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  Post� le lundi 09 janvier 2006 @ 00:50:36 by AnarchOi
Contributed by: AnarchOi
BiographieF. Roy, libraire-�diteur, 185 rue Saint Antoine, 1886



MES PROC�S

PREMIER PROC�S

LA COMMUNE

COMPTE-RENDU DE LA GAZETTE DES TRIBUNAUX.

VI� CONSEIL DE GUERRE (s�ant � Versailles).

Pr�sidence de M. Delaporte, Colonel du 12� chasseurs � cheval

Audience du 18 d�cembre 1871.

La Commune n�avait pas assez pour se d�fendre des hommes d�vou�s qui composaient la garde nationale, elle avait institu� des compagnies d�enfants sous le nom de � Pupilles de la Commune � ; elle voulut organiser un bataillon d�amazones ; et, si ce corps ne fut pas constitu�, on put voir cependant des femmes portant un costume militaire, plus ou moins fantaisiste, et la carabine sur l��paule, pr�c�dant les bataillons qui se rendaient aux remparts.

Parmi celles qui paraissent avoir exerc� une influence consid�rable dans certains quartiers, on remarquait Louise Michel, ex-institutrice aux Batignolles, qul ne cessa de montrer un d�vouement sans bornes au gouvernement insurrectionnel.

Louise Michel a trente-six ans ; petite. brune, le front tr�s d�velopp�, puis fuyant brusquement ; le nez et le bas du visage tr�s pro�minents ; ses traits r�v�lent une extr�me duret�. Elle est enti�rement v�tue de noir. Son exaltation est la m�me qu�aux premiers jours de sa captivit�, et quand on l�am�ne devant le conseil, relevant brusquement son voile, elle regarde fixement ses juges.

M. le capitaine Dailly occupe le si�ge du Minist�re public.

M� Haussmann nomm� d�office, assiste l�accus�e, qui cependant a d�clar� refuser le concours de tout avocat.

M. le greffier Duplan donne lecture du rapport suivant :

* * *

C�est en 1870, � l�occasion de la mort de Victor Noir, que Louise Michel commen�a � afficher ses id�es r�volutionnaires.

Institutrice obscure, presque sans �l�ves, il ne nous a pas �t� possible de savoir quelles �taient alors ses relations et la part � lui attribuer dans les �v�nements pr�curseurs du monstrueux attentat qui a �pouvant� notre malheureux pays.

Il est inutile, sans doute, de retracer en entier les incidents du 18 Mars, et comme point de d�part de l�accusation, nous nous bornerons � pr�ciser la part prise par Louise Michel dans le drame sanglant dont les buttes Montmartre et la rue des Rosiers furent le th��tre.

La complice de l�arrestation des infortun�s g�n�raux Lecomte et Cl�ment Thomas craint de voir les deux victimes lui �chapper. � Ne les l�chez pas ! � crie-t-elle de toutes ses forces aux mis�rables qui les entourent.

Et plus tard, lorsque le meurtre est accompli, en pr�sence, pour ainsi dire, des cadavres mutil�s, elle t�moigne toute sa joie pour le sang vers� et ose proclamer � que c�est bien fait � ; puis, radieuse et satisfaite de la bonne journ�e, elle se rend � Belleville et � la Villette, pour s�assurer � que ces quartiers sont rest�s arm�s �.

Le 19, elle rentre chez elle, apr�s avoir pris la pr�caution de se d�pouiller de l�uniforme f�d�r� qui peut la compromettre ; mais elle �prouve le besoin de causer un peu des �v�nements avec sa concierge.

- Ah ! s��crie-t-elle, si Cl�menceau �tait arriv� quelques instants plus t�t rue des Rosiers, on n�aurait pas fusill� les g�n�raux, parce qu�il s�y serait oppos�, �tant du c�t� des Versaillais.

Enfin � l�heure de l�av�nement du peuple a sonn� �. Paris, au pouvoir de l��tranger et des vauriens accourus de tous les coins du monde, proclame la Commune.

Secr�taire de la soci�t� dite de � Moralisation des ouvri�res par le travail �, Louise Michel organise le fameux Comit� central de l�Union des femmes, ainsi que les comit�s de vigilance charg�e de recruter les ambulanciers, et, au moment supr�me, des travailleuses pour les barricades, peut-�tre m�me des incendiaires.

Une copie de manifeste trouv�e � la mairie du Xe arrondissement indique le r�le jou� par elle dans lesdits comit�s, aux derniers jours de la lutte. Nous reproduisons textuellement cet �crit.

� - -

� Au nom de la r�volution sociale que nous acclamons, au nom de la revendication des droits du travail, de l��galit� et de la justice, l�Union des femmes pour la d�fense de Paris et les soins aux bless�s proteste de toutes ses forces comme l�indigne proclamation aux citoyennes, affich�s avant-hier et �manant d�un groupe de r�actionnaires

� Ladite proclamation porte que les femmes de Paris en appellent � la g�n�rosit� de Versailles et demandent la paix � tout prix.

� Non, ce n�est pas la paix, mais bien la guerre � outrance que les travailleuses de Paris viennent r�clamer.

� Aujourd�hui une conciliation serait une trahison. Ce serait renier toutes les aspirations ouvri�res acclamant la r�novation sociale absolue, l�an�antissement de tous les rapports juridiques et sociaux existant actuellement, la suppression de tous les privil�ges, de toutes les exploitations, la substitution du r�gne du travail � celui du capital, en un mot, l�affranchissement du travailleur par lui-m�me !

� Six mois de souffrances et de trahison pendant le si�ge, six semaines de luttes gigantesques contre les exploiteurs coalis�s, les flots de sang vers�s pour la cause de la libert�, sont nos titres de gloire et de vengeance !

