
Camarades
Il y a deux façons d'étudier et de tenter de résoudre le problème de
l'inexistence de Dieu.
La première consiste à éliminer l'hypothèse Dieu du champ des
conjectures plausibles ou nécessaires par une explication claire et
précise par l'exposé d'un système positif de l'Univers, de ses
origines, de ses développements successifs, de ses fins.
Cet exposé rendrait inutile l'idée de Dieu et détruirait par avance
tout l'échafaudage métaphysique sur lequel les philosophes
spiritualistes et les théologiens la font reposer.
Or, dans l'état actuel des connaissances humaines, si l'on s'en tient,
comme il sied, à ce qui est démontré ou démontrable, vérifié ou
vérifiable, cette explication manque, ce système positif de l'Univers
fait défaut. Il existe, certes, des hypothèses ingénieuses et qui ne
choquent nullement la raison ; il existe des systèmes plus ou moins
vraisemblables, qui s'appuient sur une foule de constatations et
puisent dans la multiplicité des observations sur lesquelles ils sont
édifiés un caractère de probabilité qui impressionne ; aussi peut-on
hardiment soutenir que ces systèmes et ces suppositions supportent
avantageusement d'être confrontés avec les affirmations des déistes ;
mais, en vérité, il n'y a, sur ce point, que des thèses ne possédant
pas encore la valeur des certitudes scientifiques et, chacun restant
libre, somme toute, d'accorder la préférence à tel système ou à tel
autre qui lui est opposé, la solution du problème ainsi envisagée,
apparaît, présentement du moins, comme devant être réservée.
Les adeptes de toutes les religions saisissent si sûrement l'avantage
que leur confère l'étude du problème ainsi posé, qu'ils tentent tous et
constamment, de ramener celui-ci à ladite position ; et si, même sur ce
terrain, le seul sur lequel ils puissent faire encore bonne contenance,
ils ne sortent pas de la rencontre - tant s'en faut - avec les honneurs
de la bataille, il leur est toutefois possible de perpétuer le doute
dans l'esprit de leurs coreligionnaires et c'est pour eux, le point
capital.
Dans ce corps à corps où les deux thèses opposées s'empoignent et
s'efforcent à se terrasser, les déistes reçoivent de rudes coups ; mais
ils en portent aussi ; bien ou mal, ils se défendent et, l'issue de ce
duel demeurant, aux yeux de la foule, incertaine, les croyants, même
quand ils ont été mis en posture de vaincus, peuvent crier victoire.
Ils ne se privent pas de le faire avec cette impudence qui est la
marque des journaux à leur dévotion ; et cette comédie réussit à
maintenir, sous la houlette du pasteur, l'immense majorité du troupeau.
C'est tout ce que désirent ces mauvais bergers.
Le problème posé en termes précis
Toutefois, camarades, il y a une seconde façon d'étudier et de tenter de résoudre le problème de l'inexistence de Dieu.
Celle-là consiste à examiner l'existence du Dieu que les religions proposent à notre adoration.
Se trouve-t-il un homme sensé et réfléchi, pouvant admettre qu'il
existe, ce Dieu dont on nous dit, comme s'il n'était enveloppé d'aucun
mystère, comme si l'on n'ignorait rien de lui, comme si on avait
pénétré toute sa pensée, comme si on avait reçu toutes ces confidences
: Il a fait ceci, il a fait cela, et encore ceci, et encore cela. Il a
dit ceci, il a dit cela, et encore cela. Il a agi et parlé dans un tel
but et pour telle autre raison. Il veut telle chose, mais il défend
telle autre chose ; il récompensera telles actions et il punira telles
autres. Et il a fait ceci et il veut cela, parce qu'il est infiniment
sage, infiniment juste, infiniment puissant, infiniment bon ?
A la bonne heure ! Voilà un Dieu qui se fait connaître ! Il quitte
l'empire de l'inaccessible, dissipe les nues qui l'environnent, descend
des sommets, converse avec les mortels, leur confie sa pensée, leur
révèle sa volonté et donne mission à quelques privilégiés de répandre
sa Doctrine, de propager sa Loi et, pour tout dire, de le représenter
ici-bas, avec pleins pouvoirs de lier et de délier, au ciel et sur la
terre !
Ce Dieu, ce n'est pas le Dieu Force, Intelligence, volonté, Energie,
qui, comme tout ce qui est Energie, Volonté, Intelligence, Force, peut
être tour à tour, selon les circonstances et par conséquent
indifféremment, bon ou mauvais, utile ou nuisible, juste ou inique,
miséricordieux ou cruel ; ce Dieu, c'est le Dieu en qui tout est
perfection et dont l'existence n'est et ne peut être compatible,
puisqu'il est parfaitement juste, sage, puissant, bon, miséricordieux,
qu'avec un état de choses dont il serait l'auteur et par lequel
s'affirmerait son infinie Justice, son infinie Sagesse, son infinie
Puissance, son infinie bonté et son infinie Miséricorde.
