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  Post� le lundi 12 juin 2006 @ 01:50:39 by AnarchOi
Contributed by: AnarchOi
ÉducationLes textes que nous proposons in extenso au lecteur dans les pages qui suivent ont �t� reproduits dans le n� 105 de la BROCHURE MENSUELLE en septembre 1931 � l�occasion du 50e anniversaire de la naissance de l��cole la�que.

Bien que l�ex-anarchiste JANVION ait fini sa �carri�re� dans les bras de l�extr�me droite fran�aise, ses �crits ant�rieurs � la premi�re guerre mondiale sont encore dignes d�int�r�t.

Remarquons en passant que E. ARMAND notait avec humour dans l�un de ses articles que notre auteur �tait toujours abonn� � son journal l�en dehors et ce fort tard dans l�entre-deux-guerres !

Groupe Maurice-Joyeux



Introduction (1)

� la demande de quelques amis, j�ai consenti � la r��dition de cette brochure, dont la premi�re �dition s�est trouv�e rapidement �puis�e.

Cette nouvelle �dition trouvera probablement un aussi vif succ�s de vente que la pr�c�dente. Je pr�f�rerais qu�elle obt�nt un �gal succ�s de propagande ; car, c�est par l�enfant, que nous pouvons esp�rer la relative r�g�n�ration de demain.

Je ne me suis pas content� de le penser ou de l��crire ; j�ai, sur ce champ d�exp�rience, de l�action � mon actif. Comme initiateur de la premi�re �cole libertaire en France, j�ai tent� la premi�re exp�rience de pu�riculture int�grale et rationnelle.

L��uvre d�enseignement, la pu�riculture, est, avant tout, une �uvre d�exp�rience, de sollicitude et de raison. Elle ne doit pas contribuer � augmenter le nombre de faux savants, pr�cieux ridicules, qui encombrent d�j� les avenues intellectuelles de l�arrivisme... r�volutionnaires. Elle ne doit pas non plus fabriquer des �l�ves, accroupis sous le dogme (socialiste ou anarchiste), faire des fanatiques � l�esprit-pr�tre, servant la messe la�que sur l�h�tel sacro-saint de ce tyran nouveau, surtout bienveillant � la caisse de nos industriels qu�on appelle � la science �.

Foin d�une �ducation qui fait proclamer � M. S�ailles � �ducation ou R�volution �.

Eveiller l�esprit critique, redresser les jugements tordus par les pr�jug�s et les dogmes ataviques, faire surtout plus de simplicit� avec plus de justice, faire � le c�ur chaud et la t�te froide � pour les col�res n�cessaires et l��veil de la bont� victorieuse...

C�est dans ce sens que je jette dans la circulation la deuxi�me �dition de cette brochure � succincte pr�face d�un livre qui reste � faire.

E. J.

(1) A la seconde �dition 1907.



CHAPITRE PREMIER

Deux comp�res : l��glise et l��tat

L�autorit� ne peut continuer son �uvre oppressive qu�en accaparant l�homme chez l�enfant � cet �ge o� il est d�sarm�, son jugement sans force, sa m�moire vide et sans d�fiance. Pour �touffer l�esprit d�initiative, pour abattre la raison, il faut s�emparer de l�imagination et de la volont� pour cr�er au-dedans des habitudes charg�es de pr�jug�s, de scrupules et d�entraves.

L�enseignement de l��glise para�t � chose jug�e � par nos mangeurs de cur�s ; l�enseignement cl�rical est chose honnie de nos Homais, applaudisseurs de loge ou colporteurs d�anticl�ricalisme �lectoral ; c�est entendu. Tel radical-socialiste, �lecteur bien pensant, croit avoir fait �uvre pie en substituant le dogme de � la la�que � au dogme de l��glise. Quelle erreur ! L��lecteur de M. Tartempion n�a fait que changer de paroisse. Confit dans son sacerdoce civique, il a l��me d�un religieux qui s�ignore. Et c�est cet esprit religieux rev�tant de multiples et d�insaisissables formes, tendant de substituer dogme � dogme, sacerdoce � sacerdoce, s��vertuant � remplacer l�amour de Dieu par le Culte de la Patrie ou le Respect de l��tat par le Bonheur du Peuple, autres id�ologies, c�est cet esprit religieux qui, perp�tuellement, tisse en nous et contre nous sa toile de fourberie et de servilit�.

Lorsque Gambetta s��criait : � Le cl�ricalisme, voil� l�ennemi ! � Gambetta faisait son m�tier de politicien grandiloquent et mettait une enseigne � sa boutique.

Nous, nous disons : � les Religions (d��tat ou d��glise), voil� l�ennemi ! Les dogmes, l�esprit religieux ; cl�rical ou la�que, voil� l�ennemi ! �

L��tat a proclam�, il y a quelques ann�es, l�enseignement la�que et obligatoire pour les enfants de six � treize ans. Et tous les d�fenseurs des � int�r�ts sacr�s de la d�mocratie �, tous nos d�moc-socs qui allument gravement leurs lampions � le jour du Quatorze �, de pousser un hosanna de satisfaction. Tout beau, messieurs ! L��tat n�a fait que d�placer le mal ; l��glise, � qui on a laiss� en compensation � la libert� de l�enseignement �, a bien voulu passer la main. Par l�enseignement la�que, gratuit et obligatoire, l��tat s�est r�serv� le droit de placer les g�n�rations � venir sous sa tutelle, de marquer de son empreinte, de fa�onner � son gr� les cerveaux et les c�urs.