� La lutte actuelle ne peut avoir pour issue que le triomphe de la cause populaire... Paris ne reculera pas, car il porte le drapeau de l�avenir. L�heure supr�me a sonn� ! Place aux travailleurs ! Arri�re leurs bourreaux ! Des actes ! de l��nergie !

� L�arbre de la libert� cro�t, arros� par le sang de ses ennemis !

� Toutes unies et r�solues, grandies et �clair�es par les souffrances que les crises sociales entra�nent � leur suite, profond�ment convaincues que la Commune, repr�sentant les principes internationaux et r�volutionnaires des peuples, porte en elle les germes de la r�volution sociale, les femmes de Paris prouveront � la France et au monde qu�elles aussi sauront, au moment du danger supr�me, aux barricades, sur les remparts de Paris, si la r�action for�ait les portes, donner, comme leurs fr�res, leur sang et leur vie pour la d�fense et le triomphe de la Commune, c�est-�-dire du peuple ! Alors victorieux, � m�me de s�unir et de s�entendre sur leurs int�r�ts communs, travailleurs et travailleuses, tous solidaires par un dernier effort... � (Cette derni�re phrase est rest�e inachev�e.) Vive la R�publique universelle ! Vive la Commune ! �

� - -

Cumulant tous les emplois, elle dirigeait une �cole, rue Oudot, 24. L�, du haut de sa chaire, elle professait, � ses rares loisirs, les doctrines de la libre pens�e et faisait chanter � ses jeunes �l�ves les po�sies tomb�es de sa plume, entre autres la chanson intitul�e : Les Vengeurs.

Pr�sidente du club de la R�volution, tenu � l��glise Saint-Bernard, Louise Michel est responsable du vote rendu dans la s�ance du 18 mai (21 flor�al an LXXIX), et, ayant pour but :

� La suppression do la magistrature, l�an�antissement des Codes, leur remplacement par une commission de justice ;

� La suppression des cultes, l�arrestation imm�diate des pr�tres, la vente de leurs biens et de ceux des fuyards et des tra�tres qui ont soutenu les mis�rables de Versailles ;

� L�ex�cution d�un otage s�rieux toutes les vingt-quatre heures, jusqu�� la mise en libert� et l�arriv�e � Paris du citoyen Blanqui, nomm� membre de la Commune. �

Ce n��tait point assez, cependant, pour cette �me ardente, comme veut bien la qualifier l�auteur d�une notice fantaisiste qui figure au dossier, de soulever la populace, d�applaudir � l�assassinat, de corrompre l�enfance, de pr�cher une lutte fratricide, de pousser en un mot � tous les crimes, il fallait encore donner l�exemple et payer de sa personne !

Aussi la trouvons-nous � Issy, � Clamart et � Montmartre, combattant au premier rang, faisant le coup de feu ou ralliant les fuyards.

Le Cri du peuple l�atteste ainsi dans son num�ro du 16 avril :

� La citoyenne Louise Michel, qui a combattu si vaillamment aux Moulineaux, a �t� bless�e au fort d�Issy. �

Tr�s heureusement pour elle, nous nous empressons de le reconna�tre, l�h�ro�ne de Jules Vall�s �tait sortie de cette brillante affaire avec une simple entorse.

Quel est le mobile qui a pouss� Louise Michel dans la voie fatale da la politique et de la r�volution ?

C�est �videmment l�orgueil.

Fille ill�gitime �lev�e par charit�, au lieu de remercier la Providence qui lui avait donn� une instruction sup�rieure et les moyens de vivre heureuse avec sa m�re, elle se laisse aller � son imagination exalt�e, � son caract�re irascible et, apr�s avoir rompu avec ses bienfaiteurs, va courir l�aventure � Paris.

Le vent de la R�volution commence � souffler : Victor Noir vient de mourir.

C�est le moment d�entrer en sc�ne ; mais le r�le de comparse r�pugne � Louise Michel ; son nom doit frapper l�attention publique et figurer en premi�re ligne dans les proclamations et les r�clames trompeuses.

Il ne nous reste plus qu�� donner la qualification l�gale aux actes commis par cette �nergum�ne depuis le commencement de la crise �pouvantable que la France vient de traverser jusqu�� la fin du combat impie auquel elle prit part au milieu des tombes du cimeti�re Montmartre.

Elle a assist�, avec connaissance, les auteurs de l�arrestation des g�n�raux Lecomte et Cl�ment Thomas dans les faits qui l�ont consomm�e, et cette arrestation a �t� suivie de tortures corporelles et de la mort de ces deux infortun�s.

Intimement li�e avec les membres de la Commune, elle connaissait d�avance tous leurs plans. Elle les a aid�s de toutes ses forces, de toute sa volont� ; bien plus, elle les a assist�s et souvent elle les a d�pass�s. Elle leur a offert de se rendre � Versailles et d�assassiner le pr�sident de la R�publique, afin de terrifier l�Assembl�e et, selon elle, de faire cesser la lutte.

Elle est aussi coupable que � Ferr� le fier r�publicain �, qu�elle d�fend d�une fa�on si �trange, et dont la t�te, pour nous servir de son expression, � est un d�fi jet� aux consciences et la r�ponse une r�volution. �

Elle a excit� les passions de la foule, pr�ch� la guerre sans merci ni tr�ve et, louve avide de sang, elle a provoqu� la mort des otages par ses machinations infernales.

