La Brochure Mensuelle - N° 139 - Juillet 1934
CITOYENNES, CITOYENS,
Vous vous êtes certainement demandé,
maintes fois, quelle est la raison d'être de l'Anarchie ? Pourquoi,
parmi tant d'autres écoles socialistes, venir fonder encore une école
de plus, l'école anarchiste ? C'est à cette question que je vais
répondre. Et, pour mieux y répondre, permettez-moi de me transporter à
la fin du siècle passé.
Vous savez tous ce qui caractérisa cette
époque. L'épanouissement de la pensée. Le développement prodigieux des
sciences naturelles ; la critique impitoyable des préjugés reçus ; les
premiers essais d'une explication de la nature sur des bases vraiment
scientifiques, d'observations, d'expérience, de raisonnement.
D'autre part, la critique des institutions
politiques léguées à l'humanité par les siècles précédents ; la marche
vers cet idéal de Liberté, d'Egalité et de Fraternité qui, de tout
temps, fut l'idéal des masses populaires.
Entravé dans son libre développement par le
despotisme, par l'égoïsme étroit des classes privilégiées, ce
mouvement, appuyé et favorisé en même temps par l'explosion des colères
populaires, engendra la grande Révolution qui eut à se frayer un chemin
au milieu de mille difficultés intérieures et extérieures.
La Révolution fut vaincue ; mais ses idées
restèrent. Persécutées, conspuées d'abord, elles sont devenues le mot
d'ordre de tout un siècle d'évolution lente. Toute l'histoire du XIXè
siècle se résume dans l'effort de mettre en pratique les principes
élaborés à la fin du siècle passé. C'est le sort de toutes les
révolutions. Quoique vaincues, elles donnent le mot de l'évolution qui
les suit.
Dans l'ordre politique, ces idées sont
l'abolition des privilèges de l'aristocratie, la suppression du
gouvernement personnel, l'égalité devant la loi. Dans l'ordre
économique, la Révolution proclame la liberté des transactions. «Tous,
tant que vous êtes sur le territoire — dit-elle — achetez et vendez
librement. Vendez vos produits — si vous pouvez produire ; et si vous
n'avez pas pour cela l'outillage nécessaire, si vous n'avez que vos
bras à vendre, vendez-les, vendez votre travail au plus donnant :
l'Etat ne s'en mêlera pas ! Luttez entre vous, entrepreneurs ! Point de
faveurs pour personne. La sélection naturelle se chargera de tuer ceux
qui ne seront pas à la hauteur des progrès de l'indusrie, et de
favoriser ceux qui prendront les devants. »
Voilà, du moins, la théoriede la
révolution du tiers-Etat. Et si l'Etat intervient dans la lutte pour
favoriser les uns au détriment des autres — on l'a vu assez, ces
jours-ci, lorsqu'on a discuté les monopoles des compagnies minières et
des chemins de fer, — ce sera considéré par l'école libérale comme une
déviation regrettable aux grands principes de la Révolution, un abus à
réparer.
Le résultat ? — Vous ne le connaissez
malheureusement que trop, citoyennes et citoyens réunis dans cette
salle. L'opulence oisive pour quelques-uns, l'incertitude du lendemain,
la misère pour le plus grand nombre. Les crises, les guerres pour la
domination sur les marchés ; les dépenses folles des Etats pour
procurer des débouchés aux entrepreneurs d'industrie.
C'est que, en proclamant la liberté des
transactions, un point essentiel fut négligé par nos pères.
Non pas qu'ils ne l'eussent entrevu ; les meilleurs l'ont appelé de
leurs voeux, mais ils n'osèrent pas le réaliser. C'est que, en
proclamant la liberté des transactions, c'est-à-dire la lutte entre les
membres de la société, la société n'a pas mis en présence des éléments
de force égale, et les forts, armés pour la lutte de l'héritage
paternel, l'ont emporté sur les faibles. Les millions de pauvres, mis
en présence de quelques riches, devaient fatalement succomber.
Citoyennes et citoyens ! Vous êtes-vous posé cette question : D'où vient la fortune des riches ?
— est-ce de leur travail ? Ce serait une bien mauvaise plaisanterie que de le dire. Mettons que M. de Rothschild [est]
ait travaillé toute sa vie. Mais, vous aussi, chacun des travailleurs
dans cette salle, a aussi travaillé. Pourquoi donc la fortune de
Rothschild se chiffre-t-elle par des centaines de millions, et la vôtre
par si peu de chose ?
La raison en est bien simple. C'est que vous
vous êtes appliqués à produire vous-mêmes, tandis que M. Rothschild
s'est appliqué à recueillir le fruit du travail des autres. Tout est là.
«Mais, comment se fait-il, me dira-t-on, qu'il
se soit trouvé des millions d'hommes laissant les Rothschild accaparer
le fruit de leurs travaux ?» — La réponse est simple : ils ne pouvaient
pas faire autrement, puisqu'ils sont misérables
!