Ce Dieu, vous le reconnaissez ; c'est celui qu'on enseigne, par le
catéchisme, aux enfants ; c'est le Dieu vivant et personnel, celui à
qui on élève des temples, vers qui monte la prière, en l'honneur de qui
on accomplit des sacrifices et que prétendent représenter sur la terre
tous les clergés, toutes les castes sacerdotales.
Ce n'est pas cet "Inconnu" cette Force énigmatique, cette Puissance
impénétrable, cette Intelligence incompréhensible, cette Energie
incognoscible, ce Principe mystérieux : hypothèse à laquelle, dans
l'impuissance où il est encore d'expliquer le comment et le pourquoi
des choses, l'esprit de l'homme se plaît à recourir ; ce n'est pas le
Dieu spéculatif des métaphysiciens, c'est le Dieu que ses représentants
nous ont abondamment décrit, lumineusement détaillé.
C'est, je le répète, le Dieu des Religions, et, puisque nous sommes en
France, le Dieu de cette Religion qui, depuis quinze siècles, domine
notre histoire : la religion chrétienne.
C'est ce Dieu-là que je nie, et c'est celui-là seulement que je veux
discuter et qu'il convient d'étudier, si nous voulons tirer de cette
conférence un profit positif, un résultat pratique.
Ce Dieu quel est-il ?
Puisque ses chargés d'affaires ici-bas ont eu l'amabilité de nous le
dépeindre avec un grand luxe de détails, mettons à profit cette
gracieuseté de ses fondés de pouvoirs ; examinons-le de près ;
passons-le à la loupe : pour le bien discuter, il faut le bien
connaître.
Ce Dieu, c'est lui qui, d'un geste puissant et fécond, a fait toutes
choses de rien, celui qui a appelé le néant à l'être, qui a, par sa
seule volonté, substitué le mouvement à l'inertie, la vie universelle à
la mort universelle : il est Créateur !
Ce Dieu, c'est celui qui, ce geste de création accompli, bien loin de
rentrer dans sa séculaire inaction et de rester indifférent à la chose
créée, s'occupe de son œuvre, s'y intéresse, intervient quand il le
juge à propos, la gère, l'administre, la gouverne : il est Gouverneur
ou Providence.
Ce Dieu, c'est celui qui, Tribunal Suprême, fait comparaître chacun de
nous après sa mort, le juge selon les actes de sa vie, établit la
balance de ses bonnes et de ses mauvaises actions et prononce, en
dernier ressort, sans appel, le jugement qui fera de lui, pour tous les
siècles à venir, le plus heureux ou le plus malheureux des êtres : il
est Justicier ou Magistrat.
Il va de soi que ce Dieu possède tous les attributs et qu'il ne les
possède pas seulement à un degré exceptionnel ; il les possède tous à
un degré infini.
Ainsi, il n'est pas seulement juste : il est la Justice infinie ; il
n'est pas seulement bon : il est la Bonté infinie ; il n'est pas
seulement miséricordieux : il est la Miséricorde infinie ; il n'est pas
seulement puissant : il est la Puissance infinie ; il n'est pas
seulement savant : il est la Science infinie.
Encore une fois, tel est le Dieu que je nie et dont, par douze preuves
différentes (à la rigueur, une seule suffirait), je vais démontrer
l'impossibilité.
Division du Sujet
Voici l'ordre dans lequel je vous présenterai mes arguments. Ceux-ci
formeront trois groupes : le premier de ces groupes visera plus
particulièrement le Dieu-Créateur ; il comprendra six arguments ; le
deuxième de ces groupes concernera plus spécialement le Dieu-Gouverneur
ou Providence ; il embrassera quatre arguments ; enfin, le troisième et
dernier de ces groupes s'attachera au Dieu-Justicier ou Magistrat ; il
comportera deux arguments.
Donc : six arguments contre le Dieu-Créateur ; quatre arguments contre
le Dieu-Gouverneur ; deux arguments contre le Dieu-Justicier. Cela fera
bien douze preuves de l'inexistence de Dieu.
Le plan de ma démonstration vous étant connu, vous pourrez plus aisément et mieux en suivre le développement.
PREMIERE S�RIE D'ARGUMENTS
PREMIER ARGUMENT
Le Geste créateur est inadmissible
Qu'entend-on par créer ?
Qu'est-ce que créer ?
Est-ce prendre des matériaux épars, séparés, mais existants, puis,
utilisant certains principes expérimentés, appliquant certaines règles
connues, rapprocher, grouper, sérier, associer, ajuster ces matériaux,
afin d'en faire quelque chose ?