Eu cons�quence, notre avis est qu�il y a lieu de mettre Louise Michel en jugement pour :

- 1. Attentat ayant pour but de changer le gouvernement ;
- 2. Attentat ayant pour but d�exciter la guerre civile en portant les citoyens � s�armer les uns contre les autres ;
- 3. Pour avoir, dans un mouvement insurrectionnel, port� des armes apparentes et un uniforme militaire, et fait usage de ces armes ;
- 4. Faux en �criture priv�e par supposition de personnes ;- # Usage d�une pi�ce fausse ;
- 5. Complicit� par provocation et machination d�assassinat des personnes retenues soi-disant comme otages par la Commune ;
- 6. Complicit� d�arrestations ill�gales, suivies de tortures corporelles et de mort, en assistant avec connaissance les auteurs de l�action dans les faits qui l�ont consomm�e ;

Crimes pr�vus par les articles 87, 91, 150, 151, 59, 60, 302, 341, 344 du code p�nal et de la loi du 26 mai 1834.

INTERROGATOIRE DE L�ACCUS�E.

M. le pr�sident : Vous avez entendu les faits dont on vous accuse ; qu�avez-vous � dire pour votre d�fense ?

L�accus�e : Je ne veux pas me d�fendre, je ne veux pas �tre d�fendue ; j�appartiens tout enti�re � la r�volution sociale et je d�clare accepter la responsabilit� de tous mes actes. Je l�accepte tout enti�re et sans restriction. Vous me reprochez d�avoir particip� � l�assassinat des g�n�raux ? A cela, je r�pondrai oui, si me j��tais trouv�e � Montmartre quand ils ont voulu faire tirer sur le peuple ; je n�aurais pas h�sit� � faire tirer moi-m�me sur ceux qui donnaient des ordres semblables ; mais lorsqu�ils ont �t� prisonniers, je ne comprends pas qu�on les ait fusill�s et je regarde cet acte comme une insigne l�chet� !

Quant � l�incendie de Paris, oui, j�y ai particip�. Je voulais opposer une barri�re de flammes aux envahisseurs de Versailles. Je n�ai pas de complices pour ce fait, j�ai agi d�apr�s mon propre mouvement.

On me dit aussi que je suis complice de la Commune ! Assur�ment oui, puisque la Commune voulait avant tout la r�volution sociale, et que la r�volution sociale est le plus cher de mes v�ux ; bien plus, je me fais honneur d��tre l�un des promoteurs de la Commune qui n�est d�ailleurs pour rien, pour rien, qu�on le sache bien, dans les assassinats et les incendies : moi qui ai assist� � toutes les s�ances de l�H�tel de Ville, je d�clare que jamais il n�y a �t� question d�assassinat ou d�incendie. Voulez-vous conna�tre les vrais coupables ? Ce sont les gens de la police, et plus tard, peut-�tre, la lumi�re se fera sur tous ces �v�nements dont on trouve aujourd�hui tout naturel de rendre responsables tous les partisans de la r�volution sociale.

Un jour, je proposai � Ferr� d�envahir l�Assembl�e ; je voulais deux victimes, M. Thiers et moi, car j�avais fait le sacrifice de ma vie, et j��tais d�cid�e � le frapper.

M. le pr�sident : Dans une proclamation, vous avez dit qu�on devait, tous les vingt-quatre heures, fusiller un otage ?

R. Non, j�ai seulement voulu menacer. Mais pourquoi me d�fendrais-je ? Je vous l�ai d�j� d�clar�, je me refuse � le faire. Vous �tes des hommes qui allez me juger ; vous �tes devant moi � visage d�couvert ; voue �tes des hommes, et moi je ne suis qu�une femme, et pourtant je vous regarde en face. Je sais bien que tout ce que je pourrai vous dire ne changera en rien votre sentence. Donc un seul et dernier mot avant de m�asseoir. Nous n�avons jamais voulu que le triomphe des grands principes de la R�volution ; je le jure par nos martyrs tomb�s sur le champ de Satory, par nos martyrs que j�acclame encore ici hautement, et qui un jour trouveront bien un vengeur.

Encore une fois, je vous appartiens ; faites de moi ce qu�il vous plaira. Prenez ma vie si vous la voulez ; je ne suis pas femme � vous la disputer un seul instant.

M. le pr�sident : Vous d�clarez ne pas avoir approuv� l�assassinat des g�n�raux, et cependant on raconte que, quand on vous l�a appris, vous vous �tes �cri�e : � On les a fusill�s, c�est bien fait. � - R. Oui, j�ai dit cela, je l�avoue. (Je me rappelle m�me que c��tait en pr�sence des citoyens Le Moussu et Ferr�.)

D. Vous approuviez donc l�assassinat ? -R. Permettez, cela n�en �tait pas une preuve ; les paroles que j�ai prononc�es avaient pour but de ne pas arr�ter l��lan r�volutionnaire.

D. Voue �criviez aussi dans les journaux ; dans le Cri du peuple, par exemple ? -R. Oui, je ne m�en cache pas.

D. Ces journaux demandaient chaque jour la confiscation des biens du clerg� et autres mesures r�volutionnaires semblables. Telles �taient donc vos opinions ? - R. En effet ; mais remarquez bien que nous n�avons jamais voulu prendre ces biens pour nous ; nous ne songions qu�� les donner au peuple pour le bien-�tre.

D. Vous avez demand� la suppression de la magistrature ? - R. C�est que j�avais toujours devant les yeux les exemples de ses erreurs. Je me rappelais l�affaire Lesurques et tant d�autres.

D. Vous reconnaissez avoir voulu assassiner M. Thiers ? R. Parfaitement... Je l�ai d�j� dit et je le r�p�te.

D. Il para�t que vous portiez divers costumes sous la Commune ? - R. J��tais v�tue comme d�habitude ; Je n�ajoutai qu�une ceinture rouge sur mes v�tements.

D. N�avez-vous pas port� plusieurs fois un costume d�homme ? - Une seule fois : c��tait le 18 Mars ; je m�habillai en garde national, pour ne pas attirer les regards.

