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  Posté le lundi 30 janvier 2006 @ 19:34:18 by AnarchOi
Contributed by: AnarchOi
MarxismeExtraits de "The abolition of Work and others essays"



THÈSES SUR LE GROUCHO MARXISME

(1979)

1 Le groucho marxisme, théorie de la révolution comique, est bien plus qu’une recette pour la lutte des crasses : comme une lanterne rouge à la fenêtre, il éclaire la destinée inévitable de l’humanité, une société déclassée. Le G-marxisme est la théorie de la noce permanente. (Mon pote ! En voilà une doctrine au poil.)

2 L’exemple des frères Marx démontre l’unité de la théorie et de la pratique marxiste (par exemple lorsque Groucho insulte quelqu’un pendant que Harpo lui fait les poches). De plus, ce marxisme est dialectique (Chico n’est-il pas l’archétype du comique dialectal ?). Ceux dont le sens comique pèche par manque de synthèse entre théorie et pratique sont a-marxistes (sans parler de ceux qui s’abstiennent de pécher tout court). De tels comiques, qui n’ont pas compris que la séparation n’est que « le charme discret de la bourgeoisie », ont sombré dans l’enfantillage, ou bien dérapé sur leur propre peau de banane.

3 Le G-marxisme étant avant tout pratique, ses réussites ne peuvent être réduites à de simples triomphes de l’humour, du divertissement, ou même de « L’art ». (Les esthètes, après tout, s’intéressent moins à une reconnaissance de l’art qu’à un art qui leur soit reconnaissant). Après avoir vu un film des Marx, le marxiste authentique se dit : « Tu trouves ça drôle ? Regarde un peu ta propre vie ! »

4 Les G-marxistes contemporains se doivent de dénoncer résolument la pâle copie du « marxisme » vulgaire de Monty Python, des Three Stooges, et de Bugs Bunny. Plutôt que de tomber dans le marxisme vulgaire, il faut retourner à l’authentique vulgarité marxiste. Ces rectumfications sont également à recommander aux camarades abusés qui pensent que la « juste ligne », c’est ce que les flics les obligent à respecter quand ils les font se ranger sur le bas-côté de la route.

5 Les marxistes qui ont une conscience de classe (c’est-à-dire les marxistes conscients de n’avoir aucune classe) doivent rejeter la « comédie » narcissique, branchée, et anémique des comiques révisionnistes tels que Woody Allen et Jules Feiffer. La révolution comique a d’ores et déjà renvoyé la névrose au rayon des vieilleries - ludique mais pas saugrenue, pleine de discernement sans être discriminatoire, militante mais pas militaire, et aventureuse mais pas aventuriste. Les marxistes savent qu’aujourd’hui, pour se voir tel qu’on est, il faut se regarder dans un miroir déformant.

6 Il faut faire une distinction entre le G-marxisme et le (sur)réalisme socialiste, bien que celui-ci ne soit pas dépourvu d’éclairs de lucidité. S’il est vrai que Salvador Dali offrit un jour une harpe aux cordes de fils de fer barbelés à Harpo, il n’existe cependant aucune preuve que ce dernier l’ait jamais utilisée.

7 Il est avant tout essentiel de renoncer et de dénoncer tout sectarisme comique, tel celui des trotteurs trots(kystes). Groucho, c’est bien connu, était porté sur le sexe, mais supportait mal les sectes. Il y avait pour lui une différence insurmontable entre la qualité de Trots, et celle d’être bonne à enfourcher au trot. Qui plus est, le slogan Trots : « un salaire pour un travail de bête de somme » pue le réformisme. Les efforts des trots pour récupérer Un jour aux courses et Plumes de cheval doivent être condamnés avec indignation ; en réalité leur genre de vitesse, c’est plutôt le film National Velvet où Elizabeth Taylor gamine est amoureuse de son cheval.

8 La brûlante question à l’ordre du jour pour les G-marxistes est celle du surprise-parti, qui - au contraire de ce qu’avancent les « marxistes » réductionnistes et naïfs - ne se résume pas à l’interrogation « pourquoi est-ce qu’on ne m’a pas invité ? » qui n’a jamais arrêté Groucho ! Il faut aux G-marxistes un surprise-parti discipliné et d’avant-garde, puisqu’ils sont rarement les bienvenus dans ceux des autres.

9 Guidées par les principes de l’anticomportementalisme et du matérialisme hystérique, inévitablement les masses embrasseront non seulement le G-marxisme, mais elles-mêmes.

10 Le groucho marxisme, donc, est le tour de farce de la comédie. Comme l’a dit Harpo, d’après des sources autorisées : ".........."

En d’autres termes, la comédie sera explosive ou ne sera pas !

tant de choses à faire, tant de gens à qui le faire !

À vos Marx, prêts ! Partez !

Vous vous ennuyez encore ? Pourquoi ne pas secouer vos chaînes ? Je propose un dialogue des déshérités, un complot égalitaire, une politique du plaisir. Nous disposons de la puissance anomique du négatif et du rire corrosif. Les plus indisciplinés des patients de l’énorme institution psychiatrique n’ont d’autres armes qu’eux-mêmes. Discutons. Nous avons à choisir entre sédatifs et sédition. Tous les numéros ont leur chance.


SOYONS CLAIRS !

(1979)

(Con)sécrations

DE RÉCENTES ÉTUDES laissent à penser que la conscience est cancérigène. Après examen de divers aspects de l’éthique de l’entropie, les sujets suivants feront l’objet d’un traitement définitif : 1) la mort en tant qu’étape du développement personnel ; 2) la connaissance charnelle ; 5 3) la thanatothérapie (en insistant sur l’adolphisation des patients et la thérapie du « cri final ») ; 4) l’autonocrophilie de la Génération du Moi. Gourou : révérend Jim Jones, professeur posthume de thanatologie.

Riche et sain(t)

Cet enseignement a aidé des centaines de docteurs, d’avocats et autres parasites à supporter une richesse obscène. Les biens matériels sont Maya (c’est-à-dire illusoires) - ils sont pourtant votre récompense terrestre pour avoir été vertueux dans une vie antérieure. Apprenez à exploiter vos richesses intérieures tout en vous accrochant à ce que vous possédez. Ne partagez pas la richesse, partagez-en l’expérience ! (Les frais sont déductibles des impôts.)

Au-delà du végétarisme : de nouvelles façons de se priver

Malgré un régime sans viande, vous vous sentez encore coupable ? Vous avez raison ! Comme on devient ce qu’on mange, le végétarien deviendra cannibale en bout de course. Cet enseignement est une initiation à la consommation de choses inanimées. Vous aussi pouvez sucer des cailloux et apprendre à aimer ça ! Cet enseignement est une condition préalable à la STASE ANAÉROBIQUE (« la santé grâce à l’hypoventilation ») qui explique comment prolonger une existence de malheur sans exploitation immorale de l’atmosphère.

