Le texte que nous proposons au lecteur, ci-dessous, est la reproduction in extenso de celui publi� en 1973 par les Editions Syndicalistes.
Le portrait de Han Ryner est clich� d�apr�s un bois de Gabriel Belot.
Groupe Maurice-Joyeux
l. � Pr�sentation
Il n�est pas paradoxal qu�un th�oricien de l�individualisme ait pu �tre �nergiquement m�l� au mouvement social. Ce serait m�conna�tre les aspects divers qu�� pu prendre l�individualisme, se tromper sur les significations du mot, pour en faire un �pouvantail. Certains ne veulent pas aller voir ce qui peut se cacher derri�re une d�claration de principe et rejettent tout d�avance.
A ceux qui veulent s�informer, je voudrais montrer ce que furent les positions d�un individualiste, essayer de comprendre comment se tiennent dans une t�te claire les pens�es et les d�cisions d�action. Je pr�ciserai des comportements aujourd�hui peu connus.
On peut relever ce qui demeure de g�n�ral dans une conception particuli�re. J�expliquerai qu�un homme qui a pens� avec lucidit� et libert�, qui a exprim� sa pens�e en toute ind�pendance, conserve une valeur durable. L�expression de cette pens�e sur les choses contemporaines rend un son �trangement actuel dans les �v�nements auxquels nous sommes m�l�s.
La constance dans les manifestations du caract�re humain est relative � la structure de l�esp�ce, qui n�a gu�re vari� depuis les temps historiques, autant qu�on puisse se fonder sur les documents qui nous sont parvenus. Ce ne peut �tre qu�ignorance et na�vet� de croire que la mani�re dont se comportent les hommes d�aujourd�hui est chose sans pr�c�dent. Cela ne doit pas faire d�sesp�rer de tout progr�s social, mais, au contraire, nous instruire de ce qui est foncier et nous obliger � chercher des moyens efficaces de transformation. Les structures de pens�e et de mentalit� persistent, se renouvellent, retrouvent leurs types et leurs formes caract�ristiques � travers les soci�t�s. Il n�est pas vain d�y consacrer des �tudes.
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Je prends Han Ryner en exemple. La raison en est que je le connais bien. Je me suis �tonn� qu�on l�ait peu consid�r� au point de vue de ses relations avec le social environnant. Moi-m�me j�avais cherch� plut�t � d�gager son apport philosophique et litt�raire. La vari�t� de ses r�flexions a fait n�gliger les liaisons profondes qu�elles ont eues avec son attitude, avec ses interventions pratiques. Un r�sum� que j�esp�re suffisant tentera d��clairer les relations qui existent entre le caract�re, les sentiments, la philosophie, aussi bien que la situation de l�individu Han Ryner au sein de la soci�t�.
L��uvre de Han Ryner porte sur des notions essentielles au devenir de l�homme. C�est � elle qu�il faudra, bien s�r, se reporter. Les questions qu�il a pos�es sont loin d��tre aujourd�hui toutes r�solues. Il est certain que depuis qu�il a tent� de d�brouiller les �cheveaux traditionnels, d�en montrer des absurdit�s insupportables � des esprits et des c�urs bien faits, que des points ont �t� sentis avec plus d�acuit� et avec une conscience plus large, reconnaissons donc ce qu�on lui doit effectivement.
Dans chaque probl�me, on devra souligner l��poque o� Han Ryner a pris ses positions, ainsi que les conditions dans lesquelles ses propositions ont �t� �mises. Je donne des rep�res � ceux qui cherchent une v�rit� sans confusion en datant quelques textes et quelques attitudes. D�autres pourront relever avec plus de rigueur les faits et les correspondances, mettre en parall�le les inqui�tudes pr�sentes avec les pr�occupations d�hier. Je tente de fournir les �l�ments premiers aux chercheurs d�histoire non officielle, et d�inviter � une r�flexion d�barrass�e de pr�jug�s pour un travail utile et qui doit �tre fait.
Je crois que des jeunes seront �tonn�s de rencontrer, je ne dis pas des r�ponses � leurs besoins d�information, mais de fraternelles incitations � trouver leur propre solution. Elles vont dans le sens des contestations qui � enfin ! � se sont fait place dans ce qu�ils revendiquaient depuis qu�ils ont reconnu que les vieux enseignements et les m�thodes d�enseignement �taient p�rim�s, qu�il fallait acc�der � d�autres proc�d�s d��veil, et qu�il fallait inaugurer des formes nouvelles de vie.
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Han Ryner, du moins une fois les exp�riences de jeunesse effectu�es, ne s�est pas manifest� en des appartenances partisanes ou politiques, mais d�abord par la solidarit� avec des individus. Il a rejet� tout ce qui lui semblait fronti�res et traditions. Au seul individu en son unicit� irrempla�able il d�f�rait la valeur. Il ne voulait voir que l�homme, non les fonctions.
Sa philosophie libertaire �carte les juridictions ext�rieures, l�appareil d�Etat, les lois positives. Il n�a pas imagin� que ce syst�me puisse �tre aboli par la violence.
Il appelle � la r�volution int�rieure ; volont� de r�aliser son individualit�, de se d�gager, de se faire, de trouver la sant� morale � disons plut�t, comme lui, �thique � par l�accord de soi dans la raison, le c�ur et l�action. Ne faudrait-il pas dire : sa raison, son c�ur, et son action propre ?
D�pouill�e des �ducations traditionnelles, la conscience est le domaine o� l�individu est ma�tre de lui, o� nul ne peut le remplacer.
Han Ryner recourt � une sagesse �quilibr�e (peut-elle ne pas l��tre ?), non pas th�orie venue du dehors, mais pens�e passionn�ment poursuivie. Il se rattache aux sagesses antiques, � leurs sources, aux constantes humaines, au tr�sor des acquisitions morales dans leur universalit�, mais adapt�es aux possibilit�s pr�sentes.
Il applique ses r�gles de vie personnelle � une coop�ration o� il recherche l�efficacit�. Dans l�incertitude du moment, il pratiquera souvent la vertu d�abstention. Cette retenue ne manque aucunement d��nergie. Elle porte son effort en toute lumi�re, quand il est assur� de pouvoir aller sans d�faillance jusqu�au bout.
On ne demandera pas � tous de monter sur les sommets. Il est permis de se contenter de sagesses moins �pres que le pur sto�cisme. Le sourire et la tendresse engagent sur des chemins o� la simple nature permet d��panouir des fleurs diversement color�es et nuanc�es � jusqu�aux finesses d�une casuistique qui s�accorde un comportement sinc�re.
La vie d�une pens�e ne se fige pas en formules, n�arr�te pas sa marche en avant, dans le fr�missement d�une sensibilit� toujours �mue sous la s�r�nit� apparemment conquise.
Cela dit, voyons l�homme en action. Nous examinerons ensuite les liaisons de sa pens�e avec, si l�on peut dire, la th�orie de son action.
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II. � Un jeune homme pauvre...