La gratuit� de l�enseignement d��tat ! Verbiage et chiqu� de prospectus... civique. Elle ne vaut gu�re mieux que la gratuit� des � maisons de cr�dit �. On ne donne rien pour rien. Comme lesdites maisons de cr�dit trouvent leur compte en sp�culant sur la mis�re, par l�enseignement la�que, gratuit et obligatoire, la R�publique la�que trouve le sien � la cueillette du poirier �lectoral, qui verse tous les quatre ans, � la r�colte. R�sultat net, la�que et r�publicain : quelques millions de � bons citoyens �, soumis, r�sign�s et bien assouplis au dressage social.

L��tat et l��glise, �poux au mariage indissoluble ; l�un le gendarme qui pr�vient, l�autre le gendarme qui op�re ; l��tat et l��glise, deux faiseurs habiles qui se battent sur l�estrade �lectorale en se r�conciliant � l�amiable dans les coulisses de la S�paration. L��tat et l��glise savent trop bien que l�homme ressent toute sa vie l�influence subie pendant son passage � l��cole. Voil� pourquoi ils se sont arrog�s le droit de tenir dans leur main despotique les cerveaux et les c�urs, de fa�on � les marquer de leur empreinte ineffa�able.

Ce qu�ils enseignent : patrie, morale et scrutin

Leur Morale ? Une Morale de doit et avoir, de r�compense et de ch�timent, un code de mar�chauss�e, un moule destin� � faire des moules, fa�onnant le cerveau de l�enfant � ob�ir sans contr�le � la loi des plus forts. Une recette d�exp�dients us�s, un accommodement d�habitudes, un r�sidu de vieux pr�ceptes, une s�rie de concessions hypocrites � l�opinion publique, une morale de gendarme qui �dite, sanctionne, montrant trop le poing qui frappe et pas assez la main qui rel�ve, une morale d�obligation et de sanction, sans spontan�it�, sans dignit�.

Morale immorale ! Morale de calcul cynique et odieux qui donne une prime aux actes humains. Est-ce que la r�compense ou la peine n�outrage pas la fiert�, la dignit� ?

Est-ce moral d�enseigner : � Fais ceci et tu seras r�compens� �, � ne fais pas cela, parce que tu serais puni �.

En un temps qui n�est pas tr�s lointain, union touchante des deux extr�mes sous le pavillon du Panama, bien digne de couvrir une telle marchandise, on vit notre Morale dans la personne de ses repr�sentants les plus d�cor�s, �chouer � Mazas, apr�s avoir fait antichambres � la grande Chancellerie.

On pervertira le sens moral de l�enfant en lui faisant vouer au m�pris le pauvre bougre � d�nomm� voleur � parce qu�il aura d�rob� un morceau de pain � la devanture d�un boulanger pour apaiser sa faim, et en lui faisant admirer et saluer chapeau bas � le bon patron �, gros minier, d�cor� et s�nateur, qui a � gagn� � des millions sur les cadavres de ses ouvriers, dans l�exploitation du blanc de c�ruse, par exemple...

On lui insufflera le respect du riche et du parvenu, l�admiration provinciale et b�ate du ch�telain capitaliste, gras fain�ant qui n�a jamais fait �uvre de ses dix doigts, qui ne produit rien et qui poss�de tout � le m�pris de l�ouvrier, du pauvre, du mal v�tu, qui produit tout et qui n�a rien.

On lui inculquera la haine aveugle et imb�cile du peuple d�au del� tel ruisseau, l�infatuation de sa propre race au d�triment de toutes les autres.

Dans les livres scolaires de notre troisi�me r�publique, on a �puis� toutes les formules de la phras�ologie propri�taire, petite bourgeoise ou nationaliste. Qu�on ouvre le premier venu des livres classiques, en usage dans les �coles primaires de Paris, Ville-Clart�, longtemps r�gent�e par un conseil municipal � socialiste-r�volutionnaire �, et on jugera de l�autorit� extraordinaire que prennent les vers enflamm�s de nos paladins modernes : D�roul�de et Copp�e (pour ne citer que ces deux-l�), sur la formation intellectuelle et morale de nos enfants.

Voici des sujets de composition fran�aise, donn�s en 1905 dans une de nos �coles la�ques :

� La France est la terre du d�vouement, du g�nie et de l�honneur. Tout homme a deux pays : le sien et la France.

� La patrie, c�est la grande famille qu�il faut aimer encore plus que votre p�re ou votre m�re, parce que c�est par elle que nous existons tous.

� La perte de l�Alsace-Lorraine : la France a pour elle le droit et la justice : elle attend tout de l�avenir.

� Les chefs sont choisis pour leurs capacit�s ; les hommes ne peuvent pas tous �tre �gaux. D�velopper cette pens�e.

Chaque jour, des phrases sont inscrites au tableau noir ; elles y restent inscrites pendant tout le jour, apr�s avoir �t� lues � � haute voix et en ch�ur �. En voici quelques bons sp�cimens :

� Un bon Fran�ais doit savoir mourir pour le drapeau.

� Vous n�existez que pour la Patrie, ne vivez que pour elle.

� Un bon petit Fran�ais doit se pr�parer � devenir un bon soldat.

� Le respect de la loi est le premier devoir du citoyen.

� Aimer le bien, c�est aimer Dieu.

� Dieu, mes enfants, vous le trouverez partout ; la nature toute enti�re vous raconte sa puissance et sa sagesse infinies.

� Frauder, c�est se rendre indigne des bienfaits de l��tat.

