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  Posté le jeudi 18 mai 2006 @ 14:08:18 by AnarchOi
Contributed by: AnarchOi
InternationalLa Rue n° 22 - 3è et 4è trimestres 1976 - Spécial Bakounine


Depuis 1868, époque de mon entrée à l’Internationale, j’ai soulevé à Genève une croisade contre le principe même de l’autorité et prêché l’abolition des États, en enveloppant dans la même malédiction cette soi-disant dictature révolutionnaire que les jacobins de l’Internationale, les disciples de Marx nous recommandent comme un moyen provisoire, absolument nécessaire, prétendent-ils, à la consolidation et à l’organisation de la victoire du peuple.

J’ai toujours pensé qu’une pareille dictature, résurrection inespérée de l’État, ne peut avoir d’autre effet que de tuer la vitalité et la puissance vraiment populaires de la révolution.

 

(Extrait d’une lettre à Anselmo Lorenzo.)

Lorsqu’on regarde aujourd’hui avec un siècle de recul ce que fut cette fantastique Association internationale des travailleurs, s’éveillant au socialisme avec de biens légitimes et raisonnables statuts et considérants, il apparaît clairement qu’après avoir pataugé pendant trois ans dans la prudence et l’incertitude, la Première Internationale commença vraiment l’étude pratique du socialisme au congrès de Bâle avec les propositions du déjà très populaire Bakounine.

Mandaté comme délégué par une société ouvrière d’Italie, ainsi que par les ouvrières ovalistes de Lyon qu’il avait précédemment encouragées et soutenues dans une grève, Bakounine assista à ce congrès où pour la première fois, et la dernière d’ailleurs, un travail positif allait marquer l’histoire du mouvement ouvrier : la victoire des idées fédéralistes sur les idées de Marx et des proudhoniens de droite.

 

1. QUESTION DE LA PROPRIÉTÉ FONCIÈRE.

Alors que le congrès précédent, le congrès de Bruxelles, s’était déjà prononcé pour la propriété collective du sol, le conseil général, sur la demande des anticollectivistes, remit à l’étude la question de la propriété foncière.

Une commission fut chargée de rédiger un rapport sur la question. Chaque membre du congrès avait le droit de s’inscrire à l’une ou l’autre commission.

Pour celle-ci, on trouve les noms de Varlin, Murat, Langlois, Creusot, Pieton pour la France, Lessner, Rittinghausen, Hess, Janash, Becker pour l’Allemagne, Lucraft pour l’Angleterre, Collin pour la Suisse, De Paepe pour la Belgique et Sentinon pour l’Espagne.

La commission, par dix voix contre quatre, celles de Murat, Langlois, Creusot et Pieton, les anticollectivistes, proposa au congrès deux résolutions :

1°.-Le congrès déclare que la société a le droit d’abolir la propriété individuelle du sol et de faire entrer le sol à la communauté.

2°.-Il déclare encore qu’il y a aujourd’hui nécessité de faire entrer le sol à la propriété collective.

Les débats durèrent du jeudi matin au vendredi après-midi (9 et 10 septembre). La majorité était d’avis « que le sol doit être cultivé et exploité par les communes solidarisées ». Les proudhoniens de droite, dont Tolain, Pindy, Chemalé et Murat composaient la minorité qui défendait le point de vue mutuelliste et anticollectiviste.

Voici le résultat des appels nominaux qui furent faits dan la séance du vendredi après-midi sur les deux résolutions proposées :

Première résolution - ont voté oui :

Allemagne : Spier, Rittinghausen, Liebknecht, Hess, Janash, Becker, Kruger, Sherer, Wurger, Lessner, Goegg.

Amérique : Cameron.

Angleterre : Stepney, Eccarius, Jung.

Belgique : Hins, Robin, Brismée, De Paepe.

Autriche : Neumayer.

Espagne : Farga-Pellicer, Sentinon.

France : Varlin, Flahaut, Franquin, Dereure, Tartaret, Bakounine, Bourseau, Outhier, A. Richard, Palix, Monier, Foureau.

Italie : Caporusso.

Suisse allemande : Burkly, Greulich, Frey, Bruhin, Leisinger, Starke, Collin, Quinch, Gutgerold.

Suisse française : J. Guillaume, Heng, Brosset, F. Robert, Floquet, Jaillet, Martinaud, Schwitzguébel, Gorgé.

Total : 54.

Ont voté non :

France : Tolain, Murat, Chemalé, Pindy.