Notons son nom familial : Henri Ner. Jeune homme pauvre, avec les sacrifices que l�on devine, il a pr�par� la licence de philosophie. Son enfance fut d�abord berc�e par la vieille chanson o� s�est endormi l�esprit occidental. Elev� chr�tiennement, il croit �prouver la vocation religieuse. Il entre tr�s jeune pour y pers�v�rer dans plusieurs maisons eccl�siastiques. L�atmosph�re qu�il va y respirer ne convient pas � son besoin de rectitude sans accommodements. Une douloureuse crise sentimentale l�arrache d�finitivement aux adorations pieuses : la mort brutale de sa m�re �cras�e par un train alors qu�elle se rendait � la messe de No�l.
La r�action anti-cl�ricale qui se produit en lui le fera un moment s�orienter vers la Franc-ma�onnerie. Elle ne r�pond pas non plus � ses exigences morales et intellectuelles.
En sa jeunesse provinciale il reste r�publicain. Il incline vers un socialisme. Les injustices entre les conditions ne sont-elles pas r�voltantes ? Il cherche les moyens de lutter contre la mis�re. Il croit trouver quelques solutions pratiques imm�diates. Dans un livre �crit en collaboration avec son ami Emile Saint-Lanne, qui, d�abord, avait donn� � ses propos ce titre : La lutte pour la vie, quelque peu darwinien, il substituera le titre : La Paix pour la Vie (1892). Ils pr�conisent comme mesure d�application directe la socialisation du pain. Peu de temps apr�s, l�id�e sera reprise par Victor Barrucand dans Le Pain gratuit, et Pierre Kropotkine
s�y int�ressera.
On retrouve les pr�occupation d�Henri Ner dans les livres qu�il publie � cette �poque. D�bordant le cadre litt�raire, ils soutiennent des th�ses. L�Humeur Inqui�te (1894) combat la clause de la loi qui emp�che encore deux �poux divorc�s de se remarier ensemble. La pr�face � un livre de vers : Les Chants du divorce (1892) est un manifeste du �symbolisme social�. C�est que l��cole symboliste vient de na�tre en litt�rature. Ce qui meurt (1893) se sous-titre �roman social�. La pr�face plus ou moins proph�tique sur les �poques et les auteurs, est un acte de foi, Henri Ner brandit un �tendard politique de g�n�rosit�, annonce l��tude des diverses couches de classes : apr�s �l�aristocratie �puis�e�, viendra �la bourgeoisie malthusienne�, puis, le �grand meurtri�, le peuple �cras� sous les fatalit�s. La Folie de mis�re (1895) condamnera le r�gime subi par les pauvres sur un exemple �clatant. Il s�inspire du drame r�cent de Puy-Imbert (1889) o� une folle �trangla ses cinq enfants.
A cette �poque, Henri Ner est f�d�raliste, dans une tendance r�publicaine qui ne renonce pas � l�unit� fran�aise et s�oppose aux f�d�ralismes monarchistes exprim�s par Charles Maurras. Il s�est int�ress� au mouvement f�libr�en, proche par ses id�es du grand po�te de langue d�oc F�lix Gras, l�auteur des Rou�es du Midi. Il traduit des �crivains proven�aux, collabore avec Alphonse Daudet pour publier en version fran�aise les proses sensibles de Baptiste Bonnet, le petit berger de Provence : Vie d�enfant, puis le Valet de ferme.
Alors qu�il �tait � Sisteron, en 1884, avec quelques amis, il s��tait d�vou� pour aller soigner les chol�riques, enterrer les morts, au petit village des Omergues.
A Sisteron et � Paris il voit Paul Ar�ne. Il va � Champrosay chez Alphonse Daudet, s�y trouve en face de Goncourt et d�Emile Zola. Il c�toie de grands bourgeois, comme Paul Deschanel, d�put� de Nogent-le-Rotrou (lui, est professeur au coll�ge). Dans les r�unions f�libr�ennes et dans les caf�s il rencontre s�nateurs et ministres. Il passe dans les coulisses de la presse et de l��dition, va voir au Gaulois Arthur Meyer pour une collaboration qui n�aboutira pas.
Il tente un moment la carri�re journalistique. Les compromissions auxquelles il s�aper�oit � temps qu�il aurait d� se soumettre l�en �cartent. Il se courbe sur les besognes sans relief o� il pouvait conserver son ind�pendance d��crivain.
Refusant de �parvenir�, il m�ne la vie d�un petit fonctionnaire, d�un prol�taire de l�enseignement secondaire. S�il ne fut pas, au sens manuel, un ouvrier, il a �t� membre conscient de la communaut� des travailleurs. Avec des camarades, il a fond� le groupement syndical de sa cat�gorie universitaire, humble cat�gorie : les r�p�titeurs. Il s��tait interdit les postes qu�il aurait pu revendiquer, par suite de son d�dain de formalit�s qu�il jugeait ridicules dans les concours d�agr�gation. Il se consid�ra comme un esclave moderne, r�solu � se contenter de ce qui est n�cessaire pour vivre par un travail strict, fait avec conscience. Mais il �vite de donner prise � l�administration sur son activit� ext�rieure.
Il a �prouv� les passe-droits, les m�pris envers le pauvre, le peuple, celui qu�on consid�re comme un na�f. Il a observ� les rivalit�s, les jalousies, entendu les ragots. Il a pu aussi suivre les combinaisons �lectorales locales, le trafic des voix, les intrigues. Il a acquis l�exp�rience de la vanit� des promesses et de l�incertitude des protections. Il voit les hommes politiques occup�s de choses qu�il juge basses : jouir, �tre un ma�tre, �tendre une situation, diriger des int�r�ts vils, s�enrichir.
La masse des hommes est attach�e � ces int�r�ts. Comment persuader aux gens de suivre d�autres voies ? Les in�galit�s sociales ont cr�� un �tat chronique de revendications dans la r�partition des biens, un �tat de guerre permanente entre nantis et souffrants, abus de jouissance ou insuffisances. Les r�sign�s � l��crasement n�ont pas la force de r�agir, et, en face, les ambitieux veulent devenir aussi des nantis, et, dans un d�sir de vengeance, brimer � leur tour.
Comment en sortir ? Sera-ce par une r�volution qui change le nom seul de l�oppression ? Par une destruction radicale qui provoquerait la p�nurie et la mis�re g�n�rales ?
Des r�formes octroy�es, palliatifs b�tards, non approches d�une solution. Les am�liorations promises par le jeu des repr�sentations politiques et les gestions d�Etat sont-elles fond�es ? La com�die parlementaire apr�s la farce �lectorale peut-elle donner voix aux revendications populaires ? La balance majoritaire ne poss�de ni justesse ni justice. Un gouvernement direct assurerait-il l�ad�quation aux exigences collectives ? La majorit� sur un point n�existe plus sur un autre point. Qui s�emploiera � concilier les divergences dans une entreprise ? Qui persuadera de c�der ici pour obtenir l� ?
Arbitrage, pratique d�une organisation qui ne l�se pas les int�ress�s : nos juristes et nos l�gislateurs s�adonnent depuis toujours � la construction d�un r�glement sans faille. Ils n�y parviennent pas. Pourquoi ces errements sans fin ?
La justice arm�e sera-t-elle encore la justice ? L�instinct pr�dateur et militaire est-il ind�racinable en 1�homme ?
