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  Post� le lundi 12 juin 2006 @ 12:13:57 by AnarchOi
Contributed by: AnarchOi
OrganisationSource : Groupe Maurice Joyeux
Paris 2002



D�FENSE DE L�HOMME � n� 50 � novembre 1952

A diff�rentes reprises, dans cette revue (1), Louis Lecoin a propos� une conf�rence qui r�unirait les anarchistes de tous courants, tendances et positions dans le but de cr�er un mouvement anarchiste vaste, rajeuni, dynamique, enthousiaste et dont la puissance serait d�autant plus augment�e que le rassemblement serait plus r�ussi.

Il semble que cette proposition vienne � son heure, elle est la cons�quence d�une opinion g�n�rale qui se fait de plus en plus nette dans l�ensemble des composants du milieu anarchiste, malgr�, il faut l�avouer, des r�sistances qu�il ne faut pas sous-estimer, car elles pourraient, par leur intransigeance, faire retarder l��closion et la r�alisation de ce projet.

Il est donc indispensable, � mon avis, de bien, �tudier cette proposition avant tout commencement de r�alisation de sorte que la volont� d�entente soit au-dessus des querelles de chapelles ou d�individus.

J�ai la certitude que si les composants anarchistes veulent sortir de l�orni�re o� ils se sont embourb�s lorsqu�ils ont invent� le syst�me de la �double-�tiquette� (anarchiste-communiste, anarchiste-syndicaliste, anarchiste-individualiste, etc., etc.) il est n�cessaire qu�ils se rallient � cette id�e d�entente g�n�rale. Je le r�p�te, l�ensemble des anarchistes y est pr�t et nombreux sont les sympathisants qui attendent ce r�veil de notre mouvement pour faire corps avec lui.

Il suffirait pour cela que chacun de nous consid�re que l�entente sera d�autant plus solide et plus sinc�re que la tol�rance la plus large en serait la base. C�est une lapalissade de dire que de la tol�rance na�t la libert� et bien une autre que d�ajouter que c�est la libert� que r�clament les anarchistes, tous les anarchistes. Et c�est pourtant par la m�connaissance de l�id�e et surtout de la pratique de tol�rance que stagnent les groupements anarchistes depuis de tr�s longues ann�es et certainement plus aujourd�hui que jamais.

Il ne s�agit pas d�accuser. L��tude historique de l�anarchisme nous permet de nous expliquer les erreurs d�aiguillage. Le sectarisme a dans notre pass� ses excuses m�me s�il est loin de d�montrer sa n�cessit�. H�las, l�abandon des groupements anarchistes par la majeure partie de ses �l�ments en est le r�sultat d�sastreux ; surtout par les cons�quences qui en r�sultent pour l�id�al que tous les anarchistes ont � c�ur de d�fendre et de propager.

Trop souvent des anarchistes ont tendance � copier sur les proc�d�s de partis politiques parce que ces derniers r�alisent des succ�s spectaculaires que nous ne paraissons pas obtenir. Il y a l� une erreur fondamentale qui peut � mes yeux repr�senter la �maladie infantile des anarchistes�.

En effet tenant compte que seuls les anarchistes d�fendent la libert�, non seulement dans le sens �conomique, mat�riel du mot, mais aussi, dans le sens humain, (ce qui nous fait accuser de sentimentalisme bourgeois par les communistes), nos proc�d�s ne peuvent �tre qu�identiques � notre philosophie, c�est-�-dire absolument diff�rent des proc�d�s des partis politiques qui refusent de concevoir la libert� en elle-m�me. Ainsi l�action des anarchistes prend des proportions spectaculaires dans des �poques troubl�es o� les populations sont brusquement lib�r�es des oppressions qui les contraignent.

L�anarchie n�est pas, comme certains le croient, la v�rit�, elle n�a ni ma�tre, ni dogme, ni morale, ni liturgie. Elle s�appuie sur la science, sur la logique, sur la raison, mais elle n�est pas, dans le sens glacial des mots, scientifique, logicienne, rationnelle. L�anarchie n�est que principes. Elle est faite des aspirations les meilleures de l�homme. Elle tend � le conduire vers quelque chose, ce quelque chose �tant mieux, le beau, le bien, le juste, l�utile, l�agr�able. Ce sont les principes positifs.

L�anarchie nie, c�est-�-dire refuse les instincts n�fastes. Elle tend � faire dispara�tre le pire le laid, le mal, l�injuste, le nuisible, le douloureux. Ici nous avons � faire aux principes n�gatifs. Si on les appelle aussi destructeurs c�est parce que l�individu et la soci�t� sont construits sur les tendances instinctives n�fastes qu�il faut d�molir.

L�anarchie n�est donc que philosophie.

L�homme anarchiste n�est que le r�sultat de ce qui l�a le plus touch� de cette philosophie. De plus, il est action, il veut r�aliser ; c�est ici la pierre de touche, c�est l�action ou plus exactement le d�sir d�action qui s�pare, fractionne, les anarchistes.

L�individu vient � l�anarchie par des chemins diff�rents. Sa pens�e, son exp�rience, ses connaissances sont autres que celles de chacun des autres ; de m�me ne seront pas identiques ses croyances, ses certitudes, son raisonnement et son comportement. Ainsi les anarchistes se rejoignent sur l�ensemble de la philosophie, ils se s�parent souvent � propos de l�action � mener.