En effet, imaginez une cité dont tous les
habitants — à condition de produire des choses utiles pour tout le
monde — trouvent le gîte, le vêtement, la nourriture et le travail
assuré ; et supposez que dans cette cité débarque un Rothschild,
porteur d'un baril d'or.
S'il dépense son or, le baril s'allègera
rapidement. S'il l'enferme sous clef, il ne débordera pas, parce que
l'or ne pousse pas comme les haricots, et, au bout d'une année, notre
Rothschild ne retrouvera pas, dans son tiroir, 110 louis s'il n'y en a
mis que cent. Et s'il monte une usine et propose aux habitants de la
cité de travailler dans cette fabrique pour cinq francs par jour tandis
qu'ils en produiront pour dix, on lui répondra : « Monsieur, chez nous
vous ne trouverez personne qui veuille travailler à ces conditions !
Allez ailleurs, cherchez une cité de misérables qui n'aient ni travail
assuré, ni vêtement, ni pain, qui consentent à vous abandonner la part
du lion dans les produits de leur travail, pourvu que vous leur donniez
de quoi acheter du pain. Allez là où il y a des meurt-de-faim ! Là vous
ferez fortune ! »
L'origine de la fortune des riches, c'est
votre misère ! Point de misérables d'abord ! Alors, il n'y aura point
de millionnaires !
Or, c'est ce que la Révolution du siècle passé ne
sut ou ne put réaliser. Elle mit en présence des ex-serfs, des
meurt-la-faim et des va-nu-pieds d'une part, et d'autre part, ceux qui
étaient déjà en possession de fortunes.
Elle leur dit : Luttez ! Et les misérables succombèrent.
Ils ne possédaient point de fortune ; mais ils possédaient quelque
chose de plus précieux que tout l'or du monde — leurs bras — cette
source de toutes les richesses — furent asservis par les riches.
Et nous avons vu surgir ces immenses fortunes
qui sont le trait caractéristique de notre siècle. Un roi du siècle
passé, «le grand Louis XIV» des historiens salariés, a-t-il jamais osé
rêver la fortune des roi du XIXè siècle, les Vanderbilt et les Mackay ?
Et d'autre part, nous avons vu le misérable
réduit de plus en plus à travailler pour autrui ; le producteur pour
son propre compte disparaissant de plus en plus ; chaque jour davantage
nous sommes condamnés à travailler pour enrichir les riches.
On a cherché à obvier à ces désastres. On a
dit : Donnons à tous une instruction égale. Et on a répandu
l'instruction. On a fait de meilleures machines
humaines, mais ces machines instruites travaillent toujours pour
enrichir les riches. Tel savant illustre, tel romancier de talent, est
encore la bête de somme du capitaliste. Le bétail à exploiter
s'améliore par l'instruction, mais l'exploitation reste.
On est venu parler ensuite d'association. Mais
on s'est vite aperçu qu'en associant leurs misères, les travailleurs
n'auraient pas raison du capital. Et ceux-là mêmes qui nourrissait le
plus d'illusions à ce sujet ont dû en venir au socialisme.
Timide à ses débuts, le socialisme parla
d'abord au nom du sentiment, de la morale chrétienne. Il y eut des
hommes profondément imbus des côtés moraux du christianisme — fonds de
morale humaine conservée par les religions,
— qui vinrent dire : «Le chrétien n'a pas le droit d'exploiter ses
frères !» Mais on leur rit au nez, en leur répondant : «Enseignez au
peuple la résignation du christianisme, dites au nom du Christ que le
peuple doit présenter la joue gauche à
celui qui l'a frappé sur la joue droite, — vous serez les bienvenus !
Quant aux rêves égalitaires que vous retrouvez dans le christianisme,
allez méditer vos trouvailles dans les prisons !»
Plus tard, le socialisme paria au nom de la
métaphysique gouvernementale. «Puisque l'Etat, disait-il, a surtout
pour mission de protéger les faibles contre les forts, il est de son
devoir de
subventionner les associations ouvrières. L'Etat seul peut permettre
aux associations de travailleurs de lutter contre le capital et
d'opposer à l'exploitation capitaliste le chantier libre des
travailleurs
encaissant le produit intégral de leur travail.» — A ceux-là la
bourgeoisie répondit par la mitraillade de juin 48.
Et ce n'est que vingt à trente ans après,
lorsque les masses populaires furent conviées à entrer dans
l'Association Internationale des Travailleurs, que le socialisme parla
au nom du peuple ; c'est alors seulement que, s'élaborant peu à peu
dans les Congrès de la grande Association et, plus tard chez ses
continuateurs, il en arriva à cette conclusion :
«Toutes les richesses accumulées sont des
produits du travail de tous — de toute la génération actuelle et de
toutes les générations précédentes.