Non ! Cela n'est pas créer. Exemples : Peut-on dire d'une maison
qu'elle a été créée ? - Non ! Elle a été construite. Peut-on dire d'un
meuble qu'il a été créé ? - Non ! Il a été fabriqué. Peut-on dire d'un
livre qu'il a été créé ? - Non ! Il a été composé, imprimé.
Donc, prendre des matériaux existants et en faire quelque chose ce
n'est pas créer.
Qu'est-ce donc que créer ?
Créer... je suis, ma foi, fort embarrassé d'expliquer l'inexplicable,
de définir l'indéfinissable ; je vais, néanmoins, tenter de me faire
comprendre.
Créer, c'est tirer quelque chose de rien ; c'est avec rien du tout faire quelque chose ; c'est appeler le néant à l'être.
Or, j'imagine qu'il ne se trouve pas une seule personne douée de raison
qui puisse concevoir et admettre que de rien on puisse tirer quelque
chose, qu'avec rien il soit possible de faire quelque chose.
Supposez un mathématicien ; choisissez le calculateur le plus émérite,
placez derrière lui un gigantesque tableau noir ; priez-le de tracer
sur ce tableau noir des zéros et des zéros ; il aura beau totaliser,
multiplier, se livrer à toutes les opérations de la mathématique, il ne
parviendra jamais à extraire de l'accumulation de ces zéros une seule
unité.
Avec rien, on ne fait rien ; avec rien on ne peut rien faire et le
fameux aphorisme de Lucrèce ex nihilo nihil reste l'expression d'une
certitude et d'une évidence manifeste.
Le geste créateur est un geste impossible à admettre et une absurdité.
Créer, c'est donc une expression mystique, religieuse, pouvant posséder
quelque valeur aux yeux des personnes à qui il plaît de croire ce
qu'elles ne comprennent pas et à qui la foi s'impose d'autant plus
qu'elles comprennent moins ; mais créer est une expression vide de sens
pour tout homme avisé, attentif, aux yeux de qui les mots n'ont de
valeur que dans la mesure dans laquelle ils représentent une réalité ou
une possibilité.
En conséquence, l'hypothèse d'un Être véritablement créateur est une hypothèse que la raison repousse.
L'Être créateur n'existe pas, ne peut pas exister.
DEUXIÈME ARGUMENT
Le "pur Esprit" ne peut avoir déterminé l'Univers
Aux croyants qui, en dépit de toute raison, persistent à admettre la
possibilité de la création, je dirai qu'il est, en tous les cas,
impossible d'attribuer cette création à leur Dieu.
Leur Dieu est pur Esprit. Et je dis que le pur Esprit : l'Immatériel ne
peut avoir déterminé l'Univers : le Matériel. Voici pourquoi :
Le pur Esprit n'est pas séparé de l'Univers par une différence de
degré, de quantité, mais par une différence de nature, de qualité.
En sorte que le pur Esprit n'est et ne peut pas plus être une
amplification de l'Univers que l'Univers n'est et en peut être une
réduction du pur Esprit. La différence ici n'est pas seulement une
distinction, mais une opposition, opposition de nature : essentielle,
fondamentale, irréductible, absolue.
Entre le pur Esprit et l'Univers, il n'y a pas seulement un fossé plus
ou moins large et profond qu'il serait, à la rigueur, possible de
combler ou de franchir ; il y a un véritable abîme, dont telles sont la
profondeur et l'étendue que, quel que soit l'effort tenté, rien
personne ne saurait combler ni franchir cet abîme.
Et je mets le philosophe le plus subtil comme le mathématicien le plus
consommé au défi de jeter un pont, c'est-à-dire d'établir un rapport
-quel qu'il soit - (et à plus forte raison un rapport aussi direct et
aussi étroit que celui qui relie la cause à l'effet) entre le pur
Esprit et l'Univers.
Le pur Esprit ne supporte aucun alliage matériel ; il ne comporte ni
forme, ni corps, ni ligne, ni matière, ni proportion, ni étendue, ni
durée, ni profondeur, ni surface, ni volume, ni couleur, ni son, ni
densité.
Or, dans l'Univers, tout, au contraire est forme, corps, ligne,
matière, proportion, étendue, durée, profondeur, surface, volume,
couleur, son, densité.
Comment admettre que cela a été déterminé par ceci ?
C'est impossible.
Arrivé à ce point de ma démonstration, je campe solidement sur les deux arguments qui précèdent, la conclusion suivante :
Nous avons vu que l'hypothèse d'une Puissance véritablement créatrice
est inadmissible ; nous avons vu, en second lieu, que, même si l'on
persiste à croire en cette Puissance, on ne saurait admettre que
l'Univers essentiellement matériel ait été déterminé par le pur Esprit
essentiellement immatériel ;
Si, néanmoins, vous vous obstinez, croyants, à affirmer que c'est votre
Dieu qui a créé l'Univers, le moment est venu de nous demander où, dans
l'hypothèse Dieu, se trouvait la Matière, à l'origine, au commencement.
