Emma Goldman
, par May Piqueray
Fille de petits commer�ants juifs est n�e en 1869, Emma fait �ses �tudes� � Petrograd. En 1886, elle quitte 1a Russie pour l'Am�rique o�, ouvri�re en confection, elle se m�le rapidement au mouvement ouvrier, alors en pleine effervescence pour la journ�e de 8 heures.
Elle rencontre Alexandre Berkman, �Sasha� , et en 1892, lors du lock-out des ouvriers de Carnegie � Pittsburgh, se d�clare solidaire du geste de son ami lorsqu'il tire et blesse Frick, le directeur des Aci�ries. Sasha est condamn� pour ce geste � 22 ann�es de prison. Il en sortira en 1906, lib�r� apr�s 14 ans.
Elle conna�tra � plusieurs reprises les cachots am�ricains car son �nergie, son dynamisme pour la d�fense des droits humains, font d'elle une lutteuse de premier ordre. Elle collabore � divers y journaux anarchistes : Freiheit,The Anarchistet cr�e sa propre revue anarchiste Mother Earth.
Pendant la premi�re guerre mondiale, elle lutte de toute son �nergie contre le militarisme et conna�t � nouveau la prison.
�clate la r�volution russe qui apporte tous les espoirs aux r�volutionnaires du monde entier. Sentiments g�n�reux, mais dangereux pour le syst�me capitaliste ; l'Am�rique d�porte plus de deux cents agitateurs vers leur pays d'origine : Emma Goldman
et Alexandre Berkman sont du convoi.
Rapidement d��us par ce qui se passe en Russie (absence totale de libert�, r�action contre les r�volutionnaires �prouv�s, extermination des ouvriers et des marins de Cronstadt) Emma et Alexandre quittent le pays avec beaucoup de difficult�s. Emma entreprend des tourn�es de conf�rences � travers l'Europe et le Canada..
Nos deux amis se fixent � St Tropez � alors charmant petit village de p�cheurs � o� dans le calme, Emma r�dige ses m�moires : Living my life.
En 1936, Emma subit une perte cruelle: son ami de toujours Alexandre Berkman se meurt � Nice.
Les premiers mouvements de r�volte �clatent en Espagne ; c'est de nouveau l'espoir de voir se r�aliser son id�al : Emma parcourt le pays, s'adresse aux ouvriers, aux paysans, aux combattants. Mais la r�action internationale est la plus forte, la r�volution est vaincue. Elle repart au Canada o� elle m�ne la lutte pour la lib�ration de camarades emprisonn�s.
Le 17 F�vrier 1940, Emma est victime d'une attaque, elle mourra le 14 Mai. Le 18, son corps , sera ramen� � Chicago o� elle sera enterr�e dans le cimeti�re de Waldheim, pr�s de ses camarades de Haymarket.
Il est difficile de r�sumer en quelques lignes une vie aussi riche que celle d'Emma Goldman
. Elle a �crit plusieurs volumes qui seront traduits et �dit�s incessamment. Si Emma est tr�s populaire en Am�rique, en Angleterre et en Espagne elle est malheureusement m�connue en France. Il faut combler cette lacune. Avec quelques amis nous nous y emploierons de notre mieux.
Car Emma �tait pour moi plus qu'une camarade de lutte, une amie v�ritable. Je l'avais rencontr�e, ainsi qu'Alexandre Berkman, en 1923, chez Rudolf Rocker, lors de mon passage � Berlin, alors que je me rendais au congr�s de Moscou. J'avais pu entrer en contact, gr�ce � leurs indications, avec les quelques camarades anarchistes encore en libert� �provisoire� qui m'avaient fait entrevoir le �revers de la m�daille�. Gr�ce � eux aussi, j'ai pu intervenir aupr�s de Trotsky pour faire lib�rer Mollie Steimer et Flechine condamn�s � la d�portation perp�tuelle aux �les Solovietsky.
Dans les ann�es 30, j'ai partag� leur vie pendant de long mois dans leur petit mas de St Tropez et collabor� avec Emma � la r�daction de ses m�moires.
Pour ces raisons et beaucoup d'autres je ferai ce qui est en mon pouvoir pour faire conna�tre Emma Goldman
et Alexandre Berkman aux camarades de la nouvelle g�n�ration.
Ce sera pour eux un enrichissement.
May Piqueray
L'individu, la soci�t� et l'�tat
Le doute r�gne dans l'esprit des hommes car notre civilisation tremble sur ses bases. Les institutions actuelles n'inspirent plus confiance et les gens intelligents comprennent que l'industrialisation capitaliste va � l'encontre des buts m�mes qu'elle est cens�e poursuivre.
Le monde ne sait comment s'en sortir. Le parlementarisme et la d�mocratie p�riclitent et certains croient trouver un salut en optant pour le fascisme ou d'autres formes de gouvernements �forts�.