� S�abstenir de voter, c�est se d�pouiller volontairement du titre de citoyen.

� Les Gaulois adoraient les faux dieux. (Lavisse, acad�micien.)

� Apr�s la bataille, le soldat doit redevenir humain et g�n�reux.

Voici le Livret de Morale � l�usage de l��l�ve, de M. Ch. Dupuy. On y lit, page 11 :

� D. � Que devez-vous faire quand le drapeau tricolore passe ?

� R. � Quand le drapeau tricolore passe, je dois interrompre mes jeux et mon travail ; je dois le regarder avec recueillement et le saluer avec respect. Chapeau bas ! C�est la patrie qui passe ! �

La France seule, est un pays extraordinaire ; c�est la Patrie de l�honneur, du d�vouement, du courage, du g�nie, la terre des arts, le berceau de la science, que sais-je. C�est la p�pini�re des Millevoye, des Bouffandeau, des Mascuraud et autres ph�nom�nes du carnaval nationaliste et ma�onnique. C�est � la terre la plus douce qui soit sous le soleil � pour les tambours du radicalisme, comme M. Maujan ou les arrivistes arriv�s comme M. Viviani.

Quant aux pays o� sont n�s les Shakespeare, les lord Byron, les Emerson, les Carlyle, les Schiller, les Goethe, les Ibsen, les Tolsto�, les Nietzsche, poussi�re de l�esprit !

� La France est le plus beau pays du monde, d�clare M. Charbonneau dans son Manuel de P�dagogie (p. 204). Les Fan�ais l�emportent sur le reste des hommes par l�esprit, l�intelligence et le c�ur. La France est une nation h�ro�que et d�sint�ress�e, champion naturel du vrai, du beau et du bien, et dont l�invincible arm�e symbolise toutes les vertus. �

La haine de l��tranger est tisonn�e de la fa�on la plus cruellement imb�cile :

� Pouvons-nous aimer les Allemands, demande le d�funt panamiste, M. Burdeau. Ceux qui ont bless� la France, ceux qui oppriment les Fran�ais d�Alsace-Lorraine, nous ne pouvons songer � les aimer. �

L�histoire n�est qu�une succession de faits militaires, une rapsodie d��pop�es claironnantes. L�h�ro�sme du soldat est la premi�re des vertus ; l�ob�issance passive, le plus grand des devoirs ; la pr�paration au dressage militaire, la plus noble des t�ches.

� Le service militaire, dit M. Lechantre, dans son Cours complet d�Instruction Morale et Civique (p. 125) est l�apprentissage de la guerre. Il est n�cessaire pour former une arm�e solide, capable de nous d�fendre contre les malfaiteurs du dedans et les ennemis du dehors. �

� Les malfaiteurs du dedans �, c�est apparemment la troupe des exploit�s qu�il faut maintenir, les gr�vistes qu�il faut contenir, la horde mena�ante des ventres-creux qu�il faut mater un jour ou l�autre. Tant les soldats sont, avant tout, les chiens de garde des Malfaiteurs de Grosse Propri�t� et de Haute Finance !

Et quel lyrisme carnassier dans les chansons de nos �coliers ! Oyez :

On va leur percer le flanc,

Rantan, rantanplan, tirelire,

On va leur percer le flanc,

Nous allons rire.

Voici la chanson cocasse intitul�e Le D�part des Conscrits :

La France nous appelle,

Partons au r�giment ;

S�il faut mourir pour elle,

Le soldat est fid�le

Et soutient bravement

L�honneur du r�giment.

Couleurs de la Patrie,

Salut � toi, drapeau.

Le soldat sacrifie

Pour toi jusqu�� la vie

Et trouve pour tombeau

Les plis de son drapeau.

Nous avons pour devise :

� Patrie et Libert� �,

Ce cri nous �lectrise

Que rien ne nous divise ;

Luttons pour la cit�

Et pour la libert�.

Adieu, mon bon vieux p�re,

Adieu, mes chers amis,

Embrassez-moi ma m�re,

Dans trois ans, je l�esp�re,

Je reviens au pays

Vivre aupr�s des amis.

Et celle-ci, le Salut au Drapeau, qui ne c�de en rien � la pr�c�dente comme saveur mirlitonnesque :

Les soldats passent dans la plaine,

L�air martial, le c�ur haut.

Et qui leur donne longue haleine,

Gu�rit leurs maux, calme leurs peines ?

C�est le drapeau ! C�est le drapeau !

Que nous t�aimons, blancheur auguste,

Symbole de virginit�.

Disant � tous : � La France est juste ! !

Elle est l�appui de tout arbuste ! !

Elle est encore la charit� !... �

Mais je n�en finirais pas. Les citations sont sans fin.

On a d�nonc� les m�faits de l�enseignement cl�rical. Songe-t-on aux ignominies de l�enseignement officiel, r�publicain et patriotique ! Comment les excitations canaques et chauvines n�auraient-elles pas une prise facile et s�re sur des cerveaux ainsi pr�par�s d�s l�enfance au d�lire militariste ?

Les notions de droit ou d��conomie politique sont toujours con�ues et expliqu�es sous les formes diverses d�une apologie irraisonn�e et d�un �loge enthousiaste des institutions existantes, consacr�es par le droit du plus riche, et ce droit appuy� par la force...

