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  Posté le jeudi 18 mai 2006 @ 13:23:11 by AnarchOi
Contributed by: AnarchOi
AnarchieLa Rue n° 22 - 3è et 4 è trimestre 1976


sommaire

Pourquoi un numéro spécial sur Bakounine ?
Bakounine  en France (Maurice JOYEUX)
Le Barricadier (Maurice LAISANT)
L’Internationale en Italie (THYDE)
Le Congrès de Bâle (CARMEN)
Le problème paysan (Roland BOSDEVEIX)
La Confession de Bakounine (Hem DAY)
L’Éducation libertaire (Jean-Marc RAYNAUD)
L’action révolutionnaire en Russie (Alexis VENCIA)
Biographie de Bakounine^ (Ramon PINO)


Pourquoi un numéro spécial sur Michel Bakounine ?

Michel Bakounine est né en 1814, il est mort à Berne en 1876 à l’âge de soixante-quatre ans. Le centenaire de sa disparition a été l’occasion pour de nombreux écrivains, qui n’étaient pas tous des anarchistes, de retracer la vie du révolutionnaire et de commenter l’œuvre copieuse qu’il nous a laissée.

Il n’est pas facile de se procurer les textes de Bakounine, pour de multiples raisons. Je n’en retiendrai que quelques-unes. Beaucoup de ces textes sont inédits. Ce qui a été édité ces cinquante dernières années est dispersé. La monumentale édition préparée par Arthur Lehning pour l’Institut international d’Amsterdam, et que Champ-Libre fait paraître en France, n’a publié que trois volumes, qui contiennent, il est vrai, des pages inédites. Enfin, les manuscrits sont difficilement accessibles, même pour des professionnels de la recherche. Cependant, quelques ouvrages parmi les plus connus ont été réédités récemment par le soin des éditions Stock ou encore grâce à l’initiative de groupes libertaires. Cela nous a permis de constater que l’œuvre de Bakounine avait bien survécu, et en dehors de Marx et d’Engels, et naturellement de Proudhon, il est certainement celui des grands théoriciens du socialisme du siècle dernier le plus consulté de nos jours.

Si modestes qu’elles aient été, les manifestations qui ont marqué cette « année » Bakounine auront souligné les ouvrages consacrés à l’examen critique de cette œuvre considérable. Ils seront précieux pour notre mouvement libertaire, car ils feront mieux connaître un homme beaucoup calomnié et surtout pillé sans vergogne par les marxiens à Ia recherche de leur deuxième souffle. Parmi ces livres, je citerai celui de Gaston Leval, celui de Georges Ribeill, celui de Jean Barrué, qui méritent une place sur un rayon de votre bibliothèque.

De toute façon, il ne s’agit pas pour l’équipe de « la Rue » de recommencer ici ce qui a été fait, souvent avec bonheur, autre part, mais de donner une interprétation, peut-être à la fois plus militante et plus littéraire, qui corresponde mieux à l’état d’esprit du groupe Louise-Michel, que celles qui ont été données ailleurs de l’œuvre et de l’homme. D’essayer de le réinstaller dans son époque de façon à le mieux comprendre tout en mettant en exergue les textes qui font de lui le plus moderne des théoriciens anarchistes.

Nous présentons donc Bakounine tel qu’il nous apparaît aujourd’hui, en dehors de cette imagerie populaire imbécile dont se sont servis les chrétiens et les marxiens pour conférer de la sainteté à Jésus, à Marx et à quelques autres personnages de moyenne grandeur. Bakounine fut un homme comme les autres, avec des qualités et des défauts. Et ses défauts nous n’avons pas l’intention de les masquer pas plus que ses erreurs en raison de je ne sais qu’elle idolâtrie ! Ses défauts nous sont aussi chers que ses qualités, car ce sont les nôtres. Ils placent le grand anarchiste russe non pas sur un piédestal, mais à nos côtés, parmi nous, et la chaleur qui se dégage de ces rapports humains nous le rend encore plus précieux.

Bourré de philosophie allemande, de romantisme français et de révolte naturelle, Bakounine viendra tard à l’anarchie, après une approche confuse qui fut celle de tous les théoriciens du socialisme qui naissaient à la révolution à l’instant où la société française naissait à l’industrialisation. L’œuvre qu’il nous a laissée est inachevée. Ni ses ouvrages les plus consistants, ni, surtout, ses longues lettres, qui seront parfois publiées en brochures, et qui représentent peut-être les meilleurs morceaux de son travail, ne sont achevées. On le regrettera, surtout pour ses lettres dont la qualité littéraire est certaine, qui ne réclamaient pas d’effort particulier pour l’art de la composition qui lui fut de tous temps étranger.

Cependant, il existe une autre justification à ce numéro qui clora l’année Bakounine. Il s’agit de mettre en garde le lecteur sur la manière dont ont été utilisés des textes de l’écrivain par des personnages qui l’avaient peu lu... ou peut-être qui l’avait trop lu ! On doit d’ailleurs convenir que certains des jugements à propos de l’Internationale, par exemple, ou de Marx se prêtaient à une utilisation abusive. Pour la plupart, ce sont des textes de circonstance justifiés par un contexte que l’opportunité commande de dégager de toute polémique ! Peut-être à une certaine paresse de Bakounine devant l’écritoire, peut-être aussi à cette instabilité d’esprit qui l’a conduit à déclarer être essentiellement « homme du moment », ce que sa carrière d’agitateur confirme. Et chez lui, comme chez Proudhon d’ailleurs, il est facile d’aligner des textes se réclamant ou condamnant le communisme. Ils sont légion et ont tous un caractère de circonstance.

Il s’agissait donc pour des marxiens, qui voyaient leur credo se rapetisser comme une peau de chagrin et prendre à travers ses diverses applications pratiques l’aspect d’un manteau d’Arlequin, de récupérer le révolutionnaire en jetant par-dessus bord l’anarchiste. Les éditeurs, qui sont des putains et que seul le plus grand nombre de lecteurs possibles intéresse, ont utilisé pour cette œuvre pie - et pas seulement au sujet de Bakounine d’ailleurs car Proudhon n’a pas non plus échappé à leurs manipulations - des préfaciers prêts à n’importe quel travail littéraire alimentaire pour sortir de l’anonymat où leur médiocrité les tenait.

Nous pensons donc que ce numéro de notre revue, dans lequel nous publions des pages choisies parmi les moins connues de celles que le révolutionnaire a écrites, ne sera pas inutile et qu’il sera pour le militant comme pour le lecteur une préface à l’analyse de l’œuvre d’un des plus grands théoriciens du socialisme libertaire, mais aussi du socialisme tout court.

Enfin, tout ce travail arrive sur le tard, mais en lisant ce qui précède le lecteur comprendra que ce ne fut pas une mince affaire de le composer, non pas pour le temps d’une lecture, mais comme un document.




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