Ce probl�me de la r�volution n�cessaire a �t� tourn� et retourn� par Henri Ner, par Han Ryner. Nous y reviendrons.
Il se heurtait � la raison qui jauge les conditions du combat. La paix sociale pourrait-elle paradoxalement r�sulter d�une lutte violente ? La forme disciplin�e et guerri�re de la bataille arm�e, hi�rarchis�e, donne les victoires mat�rielles aux seuls tacticiens entra�n�s. L�an�antissement de l�ennemi aboutit, en un �crasement toujours provisoire, � faire un esclave qui n�aspire qu�� la revanche.
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III. � L�individualiste
Telles sont les conceptions m�ries par celui qui va signer Han Ryner, vers les ann�es 1895-1896.
Les �preuves ne l�ont pas �pargn�. Il s�est �lev� au-dessus. Il ressent les mis�res d�autrui dans une �motion lucide, discr�te, active. Lorsqu�on vient le trouver, quand il peut simplement aider un malheureux, il apporte chaleur du c�ur et main secourable. Il sait adoucir les amertumes, encourager la faiblesse, indiquer le moyen de la surmonter. M�decin de l�esprit, il conna�t les profondeurs de l��me et ses raisons obscures.
Il est alors persuad� de l�inutilit� des luttes du forum pour obtenir une meilleure r�partition des charges. Charges in�luctables de la vie. Mais il va d�noncer la malfaisance des lois, comme de toute l�organisation sociale. Il avait attaqu� la sainte Propri�t�, la coercition qu�elle exerce par le truchement des magistratures, des polices et de l�arm�e, organe majeur de servitude.
Il d�montre que la contrainte physique et morale est un moyen inad�quat de r�aliser la justice. Il se rapproche de L�on Tolsto� par la voie de la sagesse. Il soutient le paradoxe de la m�thode individualiste, r�volution de m�thode : la r�forme de l�individu est au commencement. On ne l�obtient point par un syst�me qui mod�le par l�ext�rieur des automates soumis, mais par un retournement sur soi, une r�volution v�ritable. Les institutions ont-elles jamais form� les sujets id�aux, les citoyens vou�s uniquement au bien de la cit� ? Mais qu�est la cit� sans les hommes qui la constituent ? Han Ryner proclame le Crime d�ob�ir. C�est le titre de son premier �roman individualiste�, paru en volume en 1900. Pr�cisons la date de composition : en 1896, il �crit en titre de l��uvre : Non ! Il la publie en revue en 1898 (La Plume).
C�est l�histoire d�un r�fractaire. Nous assistons � la maturation d�un esprit avide d�absolu. Jeune intellectuel, il d�cide de ne vivre que du travail de ses mains. Il s�installe comme cordonnier. Il conteste la servitude sociale. La contrainte se pose devant lui avec l�obligation militaire. Il refuse la marque infamante, l�appel � l�assassinat collectif : non serviam ! Int�gralement il est l�objecteur de conscience. Il en accepte les cons�quences. Il sera le t�moin d�une foi sans fondement dogmatique qui offre avec orgueil le sacrifice de sa vie � l�id�e. Il ne pliera pas sous les lois odieuses.
Oriflamme d�un individualisme r�fractaire, cette �uvre claque au vent. L�organisation sociale y est mise en cause sans qu�on puisse, dans les n�uds o� elle enserre les volont�s et les esprits, apercevoir d�issue hors d�une contestation supr�me quasi d�sesp�r�e.
L�accueil fait � ce livre ne fut en rien triomphal. N�oublions pas, en cette �belle �poque�, que le conformisme patriotique et bourgeois fleurissait. Plus sp�cialement, et parall�lement � la d�nonciation du syst�me �conomique. Le Crime d�ob�ir marque une rupture avec les simagr�es du F�librige de Paris. Han Ryner s��tait repli� quelques ann�es dans l��tude et la m�ditation. Il va d�sormais revenir dans la lice. Dans les br�lots o� il peut s�exprimer sans r�ticences, il va d�shabiller les arrivistes des arts et des lettres, d�voiler leurs compromissions. Il entre dans la bataille dreyfusarde, non sans critiquer le manque de courage de certains, et les adaptations. Il est r�dacteur en chef d�une feuille : Demain (1896). Il avait collabor� � l�Art social de Gabriel de la Salle. Il parle dans des r�unions du quartier latin, collabore au Cri du Quartier de son ami Yves Michel (le Dr Crinon) (1901). Il participe au mouvement des Universit�s populaires, particuli�rement sollicit� par la Coop�ration des Id�es (U.P. Saint-Antoine) o� r�gne Georges Deherme, le positiviste, et le Ch�teau du peuple d�Emile Vitta. A la Coop�ration des Id�es, il fera un cycle de cours sur l�Individualisme et l�histoire de l�individualisme (1904-1907). Il reprendra � plusieurs reprises cette histoire qui sera condens�e dans une des brochures les plus parfaites qu�il ait publi�es, pleine de vues neuves. L�Histoire de l�Individualisme dans l�Antiquit� (1924) d�molit les traditions universitaires touchant les sophistes et Socrate, aussi bien que les �coles sto�ciennes et �picuriennes. Il secoue les branches vermoulues des admirations convenues pour l�empereur Marc-Aur�le. Pour les modernes, il est un des artisans de la remise en place du Discours sur la servitude volontaire de La Bo�tie, d�une critique originale de Rabelais et de Montaigne.
Cet enseignement hors des sentiers battus nous place devant son aptitude � professer. L��tudiant, jadis, s��tait peu accommod� des manies et des routines des professeurs d�Universit� � Aix, et en g�n�ral des m�thodes universitaires. Tout en reconnaissant la valeur de certains de ses ma�tres il ne se g�nait pas pour critiquer les doctrines prudentes. Cela lui valut d��chouer une premi�re fois � la licence de philosophie.
Lorsqu�il va enseigner, il d�daigne de suivre les normes administratives. Il se moque des �pr�parations� de classe, se jugeant fond� en litt�rature, en langue latine, en fran�ais, en philosophie, � transmettre aux candidats au baccalaur�at les connaissances utiles. Il ne minute pas ses horaires selon les directives officielles qui raidissent et uniformisent l�enseignement. Il pr�pare � passer les examens par la possession bien m�moris�e des textes qui donnent la clef de la langue au lieu de s�endormir sur les formes syntaxiques.
De l�avis des �l�ves, il savait int�resser une classe, la passionner pour classiques ou modernes, excitant les esprits en les enrichissant de notions vivantes. Comme il trouvait artificielle l�organisation de l�enseignement, c�est hors de l�universit� qu�il se donna � faire sentir les beaut�s de la po�sie, la vie de la langue, de l��me romantique jusqu�� la litt�rature contemporaine, la vigueur durable de la pens�e des sages grecs et des h�ros de la lib�ration intellectuelle des temps modernes luttant contre l�obscure scolastique du Moyen-Age.
Il s�exaltait � dire les grands po�mes �ternels devant des publics jeunes. Il aimait faire partager ses admirations envers les hautes r�alisations, ne s�parant pas en cat�gories st�r�otyp�es les chantres dramatiques, passion ou volont�, Racine ou Corneille, Shakespeare ou Hugo, Lamartine, Rabelais, Cervantes, Goethe. Il se plut � pr�senter les �uvres du fonds universel en notices instructives en leur pr�cise bri�vet� pour diverses collections populaires � bon march�, comme les Meilleurs Livres, � O fr. 10.