Cette maison dans laquelle nous sommes réunis en ce moment, n'a de
valeur que parce qu'elle est dans Paris, — cette ville superbe où les
labeurs de vingt générations sont venus se superposer.
Transportée dans les neiges de la Sibérie, la valeur de cette maison
serait presque nulle. Cette machine que vous avez inventée et brevetée,
porte en soi l'intelligence de cinq ou six générations
, elle n'a de valeur que comme partie de cet immense tout que nous
appelons l'industrie du dix-neuvième siècle. Transportez votre machine
à faire les dentelles au milieu des Papouas de la Nouvelle-Guinée, et
là, sa valeur sera nulle. Ce livre, enfin, cette oeuvre de génie que
vous avez faite, nous vous défions, génie de notre siècle, de nous dire
quelle est la part de votreintelligence
dans vos superbes déductions ! Les faits ? Toute une génération a
travaillé à les accumuler. Les idées ? c'est peut-être la locomotive
sillonnant les champs qui vous les a suggéré. La beauté de la forme ?
c'est en admirant la Vénus de Milo ou l'oeuvre de Murillo que vous
l'avez trouvée. Et si votre livre exerce quelque
influence sur nous, c'est grâce à l'ensemble de notre civilisation.
Tout est à nous ! Et nous défions qui que ce
soit de nous dire quelle est la part qui revient à chacun dans les
richesses. Voici un immense outillage que le dix-neuvième siècle a créé
; voici des millions d'esclaves en fer
que nous appelons machines et qui rabotent et scient, tissent et filent
pour nous, qui décomposent et recomposent la matière première, et font
les merveilles de notre époque. Personne n'a le droit de s'accaparer
aucune de ces machines et de dire aux autres : «Ceci est à moi ; si
vous voulez vous servir de cette machine pour produire, vous me paierez
un tribut sur chaque chose que vous produirez, » — pas plus que le
seigneur du moyen-âge n'avait le droit de dire au cultivateur: «Cette
colline, ce pré sont à moi et
vous me paierez un tribut sur chaque gerbe de blé que vous récolterez,
sur chaque meule de foin que vous entasserez.»
«Tout est à tous ! Et pourvu que l'homme et la
femme apportent leur quote-part de travail pour produire les objets
nécessaires, ils ont droit à leur quote-part de tout ce qui sera
produit par tout le monde !»
II
«Tout est à tous ! Et pourvu que
l'homme et la femme apportent leur quote-part de travail pour produire
les objets nécessaires, ils ont droit à leur quote-part de tout ce qui
sera produit par tout le monde !» Mais, c'est le Communisme?
— direz-vous. Oui, c'est le Communisme ; mais le Communisme qui parle,
non plus au nom de la religion, non plus au nom de l'Etat, mais au nom
du peuple.
Depuis cinquante ans, un formidable réveil
s'est produit dans la classe ouvrière. Le préjugé de la propriété
privée s'en va. De plus en plus le travailleur s'habitue à considérer
l'usine, le chemin de fer, la mine, non pas comme un château féodal
appartenant
à un seigneur, mais comme une institution d'utilité publique, que tout
le monde a le droit de contrôler.
L'idée de possession commune n'a pas été
élaborée, de déduction en déduction, par un penseur de cabinet. C'est
la pensée qui germe dans les cerveaux
de la masse ouvrière. Et lorsque la révolution que nous réserve la fin
de ce siècle aura jeté le désarroi dans le camps des exploiteurs, —
vous verrez que la grande masse populaire demandera
l'Expropriation et proclamera son droit à l'usine, à la manufacture, à
la locomotive et au bateau à vapeur.
Autant le sentiment de l'inviolabilité de l'intérieur du chez soi, s'est développé pendant la deuxième moitié de notre siècle, autant
le sentiment du droit collectifà
tout ce qui sert à la production des richesses s'est développé dans les
masses.
C'est un fait ; et quiconque voudra vivre, comme nous, de la vie
populaire et suivre son développement, conviendra que cette affirmation
n'est qu'un résumé fidèle des aspirations populaires.
Oui, la tendance de la fin du XIXè siècle est
au Communisme ; non pas le Communisme du couvent ou de la caserne
prêché
jadis, mais au Communisme libre, qui met à la disposition de tous les
produits récoltés ou fabriqués en commun, laissant à chacun la liberté
de les consommer comme il lui plaira,
dans son chez soi.
C'est la solution la plus accessible aux
masses populaires, la solution que le peuple réclame aux heures
solennelles. En 1848, la formule : «De chacun selon ses facultés, à
chacun selon ses besoins» est celle qui va le plus droit au coeur
des masses. Si elles acclament le République, le suffrage universel,
c'est parce qu'elles espèrent trouver le Communisme au bout de l'étape.
Et en 1871, dans Paris assiégé, lorsque le peuple veut faire un effort
suprême pour résister à l'envahisseur, que réclame-t-il ? — Le
rationnement !