Du combat id�ologique mondial sortiront des solutions aux probl�mes sociaux urgents qui se posent actuellement (crises �conomiques, ch�mage, guerre, d�sarmement, relations internationales, etc.). Or, c'est de ces solutions que d�pendent le bien-�tre de l'individu et le destin de la soci�t� humaine.
L'�tat, le gouvernement avec ses fonctions et ses pouvoirs, devient ainsi le centre d'int�r�t de l'homme qui r�fl�chit. Les d�veloppements politiques qui ont eu lieu dans toutes les nations civilis�es nous am�nent � nous poser ces questions: voulons-nous d'un gouvernement fort ?
Devons nous pr�f�rer la d�mocratie et le parlementarisme ? Le fascisme, sous une forme ou sous une autre, la dictature qu'elle soit monarchique, bourgeoise ou prol�tarienne offrent-ils des solutions aux maux ou aux difficult�s qui assaillent notre soci�t� ?
En d'autres termes, parviendrons-nous � effacer les tares de la d�mocratie � l'aide d'un syst�me encore plus d�mocrate, ou bien devrons-nous trancher le noeud gordien du gouvernement populaire par l'�p�e de la dictature ?
Ma r�ponse est : ni l'un ni l'autre. Je suis contre la dictature et le fascisme, je suis oppos�e aux r�gimes parlementaires et au soi-disant d�mocraties politiques.
C'est avec raison qu'on a parl� du nazisme comme d'une attaque contre la civilisation. On pourrait dire la m�me chose de toutes les formes de dictature, d'oppression et de coercition. Car qu'est-ce que la civilisation ? Tout progr�s a �t� essentiellement marqu� par l'extension des libert�s de l'individu au d�pens de l'autorit� ext�rieure tant en ce qui concerne son existence physique que politique ou �conomique. Dans le monde physique, l'homme a progress� jusqu'� ma�triser les forces de la nature et les utiliser � son propre profit. L'homme primitif accomplit ses premiers pas sur la route du progr�s lorsqu'il parvient � faire jaillir le feu, triomphant ainsi de l'homme, � retenir le vent et � capter l'eau.
Quel r�le l'autorit� ou le gouvernement ont-ils jou� dans cet effort d'am�lioration, d'invention et de d�couverte ? Aucun, ou plut�t aucun qui soit positif. C'est toujours l'individu qui accomplit le miracle, g�n�ralement en d�pit des interdictions, des pers�cutions et de l'intervention de l'autorit�, tant humaine que divine.
De m�me dans le domaine politique, le progr�s consiste � s'�loigner de plus en plus de l'autorit� du chef de tribu, de clan, du prince et du roi, du gouvernement et de l'�tat. �conomiquement, le progr�s signifie plus de bien-�tre pour un nombre sans cesse croissant. Et culturellement, il est le r�sultat de tout ce qui s'accomplit par ailleurs, ind�pendance politique, intellectuelle et psychique de plus en plus grande.
Dans ces perspectives, les probl�mes de relation entre l'homme et l'�tat rev�tent une signification tout � fait nouvelle. Il n'est plus question de savoir si la dictature est pr�f�rable � la d�mocratie, si le fascisme italien est sup�rieur ou non � l'hitl�risme. Une question beaucoup plus vitale se pose alors � nous : le gouvernement politique, l'�tat est-il profitable � l'humanit� et quelle est son influence sur l'individu ?
L'individu est la v�ritable r�alit� de la vie, un univers en soi. Il n'existe pas en fonction de l'�tat, ou de cette abstraction qu'on appelle �soci�t� ou �nation�, et qui n'est autre qu'un rassemblement d'individus. L'homme a toujours �t�, est n�cessairement la seule source, le seul moteur d'�volution et de progr�s. La civilisation est le r�sultat d'un combat continuel de l'individu ou des groupements d'individus contre l'�tat et m�me � contre la �soci�t�, c'est-�-dire contre la majorit� hypnotis�e par l'�tat et soumise � son culte. Les plus grandes batailles que l'homme ait jamais livr�es l'ont �t� contre des obstacles et des handicaps artificiels qu'il s'est lui-m�me impos�s et qui paralysent son d�veloppement. La pens�e humaine a toujours �t� fauss�e par les traditions, les coutumes, l'�ducation trompeuse et inique, dispens�es pour servir les int�r�ts de ceux qui d�tiennent le pouvoir et jouissent de privil�ges; autrement dit, par l'�tat et les classes poss�dantes. Ce conflit incessant a domin� l'histoire de l'humanit�.
