Un journal purement révolutionnaire  
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  Post� le lundi 09 janvier 2006 @ 00:28:24 by AnarchOi
Contributed by: AnarchOi
BiographieF. Roy, libraire-�diteur, 185 rue Saint Antoine, 1886



XIII

Ma ch�re m�re avait vendu ce qui lui restait de champs, ne gardant que la vigne, pour acheter, en 186S, mon externat de Montmartre qu�elle payait � mesure, la pauvre femme ! comme elle recevait de son c�t� le prix de la vente.

Nous y vivions, Mme Vollier et moi, de la rente que lui faisaient ses fils, et nous voyions arriver l�instant o�, les �l�ves augmentant beaucoup, nous eussions �t� presque � l�aise, pour des institutrices. Que de projets nous faisions !

Ma grand�m�re vivait encore et je recevais de bonnes nouvelles d�elle et de ma m�re. Je ne sais quelle joie me montait au c�ur par instants.

Voici comment elle finit. Un soir Julie L... et Ad�le Esquiros �taient venues d�ner avec nous. Mme Vollier avait re�u sa pension, nous �tions en argent et nous avions parl� d�envoyer un petit cadeau dans la Haute-Marne.

Julie apportait je ne sais quoi du pays. Ad�le Esquiros s��tait charg�e de friandises.

C��tait jour de cong�, nous avions bien chaud toutes les quatre dans la petite chambre d�en haut. Nous parlions gaiement, surtout Mme Vollier que je n�avais jamais vue aussi gaie.

J�avais racont� comment j�avais, la veille, coll� une affiche r�publicaine sur le dos d�un sergent de ville. Celle-l� me restait, il fallait bien la placer quelque part.

Sur le piano ouvert, le gros chat noir passait et repassait, �coutant le motif qui l��veillait sous ses pattes ; il avait la t�te un peu mont�e, le gros Raton, ayant mang� tout un bol de cr�me au caf� dont je ne parlais pas.

Mme Vollier racontait comment, dans l�int�r�t de la maison, elle avait mis les clefs dans sa poche ; elle les faisait sonner avec ce sourire des yeux que j�avais vu � ma grand�m�re et que je vis tant de fois � ma m�re quand elles ravissaient quelque chose � mes petits vols.

Nos amis l�applaudissaient, mais on rit bien davantage quand par remords de conscience je lui restituai le porte-monnaie que j�avais vol� le matin dans la commode. Il n�y manquait presque rien.

Je ne sais quel serrement de c�ur me prit : nous �tions heureuses, cela ne pouvait durer. J�avais fini cependant par m��tourdir l�-dessus.

Assez tard, je reconduisis nos amies jusqu�aux omnibus de la rue Marcadet.

La nuit �tait noire et triste, et dans cette ombre un chien hurlait ; en revenant il se mit � me suivre.

Le hasard qui mettait cette b�te sinistre sur mon chemin �tait d�accord avec la v�rit�.

Mme Vollier, � qui je me gardai bien de laisser voir mon impression de tristesse, �tait gaie encore, ce n��tait pas pour longtemps. Elle eut la nuit sa seconde attaque d�apoplexie.

C�est son portrait qui �tait pr�s de mon lit, en face d�un bouquet d��illets rouges. - Ses fils me laiss�rent, comme � une s�ur, ma part de souvenirs.

Apr�s la mort de Mme Vollier, une grande tristesse m�envahit ; mais on n�avait pas le temps de s��couter souffrir : l�Empire � mesure qu�il approchait de sa fin devenait plus mena�ant et nous plus d�termin�s.

La premi�re institutrice qui s��tait �tablie � Montmartre, Mlle Caroline L�Homme, et qui avait, disait-elle, appris � lire � tout le quartier (elle avait raison), devenue infirme et vieille, avait encore quelques �l�ves ; un jour elle me les amena et vint s��tablir avec moi. Elle �tait bris�e.

Avez-vous lu les l�gendes du Nord ? On e�t dit une des nornes, tant elle passait sans bruit. P�le, ses longs cheveux blancs attach�s par une longue aiguille antique, quelque chose de fatidique l�enveloppait.

C�est qu�au fond de sa vie il y avait une l�gende h�ro�que.

Rien de plus charmant que ce caract�re doux et fier � la fois !... Morte aussi !

* * *

Pauvre m�re ! elle eut avec moi bien peu de jours paisibles. Quand elle vint � Montmartre, toute bris�e de la mort de ma grand�m�re, la R�volution arrivait, je la laissais seule de longues soir�es ; apr�s, ce furent des jours, puis des mois, des ann�es. Pauvre m�re ! pourtant je l�aimais tant que je ne serai heureuse qu�en allant la retrouver dans la terre o� l�on dort.

Est-ce que nos m�res � nous peuvent �tre heureuses ?

Par quelques paroles �chapp�es, je compris combien de sacrifices s��taient impos�s les pauvres femmes pour payer l�externat de Montmartre.

Dans la fermentation de la fin de l�Empire, l�id�e germait, grandissait et, secou�e en gerbes d��tincelles, mettait le feu comme une torche. On en avait assez des choses malpropres. - On n�avait pas vu encore la guerre. Elle se leva pour �tayer Bonaparte avec des tas de cadavres.

Les r�unions se faisaient de plus en plus au grand jour, la r�volte montant de dessous terre arrivait au grand soleil.

La guerre ne pouvait pas prendre malgr� les entra�nements de la bande imp�riale ; il fallut l�cher les ailes � la

Marseillaise pour griser le peuple.

L�arm�e elle-m�me, trop docile toujours, ne put marcher en chantant le

Beau Dunois.

Des vers faits � cette �poque esquissent la situation, j�en mettrai quelques-uns dans ces chapitres de vues g�n�rales :

LES �ILLETS ROUGES

Dans ces temps-l�, les nuits, on s�assemblait dans l�ombre,
Indign�s, secouant le joug sinistre et noir
De l�homme de D�cembre, et l�on frissonnait, sombre,
Comme la b�te � l�abattoir.

L�Empire s�achevait. Il tuait � son aise,
Dans sa chambre o� le deuil avait l�odeur du sang.
Il r�gnait, mais dans l�air soufflait la
Marseillaise.
Rouge �tait le soleil levant.
Il arrivait souvent qu�un effluve bardique,
Nous enveloppant tous, faisait vibrer nos c�urs.
A celui qui chantait le recueil h�ro�que,
Parfois on a jet� des fleurs.

De ces rouges �illets que, pour nous reconna�tre,
Avait chacun de nous, renaissez, rouges fleurs.
D�autres vous reprendront aux tempe qui vont para�tre,
Et ceux-l� seront les vainqueurs.

Le second feuillet des

�illets rouges fut �crit � Versailles, � travers l�h�catombe de 1871 et envoy� � Ferr�, condamn� � mort. Le voici :

Maison d�arr�t de Versailles, 4 septembre 1871.

A TH. FERR�.

Si j�allais au noir cimeti�re,
Fr�res, jetez sur votre s�ur,
Comme une esp�rance derni�re,
De rouges �illets tout en fleur.

Dans les derniers temps de l�Empire,
Lorsque le peuple s��veillait,
Rouge �illet, ce fut ton sourire
Qui nous dit que tout renaissait.