Il viendra � l�Art pour Tous pour y faire une sorte d�histoire de la litt�rature et de la po�sie modernes. Marcel Martinet nous a donn� un t�moignage de l�influence profonde de ces conf�rences d�initiation. (Voir Cahier n� 2 des Amis de Henri Ryner).
Cette action de libre enseignement, cette ferveur � r�pandre la compr�hension, � �veiller l�amour des beaux textes, des nobles compositions est un des aspects les moins soulign�s jusqu�ici de Han Ryner. Ainsi s�all�geait-il des assommants pensums que sont les classes telles que les a voulues l�organisme bourgeois. Les programmes impos�s, les r�gles de surveillance subissent encore les m�thodes instaur�es par les J�suites, renforc�es par la poigne napol�onienne. Il se d�tachait de la besogne pay�e et surveill�e o� la banalit� sempiternelle endort sous l�orthodoxie, pour distribuer dans la v�rit� de son esprit et de son c�ur les richesses accumul�es par les artistes et les penseurs.
S�il invite � la libert� de l�allure dans la pens�e, Han Ryner la porte dans l�habit et la d�marche. Jeune professeur, il se permet de ne pas rev�tir la redingote d�usage et le chapeau haut-de-forme luisant. Il jettera au rebut cravates, cols et manchettes empes�s. Sa lavalli�re, ou les simples cordons autour du col de chemise, son feutre ricanent des convenances. Apr�s lui, on suit l�exemple du rejet des engoncements. Sous le p�tillement de son regard malicieux derri�re les lorgnons, sa parole soul�ve les auditoires. Qu�il pouvait �tre amusant en des sujets d�apparence aust�re ! Quelle f�te de l�avoir ou� conter le v�ritable Rabelais !
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En 1897, dans La Plume il a commenc� une campagne contre la litt�rature de bas-bleus qui ne r�alisent qu�une p�le imitation de l�homme. Le volume qui r�unit ses articles en 1899, le Massacre des Amazones, lui vaudra les inimiti�s des dames �gratign�es et de leurs protecteurs. Il r�cidive de mani�re plus virulente, et regroupe des articles de critique dans Prostitu�s (1904), qui provoque contre lui la �conspiration du silence�. Il cinglait avec une verve entra�nante, dans une argumentation solide, les faux-semblants des r�putations assises, aussi bien que les arrivismes douteux. On r�pliqua par insinuations fielleuses, calomnies, orchestration savante pour tenir l�auteur dans une tombe vis-�-vis de l�opinion, interdire de le publier et de le citer.
Seuls alors suivent ses manifestations oratoires les noyaux d�avant-garde, les groupes libertaires o� commence � s�affirmer une position individualiste. L�Anarchie, les publications qui gravitent autour d�Armand : Les R�fractaires, l��re nouvelle, Hors du Troupeau (1905-1914) rendent compte de ses livres, discutent sa pens�e. M�me les Temps Nouveaux s�int�ressent � lui, sans vouloir s�y attarder en leur orthodoxie anarchisante.
En 1900, Han Ryner pr�side un �Congr�s des Po�tes�, y fait un discours sur �l�influence sociale du Po�te�. Il est de l��quipe de l�Humanit� Nouvelle d�Augustin Hamon et Victor-Emile Michelet. Il collabore � l�Ennemi du Peuple d�Emile Janvion et Francis Jourdain (1903-1904), au Libre de Natal Humbert et Manuel Devald�s (1898), � l�Id�e Libre d�Andr� Lorulot (1911). A Partisans il inaugure sa critique philosophique (1900-1901). On le lit � la Vie Anarchiste.
En 1905 para�t son second �roman individualiste�, Le Sphinx rouge. Ce n�est pas seulement une �tude des r�percussions de la guerre et de la violence dans une famille, mais une critique de l�armature sociale : famille, patrie, justice. Ce livre est une suite au Crime d�ob�ir. L�auteur voulut d�abord l�intituler �La vieillesse de Bernard Fauvel�, personnage du �crime d�ob�ir�. Il le remplace par S�bastien de Ribi�s, �personnage plus pur et plus grave�.
S�bastien de Ribi�s �tait juge. Il a condamn� � mort un homme, un innocent peut-�tre. Ayant requis la peine capitale, il se sent coupable d�avoir jug� un autre homme. Il entrevoit que le lacis des lois oriente la pens�e, force � l�injustice pour maintenir un syst�me oppressif. L�arbitraire des conventions et des m�urs lui appara�t. Il r�sout d�y �chapper ; quitte femme, enfants, position sociale pour se r�fugier dans la solitude campagnarde, cultiver lui-m�me son champ, subvenir � ses propres besoins. Il veut, le plus strictement qu�il peut, ne r�pondre que de soi-m�me, �tre individualiste, sorte de tolsto�en-sto�cien.
La mort de sa femme le conduit � prendre aupr�s de lui ses enfants, deux jeunes filles et deux jeunes gens, qui subissent diversement la retraite o� les oblige � vivre leur p�re. Une guerre internationale se d�clare. Le second fils, Gustave, s�agr�ge � une soci�t�, �les Tueurs de la Guerre� qui a d�cid� de supprimer les t�tes dirigeantes. Lui et ses camarades assassinent les diff�rents chefs de gouvernement. La guerre n�est pas musel�e pour cela. Elle se poursuit jusqu�� ce que l�ampleur du massacre soit estim�e suffisante par les nouveaux ma�tres du monde. Gustave et son p�re s�opposent noblement en un d�bat o� le disciple d�Epict�te qu�est S�bastien de Ribi�s met en cause les moyens de violence.
Le jeune homme sera ex�cut�, mais il marche � la mort avec fiert�, heureux d�avoir compris son p�re et de s��tre rendu � ses raisons. La foule qui assiste au martyre du jeune t�moin s�en prend au hautain S�bastien dont elle �crase et pi�tine le corps. Il reste pour maintenir les m�moires h�ro�ques la jeune Berthe, qui demeure seule au domaine paternel.
Je r�sume infid�lement un livre riche d�incursions en des domaines de contestation. Han Ryner n�y a pas cherch� la s�duction, mais � mettre en acte un r�cit o�, comme dit Vigny, �l�id�e est reine�. Le Sphinx rouge est un des rares romans o� les h�ros s�offrent en holocauste � la soci�t� contemporaine. Peut-�tre n�y trouve-t-on pas le m�me bonheur artiste qu�� ceux des livres o� Han Ryner a rev�tu la libert� des plis antiques et trouv� la perfection de la langue. Il ne faut pas n�gliger pour cela l��tude d�une �uvre qui a passionn� des esprits en qu�te de gestes �nergiques et de v�rit� nue. Son actualit� va au-del� de l�imm�diat. Les �v�nements de la guerre proph�tis�e ont diverg� de la r�alit� qui sera subie une dizaine d�ann�e plus tard. Mais la vigueur annonciatrice aurait pu faire r�fl�chir les contemporains. Le livre parut dans la p�riode de sordide conspiration du silence sur tout ce qu��crivait Han Ryner. La presse, les grandes revues, les �diteurs �taient menac�s de r�torsion s�ils permettaient � l�auteur honni d�atteindre le public m�rit�. Il faudra attendre 20 ans pour qu�une r��dition se fasse, encore que limit�e.