On peut dire que l'individualit�, c'est la conscience de l'individu d'�tre ce qu'il est, et de vivre cette diff�rence. C'est un aspect inh�rent � tout �tre humain et un facteur de d�veloppement. L'�tat et les institutions sociales se font et se d�font, tandis que l'individualit� demeure et persiste. L'essence m�me de l'individualit�, c'est l'expression, le sens de la dignit� et de l'ind�pendance, voil� son terrain de pr�dilection. L'individualit�, ce n'est pas cet ensemble de r�flexes impersonnels et machinaux que l'�tat consid�re comme un �individu�. L'individu n'est pas seulement le r�sultat de l'h�r�dit� et de l'environnement, de la cause et de l'effet. C'est cela, mais aussi beaucoup plus. L'homme vivant ne peut pas �tre d�fini; il est source de toute vie et de toutes valeurs, il n'est pas une partie de ceci ou de cela ; c'est un tout, un tout individuel, un tout qui �volue et se d�veloppe, mais qui reste cependant un tout constant.
L'individualit� ainsi d�crite n'a rien de commun avec les diverses conceptions de l'individualisme et surtout pas avec celui que j'appellerai �individualisme de droite, � l'am�ricaine�, qui n'est qu'une tentative d�guis�e de contraindre et de vaincre l'individu dans sa singularit�. Ce soi-disant individualisme, que sugg�re les formules comme �libre entreprise�, �american way of life�, arrivisme et soci�t� lib�rale, c'est le laisser-faire �conomique et social ; l'exploitation des masses par les classes dominantes avec l'aide de la fourberie l�gale; la d�gradation spirituelle et l'endoctrinement syst�matique de l'esprit servile, processus connu sous le nom �d'�ducation�. Cette forme d' �individualisme� corrompu et vici�, v�ritable camisole de force de l'individualit�, r�duit la vie � une course d�gradante aux biens mat�riels, au prestige social; sa sagesse s'exprime en une phrase: �Chacun pour soi et maudit soit le dernier�.
In�vitablement, l' �individualisme� de droite d�bouche sur l'esclavage moderne, les distinctions sociales aberrantes et conduit des millions de gens � la soupe populaire. Cet �individualisme�-l�, c'est celui des ma�tres, tandis que le peuple est enr�giment� dans une caste d'esclaves pour servir une poign�e de �surhommes� �gocentriques. L'Am�rique est, sans doute, le meilleur exemple de cette forme d'individualisme, au nom duquel tyrannie politique et oppression sociale sont �lev�es au rang de vertus : tandis que la moindre aspiration, la moindre tentative de vie plus libre et plus digne seront imm�diatement mises au compte d'un anti-am�ricanisme intol�rable et condamn�es, toujours au nom de ce m�me individualisme.
Il fut un temps o� l'�tat n'existait pas. L'homme a v�cu dans des conditions naturelles, sans �tat ni gouvernement organis�. Les gens �taient group�s en petites communaut�s de quelques familles, cultivant le sol et s'adonnant � l'art et � l'artisanat. L'individu, puis plus tard la famille, �tait la cellule de base de la vie sociale; chacun �tait libre et l'�gal de son voisin. La soci�t� humaine de cette �poque n'�tait pas un �tat mais une association volontaire o� chacun b�n�ficiait de la protection de tous. Les a�n�s et les membres les plus exp�riment�s du groupe en �taient les guides et les conseillers. Ils aidaient � r�gler les probl�mes vitaux, ce qui ne signifie pas gouverner et dominer l'individu. Ce n'est que plus tard qu'on vit appara�tre gouvernement politique et �tat, cons�quences du d�sir des plus forts de prendre l'avantage sur les plus faibles, de quelques-uns contre le plus grand nombre.
L'�tat eccl�siastique, ou s�culier, servit alors � donner une apparence de l�galit� et de droit aux torts caus�s par quelques-uns au plus grand nombre. Cette apparence de droit �tait le moyen le plus commode de gouverner le peuple, car un gouvernement ne peut exister sans le consentement du peuple, consentement v�ritable, tacite ou simul�. Le constitutionnalisme et la d�mocratie sont les formes modernes de ce consentement pr�tendu, inocul� par ce qu'on appelle ��ducation�, v�ritable endoctrinement public et priv�.
Le peuple consent parce qu'on le persuade de la n�cessit� de l'autorit� ; on lui inculque l'id�e que l'homme est mauvais, virulent et trop incomp�tent pour savoir ce qui est bon pour lui. C'est l'id�e fondamentale de tout gouvernement et de toute oppression. Dieu et l'�tat n'existent et ne sont soutenus que par cette doctrine.
Pourtant l'�tat n'est rien d'autre qu'un nom, une abstraction. Comme d'autres conceptions du m�me type, nation, race, humanit�, il n'a pas de r�alit� organique. Appeler l'�tat un organisme est une tendance maladive � faire d'un mot un f�tiche.
Le mot �tat d�signe l'appareil l�gislatif et administratif qui traite certaines affaires humaines, mal la plupart du temps. Il ne contient rien de sacr�, de saint ou de myst�rieux. L'�tat n'a pas de conscience, il n'est pas charg� d'une mission morale, pas plus que ne le serait une compagnie commerciale charg�e d'exploiter une mine de charbon ou une ligne de chemin de fer.