Politique New Age

Les derniers développements en matière de dégradation décentralisée et de technocratie convenable. Le démagogue Zen Jeny Brown fera la démonstration de la possibilité de se servir des politiciens comme source d’énergie pour les éoliennes grâce à leur capacité à brasser de l’air. Un sergent recruteur des Marines fera une apparition au nom de l’Alliance Bidon pour enrôler des indics anti-nucléaires et une police pacifiste. Les autres invités ne seront annoncés qu’après avoir pris les mesures de sécurité.

Pendant qu’on y est

L’époque creuse des hippies (l’âge du verseau) est finie.

Tenter d’exorciser l’horreur consacrée de la vie quotidienne par des vœux pieux n’a pas marché. Pour se laisser vendre des parodies de nos rêves de transfiguration totale par les vendeurs ambulants du sacré, les escrocs de la conscience, et les entrepreneurs de l’éveil, il fallait quand même qu’on soit cons. Leurs « modes de vie alternatifs » n’offraient que moins de toujours la même chose.


Un nouvel âge du mysticisme, du masochisme et de l’argent ne propose rien de neuf. « Il ne faut ni parler ni agir en somnambule » (Héraclite). Les astrologues n’ont fait que prédire l’avenir ; il s’agit de le créer. Le paradis est à notre portée. Ne nous épuisons pas, ne nous vendons pas, faisons le mur. Pourquoi se vautrer dans les rêves d’évasion, quand on peut vraiment s’évader ?


À CAUSE DES LOIS

(1981)

(pour Jim Weat)

À cause des lois, il est illégal -

- de s’acquitter de sa tâche avec une intime conviction ;
- de se rabaisser soi-même pour une trop grande période ;
- d’achever un parvenu à bras raccourcis ;
- de capitaliser sur le communisme ;
- de se payer ma fiole à la prochaine tournée ;
- d’obliger mon propriétaire à me louer ;
- d’être plus sévère que Max Stirner tout en laissant Marx pépère ;
- d’entuber les pros avec poésie et conscience délibérée ;
- de garder la balle dans son camp sans finir gazé ;
- d’être encore plus soi-même qu’on ne l’a jamais été.


LA JUSTE LIGNE

(1981)

UN SPECTRE HANTE la planète Terre : celui de la comédie. L’Est et l’Ouest, la gauche et la droite, les maquereaux du pouvoir et les propriétaires de la propriété (les hommes d’affaires et les bureaucrates, les socialistes et les mondains, les commissaires du peuple et les curés, Coca et Pepsi) - tous les nantis, les imposteurs et leurs parades de fantoches aux outils fossilisés sont unis dans un effort pour exorciser les railleries de ceux qui évoluent à portée de leur radar. Bannis ou enchaînés depuis toujours, les Farceurs aux multiples visages finissaient tôt ou tard par leur tirer la bourre, de même que les malades mentaux glissent tôt ou tard sur leurs propres excréments, martyrs de la débourre.

On n’attrapera jamais le Coucou !

* * *

Le temps est venu de « rendre sa voix au silence »... la radio éteinte. Le rock’n’roll des gueux ne disparaîtra jamais. « Retiens la nuit » ? Pourquoi se contenter de demi-mesures ? Les laissés-pour-compte sans argent ni maître ont plus intérêt à faire un malheur qu’à compter leurs malheurs, fondre sur la proie les excite plus que se morfondre en prières. Que des hédonistes de tous les sexes mettent en boîte (de sapin) les (sous)humanistes ; que des Morlocks affamés se repaissent des riches ; que les forces ludiques et luddites mettent fin au travail, la suprême servitude. Les dépressifs ont des tas de raisons d’en finir avec les répressifs.

Engageons-nous sur la voie sociopathique ! Elle mène vers une vie débarrassée des meneurs de tous poils, au-delà du principe de réalité, vers la noce permanente !

* * *

L’implosion de l’économie, la corrosion de la culture et l’érosion du vieux monde entraînent même les oubliés vers l’Oublitopie, l’horloge elle-même presse le temps - l’apocalypse imminente force les âmes sensibles et sensitives à s’assurer de la victoire de l’Antéchrist. L’autisme sans réserve contre le devoir de réserve ! La nécronomie est en faillite : l’État est en phase de dissolution. C’est un combat sans merci entre Nous et Eux, les gorilles et les guérilleros, les marxistes et les groucho marxistes, les Stupides et les Stupéfiants, entre Locke et Loki, les Syndiqués et les Cyniques, les Trots et le Trottoir, le sens commun et la sensualité communautaire, les Catholiques et les alcobucoliques, les Protestants et les protestataires, la classe dominante et les déclassés, les parasites et les apatrides, la négation du plaisir - et le plaisir de la négation.

Y a bon !

* * *

Les oppositions binaires, cartésiennes, manichéennes, structuralistes, cerveau-gauche/cerveau-droit vous embrouillent les ridules de l’encéphale ? Hésiteriez-vous à jouer aux échecs avec Karen Quinlan ? Vous faites preuve d’une prudence (et non pas d’une pruderie) tout à fait recommandable, mais on l’espère, rebelle aux commandements. Ce qu’il vous faut, c’est une idéologie puissante comme l’industrie, différente (mais pas déférente), Sexploration du Sexturalisme, illumination (non-illuministe) de la conscience du cerveau-nord, une plongée dans la politique aux accords tertiaires du cervelet, tout doit disparaître.

Trop, c’est suffisant ! Le déconditionnement consiste à se conditionner soi-même ! Cherchez donc à vous libérer grâce à la logosexualité : constatez par vous-même que les ruses linguistiques donnent une dimension nouvelle à la sexualité orale. Servez-vous du pouvoir de l’absurde pour démontrer l’absurdité du pouvoir. Vous prétendez vibrer sur un rythme différent ? C’est peut-être vrai, mais est-il syncopé ?

Donnez-vous la permission de rejeter la Totalité et ses innombrables oppositions patentées, ses alternatives à elle-même auto-programmées.

N’acceptez aucun ersatz !

* * *

Après des millénaires de civilisation, des siècles d’industrie, des décades d’école, des années de télé, des mois de rock, et des minutes de lecture, vous avez droit à la Vérité à poil !