Aujourd�hui, va fleurir dans l�ombre
Des noires et tristes prisons.
Va fleurir pr�s du captif sombre,
Et dis-lui bien que nous l�aimons.

Dis-lui que par le temps rapide
Tout appartient � l�avenir ;
Que le vainqueur au front livide
Plus que le vaincu peut mourir.

Que de fleurs dans ma vie : les roses rouges du fond du clos toutes charg�es d�abeilles, le lilas blanc que Marie voulut sur son cercueil, et les roses couleur de chair tach�es de gouttes de sang que j�envoyais de Clermont � ma m�re !

Revenons au pass� par des vers encore :

LA MANIFESTATION DE LA PAIX

Dans la nuit on s�en va, marchant en longues files
Le long des boulevards, disant : La paix ! la paix !
Et l�on se sent suivi par la meute servile.
Ton jour, � Libert�, ne viendra-t-il jamais ?

Et le pav� frapp� par les lourds coups de lance
R�sonne lourdement ; le bandit veut durer.
Pour retarder un peu sa chute qui s�avance,
Il lui faut des combats, d�t la France y sombrer.

Maudit, de ton palais, sens-tu passer ces hommes ?
C�est ta fin l Les vois-tu dans un r�ve effrayant ?
Ils s�en vont dans Paris, pareils � des fant�mes :
Entends-tu ? dans Paris dont tu boiras le sang.

Et la marche scand�e avec le rythme �trange,
A travers l�assommade, ainsi qu�un grand troupeau,
Passe, et C�sar bandit centuple sa phalange,
Et pour frapper la France i ! fourbit son couteau.

Puisqu�on veut le combat, puisque l�on veut la guerre,
Peuples, le front courb�, plus tristes que la mort,
C�est contre les tyrans qu�ensemble il faut la faire :
Bonaparte et Guillaume auront le m�me sort.

Comme je pr�tendais, pour que ma m�re ne se tourment�t pas, que je ne me m�lais de rien activement, deux de nos amis vinrent un soir me prendre pour une r�union ; ils �taient rest�s en dehors afin qu�elle ne se dout�t pas de quoi il s�agissait.

- C�est impossible, disait la pauvre femme, que tu ailles donner des le�ons � cette heure-l� !
- C�est Julie qui m�envoie chercher.

Mais elle se mit � la fen�tre.

- Je le savais bien, dit-elle, que c��tait pour vos r�unions !

Et elle riait malgr� elle de nous voir partir en riant.

Ces r�unions avaient lieu le plus souvent en dehors de Paris.

Que de choses on disait en revenant par les sentiers des champs ! D�autres fois on se taisait dans tout l��blouissement de l�id�e qui se levait, balayant les hontes de vingt ans.

Oh ! mes amis, je crois que nous �tions tous un peu po�tes ! Nous avons bien souffert, mais nous avons vu de belles choses !

Comment mieux revivre ces jours-l� que par les feuillets qui m�en sont rest�s !

LES VEILLEURS DE NUIT

I.

La charge sonne sous la terre.
En avant ! en avant ! marchons !
Quatre-vingt-treize � la banni�re.
O mes amis, allons ! allons !
Quoi ! tant que l�aigle en pourriture
Aurait de quoi nourrir un ver,
On oserait se prosterner
Devant cette charogne impure.
Aux armes, citoyens ! formez vos bataillons.
Marchons ; qu�un sang impur abreuve nos sillons.

II.

Avant que l�empire s��croule,
Que le squelette vermoulu
S��miette sous la grande houle,
Sachons que le peuple a voulu.
Brisons cet esclavage inique,
Devant Tib�re, aurions-nous tous
Vingt ans ramp� sur les genoux ?
Amis, vive la R�publique !
Aux armes, citoyens ! etc.

15 ao�t 70.

Nous disions : En avant ! Vive la R�publique !
Tout Paris r�pondra, tout Paris soulev�,
Se souvenant enfin, Paris fier, h�ro�que,
Dans son sang g�n�reux de l�Empire lav�.
Voil� ce qu�on croyait ; la ville fut muette.
Je vois encor ce jour dans la brume au lointain.
Chaque volet se ferme et la rue est d�serte.
Sur nos braves amis, on criait ; Aux Prussiens !

Oui, dans Paris, fr�missant des crimes de l�Empire, dans Paris qui devait r�pondre : Vive la R�publique ! il se fit un grand silence.

Tous les volets se ferm�rent, laissant d�sert le boulevard de la Villette, et autour de la voiture o� Eudes et Brideau �taient prisonniers, on criait : Aux Prussiens !

C�est que toujours Paris f�t tromp� par ce pr�cepte �trange d�attendre, pour entraver les crimes et laver les hontes, que tout soit achev�, et qu�on ait entass� hontes et crimes jusqu�au ciel.

Quand nos amis furent condamn�s � mort pour avoir voulu proclamer la R�publique avant que Bonaparte e�t achev� son �uvre, on nous chargea, Andr� L�o, Ad�le Esquiros et moi, de porter � Trochu une protestation couverte de milliers de signatures.

Le plus grand nombre de ces signatures furent donn�es dans l�indignation ; deux ou trois des listes dont j��tais charg�e me furent redemand�es sous pr�texte qu�il y allait

de la t�te : des gens timides avaient r�fl�chi.

Est-ce que ce n��tait pas de la t�te de nos amis qu�il y allait ? J�avoue n�avoir pas voulu effacer ces deux ou trois signatures de personnes timides.

- Eh bien ! tant mieux, leur disais-je, nous irons de compagnie.

Ce n��tait pas chose facile d�arriver jusqu�au g�n�ral Trochu ; il fallut pour y parvenir tout l�ent�tement f�minin.

Apr�s �tre entr�es presque d�assaut dans une sorte d�antichambre, on voulait nous faire partir sans voir le gouverneur de Paris. Les mots : � Nous venons de la part du peuple �, sonnaient mal � cet endroit-l�. Sur l�invitation de nous retirer, nous all�mes nous asseoir sur une banquette contre le mur, d�clarant que nous ne partirions pas sans r�ponse.

Las de nous voir attendre, un secr�taire alla chercher un personnage qui dit repr�senter Trochu, vint et, soupesant le volumineux cahier couvert de signatures (ce qui paraissait l�inqui�ter), il nous d�clara que, vu le nombre, ces signatures seraient prises en consid�ration.

Cette promesse aurait peu pes� dans la balance si l�Empire ne se f�t �croul� ; pourri comme il l��tait, le coup de massue de Sedan �tendit ce cadavre � terre.

Une seule �charpe rouge � l�H�tel de Ville, celle de Rochefort. Mais on se disait : Le peuple est l�.

H�las ! apr�s le 4 Septembre, c��tait toujours la m�thode de l�Empire ! et le peuple laissa faire longtemps.

Que de souvenirs ! Les batailles dont on avait avec tant de peine des nouvelles vraies ou fausses, le titre seul chang�, les m�mes choses rest�es !

On refusait de laisser tenter des sorties d�sesp�r�es ; on attendait toujours l�arm�e lib�ratrice que nous savions bien ne pas pouvoir venir. Jamais, disait-on, une ville ne s�est d�bloqu�e seule. Ce qui n�est pas impossible, s�il n�est jamais arriv�, a chance au contraire d�arriver au moins une fois.