L'�tat n'a pas plus de r�alit� que n'en ont les dieux ou les diables. Ce ne sont que des reflets, des cr�ations de l'esprit humain, car l'homme, l'individu est la seule r�alit�. L'�tat n'est que l'ombre de l'homme, l'ombre de son obscurantisme, de son ignorance et de sa peur.
La vie commence et finit avec l'homme, l'individu. Sans lui, pas de race, pas d'humanit�, pas d'�tat. Pas m�me de soci�t�. C'est l'individu qui vit, respire et souffre. Il se d�veloppe et progresse en luttant continuellement contre le f�tichisme qu'il nourrit � l'�gard de ses propres inventions et en particulier de l'�tat.
L'autorit� religieuse a �difi� la vie politique � l'image de celle de l'�glise. L'autorit� de l'�tat , les �droits� des gouvernants venaient d'en haut ; le pouvoir, comme la foi, �tait d'origine divine. Les philosophes �crivirent d'�pais volumes prouvant la saintet� de l'�tat, allant parfois jusqu'� lui octroyer l'infaillibilit�. Certains r�pandirent l'opinion d�mente que l'�tat est �suprahumain�, supr�me, que c'est la r�alit� supr�me, �l'absolu�.
La recherche �tait un blasph�me, la servitude la plus haute des vertus. Gr�ce � de tels principes, on en vint � consid�rer certaines id�es comme des �vidences sacr�es, non que la v�rit� en eut �t� d�montr�e, mais parce qu'on les r�p�tait sans cesse.
Les progr�s de la civilisation sont essentiellement caract�ris�s par une mise en question du �divin� et du �myst�re�, du pr�tendu sacr� et de la �v�rit� �ternelle, c'est l'�limination graduelle de l'abstrait auquel se substitue peu � peu le concret. Autrement dit, les faits prennent le pas sur l'imaginaire, le savoir sur l'ignorance, la lumi�re sur l'obscurit�.
Le lent et difficile processus de lib�ration de l'individu ne s'est pas accompli avec l'aide de l'�tat. Au contraire, c'est en menant un combat ininterrompu et sanglant que l'humanit� a conquis le peu de libert� et d'ind�pendance dont elle dispose, arrach� des mains des rois, des tsars et des gouvernements.
Le personnage h�ro�que de ce long Golgotha est celui de l'Homme. Seul ou uni � d'autres, c'est toujours l'individu qui souffre et combat les oppressions de toute sorte, les puissances qui l'asservissent et le d�gradent.
Plus encore, l'esprit de l'homme, de l'individu, est le premier � se rebeller contre l'injustice et l'avilissement; le premier � concevoir l'id�e de r�sistance aux conditions dans lesquelles il se d�bat. L'individu est le g�n�rateur de la pens�e lib�ratrice, de m�me que de l'acte lib�rateur.
Et cela ne concerne pas seulement le combat politique, mais toute la gamme des efforts humains, en tout temps et sous tous les cieux. C'est toujours l'individu, l'homme avec sa puissance de caract�re et sa volont� de libert� qui ouvre la voie du progr�s humain et franchit les premiers pas vers un monde meilleur et plus libre ; en sciences, en philosophie, dans le domaine des arts comme dans celui de l'industrie, son g�nie s'�l�ve vers des sommets, con�oit �l'impossible�, mat�rialise son r�ve et communique son enthousiasme � d'autres, qui s'engagent � leur tour dans la m�l�e. Dans le domaine social, le proph�te, le visionnaire, l'id�aliste qui r�ve d'un monde selon son c�ur, illumine la route des grandes r�alisations.
L'�tat, le gouvernement, quels qu'en soient la forme, le caract�re, qu'il soit autoritaire ou constitutionnel, monarchique ou r�publicain fasciste, nazi ou bolchevik, est de par sa nature m�me conservateur, statique, intol�rant et oppos� au changement. S'il �volue parfois positivement c'est que, soumis � des pressions suffisamment fortes, il est oblig� d'op�rer le changement qu'on lui impose, pacifiquement parfois, brutalement le plus souvent, c'est-�-dire par les moyens r�volutionnaires. De plus, le conservatisme inh�rent � l'autorit� sous toutes ses formes devient in�vitablement r�actionnaire. Deux raisons � cela : la premi�re c'est qu'il est naturel pour un gouvernement, non seulement de garder le pouvoir qu'il d�tient, mais aussi de le renforcer, de l'�tendre et de le perp�tuer � l'int�rieur et � l'ext�rieur de ses fronti�res. Plus forte est l'autorit�, plus grands l'�tat et ses pouvoirs, plus intol�rable sera pour lui une autorit� similaire ou un pouvoir politique parall�le. La psychologie gouvernementale impose une influence et un prestige en constante augmentation, nationalement et internationalement, et il saisira toutes les occasions pour les accro�tre. Les int�r�ts financiers et commerciaux soutenant le gouvernement qui les repr�sente et les sert, motivent cette tendance. La raison d'�tre fondamentale de tous les gouvernements, sur laquelle les historiens des temps pass�s fermaient volontairement les yeux, est si �vidente aujourd'hui que les professeurs eux-m�mes ne peuvent plus l'ignorer.