Peu de t�moins ont �t� assign�s, les faits reproch�s � Louise Michel n��tant pas discut�s par elle.

On entend d�abord la femme Poulain, marchande.

M. le pr�sident : Vous connaissez l�accus�e ? Vous savez quelles �taient ses id�es politiques ? - R. Oui, monsieur le pr�sident, et elle ne s�en cachait pas. Tr�s exalt�e, on ne voyait qu�elle dans les clubs ; elle �crivait aussi dans les journaux.

D. Vous l�avez entendue dire � propos de l�assassinat des g�n�raux : � C�est bien fait ! � -R. Oui, monsieur le pr�sident.

Louise Michel : Mais j�ai avou� le fait, c�est inutile que des t�moins viennent le certifier.

Femme Botin, peintre.

M. le pr�sident : Louise Michel n�a-t-elle pas d�nonc� un de vos fr�res pour le forcer � servir dans la garde nationale ? -R. Oui, monsieur le pr�sident.

Louise Michel : Le t�moin avait un fr�re, je le croyais brave et je voulais qu�il serv�t la Commune.

M. le pr�sident (au t�moin) : Vous avez vu l�accus�e un jour dans une voiture se promenant au milieu des gardes et leur faisant des saluts de reine, selon votre expression ? - R. Oui, monsieur le pr�sident.

Louise Michel : Mais cela ne peut pas �tre vrai, car je ne pouvais vouloir imiter ces reines dont on parle et que je voudrais toutes voir d�capit�es comme Marie-Antoinette. La v�rit� est que j��tais tout simplement mont�e en voiture parce que je souffrais d�une entorse qui �tait la suite d�une chute faite � Issy.

La femme Pompon, concierge, r�p�te tout ce qui se racontait sur le compte de l�accus�e. On la connaissait comme tr�s exalt�e.

C�cile Den�siat, sans profession, connaissait beaucoup l�accus�e.

M. le pr�sident : L�avez-voue vue habill�e en garde national ? - R. Oui, une fois, vers le 17 mars.

D. Portait-elle une carabine ? - R. Je l�ai dit, mas je ne me rappelle pas bien ce fait.

D. Vous l�avez vue se promenant en voiture, au milieu des gardes nationaux ? -R. Oui, monsieur le pr�sident, mais je ne me rappelle pas exactement les d�tails de ce fait.

D. Vous avez aussi d�j� dit que vous pensiez qu�elle s��tait trouv�e au premier rang quand on avait assassin� les g�n�raux Cl�ment Thomas et Lecomte ? - R. Je ne faisais que r�p�ter ce qu�on avait dit autour de moi.

M. le capitaine Dailly prend la parole. Il demande au conseil de retrancher de la soci�t� l�accus�e, qui est pour elle un danger continuel. Il abandonne l�accusation sur tous les chefs, except� sur celui de port d�armes apparentes ou cach�es dans un mouvement insurrectionnel.

M� Haussmann, � qui la parole est ensuite donn�e, d�clare que devant la volont� formelle de l�accus�e de ne pas �tre d�fendue, il s�en rapporte simplement � la sagesse du conseil.

M. le pr�sident : Accus�e, avez-vous quelque chose � dire pour votre d�fense ?

Louise Michel : Ce que je r�clame de vous, qui vous affirmez conseil de guerre, qui vous donnez comme mes juges, qui ne vous cachez pas comme la commission des gr�ces, de vous qui �tes des militaires et qui jugez � la face de tous, c�est le champ da Satory, o� sont d�j� tomb�s nos fr�res.

Il faut me retrancher de la soci�t� ; on vous dit de le faire ; eh bien ! le commissaire de la R�publique a raison. Puisqu�il semble que tout c�ur qui bat pour la libert� n�a droit qu�� un peu de plomb, j�en r�clame une part, moi ! Si vous me laissez vivre, je ne cesserai de crier vengeance, et je d�noncerai � la vengeance de mes fr�res les assassins de la commission des gr�ces...

M. le pr�sident : Je ne puis vous laisser la parole si vous continuez sur ce ton.

Louise Michel : J�ai fini... Si vous n��tes pas des l�ches, tuez-moi....

Apr�s ces paroles, qui ont caus� une profonde �motion dans l�auditoire, le conseil se retire pour d�lib�rer. Au bout de quelques instants, il rentre en s�ance, et, aux termes du verdict, Louise Michel est � l�unanimit� condamn�e � la d�portation dans une enceinte fortifi�e.

On ram�ne l�accus�e et on lui donne connaissance du jugement. Quand le greffier lui dit qu�elle a vingt-quatre heures pour se pourvoir en r�vision : � Non ! s��crie-t-elle, il n�y a point d�appel ; mais je pr�f�rerais la mort ! �

OBSERVATIONS

Je me bornerai � relever quelques erreurs :

1� Je n�ai pas �t� �lev�e par charit�, mais par les grands-parents qui ont trouv� juste de le faire.

J�ai quitt� Vroncourt apr�s leur mort seulement, et pour me pr�parer � mon dipl�me d�institutrice ; je croyais ainsi pouvoir �tre utile � ma m�re.

2� Le chiffre de mes �l�ves � Montmartre �tait de cent cinquante. Ce qui a �t� constat� par la mairie au temps du si�ge.

3� Peut-�tre n�est-il pas inutile de dire que contrairement � la description de ma personne faite au commencement du compte rendu de la Gazette des tribunaux, je suis plut�t grande que petite ; il est bon, par le temps o� nous vivons, de ne passer que pour soi-m�me.


DEUXI�ME PROC�S

ANNIVERSAIRE DE BLANQUI

EXTRAIT DE L�INTRANSIGEANT DU 7 JANVIER 1882.

POLICE CORRECTIONNELLE.