Le 31 octobre, � l�H�tel de Ville, la Commune �tait nomm�e ; elle fut escamot�e comme un tour de gobelet. Il faut de ces choses-l� pour savoir � quels ennemis on a affaire.

Flourens paya de sa vie aux avant-postes de la Commune, o� Versailles l�assassina dans un guet-apens, cette folle g�n�rosit�.

Si nous sommes implacables � la prochaine lutte, � qui en est la faute ?

Le 19 janvier, on consentit enfin � laisser la garde nationale tenter de reprendre Montretout et Buzenval.

D�abord les places furent emport�es ; mais les hommes entrant jusqu�aux chevilles dans la terre d�tremp�e ne purent monter les pi�ces sur les collines, il fallut se replier.

L�, rest�rent par centaines, sans regretter la vie, des gardes nationaux : hommes du peuple, artistes, jeunes gens ; la terre but le sang de cette premi�re h�catombe parisienne, elle en devait boire bien d�autre.

Mais Paris ne voulait pas se rendre.

Le 22 janvier, on �tait devant l�H�tel de Ville, o� commandait Chaudey.

Sous les protestations qu�on ne songeait pas � se rendre, le peuple sentait le contraire.

Voulant laisser � la manifestation ce caract�re pacifique qui finit toujours par l��crasement de la foule, ceux qui �taient arm�s s��loign�rent.

Quand il ne resta plus que la multitude d�sarm�e, un petit bruit de gr�le tomba des fen�tres o� l�on voyait les faces p�les des Bretons, sur la place o� se faisaient des trou�es.

Oui, c�est vous, sauvages d�Armor, sauvages aux blonds cheveux, qui avez fait cela ; mais vous, du moins, vous �tes des fanatiques et non des vendus.

Vous nous tuez ! Mais vous croyez devoir le faire et nous vous aurons un jour pour la libert�. Vous y apporterez la m�me conviction farouche, et avec nous vous monterez � l�assaut du vieux monde.

Razoua commandait les bataillons de Montmartre.

Aucun coup de fusil ne fut tir� du c�t� du peuple avant les d�charges des Bretons. Mais alors ceux qui s��taient rang�s autour du square de la Tour-Saint-Jacques s�indign�rent, les balles pleuvaient toujours, on commen�a � construire une barricade.

Un vieux dont la capote �tait trou�e de balles et qui n�y songeait gu�re, un vieux de juin 48, Malzieux, se rappelait ces jours-l� et dominait la situation, comme drap�, le brave, dans son drapeau de Juin.

Au milieu de la place, perdue dans ma pens�e, je regardais les fen�tres maudites, songeant : Vous serez � nous, bandits.

Les balles continuaient leur petit bruit de gr�le, la place s��tait faite d�serte.

Les projectiles venus de l�H�tel de Ville, fouillant au hasard, tuaient les promeneurs.

Pr�s de moi, une autre femme de ma taille, v�tue de noir aussi et qui me ressemblait, tomba frapp�e d�une balle ; un jeune homme �tait venu avec elle, lui aussi fut tu� ; nous n�avons jamais su qui ils �taient, - le jeune homme avait le profil hardi des races du Midi.

Beaucoup ne voulaient pas qu�on en rest�t l�. Mais on d�cida que ce ne serait pas cette fois-l�.

Le 22 janvier, Sapia fut tu�, d�autres encore ; P... du groupe Blanqui, eut le bras cass�. Il y eut des passants tu�s comme les n�tres, et sur les tombes on jura vengeance et libert�.

J�avais, en gage de d�fi, jet� mon �charpe rouge sur une fosse, un camarade la noua aux branches d�un saule.

Six jours apr�s le 22 janvier, le peuple mitraill� et l�assurance qu�on ne cherchait point � se rendre et que les Prussiens seuls pouvaient porter de telles accusations, la reddition �tait faite. Le frisson de col�re de Paris ne se calma pas cette fois.


XIV

Le comit� de vigilance de Montmartre aura son histoire � part ; nous en sommes peu de survivants ; il fit sous le si�ge trembler la r�action. On s�envolait chaque soir, du 41 de la chauss�e Clignancourt, sur Paris, tant�t d�molissant un club de l�cheurs, tant�t soufflant la r�volution, car le temps de la duperie �tait pass�. Nous savions ce que p�sent les promesses et la vie des citoyens devant un pouvoir qui se noie.

� Montmartre, il y avait deux comit�s de vigilance, celui des hommes et celui des femmes.

J��tais toujours � celui des hommes, parce que ceux-l� tenaient des r�volutionnaires russes. J�ai encore un vieux plan de Paris qui �tait au mur de la seconde salle ; je l�ai emport� et rapport� � travers l�Oc�an, en souvenir. Nous avions, avec de l�encre, couvert les armes de l�Empire qui le d�coraient, cela e�t sali notre repaire.

Jamais je ne vis intelligences si droites, si simples et si hautes ; jamais individualit�s plus nettes. Je ne sais comment ce groupe faisait son compte, il n�y avait pas de faiblesses ; quelque chose de fort et de bon vous reposait.

Chez les citoyennes m�me courage ; l� aussi des intelligences remarquables ; mais au 41 j��tais all�e d�abord avec les citoyens, je continuais d�appartenir aux deux comit�s dont les tendances �taient les m�mes. Celui des femmes aussi aura son histoire, peut-�tre seront-elles m�l�es, car on ne s�inqui�tait gu�re � quel sexe on appartenait pour faire son devoir. Cette b�te de question �tait finie.

Le soir, je trouvais moyen d��tre aux deux clubs, puisque celui des femmes, rue de la Chapelle, � la justice de paix, s�ouvrait le premier. Nous pouvions ainsi assister apr�s � la moiti� de la s�ance du club de la salle P�rot, quelquefois � la s�ance enti�re ; tous deux portaient le nom de club de la R�volution distinct des Grands-Carri�res.

J�entends encore l�appel et je pourrais dire tous les noms. Aujourd�hui c�est l�appel des fant�mes.

Les comit�s de vigilance de Montmartre ne laissaient personne sans asile, personne sans pain. On y d�nait avec un hareng pour quatre ou cinq. mais on n��pargnait pas pour ceux qui en avaient besoin les ressources de la mairie, ni les moyens r�volutionnaires des r�quisitions. Le XVIIIe arrondissement �tait la terreur des accapareurs et autres de cette esp�ce. Quand on disait : Montmartre va descendre ! les r�actionnaires se fourraient dans leurs trous, l�chant comme des b�tes poursuivies les caches o� les vivres pourrissaient, tandis que Paris crevait de faim.

On riait de bon c�ur, quand un de nous avait amen� quelque mouchard qu�il croyait un bon citoyen.

On a fauch� le comit� de vigilance comme tous les groupes r�volutionnaires : Les rares qui restent, Hippolyte F..., Bar..., Av..., Viv.... Louis M... savent comme on y �tait fier et comment on portait le drapeau de la R�volution.

Peu importait � ceux-l� d��tre moulus obscur�ment dans la lutte ou bien au grand soleil.