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IV. � L��glise
Dans sa jeunesse �tudiante, Henri Ner fait para�tre des Boutades anticl�ricales sous diverses signatures : Louise Carias, Louis Aloysius, dans des collections introuvables : Libre-penseur d�Aix (1880-1881), Radical des Alpes (1884).
Plus tard, avec la v�rit� en marche, comme l�appelle Zola, dans l�Affaire Dreyfus, il combat la conspiration des t�n�bres. L�appareil d��glise, avec la bourgeoisie bien-pensante et l�Arm�e mettent en place �clatante les mensonges des soutiens de l�Ordre.
Han Ryner n�a jamais c�d� devant la pr�tention dogmatique ni la stupidit� cl�ricale. Controverses qu�il poursuivra tout le long de sa carri�re. Une des plus c�l�bres a �t� consign�e dans une brochure : Contre les Dogmes (1903). Il s��carte d�une affirmation grossi�rement antireligieuse, en une position originale et souple. La solidit� de son argumentation, sa connaissance des textes, le rendaient facilement victorieux dans les affrontements avec les messieurs pr�tres. Il s�est amus� � d�cortiquer leurs d�robades. Il a d�nonc� les l�gendes accr�dit�es, la falsification de l�histoire, les mensonges qui ahurissent la foule des agenouill�s. Il s�est attach� en particulier � d�nouer quelques imbroglios autour de Jeanne d�Arc.
Le dernier livre qu�il ait publi� de son vivant, l��glise devant ses juges (1937) demeure la critique d�ensemble la plus juste et la plus forte de la construction th�ologique et de l�oppression politique � et sanglante � qui se cache derri�re une entreprise de brigandage intellectuel.
Malgr� ce combat passionn�, il conservera une tendresse profonde pour la figure de J�sus, pour le message d�amour et de douceur apport� aux hommes au commencement de notre �re. La formation de l�id�al chr�tien est un des probl�mes historiques qui l�a toujours retenu. Il �tudie de pr�s les h�r�sies les plus significatives dans le retour qu�elles pr�chaient aux sources de l�esprit �vang�lique. Ainsi, au XIIIe si�cle celle des franciscains �spirituels�. Fran�ois d�Assise, le Poverello, n�avait-il pas mis au premier rang des vertus sociales le d�tachement des biens mat�riels, l�esprit de pauvret� ? N�est-il pas un fr�re des sages antiques, les cyniques qui avaient fait v�u de vivre dans le d�pouillement de ce qui n�est pas simple nature ?
La repr�sentation tout humaine, pour po�tique qu�elle soit, d�un J�sus id�al dans son Cinqui�me Evangile (1907-1910) �tait elle acceptable � cette �poque pour des croyants traditionalistes ? Une sourde conspiration s�ajouta � l�animadversion qu�il soulevait par ses th�ories quant � la soci�t�, pour la diffusion d�une �uvre �mouvante en son harmonie. Il touchait au Saint des saints ! Quelles �tincelles vont en jaillir pour foudroyer l�impie !
Ce po�me se pr�sente sous forme d�un �vangile. Au sens intime il tente la synth�se �thique du christianisme originel, celle de la sagesse hell�nique et de l��pre et pur vouloir du juste Isra�lite. D�j� une fresque dramatique, Les Chr�tiens et les Philosophes (1906) avait mis en pr�sence les philosophes du ler si�cle avec les premiers adeptes de l�apostolat chr�tien.
Sans doute, sous les coups r�p�t�s venus, tant des adversaires que de ceux qui, � l�int�rieur de l��glise, les �modernistes�, voulaient la faire �voluer, l��glise catholique a fini par sentir le besoin de transformations formelles. Ce fut loin, d�ailleurs, d��tre la premi�re fois qu�on vit ses variations. Elle n�a pu maintenir son opposition aux conqu�tes de la science, ni � l�analyse que firent les historiens et les philosophes ind�pendants de l��volution de ses dogmes et de son histoire propre. Aujourd�hui, les suggestions de Han Ryner peuvent-elles �tre mieux re�ues ? On l��couta sur plus d�une tribune. Bonhomme, vari�, combatif, il s�opposait au chanoine Violet, sur l�existence de Dieu � celui de la Bible � sur celle de J�sus, et sur les hagiographies de tant de martyrs pr�tendus. En face de tel ou tel cur� il d�fendait la pens�e libre contre les enveloppements pour circonvenir les esprits, ceux des enfants surtout, par les absurdit�s cat�chistes.
C�est peut-�tre en ces domaines que la pr�sence de Han Ryner devant le public a �t� le plus remarqu�e.
Faut-il croire que tout danger du venin d�autorit�, de dogmatisme et de pr�tention politique est enfin �cart� ? Cela n�appara�t pas, malgr� �l�aggiomamento�.
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V. � Autres combats
Pour ceux qui ont vu un peu de son application � vivre en homme humain qui n�a jamais recherch� l��clat officiel, l�intensit� du rayonnement de Han Ryner a �t� manifeste. D�autres ont poss�d� les avantages de la �naissance�, de la fortune. Ils ont pu �tablir une r�ussite bourgeoise, une r�putation litt�raire ou philosophique avec plus ou moins de facilit�. Certains l� m�ritaient.
Lui, sans basse ambition, sans fortune, sans appuis politiques ou mondains, avec son honn�tet� intransigeante, pouvait-il obtenir la notori�t� que des �mules recueillaient autour de lui ? On n�y acc�de que par droit de p�age : promesses de bonne tenue. Il procure les utiles relations, les solidarit�s d��coles qui classent les Individualit�s. Ma�onneries sans ob�dience apparente ou ma�onneries �op�ratives�, j�suiti�res, camaraderies o� l�on �renvoie l�ascenseur�. On se fait �mousser�, on va trouver les gardiens du s�rail.
On ne voyait pas Henri Ner dans les antichambres de la d�esse Popularit�. Il a pay� ch�rement d�avoir d�voil� les secrets de ses Myst�res : le Silence pratiqu� avec constance par les repr�sentants de la Conservation sociale. L�artiste a souffert de cette tentative de n�gation vis-�-vis du danger qu�introduit dans le Syst�me la pens�e libre et l�art libre.
Dans un groupe ardent de jeunes po�tes et artistes, les Loups, o� le tonitruant Belval-Delahaye m�ne l�assaut, vers 1909, Han Ryner exalte les m�connus et les �maudits�. Il collabore aux Hommes du Jour et aux Portraits d�hier d�Henri Fabre (un Alfred de Vigny en 1909). Il donne des contes au Radical, � la Petite R�publique, � l�Humanit�, au Matin m�me.