Voil� un �chantillon de l�enseignement qui se d�bite, � l�heure actuelle, sous un gouvernement r�publicain, anticl�rical, anti-nationaliste, et comptant la plupart du temps sur ses bancs un ministre ou deux socialistes-collectivistes-r�volutionnaires. Voil� l��uvre de d�magogie patriotique accomplie chaque jour, l��uvre de perversion consomm�e avec tranquillit�, sous l��il de nos Briand, de nos Chaumi�, de nos Lavisse. N�est-ce pas � rendre jaloux nos patriotes officiels, qui portent l�estampille de la P.F., batteurs d�estrade, sp�culant sur l��me cocardi�re des foules, toujours sentimenteuses ; cabotins �pileptiques, mirlitons grotesques, donnant l�image d�un troupeau de val�tudinaires en descente de Courtille, un plumet � leur bonnet de coton et des �perons � leurs pantoufles. Invalides de Carnaval, r�form�s pour � manque d�estomac � et qui, � les en croire, n�ouvrent leur tabati�re que � les yeux tourn�s vers l�Est �...

C�est ainsi que, d�s l�enfance, inconscients et na�fs, nous avons t�t� au biberon du militarisme et suc� le lait empoisonn� d�un patriotisme imb�cile.

Il ne faut plus nous �tonner de rencontrer de vrais � Fran�ais de France �, comprenant fort-bien le cambriolage du � Dahomey... aux Dahom�ens �, la mise au pillage de � la Chine aux Chinois � � et aussi les n�gres du Soudan, soldats du commandant Marchand, ayant contribu� � l�illustration du drapeau fran�ais !!...

Et ce petit-fils d�Abd-el-Kader, combattant les musulmans du Maroc, dans les rangs de l�arm�e fran�aise. N�est-il pas un tra�tre, au sens nationaliste du mot, au sens patriote le plus �l�mentaire. N�est-il pas un traite � l��gal des Arabes qui acceptent d�opprimer leurs fr�res d�Alg�rie sous leurs ba�onnettes de turcos ?

Que de crimes de l�se-patrie fait commettre ce patriotisme, � cher � nos �mes bien n�es �, dont la cocardi�re et tra�tresse imb�cillit� leur devrait faire admirer Bismark et Behanzin, � l��gal d�un Gambetta, et m�priser, comme anti-patriotes et tra�tres, leurs sujets coloniaux qui se laissent asservir, d�corer et opprimer, par les Fran�ais (des �trangers), sur le sol de leur propre patrie ?

On �garera la na�vet� de l�enfant au petit jeu des pr�f�rences gouvernementales. On l�embrigadera, adulte, dans un parti, comme desservant de coterie politicienne. On �vitera de lui faire comprendre que les hommes ne sont divis�s en partis que par des jalousies et des haines artificielles attis�es par des intrigants, vivant de la division des hommes comme les poux de la gale. De la politique qui g�te tout, qui pourrit tout, on ne lui montrera que le c�t� profit, sans lui d�voiler ses compromissions et ses tares. �gar� par ses pr�f�rences pour celui-ci, par ses haines pour celui-l�, l�enfant perdra, dans la fum�e de cette bataille d�app�tits, la notion de son individualit�.

Puis, � la faveur des t�n�bres de la sacristie ou du confessionnal, gr�ce � la faiblesse ou � la complicit� de la m�re, le pr�tre va se glisser pour parfaire cette �uvre de corruption et de mensonge.

Ceux qui ont tu� J�sus, qui n�a jamais parl� de religion, J�sus, qui a proclam� le � tu ne tueras pas �, le � tu ne jugeras pas �, J�sus, qui fut l�ami des pauvres, le proph�te de la justice, se sont empar�s de son cadavre et ont fait de lui le Dieu des riches, le Dieu des vendeurs du Temple, le Dieu des Enfers, le Dieu des Arm�es.

C�est cette engeance que J�sus fustigerait, s�il revenait au monde, comme il a fustig� les Pharisiens, les docteurs de la Loi et les Princes des pr�tres ; c�est cette racaille qui continue � le crucifier tous les jours, en l�attachant au gibet des �glises et des Pr�toires, qui l�offre en adoration � l�enfance, sous les esp�ces d�un Dieu de carnaval, n� d�une vierge-m�re, par l�op�ration du Saint-Esprit...

Merveilleux instrument d�autorit�, calcul cynique et �hont� d�une secte qui, pour �tablir sa domination par la crainte, agite le spectre d�un enfer imaginaire pour que, plus tard, l�homme ne voie pas que l�enfer r�el est l�enfer social dans lequel il se d�bat.

Mais l��glise ne suffit pas : la La�que est son tr�s humble serviteur.

Voici un extrait des Conseils p�dagogiques, puis� dans le journal p�dagogique : le Volume (A. Colin, �diteur).

II - DEVOIRS ENVERS DIEU

L�instituteur n�est pas charg� de faire un cours ex-professo sur la nature et les attributs de Dieu, l�enseignement qu�il doit donner � tous indistinctement se borne � deux points.

D�abord il leur apprend � ne pas prononcer l�g�rement le nom de Dieu. Il associe �troitement dans leur esprit � l�id�e de la cause premi�re et de l��tre parfait un sentiment de respect et de v�n�ration ; et il habitue chacun d�eux � environner du m�me respect cette notion de Dieu, alors m�me qu�elle se pr�senterait � lui sous des formes diff�rentes de celles de sa propre religion.

Ensuite et sans s�occuper des prescriptions sp�ciales aux diverses communions, l�Instituteur s�attache � faire comprendre et sentir � l�enfant que le premier hommage qu�il doit � la Divinit�, c�est l�ob�issance aux lois de Dieu...