La premi�re accus�e appel�e est Louise Michel. La vaillante citoyenne est tr�s calme. C�est de sa voix lente et d�une fa�on tr�s pr�cise qu�elle r�pond aux questions du pr�sident.

- Vous �tes pr�venue d�outrages aux agents, lui dit M. Puget.
- Ce serait plut�t � nous de nous plaindre de brutalit�s et d�outrages, r�pond Louise Michel, car nous avons �t� tr�s calmes. Voici ce qui s�est pass� et ce qui motive sans doute ma pr�sence ici :

En arrivant chez le commissaire de police, j�ai vu en bas plusieurs agents qui frappaient violemment un homme. Ne voulant rien dire � ces agents qui �taient tr�s surexcit�s, je suis mont�e au premier ; j�ai trouv� l� deux autres agents plus calmes auxquels j�ai dit : Descendez vite, on assassine en bas.

M. le Pr�sident : Ce r�cit est en d�saccord avec la d�position des t�moins que nous allons entendre.

Louise Michel : Ce que j�ai dit est la v�rit�. D�ailleurs, j�ai avou� des choses plus terribles que celle-l�.

Le t�moin appel� est un nomm� Conar, gardien de la paix [1]. Il raconte qu�il a trouv� en arrivant chez le commissaire de police deux femmes, dont Louise Michel, et que celle-ci lui a dit : Vous �tes des assassins et des feignants (sic).

Louise Michel : C�est faux !

L�agent persiste � affirmer la v�racit� de son r�cit.

Louise Michel r�p�te qu�elle a dit la v�rit� et qu�elle ne peut dire autre chose.

Malgr� l�invraisemblance du r�cit de l�agent, le tribunal, en vertu de l�article 224 du code p�nal, condamne Louise Michel � quinze jours de prison.

NOTE

Je cite ici l�Intransigeant, non pour �taler un compte rendu plus favorable, mais parce que le proc�s ne se trouve pas dans la Gazette des tribunaux.

Nos amis ont raison de trouver invraisemblables les paroles qui me sont attribu�es. J�ai dit : on assassine ici, au lieu de la phrase d�argot qui m�est pr�t�e - le mot feignant n�est pas de mon vocabulaire.


TROISI�ME PROC�S

MANIFESTATION DE L�ESPLANADE DES INVALIDES

EXTRAIT DE LA GAZETTE DES TRIBUNAUX.

COUR D�ASSISES DE LA SEINE.

Pr�sidence de M. RAM�.

Audience du 21 juin 1883.

Je crois inutile de donner le texte de l�acte d�accusation, dont voici les conclusions.

Louise Michel ; Jean-Joseph-�mile Pouget ; Eug�ne Mareuil, sont accus�s :

- 1� D�avoir �t�, en mars 1883 � Paris, les chefs et instigateurs du pillage, commis en bande et � force ouverte, des pains appartenant aux �poux Augereau, boulangers ;
- 2� D�avoir �t�, � la m�me �poque et au m�me lieu, les chefs et instigateurs du pillage, commis en bande et � force ouverte, des pains appartenant aux �poux Bouch�, boulangers ;
- 3� D�avoir �t�, � la m�me �poque et au m�me lieu les chefs et instigateurs du pillage, commis en bande et � force ouverte, des pains appartenant aux �poux Moricet, boulangers.

INTERROGATOIRE DE LOUISE MICHEL

D. Avez-vous d�j� �t� poursuivie ? - R. Oui, en 1871.

D. Il ne peut plus en �tre question. Ces faits ont �t� couverts par l�amnistie. Avez-vous �t� condamn�e depuis ? - R. J�ai �t� condamn�e � quinze jours de prison pour la manifestation de Blanqui.

D. Vous prenez donc part � toutes les manifestions ? - R. H�las oui ! Je suis toujours avec les mis�rables.

D. C�est pour cela que vous avez assist� � la manifestation de l�esplanade des Invalides. Quel r�sultat en esp�riez-vous ? - R. Une manifestation pacifique est toujours sans r�sultat, mais je pensais que le gouvernement userait de ses moyens habituels et qu�une manifestation serait balay�e par le canon et il e�t �t� l�che de ma part de ne pas y aller.

D. Vous avez recrut� des adh�rents pour cette manifestation, Connaissiez-vous Pouget ? - R. J�avais rencontr� Pouget dans quelques r�unions.

D. Pouget �tait votre secr�taire. C��tait lui qui devait distribuer en province les brochures propageant vos id�es. Il recueillait le nom de vos adh�rents. - R. Ce ne sont pas � proprement parler des adh�rents. Ce sont des personnes curieuses de nos id�es.

D. Vous �tes le chef d�une petite manifestation sp�ciale qui a suivi la manifestation g�n�rale, mais nous devons d�abord nous occuper de celle-ci. Vous �tes all�s aux Invalides et vous avez rencontr� Pouget ? - R. Oui, monsieur.

D. �tiez-vous d�accord avec Pouget et Mareuil pour vous rendre � l�esplanade ? - R. Non, monsieur, nous nous sommes rencontr�s par hasard.

D. Est-ce qu�il n�y avait � cette r�union que des ouvriers sans ouvrage ? - Oui, monsieur.

D. Est-ce que vous croyez que cette manifestation pouvait donner du travail ? - R. Je vous ai d�j� dit que non. J�y ai �t� par devoir.

D. La manifestation a �t� dispers�e. N�est-ce pas � ce moment que vous avez voulu faire votre petite manifestation ? - R. Ce n��tait pas une manifestation, c��tait le cri des travailleurs que je voulais faire entendre.

D. Vous avez demand� un drapeau noir ? - R. Oui, et on m�a apport� un chiffon noir.

D. Qui est-ce qui vous l�a donn� ? -R. Un inconnu.

D. On ne trouve pourtant pas si facilement et par hasard un drapeau sur l�esplanade des Invalides ? - R. Il suffit d�un haillon noir et d�un manche � balai.