Eh bien ! de deux choses l'une : ou bien la Matière était hors de Dieu
; ou bien elle était en Dieu (et vous ne sauriez lui assigner une
troisième place). Dans le premier cas, si elle était hors de Dieu,
c'est que Dieu n'a pas eu besoin de la créer, puisqu'elle existait déjà
; c'est qu'elle cœxistait avec Dieu, c'est qu'elle était concomitante
avec lui et, alors, votre Dieu n'est pas créateur ;
Dans le second cas, c'est-à-dire, si elle n'était pas hors de dieu, elle était en Dieu ; et dans ce cas, j'en conclus :
1° Que Dieu n'est pas pur Esprit, puisqu'il portait en lui une parcelle
de matière, et quelle parcelle : la totalité des Mondes matériels !
2° Que Dieu, portant la matière en lui, n'a pas eu à la créer,
puisqu'elle existait ; il n'a eu qu'à l'en faire sortir ; et, alors, la
création cesse d'être un acte de création véritable et se réduit à un
acte d'extériorisation.
Dans les deux cas, pas de création.
TROISIÈME ARGUMENT
Le Parfait ne peut produire l'imparfait
Je suis certain que si je posais à un croyant cette question :
L'imparfait peut-il produire le parfait ? ce croyant me répondrait sans
la moindre hésitation et sans crainte de se tromper : L'imparfait ne
peut produire le parfait.
Or, je dis, moi, : Le parfait ne peut pas produire l'imparfait et je
soutiens que ma proposition possède la même force et la même exactitude
que la précédente, et pour les mêmes raisons.
Ici encore : entre le parfait et l'imparfait il n'y a pas seulement une
différence de degré, de quantité, mais une différence de qualité, de
nature, une opposition essentielle, fondamentale, irréductible, absolue.
Ici encore : entre le parfait et l'imparfait, il n'y a pas seulement un
fossé plus ou moins profond et large, mais un abîme si vaste et si
profond que rien ne saurait le franchir, ni le combler.
Le parfait, c'est l'absolu ; l'imparfait, c'est le relatif ; au regard
du parfait qui est tout, le relatif, le contingent n'est rien ; au
regard du parfait, le relatif est sans valeur, il n'existe pas, et il
n'est au pouvoir d'aucun mathématicien ni d'aucun philosophe d'établir
un rapport d'établir un rapport - quel qu'il soit - entre le relatif et
l'absolu ; a fortiori, ce rapport est-il impossible, quand il s'agit
d'un rapport aussi rigoureux et précis que celui qui doit
nécessairement uni la Cause à l'Effet.
Il est donc impossible que le parfait ait déterminé l'imparfait.
Par contre, il existe un rapport direct, fatal, et, en quelque sorte
mathématique, entre l'œuvre et celui qui en est l'auteur : tant vaut
l'œuvre tant vaut l'ouvrier ; tant vaut l'ouvrier tant vaut l'œuvre ;
c'est à l'œuvre qu'on reconnaît l'ouvrier, comme c'est au fruit qu'on
reconnaît l'arbre.
Si j'examine une rédaction mal faite, où abondent les fautes
françaises, où les phrases sont mal construites, où le style est pauvre
et relâché, où les idées sont rares et banales, où les connaissances
sont inexactes, je n'aurai pas l'idée d'attribuer cette mauvaise page
de français à un ciseleur de phrases, à un des maîtres de la
littérature.
Si je jette les yeux sur un dessin mal fait, où les lignes sont mal
tracées, les règles de la perspective et de la proportion violées, il
ne me viendra jamais à la pensée d'attribuer cette ébauche rudimentaire
à un professeur, à un maître, à un artiste. Sans la moindre hésitation,
je dirai : c'est l'œuvre d'un élève, d'un apprenti, d'une enfant ; et
j'ai l'assurance de ne pas commettre d'erreur, tant il est vrai que
l'œuvre porte la marque de l'ouvrier et que, par l'œuvre, on peut
apprécier l'auteur de celle-ci.
Or, la Nature est belle ; l'Univers est magnifique et j'admire
passionnément, autant que qui que ce soit, les splendeurs, les
magnificences dont il nous offre l'incessant spectacle. Pourtant, si
enthousiaste que je sois aux beautés de la Nature et quelqu'hommage que
je leur rende, je ne puis dire que l'Univers est une œuvre sans défaut,
irréprochable, parfaite. Et personne n'oserait soutenir une telle
opinion.
L'Univers est donc une œuvre imparfaite.