L��uvre du pr�tre n�est pas jug�e suffisante, le cat�chisme, les � exercices religieux � sont aussi jug�s insuffisants. MM. les inspecteurs primaires viennent tr�s la�quement � la rescousse.

Si bien que M. l�abb� St�phan, concurrent de M. l�abb� Gayraud dans le Finist�re, a pu prononcer cette phrase si suggestive qui nous est arriv�e par le canal de l��cho Paroissial de Brest (Avril 1902) : � Les �coles du gouvernement sont aussi bonnes que les n�tres. �

Nous n�en avons jamais dout� !

Ah ! si MM. les inspecteurs primaires avaient carte blanche !

Mais dans l�eau qui coule sous les ponts de la La�que, il y a, depuis quelques ann�es, une goutte de syndicalisme de plus !

Les instituteurs ont commenc� � se d�pouiller de leur servilit� et ont pris conscience de l�int�gralit� de leur mission.

Il faut esp�rer qu�il en sera bient�t fini d�un enseignement surann� cl�ricalo-militaire, coagul� de cat�chisme et de patriotisme pompier.

Ebahissement de la raison : Foi aux myst�res, Josu� arr�tant le soleil, Mo�se passant la Mer rouge � pied sec, Jonas dans l�estomac de la baleine, les hyst�romanies de Marie Alacoque, la pr�sence r�elle, la Vierge-m�re, un seul Dieu en trois personnes, la r�surrection de Lazare, voil� de quoi couvrir du bonnet d��ne le cerveau le plus robuste.

Bataillon scolaire et Dressage militaire : T�te droite, t�te gauche, donner des coups de poing au vent sur les places publiques, pouvoir tra�ner une grande colichemarde, se mettre sur la t�te un feutre � trois goutti�res, s�habiller en bleu ou en rouge pour marcher au pas derri�re des tambours sans faire aboyer les chiens, faire des grimaces appel�es pieuses � faire rougir le singe le plus effront�, voil� de quoi, n�est-il pas vrai, bouleverser l�entendement le plus sain.

Et le dressage � l�arrivisme ? car il faut r�ussir.

R�ussir, c�est intriguer, plier l��chine pour obtenir les meilleurs emplois, se pr�ter � toute combinaison louche ou malpropre. Car il faut � faire son chemin �... serait-ce sous les bottes des autres. Qu�importe alors l�amour de la v�rit�, de la franchise, l�esprit de solidarit� ; la dignit�, la spontan�it�, la libert�. Peuh ! Des mots d�utopistes, de r�veurs, de songe-creux. Ce qu�il faut c�est, avant tout, sortir de l�obscurit�, gagner de l�argent, gravir les supr�mes �chelons de la hi�rarchie sociale, quitte � �craser, au passage, ceux qui se trouvent sur le chemin.

Et on engraisse, pour le succ�s, les �l�ves, avec la farine des programmes, comme on engraisse le b�tail � concours.

Leur Histoire ? � Des Histoires. Ce n�est pas l�histoire de la Libert� � travers les �ges, la gen�se de l�Id�e r�volutionnaire filtrant p�niblement � travers l�argile de l�autorit�. C�est un sch�ma aride, farci de dates d�av�nement, de batailles et de morts, traitant des pr�occupations personnelle des dirigeants et des monarques, r�cits ampoul�s puis�s dans les racontars de courtisans.

On pervertira l�imagination de l�enfant par l�apologie constante de crimes couronn�s de succ�s ; le deux D�cembre sera exalt� par le bonapartiste ou fl�tri par le r�publicain ; la prise de la Bastille, l�abomination des abominations pour le royaliste, sera apologi�e (apologie de faits qualifi�s crime), aux applaudissements des brav� �lecteurs, au bruit des cuivres r�publicains, par tous nos Deschanels de � d�fense r�publicaine �. Un nombre suffisant de si�cles s��tant �coul�s, les dirigeants ont �lev� des statues � l�anarchiste Guillaume Tell, propagandiste par le fait d�alors, mais il ne faudrait pas que celui-ci s�avis�t de reprendre le cours de ses exercices. Car, avec une sagesse toute bourgeoise, les autorit�s r�publicaines le traiteraient comme un simple Ravaillac ou un simple Bresci, lui d�montrant qu�on ne peut �tre consacr� h�ros qu�apr�s avoir �t�, pendant un certain nombre de g�n�rations, calomni� par les l�ches et insult� par les imb�ciles.

Servitude familiale

Ajoutez � cela l�autorit� paternelle souvent exerc�e avec maladresse � et sans contr�le � au sein de la famille. Car il ne faut pas oublier les m�faits de la servitude familiale. L�autorit� paternelle est quelquefois pire que l�autorit� militaire qui s�exerce, elle, sur des jeunes gens dont le cerveau � atteint d�j� un certain d�veloppement, acquis une certaine force de r�sistance aux influences ext�rieures. Tandis que l�autorit� du p�re ignorant, du p�re maladroit, p�se sur l�enfant du moment de sa naissance jusqu�au jour ou il a acquis son entier d�veloppement c�r�bral. � Elle le circonvient, a �crit Andr� Girard (�ducation paternelle), � une �poque o� son cerveau, mall�able � merci, est livr� comme une cire molle � toutes les empreintes. Son premier effet est d�accoutumer l�enfant � l�ob�issance, c�est-�-dire � l�annihilement de sa personnalit�, � l�avilissement plus ou moins profond de son caract�re. �

Ainsi l�enfant, guett� par le dogme, assoupli au dressage scolaire, bien souvent mal dirig� par le p�re, grandit dans une servitude constante, � servitude physique et psychique, d�autant plus nuisible qu�elle est voulue, raisonn�e, �rig�e en syst�me et qu�en dehors d�elle l�ignorance et la b�tise humaines n�aper�oivent que dangers et pr�judices �.