D. Il r�sulte de ce fait que la manifestation �tait pr�par�e. Qui avait pr�par� ce drapeau ? - R. Personne, et ce serait quelqu�un que je ne d�signerai pas cette personne, ainsi que vous pensez bien.

D. N�avez-vous pas quitt� l�esplanade avec l�intention de faire une manifestation ? - R. Je me suis mise simplement � la t�te d�un groupe.

D. Pouget et Mareuil n�en �taient-ils pas ? - R. Oui ils se sont ent�t�s � me prot�ger.

D. Quel �tait votre but en parcourant Paris, avec un drapeau noir ? Croyez-vous que vous procureriez ainsi du pain aux ouvriers ? - R. Non, mais je voulais faire voir qu�ils en manquaient et qu�ils avaient faim. C�est le drapeau des gr�ves, le drapeau des famines que je tenais.

M. le pr�sident ordonne � l�huissier de prendre sur la table des pi�ces � conviction un drapeau noir que Louise Michel reconna�t pour �tre celui qu�elle portait le 9 mars.

D. Vous �tes arriv�e au boulevard Saint-Germain. Pourquoi vous �tes-vous arr�t�e devant la boulangerie du sieur Bouch� ? - R. J�ai constamment march�. Les gamins m�ont dit qu�on leur donnait du pain, je ne me suis pas occup�e de ces d�tails.

D. Vous pr�tendez qu�on donnait volontairement du pain. - R. Oui, monsieur, les gamins nous ont dit qu�on leur donnait du pain et des sous. J�en ai m�me �t� tr�s humili�e.

D. Et les hommes arm�s de gourdins, est-ce qu�on leur donnait volontairement du pain ? - R. Nous n�avions pas avec nous de personnes arm�es de gourdins, ils ne sont pas au banc des accus�s, ceux-l� !

D. Voue ne pouvez pas contester le fait : le t�moin Bouch� voue a vue arriver � la t�te d�une bande, et quinze ou vingt individus s�en sont d�tach�s pour piller la boutique, en criant : � Du pain, du travail, ou du plomb. � - R. Ils n��taient pas des n�tres. C�est la mise en sc�ne de la police, cela.

D. Vous avez dit dans un interrogatoire que vous ne regardiez pas comme un d�lit de prendre du pain. - R. Oui, mais jamais je n�en ai pris, jamais je n�en prendrai quand m�me je mourrais de faim.

D. Quand vous avez �t� arr�t�e, place Maubert, avez-vous dit � l�officier de police : � Ne me faites pas de mal, nous ne demandons que du pain � ? - R. Je n�ai pas dit : � Ne me faites pas de mal, � mais j�ai peut �tre dit : � Nous ne demandons que du pain, on ne vous fera pas de mal. �

D. En somme la boulangerie de M. Bouch� a �t� compl�tement pill�e. - R. Je n�ai m�me pas vu de boulangerie, je ne connais pas M. Bouch�.

D. La boutique avance sur la rue ; elle cr�ve les yeux. - R. Je ne pensais qu�� la mis�re, je ne pensais pas aux boutiques des boulangers.

D. Voue �tes arriv�e ensuite devant la boutique de M. Augereau ? - R. Je ne connais pas M. Augereau.

D. Avez-vous lev� votre drapeau devant cette boutique. - R. J�ai pu le lever et le baisser bien des fois.

D. Avez-vous dit : � Allez � ? - R. J�ai pu le dire mais, j�ai d� dire bien des fois : � Allons ou marchons � ; je ne m en souviens pas.

D. Combien aviez-vous de personnes devant vous ? - R. Je ne sais pas.

D. Bref, la boutique de M. Augereau a �t� compl�tementpill�e.-R. Je ne sais pas et je m��tonne que M. Augereau se soit occup� de ces mis�res. J�ai vu piller et tuer bien autre chose.

D. Alors cela vous est absolument indiff�rent ? - R. Oui, absolument indiff�rent.

D. Vous avez d�bouch� ensuite sur le boulevard Saint-Germain. Vous �tes-vous arr�t�e devant la boutique Moricet ? - R. Je ne sais pas et je ne comprends pas que vous me posiez une pareille question.

D. Vous �tes-vous mise � rire devant la boutique ? - R. Je ne sais pas ce qui aurait pu me faire rire ? Est-ce la mis�re de ceux qui m�environnaient, est-ce ce triste �tat de choses qui nous ram�ne avant 1789 ?

D. En somme vous vous pr�tendez �trang�re � tous ces faits-l�. - R. Oui, monsieur.

D. Mais ces trois commer�ants d�valis�s pr�tendent que la foule ob�issait � un signal. - R. C�est inepte. Pour ob�ir � un signal il faut qu�il soit convenu ; il aurait donc fallu faire savoir dans tout Paris que je l�verais ou baisserais le drapeau devant les boulangeries.

D. Alors c�est un mouvement populaire instinctif. - R. C�est l��uvre de quelques enfants. Les gens raisonnables qui m�environnaient ne s�en sont pas occup�s.

D. Vous avez quitt� la manifestation place Maubert, laissant aux mains de la police Pouget et Mareuil qui se sont fait arr�ter pour vous sauver. Vous avez disparu. - R. Mes amis ont exig� que je ne me fasse pas arr�ter ce jour-l�.

D. Avez-voua eu connaissance de la distribution faite en province par Pouget d�une brochure intitul�e : � l�arm�e ? - R. Au moment o� les d�Orl�ans embauchaient ouvertement contre la R�publique, j�ai voulu embaucher pour la R�publique, et c�est sous mon inspiration qu�a �t� distribu�e cette brochure. C��tait un cri de d�tresse !

