es pouvoir rallier la majorit� des militantEs � leurs conceptions. Peut-on r�ellement se surprendre, �tant donn� les attaques virulentes que contient la plate-forme, que �a n'ait pas march�? Pourtant, m�me aujourd'hui, c'est un pi�ge dans lequel l'on tombe encore facilement. La NEFAC n'y a pas �chapp�. Nous avons pass� un temps consid�rable � discuter et tenter de convaincre les militantEs de notre r�gion. Force est de constater que �a n'a pas march�... Est-ce un mal? Pas s�r. En effet, eut �gard � ce qui se fait concr�tement � et non pas seulement ce qui se dit �, il est loin d'�tre certain que l'avenir de l'anarchisme r�volutionnaire r�side dans les militantEs anarchistes. Peut-�tre que si les anarchistes cessent d'essayer de se convaincre les uns les autres, ils auront plus de temps � consacrer au reste de la population? Pour notre part, nous avons pris le parti d'ent�riner le fait tout simple de la division de notre mouvement et nous avons d�cid� �d'arr�ter d'en parler et de commencer � le faire�(140).


La Mauvaise herbe se d�clare pour sa part ouvertement contre la plate-forme(141), n�h�sitant pas � publier une caricature pol�mique d�une famille pr�historique intitul�e �homo plateformis, le cha�non manquant ?�. �Formons des comit�s, adoptons une plateforme, nous avons besoin d�une organisation��, y affirme le personnage paternel, une d�claration qui se voit qualifi�e d�une phrase assassine : �papa recommence � d�lirer�(142). La tension qui fracture les groupes et journaux anarchistes au sujet du mode d�organisation se double d�un clivage quant � la priorit� de la lutte. La Mauvaise herbe s��l�ve contre une approche militante par trop ax�e sur l�enjeu de la lutte de classe et par trop obs�d�e par l��ouvri�risme�. Il y a ici des �l�ments de convergence qui c�toient des points de divergences entre La Mauvaise herbe et la NEFAC. La Mauvaise herbe d�clare que dans �une soci�t� industrielle en expansion, le syndicalisme passe d�un instrument de lutte � un instrument supportant la structure de production elle-m�me(143)�, ce qu�admet la NEFAC dans des textes publi�s dans Cause commune. Mais puisque la NEFAC se pr�sente n�anmoins comme participant de la tradition de la lutte de classe, la critique de La Mauvaise herbe du �mouvement lutte de classiste(144)� ne peut �tre tout � fait innocente, surtout lorsque ce journal insiste pour condamner l�ouvri�risme, cette �attitude de ceux qui consid�rent les ouvriers comme seuls qualifi�s pour diriger un mouvement de tendance socialistes�, une posture associ�e au �communisme autoritaire(145) � [je souligne].

Dans le texte �Guerre sociale et la question de classe�, La Mauvaise herbe enfonce le clou et reproche aux �luttes de classistes� d�oublier �souvent que la classe ouvri�re n�est pas la seule � �tre opprim�e, et qu�on retrouve souvent plusieurs d�fenseurs du syst�me dans la classe ouvri�re(146).� Au contraire, souligne La Mauvaise herbe, �la diversit� de forme de luttes, par affinit�, [�] encourage un �panouissement complet de l�individu dans la communaut�(147).� La Mauvaise herbe propose enfin une analyse originale de la structuration en deux classes sociales antagonistes, affirmant que les �classes sociales sont un fruit de la volont� de domination et elles continuent d��voluer en s�adaptant � une nouvelle l�gitimation de l�ordre social �tabli( 148 ).�

Pour �tre en phase avec la complexit� et le pluralisme social et politique, La Mauvaise herbe propose un r�seautage anarchiste hors du syst�me capitaliste, sur des bases affinitaires. L�organisation �voqu�e doit �tre flexible et compos�e de cellules de base, �n�ayant pas les caract�ristiques de structures syndicales [�](149).� Les cellules seront autonomes de �toutes forces politique, d�unions ou syndicales, participeront au �conflit permanent��, soit en agissant �chaque fois� qu�il est possible �dans tous les aspects de la vie�, en mode offensive, c�est-�-dire par �le refus de compromis - le plus souvent possible au moins(150)�. On retrouve ici le fonctionnement par �groupe d�affinit�, un mode d�organisation introduit � la fin du XIXe si�cle par des anarchistes en Espagne(151).

Pour La Mauvaise herbe, �l�affinit� entre individus ne d�pend pas de la sympathie ou du sentiment. Avoir de l�affinit� signifie avoir la connaissance de l�autre, conna�tre comment pensent-ils, o� elles s�orientent sur les questions sociales et comment pensent-elles ou ils, qu�ils ou elles peuvent intervenir dans l�affrontement interne(152)�. Enfin, La Mauvaise Herbe se pr�sente comme �une coalition d�individus et de groupes d�affinit�s qui ont trouv� des int�r�ts � se r�unir(153)� et encourage �l�organisation informelle(154)� et la �diversit� anarchiste� par opposition � l��anarchisme monolithique(155)�.