La mise au tas de toutes les denrées et la
distribution selon les besoins de chacun. La prise au tas de ce qui est
en abondance, le rationnement des objets qui peuvent manquer, c'est la
solution populaire. Elle se pratique chaque jour dans les campagnes.
Tant que les prés suffisent, — quelle est la Commune qui songe à en
limiter l'usage ? Lorsque le petit bois et les châtaignes abondent, —
quelle Commune refuse aux communiers d'en prendre ce qu'ils veulent ?
Et lorsque le gros bois commence à manquer, qu'est-ce que le paysan
introduit ? C'est le rationnement.
Prise au tas pour toutes les denrées qui
abondent. Rationnement pour tous les objets dont la production est
restreinte, et rationnement selon les besoins, donnant la préférence
aux enfants et aux vieillards, aux faibles en un mot.
Et le tout, — consommé non pas dans la marmite
sociale, mais chez soi, selon les goûts individuels, en compagnie de sa
famille et de ses amis. voilà l'idéal des masses dont nous nous sommes
fait les porte-voix.
Mais il ne suffit pas de dire «Communisme,
Expropriation !» Encore faut-il savoir à qui incomberait la
gérance du patrimoine commun, et c'est sur cette question que les
écoles socialistes se trouvent surtout divisées, les uns
voulant le Communisme autoritaire, et nous autres nous prononçant
franchement pour le Communisme anarchiste.
Pour juger les deux, revenons encore une fois
à notre point de départ, — la Révolution du siècle
passé.
En renversant la royauté, la Révolution
proclama la souveraineté du peuple. Mais par une inconséquence,
toute naturelle à cette époque, elle proclama, non pas la
souveraineté en permanence, mais la souveraineté intermittente,
s'exerçant à intervalles seulement, pour la nomination de
députés qui sont censés représenter le peuple.
Au fond, elle copia ses institutions sur le gouvernement représentatif
de l'Angleterre.
On noya la Révolution dans le sang, et
néanmoins, le gouvernement représentatif devint le mot d'ordre
en Europe. Toute l'Europe, sauf la Russie, l'a essayé, sous toutes
les formes possibles, depuis le gouvernement censitaire jusqu'au gouvernement
direct[e]
des petites républiques de l'Helvétie.
Mais, chose étrange, à mesure que
nous approchions du gouvernement représentatif idéal, nommé
par le suffrage universel complètement libre, nous en découvrions
les vices essentiels. Nous constations que ce mode de gouvernement pèche
par la base.
N'est-il pas absurde, en effet, de prendre au
sein de la population un certain nombre d'hommes et de leur confier le
soin de toutesles affaires publiques, en leur disant : «Occupez-vous
en, nous nous déchargeons sur vous de la besogne. A vous de faire
les lois sur tous les sujets : Armements et chiens enragés ; observatoires
et tuyaux de cheminées ; instruction et balayage des rues. Entendez-vous
comme vous le voudrez et légiférez, puisque vous êtes
les élus que le peuple a trouvé bons à tout faire.»
Je ne sais pas, citoyens, mais il me semble que
si on venait offrir à un homme sérieux un pareil poste, il
devrait tenir à peu près ce langage : «Citoyens, vous
me confiez une besogne qu'il m'est impossible d'accomplir. Je ne connais
pas la plupart des questions sur lesquelles je serai appelé à
légiférer. Ou bien j'agirai à l'aveuglette et vous
n'y gagner[ai]ez
rien, ou bien je m'adresserai à vous et provoquerai des réunions,
dans lesquelles vous-mêmes chercherez à vous mettre d'accord
sur la question, et alors mon rôle deviendra inutile. Si vous vous
êtes fait une opinion et si vous l'avez formulée ; si vous
tenez à vous entendre avec d'autres citoyens qui, eux aussi, se
sont fait une opinion sur ce sujet, alors vous pourrez tout simplement
entrer en échange d'idées avec vos voisins, et envoyer
un délégué qui pourra se mettre d'accord, avec d'autres
délégués sur cette question spéciale ; mais
vous réserverez certainement votre décision définitive.
Vous ne lui confierez pas le soin de vous faire des lois. C'est ainsi qu'agissent
déjà les savants, les industriels, chaque fois qu'ils ont
à s'entendre sur des questions d'ordre général.»
Mais ceci serait la négation du régime
représentatif, du gouvernement et de l'Etat. Et cependant c'est
l'idée qui germa partout, depuis que les vices du gouvernement représentatif,
mis à nu, sont devenus si criants.
Notre siècle est allé encore plus
loin. Il a mis en discussion les droits des Etats et de la société
par rapport à l'individu. On s'est demandé jusqu'à
quel point l'ingérence de l'Etat est nécessaire dans les
mille et mille fonctions d'une société.