L'autre facteur, qui astreint les gouvernements � un conservatisme de plus en plus r�actionnaire, est la m�fiance inh�rente qu'il porte � l'individu, la crainte de l'individualit�. Notre syst�me politique et social ne tol�re pas l'individu avec son besoin constant d'innovation. C'est donc en �tat de �l�gitime d�fense� que le gouvernement opprime, pers�cute, punit et parfois tue l'individu, aid� en cela par toutes les institutions dont le but est de pr�server l'ordre existant. Il a recours � toutes les formes de violence et il est soutenu par le sentiment �d'indignation morale� de la majorit� contre l'h�r�tique, le dissident social, le rebelle politique : cette majorit� � qui on a inculqu� depuis des si�cles le culte de l'�tat, qu'on a �lev�e dans la discipline, l'ob�issance et la soumission au respect de l'autorit�, dont l'�cho se fait entendre � la maison, � l'�cole, � l'�glise et dans la presse.
Le meilleur rempart de l'autorit�, c'est l'uniformit� : la plus petite divergence d'opinion devient alors le pire des crimes. La m�canisation � grande �chelle de la soci�t� actuelle entra�ne un surcro�t d'uniformisation. On la trouve partout pr�sente dans les habitudes, les go�ts, le choix des v�tements les pens�es, les id�es. Mais c'est dans ce qu'on est convenu d'appeler �l'opinion publique� qu'on en trouve le concentr� le plus affligeant. Bien peu ont le courage de s'y opposer. Celui qui refuse de s'y soumettre est aussit�t �bizarre, diff�rent, suspect�, fauteur de troubles au sein de l'univers stagnant et confortable de la vie moderne.
Plus encore sans doute que l'autorit� constitu�e, c'est l'uniformit� sociale qui accable l'individu. Le fait m�me qu'il soit �unique, diff�rent� le s�pare et le rend �tranger � son pays et m�me � son foyer, � plus parfois que l'expatri� dont les vues co�ncident g�n�ralement avec celles des �indig�nes�. Pour un �tre humain sensible, il n'est pas suffisant de se trouver dans son pays d'origine, pour se sentir chez lui, en d�pit de ce que cela suppose de traditions, d'impressions et de souvenirs d'enfance, toutes choses qui nous sont ch�res. I1 est beaucoup plus essentiel de trouver une certaine atmosph�re d'appartenance, d'avoir conscience de �faire corps� avec les gens et l'environnement, pour se sentir chez soi, qu'il s'agisse de relations familiales, de relations de voisinage ou bien de celles qu'on entretient dans la r�gion plus vaste qu'on appelle commun�ment son pays. L'individu capable de s'int�resser au monde entier, ne se sent jamais aussi isol�, aussi incapable de partager les sentiments de son entourage que lorsqu'il se trouve dans son pays d'origine.
Avant la guerre, l'individu avait tout au moins la possibilit� d'�chapper � l'accablement national et familial. Le monde semblait ouvert � ses recherches, � ses �lans, � ses besoins. Aujourd'hui, le monde est une prison et la vie une peine de d�tention perp�tuelle � purger dans la solitude. Cela est encore plus vrai depuis l'av�nement de la dictature, celle de droite comme celle de gauche.
Friedrich Nietzsche qualifiait l'�tat de monstre froid. Comment qualifierait-il la b�te hideuse cach�e sous le manteau de la dictature moderne ? Non que l'�tat ait jamais allou� un bien grand champ d'action � l'individu ; mais, les champions de la nouvelle id�ologie �tatique ne lui accorde m�me plus le peu dont il disposait. �L'individu n'est rien�, estiment-ils. Seule la collectivit� compte. Ils ne veulent rien moins que la soumission totale de l'individu pour satisfaire l'app�tit insatiable de leur nouveau dieu.
Curieusement, c'est au sein de l'intelligentsia britannique et am�ricaine qu'on trouve les plus farouches avocats de la nouvelle cause. Pour le moment, les voil� entich�s de la �dictature du prol�tariat�. En th�orie seulement, bien s�r. Car, en pratique, ils pr�f�rent encore b�n�ficier des quelques libert�s qu'on leur accorde dans leur pays respectif. Ils vont en Russie pour de courtes visites, ou en tant que courtiers de la �r�volution�, mais ils se sentent tout de m�me plus en s�ret� chez eux.