Une occasion se rencontre de forcer les obstructions. Contre ce qu�on appelait �le Boulevard� venait de commencer la �Guerre des deux Rives� (de la Seine). La �Rive Droite� avait pour elle les tenants des bonnes places. La jeunesse litt�raire et artistique, la �Rive Gauche�, se presse derri�re Han Ryner, acclam� parelle. Un grand journal, l�Intransigeant a lanc� en 1912 un r�f�rendum d��t� pour l��lection d�un Prince des Conteurs. Sous le patronage du grand �crivain et penseur J.-H. Rosny a�n�, Han Ryner l�emporte.
On va commencer � reconna�tre la valeur d�un homme jusqu�alors inconnu du public, en sa cinquanti�me ann�e. Cela devrait permettre � sa pens�e de trouver un �cho, d��tendre un auditoire qui restera limit�. Notre auteur demeure subversif pour l�ordre �tabli qui pr�pare sa �revanche�, cette guerre redout�e dans le Sphinx rouge. C�est encore au probl�me de la violence et de la guerre qu�est consacr� un livre, les Pacifiques, promen� d��diteur en �diteur depuis 10 ans sans trouver prise. En juin 1914, il para�t chez un jeune �diteur �� c�t�, Eug�ne Figui�re, qui, depuis 1910 a d�j� diffus� quelques belles �uvres de Han Ryner.
Dans une Atlantide id�ale, nous vivons la r�alisation d�une soci�t� de r�ve : tout un peuple de sages. Tout un peuple o� la douceur in�branlable est reine. Un h�ros mythique a fait triompher la douceur, et sera pourtant incarn�, plus tard, par Gandhi. Ce livre d�anticipation et cette �utopie� est en m�me temps un roman d�aventures, une critique ironique de la soci�t� contemporaine. Il propose la technique de non-coop�ration dans un total refus de violence. Le jour o� la conscience en serait nourrie, ne r�soudrait-elle pas les probl�mes humains essentiels ?
Avec quelques-uns des principes �nonc�s par Tolsto�, on doit �voquer les aphorismes d�Henry-David Thoreau et de sa D�sob�issance civile. La transformation de la Nature m�me, la r�alisation harmonieuse de l�environnement, cette m�ditation commenc�e dans le Sphinx rouge s��panouit dans la fantaisie de la fable. Elle n�est pas faite d�id�es en l�air...
Pendant cette p�riode, Han Ryner s�est manifest� avec une aisance plus large. Les milieux ind�pendants lui demandent l�appui de son nom, la chaleur de sa parole. Il se d�pense avec une all�gresse que soutient la certitude d��tre compris.
Il faudrait �num�rer les inaugurations de groupes artistiques, th��traux, les banquets, les r�unions et les meetings, les pr�faces o� il r�pand son amiti�, toute une bibliographie, une chronologie, une recherche sur quoi il faudra revenir. Jardin de Jenny, Affaire Rousset (1912), dans l�affaire des �Bandits tragiques� il intervient et appelle pour Dieudonn� (1913) l�innocent qui attendra au bagne une lente r�paration, aux Jeunesses Syndicales du B�timent par exemple (23-11-1911).
Durant ces ann�es Han Ryner n�a pas interrompu le travail pour lui primordial, son effort de cr�ation litt�raire. Des projets nombreux vont peu � peu se r�aliser dans un labeur puissant et heureux. Il met la vigueur du don de soi � inscrire en forme vivante une pens�e de beaut�. L��uvre d�art doit �tre nouveaut� � chaque �tape de l��volution du cr�ateur. Il ne s�attarde jamais dans une formule. Il veut d�passer la hauteur qu�il a pu atteindre d�j�. Il n�est pas enferm� dans son propre pass�, mais veut se retrouver ing�nu. Jusqu�� l�heure derni�re � en ses 76 ans sonn�s � il voudra d�couvrir une beaut� in�dite, lui donner chaque fois l�ach�vement, la perfection possible.
VI. � La guerre
La grande �preuve, la Guerre, est venue. Han Ryner y maintient sa position universaliste. L�hyst�rie militaire et nationaliste s�est empar�e du pays. Elle emp�che de faire entendre la voix de la raison. Au d�but de la guerre Han Ryner rencontre quelques hommes, peu nombreux, parmi les r�sistants � la folie ambiante (voir le t�moignage de Marcel Martinet, au n� 2 des Cahiers des Amis de Han Ryner). La grande voix de Romain Rolland qui s��leva de Suisse est accueillie en France comme en Allemagne par un concert de vocif�rations. Aussi, dans l�impossibilit� de se faire entendre, Han Ryner attendra un moment favorable avant de pouvoir �noncer les paroles de paix qui permettraient aux c�urs sinc�res de retrouver l��quilibre. Sans ostentation, il r�siste � l�ouragan. Il confiera sa pens�e profonde aux Dialogues de la Guerre, r�dig�s en 1914, C�est la seule �uvre d�actualit� directe qu�il ait �crite.
Il tente de comprendre les causes du d�clenchement et de la dur�e des �v�nements. Ces Dialogues ont pour dessein de faire avouer aux responsables eux-m�mes leur part de responsabilit� : pape, empereurs, rois et ministres, pr�sidents, d�put�s, pr�tres, diplomates, officiers fran�ais et junkers allemands, clique militaire et politicienne, mais encore syndicalistes des deux nations � et d�Italie �, �crivains aux pseudonymes transparents : Maeterlinck, G�rard Hauptmann, Romain Rolland � y discutent. Tout y passe, sottise des �cr�nes bourr�s� et jugement des grands penseurs, pour fournir le spectacle de l�inconscience populaire, de la d�magogie et des mensonges officiels. Cette fresque peinte avec emportement, dans le rehaut des couleurs et l�animation contemporaine, fixe sur un plan d��ternit� la le�on am�re du pr�sent. Bilan des forces en comp�tition et en convergence. Han Ryner y a mis en action les arguments, et, sous les masques, il fait vivre les personnages. Il se place dans le flot des r�alit�s politiques, des id�ologies affront�es en leur mouvement passionnel. Il s�y lib�re des v�rit�s intempestives que, mur� dans l�isolement, il ne pouvait ouvertement proclamer. Quelques fragments plus ou moins mutil�s par la censure purent passer entre 1915 et 1918, puis aussit�t apr�s la guerre.
M�me, une fois cette guerre termin�e, les probl�mes qu�il posait, les raisons qu�il donnait, �taient durs � faire admettre. Ceux qui furent tromp�s �taient choqu�s avec trop de force pour supporter de reconna�tre les tromperies auxquelles ils avaient c�d�. Han Ryner, craignant de ne pouvoir exposer les propos tenus sans complaisance, trouva encore difficile de publier l�ensemble. Il voulait m�nager les susceptibilit�s de gens qu�il estimait, pensait qu�il �tait peut-�tre trop t�t pour se faire lire du public qu�il voulait atteindre.
Son souci de discr�tion ne renon�ait pas � la n�cessit� de l�entreprise, mais, en tacticien de l��crit, il ne voulait prendre qu�� bon escient ses responsabilit�s. La plupart de ces dialogues conservent leur pouvoir d�monstratif dans un pr�sent �largi qui d�passe l�allusion d�un jour.