Et voilà les questions aux réponses que vous avez entendues toute votre vie, la juste ligne :

Ne dites plus Dites plutôt
Sédatifs Séditieux
Partis d'avant-garde Surprise-parties
Liberté de culte Culte de la liberté
Comportementalisme Faute de comportement
Méditation Préméditation
Léninisme Lennonisme
Jouer Jouir
Libre-échange Rude échange
Contre-culture Contrer la culture
Mouvements politiques Mouvements pelviens
Papa Dada
Révélation Révolution
Péripéties guerrières Péripatéticiemnes
Libéralisme classique Radicalisme baroque
Raison Trahison
Sectes Sexe
Peine capitale Punir le capital
Puissance atomique Puissance anomique
Hommes de loi Hors-la-loi
Homophobie Normophobie
Séparation de l'Église et de l'État Abolition de l'Église et de l'État
Consultants Insultants
Élections Érections
Force Farce
Matérialisme historique Matérialisme hystérique
Névrotique Érotique
Pensée positive Beuverie positive
Libertariens Libertins
Théologiens Néologiens
Affaires étrangères Liaisons étrangères

La légèreté est la 4e DIMENSION !

ANNONCES DÉCLASSÉES

(1981-1982)

On recherche : à plat ventre ou sur le dos. Pour s’y mettre - ou se faire mettre ? Pour payer ou pour s’en payer ? Pour sauter du lit ou pour sauter au lit ? Pour bosser ou pour rouler sa bosse ? Ne rabaissez pas vos désirs ! Il n’y a pas de vie après le travail. Les travailleurs contre le boulot.

A l’attention des adeptes New Age : Un bon mantra ne se trouve pas sous le pied d’un cheval. L’idéologie hippie bio : la santéxtermination. Les Communistes sans Dieu (Attention : soldes soufis, démiurges déments).

Traîtres à Marx : Les maoïstes : marxistes tendance Moon. Le trotskisme : la fidèle opposition de Staline. Le gauchisme : trop de causes, pas assez d’effets. Il faut gauchir la perspective, jusqu’à ce que la gauche ait disparu ! La gauche est pleine de gaucherie, il faut faire sa propre révolution ! Tout doit disparaître.

« Maîtres sans esclaves » : demandés pour compléter feuilletons passionnels : gynécées, bacchanales, licences tétratoniques (tritons bienvenus). Pas d’animaux domestiques (antilions acceptés). Bande des Quadriges de Fourreurs Fourriéristes.

Le libéral : Quand on parle de revolver, il sort sa culture. Le progrès ? L’avenir est déjà passé. Pourquoi laisser la culture suivre son cours ? Les Misanthropologistes.

Le même cherche l’identique : Solipsiste cherche soi pour symétrie superflue. Soyons seuls ensemble. Involutionnaires.

Loisirs : Comment travailler votre jeu. Ton camp ou Mein Kampf ? On joue pour de bon ! Les fautes-de-comportementalistes.

El Salvador ? La paix est une chose trop sérieuse pour être laissée aux pacifistes, et encore moins aux gens de gauche. A bas le passivisme, vive le pacifisme ! Les fauteurs-de-paix.

Être enseignés, c’est être saignés. Goûtez les plaisirs du pédanticide - ne vous privez pas des délices du didacticide ! Plutôt que d’en finir avec des profs orientés, pourquoi ne pas s’orienter vers la fin des profs ? Que ceux qui s’en sentent capables agissent, que les autres enseignent - et que ceux qui refusent se défendent ! Brenda Spencer vaut mieux qu’Herbert du même nom ! Pédagagicides.

Moralisme : Être au service d’une cause est une cause de servitude. Je n’est pas un autre ! Les marxistes-stirnériens.

Nouvelle Vague : Flétrie sous le vinyle. Sophistiqué, hein ? S’ennuyer, c’est ennuyer. C’est un art, mais est-ce que c’est bon ? Les Pata-poseurs.

En mauvais État ? Il n’en existe pas de bons. La seule superstructure, c’est la base. Faites la nique au lexique ! Les Impoliticiens.

Couples : familles nucléaires tactiques, prostitution : sexe marchandise. Moins de sexisme, plus de sexe ! Ne les laissez pas révoquer votre licence. Orgastronomes.

Droit : La cause du crime par excellence ; le « sale métier » entre tous. Essayez donc le vol pour faire l’expérience du « haut les mains » ! Le crime est une cure antinormative. Une loi sans vie - ou une vie sans loi ? On vous laisse juge. Les Normophobes.

Conquête spatiale ? Commencez donc par conquérir le vide entre vos deux oreilles. L’Enterprise n’est qu’une péniche à évacuer les ordures. Plutôt que la gravité inférieure, pourquoi ne pas essayer la légèreté supérieure ? Le futurisme est réactionnaire. Essayez donc la science-friction ! L’empire a une attaque... Oue la farce soit avec vous ! Artaud dit tout.

L’homme mord Dieu ! L’hostie hallucinogène, une maladie sacramentelle. Regardez ce pape polonais changer le vin en eau ! Le déicide est un crime sans victime. Les primates de l’Église.

Justice, avions-nous pensé : au lieu d’un futur procès, le processus. Déboutonnez le trois-pièces. Plaignez-vous, ne portez pas plainte... appelez au crime ! Trans-gresseurs.

Coupez la chique aux évangélistes radio. Au lieu de prêter l’oreille aux sectes, prêtons nos bouches aux sexes. Les tonitruands.


IN/OUT

(1981-1982)