Total : 4.

Abstentions : 4.

Pour la deuxième proposition, ont voté oui les mêmes sauf Flahaut qui s’est abstenu. Ont voté non, les mêmes plus les quatre qui s’étaient abstenus à la première. Après ces résultats, sur la proposition de l’Italien Caporusso, il fut bien convenu que les sections de l’Internationale prépareraient pour le prochain congrès un travail sur le mode pratique d’amener la solution de la question de la propriété collective.

 

II. QUESTION DU DROIT D’HÉRITAGE.

Bakounine qui, pour les procès-verbaux du congrès, intervenait en tant que délégué pour Lyon, s’inscrivit à la commission du droit d’héritage. A cette commission participaient aussi Jung du conseil général de Londres, Farga-Pellicer, James Guillaume, Albert Richard, De Paepe et Brismee.

Aucun mutuelliste ne s’étant inscrit, la commission se trouva bientôt d’accord en soutenant les idées de Bakounine et rédigea à l’intention du congrès le projet de résolution suivant (tiré de « Documents et souvenirs » de James Guillaume) :

« ... Considérant que le droit d’héritage, qui est un élément essentiel de la propriété individuelle, a puissamment contribué à aliéner la propriété foncière et la richesse sociale au profit de quelques-uns et au détriment du plus grand nombre, et qu’en conséquence il est un des plus grands obstacles à l’entrée du sol à la propriété collective ;

« Que d’autre part le droit d’héritage, quelque restreinte que soit son action, en empêchant que les individus aient absolument les mêmes moyens de développement moral et matériel, constitue un privilège dont le plus ou moins d’importance au fond ne détruit point l’iniquité en droit, et qui devient ainsi une menace permanente au droit social.

« ... Qu’en outre le congrès s’est prononcé pour la propriété collective, et qu’une telle déclaration serait illogique si elle n’était corroborée par celle qui va suivre :

« Le congrès reconnaît que le droit d’héritage doit être complètement et radicalement aboli, et que cette abolition est une des conditions indispensables de l’affranchissement du travail. »

Ce texte n’aurait convaincu personne si Bakounine, dans la discussion qui s’ensuivit, n’avait remis les choses en place et remplacé par des arguments sérieux ce petit discours incomplet.

Eccarius donna lecture du rapport du conseil général, c’est-à-dire de l’opinion de Marx qui, naturellement, envisageait les choses différemment.

Comme on va le voir, Marx avait préparé un travail beaucoup plus élaboré que celui de la commission :

« La loi de l’hérédité n’est pas la cause, mais l’effet, la conséquence juridique de l’organisation économique actuelle de la société. Ce que nous avons à discuter, c’est la cause et non l’effet. La disparition du droit d’héritage sera le résultat naturel d’un changement social abolissant la propriété individuelle dans les moyens de production, mais l’abolition du droit d’héritage ne peut être le point de départ d’une pareille transformation sociale ; ce serait aussi absurde que de vouloir abolir la loi de l’offre et de la demande tout en continuant l’état actuel des conditions de l’échange ; ce serait faux en théorie et réactionnaire en pratique. En traitant des lois de l’héritage, nous supposons nécessairement que la propriété individuelle dans tous les moyens de production continue d’exister. Toute mesure concernant le droit d’héritage ne peut conséquemment avoir rapport qu’à un état de transition sociale...

« Ces mesures transitoires ne peuvent être que les suivantes :

« A) Extension de l’impôt sur le droit d’héritage.

« B) Limitation du droit de tester. »

Voilà donc les deux thèses à l’appréciation du congrès ; celle des fédéralistes demandant l’abolition pure et simple du droit d’héritage, et celle des marxiens, démonstration scientifique de la théorie autoritaire et politique digne d’un programme électoral demandant l’impôt sur les successions et la limitation de tester.

Bakounine eut à se parer des attaques communistes et des anti-collectivistes. On peut dire qu’il fut de par ses interventions remarquables la grande vedette du congrès en développant avec la fougue et l’éloquence qu’on lui connaissait les théories fédéralistes.