Qu�importe de quelle mani�re passe la meule, pourvu que se fasse le pain !

* * *

On se demande quelquefois comment tant de choses ont pu contenir dans la vie pendant les quinze ans qui viennent de s��couler. On �crirait tant qu�on voudrait ; le cadre d�abord, afin qu�on puisse fermer le livre o� on voudra.

Ce n�est pas ici ce qu�on appelle un ouvrage � sensation, c�est un rapide regard sur la vie et la pens�e d�une femme de la R�volution. Cela ne fait gu�re sensation quand on nous broie ; seulement c�est l� que cesse pour nous toute entrave � �tre d�utiles projectiles dans la lutte r�volutionnaire. Personne ne souffrant plus de ce qui nous arrive, rien ne nous arr�te, j�en suis l� ! Cela vaut mieux pour la cause.

Qu�importe, maintenant, dans le c�ur arrach� saignant de la poitrine, que des bec de plume y fouillent comme des becs de corbeau, personne n�est plus l� pour souffrir des calomnies ; ma m�re est morte !

Si elle avait v�cu quelques ann�es, quelques mois encore, j�aurais pass� tout ce temps-l� pr�s d�elle ; aujourd�hui, qu�importe prisons, mensonges et tout le reste ? Que ferait la mort ? Ce serait une d�livrance ; ne suis-je pas d�j� morte ?

Si je sors d�ici ce sera pour rentrer dans la fournaise o� l�on sent le souffle de l�inconnu qui vous fouette au visage.

Que parle-t-on de courage ! Est-ce que je n�ai pas h�te d�aller retrouver ma compagne Marie et ma m�re ! Ma pauvre m�re, qui vivrait si seulement j�avais �t� l�an dernier � Saint-Lazare. Elle m�aurait sentie pr�s d�elle, mon arriv�e, � son agonie, lui a redonn� un mois d�existence.

Venir � Saint-Lazare ? Je ne l�ai demand� qu�� ses derniers instants, promettant en �change d�aller en Cal�donie, au milieu des tribus, fonder cette �cole que j�avais promise aux Canaques.

On ne l�a pas voulu, ce n�est pas ma faute ; je suis all�e pr�s de ma m�re mourante : les gouvernants ont �t�, comme il arrive toujours, moins mauvais que leurs lois ; ils m�ont laiss�e quelques jours pr�s d�elle.

Toujours l�homme est oblig� de briser la loi dont il s�enveloppe comme d�un filet et qu�il �tend sur les autres.

Nul homme ne serait un monstre ou une victime sans le pouvoir que les uns donnent aux autres pour la perte de tous.

Si ce livre est mon testament, qu�il en tombe � chaque feuillet des mal�dictions sur le vieil ordre de choses.

Il y a longtemps que je serais morte si je ne pensais pas que nous aurons bient�t � donner le coup de chien ; celui o� flotteront ensemble les banni�res rouges et noires.

Encore une chose que les gouvernants ont fait de bien, c�est de ne pas avoir �cout� ceux qui, ne suivant que leur sensibilit�, demandaient qu�on me m�t en libert�, ma m�re encore chaude !

Ma pauvre m�re, morte parce que je n��tais pas l� ! La libert�, comme si on m�e�t pay� son cadavre ! On ne l�a pas fait et on a bien fait.

Est-ce que quelque chose peut m��mouvoir, depuis qu�elle ne souffre plus ?

Je n�attends ni douleur ni joie, je suis bonne pour le combat.

Retournons rapidement en arri�re, puisque chaque chose sera reprise : le 22 Janvier, le 18 Mars, le combat, la d�faite, les comit�s d�hommes et de femmes, la d�portation, le retour ; les prisons avant et apr�s le retour.

* * *

Le 18 mars, sur la butte Montmartre, baign�e de cette premi�re lueur du jour qui fait voir comme � travers le voile de l�eau, montait une fourmili�re d�hommes et de femmes ; la butte venait d��tre surprise ; en y montant on croyait mourir.

Voici pourquoi la butte �tait l�objectif de la r�action.

Les canons pay�s par les gardes nationaux �taient laiss�s dans un terrain vague au milieu de la zone abandonn�e aux Prussiens.

Paris ne le voulut pas, on les reprit au parc Wagram.

L��lan donn� par un bataillon du 6e arrondissement fut g�n�ral ; l�id�e �tait dans l�air, chaque bataillon alla reprendre ses canons ; ils passaient sur les boulevards � bras d�hommes, de femmes et d�enfants, drapeau en t�te.

Des marins proposaient d�j� de reprendre les forts � l�abordage comme des navires ; cette id�e respir�e dans l�air nous grisait.

Il n�arriva aucun accident quoique les pi�ces fussent charg�es.

Montmartre, comme Belleville et Batignolles, avait ses canons ; ceux qu�on avait mis place des Vosges furent transport�s au faubourg Antoine.

Les clubs �taient ferm�s depuis le 22 janvier, les journaux suspendus ; si on n�e�t senti le peuple en �veil il est probable que le 18 Mars, au lieu d��tre le triomphe du peuple, e�t �t� celui d�un roi quelconque.

Le fils Badingue n��tait pas encore mort ; Montmartre d�sarm�, c��tait l�entr�e du souverain, Bonaparte ou d�Orl�ans, qu�eussent prot�g� l�arm�e tromp�e ou complice et les Prussiens �tablis dans les forts.

Elle ne voulut point, cette fois, �tre complice, l�arm�e, que, trois mois plus tard, on prenait pour �craser Paris.

L�arm�e leva la crosse en l�air au lieu d�arracher les canons fran�ais aux gardes nationaux et surtout aux femmesqui les couvraient de leurs corps ; les soldats comprenaient, cette fois, que le peuple d�fendait la R�publique en d�fendant les armes dont les royalistes et imp�riaux, d�accord avec les Prussiens, eussent tourn� la gueule vers Paris.

Oui, le 18 Mars devait appartenir � l��tranger, alli� des rois ou au peuple ; il appartint au peuple.

Lorsque la victoire se d�cida ainsi pour nous, je regardai autour de moi et j�aper�us ma pauvre m�re qui m�avait suivie pensant que j�allais mourir.

Cl�ment Thomas et Lecomte, au moment o� Cl�ment Thomas commandait de tirer sur le peuple, furent arr�t�s.

Tous deux �taient, par leurs actes m�mes, condamn�s depuis longtemps, cela datait de loin, de Juin 48 pour Cl�ment Thomas. Il l�avait rappel� sous le si�ge en insultant la garde nationale.

Lecomte avait comme lui un arri�r� � payer : ses soldats se souvenaient.

La vengeance sortit du pass�, sans ordre : c�est l�heure qui sonne.

Elle sonnera encore pour bien d�autres, sans que la R�volution qui passe s�attarde sur le chemin � le faire ou � l�emp�cher.

On compte ceux qui meurent ainsi aux repr�sailles populaires, mais d�un c�t� seulement ; de l�autre on se compte pas, on ne le pourrait pas.

C�est le chaume sous les faucilles, l�herbe fauch�e au soleil d��t�.

