Un journal purement révolutionnaire  
     Accueil    Download    Soumettre un article
  Se connecter 4 visiteur(s) et 0 membre(s) en ligne.


  Post� le lundi 14 novembre 2005 @ 16:51:00 by AnarchOi
Contributed by: AnarchOi
Révolution(-naires)Publications des �Temps Nouveaux� � N� 66 - 1913

Tr�s souvent nous entendons dire, par les anarchistes eux-m�mes, que l'Anarchie est un id�al tr�s �loign� ; qu'elle n'a pas de chance de se r�aliser d'ici � bient�t ; que tr�s probablement la prochaine r�volution sera collectiviste, et que nous devrons passer par un Etat Ouvrier, avant d'arriver � une soci�t� communiste, sans gouvernement.

Ce raisonnement nous semble absolument erron�. Il contient une erreur d'appr�ciation fondamentale, concernant la marche de l'histoire en g�n�ral et le r�le de l'id�al dans l'histoire.

L'individu peut �tre guid� dans ses actes, par un seul id�al. Mais une soci�t� consiste de millions d'individus, ayant chacun son id�al, plus ou moins conscient et arr�t� ; si bien qu'� un moment donn� on trouve dans la soci�t� les conceptions les plus vari�es � celle du r�actionnaire, du catholique, du monarchiste, de l'admirateur du servage, du bourgeois �libre contrat�, du socialiste, de l'anarchiste. Cependant, aucunede ces conceptions ne se r�alisera en son entier, pr�cis�ment � cause de la vari�t� des conceptions existant � un moment donn�, et des nouvelles conceptions qui surgissent, bien avant qu'aucune des anciennes ait atteint sa r�alisation dans la vie.

Chaque pas en avant de la soci�t� est une r�sultante de tous les courants d'id�es qui existent � un moment donn�. Et affirmer que la soci�t� r�alisera d'abord tel id�al, puis tel autre, c'est se m�prendre sur la marche enti�re de l'histoire. Le progr�s accompli porte toujours le cachet de toutes les conceptions qui existent dans la soci�t�, en proportion de l'�nergie de pens�e et surtout d'action de chaque parti. C'est pourquoi la soci�t� qui r�sultera de la R�volution ne sera ni une soci�t� catholique, ni une soci�t� bourgeoise (trop de forces et toute l'histoire de l'humanit� travaillant � d�molir ces deux esp�ces de soci�t�s), ni un Etat Ouvrier, par cela m�me qu'il existe un courant anarchiste d'id�es et des anarchistes, assez puissants, et comme force d'action, et comme force d'initiative.

Voyez, en effet, l'histoire. Les R�publicains de 1793 pass� r�vaient une R�publique construite sur le mod�le des r�publiques de l'antiquit�. Ils r�vaient une r�publique universelle, et pour faire triompher cette Rome ou cette Sparte nouvelle en France, ils se faisaient tuer dans les neiges des Alpes, sur les plaines de la Belgique, de l'Italie et de l'Allemagne.

Ont-ils r�alis� cette R�publique ? � Non ! non seulement l'ancien r�gime, pesant sur eux de tout son poids, les a tir� en arri�re. Mais des id�es nouvelles ont pouss� la soci�t� en avant. Et lorsque leur r�ve de la R�publique universelle se r�alisera un jour, cette R�publique sera plus socialisteque tout ce qu'ils avaient os� r�ver, et plus anarchisteque tout ce qu'un Diderot avait os� concevoir dans ses �crits. Elle ne sera plus R�publique : elle sera une union de peuples plus ou moins anarchistes.

Pourquoi ? � Mais parce que bien avant que les r�publicains eussent atteint leur id�al de r�publique �galitaire (de citoyens �gauxdevant la loi, libreset li�s par des liens de fraternit�), , de nouvelles conceptions, presque imperceptibles avant 1789, ont surgi et grandi. Parce que cet id�al m�me de libert�, d'�galit� et de fraternit� est irr�alisable tant qu'il y a une servitude �conomique et mis�re, tant qu'il y aura des R�publiques � des Etats � forc�ment pouss�s aux rivalit�s, aux divisions � l'ext�rieur et � l'int�rieur.

Parce que l'id�al des r�publicains de 1793 n'�tait qu'une faible partie de l'id�al d'Egalit� et de Libert� qui repara�t aujourd'hui sous le nom d'Anarchie.

Leur id�al �tait un communisme chr�tien, gouvern� par une hi�rarchie �lue d'anciens et de savants. Cet id�al eut un retentissement immense. Mais ce communisme ne s'est pas r�alis� � et ne se r�alisera plus jamais. L'id�al �tait faux, incomplet, surann�. Et lorsque le communisme commencera � se d�velopper lors de la r�volution prochaine, Il ne sera plus ni chr�tien, ni �tatiste. Il sera tout au moins un communisme libertaire, bas� � non plus sur l'�vangile, non plus sur la soumission hi�rarchique, mais sur la compr�hension des besoins de libert� de l'individu. Il sera plus ou moins anarchiste, pour cette simple raison qu'� l'�poque o� le courant d'id�es exprim� par Louis Blanc travaillait � cr�er un �tat jacobin avec tendances socialistes � de nouveaux courants d'id�es, anarchistes, surgissaient d�j� � les courants dont Godwin, Proudhon, Bakounine, Coeurderoy et m�me Max Stirner furent les porte-paroles.