Avons-nous besoin, en effet, d'un gouvernement
pour instruire nos enfants ? que le travailleur ait seulement le loisir
de s'instruire, — et vous verrez comme partout surgiront, de par la libre
initiative des parents, des personnes aimant la pédagogie, des milliers
de sociétés d'instruction, d'écoles de tout genre,
rivalisant entre elles pour la supériorité de l'enseignement.
Si nous n'étions pas écrasés d'impôts et exploités
par nos patrons comme nous le sommes, ne saurions-nous pas le faire infiniment
mieux nous-mêmes ? Les grands centres prendraient l'initiative du
progrès et prêcheraient d'exemple : et le progrès réalisé
— personne de vous n'en doute — serait incomparablement supérieur
à ce que nous parvenons à obtenir de nos ministères.
L'Etat est-il nécessaire même pour
défendre un territoire ? Si des brigands armés viennent attaquer
un peuple libre, ce peuple armé, bien outillé, n'est-il pas
le rempart le plus sûr à opposer aux agresseurs étrangers
? Les armées permanentes sont toujours battues par les envahisseurs,
et — l'histoire est là pour le dire — si on parvient à les
repousser, ce n'est jamais que par un soulèvement populaire.
Excellente machine pour protéger le monopole,
le gouvernement a-t-il su nous protéger contre les quelques individus
qui parmi nous seraient enclins à mal faire ? En créant la
misère, n'augmente-t-il pas le nombre de crimes, au lieu de les
diminuer ? En créant les prisons, où des populations entières
d'hommes et d'enfants viennent s'engouffrer pour en sortir infiniment pires
que le jour où ils y sont entrés, l'Etat n'entretient-il
pas, aux frais des contribuables, des pépinières de vices
?
En nous obligeant à nous décharger
sur d'autres du soin de nos affaires, ne crée-t-il pas le vice le
plus terrible des sociétés, — l'indifférence en matière
publique ?
Et d'autre part, si nous analysons tous les grands
progrès de notre siècle, — notre trafic international, nos
découvertes industrielles, nos voies de communication, — est-ce
que à l'Etat ou à l'initiative privée que nous les
devons ?
Voici le réseau de chemins de fer qui couvre
l'Europe. A Madrid, par exemple, vous prenez un billet direct pour Petersbourg.
Vous roulez sur des routes qui ont été construites par des
millions de travailleurs mis en mouvement par des vingtaines de compagnies
; des locomotives espagnoles, françaises, bavaroises, russes, viendront
s'atteler à votre wagon. Vous roulez sans perdre nulle part vingt
minutes, et les deux cents francs que vous avez payés à Madrid
se répartiront équitablement, à un sou près,
entre les compagnies qui ont contribué à votre voyage.
Eh bien, cette ligne de Madrid à Petersbourg
s'est construite par petits tronçons isolés qui ont été
reliés peu à peu. Les trains directs sont le résultat
d'une entente entre vingt compagnies différentes. Je sais qu'il
y a eu des froissements au début, que des compagnies, poussées
par un égoïsme mal compris, ne voulaient pas s'entendre avec
les autres. Mais je vous demande : Qu'est-ce qui valait mieux ? Subir ces
quelques froissements, ou bien attendre qu'un Bismarck, un Napoléon
ou un Tchinghiz Khan eût conquis l'Europe, tracé les lignes
au compas et ordonné la marche des trains ? Nous en serions encore
aux voyages en diligence.
Le réseau de vos chemins de fer est l'oeuvre
de l'esprit humain procédant du simple au composé, par les
efforts spontanés des intéressés ! et c'est ainsi
que se sont faites toutes les grandes entreprises de notre siècle.
Nous payons, il est vrai, trop cher les gérants de ces entreprises.
Raison excellente pour supprimer leurs rentes ; mais non pour confier la
gérance des chemins de fer de l'Europe à un gouvernement
européen.
Quels milliers d'exemples ne pourrait-on pas
citer à l'appui de cette même idée ! Prenez toutes
les grandes entreprises : le canal de Suez, la navigation transatlantique,
le télégraphe qui relie les deux Amériques. Prenez
enfin cette organisation du commerce qui fait qu'en vous levant vous êtes
sûrs de trouver le pain chez le boulanger — si vous avez de quoi
le payer, ce qui n'arrive pas toujours aujourd'hui, — la viande chez le
boucher et tout ce qu'il vous faut dans les magasins. Est-ce l'oeuvre de
l'Etat ? Certainement, aujourd'hui nous payons abominablement cher les
intermédiaires. Eh bien, raison de plus pour les supprimer ; mais
non pas de croire qu'il faille confier au gouvernement le soin de pourvoir
à notre nourrirure et à notre vêtement.