Nous reproduisons ci-dessous les deux plus marquantes interventions qui montrent bien la différence entre sa conception d’une transformation sociale et celles des communistes autoritaires :

« Les uns se placent en plein avenir et, prenant pour point de départ la propriété collective, trouvent qu’il n’y a plus lieu de parler du droit d’héritage ; nous, au contraire, nous partons du présent, nous nous trouvons sous le régime de la propriété individuelle triomphante et en marchant vers la propriété collective nous trouvons un obstacle : le droit d’héritage. Nous pensons donc qu’il faut le renverser. Le rapport du conseil général dit que le fait juridique n’étant jamais que la conséquence d’un fait économique, il suffit de transformer ce dernier pour anéantir le premier.

« Il est incontestable que tout ce qui s’appelle droit juridique ou politique n’a jamais été dans l’histoire que l’expression ou le fruit d’un fait accompli. Mais il est incontestable aussi qu’après avoir été un effet d’actes ou de faits antérieurement réalisés, le droit devient à son tour la cause de faits ultérieurs, devient lui-même un fait très réel, très puissant, et qu’il faut renverser si on veut arriver à un ordre de chose différent de celui qui existe. C’est ainsi que le droit d’héritage, après avoir été la conséquence naturelle de l’appropriation violente des richesses naturelles et sociales, est devenu plus tard la base de l’État politique et de la famille juridique qui garantissent et sanctionnent la propriété individuelle. Donc, il nous faut voter l’abolition du droit d’héritage. »

En partant d’un raisonnement très simple Bakounine démonte très facilement la thèse marxiste pour arriver à la conclusion indiscutable.

Aucun délégué du congrès en accord avec la proposition du conseil général ne trouva d’arguments pour faire une réplique à Bakounine.

Celui-ci continua donc sa démonstration en profondeur :

« On nous a beaucoup parlé de pratique. Eh bien, c’est au nom de la pratique que je vous invite à voter l’abolition du droit d’héritage !

« On a dit aujourd’hui que la transformation de la propriété individuelle en propriété collective rencontrera de graves obstacles chez les paysans, petits propriétaires de la terre. Et, en effet, si après avoir proclamé la liquidation sociale, on tentait de déposséder par décret ces millions de petits cultivateurs, on les jetterait nécessairement dans la réaction, et pour les soumettre à la révolution, il faudrait employer contre eux la force, c’est-à-dire la réaction. Il faudra donc bien les laisser les possesseurs de fait de ces parcelles de terre dont ils sont aujourd’hui les propriétaires.

« Mais si vous n’abolissez pas le droit d’héritage que se passera-t-il ? Ils transmettront ces parcelles à leurs enfants, avec la sanction de l’État, à titre de propriété. Si, au contraire, en même temps que vous ferez la liquidation sociale, vous proclamez la liquidation politique et juridique de l’État, si vous abolissez le droit d’héritage, que restera-t-il aux paysans ? Rien que la possession de fait, et cette possession, privée de toute sanction légale, ne s’abritant plus sous la protection puissante de l’État, se laissera facilement transformer sous la pression des événements et des forces révolutionnaires. »

Après le discours de Bakounine on passa aux votes.

Pour la proposition de la commission, ont voté oui : Rittinghausen, Janash, Becker, Kruger, Lessner (Allemagne) ; Neumayer (Autriche) ; Hins, Robin, Bastin, Brismee (Belgique) ; Farga-Pellicer, Sentinon (Espagne) ; Varlin, Dereure, Bakounine, Bourseau, Outhier, Richard, Palix, Monier, Foureau (France) ; Caporusso (Italie) ; Collin, Heng, Brosset, Jaillet, Fritz, Robert, James Guillaume, Floquet, Martinaud, Schwizguébel (Suisse). Total 32.

Ont voté non : Liebknecht, Hess, Wurger (Allemagne) ; Cameron (Amérique) ; Applegarth (Angleterre) ; Jung, Eccarius, Stapney Tartaret, Tolain, Pindy, Chemalé, Fruneau, Murat, Langlois, Aubry, Pieton (France) ; Greulich, Frey, Leisinger, Starke, Quinch et Gutgerold (Suisse allemande). Total : 23. Abstentions : 7.

Proposition du conseil général : ont voté oui total : 19 ; non total : 37 ; abstentions : 6.

Devant ces résultats, le rapporteur pour le conseil général s’écria publiquement : « Marx wird sehr unzufrieden sein ! » (Marx sera très mécontent !)

Il le fut en effet et ne cessa de harceler, à dater de cette époque-là, par des campagnes de calomnies sordides ceux qui avaient osé s’opposer à sa politique.