L’affection c’est OUT
L’affectation c’est IN

Tout risquer c’est OUT
Tout perdre c’est IN

Réfléchir c’est OUT
Régimenter c’est IN

La créativité c’est OUT
Le créationnisme c’est IN

La drogue c’est OUT
Les drogues de toutes sortes c’est IN

La grève c’est OUT
La guerre c’est IN

« Le retour à la terre » c’est OUT
« Le dos au mur » c’est IN

La mobilité du réel c’est OUT
L’immobilier c’est IN

L’éclat de l’obscène c’est OUT
Le feux de la scène c’est IN

Les diatribe c’est OUT
Les tribus c’est IN

L’intoxication c’est OUT
La toxicité c’est IN

Les boat-people c’est OUT
Les gens qui ratent le coche c’est IN

Le punk c’est OUT
La foutaise c’est IN

Wihelm Reich c’est OUT
Le Troisième Reich c’est IN

Les radicaux c’est OUT
Les radiations c’est IN

69 c’est OUT
666 c’est IN

La vie de bohème c’est OUT
Le cristal de Bohème c’est IN

Le faire c’est IN
Se faire quelqu’un c’est OUT

Les codes postaux à 9 chiffres c’est IN
Le Q-I à 3 chiffres c’est OUT

La castration c’est IN
Le châtiment c’est OUT

Les jeans haute couture c’est IN
Les gènes supérieurs c’est OUT

Le conservatisme c’est IN
La conservation c’est OUT

Le couple c’est IN
La copulation c’est OUT

La pensée positive c’est IN
La cuite positive c’est OUT

Le nationalisme c’est IN
L’insubordinationalisme c’est OUT

La bombe atomique c’est IN
Le dingue sympathique c’est OUT

Le programme spatial c’est IN
Espacer sa programmation c’est OUT

L’organique c’est IN
L’orgasmique c’est OUT

La Realpolitik c’est IN
L’impolitique c’est OUT

Le célibat c’est IN
La célébration c’est OUT

Les libertariens c’est IN
La liberté c’est OUT

Le culte du héros c’est IN
L’héroïsme c’est OUT

Des poseurs comme vous c’est IN
Des prosateurs comme moi c’est OUT

Ronald Reagan est IN
Les petits calibres sont (hélas) OUT

Intégrer ce qui est OUT et expulser ce qui est IN ni ne renverse pas la perspective. Le péché est toujours dans le fruit. Les marginaux sont toujours à côté de la plaque. Pour renverser la perspective il faut briser le miroir - ou passer de l’autre côté... de la bande de Mœbius.


Rituels de gauche

(1982)

EN ASTRONOMIE faire sa « révolution » signifie retourner au même endroit. Pour la gauche, il semble que cela signifie la même chose. Le gauchisme est réactionnaire, littéralement. Tout comme les généraux ont toujours une guerre de retard, les gauchistes sont sans cesse à la traîne d’une révolution. Ils la souhaitent parce qu’ils savent qu’elle a échoué. Ils sont à l’avant-garde parce qu’ils sont dépassés. Comme tous les leaders, ils sont plus supportables quand ils suivent leurs suiveurs, mais quand le système est en crise, il les fait monter en première ligne pour le sauver. Si tant est que la métaphore droite/gauche ait un sens, c’est que la gauche est à gauche de la chose même dont la droite est à droite. Et si la révolution signifiait larguer les amarres ?

Si la droite n’existait pas, la gauche devrait l’inventer - et c’est arrivé souvent (exemples : l’hystérie calculée contre les nazis et le KKK qui donnent à ces larves immondes la notoriété dont elles avaient besoin ; la dénonciation routinière de la •4 majorité morale" qui permet d’éviter les attaques inconvenantes contre les sources réelles de la tyrannie moraliste - la famille, la religion en général, et le respect du travail - à laquelle adhèrent aussi bien les gauchistes que les chrétiens). De la même manière, la droite a besoin de la gauche : elle bande toujours sur l’anticommunisme, sous divers oripeaux. Ainsi la droite et la gauche se présupposent et se reproduisent l’une l’autre.

Ce qu’il y a de dur quand les temps le sont, c’est que ça rend l’opposition trop facile. Par exemple, la crise économique pousse le mouvement revendicatif à se glisser dans des catégories archaïques marxistes, populistes, ou syndicalistes. La gauche est ainsi placée de manière à accomplir sa mission historique de réformatrice de ces maux anecdotiques (bien qu’intolérables) qui, traités correctement, dissimulent les iniquités essentielles du système : hiérarchie, moralisme, bureaucratie, travail salarié, monogamie, gouvernement, argent. (Le marxisme peut-il jamais être autre chose que la façon la plus sophistiquée qu’a le capital de se penser lui-même ?)

Considérons un peu l’épicentre reconnu de la crise actuelle : le travail. Le chômage est une mauvaise chose. Il ne s’ensuit pas forcément, en dehors des dogmes droite-gauche, que l’emploi soit une bonne chose. Ce n’est pas le cas. Le "droit au travail" est une revendication justifiée en 1848, dépassée en 1982. Les gens n’ont pas besoin de travail. Ce dont nous avons besoin c’est de moyens de subsistance d’une part, et d’activités créatives, conviviales, éducatives, variées et passionnantes de l’autre. Les frères Goodman ont estimé il y a vingt ans que 5 % du travail fourni à l’époque aurait suffi à la survie de la société, un chiffre qui doit aujourd’hui avoir beaucoup baissé ; des industries entières ne servent donc à rien d’autre qu’aux objectifs prédateurs du commerce et de la coercition. Il s’agit là d’une infrastructure assez vaste pour en jouer afin de créer un monde de liberté, de communauté et de plaisir où la production" des valeurs d’usage est "consommation d’une activité libre et gratifiante. Transformer le travail en jeu est un programme pour un prolétariat qui refuse sa condition, et non pour des gauchistes qui n’ont plus rien à diriger.

Le pragmatisme - c’est manifeste quand on se donne la peine de jeter un coup d’œil à ses réalisations - est un piège. Le bon sens, c’est l’utopie. Le choix entre chômage et plein emploi - que droite et gauche conspirent ensemble à nous présenter comme le seul possible se résume à un choix entre goulag et caniveau. Après toutes ces années, comment s’étonner qu’une populace qui souffre et qu’on empêche de s’exprimer se lasse du mensonge démocratique. Il y a de moins en moins de gens qui ont envie de travailler, même parmi ceux qui redoutent le chômage à juste titre, et de plus en plus de gens qui ont envie de faire des merveilles. Que vive l’agitation pour obtenir des indemnités, des réductions d’impôts, des petits cadeaux, du pain et des jeux - pourquoi s’abstenir de mordre la main qui nourrit ? Elle a très bon goût - il ne faut pas se faire d’illusions, c’est tout.

Le cœur (sur)rationnel de la vérité mystique du marxisme est le suivant : "la classe laborieuse" est le légendaire "agent de la révolution", mais seulement si, en cessant de travailler, elle abolit les classes. Les sempiternels organisateurs gauchistes ne comprennent pas que les travailleurs ont déjà été organisés d’une façon définitive par - et ne peuvent d’ailleurs qu’être organisés pour - leurs patrons. "L’activisme" est une idiotie s’il enrichit et renforce le pouvoir de nos ennemis. Le gauchisme, cette parade d’egos mal vécus et parasitaires, craint un incendie du Wilhelm Reichstag qui consumera partis et syndicats avec les firmes, les armées et les Églises actuellement sous le contrôle de leurs prétendus adversaires.

De nos jours, pour régler ses comptes, il ne faut pas commettre d’impairs. Le gauchisme grisonnant, avec ses listes d’antagonismes réglementaires (tous les ismes sauf lui-même) est dépourvu de tout humour et d’imagination : il n’est donc capable de monter que des putschs, et non des révolutions, de changer de mensonges mais pas de mode de vie. Mais le désir de créer est aussi celui de détruire. Gauchistes, encore un effort si vous voulez être révolutionnaires ! À défaut de vous révolter contre le travail, vous travaillez contre la révolte.