Mais, que dis-je ! Si nous suivons de près
le développement de l'esprit humain à notre époque,
ne sommes-nous pas frappés surtout, pour satisfaire la variété
infinie des besoins d'un homme de notre siècle : sociétés
pour l'étude, pour le commerce, pour l'agrément et le délassement
; par la multiplicité des sociétés qui se fondent
: les unes toutes petites, pour propager la langue universelle ou telle
méthode de sténographie, les autres, grandioses, comme celle
qui vient de se créer pour la défense des côtes d'Angleterre,
pour éviter les tribunaux, et ainsi de suite. Si on voulait cataloguer
les millions de sociétés qui existent en Europe, on ferait
des volumes, et on verrait qu'il n'y a pas une seule branche de l'activité
humaine qu'elles ne visent. L'Etat lui-même y fait appel dans son
attribution la plus importante — la guerre. Il a dit: «Nous nous
chargeons de massacrer, mais nous sommes incapables de songer à
nos victimes ; faites une société de la Croix-Rouge pour
les ramasser sur les champs de bataille et les soigner ! »
Eh bien, citoyennes et citoyens, que d'autres
préconisent la caserne industrielle et le couvent du Communisme
autoritaire, nous déclarons que la tendancedes sociétés
est dans une direction opposée. Nous voyons des millions et des
millions de groupes se constituant librement pour satisfaire à tous
les besoins variés des êtres humains, — groupes formés,
les uns, par quartier, par rue, par maison ; les autres se donnant la main
à travers les murailles des cités, les frontières,
les océans. Tous composés d'êtres humains qui se recherchent
librement et après s'être acquittés de leur travail
de producteur, s'associent, soit pour consommer, soit pour produire les
objets de luxe, soit pour faire marcher la science dans une direction nouvelle.
C'est là tendance du XIXè siècle,
et nous la suivons ; nous ne demandons qu'à la développer
librement, sans entraves de la part des gouvernements.
Liberté à l'individu ! «Prenez
des cailloux, disait Fourier, mettez-les dans une boîte et secouez-les
; ils s'arrangeront d'eux-mêmes en une mosaïque que jamais vous
ne parviendriez à faire si vous confiiez à quelqu'un le soin
de les disposer harmonieusement.»
III
Maintenant, citoyennes et citoyens, laissez-moi passer à
la troisième partie de mon sujet, — la plus importante au point
de vue de l'avenir.
Il n'y a pas à en douter : les religions s'en vont. Le XIXè
siècle leur a porté un coup de grâce. Mais les religions,
toutes les religions, ont une double composition. Elles contiennent d'abord
une cosmogonie primitive, une explication grossière de la nature
; et elles contiennent ensuite un exposé de la morale populaire,
née et développée au sein de la masse du peuple.
En jetant par dessus bord les religions, en reléguant dans les
archives à titre de curiosité historique, leurs cosmogonies,
allons-nous aussi reléguer dans les musées les principes
de morale qu'elle contiennent ?
On l'a fait, et nous avons vu toute une génération déclarer
que, ne croyant plus aux religions, elle se moquait aussi de la morale
et proclamait hautement le «Chacun pour soi» de l'égoïsme
bourgeois.
Mais, une société, humaine ou animale, ne peut pas exister
sans qu'il s'élabore dans son sein certaines règles et certaines
habitudes de morale. La religion peut passer, la morale reste.
Si nous arrivions à considérer que chacun fait bien de
mentir, de tromper ses voisins, de les dépouiller s'il le peut (c'est
la morale de la bourgeoisie dans ses rapports économiques), nous
arriverions à ne plus pouvoir vivre ensemble. Vous m'assurez de
votre amitié, — mais ce n'est peut-être que pour mieux me
voler. Vous me promettez de faire telle chose, — et c'est encore pour me
tromper. Vous vous promettez de transmettre une lettre, et vous me la volez,
comme un simple directeur de prison !
Dans ces conditions, la société devient impossible, et
tout le monde le sent si bien que la négation des religions n'empêche
nullement la morale publique de se maintenir, de se développer,
de se poser un but de plus en plus élevé.
Ce fait est si frappant que les philosophes cherchent à l'expliquer
par les principes d'utilitarisme ; et récemment Spencer cherchait
à baser cette moralité qui existe parmi nous sur les causes
physiologiques et les besoins de conservation de la race.
Quant à nous, pour mieux dire ce que nous en pensons, permettez-moi
de l'expliquer par un exemple :
Voilà un enfant qui se noie, et quatre hommes sur le rivage qui
le voient se débattre dans les flots. L'un d'eux ne bouge pas —
c'est un partisan de «Chacun pour soi» de la bourgeoisie commerçante,
c'est une brute, — n'en parlons pas !
Un autre fait cette réflexion : «Si je sauve l'enfant,
un bon rapport en sera fait à qui de droit dans les cieux, et le
Créateur me récompensera en doublant mes troupeaux et mes
serfs.» — Et il se jette à l'eau. — Est-ce un homme moral
? Evidemment non ! C'est un bon calculateur, voilà tout.