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En 1915, au �Salon Lamartine�, il parle de Lamartine et la paix. Les remous suscit�s par ses affirmations, constatations simplement historiques fond�es sur les textes du po�te, lui montrent l��pineuse r�alit� qui d�fend les esprits contre toute all�gation de doute. Les tra�tres � la religion Patrie se trouvent en danger. Les noires ann�es se vivent sous la menace des tribunaux d�exception, de la caponni�re de Vincennes et du peloton d�ex�cution. La prison au moins guette ceux qui �affaiblissent le moral� de l�arm�e, et qui d�noncent la stupidit� civile et les mensonges officiels. Traquenards, provocations, tout l�arsenal policier et la mauvaise foi judiciaire des pourvoyeurs de conseils de guerre s��tale. Saisies de journaux, inquisition, poursuites. Les jeunes d�� pr�sent ne se rendent pas compte de l�atmosph�re qui a r�gn� sous la dictature guerri�re.
Ajoutons la corruption, pour faire entrer ignominieusement dans le ch�ur des c�l�brants de la messe de sang, et dont les yeux se sont ouverts au tintement des trente deniers.
On retrouvera les ruses des grands h�t�rodoxes pour insinuer les v�rit�s d�plaisantes au pouvoir et aux gardiens du dogme national infaillible : Voltaire, Diderot, Cervantes, Rabelais, ceux qui ont senti les l�cher le p�tillement des flammes d�Inquisition. Malgr� la censure attentive, les malices de Han Ryner maintiennent la petite lueur vacillante de l�esprit. On l�a pr�venu, pour telle intervention verbale sur la tombe de Verlaine, qu�il serait arr�t� s�il pronon�ait le vocable interdit de paix, le 9 janvier 1916. Il prononcera le mot olivier.
Menac� d�une perquisition, il br�le les lettres qui risqueraient de faire poursuivre ses correspondants. Pour lui, sto�cien qui n�a point � renier ses opinions affronteuses face aux raisons d�Etat, il ne redoute rien, sans rechercher la palme inutile du martyre.
Romain Rolland lui a rendu l�hommage n�cessaire aux pages de son Journal de Guerre et aux Pr�curseurs (1919, p. 108).
N�oublions pas les petites revues courageuses o�, d�s 1916, il pourra glisser quelques v�rit�s. Ainsi les Cahiers Id�alistes d�Edouard Dujardin ; en 1916 encore, S�bastien Faure fonde Ce Qu�il Faut Dire. Il demande � Han Ryner sa collaboration pour tenir la chronique litt�raire. C�est l�occasion de montrer les truquages id�ologiques, les exp�dients sans gloire d�un gouvernement qui, en toutes conjonctures, gruge et trompe le peuple. C�est aussi le lieu de c�l�brer ceux qui continuent d��uvrer pour la beaut� et la vertu d�humanit�. Dans l�Humanit�, en 1917, il publie un feuilleton de cape et d��p�e, Les Mains de Dieu. Ayant endormi le cerb�re � la triple � et multiple � t�te de la Censure, � la fin, il criera l�horreur du meurtre et le renoncement � la violence. En octobre 1917, dans les Humbles de Maurice Wullens qui c�l�bre Romain Rolland, il apporte son hommage et ses r�serves. Cette m�me ann�e, il r�pond � Barbusse qui a pos� la question : Pourquoi te bats-tu ? par l�autre question : Comment te bats-tu ? (Le Symbole). Il proph�tise l�avenir et les espoirs en une jeunesse qui renouvelle les perspectives et la pens�e dans Soi-M�me de Joseph Rivi�re, dans la Caravane de Paul Charrier et Paul Desanges, dans Par-del� la m�l�e d�E. Armand, puis dans la M�l�e de Pierre Chardon (1918), dans la Forge de Luc M�riga il songe � �l�homme de demain�, comme � l�homme de toujours. Il collabore � la Tranch�e r�publicaine de Jean Goldsky. Il parle au Foyer du Vitalisme, et en des convents o� brille encore la lumi�re.
Il ne laisse aucune occasion de faire souvenir du but final o� les antagonismes d�un jour doivent s�abolir, stupides affrontements entre nations et races de la m�me humanit�. Il reste un artisan de la paix future, et s��carte des milieux qu�il juge trop prudemment traditionaliste dans leur intention d�apparence pacifique. Il �vite la candeur autoritaire de la majorit� amorphe. On doit se souvenir de l�attitude d�un Han Ryner au moment des plus grands dangers, dans le d�cha�nement des puissances de coercition envers toute intelligence et toute sensibilit� humaine. Il n�a pas manqu� � la t�che supr�me d�un penseur digne de ce nom.
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VII. � Luttes de paix
L�armistice de 1918 permit un peu de libert� de presse et de parole. Pas encore toute libre au d�but... Des artisans de la r�sistance au courant guerrier �taient en prison. Il s�imposait d�arracher � la soldatesque judiciaire, aux ge�les militaires, les victimes encore vives de l�appareil de guerre. Il fallait faire proclamer l�amnistie. Il fallait r�veiller les bonnes volont�s paralys�es par la propagande officielle, par l�impuissance, par la peur.
Aux c�t�s de Marcel Cachin, de S�verine, de Georges Pioch, des militants ouvriers, Han Ryner para�t sur les tribunes populaires dans les campagnes incessantes pour l�amnistie : grande salle de la coop�rative la Bellevilloise, au 23, rue Boyer, � la Maison des Syndicats de la Grange-aux-Belles, dans la salle des Soci�t�s savantes.
G�nold (Camille Delong) publie Notre Voix (1919) hebdomadaire. Il confie la chronique litt�raire � Han Ryner. Marcello Fabri lui offrira la critique philosophique dans la Revue de l�Epoque (de 1919 � 1922). Comme les jeunes organes de la fin de la guerre, les revues de jeunes qui naissent alors sollicitent la signature de Han Ryner. Son nom symbolise pour eux l�ind�pendance virile, la marche fraternelle au coude � coude dans une conception neuve de l�art et des rapports sociaux.
Il est m�l� plus �troitement aux mouvements �mancipateurs. On ressent son �loquence nourrie de pens�e. Elle �meut et grandit. Elle fait �clater les insupportables iniquit�s. Han Ryner examine les hommes et les �v�nements, se d�pense, et, r�servant les fl�ches d�une juste pol�mique aux mufles officiels, avec les qualifications que m�ritent leurs actes, il garde son am�nit� envers les �tres d�un autre bord qui se manifestent probes.
Le d�tail de son engagement dans la m�l�e sociale m�riterait un long travail, la publication des textes et des r�f�rences. On peut se reporter � ce qui en a �t� r�uni d�j�. Cela ne suffit pas. Les t�moignages n�ont pu �tre recueillis � temps pour beaucoup de compagnons disparus. Il ne s�est gu�re trouv� d�observateurs attentifs au moment o� ce qui nous serait pr�cieux aurait pu �tre glan�. A part quelques discours not�s, on ne poss�de de ses interventions oratoires que quelques plans, et des dates, que nous avons pu relever. Sa correspondance abondante a disparu en grosse partie, d�truite par les int�ress�s, ou leurs h�ritiers, ou par les hasards de l�existence. Il reste des documents, des articles. Sur un d�tail on peut tenter de reconstruire par inductions, en attendant les preuves que les chercheurs qui fouillent archives et collections les mettent au jour.