Plusieurs des n�tres aussi p�rirent ; Turpin, tomb� pr�s de moi, � l�attaque du n� 6 de la rue des Rosiers, pendant la nuit, mourut quelques jours apr�s � Lariboisi�re.

Il m�avait dit de recommander sa femme � Cl�menceau ; la volont� du mort fut ex�cut�e fid�lement.

Je n�ai jamais lu la d�position de Cl�menceau, dans l�Enqu�te du 18 Mars ; nous ne lisions pas de journaux.

Les ind�cisions qu�on lui reproche viennent de son illusion d�attendre encore quelque progr�s du parlementarisme mort ; cette illusion est le microbe qu�il a rapport� de l�Assembl�e, tout en fuyant l�Assembl�e de Bordeaux.

Sa place est dans la rue et les circonstances l�y tra�neront, au jour d�indignation ; c�est ce qui lui reste du temp�rament r�volutionnaire.

La froide indignation de la r�volte, un jour de grand crime ; c�est ce qui le fera sortir de l�-dedans comme il est sorti de l�Assembl�e de Bordeaux.

Allons ! les derniers du Parlement rest�s honn�tes, ne vaut-il pas mieux suivre le grand Jacobin qui vous montre la route, Delescluze !

Il y a assez longtemps que cela dure et dans les pourritures il ne vient plus rien. Vous aurez beau y semer, on aura beau y verser du sang, c�est fini, bien fini.

A quoi bon changer le nom, pour qu�� l��lys�e et � l�H�tel de Ville on ne puisse secourir les bless�s sans danser sur les cadavres, pendant que le peuple, crevant de faim, regarde monter les fus�es dans l�air, comme aux anciens 15 Ao�t.

Le pouvoir ! c�est se servir d�un ciseau de verre pour sculpter le marbre. Allons donc ! dominer c�est �tre tyran, �tre domin�s c�est �tre l�ches ! Que le peuple se mette donc debout, il y a assez longtemps qu�on fouette le vieux lion pour qu�il casse la museli�re.

Et le lendemain ? dit-on.

Eh bien, le lendemain, il est � l�humanit� nouvelle, elle s�arrangera dans le monde nouveau : est-ce que nous pouvons comprendre ce lendemain-l� ?

Qu�elle passe sur nous comme sur un pont, nous ne sommes bons qu�� cela. Ne discutons pas, aveugles que nous sommes, l�aurore qui se l�ve.

En r�volution, l��poque qui copie est perdue, il faut aller en avant. La Commune, enserr�e de toutes parts, n�avait que la mort � l�horizon, elle ne pouvait qu��tre brave, elle le fut.

Elle a ouvert la porte toute grande � l�avenir ; il y passera.

Le navire de Paris est en rade, bien en rade de la nouvelle rive, il danse sur ses ancres, les meilleurs de l��quipage ont �t� jet�s aux requins ; mais il abordera.

Et comme il est beau ce navire, avec ses pavillons flottants rouges et noirs sur nos deuils et sur notre espoir ! Voici la revanche de l�humanit� enti�re aux �ternels jours de mai.

Sur le sang fleurit la vengeance, comme l�eau fleurit le gazon, disaient les braves.

Les vengeances personnelles dispara�tront comme les gouttes d�eau dans les vagues d�cha�n�es.

On ne compte pas les vicissitudes des grains de sable ; ils roulent avec les autres, ils y sont tous.


XV

Pendant tout le temps de la Commune, je n�ai pass� chez ma pauvre m�re qu�une seule nuit. Ne me couchant, je pourrais dire jamais, je dormais un peu n�importe o�, quand il n�y avait rien de mieux � faire ; bien d�autres en ont fait autant. Chacun s�est donn� tout entier de ceux qui voulaient la d�livrance.

Si la r�action e�t eu autant d�ennemis parmi les femmes qu�elle en avait parmi les hommes, Versailles e�t �prouv� plus de peine ; c�est une justice � rendre � nos amis, qu�ils sont plus que nous accessibles � une foule de piti�s ; la femme, cette pr�tendue faible de c�ur, sait plus que l�homme dire : Il le faut ! Elle se sent d�chirer jusqu�aux entrailles, mais elle reste impassible. Sans haine, sans col�re, sans piti� pour elle-m�me ni pour les autres,

il le faut, que le c�ur saigne ou non.

Ainsi furent les femmes de la Commune...

J�avais, outre mes v�tements de femme, un costume de lignard et un de garde national ; des cartes dans mes poches, pour prouver � qui de droit d�o� je venais ; et je m�en allais sans qu�il me soit jamais arriv� autre chose qu�une �raflure de balle au poignet, mon chapeau cribl� et une entorse qui, longtemps foul�e, m�obligea enfin � ne plus marcher pendant trois ou quatre jours et � r�quisitionner une voiture.

C��tait justement une cal�che d�assez bonne mine ; nous y avions attel� assez bien aussi un cheval, malheureusement habitu� aux coups ; il ne voulait pas marcher, la vilaine b�te, en le traitant honn�tement.

La chose alla parfaitement, tant qu�il s�agit de suivre au pas un enterrement au cimeti�re Montmartre, mais apr�s, il fallait aller ailleurs ; le maudit animal, non content de son petit train � dormir debout, s�arr�ta tout court pour laisser le temps � un tas d�imb�ciles de venir chuchoter tout autour : � Ah ! les voil� qui ont cal�che ! ils font danser l�argent ! et �a doit co�ter gros l�entretien de cette voiture-l� ! � Attendez, dit un ami, ne descendez pas ! Je vais le faire trotter ! ll donna un morceau de pain et des encouragements � ce monstre, qui se mit � m�chonner en levant les l�vres comme s�il nous riait au nez, ne bougeant pas plus qu�un terme.

Alors, n�en d�plaise � ceux qui comme moi sont esclaves des pauvres b�tes, j�appliquai la loi de n�cessit�, sous forme d�un coup de fouet bien cingl� � la n�tre, qui repartit secouant ses oreilles, pour la barricade Peyronnet � Neuilly.

Je n�avais pas os�, en allant � Montmartre, descendre chez ma pauvre m�re, parce qu�elle aurait vu que j�avais une entorse.

Quelques jours auparavant je m��tais trouv�e tout � coup face � face avec elle,

dans les tranch�es, pr�s de la gare de Clamart. Elle venait voir ce qu�il y avait de vrai dans les mensonges que je lui �crivais pour la tranquilliser ; heureusement elle finissait toujours par me croire...

A la partie suivante quelques r�cits de nos luttes.

En province on croyait toujours les contes officiels ; la raison d��tat exige qu�on fasse de la discorde entre les divers groupes de cette pl�be, dont on laisse assez pour le travail, trop peu pour la r�volte, mais qui, entre chaque coupe r�gl�e, repousse nombreuse et forte comme les ch�nes gaulois.

Quelques-uns des plus d�vou�s all�rent de Paris � la province ; des femmes, entre autres Paule Mink. On se multipliait le plus possible. Si la province e�t compris, elle e�t �t� avec nous.

On essaya des ballons remplis de d�p�ches � la France. Quelques-uns tomb�rent bien.