D'ailleurs, ce n'est peut-�tre pas seulement le manque de courage qui retient ces braves Britanniques et ces Am�ricains dans leur propre pays. Ils sentent, peut-�tre inconsciemment, que l'individu reste le fait fondamental de toute association humaine et que, si opprim� et pers�cut� qu'il soit, c'est lui qui vaincra � la longue.
Le �g�nie de l'homme� qui n'est autre qu'une fa�on diff�rente de qualifier la personnalit� et son individualit�, se fraie un chemin � travers le labyrinthe des doctrines, � travers les murs �pais de la tradition et des coutumes, d�fiant les tabous, bravant l'autorit�. affrontant l'outrage et l'�chafaud � pour �tre parfois comme proph�te et martyr par les g�n�rations suivantes. Sans ce �g�nie de l'homme�, sans son individualit� inh�rente et inalt�rable, nous en serions encore � parcourir les for�ts primitives.
Pierre Kropotkine
a montr� les r�sultats fantastiques qu'on peut attendre lorsque cette force qu'est l'individualit� humaine �uvre en coop�ration avec d'autres. Le grand savant et penseur anarchiste a palli� ainsi, biologiquement et sociologiquement, l'insuffisance de la th�orie darwinienne sur le combat pour l'existence. Dans son ouvrage remarquable l'Entraide,Kropotkine
montre que dans le r�gne animal aussi bien que dans la soci�t� humaine, la coop�ration � par opposition aux luttes intestines � �uvre dans le sens de la survivance et de l'�volution des esp�ces. Il d�montre que, au contraire de l'�tat d�vastateur et omnipotent, seules l'entraide et la coop�ration volontaire constituent les principes de base d'une vie libre fond�e sur l'individu et l'association.
Pour le moment, l'individu n'est qu'un pion sur l'�chiquier de la dictature et entre les mains des fanatiques de �l'individualisme � l'am�ricaine�. Les premiers se cherchent une excuse dans le fait qu'ils sont � la poursuite d'un nouvel objectif. Les seconds ne pr�tendent m�me pas �tre des innovateurs. En fait, les z�lateurs de cette �philosophie� r�actionnaire n'ont rien appris et rien oubli�. Ils se contentent de veiller � ce que survive l'id�e d'un combat brutal pour l'existence, m�me si la n�cessit� de ce combat a compl�tement disparu. Il est �vident qu'on perp�tue celui-ci justement parce qu'il est inutile. La soi-disant surproduction n'en est-elle pas la preuve ? La crise �conomique mondiale n'est-elle pas l'�loquente d�monstration que ce combat pour l'existence ne doit sa survie qu'� l'aveuglement des tenants du �chacun pour soi�, au risque d'assister � l'autodestruction du syst�me.
L'une des caract�ristiques insens�es de cette situation, c'est l'absence de relation entre le producteur et l'objet produit. L'ouvrier moyen n'a aucun contact profond avec l'industrie qui l'emploie, il reste �tranger au processus de production dont il n'est qu'un rouage. Et comme tel, il est rempla�able � tout moment par d'autres �tres humains tout aussi d�personnalis�s.
Le travailleur qui exerce une profession intellectuelle ou lib�rale, bien qu'il ait la vague impression d'�tre plus ind�pendant, n'est gu�re mieux loti. Lui non plus n'a pas eu grand choix, ni plus de possibilit� de trouver sa propre voie dans sa branche d'activit�, que son voisin le travailleur manuel. Ce sont g�n�ralement des consid�rations mat�rielles, un d�sir de prestige social qui d�terminent l'orientation de l'intellectuel. Vient s'ajouter � cela la tendance � embrasser la carri�re paternelle pour devenir instituteur, ing�nieur, reprendre le cabinet d'avocat ou de m�decin, etc. car la tradition familiale et la routine ne demandent ni gros efforts ni personnalit�. En cons�quence, la majorit� des gens sont mal ins�r�s dans le monde du travail. Les masses poursuivent p�niblement leur route, sans chercher plus loin, d'abord parce que leurs facult�s sont engourdies par une vie de travail et de routine ; et puis il leur faut bien gagner leur vie. On retrouve la m�me trame dans les cercles politiques, peut-�tre avec, plus de force. Il n'y est fait aucune place pour le libre choix, la pens�e ou l'activit� ind�pendantes. On n'y rencontre que des marionnettes tout juste bonnes � voter et � payer les contributions.