En conséquence je dis :
Il y a toujours entre l'œuvre et l'auteur de celle-ci un rapport
rigoureux, étroit, mathématique ; or, l'Univers est une œuvre
imparfaite ; donc l'auteur de cette œuvre ne peut être qu'imparfait.
Ce syllogisme aboutit à frapper d'imperfection le Dieu des croyants et, conséquemment, à le nier.
Je puis encore raisonner comme suit :
Ou bien ce n'est pas Dieu qui est l'auteur de l'Univers (j'exprime
ainsi ma conviction).
Ou bien, si vous persistez à affirmer que c'est lui qui en est
l'auteur, l'Univers étant une œuvre imparfaite, votre Dieu est lui-même
imparfait.
Syllogisme ou dilemme, la conclusion du raisonnement reste la même :
Le parfait ne peut déterminer l'imparfait.
QUATRIÈME ARGUMENT
L'Être éternel, actif, nécessaire, ne peut, à aucun moment, avoir été inactif ou inutile
Si Dieu existe, il est éternel, actif et nécessaire.
Eternel ? Il l'est par définition. C'est sa raison d'être. On ne peut
le concevoir enfermé dans les limites du temps ; on ne peut l'imaginer
commençant ou finissant ; il ne peut avoir ni apparition ni
disparition. Il existe de tout temps.
Actif ? Il l'est et ne peut pas ne pas l'être, puisque c'est son
activité qui a tout engendré, puisque son activité s'est affirmée,
disent les croyants, par le gest le plus colossal, le plus majestueux :
la Création des Mondes.
Nécessaire ? Il l'est et ne peut pas ne pas l'être, puisque sans lui
rien ne serait ; puisqu'il est l'auteur de toutes choses ; puisqu'il
est le foyer initial d'où tout a coulé ; puisque, seul, se suffisant à
lui-même, il a dépendu de sa seule volonté que tout soit ou que rien ne
soit. Il est donc : éternel, actif et nécessaire.
Je prétends et je vais démontrer que, s'il est éternel, actif et
nécessaire, il doit être éternellement actif et éternellement
nécessaire ; que, conséquemment, il n'a pu, à aucun moment, être
inactif ou inutile ; que, conséquemment, enfin, il n'a jamais créé.
Dire que Dieu n'est pas éternellement actif, c'est admettre qu'il ne
l'a pas toujours été, qu'il l'est devenu, qu'il a commencé à être
actif, qu'avant de l'être, il ne l'était pas ; et, puisque c'est par la
création que s'est manifestée son activité, c'est admettre du même coup
que, durant les milliards et les milliards de siècles qui, peut-être,
ont précédé l'action créatrice, Dieu était inactif.
Dire que Dieu n'est pas éternellement nécessaire, c'est admettre qu'il
ne l'a pas toujours été, qu'il l'est devenu, qu'il a commencé à être
nécessaire, qu'avant de l'être, il ne l'était pas et, puisque c'est la
Création qui proclame et atteste la nécessité de Dieu, c'est admettre
du même coup que, durant les milliards et les milliards de siècles qui
peut-être ont précédé l'action créatrice, Dieu était inutile.
Dieu oisif et paresseux !
Dieu inutile et superflu !
Quelle posture pour l'Être essentiellement actif et essentiellement
nécessaire !
Il faut donc confesser que Dieu est de tout temps actif et de tout
temps nécessaire.
Mais alors, il ne peut l'avoir créé ; car l'idée de création implique,
de façon absolue, l'idée de commencement, d'origine. Une chose qui
commence ne peut pas avoir existé de tout temps. Il fut nécessairement
un temps où, avant d'être, elle n'était pas encore. Si court ou si long
que fut ce temps qui précède la chose créée, rien ne peut le supprimer
; de toutes façons, il est.
Il en résulte que :
Ou bien Dieu n'est pas éternellement actif et éternellement nécessaire
; et, dans ce cas, il l'est devenu par la création. S'il en est ainsi,
il manquait à Dieu, avant la création, ces deux attributs : l'activité
et la nécessité. Ce Dieu était incomplet ; c'était un tronçon de Dieu,
pas plus ; et il a eu besoin de créer pour devenir actif et nécessaire,
pour se compléter.
Ou bien Dieu est éternellement actif et nécessaire ; et, dans ce cas,
il a créé éternellement la création est éternelle ; l'Univers n'a
jamais commencé ; il a existé de tout temps ; il est éternel comme Dieu
; il est Dieu lui-même et se confond avec lui.
S'il en est ainsi, l'Univers n'a pas eu de commencement ; il n'a pas été créé.
(Dans le premier cas, Dieu, s'il n'était ni) actif, ni nécessaire,
était incomplet, c'est-à-dire imparfait ; et, alors, il n'existe pas ;
dans le second cas, Dieu étant éternellement actif et éternellement
nécessaire, ne peut pas l'être devenu ; et, alors, il n'a pas créé.