Si donc l�enfant jette les yeux autour de lui pendant le stage de son �ducation, s�il consid�re avec attention ceux qu�on se pla�t � appeler dans les discours � les ma�tres d�vou�s �, � les amis de l�enfance �, ce ne sont pas des hommes libres qu�il voit � ses c�t�s. Ce ne sont ni des guides, ni des conseillers, ni des amis, ni des gens de vocation, mais bien des gens de m�tier, des serviteurs qui ex�cutent des consignes selon le programme et non des interpr�tes exprimant en toute franchise ce qu�ils croient �tre la v�rit�.

Et comme le triple pouvoir dont ils �manent a accapar� l�enseignement tout entier, aucune autre voix que la leur ne peut se faire entendre et contrebalancer leur influence n�faste. Et c�est ainsi que cette �ducation pervertie et sophistiqu�e a eu pour r�sultat, pour la plus grande satisfaction de nos gouvernants, de pr�parer d�un c�t� des tyranneaux sans c�ur et sans scrupules, de l�autre, une race d�esclaves, soumis et r�sign�s.

Par une �ducation faite de mots menteurs et de sentiments truqu�s, l�Individu a �t� absorb�, noy� dans la masse ; il est devenu un num�ro du troupeau que les Bergers tiennent au cordeau et � l�alignement. Il a d�abord �t� sacrifi� � Dieu, puis � la Patrie, puis � la Nation. Des bateleurs, ces diff�rentes cordes �tant us�es, se promettent maintenant de le rouler au nom de la Sociale, du Peuple ou de l�Humanit�. Toute la gamme des abstractions, toute la lyre des divinit�s impalpables et fumeuses.

L��cole a ainsi forg� de toutes pi�ces cette soci�t� immonde qui n�est qu�un vaste coupe-gorge, un maquis militaire, financier et religios�tre.

L��cole, ainsi comprise, est bien l�antichambre de la caserne et de la sacristie.

Odieuses gargotes

Parlerai-je de ces d�testables h�tels meubl�s scolaires, appel�s officiellement institutions libres et dont les tenanciers sont plus commun�ment connus sous le nom symbolique de � marchands de soupe �.

Il faudrait un livre sp�cial, semi-comique, semi-dramatique, pour pouvoir dire, avec tous les d�veloppements que ce sujet comporte, toute l�imposture f�tide avec laquelle, dans ces maisons de tol�rance scolaire, on frelate les intelligences, les estomacs et les c�urs...

D�licieux parents qui (au vu de papier � lettre directorial � en-t�te portant ce mane thecel phar�s acad�mique. Universit� de France, Acad�mie de...) livrent leurs enfants � ces gargotiers sans scrupule et s�endorment confiants sur le giron de l��tat.

Livr�s � l�arbitraire d�un � chef d�institution �, la plupart du temps sans instruction, ni �ducation et, en tout cas, presque toujours sans contr�le (1) et omnipotent dans ses mensonges de commer�ant, les �l�ves sont consid�r�s comme des sujets � sp�culation alimentaire et de sollicitude �valu�e au taux de la pension monnay� par les parents.

Dans ces lupanars scolaires, les �l�ves bons-payeurs sont sacr�s tabous, leurs notes toujours excellentes et les ma�tres ou professeurs, recrut�s dans les plus louches officines de placement, oblig�s � sous peine de renvoi � d��tre les tr�s humbles serviteurs du petit b�tail de rapport...

Instruction nulle, nourriture d�testable, officines de malpropret�, de vices et de mensonges, c�est � une Ligue de licence des consciences que devrait �tre remis le soin de nous d�barrasser de ces poubelles de banlieue universitaires.

Le nombre de ces � bo�tes � �tait d�environ 1200 (Paris et banlieue) il y a dix ans. Depuis l�expulsion des congr�gations, et les cons�quences de la loi de s�paration, leur nombre a doubl� et leur population scolaire a quintupl�. C�est la grosse prosp�rit�, c�est la fortune pour nos � marchands de soupe � qui, en quelques ann�es, aujourd�hui, arrondissent leur pelote et r�alisent la richesse sur la mauvaise soupe distribu�e dans leurs �tablissements.

D�licieux parents qui, mal renseign�s, impudemment tromp�s (2), livrent leurs enfants � ces assommoirs scolaires, � ces mastroquets de l�enseignement.

Je dois ajouter que ce trafic de jeunes estomacs se fait, dans le d�partement de la de la Seine, avec la complicit� des Conseils municipal et g�n�ral de la Ville de Paris.

C�est � ces institutions-bistrots que la Ville de Paris confie l�instruction (!) de ses pupilles et c�est sur leur nourriture que le tenancier �difie le plus clair de son b�n�fice. � 30 pupilles � 600 francs, me d�clarait jadis un marchand de soupe, c�est franc ; avec �a la nourriture des autres pensionnaires est nette de tous frais et devient tout b�n�fice. �

Voil� un autre type d�enseignement, insoup�onn� pour la plupart de nos lecteurs, et qui, depuis la loi de s�paration, empoisonne une population de pr�s de 60 000 enfants.