Et il en sera de m�me pour l'id�al de l'Etat Ouvrier des social-d�mocrates. Cet id�al ne peut plus se r�aliser : il est d�j� d�pass�.

Cet id�al est n� du jacobinisme. Il a h�rit� des jacobins sa confiance en un principe gouvernemental. Il croit encore au gouvernement repr�sentatif. Il croit encore � la centralisation des diff�rentes fonctions de la vie humaine entre les mains d'un gouvernement.

Mais bien avant que cet id�al se f�t rapproch� tant soit peu de sa r�alisation pratique, une conception de la soci�t� � la conception anarchiste � se pr�sentait, s'annon�ait, se d�veloppait. Une conception qui r�sume une m�fiance populaire des gouvernements, qui r�veille l'initiative individuelle et proclame ce principe, devenu de plus en plus �vident : �Pas de soci�t� libre sans individus libres�, et cet autre principe, proclam� par tout notre si�cle : �Libre entente temporaire, comme base de toute organisation, de tout groupement.�

Et quelle que soit la soci�t� qui surgira de la R�volution europ�enne, elle ne sera plus r�publicaine dans le sens de 1793, elle ne sera plus communiste dans le sens de 1848, et elle ne sera plus Etat Ouvrier dans le sens de la d�mocratie sociale.

Le nombre d'anarchistes va toujours en croissant. Et d�s aujourd'hui m�me la social-d�mocratie se voit oblig�e de compter avec eux. La diffusion des id�es anarchistes se fait non seulement par l'action des anarchistes, mais � qui plus est � ind�pendamment de notre action. T�moins � la philosophie anarchiste de Guyau, la philosophie de l'histoire de Tolsto�, et les id�es anarchistes que nous rencontrons chaque jour dans la litt�rature et dont le Suppl�mentde La R�colteet des Temps Nouveauxest un t�moignage vivant.

Enfin, l'action de la conception anarchiste sur l'id�al de la social-d�mocratie est �vidente ; et cette action ne d�pend qu'en partie de notre propagande : elle r�sulte surtout des tendances anarchistes qui se font jour dans la soci�t� et dont nous ne sommes que les porte-paroles.

Qu'on se souvienne seulement de l'id�al centralisateur, rigidement jacobin, des social-d�mocrates avant la Commune de Paris. A cette �poque, c'�taient les anarchistes qui devaient parler de la possibilit� de la Commune ind�pendante, de la communalisation de la richesse, de l'ind�pendance du m�tier, internationalement organis�. Eh bien, ces points sont aujourd'hui acquis pour les social-d�mocrates m�mes. Aujourd'hui la communalisation des instruments de production � non la nationalisation � est chose reconnue, et l'on voit jusqu'� des hommes politiques discuter s�rieusement de la question des docks de Londres municipalis�s. �Les services publics�, cette autre id�e, pour laquelle les anarchistes eurent autrefois � soutenir tant de combats contre les jacobins centralisateurs dans les Congr�s de l'Internationale, � aujourd'hui elle fait la p�leur des possibilistes.

Ou bien, prenez encore la gr�ve g�n�rale, pour laquelle on nous traite de fous, et l'anti-militarisme qui nous faisait traiter de criminels par les r�volutionnaires de la d�mocratie sociale !...

Ce qui est aujourd'hui pour nous de l'histoire ancienne, et qui n'�voque plus en nous qu'un sourire r�veur, comme une vieille fleur fan�e, retrouv�e dans un vieux livre, � fait les frais des programmes actuels de la social-d�mocratie, Si bien que l'on peut dire sans exag�ration que toutle progr�s d'id�es accompli depuis vingt ans par la social-d�mocratie n'a �t� que de recueillir les id�es que l'anarchie laissait tomber ur son chemin, � mesure qu'elle se d�veloppait toujours. Relisez seulement les rapports jurassiens sur les services publics, les Id�es sur l'organisation sociale, etc., pour lesquels les doctes savants du socialisme traitaient les �bakounistes� de fous enrag�s. C'est � ces sources que la social-d�mocratie boit � ce moment.

Ainsi l'Anarchie a d�j� modifi� l'id�al des social-d�mocrates. Elle le modifie chaque jour. Elle le modifiera encore durant la R�volution. Et, quoi qu'il sorte de la R�volution � ce ne sera plus l'Etat Ouvrier des collectivistes. Ce sera autre chose � une r�sultante de nos efforts, combin�s avec ceux de tous les socialistes.

Et cette r�sultante sera d'autant plus anarchiste que les anarchistes d�velopperont plus d'�nergie � plus de force vive, comme on dit en m�canique � dans leurdirection. Plus ils mettront d'�nergie individuelle et collective, c�r�brale et musculaire, de volont� et de d�vouement, au service de leurid�al pur et simple ; moins ils chercheront de compromis, [puis] [plus ?] ils affirmeront nettement par la parole et par leurs vie l'id�al communiste et l'id�al anarchiste pur et simple, � d'autant plus la r�sultante penchera de leur c�t�, vers le Communisme, vers l'Anarchie.




Liens Relatifs




Temps : 0.042 seconde(s)