Un troisième — l'utilitaire — réfléchit ainsi (
ou du moins les philosophes utilitaires le font ainsi raisonner): «Les
jouissances peuvent être classées en deux catégories
: les jouissances inférieures et les jouissances supérieures.
Sauver quelqu'un, c'est une jouissance supérieure, infiniment plus
intense et durable que toutes les autres ; — donc, sauvons l'enfant !»
En admettant que jamais homme ait raisonné ainsi, cet homme ne serait-il
pas un terrible égoïste ? et puis, serions-nous jamais sûrs
qu'à un moment donné son cerveau de sophiste ne fasse pencher
sa volonté du côté des jouissances inférieures,
c'est-à-dire du laisser-faire ?
Et voici enfin le quatrième. Dès son enfance, il a été
élevé à se sentir unavec tout le reste de l'humanité.
Dès l'enfance, il a toujours pensé que les hommes sont solidaires.
Il s'est habitué à souffrir quand d'autres souffrent à
côté de lui et à se sentir heureux quand tout le monde
est heureux ! Dès qu'il a entendu le cri déchirant de la
mère, il a sauté à l'eau sans réfléchir,
par instinct, pour sauver l'enfant. Et lorsque la mère le remercie,
il lui répond : «Mais de quoi donc, chère dame ! je
suis si heureux de vous voir heureuse. J'ai agi tout naturellement, je
ne pouvais faire autrement ! »
Vos regards me le disent, citoyennes, — voilà l'homme vraiment
moral, et les autres ne sont que des égoïstes à côté
de lui.
Eh bien, citoyens, toute la morale anarchiste est là. C'est la
morale du peuple qui ne cherche pas midi à quatorze heures. Morale
sans obligation ni sanction, morale par habitude. Créons les circonstances
dans lesquelles l'homme ne soit pas porté à mentir, à
tromper, à exploiter les autres ; et le niveau moral de l'humanité,
de par la force même des choses, s'élèvera à
une hauteur inconnue juqu'à présent.
Ah, certes, ce n'est pas en enseignant un catéchisme de morale
qu'on moralise les hommes. Ce ne sont pas les tribunaux et les prisons
qui diminuent le vice ; ils le déversent à flots dans la
société. Mais c'est en les mettant dans une situation qui
contribue à développer les habitudes sociales et à
atténuer celles qui ne le sont pas.
Voilà l'unique moyen de moraliser les hommes.
Morale passée à l'état de spontanéité,
— voilà la vraie morale, la seule qui reste toujours, pendant que
les religions et les systèmes philosophiques passent.
Maintenant, citoyennes et citoyens, combinez
ces trois éléments, et vous aurez l'Anarchie et sa place
dans l'évolution socialiste :
Affranchissement du producteur du joug du capital.
Production en commun et consommation libre de tous les produits du travail
en commun.
Affranchissement du joug gouvernemental. Libre
développement des individus dans les groupes et des groupes dans
les fédérations. Organisation libre du simple au composé,
selon les besoins et les tendances mutuelles.
Affranchissement de la morale religieuse. Morale
libre, sans obligation ni sanction, se développant de la vie même
des sociétés et passée à l'état d'habitude.
Ce n'est pas un rêve de penseurs de cabinet.
C'est une déduction qui résulte de l'analyse des tendancesdes
sociétés modernes. Le Communisme anarchiste, c'est la synthèse
des deux tendances fondamentales de nos sociétés : tendance
vers l'égalité economique, tendance vers la liberté
politique.
Tant que le Communisme se présentait sous
sa forme autoritaire, qui implique nécessairement un gouvernement
armé d'un pouvoir autrement grand que celui qu'il possède
aujourd'hui, puisqu'il implique le pouvoir économique en plus du
pouvoir politique, — le Communisme ne trouvait pas d'écho. Il a
pu passionner un moment le travailleur d'avant 1848 prêt à
subir n'importe quel gouvernement tout-puissant pourvu qu'il le fît
sortir de la situation terrible qui lui était faite. Mais il laissait
froids les vrais amis de la liberté. Aujourd'hui, l'éducation
en matière politique a fait un si grand progrès que le gouvernement
représentatif, qu'il soit limité à la Commune ou étendu
à toute la nation, ne passionne plus les ouvriers des villes.
Le Communisme anarchiste maintient cette conquête,
la plus précieuse de toutes — la liberté de l'individu. Il
l'étend davantage et lui donne une base solide, — la liberté
économique, snas laquelle la liberté politique reste illusoire.
Il ne demande pas à l'individu, après
avoir immolé le dieu-maître de l'univers, le dieu-César
et le dieu-Parlement, de s'en donner un plus terrible que les précédents,
— le dieu-Communauté, d'abdiquer sur son autel son indépendance,
sa volonté, ses goûts et de faire le voeu d'ascétisme
qu'il faisait jadis devant le dieu crucifié.