J�ai, comme professeur, vu d�odieux trafiquants de l�enfance prosp�rer dans ces eaux grasses et le jour o� l�Universit�, tout de m�me plus scrupuleuse, obligera, par mesure de s�curit� morale, ces tenanciers � fermer boutique, j�en connais qui applaudiront des deux mains.

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(1) Les institutions libres ne sont aucunement sous le contr�le de l��tat, du D�partement ou de la Commune ; consid�r�es comme entreprises commerciales le D�partement de l�Instruction publique envoie, pour la forme, et une fois par an, un inspecteur primaire ou d�acad�mie, dont l�inspection pour la forme et purement illusoire, doit se borner � un coup d��il mobilier et immobilier.

(2) Le Directeur de ces �tablissements, qui est la plupart du temps le g�rant d�un invisible titulaire, sait jouer avec virtuosit� du papier � lettre � en-t�te, portant ce Mane Thecel Phar�s acad�mique : UNIVERSIT� de FRANCE, ACAD�MIE de...

V�ritable abus de confiance envers l�Universit�, de laquelle ces institutions ne d�pendent aucunement et poudre aux yeux, jet�e a. g. d. g., pour rassurer la client�le des parents.



CHAPITRE II

Ce que nous ne voulons pas

Nous voudrions supprimer la Discipline et le Classement.

La Discipline. � La discipline, telle qu�on l�applique � l��cole, est g�n�ratrice de dissimulation, de sournoiseries et de mensonges.

Les mots de punition ou de r�compense ne devraient jamais �tre prononc�s dans une �cole. Il est immoral d�agir dans tel ou tel sens par la crainte du ch�timent ou le d�sir de la r�compense. Le bien devrait �tre fait pour la satisfaction intime qu�il procure et non pour les avantages qu�on en peut retirer. Nous savons que c�est l� un id�al, mais lors m�me qu�un but ne peut �tre tout � fait atteint, l�effort n�est pas inutile. Par un traitement d�orthop�die morale, enseignons � l�enfant la propret� morale, comme on lui enseigne la propret� physique.

� L��ducation se doit conduire avec une fermet� douce, dit Montaigne... �tez-moi la violence et la force ; il n�est rien � mon avis qui ab�tardisse et �tourdisse si fort une nature bien n�e... Entre autres choses, la discipline de la plupart de nos coll�ges m�a d�plu.. c�est une vraie prison de jeunesse captive... Arrivez-y au moment du travail, vous n�oyez que cris d�enfants supplici�s et de ma�tres enivr�s dans leur col�re. Quelle mani�re pour �veiller l�app�tit envers leur le�on, � ces �mes tendres et craintives, que de les y engager avec une trogne effroyable, les mains arm�es de fouets... Combien leurs classes seraient plus d�cemment jonch�es de fleurs et de feuilles que de tron�ons d�osiers sanglants ! �

� Celui qui a trembl� devant ses parents et ses ma�tres, a �crit Luther, tremblera toute sa vie devant une feuille que le vent soul�ve. �

S�il s�agit de r�primer la turbulence, l�immobilit� qu�on impose � l�enfant ne fait qu�exasp�rer le besoin de mouvement qu�il a. Laissez-le, au contraire, �puiser son activit� au dehors ; qu�il d�pense sa fougue hors de la classe, afin qu�il ne la d�pense pas au dedans.

En lui assignant comme pensum une besogne fastidieuse et st�rile, vous risquez d�imposer � l�enfant le d�go�t de l��tude et l�aversion pour son �ducateur.

Que reste-t-il comme moyen d�action ?

Si les punitions corporelles, les menaces terrifiantes, le surmenage sont absolument proscrits, il ne s�en suit pas que toute fermet� doive �tre bannie et qu�on puisse reconna�tre � des enfants ignorants la m�me libert� illimit�e qu�� des hommes faits.

Le vrai pr�curseur de l�anarchie, Bakounine, est d�avis que les enfants doivent �tre soumis � une discipline de plus en plut att�nu�e � mesure qu�ils avancent en �ge.

On pourra user, � la rigueur, de la privation de certains plaisirs, des exhortations et des r�primandes.

C�est peu, pensera-t-o-n peut-�tre. C�est suffisant, r�pondrai-je, pour qui saura en user avec tact, mesure et convenance, en tenant compte de la gravit� plus ou moins grande de la faute, de la sensibilit� plus ou moins grande de l�enfant et aussi de son �ge.

La s�v�rit� des peines n�en assure pas l�efficacit� : la sensibilit� morale ou physique s��mousse par l�effet de l�habitude.

� On obtient plus, dit Plutarque, par les �loges et les r�primandes que par les rigueurs. �

On croit g�n�ralement que l�enfant a des d�fauts qui lui sont propres ; on s�en va r�p�tant : � Cet �ge est sans piti�. � Leurs d�fauts sont les n�tres, seulement l�enfant donne libre cours � ses pens�es comme � ses mouvements ; il ne sait pas encore, comme nous, dissimuler. Dans les reproches que nous lui adressons, combien pourraient �tre justement retourn�s contre nous.

Avons-nous toujours eu soin d��veiller leur conscience et de la d�velopper une fois �veill�e ? Loin de l�, il arrive souvent qu�on la fait d�vier, comme on fait d�vier leurs jambes par le maillot et la marche h�tive. Quel bien n�y aurait-il pas � faire, rien qu�en �vitant le mal que l�on cause inconsciemment lorsqu�on alt�re le sens naturellement droit de l�enfant. Car n�oublions pas que l�enfant a les sentiments de droiture et de justice plus d�velopp�s que nous (rappelez-vous vos jeunes ann�es), que nous, qui les perdons chaque jour, dans la bataille de la vie.