Tous, du reste, n��taient pas tromp�s par les bourdes versaillaises. Lyon, Marseille, Narbonne eurent leurs Communes, noy�es comme la n�tre dans le sang r�volutionnaire ; c�est de celui-l� toujours que rouges sont nos banni�res ; pourquoi donc effrayent-elles ceux qui les rougissent ?

Les douleurs des paysans sont plus sombres encore que les n�tres ; sans cesse pench�s sur la terre mar�tre, ils n�en tirent que le superflu du ma�tre, et moins que nous ils ont les consolations de la pens�e.

A toi, paysan, cette chanson de col�re ; qu�elle germe dans tes sillons ; c�est un souvenir de notre temps de lutte.

CHANSON DU CHANVRE

Le printemps rit dans les branches vertes,
Au fond des bois gazouillent les nids ;
Tout vit, chantant les ailes ouvertes,
Tous les oiseaux couvent leurs petits.
Le peuple, lui, n�a ni sou ni mailles,
Pas un abri, pas un sou vaillant ;
La faim, le froid rongent ses entrailles.
S�me ton chanvre, paysan ! S�me ton chanvre, paysan !

Il ferait bon, si Jacques Mis�re
Pouvait aimer, de s�en aller deux !
Mais loin de nous amour et lumi�re !
Ils ne sont pas pour les malheureux !
Ne laissons pas de veuve aux supplices,
Ne laissons pas de fils aux tyrans,
Nous ne voulons point �tre complices.
Semez le chanvre, paysans ! Semez le chanvre, paysans !

Forge, b�tis cha�nes, forteresses.
Donne bien tout, comme les troupeaux,
Sueur et sang, travail et d�tresses.
L�usine monte au rang des ch�teaux.
Jacques, vois-tu, la nuit sous les porches,
Comme en un songe au vol flamboyant,
Rouges, errer, les lueurs des torches.
S�me ton chanvre, paysan ! S�me ton chanvre, paysan !

Vous le voyez bien, amis, je suis capable de tout, amour ou haine ; ne me faites pas meilleure que je ne suis, et que vous ne l��tes !

Insectes humains que nous sommes, nous rongeons les m�mes d�bris, nous roulons dans la m�me poussi�re, c�est dans la R�volution que battront nos ailes. Alors la chrysalide sera transform�e, tout sera fini pour nous et des temps meilleurs auront des joies que nous ne pouvons comprendre.

Les sens des arts, de la libert�, ne sont que rudimentaires dans notre race ; il faut qu�ils se d�veloppent et qu�ils produisent. C�est cette moisson-l� qui cro�tra en gerbes merveilleuses.

* * *

L�-bas dans l�ombre ti�de d�une nuit de printemps, c�est le reflet rouge des flammes, c�est Paris s�allumant aux jours de Mai.

Cet incendie-l�, c�est une aurore ; je la vois encore en �crivant ceci.

Par del� notre temps maudit viendra le jour o� l�homme, conscient et libre, ne torturera plus ni l�homme ni la b�te. Cette esp�rance-l� vaut bien qu�on s�en aille � travers l�horreur de la vie.

J�oublie toujours que j��cris mes M�moires. Si l�on pouvait aussi, jusqu�au bout, oublier l�existence !

Avant de parler de ma troisi�me arrestation (aux jours de Mai), je dois raconter les premi�res.

* * *

C��tait au temps du si�ge, avec Mme Andr� L... Nous avions fait appel � des volontaires pour aller, � travers tout, � Strasbourg agonisante, et tenter un dernier effort ou mourir avec elle. Les volontaires en grand nombre �taient venus. Nous traversions Paris en longue file, criant : A Strasbourg ! A Strasbourg ! Nous all�mes signer sur le livre ouvert sur les genoux de la statue, et de l� � l�H�tel de Ville o� nous f�mes arr�t�es, Mlle A. L..., moi et une pauvre petite vieille qui, traversant la place pour aller chercher de l�huile, s��tait trouv�e au milieu de la manifestation. Elle ne quittait pas sa burette ; et quand, sur notre r�cit et surtout � l�aspect de sa cruche, t�moin �loquent, on la laissa sortir, l�huile tombait sur sa robe, tant ses mains tremblaient. Un gros bonhomme entrant, j�essaye de lui expliquer de quoi il s�agit. - Qu�est-ce que cela vous fait, que Strasbourg p�risse puisque vous n�y �tes pas, me dit cet inconscient chamarr�, venu nous voir par curiosit�.

Un membre du gouvernement provisoire nous fit mettre en libert�.

C�est � cette heure-l� m�me que Strasbourg succombait.

Ma seconde arrestation, c��tait sous le si�ge encore.

Des femmes, plus courageuses que clairvoyantes, voulaient proposer au gouvernement je ne sais quel moyen de d�fense auquel elles demandaient � �tre employ�es.

Leur empressement �tait si grand qu�elles vinrent au club des femmes de Montmartre, au nom d�une citoyenne et d�un groupe qu�elles oubli�rent d�en pr�venir.

Se fussent-elles pr�sent�es sans aucun nom de groupe, nous n�eussions pas h�sit� davantage accepter leur rendez-vous du lendemain. En faisant toutefois cette r�serve, que nous les accompagnerions comme femmes, afin de partager leurs dangers, mais non comme citoyennes.

Nous ne reconnaissions plus le gouvernement, incapable m�me de laisser Paris se d�fendre.

Nous all�mes au rendez-vous de l�H�tel de Ville, nous attendant � ce qui arriva, - je fus arr�t�e comme

ayant organis� une manifestation.

Je r�pondis que je ne pouvais organiser de manifestation pour parler � un gouvernement que je ne reconnaissais plus, et que quand je viendrais pour mon propre compte � l�H�tel de Ville, ce serait avec le peuple en armes. Mes explications ne parurent pas satisfaisantes ; je fus incarc�r�e.

Mais le lendemain, les quatre citoyens Th. Ferr�, Avronsart, Burlot et Christ, vinrent me r�clamer au nom du XVIIIe arrondissement.

Sur cette phrase, �pouvantail de la r�action : Montmartre va descendre !... je leur fus remise.

Mme Meurice vint aussi me r�clamer au nom de la Soci�t� des femmes pour les victimes de la guerre ; elle arriva apr�s notre d�part de la pr�fecture ; les femmes, je le r�p�te, ne commirent pas de l�chet�s : cela vient de ce que, ni les unes ni les autres, nous n�aimons pas � nous salir les pattes. Peut-�tre sommes-nous un peu de la race f�line.

Trois cent mille voix avaient �lu la Commune.

Quinze mille environ, pendant la Semaine sanglante, soutinrent le choc d�une arm�e. On compta � peu pr�s trente-cinq mille fusill�s ; mais ceux qu�on ignore ? Il y a des jours o� la terre rend ses cadavres.

Les femmes, aux jours de Mai, �lev�rent et d�fendirent la barricade de la place Blanche. Elles tinrent jusqu�� la mort.

L�une d�elles, Blanche Lefebre, vint me voir comme en visite � la barricade du Delta. On croyait encore vaincre.

Une insurrection gagne bien. Mais la R�volution �tait saign�e au cou par le vieux renard Foutriquet, g�n�ral d�arm�e de Versailles.

Dombrowski passa devant nous, triste. allant se faire tuer. - C�est fini, me dit-il !