Il lui dit, au contraire : «Point de société
libre, tant que l'individu ne l'est pas ! Ne cherche pas à modifier
la société en lui imposant une autorité qui nivellerait
tout. Tu échoueras dans cette entreprise comme le Pape et César.
— Mais modifie la société en sorte que tes semblables ne
soient pas forcément tes ennemis. Abolis les conditions qui permettent
à quelques-uns de s'accaparer le fruit du labeur des autres. Et,
au lieu de chercher à bâtir la société de haut
en bas, du centre à la périphérie, laisse-la se développer
librement du simple au composé, par la libre union des groupes libres.
« Cette marche, gênée aujourd'hui,
c'est la vraie marche de la société. Ne cherche pas à
l'entraver, ne tourne pas le dos au progrès, marche avec lui ! —
Alors le sentiment de sociabilité commun aux êtres humains,
comme il l'est à tous les animaux vivant en société,
pouvant se développer librement lorsque nos semblables cesseront
d'être nos ennemis, — nous arriverons à un état de
choses où chacun pourra donner libre essor à ses penchants,
voire même à ses passions, sans autre contrainte que l'amour
et le respect de ceux qui l'entourent.»
Voilà notre idéal. C'est l'idéal
caché dans les coeurs des peuples, de tous les peuples.
Nous savons que nous n'arriverons pas à
cet idéal sans de fortes secousses.
La fin de ce siècle nous prépare
une formidable révolution. Qu'elle parte de la France, de l'Allemagne,
de l'Espagne ou de la Russie, elle sera européenne. Elle se répandra
avec cette même rapidité que celle de nos aînés,
les héros de 1848-;
elle embrasera l'Europe.
Elle ne se fera pas au nom d'un simple changement
de gouvernement. Elle aura un caractère social. Il y aura des commencements
d'expropriation, des exploiteurs seront chassés. Que vous le vouliez
ou non, — cela se fera, indépendamment de la volonté des
individus,
et, si l'on touche à la propriété privée on
sera forcé d'en arriver au Communisme ; il s'imposera. Mais le Communisme
ne peut être ni autoritaire, ni parlementaire. Il sera anarchiste,
ou il ne sera pas. La masse populaire ne veut plus se fier à aucun
sauveur : elle cherchera à s'organiser elle-même.
Ce n'est pas parce que nous imaginons les hommes
meilleurs qu'ils ne sont, que nous parlons Communisme et Anarchie. S'il
y avait des anges parmi nous, nous pourrions leur confier le soin de nous
organiser. Et encore les cornes leur pousseraient bien vite ! Mais c'est
précisément parce que nous prenons les hommes tels qu'ils
sont, que nous concluons: «Ne leur confiez pas le soin de vous gouverner.
Tel ministre abject serait peut-être un excellent homme si on ne
lui avait pas donné le pouvoir. L'unique moyen d'arriver à
l'harmonie des intérêts, c'est la société sans
exploiteurs, sans gouvernants.» Précisément parce qu'il
n'y a pas d'anges parmi les hommes, nous disons : Faites en sorte que chaque
homme voit son intérêt dans les intérêts des
autres, alors vous n'aurez plus à craindre ses mauvaises passions.
Le Communisme anarchiste étant le résultat
inévitable des tendances actuelles, c'est vers cet idéal
que nous devons marcher, au lieu de dire : «Oui, l'Anarchie est un
excellent idéal», et ensuite de lui tourner le dos.
Et si la prochaine révolution ne parvenait
pas à réaliser cet idéal entier, — tout ce qui sera
fait dans la direction de l'idéal restera ; tout ce qui sera fait
en sens contraire sera condamné à disparaître un jour
ou l'autre.
Règle générale. — une révolution
populaire peut être vaincue, mais c'est elle qui donne le mot d'ordre
du siècle d'évolution qui lui succède. La France expire
sous le talon des alliés en 1815, et c'est la France qui impose
à l'Europe l'abolition du servage, le régime représentatif.
Le suffrage universel est noyé dans le sang, et c'est le suffrage
universel qui devient le mot d'ordre du siècle.
La commune expire en 1871 dans les mitraillades,
et c'est la Commune libre qui est aujourd'hui le mot d'ordre en France.
Et si le Commnuisme anarchiste est vaincu dans
la prochaine révolution, après s'être affirmé
au grand jour, non-seulement il en restera l'abolition de la p[r]opriété
privée ; non-seulement le travailleur aura conquis sa vraie place
dans la société, non-seulement l'aristocratie foncière
et industrielle aura reçu un coup mortel ; mais ce sera le Communisme
anarchiste qui deviendra le point de mire de l'évolution du vingtième
siècle.
Il résume ce que l'humanité a élaboré
de plus beau, de plus durable : le sentiment de la justice, celui de la
liberté, la solidarité devenue un besoin pour l'homme. Il
garantit la liberté d'évolution de l'individu et de la société.
Il triomphera.
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