Les mots du pouvoir

(1980)

Art (l’) ? Un substitut au sexe de moins en moins satisfaisant.

Avocats (les) ? Des bouches insatiables à nourrir

Banque du sang (la) ? En existe-t-il une autre sorte ?

Civilisation (la) ? Cancer de la peau de la biosphère.

Couples (les) ? La monogamie, c’est la monotonie.

Crucifixion (la) ? Trop peu et trop tard.

Cynisme (le) ? Dépassé depuis longtemps par les événements

Disco (le) ? Bêlement rythmique.

Droit (le) ? Tordu.

Élections (les) ? La débilocratie en action.

Ennui (l’) ? Obligatoire pour tous les gens raffinés.

Famille (la) ? Non au nucléaire !

Féminisme (le) ? L’égalité avec les hommes : une ambition mesquine.

Foi (la) ? Fatale - Oublie-moi, Dieu !

Gauche (la) ? La dernière roue du carrosse.

Gourous (les) ? Un bon mantra ne se trouve pas sous les pieds d’un cheval.

Gouvernement (le) ? Les flingues ne tuent pas, les politiciens, si.

Guerre de classes (la) ? Celle qui doit mettre fin à toutes les autres.

Hippies (les) ? A court d’idées.

Homos (les) ? Juifs (les) ? Des élites qui incarnent les opprimés.

Juges (les) ? Despotes séniles en costumes de clowns.

Libéraux (les) ? des conservateurs avec une mauvaise conscience.

Libertarianisme (le) ? Toute la liberté qu’on peut se payer avec du fric.

Loi (la) ? Crime sans châtiment.

Loisirs (les) ? On ne peut pas payer et s’amuser en même temps.

Maladie (la) ? Très dangereux : la principale cause des docteurs.

Marxisme (le) ? Stade suprême du capitalisme.

Masochisme (le) ? Aimer rapporter du travail à la maison.

Mystiques (les) ? Pleins d’une incommunicable clairvoyance dont ils n’arrêtent pas de parler.

Nécrophilie (la) ? Une maladie sociale.

Nihiliste (les) ? Allant par-delà le bien et le mal, ils se sont arrêtés en chemin.

Otages (les) ? Ni valent ni la peine de les tuer, ni celle de tuer pour eux.

Pédagogicide (le) ? Un crime sans victime.

Plaisir (le) ? Des interludes qui accentuant la souffrance.

Plein emploi (le) ? Une menace, pas une promesse.

Police (la) ? Des terroristes avec de bons états de service.

Politique (la) ? Comme une mare : les cochonneries remontent à la surface.

Prêcheurs à la radio (les) ? Assez de secte dans les oreilles, plus de sexe dans la bouche !

Préjugés raciaux (les) ? De la sociologie indigène.

Profs (les) ? Surclassés.

Propriété (la) ? C’est le vol - Et le vol est correct.

Psychothérapie (la) ? Le châtiment sans crime.

Punks (les) ? Des hippies amnésiques.

Punques (les) ? Des punks qui ont fait les beaux-arts.

Reagan ? Un pas dans la direction du reich.

Ré-généré ? Une fois de trop.

Relations (les) ? Être seul ensemble.

Religion (la) ? Défier ses déficiences.

Rock (le) ? Son avenir est derrière lui.

R.O.T.C. ? Connaissance charnelle.

San Francisco ? Baja Sausalito.

Scène sociale (la) ? Comment affirmer sa différence comme tout le monde.

Sexe (le) ? Un substitut de moins en moins satisfaisant à la masturbation.

Sionisme (le) ? Un nazisme juif.

Socialistes (les) ? des moutons déguisés en loups.

Temps libre (le) ? Travail non rémunéré par le patron.

Trotskisme (le) ? Un stalinisme sans le pouvoir.

Utopie (l’) ? Une nostalgie du futur.

Végétariens (les) ? On est ce qu’on mange.

Vie après la mort (la) ? Pourquoi attendre ?

Violence à l’école (la) ? La lutte des classes comme lutte en classe.


Le féminisme comme fascisme

(1983)

COMME LE SOULIGNE un classique pour les enfants, les porcs sont des porcs (Pigs is Pigs) quelle que soit la forme de leurs génitoires. Ilse Koch était une nazie, pas une "sœur". L’amour, ça n’est pas la haine, la guerre n’est pas la paix, la liberté n’est pas l’esclavage, et brûler des livres n’est pas libérateur. Les anti-autoritaires qui veulent devenir révolutionnaires ont à faire face à beaucoup de questions difficiles. Ils devraient commencer, toutefois, par répondre correctement à celles qui sont faciles.

Toute hyperbole et métaphore mises à part, ce qui se fait passer pour un "féminisme radical." est du fascisme. Il fait la promotion du chauvinisme, de la censure, du maternalisme, de la pseudo-anthropologie, de la désignation de boucs émissaires, de l’identification mystique avec la nature, d’une religiosité pseudo-païenne, d’une uniformité obligatoire de pensée et même d’apparence (parfois Héra vient en aide à la féministe, féminine" ou ectomorphe !). Voilà toute la théorie et bien trop de la pratique que nous devrions maintenant tous être capables de reconnaître. C’est dans la complémentarité entre des procédés de police privée et les méthodes étatiques de répression, qu’on retrouve aussi une sinistre continuité tactique avec le fascisme classique. C’est ainsi que Open Road, le Rolling Stone de l’anarchisme, a applaudi des actions antiporno à Vancouver (non pas comme action directe, donc compréhensible, même mal dirigée mais plutôt) parce qu’elle a encouragé des procureurs léthargiques à entamer des poursuites. Après la Première Guerre mondiale, en Italie, les bandes fascistes attaquaient les organisations socialistes et syndicales avec l’accord tacite de la police, qui n’intervenait jamais, sinon contre la gauche (la suppression du syndicat IWW aux États-Unis s’est faite de la même manière). Comme je l’ai remarqué moi-même un jour avec étonnement : "Comment se fait-il que les seuls mecs avec qui ces filles acceptent de coucher soient procureurs ?"

Non pas que je me soucie le moins du monde de l’avenir de l’industrie pornographique, de sa "liberté d’expression", de ses droits ou de ses biens. Mon propos est tout autre pourquoi isoler cette forme particulière de commerce ? Cibler l’industrie porno révèle des priorités et un programme, non pas une spontanéité anticapitaliste. Ceux qui appliquent une politique mûrement réfléchie ne peuvent se plaindre qu’on leur demande les raisons qui les font agir, ni qu’on remette celles-ci en question.