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Han Ryner est appel� � une tribune libre hebdomadaire par Henri Fabre, pour le Journal du Peuple devenu quotidien, de 1920 � 1922. Il y retrouve S�verine, Georges Pioch, Victor Marguerite, Paul Br�l�t, Victor M�ric, Ermenonville (Gustave Dupin). Tout en suivant les m�andres de l�actualit�, il commence des campagnes de lib�ration. Ce sera d�abord pour Armand, qu�une machination et une d�nonciation ont conduit � une condamnation odieuse, 5 ans de prison. Puis, pour Gaston Rolland, noble artisan insoumis qui h�bergeait des d�serteurs avec g�n�rosit� et d�sint�ressement. Han Ryner a �mu en sa faveur Romain Rolland, et avec un ch�ur de voix amies, apr�s une obstination victorieuse, obtient que s�ouvrent les portes des prisons.
Il ne se contente pas d��crire des articles, de remuer des assembl�es. Il intervient en personne aupr�s des instances juridiques et gouvernementales. Lettres, dossiers pr�sent�s, d�marches discr�tes pour permettre une solution pratique. Son nom sur les affiches, les brochures de solidarit�, est garant de la justice d�une cause o� il s�engage. Il compara�t en t�moin devant les tribunaux pour apporter aux inculp�s l�appui de sa pr�sence. Il d�fend la victime, �coupable� l�galement ou non.
Parmi ses efforts les plus constants doit �tre mise en lumi�re sa lutte pour la reconnaissance de l�objection de conscience. Il fait partie, naturellement peut-on dire, du premier comit� fond� dans ce but. Il soutient devant les tribunaux militaires et les conseils de guerre (on est, para�t-il, en paix, � cette �poque !) Emile Bauchet (1929), Vial (1928) et Leretour, Emile Delobel (1930) et Eug�ne Guillot, Armand Rolland, � Orl�ans (1933), Leduc (1935), Eug�ne Lagot (1935).
Il est all� � Bruxelles en 1935 pour le proc�s d�Hem Day (Marcel Dieu) et L�o Campion. Il est des orateurs attitr�s du Comit� de D�fense sociale (1921). Cinq ans avant la campagne orchestr�e partout, il s�interpose pour Sacco et Vanzetti (meeting du 21 janvier 1921) et faire balancer, autant qu�il se pourra, le verdict honteux. Il invoquera le droit d�asile sacr� pour Ascaso, Durutti et Jover, contre les expulsions par voie administrative (1928), pour Makhno (1930).
Il t�moigne au Proc�s communiste (10 mars 1921), pour Juv�nis (1922). Il insiste pour le retour en France d�Henri Guilbeaux (1932) ; appelle pour Lazarevitch condamn� en Russie, pour P�trini (1933) ou Francesco Ghezzi (1931) en Italie. Il permet de faire lib�rer tel ami ou tel inconnu des ge�les sud-am�ricaines ou portugaises, tel l��crivain Ribera Rovira en 1920. Il s��l�ve contre la Terreur blanche en Hongrie (1921). Il soutiendra les Espagnols en r�volte contre le r�gime b�tard, il fl�trit Franco. A la veille presque de sa mort il leur apporte en public son gage de solidarit�. Il a longuement collabor� aux revues libertaires espagnoles : Generacion consciente, Solidaridad Obrera, Estudios, la Revista Blanca, Nosotros, comme aux revues d�Am�rique latine.
Sur la demande de son ami Jacques Mesnil requis par l�auteur, il pr�face l��dition fran�aise de Mussolini en chemise (1932) contre le nouveau C�sar, d�Armando Borghi, le vieil anarchiste italien mort en 1970. Il avait protest� contre l�assassinat de Matteotti (1924). En 1936, il adh�re au Comit� mondial contre la guerre et le fascisme (Lettre de Paul Langevin et Francis Jourdain). Il a d�j� souvent protest� en faveur des r�publicains victimes des r�gimes fascistes.
Avec Romain Rolland et Henri Barbusse il revendiquera la �libert� de l�esprit�. Il n�accepte pas d�exclusive partisane. Il n�accepte pas les tortures perp�tr�es par le sinistre Gu�p�ou sur les emprisonn�s qui ne sont pas pli�s � l�id�ologie du r�gime. Cela le fera, au moins provisoirement, brouiller avec des amis engag�s � soutenir �inconditionnellement� la dictature bolchevique. Il participa d�s janvier 1921 � des d�bats Contre la dictature en Russie, lorsque les p�rils de la r�action militaire des gouvernements bourgeois ont �t� lev�s par la d�fense r�volutionnaire.
Je reviendrai sur ces points.
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D�s la fondation par L�o Pold�s du Club du Faubourg, Han Ryner en sera un des orateurs �cout�s. On le retrouve � la Ghilde des Forgerons de Luc M�riga, � l�Ecole du propagandiste anarchiste (1925-1926) o� il reprend ses �cours libres�, avec son ami G�rard de Lacaze-Duthiers, ainsi qu�au Foyer v�g�talien de Butaud, Sophie Za�kowska et Victor Lorenc, rue de Crim�e, ainsi qu�� leur colonie naturiste de Bascon, et, � Tours, celle de Terre Lib�r�e de Louis Rimbault. M�me na�ves, il encourage les entreprises g�n�reuses, avertissant des possibles difficult�s. Il faut tenter les belles aventures.
Il va aux Causeries populaires de Simone Larcher et Louis Louvet � l�Insurg� des m�mes, au Forum Libre, � la Synth�se anarchiste. Il collabore au Semeur de Normandie d�Alphonse Barb�, au R�veil de l�Esclave, � la Revue Anarchiste, � l�en dehors d�Armand, � l�Id�e Libre de Lorulot.
Il est sur la br�che pour r�clamer les libert�s syndicales. Il est ouvert aux efforts de ceux qui sortent des sentiers battus, jeunes compagnies th��trales, po�tiques, artistiques. Il est, avec Pierre Larivi�re, des Artisans de l�Avenir. Il s�est appliqu� parfois anonymement � je puis le r�v�ler � pr�sent � pour tel marin de la mer Noire, le dernier emprisonn�.
Contre le colonialisme, il appuie son vieil ami Paul Vigne d�Octon, sa Nouvelle Gloire du Sabre (1923) et ses Pages Rouges (1924), apr�s sa Gloire du Sabre. Il donne des �tudes de premi�re main � l�Encyclop�die Anarchiste de S�bastien Faure (commenc�e en 1925). Il c�l�bre Elis�e Reclus (1927) et, pour son centenaire, Paul Robin (1937).
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Surtout et toujours il affirme son souci de la paix. Il redoute les nouvelles combinaisons qui pr�parent les conflagrations d�mesur�es. Au Barrage (1936), � La Patrie Humaine (1932), dans la Presse quotidienne qui l�accepte, � La Rumeur (1928) de Georges Anquetil, au Libertaire, dans cent r�unions et meetings, il conjure, il appelle, il avertit. En sa derni�re ann�e de vie, en 1937, il donne en feuilleton � la Patrie Humaine la biographie d�Othon :
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