On ne peut pas apprendre la libert� avec des gestes d �esclave.

Faisons prendre aux enfants l�habitude du bien, c�est-�-dire du beau, du juste et de l�utile. L�habitude nous dispense de redites : � C�est en quelque sorte un instinct acquis. �

Ni classement. � Par la suppression radicale du classement on annihilerait chez l�enfant, et partant chez l�homme, les sentiments si funestes de vanit�, de haine, de jalousie.

� En tachant de leur donner de l��mulation, il faut bien prendre garde de ne pas faire na�tre de l�envie pour les bonnes qualit�s qu�ils remarquent dans leurs compagnons, et qui leur manquent. � (Coustel, �ducation des Enfants.)

Sous pr�texte d��mulation, on s�me comme � plaisir les rivalit�s, les comp�titions. L��loge public excite la jalousie des �mules, des rivaux ; le bl�me diminue et irrite celui qui en est l�objet. Dire � l��colier : un tel a mieux fait que vous, il aura tels avantages, voil� qui lui inspirera de mauvais sentiments, et qui embarrassera son camarade plus intelligent ou plus heureux. L��l�ve est-il paresseux ? On ne l�excitera pas au travail par ce moyen, et s�il p�che par d�faut d�intelligence ou par l�incapacit� d�attention, on ne parviendra ainsi qu�� lui inspirer le d�go�t de l��tude, comme il arrive qu�on se d�sint�resse d�un travail auquel on s�est appliqu� et o� l�on n�a pas r�ussi malgr� ses efforts. Il n�y a aucun inconv�nient, au contraire, � dire � l�enfant : tu as mieux fait ton devoir, tu peux le faire mieux encore. Ce mode d��mulation est m�me le seul qui puisse �tre employ� lorsque l�enfant est �lev� dans la famille.

Il faudra d�montrer � l�enfant que chaque individu doit sa part d�efforts et de travail � la collectivit�. Au mieux dou� il appartiendra de donner davantage. Chacun ayant des aptitudes diff�rentes devra apporter un travail individuel diff�rent par la vari�t� dans l�harmonie, concourant au bien-�tre de ses coassoci�s. Fera-t-on un reproche � un homme d��tre laid, difforme, court de taille ? Un autre aura-t-il concouru d�s sa naissance � son intelligence, � son temp�rament ? De m�me, il est souverainement injuste d��tablir des parall�les et des comparaisons par classement et l�on ne doit pas �riger des hi�rarchies.

Ni politique. � J�entends par cette expression le pr�jug� r�publicain du � meilleur gouvernement �, cette tendance irraisonn�e et �lectorale de l�instituteur moderne � m�me syndicaliste � � apologier la R�publique au d�triment des r�gimes d�chus.

Pour la libert�, il n�est pas plus de meilleur gouvernement qu�il n�y a de � meilleure trique � pour fouetter ou de � meilleure balle � pour tuer. Nous n�avons pas � solliciter le choix de l�enfant pour de � meilleurs � maux ou maladies, si l�enseignement int�gral et rationnel doit �tre aiguill�, comme nous le pensons, dans le sens de la sant� et de la vie.

L�erreur du � meilleur gouvernement � peut d�ailleurs �tre facilement combattue en jetant, avec un peu de r�flexion, les yeux sur les R�publiques en exercice : les R�publiques Suisse ou des �tats-Unis.

Nulle part, l�autoritarisme capitaliste, le puritanisme morose, n�est plus ex�crable qu�en Suisse ; nulle part, la compression de la pens�e n�est plus odieuse que dans ce pays de dictature milliardaire, cette caverne d�Ali-Baba, aux trusts accapareurs, qu�est la R�publique nord-am�ricaine.

La France r�publicaine est la terre classique des odieuses lois sc�l�rates, de l��chafaud pour les r�volt�s et des fusillades meurtri�res sur les champs de gr�ve. Et ce sont ses parlementaires les plus r�volutionnaires qui, nagu�re, mariaient Gallifet et Millerand, l�assassin rouge du sang de trente mille communards, avec le repr�sentant des assassin�s. Ses r�formes les plus fameuses, encore sur le tapis parlementaire : les retraites ouvri�res et l�imp�t sur le revenu, sont, depuis des lustres, d�j� us�es dans les pays monarchiques : l�Angleterre et l�Allemagne, par exemple. Et le populo fran�ais, � le premier peuple de la terre �, en est � compter encore sur ces vieilles lunes usag�es et trou�es par l�usure monarchique...

Bizarre pr�f�rence r�publicaine pour des r�volutionnaires. � m�me anarchistes � qui, bannis, expuls�s, traqu�s, trouvent en Angleterre (monarchie) la terre classique de l�hospitalit�. Pr�jug� r�publicain insens� pour les antiparlementaires et les antimilitaristes qui doivent transporter en Hollande (autre monarchie) les s�ances de leurs congr�s toujours interdits sur le sol � libre � de cette si lib�rale R�publique fran�ais. Voil� bien un r�sultat de la duperie ma�onnique criminelle qui sut, avec ses mensonges r�publicains, engluer la virilit� r�volutionnaire dans le compromis ma�onnico-r�publicain le plus vil qui se soit produit depuis un quart de si�cle.

Il n�est pas de � meilleur gouvernement �. Les r�publicains le disaient sous l�Empire ; arriv�s au pouvoir, ils ont montr� que les hommes ne pouvaient pas vivre l�id�al, s


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