Ce que nous appelons la philosophie anarchiste est, du reste, la d�monstration de ce qui pr�c�de. Quelle diversit� d�expression, de conception, de sentiment, de connaissance dans ceux que nous consid�rons comme les p�res de l�anarchie !

Nous y voyons se c�toyer : le th�oricien constructeur Proudhon, le bouillant et si divers Bakounine, les sages fr�res Reclus, le scientifique Kropotkine, le chr�tien Tolsto�, l�impitoyable individualiste Stirner, le sage cynique Han Ryner et j�en passe... Parmi les vulgarisateurs nous trouvons des camarades aussi diff�rents dans leurs propagandes, leurs agissements et leurs explications que Jean Grave, Malatesta, Louise Michel, S�bastien Faure, Emile Armand, Pierre Besnard, Eug�ne Humbert, Berneri, Voline, etc. etc.

Il ne peut �tre question de classer sous l��tiquette anarchiste les disciples de l�un des personnages pr�cit�s car, dans ce cas, ils seraient seulement des Proudhoniens, Bakounistes, Stirn�riens, etc. L�anarchie n�est pas plus Bakouniste que Stirn�rienne, elle fait automatiquement siennes toutes les pens�es et �tudes faites sur l�homme et son comportement social qui reconnaissent l�animalit� de l�homme, sa perfectibilit�, son besoin de libert�, la personnalit� int�grale de chaque �tre depuis sa naissance jusqu�� sa mort et qui rejettent comme n�fastes, r�trogrades et nuisibles toutes les contraintes morales, spirituelles ou physiques. L�anarchie n�est qu�une grandiose synth�se de diff�rentes expressions anarchistes. Le temps et les hommes ont cousu chaque expression l�une � l�autre comme une couturi�re ferait un manteau d�Arlequin ou un marbrier une mosa�que et si de tous temps chacune des expressions n�a pas �t� et n�est toujours pas enti�rement valable, chacune d�elle est et reste ins�parable des autres. Qu�une synth�se nette, clarifi�e, limpide soit souhaitable, qu�elle soit possible, c�est � mon avis une question que seul le temps r�soudra et d�autant plus vite que les diff�rents acteurs de la pens�e anarchiste seront non plus th�oriquement mais pratiquement solidaires les uns des autres.

La pens�e anarchiste tout en �tant multiforme a donc des fondations solides et bien ciment�es entre elles.

Ce sont ensuite les anarchistes qui se divisent pour savoir par quels moyens ils lutteront en faveur de cette philosophie et pour tenter de la r�aliser. Et c�est ici que l�erreur se glisse �norme, monstrueuse. L�anarchie c�est la vie, toute la vie, individuelle, sociale, �conomique, humaine. C�est une conception nouvelle de la vie sous tous ses aspects et ceux qui pr�tendent que chevaucher uniquement leur dada, (dada conception, dada courant, dada tendance, etc.) est le seul moyen de r�soudre l�immense probl�me de la vie sont bien na�fs, s�ils sont sinc�res. Le dada quel qu�il soit est bon, utile, indispensable, lorsqu�il n�exclut pas les autres, lorsqu�au contraire il s�y soude, lorsqu�il fait partie int�grante du manteau d�Arlequin. L�anarchie ne peut pas �tre uniforme, pas plus qu�elle ne peut p�n�trer ni socialement, ni individuellement par une seule br�che. Il faut d�j� un commencement d��croulement g�n�ral dans le domaine de l�ordre moral et social pour que l�anarchie p�n�tre dans le cerveau humain. En cet instant, elle s�y insinue de partout � la fois pour concevoir peu � peu un nouvel ordre sans ordre, une nouvelle morale sans morale, une soci�t� polic�e sans police. C�est en somme un nouvel entendement des hommes et des choses.

Il faut donc que chaque individu qui rejoint l�anarchie se fasse une raison : aucun courant, aucune position ou tendance, etc.., n�est bon en soi s�il est seul, il n�est valable qu�autant qu�il est compl�t�, vivifi�, brass� par et � d�autres courant, position, tendance, etc.

De cette tol�rance mutuelle peut na�tre un accord sur les bases communes existantes. Le mouvement anarchiste ainsi constitu�, d�barrass� de sa faiblesse interne, de sa � maladie infantile � sera � m�me de se consacrer aux t�ches innombrables qui l�attendent. Comme par le pass�, il sera aussi divers, mais uni ; la v�rit�, l�originalit� de ses composants sera aussi grande, mais ils seront solidaires ; les th�ses seront aussi mouvantes, mais d�barrass�es de leur sectarisme et de leurs outrances et sous l�effet de la collaboration elles se s�pareront de leurs contradictions apparentes, mais en fait inexistantes.

L�exp�rience reste � faire ; pour les d�sabus�s cela repr�sente une gageure ; pour moi je continue � croire que si l�ensemble des anarchistes voulaient s�en occuper s�rieusement, l�accord serait rapide et durable. Les anarchistes contemporains n�ont pas tellement d�action d��clat � leur actif, pour qu�ils ne tentent pas la r�alisation de celle-l�.

D�FENSE DE L�HOMME � n� 50 � novembre 1952

(1) Il s�agit de D�FENSE DE L�HOMME. N.D.L.R.




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