Je lui r�pondis : - Non, non. Et il me tendit les deux mains.

J��chappais toujours � tout, je ne sais comment ; enfin, ceux qui voulaient m�avoir emmen�rent ma m�re pour la fusiller, si on ne me trouvait pas. J�allai la faire mettre en libert� en prenant sa place. Elle ne voulait pas, la pauvre ch�re femme ; il me fallut bien des mensonges pour la d�cider ; elle finissait toujours par me croire.

J�obtins ainsi qu�elle retourn�t chez elle.

C��tait pr�s du chemin de fer de Montmartre, au bastion 37 ; l� �tait le d�p�t des prisonniers.

Les fragments de papiers br�l�s, venant de l�incendie de Paris, arrivaient jusque-l� comme des papillons noirs.

Au-dessus de nous, flottait, en cr�pe rouge, l�aurore de l�incendie.

On entendait toujours le canon, on l�entendit jusqu�au 28. Et jusqu�au 28 nous disions : La R�volution va prendre sa revanche.

Nous comptons toujours, na�fs que nous sommes, sans la trahison.

� ce bastion, devant le grand carr� de poussi�re o� nous �tions parqu�s, sont les casemates sous un tertre de gazon vert.

L�, � l�arriv�e de M. de Gallifet, on fusilla devant nous deux malheureux qui se d�battaient, ne voulant pas mourir.

Sortis pour nous insulter peut-�tre, ils avaient �t� pris dans la rue et ne s�en �taient pas beaucoup tourment�s, s�rs, disaient-ils, d��tre mis en libert�.

Le discours de M. de Gallifet, l�ordre de tirer dans le tas si quelqu�un semblait changer de place, les ayant effray�s, ils se prirent � fuir, saisis d�une terreur folle.

Quoique nous ayons tous cri� : Nous ne les connaissons pas ; ils ne sont pas des n�tres, ils furent fusill�s, ne voulant m�me pas rester debout, les malheureux, disant qu�ils �taient des commer�ants de Montmartre, et ne pouvant, affol�s qu�ils �taient, retrouver leur adresse dans leur m�moire obscurcie, pour recommander leurs enfants � ceux qui resteraient !

Nous ne pensions gu�re en sortir. Ces hommes se ressemblaient et devaient �tre fr�res. On crut que l�un d�eux disait : H�las ! Moi j�ai toujours cru qu�il avait dit :

Anne, et que c��tait sa fille !

Combien furent pris ainsi, qui �taient ennemis de la Commune, comme les deux malheureux du bastion 37 !

Il arrivait d��tranges choses.

Plus tard, lorsqu�on nous conduisit de Satory � Versailles, une femme furieuse se pr�cipita au devant de nous, criant que nous avions tu� sa s�ur, qu�elle le sait, qu�il y a des t�moins. Deux cris sont jet�s tout � coup ; sa s�ur �tait parmi nous, faite prisonni�re par Versailles.

Satory ! On nous avait dit en arrivant par la grande pluie o� la mont�e glissait : Allons ! montez comme � l�assaut des buttes ! Et tous avaient mont� au pas de charge, et nous marchions au devant des mitrailleuses qu�on roulait, disant � une vieille qui �tait avec nous, parce qu�on avait fusill� son mari, et qui allait crier : que c��tait une formalit� chaque fois que des prisonniers arrivaient.

Elle se tut.

Nous �tions s�rs qu�il n�y aurait qu�un seul cri : Vive la Commune !

On retira les mitrailleuses. En passant � Versailles, des petits crev�s avaient tir� sur nous comme sur des li�vres ; un garde national eut la m�choire cass�e ; je dois cette justice aux cavaliers qui nous conduisaient, qu�ils repouss�rent les petits crev�s et leurs dr�lesses qui venaient � la chasse aux prisonniers.

Satory ! On appelait pendant la nuit des groupes de prisonniers.

Ils se levaient de la boue o� ils �taient couch�s sous la pluie, et suivaient la lanterne qui marchait devant ; on leur mettait sur le dos une pelle et une pioche pour faire leur trou, et on allait les fusiller.

La d�charge s��grenait dans le silence de la nuit.

Apr�s m�avoir dit qu�on me fusillerait le lendemain de mon arriv�e, on me dit que ce serait pour le soir, puis pour le lendemain encore, et je ne sais pourquoi on ne le fit pas, car j��tais insolente comme on l�est dans la d�faite avec des vainqueurs f�roces.

On nous envoya une trentaine de femmes aux Chantiers de Versailles.

L�, tout autour d�une grande pi�ce carr�e, au premier �tage, nous �tions de jour assises par terre, la nuit allong�es comme on pouvait.

Au bout d�une quinzaine de jours on donna une botte de paille pour deux.

Au-dessus, par un trou, on montait � la salle des interrogatoires, un autre trou conduisait au rez-de-chauss�e o� �taient les enfants prisonniers ; deux lampes �clairaient la nuit cette Morgue que compl�taient les haillons suspendus par des ficelles au-dessus des corps.

Pendant longtemps il me fut d�fendu de voir ma m�re qui venait souvent de Montmartre sans pouvoir me parler.

Un jour qu�on l�avait repouss�e, tandis que la pauvre femme m�avait tendu une bouteille de caf�, je jetai cette bouteille � la t�te du gendarme qui l�avait repouss�e.

Aux reproches d�un officier, je lui dis que mon seul regret �tait que je m��tais adress�e � un instrument au lieu d�avoir frapp� en haut o� on commande.

On permit enfin � ma m�re de me voir, mais ce fut longtemps apr�s.

� la prison des Chantiers, comme partout, des �pisodes comiques.

Une sourde muette y passa quelques semaines pour avoir cri� : � Vive la Commune ! � Une vieille femme paralys�e des deux jambes pour avoir fait des barricades !

Une autre tourna pendant trois jours autour de la salle, son panier � un bras, son parapluie sous l�autre.

Il y avait dans ce panier des chansons compos�es par son ma�tre � la louange des vainqueurs, et qu�on avait cru � celle de la Commune avec des vers tels que celui-ci.

Bons messieurs de Versailles, entrez dedans Paris.

Mais vite le rire mourait sur les l�vres.

Les cris des folles, l�inqui�tude pour les parents, pour les amis, dont on ignorait le sort, les pauvres m�res seules au logis...

Mais on est fier dans la d�faite et les dr�les et dr�lesses, qui venaient voir les vaincus de Paris comme on va voir les b�tes au Jardin des Plantes, ne voyaient pas de larmes dans les yeux ; mais des sourires narquois devant leurs binettes d�idiots.

Au rez-de-chauss�e �taient des enfants dont on n�avait pu avoir les p�res, quelques-uns comme Ranvier, d�j� fiers et dont on �tait fier.

� terre serpentaient des filets argent�s, s�en allant vers des sortes de fourmili�res. C��taient des poux �normes au dos h�riss� et un peu vo�t�, ayant une vague ressemblance avec les sangliers (des sangliers-mouches s�entend) ; il y en avait tant qu�on croyait entendre un petit bruit dans leur fourmillement.