Marx, champion de la magouille, de la tricherie, du faux et de l’usage de faux, osa se plaindre dans son fameux pamphlet du 8 mars 1872 : « les Prétendues scissions dans l’Internationale », que « des moyens déloyaux furent employés à Bâle à cette occasion et cette fois-là seulement dans un congrès de l’Internationale » !

Quand on sait comment il se fabriqua une majorité pour voter les expulsions au congrès de La Haye ! Avec Pablo Fargo, délégué espagnol, qui n’était autre que son triste gendre Paul Lafargue !...

Après avoir débattu toute une journée sur les efforts à faire pour constituer et fédérer des sociétés de résistance, on s’aperçut qu’il ne restait plus assez de temps pour débattre sur le crédit et sur l’instruction intégrale. Ces deux points furent renvoyés au congrès suivant.

Puis vinrent les séances administratives.

Voici le texte de ces fameuses résolutions que Bakounine et ses amis ont tant regretté d’avoir soutenu :

IV. - Chaque nouvelle section ou société qui se forme et veut faire partie de l’Internationale doit annoncer immédiatement son adhésion au conseil général.

V. - Le conseil général a le droit d’admettre ou de refuser l’affiliation de toute nouvelle société ou groupe, sauf l’appel au prochain congrès.

Toutefois, là où il existe des groupes fédéraux, le conseil général, avant d’accepter ou de refuser l’affiliation d’une nouvelle section ou société, devra consulter le groupe, tout en conservant le droit de décision provisoire.

VI. - Le conseil général a également le droit de suspendre, jusqu’au prochain congrès, une section de l’Internationale.

Tout groupe de son côté pourra refuser ou exclure de son sein une section ou société, sans toutefois la priver de son caractère d’internationalité ; mais il pourra en demander la suspension au conseil général.

VII. - Lorsque des démêlés s’élèveront entre des sociétés ou branches d’un groupe national, ou entre des groupes de différentes nationalités, le conseil général aura le droit de décider sur le différend, sauf appel au congrès prochain, qui décidera définitivement.

A la lecture de ces résolutions au caractère autoritaire et antifédéraliste, on peut se demander comment Bakounine et ses amis ont pu voter ces résolutions visant à renforcer les pouvoirs du conseil général.

Ils pensaient à la section de l’Alliance de la démocratie socialiste que Bakounine venait de créer l’année précédente à Genève et que le comité cantonal avait refusé d’admettre dans la fédération romande.

Loin donc de regarder le conseil général comme un adversaire, Bakounine voyait en lui, à Bâle, un appui contre l’esprit réactionnaire d’une coterie locale. Voici un extrait de lettre où il reconnaît d’avoir mis les pieds dans le plat :

« Ce n’est que le dernier congrès de Bâle qui a élargi quelque peu les pouvoirs du conseil général, contrairement à l’esprit des statuts généraux. Ce fut une faute grave et je dois avouer que j’ai contribué beaucoup à lui faire commettre cette faute. Mea culpa... »

D’avoir enrichi le conseil général de ces nouvelles facultés, d’avoir voulu s’en servir alors qu’il fallait comme ils l’ont compris plus tard demander à toutes les sections sa suppression, c’était donner aux hommes de Londres le droit et le devoir de les expulser, ce qu’ils ont fait dès que possible. C’est-à-dire trois ans plus tard.

Mais après le congrès de Bâle, bien des événements marquèrent le mouvement révolutionnaire international sans qu’aucun congrès ait eu lieu.

La guerre franco-prussienne, les Communes de Lyon, Marseille et Paris ont ouvert aux ouvriers de France, d’Espagne, d’Italie les portes du fédéralisme libertaire devant un conseil général et un Marx impuissants.

C.


 

BAKOUNINE ET LE CONGRÈS DE L’INTERNATIONALE À BÂLE (1869).

Ce flottement dans le Parti de M. Marx persista jusqu’à septembre 1869, c’est-à-dire jusqu’au Congrès de Bâle. Ce Congrès marque une date dans le développement de l’Internationale. Auparavant, les Allemands avaient pris une part des plus faibles aux congrès de l’Internationale. Les travailleurs de France, de Belgique, de Suisse et, jusqu’à un certain degré, d’Angleterre y avaient joué le principal rôle. Mais au Congrès de Bâle, les Allemands, qui avaient organisé un parti en prenant pour base, comme il est dit plus haut, un programme politique beaucoup plus bourgeois que socialiste populaire, se présentèrent comme un corps bien discipliné et votèrent comme un seul homme sous l’œil sévère d’un de leurs chefs, M. Liebknecht.

