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Nos adversaires, bénéficiaires et défenseurs du système social actuel,
disent généralement, Pour justifier le droit à la propriété privée, que
la propriété est la condition et la garantie de la liberté.Nous sommes d'accord avec eux. Est-ce que nous ne disons pas sans cesse que celui qui est pauvre est esclave? Mais alors, pourquoi sommes-nous adversaires? La
raison en est claire: la propriété qu'ils défendent, en réalité, c'est
la propriété capitaliste, c'est-à-dire la propriété qui permet de vivre
sur le travail d'autrui et qui implique donc une classe de déshérités,
de non-possédants, contraints de vendre aux propriétaires leur propre
travail à un prix inférieur à sa valeur. Il Risveglio, 30 novembre 1929
La cause première de la mauvaise exploitation de la nature, des
souffrances des travailleurs, des haines et des luttes sociales, c'est
le droit de propriété qui donne aux détenteurs de la terre, des
matières premières et de tous les moyens de production, la faculté
d'exploiter le travail d'autrui et d'organiser la production pour
s'assurer le meilleur profit possible, et non pas pour donner à tous le
plus de bien-être possible. Il faut donc abolir le droit de propriété. Umanità Nova, 10 mai 1922
Le principe pour lequel nous devons lutter, et sur lequel nous
ne pourrions pas transiger, que nous soyons vainqueurs ou vaincus
(c'est-à-dire: si la victoire est remise à plus tard), ce principe est
le suivant : que tous aient les instruments de production pour pouvoir
travailler sans être soumis à l'exploitation capitaliste, grande ou
petite. L'abolition de la propriété individuelle, au sens absolu
du terme, viendra, si elle vient, par la force des choses, quand les
avantages de la gestion communiste seront démontrés et qu'il y aura
plus d'esprit de fraternité. Mais ce qui doit être aboli immédiatement,
y compris par la violence si besoin est, c'est la propriété
capitaliste, c'est-à-dire le fait que certains disposent des richesses
naturelles et des instruments de travail et puissent ainsi contraindre
les autres à travailler pour eux. Le communisme de force serait
la tyrannie la plus odieuse que l'esprit humain puisse concevoir. Et
parler de communisme libre et volontaire, ce serait de l'ironie si on
n'a pas le droit ni la possibilité de vivre sous un autre régime,
collectiviste, mutualiste, individualiste ou comme on voudra, à
condition toujours de n'opprimer et de n'exploiter personne. Libre
donc, au paysan de cultiver son bout de terrain tout seul, s'il le
veut; libre au cordonnier de rester à son établi et au forgeron dans sa
petite forge. S'ils ne peuvent pas trouver quelqu'un pour les aider, ou
des gens à exploiter, on verra bien si ces travailleurs isolés ne
trouveront pas qu'il vaut mieux s'associer aux autres et entrer
volontairement dans les différentes communautés - et des gens à
exploiter, ils n'en trouveraient pas: personne ne voudrait se faire
exploiter par un petit patron, tous ayant droit aux instruments de
travail et pouvant travailler pour leur propre compte ou, dans des
conditions équivalentes, dans les grandes organisations de production. La
destruction des titres de propriété ne nuirait pas au travailleur
indépendant pour qui le vrai titre, c'est la possession et le travail
qu'il exerce. Il s'agit de détruire les titres des propriétaires qui
exploitent le travail d'autrui et, surtout, de les exproprier de fait,
pour mettre les terres, les maisons, les usines et tous les instruments
de travail à la disposition de ceux qui travaillent. Inutile de
dire que les propriétaires actuels n'auraient plus qu'à contribuer, eux
aussi, à la production, comme ils pourront, s'ils veulent être
considérés comme égaux à tous les autres travailleurs. Umanità Nova, 18 avril 1922
La propriété devra-t-elle être individuelle ou collective [après
la révolution]? Et quelle sera la collectivité propriétaire des biens
indivis: le groupe local, le groupe constitué à cet effet, le groupe
d'affinité idéologique, le groupe de la famille - ou comprendra-t-elle
en bloc les membres de toute une nation et, par la suite, de toute
l'humanité? Quelles formes prendront la production et l'échange?
Qu'est-ce qui triomphera: le communisme (production en association et
consommation libre pour tous)? le collectivisme (production en commun
et répartition des produits selon le travail de chacun)?
l'individualisme (possession individuelle, par chacun, des moyens de
production et jouissance, pour chacun, du produit intégral de son
propre travail)? ou d'autres formes combinées que pourront suggérer
l'intérêt individuel et l'instinct social éclairés par l'expérience. Tous
ces modes possibles de possession et d'utilisation des moyens de
production et tous ces modes de répartition des produits seront
probablement expérimentés simultanément dans une même localité ou dans
les différentes localités; et ils se combineront et s'interpénétreront
les uns les autres de différentes façons, jusqu'à ce que la pratique
ait montré quelle est la meilleure forme, ou quelles sont les
meilleures formes. En attendant, comme je l'ai déjà dit, la
nécessité de ne pas interrompre la production et l'impossibilité de
suspendre la consommation des choses indispensables feront qu'au fur et
à mesure qu'il sera procédé à l'expropriation, on établira les accords
nécessaires pour assurer la continuation de la vie sociale. On fera
comme on pourra et, à condition qu'on rende impossible que de nouveaux
privilèges se constituent et se consolident, on aura le temps pour
chercher les voies les meilleures. *** Quelle est, selon moi, la meilleure solution, celle dont il faudrait chercher à se rapprocher? Personnellement,
je dis que je suis communiste parce que le communisme me paraît être
l'idéal dont se rapprochera l'humanité, à mesure qu'il y aura plus
d'amour entre les hommes et qu'une production plus abondante les
délivrera de la peur d'avoir faim, détruisant ainsi le principal
obstacle qui s'oppose à ce qu'ils soient frères. Mais plus que les
formes pratiques d'organisation économique, qui doivent nécessairement
s'adapter aux circonstances et seront toujours en évolution
continuelle, ce qui importe véritablement, c'est l'esprit qui anime ces
organisations et la méthode pour y parvenir: l'important, je le répète,
c'est d'être guidé par l'esprit de justice et par le désir du bien de
tous, et qu'on y parvienne toujours librement et volontairement. S'il
y a réellement liberté et esprit de fraternité, toutes les formes
tendent au même but : l'émancipation et l'élévation de l'homme, et
elles finiront par se concilier et par se fondre les unes dans les
autres. Si, au contraire, la liberté manque, et le désir du bien de
tous, alors toutes les formes d'organisation peuvent engendrer
l'injustice, l'exploitation et le despotisme. Il Risveglio, 30 novembre 1929
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