Gard�es par des soldats, les femmes ne pouvaient changer de linge facilement (celles qui en avaient) ; je pus enfin m�en procurer. Ma pauvre m�re l�apportant � travers la porte � claires-voies de la cour me semblait bien triste ; ce n��tait que le commencement.

Mes nuits se passaient � regarder curieusement la mise en sc�ne de cette Morgue. J�ai toujours �t� prise par ces tableaux-l�, si bien que j�oublie les �tres pour l��loquence terrible des choses.

Parfois la Morgue prenait des effets de moisson coup�e au cr�puscule ou � l�aube. On voyait des �pis vides, des maigres bottes de paille se dorer comme le froment sous le soleil ; d�autres fois il y avait de grands reflets, on e�t dit une moisson d�astres ; c��tait le jour qui, se levant, p�lissait les lampes.

� l�arriv�e de Marcerou, les quarante plus mauvaises furent envoy�es de la prison des Chantiers � la Correction de Versailles ; je fus du nombre.

Comme nous attendions dans la cour, sous la pluie battante, un officier nous en t�moigna son regret ; je ne pus m�emp�cher de lui r�pondre qu�il �tait pr�f�rable de leur part que tout f�t d�accord et que pour ma part je l�aimais mieux ainsi.

� la Correction de Versailles, le r�gime des quarante plus mauvaises se trouva singuli�rement adouci. Ce qui se passa aux Chantiers apr�s notre d�part a �t� racont� par Mme Cadolle et Mme Hardouin.

Comme pr�paration au jugement des membres de la Commune, on avait jug� de malheureuses femmes qui, n�ayant �t� qu�ambulanci�res, furent quand m�me condamn�es � mort. Deux d�entre elles, Retif et Marchais ne s��taient jamais vues, on prouva qu�elles avaient accompli ensemble une foule de choses.

Eulalie

Papavoine fut, par le hasard de son nom, condamn�e aux travaux forc�s ; elle n��tait pas m�me parente du Papavoine l�gendaire, mais on �tait trop heureux de faire sonner ce nom-l�.

Suetens, �galement ambulanci�re, les accompagna � Cayenne.

On se gardait bien de juger les femmes les plus hardies et on n�osa ex�cuter ni �lisabeth Retif, ni Marchais.

Le 3 septembre, veille de l�anniversaire de la proclamation de la R�publique, se termina le jugement des membres de la Commune.

En vertu d�un arr�t du gouverneur g�n�ral de Paris, commandant sup�rieur de la 1�re division militaire, port� � l�ordre du jour de l�arm�e, le 3�me conseil de guerre �tait ainsi compos�.

- MERLIN, colonel, pr�sident ;
- GAULET, chef de bataillon, juge ;
- DE GUIBERT, capitaine, juge ;
- MARIGUET, juge ;
- CAISSAIGNE, lieutenant, juge ;
- L�GER, sous-lieutenant, juge ;
- LABBAT, adjudant sous-officier ;
- GAVEAU, chef de bataillon au 68e de ligne ;
- SENART, capitaine, substitut.

Les accus�s �taient class�s dans l�ordre suivant :

FERR�, ASSIS, URBAIN, BILHORAY, JOURDE, TRINQUET, CHAMPY, REG�RE, LISBONNE, LULLIER, RASTOUL, GROUSSET, VERDURE, FERRAT, DESCHAMP, CL�MENT, COURBET, PARENT.

Ferr� ne voulait point de d�fenseur ; le pr�sident, aux termes de la loi, d�signa d�office Me Marchand.

Ferr� expliqua ainsi le r�le de la Commune, apr�s avoir peint le coup d��tat pr�par� par les ennemis de la R�publique, refusant m�me � Paris l��lection de son conseil municipal :

� Les journaux honn�tes et sinc�res �taient supprim�s, les meilleurs patriotes �taient condamn�s � mort. Les royalistes se pr�paraient au partage de la France. Enfin, dans la nuit du 18 mars, ils se crurent pr�ts et tent�rent le d�sarmement de la garde nationale et l�arrestation en masse des r�publicains ; leur tentative �choua devant l�opposition enti�re de Paris, et l�abandon m�me de leurs soldats, ils s�enfuirent et se r�fugi�rent � Versailles.

� Dans Paris livr� � lui-m�me, des citoyens �nergiques et courageux essayaient de ramener, au p�ril de leur vie, l�ordre et la s�curit�.

� Au bout de quelques jours, la population �tait appel�e au scrutin et la Commune de Paris fut ainsi constitu�e.

� Le devoir du gouvernement de Versailles �tait de reconna�tre la validit� de ce vote et de s�aboucher avec la Commune pour ramener la concorde ; tout au contraire, et comme si la guerre �trang�re n�avait pas fait assez de mis�res et de ruines, il y ajouta la guerre civile ; ne respirant que la haine du peuple et la vengeance, il attaqua Paris et lui fit subir un nouveau si�ge.

� Paris r�sista deux mois et il fut alors conquis ; pendant dix jours le gouvernement y autorisa le massacre des citoyens et les fusillades sans jugement. Ces journ�es funestes nous reportent � celles de la Saint-Barth�lemy ; on a trouv� moyen de d�passer Juin et D�cembre ! Jusques � quand le peuple continuera-t-il � �tre mitraill� ?

� Membre de la Commune de Paris, je suis entre les mains de ses vainqueurs : ils veulent ma t�te, qu�ils la prennent ! Libre j�ai v�cu, j�entends mourir de m�me.

� Je n�ajoute qu�un mot : La fortune est capricieuse, je confie � l�avenir le soin de ma m�moire et de ma vengeance.

TH. FERR�. �

Ainsi furent prononc�s les jugements :

Condamnations � mort :
- Th. FERR�.
- LULLIER.

Travaux forc�s � perp�tuit� :
- URBAIN.
- TRINQUET.

D�portation dans une enceinte fortifi�e :
- ASSI
- BILHORAY
- CHAMPY
- REG�RE
- FERRAT
- VERDURE
- GROUSSET

D�portation simple :
- JOURDE
- RASTOUL

Six mois de prison et 500 francs d�amende :
- COURBET

Acquitt�s :
- DESCHAMPS
- PARENT
- CL�MENT

Ferr� fut assassin� le 28 novembre 1871, sept heures du matin, dans la plaine de Satory, avec Rossel et Bourgeois ; son p�re et son fr�re �taient encore prisonniers. Sa m�re �tait morte folle, parce que, somm�e de livrer son fils qu�on cherchait, ou sa fille mourante, quelques mots �chapp�s � la pauvre m�re mirent les limiers

sur les traces.

Marie Ferr� fit appel � son courage et, seule libre, alla de prison en prison tant qu�y furent ses fr�res et son p�re. Sa m�re mourut � Sainte-Anne.

Ils �taient quinze bourreaux qu�on appelait la commission des gr�ces :
- MARTEL, d�put� du Pas-Calais ;
- PRIOU, de la Haute-Garonne ;
- BASTARD, de Lot-et-Garonne ;
- F�lix VOISIN, de Seine-et-Marne ;
- BALBA, du Gers ;
- Comte de MULL�, de Maine-et-Loire ;
- TANNEGUY-DUCHATEL, de la Charente-Inf�rieure ;
- PELTEREAU DE VILLENEUVE, de la Haute-Marn


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