Leur premier acte fut, bien entendu, de déposer leur programme en proposant de faire passer la question politique avant toute autre question. La bataille qui s’engagea fut chaude, mais les Allemands furent battus. Le Congrès de Bâle maintint purement et simplement le programme de l’Internationale et ne permit pas aux Allemands de le dénaturer en y introduisant une politique bourgeoise.

Ainsi débuta la scission dans l’Internationale dont les responsables furent et sont encore les Allemands. A l’Association, de caractère essentiellement international, ils eurent le front de proposer, de vouloir imposer presque de force, leur programme étroitement bourgeois et nationaliste, exclusivement allemand et pangermanique.

Ils furent battus à plate couture et les membres de l’Alliance des révolutionnaires socialistes, les « alliancistes », ne furent pas les derniers à contribuer à cette défaite. La haine féroce des Allemands pour l’Alliance vient de là. La fin de 1869 et la première moitié de 1870 furent remplies de fielleuses attaques et d’intrigues encore plus perfides, voire fréquemment odieuses, des marxistes contre les membres de l’« Alliance ».

 

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Après le Congrès de Bâle, toute la presse allemande et, en partie, dans des articles écrits par des Juifs allemands, la presse française aussi, mais surtout la première, tombèrent sur moi avec un acharnement inouï. Marx et Cie me firent l’honneur de faire de moi, qui n’ai d’autre ambition vraiment que d’être l’ami de mes amis, le frère de mes frères, et le serviteur toujours fidèle de notre pensée, de notre passion commune, un chef de parti. Ils s’imaginèrent sottement - c’était vraiment faire trop d’honneur à ma puissance supposée - que moi seul j’avais pu ameuter et organiser contre eux les Français, les Belges, les Italiens et les Espagnols en une compacte et écrasante majorité. Et ils jurèrent de me perdre.

Lettre aux internationaux de Bologne.

 

* * *

Trois ans de défaite ! C’en était trop pour l’ambition impatiente de M. Marx. Aussi commanda-t-il à son armée une attaque directe, qui fut en effet exécutée au Congrès de Bâle (1869). Les chances lui semblaient favorables. Le Parti de la démocratie socialiste avait eu le temps de s’organiser en Allemagne sous la direction de MM. Liebknecht et Bebel, il avait étendu ses ramifications dans la Suisse allemande, à Zurich, à Bâle, et même jusque dans la Section allemande de Genève. C’était pour la première fois que des délégués de l’Allemagne se présentaient en très grand nombre dans un Congrès de l’Internationale. Le plan de bataille, approuvé par M. Marx, le général en chef de l’armée, avait été combiné entre M. Liebknecht, chef du corps allemand, et MM. Bürkli, et Greulich, commandants du corps suisse ; MM. Amand Gœgg, Philippe Becker et Rittinghausen, - l’inventeur de la votation directe des lois et des constitutions par le peuple, le plébiscitaire tudesque, - se rangèrent de leur côté comme des auxiliaires volontaires. De plus il eurent de leur côté quelques Allemands du Conseil général, inféodés à la politique de M. Marx, et quelques Anglais du même Conseil ignorant complètement la question, mais qui votèrent avec les marxiens par suite d’une mauvaise habitude dont ils paraissent s’être complètement défaits aujourd’hui.

 

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J’étais donc arrivé au Congrès de Bâle en septembre 1869 avec cette impression qu’une fédération régionale, dirigée par une faction intrigante et réactionnaire, pouvait commettre des abus de pouvoir et j’y cherchai un remède dans l’autorité du Conseil général. Les Belges au contraire, qui connaissaient d’ailleurs mieux que nous les dispositions secrètes et très autoritaires de certaines personnes qui composaient le Conseil général - et notamment de Marx, le personnage dominant de ce Conseil, un personnage très remarquable, très intelligent, très savant et qui a rendu de très grands services à l’Internationale, mais qui a le tort de vouloir devenir dictateur et dont les amis, les adeptes, ont le plus grand tort encore de vouloir en faire une sorte de pape de l’Internationale - les Belges étaient arrivés au Congrès de Bâle avec des dispositions toutes contraires. Ils nièrent absolument tout pouvoir au Conseil général. Hins, le délégué belge et moi, nous combattîmes fortement. On nous chargea de nous entendre et de rédiger en commun un projet de résolutions. Nous le rédigeâmes et il fut adopté.

Écrit contre Marx.




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