L’idéologie fasciste a toujours une façon incongrue d’affirmer à son public, son peuple élu, qu’il est à la fois et de façon simultanée opprimé et supérieur. Les Allemands n’ont pas vraiment perdu la Première Guerre mondiale c’était impossible, ex hypothesis, étant donné qu’ils sont supérieurs - on les avait donc poignardés dans le dos. (Mais alors comment la race supérieure avait-elle pu se laisser coincer dans une situation pareille ?) Les hommes et rien qu’eux, nous dit-on dans un manifeste antiporno/féministe paru dans Kick It Over, un journal de Toronto, "ont créé cette culture destructrice de la nature et haïssant les femmes". Si c’est le cas, et bien, soit les femmes n’ont contribué en rien à la culture, ou alors il y a plus et autre chose dans cette culture que la destruction de la nature et la haine des femmes.

Ces féministes à la radicalité auto-proclamée réduisent les femmes à des victimes impuissantes du mépris et de la coercition masculine, des quasi-légumes apeurés, pour des raisons qui leur sont propres (dont certaines sont aussi futiles que la concurrence sexuelle avec les hétéros mâles pour les femmes qu’elles désirent aussi). Ce qui représente une insulte plus grave pour les femmes que les pires idéologies patriarcales - l’idée juive de la femme comme source de pollution, par exemple, ou le cauchemar chrétien de la femme comme tentatrice et déchaînement sexuel incontrôlable de la nature - n’égalèrent jamais. Ils ont sali la femme, la présentant comme le mal, mais ne pouvaient la considérer comme impuissante. Le récent stéréotype de la femme-comme-victime est non seulement un héritage direct de l’attitude victorienne patriarcale réduisant les femmes (bourgeoises) à d’inertes ornements de salon, mais en déniant aux femmes la créativité qui existe en tout être, il rabaisse leurs revendications au niveau de celles qu’on formule pour, disons, les bébés-phoques.

Imaginons que les choses n’aient pas été aussi catastrophiques, par exemple qu’au contraire de ce qu’avancent les féministes les plus enragées, de concert avec les pires misogynes, les femmes aient été autant sujets de l’histoire qu’objets de celle-ci. Alors comment est-ce que les femmes - ou n’importe quelle autre minorité opprimée : Noirs, ouvriers, peuples indigènes - peuvent-elles être lavées de tout soupçon de complicité dans les arrangements qui les condamnaient à vivre sous le joug ? Elles avaient des raisons de s’en accommoder. Nier leur existence n’est pas excusable.

Il ne s’agit pas d’aigreur mal placée. Le fait que certaines femmes n’aiment pas les hommes ne m’a jamais dérangé, même si elles vont jusqu’à refuser toute relation avec eux. Moi-même, la plupart des hommes me déplaisent, en particulier ceux qui collent aux archétypes "masculins". Je ne peux toutefois m’empêcher de remarquer que la plupart des femmes réagissent autrement. Les féministes radicales l’ont également remarqué, et cela les conduit à faire preuve de confusion dans leur discours. Je suis le premier à admettre que les majorités peuvent avoir tort. Si ça n’était pas le cas, nous serions effectivement les marginaux disjonctés, les énergumènes impuissants que presque tout le monde nous accuse d’être. Mais lorsque je critique les majorités, je ne prétends pas pour autant parler à leur place. Les féministes radicales, elles, sont avant-gardistes. En tant que telles il leur faut rationaliser leurs animosités, et elles s’y sont employées - leurs préjugés les ont poussées à concevoir un déterminisme démoniaque de la biroute. Haïssant les hommes, elles ne peuvent que haïr les femmes.

Mettre la pornographie et le viol sur le même plan - ce qui, sous l’habillage rhétorique venimeux, semble être l’axiome fondamental du mouvement antiporno - est sans doute destiné à présenter le porno sous un jour plus sérieux. Et pourtant, si ce sont les hommes qui décident, et que la tendance inhérente au système (comme on nous le dit) est de dénaturer les initiatives oppositionnelles dont le féminisme représente la plus révolutionnaire, alors le résultat probable est présenter le viol sous un jour plus dérisoire. Vieille histoire de la femme qui criait au loup. (De la même manière, la manipulation médiatique selon laquelle "l’antisionisme est de l’antisémitisme" a fait merveille pour innocenter l’État d’Israël jusqu’à ce que son expansionnisme exterminateur engendre des antisionistes susceptibles de prendre les diffamateurs de B’nai B’rith au pied de la lettre).

D’après l’épistémologie féminoïde, les hommes ne comprennent rien à la vraie nature des femmes. On pourrait logiquement en déduire que la séparation des deux sexes, résultat de rôles disparates et de la discrimination, serait à double tranchant, et c’est la conclusion à laquelle parviennent bon gré mal gré la plupart d’entre nous. Mais non : les hommes de comprennent pas les femmes, mais les femmes, par contre (ou du moins leur avant-garde féministe), comprennent les hommes. Les femmes - ou du moins, les expertes féministes - comprennent la pornographie et le sens qu’elle a pour les hommes bien mieux que les mâles qui l’écrivent et la lisent - et les lesbiennes séparatistes, qui évitent les hommes et s’abstiennent de faire l’amour avec eux, sont les mieux placées. Plus on est loin de la vie réelle des hommes en chair et en os, mieux on les comprend. Si l’on pousse ce raisonnement jusqu’au bout, le pape n’est-il pas alors, ainsi qu’il le prétend, l’autorité suprême en ce qui concerne la sexualité et les femmes ?

Le rapport supposé entre pornographie et viol est allégorique et non pas empirique. C’est une corrélation comparable au fantasme récemment ressuscité par les médias, l’enchaînement soi-disant fatal de la marijuana - "le joint qui rend fou" - à l’héroïne, aussi absurde que commode du point de vue d’une propagande d’État. Si le féminisme n’existait pas, les politiciens conservateurs auraient à l’inventer. (Pourquoi est-ce que des législatures exclusivement constituées d’hommes ont-elles criminalisé, en priorité, "l’obscénité" ? Et pourquoi des tribunaux exclusivement masculins privent-ils donc les auteurs d’un tel délit de toute protection constitutionnelle ?) Si les harpies du mouvement antiporno avaient un jour affaire à des gens en chair et en os plutôt qu’à leurs projections enfiévrées, elles découvriraient sans doute que le porno n’a aucun intérêt pour la majorité des mâles ayant dépassé la puberté - non qu’ils soient politiquement corrects, mais parce que c’est manifestement grossier, vulgaire, et surtout, très inférieur à la chose elle-même.