D. Aviez-vous connaissance des �tudes sp�ciales auxquelles Pouget se livrait sur les mati�res incendiaires ? - R. Tout le monde aujourd�hui s�occupe de science. Tout le monde lit la Revue scientifique et cherche par l� � am�liorer le sort des travailleurs.

D. Nous ne sommes pas ici pour faire des th�ories. - �tiez-vous au courant des �tudes auxquelles se livrait Pouget ? - R. Je ne m�occupe pas de savoir si on lit ou si on ne lit pas les revues scientifiques.

M. le pr�sident proc�de ensuite � l�interrogatoire de Pouget.

AUDITION DES T�MOINS

Bouch� (Jules), boulanger rue des Canettes : Le 9 mars, vers une heure de l�apr�s-midi, une vingtaine d�individus ont envahi ma boulangerie. Ils �taient arm�s de cannes plomb�es et demandaient � du pain ou du travail ! � Je leur ai dit : � Si vous voulez du pain, prenez-en mais ne cassez rien !

D. Reconnaissez-vous l�accus�e ? - R. Non, monsieur.

D. Avez-vous laiss� prendre votre pain, parce que vous ne pouviez faire autrement ? -R. Il n�y avait moyen de rien faire ; toute r�sistance �tait impossible.

D. �tait-ce des entants qui sont entr�s chez vous ? - R. Non, monsieur ! c��taient des gens raisonnables. (Rires.)

Louise Michel : Les gens arm�s de cannes plomb�es n��taient pas des n�tres, je sais bien d�o� ils viennent.

D. D�o� venaient-ils donc ? - R. De la police. (Rires.)

Femme Augereau, boulang�re, rue du Four-Saint-Germain : J�ai vu, dans l�apr�s-midi du 9 mars, Mme Louise Michel s�arr�ter devant ma porte. On a cri� : � Du pain ! du pain ! � Ces messieurs sont entr�s et ont vol� du pain, des biscuits. Ils ont cass� une assiette et deux carreaux.

D. �tait-ce des gamins qui ont pill� votre boutique ? - R. Oh ! il y avait plus de grandes personnes que de gamins.

D. Mais o� �tait Louise Michel pendant qu�on pillait ? - R. Elle �tait plant�e juste au milieu de la rue.

D. Est-ce volontairement que vous avez donn� votre pain ? - R. Oh non, monsieur.

D. Combien y en avait-il ? - R. Je ne puis pas vous le dire, mais il y en avait beaucoup ; c��tait un v�ritable pillage.

Fille Augereau (Rosalie), rue du Four-Saint-Germain : Le 9 mars dernier, nous avons vu arriver une bande, � la t�te de laquelle il y avait une femme avec un drapeau noir, arriv�e devant chez nous, elle a frapp� la terre avec son drapeau, quelqu�un a dit : � Allez ! � On a envahi la maison et tout a �t� pill�.

D. (� Louise Michel) : Voil� le second t�moin qui vous a vus arr�t�e devant la boutique.

Louise Michel : Je ne puis prendre ces d�positions-l� au s�rieux. Je ne puis, devant des hommes s�rieux, discuter ces choses-l�. (Rires ) ? D. (au t�moin) : Est-ce une voix de femme qui a dit � Allez ! � - R. Oui, monsieur.

D. Y avait-il d�autres femmes dans la foule ?- Je n�en ai pas vu.

Moricet, boulanger, boulevard Saint-Germain, 125 : Le 9 mars dernier, j��tais couch� quand ma petite-fille est venue me r�veiller. Il y avait du monde plein la boutique, j�ai vu une femme qui s�en allait avec un drapeau noir.

Femme Moricet, boulang�re, boulevard Saint-Germain, 125 : Le 9 mars dernier, la foule s�est amass�e devant ma boutique. Elle avait � sa t�te Louise Michel ; cette derni�re s�est arr�t�e devant chez moi, a frapp� la terre de son drapeau et s�est mise � rire. Ils demandaient du pain ou du travail ! Je me suis mise � leur donner du pain, mais ils n�ont pas tard� � le prendre eux-m�mes et � tout casser.

D. (� Louise Michel) : Que pensez-vous de cette d�position ? Elle est assez nette ?

Louise Michel : Tellement nette que je n�ai jamais rien vu de pareil. (Rires.) Comment ai-je pu rire ? Madame l�a compl�tement r�v�.

Le t�moin : Je suis ici pour dire ce que j�ai vu.

Louise Michel : Voue �tes libre de dire ce que vous voulez, mais je suis libre de dire que vous l�avez r�v�.

D. (au t�moin) : Ce n�est pas librement que vous donniez votre pain � ces gens-l� ? - R. Non, monsieur, c�est qu�ils arrivaient avec des gestes effrayants ; ils criaient : � Du travail et du pain ! �

Louise Michel : 0h ! ils �taient bien effrayants ! J��tais aussi bien effrayante ! Ces dames �taient compl�tement hallucin�es d�effroi ; elles regardaient Louise Michel comme une esp�ce d�hydre.

Cornat [2], officier de paix du VI� arrondissement : Le 9 mars dernier, apprenant qu�une bande parcourait l�arrondissement en poussant des cris s�ditieux, je vais � sa poursuite et je l�atteignis place Maubert. La bande �tait dirig�e par Louise Michel, ayant � ses c�t�s Pouget et Mareuil. J�arr�te ces deux derniers et Pouget me traita de l�che et de canaille. Quant � Louise Michel elle put s�esquiver. Tous ces gens-l� criaient : � Vive la R�volution ! � bas la police ! �

D. Louise Michel ne vous a-t-elle pas dit quelque chose ? - R. Elle m�a dit : � Ne me faites pas de mal ! �

Blanc, gardien de la paix au VI� arrondissement : Le 9 mars dernier, un gardien est venu pr�venir l�officier de paix qu�on pillait une boulangerie rue des Canettes. Nous nous sommes mis � la poursuite de la bande et nous l�avons atteinte place Maubert. M. l�officier de paix a arr�t� Louise Michel qui lui a dit : Ne nous faites pas de mal, nous ne demandons que du pain ! Pouget a trait� M. l�officier de paix de l�che et de canaille. Mareuil criait : � A bas la police ! � bas Vidocq ! Vive la r�volution sociale ! � Les assaillants avaient des cannes plomb�es, des revolvers et des couteaux.