CINQUIÈME ARGUMENT
L'être immuable ne peut avoir créé
Si Dieu existe, il est immuable. Il ne change pas ; il ne peut pas
changer. Tandis que, dans la Nature, tout se modifie, se métamorphose,
se transforme, tandis que rien n'est définitivement et que tout
devient, Dieu, point fixe, immobile dans le temps et l'espace, n'est
sujet à aucune modification, ne connaît et ne peut connaître aucun
changement.
Il est aujourd'hui ce qu'il était hier ; il sera demain ce qu'il est
aujourd'hui. Qu'on envisage Dieu dans le lointain des siècles révolus
ou dans celui des siècles futurs, il est constamment identique à
lui-même.
Dieu est immuable.
Je prétends que, s'il a créé, il n'est pas immuable, parce que, dans ce cas, il a changé deux fois.
Se déterminer à vouloir, c'est changer. De toute évidence, il y a eu un
changement entre l'être qui ne veut pas encore et l'être qui veut.
Si je veux aujourd'hui ce que je ne voulais pas, ce à quoi je ne
songeais même pas, il y a quarante-huit heures, c'est qu'il s'est
produit en moi ou autour de moi une ou plusieurs circonstances qui
m'ont déterminé à vouloir. Ce vouloir nouveau constitue une
modification : il n'y a pas lieu d'en douter : c'est indiscutable.
Pareillement : se déterminer à agir, ou agir, c'est se modifier.
Il est, en outre, certain que cette double modification : vouloir,
agir, est d'autant plus considérable et marquée, qu'il s'agit d'une
résolution plus grave et d'une action plus importante.
Dieu a créé, dites-vous ? - Soit. Alors il a changé deux fois : la
première fois, lorsqu'il a pris la détermination de créer ; la seconde
fois, lorsque, mettant à exécution cette détermination, il a accompli
le geste créateur.
S'il a changé deux fois, il n'est pas immuable.
Et s'il n'est pas immuable, il n'est pas Dieu, il n'existe pas.
L'Être immuable ne peut avoir créé.
SIXIÈME ARGUMENT
Dieu ne peut avoir créé sans motif ; or, il est impossible d'en discerner un seul
De quelque façon qu'on l'envisage, la Création reste inexplicable, énigmatique, vide de sens.
Il saute aux yeux que, si Dieu a créé, il est impossible d'admettre
qu'il ait accompli cet acte grandiose et dont les conséquences devaient
être fatalement proportionnées à l'acte lui-même, par conséquent
incalculables, sans y être déterminé par une raison de premier ordre.
Eh bien ! Quelle peut être cette raison ? Pour quel motif Dieu a-t-il
pu se résoudre à créer ? Quel mobile l'a impulsé ? Quel désir l'a pris
? Quel dessein a-t-il formé ? Quel but a-t-il poursuivi ? Quelle fin
s'est-il proposée ?
Multipliez, dans cet ordre d'idées, les questions et les questions :
tournez et retournez le problème ; envisagez-le sous tous ses aspects ;
examinez-le dans tous les sens ; et je vous mets au défi de le
résoudre, autrement que par des balivernes ou de subtilités.
Tenez : voici un enfant élevé dans la religion chrétienne. Son
catéchisme lui affirme, ses maîtres lui enseignent que c'est Dieu qui
l'a créé et mis au monde. Supposez qu'il se pose à lui-même cette
question : Pourquoi Dieu m'a-t-il créé et mis au monde ? et qu'il y
veuille trouver une réponse sérieuse, raisonnable. Il n'y parviendra
pas. Supposez encore que, confiant dans l'expérience et le savoir de
ses éducateurs, persuadé que, par le caractère sacré dont, prêtres ou
pasteurs, ils sont revêtus, ils possèdent des lumières spéciales et des
grâces particulières, convaincu que, par leur sainteté, ils sont plus
près de Dieu que lui et mieux initiés que lui aux vérités révélées,
supposez que cet enfant ait la curiosité de demander à ses maîtres
pourquoi Dieu l'a créé et mis au monde, j'affirme que ceux--ci ne
peuvent faire à cette simple interrogation aucune réponse plausible,
sensée.
En vérité, il n'y en a pas.
Serrons de près la question, creusons le problème.
Par la pensée, examinons Dieu avant la création. Prenons-le dans son
sens absolu. Il est tout seul ; il se suffit à lui-même. Il est
parfaitement sage, parfaitement heureux, parfaitement puissant. Rien ne
peut accroître sa sagesse ; rien ne peut augmenter sa félicité ; rien
ne peut fortifier sa puissance.