Ces féministes, prêtes à brûler des livres, ne sont que de lâches opportunistes. Si ce qu’elles refusent c’est la socialisation subliminale des femmes dans des rôles de soumission vis-à-vis des hommes (curieusement, adopter ce genre de rôles vis-à-vis de lesbiennes dominatrices n’est pour elles qu’un plaisir innocent), leurs cibles principales devraient être Cosmopolitan, les romances de Barbara Cartland et la littérature de gare crypto-pornographique écrite par et pour les femmes. Après tout, le sang et la violence ne sont que des dérivatifs : on ne peut martyriser que des martyrs. Il y a quinze ans, les fondatrices du mouvement de libération des femmes (devenues aujourd’hui prêtresses, avocates, et bureaucrates de haut vol) s’en prenaient au moins à des ennemis puissants, comme Hugli Hefner et Andy Warhol. De nos jours, elles se contentent de terroriser des adolescents punks anarchistes (anecdote lue dans The Match !) dont les collages insinuent que Margaret Thatcher, en l’occurrence, est une dirigeante, "la mère d’un millier de morts", et non pas "une sœur". Telle est la logique de cet étrange déterminisme biologique : tout animal équipé d’un vagin est l’une d’entre Nous, et tout être doté d’une verge est de l’autre bord, quelqu’un de chez Eux. On ne peut alors que répéter ce que disait le Firesign Theatre : "Qui donc est nous, au juste ?"

Les mâles gauchistes, par exemple, sont souvent prêts à bêtement approuver n’importe quelle exagération féministe. À leur culpabilité pour des fautes passées (d’une façon générale, ceux qui se sentent coupables - vis-à-vis des femmes, des Noirs, des étrangers ou de n’importe quoi - le sont effectivement) se mêle l’ambition de se taper les féministes gauchistes. Berkeley en Californie (tout près de là où j’habite) est ainsi bourré de "féministes" mâles qui ont convaincu les plus faciles de se laisser baiser. Ce genre d’arnaques est également très courant à Toronto, et sans aucun doute dans beaucoup d’endroits. En elles-mêmes, ces ambitions mesquines ne discréditent pas les idéologies dont elles ne sont que l’émanation - les pires des raisons peuvent mener aux plus justes conclusions. Mais, dans la mesure où les opinions en jeu paraissent stupides à quiconque n’a pas de raisons cachées de les embrasser, ces paroxysmes d’intellectuels masculins ne trouvent d’explications plausibles qu’en tant que rationalisations hypocrites.

Il est possible que l’idéologie que je viens d’éreinter soit une voie que certaines personnes ont dû emprunter pour se libérer suffisamment, de manière à concevoir un projet de libération collective. Un certain nombre d’apprenties du féminisme sont d’ores et déjà passées au stade supérieur, celui de la quête de liberté commune à tous, et n’en sont que meilleures d’avoir traversé cette épreuve. Nous avons tous des antécédents gênants (le marxisme, le libertarianisme, le syndicalisme, l’objectivisme) à mettre derrière nous : si on n’avait jamais pensé en termes idéologiques, il n’est pas certain qu’on se serait mis à penser par nous-mêmes. Être trotskiste ou jésuite, en soi, c’est être un croyant, c’est-à-dire une cloche. Et pourtant, un flirt poussé avec n’importe quel système, pour peu qu’il soit entrepris avec rigueur, peut ouvrir la voie qui permet d’échapper au Système dominant lui-même.

Une éventualité peu probable, toutefois, à l’heure où les critiques féminines du féminisme sont victimes d’un ostracisme qui les présente comme des renégates, tandis que les hommes sont ignorés ou vilipendés par principe. (Les sionistes ont mis en place un mécanisme parallèle pour que règne la conspiration du silence : les critiques venues des "goys" sont a antisémites", et celles des juifs brûlent d’une haine d’eux-mêmes caractéristique"). Le séparatisme peut paraître absurde comme projet de société et bourré d’incohérences (rares sont les séparatistes dont la sécession avec la société patriarcale soit aussi radicale que celle des survivalistes - et personne ne se mêle autant des affaires des autres que les séparatistes). Mais un demi-isolement rend l’endoctrinement des néophytes bien plus facile, réduisant au silence toute argumentation adverse, idée que les féministes partagent avec les Hare Krishna, les Moon et autres sectes. Par bonheur, leur doctrine et leur sous-culture sont aussi peu engageantes. J’ai remarqué que le féminisme radical a tendance à grisonner : à mesure que la contre emportés dans les égouts de la mémoire, de moins en moins de femmes ont subi le shampouinage préparatoire au lavage de cerveau féministe. Les (soi-disant) féministes radicales âgées d’une vingtaine d’années se font de plus en plus rares.

Le féminisme radical (rien ne sert de leur contester la formule) est donc une construction dogmatique, autoritaire, sexiste, que les révolutionnaires gratifieraient d’une légitimité imméritée en la prenant tout à fait au sérieux. Il est temps de cesser tout maternalisme avec ces terroristes du dérisoire et de les tenir responsables d’un prêchi-prêcha génocidaire, de la pratique de bien des sévices (et même, si ce que l’on raconte est vrai, de viol !) dont elles prétendent avoir été victimes (ou plus exactement, dont ont été victimes des "sueurs" fictives, puisque la féministe radicale est en principe assez privilégiée). Comment faire échec au fémino-fascisme ? C’est facile : il faut les prendre au pied de la lettre, les traiter en égales... et les entendre pousser les hauts cris ! La Reine est nue... Et voilà ce que je trouve obscène.


L’anarchisme et autres obstacles à l’anarchie

(1985)

POINT N’EST BESOIN aujourd’hui d’élaborer de nouvelles définitions de l’anarchisme - améliorer celles qui ont été conçues par d’éminents défunts serait difficile. Il n’est pas non plus nécessaire de s’attarder sur les divers anarchismes à traits d’union, communistes, individualistes, et ainsi de suite ; les manuels s’en chargent. Il est plus important de constater que nous ne sommes pas plus près de l’anarchie aujourd’hui qu’à l’époque de Godwin, Proudhon, Kropotkine et Goldman. Il y a de nombreuses raisons à cet état de fait, mais celles auxquelles on doit réfléchir en priorité sont celles engendrées par les anarchistes eux-mêmes, puisque ces obstacles - entre tous - sont ceux qu’il devrait être possible de renverser. Possible, mais peu probable.