Louise Michel : Je n�ai jamais dit : � Ne nous faites pas de mal, � mais seulement : � On ne vous fera pas de mal. � Tous ces messieurs �taient dans le plus grand trouble.

D. (� Louise Michel) : Il n�y avait que vous de sang-froid ? - R. Nous en avons tant vu ! je proteste pour l�honneur de la R�volution ! J�ai bien le droit de relever les variations des t�moins. Je ne me suis jamais prostern�e devant personne. Je n�ai jamais demand� gr�ce. Vous pouvez dire tout ce que vous voudrez, voue pouvez nous condamner, mais je ne veux pas que vous nous d�shonoriez.

Audience du 22 juin.

SUITE DES T�MOINS � CHARGE

Demoiselle Moricet : Le 9 mars dernier, j��tais dans la boutique avec ma s�ur et ma m�re, quand j�ai vu arriver devant la maison une bande conduite par une femme arm�e d�un drapeau noir. Cette femme s�est arr�t�e devant la boutique, a frapp� la terre de son drapeau et s�est mise � � rire ! Aussit�t la bande s�est jet�e dans la boutique, a pris tout le pain et les g�teaux qui �taient l�, puis on a cass� les assiettes et les vitres ; j�ai �t� vite chercher mon p�re.

D. Vous �tes bien s�re d�avoir vu Louise Michel s�arr�ter devant la boutique et rire en frappant la terre de son drapeau ? - R. Oui, monsieur.

Louise Michel : Je suis honteuse de r�pondre � des choses comme celles-l� ! Quand la petite Moricet am�nerait sa s�ur, sa cousine, son petit fr�re, et qui elle voudra, je ne m�arr�terai pas � r�pondre � des choses aussi peu s�rieuses. J�attends le r�quisitoire pour y r�pondre.

Demoiselle Moricet, s�ur de la pr�c�dente : J��tais dans la boutique avec ma m�re, j�ai vu, tout d�un coup, toute une bande avec une femme � sa t�te ; c��tait madame. Elle s�est mise � rire en regardant la boutique et j�ai m�me dit � ma m�re : Tiens, elle te conna�t donc ! A ce moment tout le monde s�est jet� sur la boutique et l�a mise au pillage.

Louise Michel : Je r�p�terai ce que j�ai dit tout � l�heure : il est honteux de voir des enfants r�citer ici les le�ons que leurs parents leur ont apprises.

Chaussadat, peintre, quai du Louvre, entendu sur la demande de la d�fense : Le 9 mars, j��tais au coin de la rue de Seine, en face la boulangerie Moricet, j�ai vu arriver la foule de loin, Mlle Louise Michel est pass�e sans s�arr�ter ; - j�ai entendu plus tard, parler du pillage de la boulangerie (ou plut�t j�ai vu jeter du pain.)

D. Vous n�appelez pas �a piller ? R. J�ai vu qu�on jetait du pain et les malheureux le ramassaient.

Louise Michel : J�ai � remercier le t�moin de rendre hommage � la v�rit� !

Henri Rochefort, publiciste : Un jour, en parlant des manifestations du mois de mars, Louise Michel me dit que les journaux avaient beaucoup parl� d�une somme de 60 francs environ qui avait �t� trouv�e sur un des accus�s ; elle ajouta que cette somme provenait d�une collecte faite � une r�union. Louise Michel m�a fait cette communication au moment o� elle s�est rendue chez M. Camescasse pour se constituer prisonni�re. Le m�me jour, elle m�a confirm� le caract�re absolument pacifique de la manifestation � laquelle elle s��tait livr�e. Elle n�avait m�me pas voulu prendre le drapeau rouge. J�ai �t� tr�s surpris de cette accusation de pillage port�e contre Louise Michel.

Vaughan, publiciste : Mlle. Louise Michel, le soir m�me de la manifestation, m�a dit que son ami Pouget serait trouv� porteur d�une somme de 60 ou 70 francs qui lui avait �t� remise par elle-m�me et qui �tait le produit d�une collecte faite � une r�union. Je suis heureux de manifester � la citoyenne Louise Michel ma tr�s vive sympathie.

Louise Michel : Citoyen, je vous remercie et je t�cherai qu�aucun citoyen n�ait jamais � rougir de moi.

Rouillon, voisin de la m�re de Louise Michel : La citoyenne Louise Michel n�avait aucune confiance dans les suites de la manifestation. Elle me l�a d�clar� avant d�y aller. La citoyenne n�y allait que par devoir.

Le t�moin entre ensuite dans d�assez longs d�tails sur des violences et des menaces dont auraient �t� l�objet Louise Michel et sa famille.

Louise Michel : Vous voyez bien qu�on assassine nos familles chez nous, et cela est permis !

Meusy, r�dacteur de l�Intransigeant, confirme ce qu�a rapport� le t�moin Vaughan � propos de la somme de 71 francs trouv�e sur l�accus� Pouget.

C�est le dernier t�moin � d�charge.

La parole est donn�e ensuite � l�avocat g�n�ral Quesnay de Beaurepaire. Puis M. Balandreau, avocat


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