Anarkhia prend �galement position dans ce d�bat au sujet de l�organisation, s�affirmant

Citation:
par sa nature m�me synth�siste, car il a �t� fond� par des personnes issues de diff�rentes �coles de pens�e anarchistes. De ce fait, Anarkhia est ouvert � toutes les �coes de pens�es reconnues. Par �cole reconnue, nous d�signons l�anarcho-communisme, l�anarcho-�cologisme, l�anarcho-syndicalisme, l�anarcho-punk, etc� Nous rejettons certaines �coles car elles sont des non-sens par exemple l�anarcho-capitalisme ou l�anarcho-nationalisme. Malgr� nos petites diff�rences li�es � nos �coles respectives, nous oeuvrons ensemble dans un but commun, celui de combattre l��tat et le capitalisme par la r�volution(156).


Retra�ant comme l�avait fait Ruptures l�histoire de la tradition plateformiste, Anarkhia l�oppose � l�approche synth�siste, propos�e par S�bastien Faure et Voline, puis reprise de fa�on explicite par la F�d�ration anarchiste en France et de mani�re implicite par la Convergence des lutte anti-capitalistes (CLAC) � Montr�al. L�approche synth�siste cherche � regrouper les diverses tendances anarchistes au sein d�un m�me mouvement ou d�un m�me r�seau. Anarkhia mentionne que son collectif a �t� confront� au sein de la CLAC par des membres de la NEFAC en raison m�me du principe plateformiste de �responsabilit� collective�(157), suite � une manifestation o� quelques membres d�Anarkhia auraient agit de malheureuse fa�on. Anarkhia conclu par un appel au dialogue et au rapprochement, d�clarant que les �partisans de la plate-forme et ceux de la synth�se ont focalis�s sur les divergences qui les opposaient. Ils ont ainsi �vit� de constater certains points essentiels qui les unissent et sont ainsi pass�s � c�t� du v�ritable d�bat. [�] L�urgence est de cultiver, dans nos t�tes et dans nos actes, une conception de la diversit� qui ne soit pas sectaire( 158 )�.

La Mauvaise herbe s��l�ve contre l�approche synth�siste, quoique pas aussi r�guli�rement que contre le plateformisme. Dans un article intitul� �Au-del� de la structure synth�siste�, il est affirm� que la �synth�se devient contr�le(159)� lorsqu�un groupe qui propose une telle approche a �comme objectif d�amener la lutte [sociale] dans son projet de synth�se, plut�t que l�inverse, c�est-�-dire d��laborer une structure coh�rente avec la lutte telle qu�elle existe et la pousser ainsi vers sa r�alisation insurrectionnelle. L�un des objectifs principaux est la croissance quantitative des membres [�] en oubliant le respect de la diversit� r�elle du mouvement(160).�

Si je peux me permettre quelques remarques personnelles, ind�pendamment de la qualit� des journaux discut�s, il me semble �vident que certaines personnes dans chaque camp adoptent dans ce d�bat des postures dogmatiques et jouent de processus d'exclusion qui encouragent la fragmentation au sein du mouvement. J�ai ainsi assist� � de tr�s nombreux d�bats qui ressemblaient � des dialogues de sourds au sujet de la meilleure forme d�organisation pour parvenir � la �r�volution�. Or je ne crois pas que le mouvement anarchiste en Occident et au Qu�bec soit dans un contexte pr�r�volutionnaire qui justifierait de tels clivages. Je pense aussi qu�il y a un risque d�aveuglement volontaire � consid�rer la r�volution comme la simple cons�quence d�une meilleure organisation militante. Dans l�histoire, la plupart des r�volutions ont �t� avant tout le r�sultat d�un affaiblissement de l��tat et des �lites suite � une guerre internationale qui tourne � la d�b�cle, � un crise financi�re majeure ou � des rivalit�s fratricides entre �lites qui minent la stabilit� du syst�me. C�est d�ailleurs bien plus en raison de probl�mes de cette sorte que parce que les mouvements radicaux avaient adopt� une organisation ad�quate que des moments r�volutionnaires ont eu lieu dans les ann�es 1990 et 2000 au Mexique, en Argentine et en Bolivie. Sans de tels probl�mes minant l��lite, on peut r�ver sans fin de la r�volution sans jamais en voir m�me le d�but du commencement, quelque soit l��efficacit� de notre organisation militante(161).