Mûrement réfléchie, après des années d’examen et d’une activité parfois épuisante dans le milieu anarchiste, mon idée est que l’une des raisons majeures - et d’après moi suffisante - pour lesquelles l’anarchie reste un voeu pieux, sans l’ombre d’une chance d’être réalisée, tient aux anarchistes eux-mêmes. La plupart d’entre eux sont franchement incapables de vivre l’autonomie coopérative dont ils se réclament. Beaucoup sont assez médiocres intellectuellement. Ils ont tendance à passer leur temps à lire leurs propres classiques et leur littérature interne, à l’exclusion de toute connaissance plus large du monde dans lequel nous vivons. Essentiellement timides, ils s’associent avec des individus qui leur ressemblent, avec l’accord tacite que personne ne prendra la mesure de l’opinion et des actions des autres à l’aune de critères d’intelligence critique et pratique ; que personne ne s’élèvera au-dessus du lot par un accomplissement individuel ; et surtout que personne ne remettra en question les articles de foi de l’idéologie anarchiste.

En tant que milieu, l’anarchisme n’est pas tant une remise en cause de l’ordre établi qu’une façon hautement spécialisée de s’en accommoder. C’est un mode de vie, ou du moins quelque chose qui en tient lieu, avec ses récompenses et ses sacrifices bien à lui. La pauvreté y est obligatoire, mais cette condition est précisément celle qui clôt le débat de savoir si l’anarchiste aurait pu devenir autre chose qu’un raté, quelle que soit son idéologie. L’histoire de l’anarchisme est celle d’une suite de défaites et de martyres sans précédent. Pourtant les anarchistes vénèrent leurs aïeux martyrisés avec une dévotion morbide propre à provoquer le soupçon que les anarchistes, comme tous les autres, pensent que le seul bon anarchiste est un anarchiste mort. La révolution - la révolution vaincue - est glorieuse mais elle appartient aux livres et aux pamphlets. Au cours du siècle - l’Espagne de 1936 et la France de 1968 sont des exemples particulièrement éclairants - les soulèvements révolutionnaires ont surpris les anarchistes officiels, organisés, à tel point qu’ils se sont montrés réticents ou pire encore. Point n’est besoin d’aller en chercher bien loin les raisons. Ça n’est pas tant que tous ces idéologues aient été hypocrites - certains l’étaient. Mais plutôt qu’ils avaient mis au point une routine de militantisme anarchiste, qu’ils espéraient inconsciemment voir durer éternellement, puisque la révolution n’est pas réellement imaginable dans l’ici-maintenant, et ils réagirent donc en se montrant craintifs et sur la défensive lorsque les événements dépassèrent leur rhétorique.

En d’autres termes, si on leur donnait le choix entre l’anarchisme et l’anarchie, la plupart des anarchistes choisiraient l’idéologie et la sous-culture anarchistes plutôt que de faire un grand bond dans l’inconnu, vers un monde de liberté sans État. Mais comme les anarchistes sont quasiment les seuls critiques avoués de l’État en tant que tel, ces individus qu’effraie la liberté assumeraient inévitablement un rôle dirigeant ou du moins très en vue dans une insurrection authentiquement anti-étatique. Eux-mêmes suiveurs dans l’âme, ils seraient les leaders d’une révolution menaçant leur propre statut autant que celui des politiciens ou des propriétaires. Les anarchistes saboteraient, consciemment ou non, la révolution qui sans eux aurait aboli l’État sans perdre son temps à rejouer la vieille querelle Marx/Bakounine.

En réalité les anarchistes se proclamant tels n’ont rien fait pour remettre en question l’État avec l’exemple contagieux de rapports sociaux différents, plutôt qu’avec des écrits fumeux et confidentiels, pleins d’un jargon spécialisé. La manière qu’ont les anarchistes de conduire l’anarchisme est la meilleure réfutation des prétentions anarchistes. S’il est vrai (et ça n’est certes pas une mauvaise chose) qu’en Amérique les pesantes "fédérations" organisées des travailleurs se sont effondrées sous leur propre poids d’acrimonie et d’ennui, la structure sociale informelle de l’anarchisme, elle, est toujours hiérarchique de bout en bout. Les anarchistes se soumettent placidement à ce que Bakounine appelait un "gouvernement invisible" », qui dans ce cas précis se résume aux éditeurs (de facto, sinon de nom) d’une poignée des plus importantes et des plus durables publications anarchistes.

Ces publications, en dépit de profondes divergences idéologiques apparentes, partagent les mêmes attitudes paternalistes vis-à-vis de leurs lecteurs et l’accord tacite de ne permettre aucune attaque qui exposerait leurs incohérences et risquerait de porter atteinte à leurs intérêts communs de classe dans l’hégémonie sur les anarchistes de base. Curieusement, il est beaucoup plus facile de critiquer The Fifth Estate ou Kick It Over dans leurs pages que par exemple Processed World. Chacune de ces organisations a plus en commun avec les autres organisations de toutes natures qu’avec les inorganisés. Si les anarchistes pouvaient seulement comprendre leur propre critique de l’État, ils y reconnaîtraient un cas particulier de la critique de l’organisation. Et, à un certain niveau, même les organisations anarchistes le sentent.

Les anti-anarchistes peuvent aisément en conclure que si hiérarchie et coercition sont inévitables, que ce soit manifeste, clairement énoncé. Contrairement à ces doctes autorités en la matière (les "libertariens" de droite, et les "minarchistes", par exemple), je persiste et signe dans mon opposition à l’État. Mais pas parce que, comme le proclament si souvent sans réfléchir les anarchistes, l’État ne serait pas "nécessaire". Les gens ordinaires balaient cette affirmation anarchiste comme une absurdité, et ce avec raison. Dans une société de classe industrialisée comme la nôtre, l’État est manifestement nécessaire. La question est que l’État lui-même a créé les conditions de sa nécessité en privant les individus et les associations volontaires de leurs pouvoirs.

D’une façon plus fondamentale, ce qui sous-tend l’État (le travail, le moralisme, la technologie industrielle, les organisations hiérarchisées) n’est pas nécessaire, mais plutôt antinomique avec la satisfaction des besoins et des désirs réels. Malheureusement, la plupart des variétés d’anarchisme avancent et soutiennent ces thèses, mais reculent devant la conclusion logique qu’elles ont elles-mêmes formulée : détruire l’État. Si les anarchistes n’existaient pas, l’État aurait dû les inventer. On sait qu’en plusieurs occasions, c’est ce qu’il a fait. Il nous faut des anarchistes débarrassés de l’anarchisme. Alors, et seulement alors, pourrons-nous sérieusement entreprendre de fomenter l’anarchie.




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