Les int�r�ts de l'�tat et ceux de l'individu sont fondamentalement antagonistes. L'�tat et les institutions politiques et �conomiques qu'il a instaur�es ne peuvent survivre qu'en fa�onnant l'individu afin qu'ils servent leurs int�r�ts ; ils l'�l�vent donc dans le respect de la loi et de l'ordre, lui enseignent l'ob�issance, la soumission et la foi absolue dans la sagesse et la justice du gouvernement; ils exigent avant tout le sacrifice total de l'individu lorsque l'�tat en a besoin, en cas de guerre par exemple. L'�tat juge ses int�r�ts sup�rieurs � ceux de la religion et de Dieu. Il punit jusque dans ses scrupules religieux ou moraux l'individu qui refuse de combattre son semblable parce qu'il n'y a pas d'individualit� sans libert� et que la libert� est la plus grande menace qui puisse peser sur l'autorit�.
Le combat que m�ne l'individu dans des conditions aussi d�favorables � il en va souvent de sa vie � est d'autant plus difficile qu'il ne s'agit pas, pour ses adversaires, de savoir s'il a tort ou raison. Ce n'est ni la valeur ni l'utilit� de sa pens�e ou de son action qui dresse contre lui les forces de l'�tat et de �l'opinion publique�. Les pers�cutions contre l'innovateur, le dissident, le protestataire, ont toujours �t� caus�es par la crainte que l'infaillibilit� de l'autorit� constitu�e ne soit mise en question et son pouvoir sap�.
L'homme ne conna�tra la v�ritable libert�, individuelle et collective, que lorsqu'il s'affranchira de l'autorit� et de sa foi en elle. L'�volution humaine n'est qu'un p�nible cheminement dans cette direction. Le d�veloppement, ce n'est en soi ni l'invention ni la technique. Rouler � 150 Km � l'heure n'est pas un signe de civilisation. C'est � l'individu, v�ritable �talon social, que se mesure notre degr� de civilisation ; � ses facult�s individuelles, � ses possibilit�s d'�tre librement ce qu'il est ; de se d�velopper et de progresser sans intervention de l'autorit� coercitive et omnipr�sente.
Socialement parlant, la civilisation et la culture se mesurent au degr� de libert� et aux possibilit�s �conomiques dont jouit l'individu ; � l'unit� et � la coop�ration sociale et internationale, sans restriction l�gale ni autre obstacle artificiel ; � l'absence de castes privil�gi�es ; � une volont� de libert� et de dignit� humaine ; en bref, le crit�re de civilisation, c'est le degr� d'�mancipation r�elle de l'individu.
L'absolutisme politique a �t� aboli parce que l'homme s'est aper�u, au cours des si�cles, que le pouvoir absolu est un mal destructeur. Mais il en va de m�me de tous les pouvoirs, que ce soit celui des privil�ges, de l'argent, du pr�tre, du politicien ou de la soi-disant d�mocratie. Peu importe le caract�re sp�cifique de la coercition s'il rev�t la couleur noire du fascisme, le jaune du nazisme ou le rouge pr�tentieux du bolchevisme. Le pouvoir corrompt et d�grade aussi bien le ma�tre que l'esclave, que ce pouvoir soit aux mains de l'autocrate, du parlement ou du soviet. Mais le pouvoir d'une classe est plus pernicieux encore que celui du dictateur, et rien n'est plus terrible que la tyrannie de la majorit�.
Au cours du long processus historique, l'homme a appris que la division et la lutte m�nent � la destruction et que l'unit� et la coop�ration font progresser sa cause, multiplient ses forces et favorisent son bien-�tre. L'esprit gouvernemental travaille depuis toujours � l'encontre de l'application sociale de cette le�on fondamentale, sauf lorsque l'�tat y trouve son int�r�t. Les principes conservateurs et antisociaux de l'�tat et de la classe privil�gi�e qui le soutient, sont responsables de tous les conflits qui dressent les hommes les uns contre les autres. Ils sont de plus en plus nombreux ceux qui commencent � voir clair, sous la surface de l'ordre �tabli. L'individu se laisse moins aveugler par le clinquant des principes �tatiques et les �bienfaits� de �l'individualisme� pr�conis� par les soci�t�s dites lib�rales. Il s'efforce d'atteindre les perspectives plus amples des relations humaines que seule procure la libert�. Car la v�ritable libert� n'est pas un simple chiffon de papier intitul� �constitution, droit l�gal ou loi�. Ce n'est pas non plus une abstraction d�riv�e de cette autre irr�alit� appel�e ��tat�. Ce n'est pas l'acte n�gatif d'�tre lib�r� de quelque chose ; car cette libert�-l� n'est que la libert� de mourir de faim. La vraie libert� est positive ; c'est la libert� vers quelque chose, la libert� d'�tre, de faire et les moyens donn�s pour cela.
II ne peut alors s'agir d'un don, mais d'un droit naturel de l'homme, de tous les �tres humains.