Ce Dieu ne peut éprouver aucun désir, puisque son bonheur est infini ;
il ne peut poursuivre aucun but, puisque rien ne manque à sa perfection
; il ne peut former aucun dessein, puisque rien ne peut étendre sa
puissance ; il ne peut se déterminer à aucun vouloir, puisqu'il ne
ressent aucun besoin.
Allons ! Philosophes profonds, penseurs subtils, théologiens
prestigieux, répondez à cet enfant qui vous interroge et dites-lui
pourquoi Dieu l'a créé et mis au monde.
Je suis bien tranquille ; vous ne pouvez pas répondre à moins que vous
ne disiez : Les desseins de Dieu sont impénétrables, et que vous ne
teniez cette réponse pour suffisante.
Et sagement vous ferez en vous abstenant de répondre, car toute
réponse, je vous en préviens charitablement, serait la ruine de votre
système, l'écroulement de votre Dieu.
La conclusion s'impose, logique, impitoyable : Dieu, s'il a créé, a
créé sans motif, sans savoir pourquoi, sans but.
Savez-vous, camarades, où nous conduisent forcément les conséquences d'une telle conclusion ?
Vous allez le voir.
Ce qui différencie les actes d'un homme doué de raison des actes d'un
homme frappé de démence, ce qui fait que l'un est responsable et
l'autre pas, c'est qu'un homme de raison sait toujours, en tous cas
peut toujours savoir, quand il a agi, quels sont les mobiles qui l'ont
impulsé, quels sont les motifs qui l'ont déterminé à agir. Quand il
s'agit d'une action importante et dont les conséquences peuvent engager
lourdement sa responsabilité, il suffit que l'homme en possession de sa
raison, se replie sur lui-même, se livre à un examen de conscience
sérieux, persistant et impartial, il suffit que, par le souvenir, il
reconstitue le cadre dans lequel les événements l'ont enfermé, qu'en un
mot, il revive l'heure écoulée, pour qu'il parvienne à discerner le
mécanisme des mouvements qui l'ont fait agir.
Il n'est pas toujours très fier des mobiles qui l'ont impulsé ; il
rougit souvent des raisons qui l'ont déterminé à agir ; mais, que ces
motifs soient nobles ou vils, généreux ou bas, il parvient toujours à
les découvrir.
Un fou, au contraire, agit sans savoir pourquoi ; son acte accompli,
même le plus chargé de conséquences, interrogez-le ; pressez-le de
questions ; insistez ; harcelez-le. Le pauvre dément balbutiera
quelques folies et vous ne l'arracherez pas à ses incohérences.
Donc, ce qui différencie les actes d'un homme sensé des actes d'un
insensé, c'est que les actes du premier s'expliquent, c'est qu'ils ont
une raison d'être, c'est qu'on en distingue la cause et le but,
l'origine et la fin ; tandis que les actes d'un homme privé de raison
ne s'expliquent pas, qu'il est incapable lui-même de discerner la cause
et le but, qu'ils n'ont pas de raison d'être.
Eh bien ! si Dieu a créé sans but, sans motif, il a agi à la façon d'un fou et la Création apparaît comme un acte de démence.
DEUX OBJECTIONS CAPITALES
Pour en finir avec le Dieu de la création, il me paraît indispensable d'examiner deux objections.
Vous pensez bien qu'ici les objections abondent ; aussi, quand je parle
de deux objections à étudier, je parle de deux objections capitales,
classiques.
Ces deux objections ont d'autant plus d'importance qu'on peut, avec
l'habitude de la discussion, ramener toutes les autres à celle-ci :
PREMIERE OBJECTION
Dieu vous échappe
On me dit : Vous n'avez pas le droit de parler de Dieu comme vous
le faites. Vous nous présentez un Dieu caricatural, systématiquement
rapetissé aux proportions que daigne lui accorder votre entendement. Ce
Dieu-là n'est pas le nôtre. Le nôtre, vous ne pouvez le concevoir, car
il vous dépasse, il vous échappe. Sachez que ce qui serait fabuleux
pour l'homme le plus puissant en force, en sagesse et en savoir n'est,
pour Dieu, qu'un jeu d'enfant. N'oubliez pas que l'Humanité ne saurait
se mouvoir sur le même plan que la Divinité. Ne perdez pas de vue qu'il
est aussi impossible à l'homme de comprendre la façon d'opérer de Dieu
qu'il est impossible aux minéraux d'imaginer les modes d'opérer des
animaux et aux animaux de comprendre les modes d'opérer des hommes.
Dieu plane à des hauteurs que vous ne sauriez atteindre ; il occupe des
sommets qui vous restent inaccessibles.