Si de tels propos peuvent sembler d�sesp�rants, ils ont en fait pour objet d�encourager une certaine lucidit� politique au-del� du plaisir que je partage � me laisser bercer par les mythes r�volutionnaires lyriques. Il importe, selon moi, de porter son attention sur les possibilit�s r�elles du moment pr�sent et donc d�accepter que toutes et chacun puissent s�engager dans des luttes de r�sistance et dans des formes de contestation selon des modes organisationnels qui refl�tent leur sensibilit� politique � court, moyen ou long termes. J�ai pour ma part milit� aupr�s d�individus et d�organisations avec lesquels je n��tais pas en parfaite symbiose id�ologique, parce que la convergence m�appara�t plus importante, plus stimulante et plus efficace que le refus de collaboration pour d�saccord id�ologique. Comme le dit la Curious George Brigade dans son livre Anarchy in the Age of Dinosaurs :

Citation:
[l]es anarchistes ne devraient pas se consid�rer les uns les autres comme des ennemis ou des concurrents potentiels [�]. Avant d��tre obs�d�s par l�id�e d�atteindre des organisations ext�rieures au mouvement, ou les masses d�politis�es de la classe ouvri�re, ou quiconque hors de nos communaut�s anarchistes, nous devrions apprendre en priorit� � �tablir des liens entre nous fond�s sur la solidarit�, l�aide mutuelle, la compr�hension et le respect. [�] Nous n�avons pas besoin d�unit� en th�orie, mais de solidarit� en pratique. [�] Le sectarisme m�ne directement � l�autoritarisme, puisque sit�t qu�on s�identifie � l�anarcho-secte respectable, tous les autres ont tort. [�] Il est plus facile pour nous de s�attaquer les uns les autres que de d�truire l��tat(162).


Ainsi, je consid�re l�gitime que certains anarchistes jugent n�cessaire de s�engager aupr�s des salari�-e-s, d�autres aupr�s des �tudiant-e-s, des femmes, des immigrant-e-s jug�-e-s �ill�gaux� par l��tat, des animaux menac�s. Je trouve aussi pertinent que des anarchistes s�inspirent du plateformisme, d�autres du synth�sisme, d�autres encore de l�affinitaire, dans la mesure o� ces formes d�organisation leur semblent plus adapt�es � leur objectif, � condition que cet objectif ne soit pas, justement, d�imposer leur mode d�organisation partout o� s�inscrit leur engagement. Il me semble donc important de pratiquer un respect de la diversit� des tactiques, tout autant qu�un respect de la diversit� des strat�gies et des formes organisationnelles, plut�t que de consacrer temps et �nergie � critiquer les autres parce que leur priorit� ne nous semble pas r�ellement prioritaire et leur mode d�organisation ne nous parait pas adapt� � un objectif �r�volutionnaire�. Cela dit, le d�bat au sujet de l�organisation s�enracine � la fois dans une r�flexion qui traverse l�histoire anarchiste et dans des dynamiques concr�tes o� des individus et des groupes se pensent ou se savent en rivalit� politique. Le d�bat est donc important, comme l�indique la lecture de divers journaux, d�autant plus que les divergences d�opinions quant � la meilleure forme d�organisation ou � la lutte prioritaire peuvent aussi provoquer des rapports de force au sein m�me du mouvement, comme c�est le cas par exemple au sujet du patriarcat.

Les journaux discut�s ici s�identifient tous � la lutte anti-patriarcale, mais force est de constater qu�ils accordent � sauf, bien s�r, Les Sorci�res � une place tr�s limit�e � cet enjeu, en comparaison aux autres th�mes abord�s. La Mauvaise herbe propose un article intitul� �L�anarca f�minisme et une petite critique du f�minisme marxisme(163)�. On y affirme que les �f�ministes radicales voient la racine, l�origine de l�oppression des femmes dans un syst�me qui existe depuis des si�cles, des mill�naires et qui s�appelle patriarcat. Leur objectif n�est pas de remplacer le syst�me patriarcal par un matriarcat�, car elles veulent plut�t �l��galit�, pas la domination�, pour reprendre le slogan d�Emancypunx, un groupe polonais anarca-punk, anti-viol de Varsovie(164). Dans Anarkhia, on compte pour six num�ro un seul article sur les femmes (contre la religion)(165) et une page couverture frapp�e du slogan : �Luttons contre toutes formes de violence faites aux femmes(166)�.

Ruptures consacre sans conteste plus d�espace � r�fl�chir au patriarcat, abordant ce th�me de fa�on autocritique d�s son premier num�ro dans son texte programmatique sur la plate-forme, o� il est not� que la premi�re pr�sentation de l�approche plateformiste dans les ann�es 1920 :

Citation:
se d�marque d'avec l'anarchisme traditionnel [�] sur la question du patriarcat, et c'est, malheureusement, pour enregistrer un recul marqu�. En effet, aucune des questions li�es au patriarcat - que ce soit l'oppress

Note : "Trouver sur le forum de Hors d'Oeuvre"

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