Ce droit ne peut �tre accord� ou conf�r� par aucune loi, aucun gouvernement. Le besoin, le d�sir ardent s'en fait sentir chez tous les individus. La d�sob�issance � toutes les formes de coercition en est l'expression instinctive. R�bellion et r�volution sont des tentatives plus ou moins conscientes pour se l'octroyer. Ces manifestations individuelles et sociales sont les expressions fondamentales des valeurs humaines. Pour nourrir ces valeurs, la communaut� doit comprendre que son appui le plus solide, le plus durable, c'est l'individu. Dans le domaine religieux comme dans le domaine politique, on parle d'abstractions tout en croyant qu'il s'agit de r�alit�s. Mais quand on en vient vraiment � traiter de choses concr�tes, il semble que la plupart des gens soient incapables d'y trouver un int�r�t vital. C'est peut-�tre que la r�alit� est par trop terre-�-terre, trop froide pour �veiller l'�me humaine. Seuls les sujets diff�rents, peu ordinaires, soul�vent l'enthousiasme. Autrement dit, l'Id�al qui fait jaillir l'�tincelle de l'imagination et du c�ur humain. Il faut quelque id�al pour sortir l'homme de l'inertie et de la monotonie de son existence et transformer le vil esclave en personnage h�ro�que.
C'est ici qu'intervient �videmment l'opposant marxiste dont le marxisme � d�passe d'ailleurs celui de Marx lui-m�me. Pour celui-l�, l'homme n'est qu'une figurine aux mains de cette toute puissance m�taphysique qu'on appelle d�terminisme �conomique, plus vulgairement lutte des classes. La volont� de l'homme, individuelle et collective, sa vie psychique, son orientation intellectuelle, tout cela compte pour bien peu de chose chez notre marxiste et n'affecte en rien ses conceptions de l'histoire humaine.
Aucun �tudiant intelligent ne nierait l'importance du facteur �conomique dans le progr�s social et le d�veloppement de l'humanit�. Mais seul un esprit obtus et obstin�ment doctrinaire se refusera � voir le r�le important de l'id�e, en tant que conception de l'imagination et r�sultat des aspirations de l'homme.
Il serait vain et sans int�r�t de tenter de comparer deux facteurs de l'histoire humaine. Aucun facteur ne peut �tre consid�r�, � lui seul, comme le facteur d�cisif de l'ensemble des comportements individuels et sociaux. Nous sommes trop peu avanc�s en psychologie humaine, peut-�tre m�me n'en saurons-nous jamais assez pour peser et mesurer les valeurs relatives de tel ou tel facteur d�terminant du comportement humain. Formuler de tels dogmes, dans leurs connotations sociales, n'est que fanatisme ; pourtant, on verra une certaine utilit� dans le fait que cette tentative d'interpr�tation politico-�conomique de l'histoire prouve la persistance de la volont� humaine et r�fute les arguments des marxistes.
Heureusement, certains marxistes commencent � voir que leur Credo n'est pas toute v�rit� ; apr�s tout, Marx n'�tait qu'un �tre humain, bien trop humain pour �tre infaillible. Les applications pratiques du d�terminisme �conomique en Russie ouvrent, actuellement, les yeux des marxistes les plus intelligents. On peut voir, en effet, des r�ajustements s'op�rer au niveau des principes marxistes dans les rangs socialistes et m�me dans les rangs communistes des pays europ�ens. Ils comprennent lentement que leur th�orie n'a pas assez tenu compte de l'�l�ment humain, des Menschenainsi que le souligne un journal socialiste. Aussi important soit-il, le facteur �conomique n'est cependant pas suffisant pour d�terminer � lui seul le destin d'une soci�t�. La r�g�n�ration de l'humanit� ne s'accomplira pas sans l'aspiration, la force �nerg�tique d'un id�al.
Cet id�al, pour moi, c'est l'anarchie, qui n'a �videmment rien � voir avec l'interpr�tation erron�e que les adorateurs de l'�tat et de l'autorit� s'entendent � r�pandre. Cette philosophie jette les bases d'un ordre nouveau fond� sur les �nergies lib�r�es de l'individu et l'association volontaire d'individus libres.
De toutes les th�ories sociales, l'Anarchie est la seule � proclamer que la soci�t� doit �tre au service de l'homme et non l'homme au service de la soci�t�. Le seul but l�gitime de la soci�t� est de subvenir aux besoins de l'individu et de l'aider � r�alisa ses d�sirs. Ce n'est qu'alors qu'elle se justifie et participe aux progr�s de la civilisation et de la culture. Je sais que les repr�sentants des partis politiques et les hommes qui luttent sauvagement pour le pouvoir me taxeront d'anachronisme incorrigible. Eh bien, j'accepte joyeusement cette accusation. C'est pour moi un r�confort de savoir que leur hyst�rie manque d'endurance et que leurs louanges ne sont jamais que temporaires.
L'homme aspire � se lib�rer de toutes les formes d'autorit� et de pouvoir et ce ne sont pas les discours fracassants qui l'emp�cheront de briser �ternellement ses cha�nes. Les efforts de l'homme doivent se poursuivre et ils se poursuivront.