Sachez que quelle que soit la magnificence d'une intelligence humaine,
quel que soit l'effort réalisé par cette intelligence, quelle que soit
la persistance de cet effort, jamais l'intelligence humaine ne pourra
s'élever jusqu'à Dieu. Rendez-vous compte enfin que, si vaste qu'il
puisse être, le cerveau de l'homme est fini et que, par conséquent, il
ne peut concevoir l'infini.
Ayez donc la loyauté et la modestie de confesser qu'il ne vous est pas
possible de comprendre, ni d'expliquer Dieu. Mais de ce que vous ne
pouvez ni le comprendre, ni l'expliquer, il ne s'ensuit pas que vous
ayez le droit de le nier.
Et je réponds aux déistes :
Vous me donnez, Messieurs, des conseils de loyauté auxquels je suis
tout disposé à me conformer. Vous me rappelez à la modestie légitime
qui sied à l'humble mortel que je suis. Il me plaît de ne pas m'en
écarter.
Vous dites que Dieu me dépasse, qu'il m'échappe ? Soit. Je consens à le
reconnaître ; et affirmer que le fini ne peut ni concevoir ni expliquer
l'Infini, c'est une vérité tellement certaine, et même évidente, que je
n'ai pas la moindre envie d'y faire opposition. Nous voilà, jusqu'ici,
bien d'accord et j'espère que vous êtes tout à fait contents.
Seulement, Messieurs, permettez que, à mon tour, je vous donne les
mêmes conseils de loyauté ; souffrez que, à mon tour, je vous rappelle
à la même modestie. N'êtes-vous pas des hommes, comme j'en suis un ?
Dieu ne vous dépasse-t-il pas, comme il me dépasse ? Ne vous
échappe-t-il pas comme il m'échappe ? Auriez-vous la prétention de vous
mouvoir sur le même plan que la Divinité ? Auriez-vous l'outrecuidance
de penser et la sottise de déclarer que, d'un coup d'aile, vous avez
gravi les sommets que Dieu occupe ? Seriez-vous présomptueux au point
d'affirmer que votre cerveau fini a embrassé l'Infini ?
Je ne vous fais pas l'injure, Messieurs, de vous croire frappés d'une
telle extravagante vanité.
Ayez donc, tout comme moi, la loyauté et la modestie de confesser que,
s'il m'est impossible de comprendre et d'expliquer Dieu, vous vous
heurtez à la même impossibilité. Ayez donc la probité de reconnaître
que si, de ce que je ne puis concevoir ni expliquer Dieu, il ne m'est
pas permis de le nier, puisque vous ne pouvez, vous non plus, ni le
comprendre ni l'expliquer, il ne vous est pas permis de l'affirmer.
Et gardez-vous de croire, Messieurs, que nous voilà, désormais, logés à
la même enseigne. C'est vous qui, les premiers avez affirmé l'existence
de Dieu, c'est donc vous qui, les premiers, devez mettre fin à vos
affirmations. Aurais-je jamais songé à nier Dieu, si, alors que j'étais
tout petit, on ne m'avait pas imposé de croire en lui ? si, adulte, je
ne l'avais pas entendu affirmer tout autour de moi ? Si, devenu homme,
mes regards n'avaient pas constamment observé des Eglises et des
Temples élevés à Dieu ?
Ce sont vos affirmations qui provoquent et justifient mes négations.
Cessez d'affirmer et je cesserai de nier.
SECONDE OBJECTION
Il n'y a pas d'effet sans cause
La seconde objection paraît autrement redoutable. Beaucoup la
considère encore comme sans réplique. Elle nous vient des philosophes
spiritualistes.
Ces Messieurs nous disent sentencieusement : Il n'y a pas d'effet sans
cause ; or, l'Univers est un effet ; donc cet effet a une cause que
nous appelons Dieu.
L'argument est bien présenté ; il paraît bien construit, il semble solidement charpenté.
Le tout est de savoir s'il l'est véritablement.
Ce raisonnement est ce que, en logique, on appelle un syllogisme. Un
syllogisme est un argument composé de trois propositions : la majeure,
la mineure et la conséquence ; et comprenant deux parties : les
prémisses, constituées par les deux premières propositions, et la
conclusion représentée par la troisième.
Pour qu'un syllogisme soit inattaquable, il faut : 1° que la majeure et
la mineur soient exactes ; 2° que la troisième découle logiquement des
deux premières.
Si le syllogisme des philosophes spiritualistes réunit ces deux
conditions, il est irréfutable et il ne me reste qu'à m'incliner ; mais
s'il lui manque une seule de ces deux conditions, il est nul, sans
valeur et l'argument s'effondre tout entier.
pour en connaître la valeur, examinons les trois propositions qui la composent.
Première proposition majeure :
Il n'y a pas d'effet sans cause.
Philosophes, vous avez raison. Il n'y a pas d'effet sans cause ; rien
n'est plus exact. Il n'y a pas, il ne peut pas y avoir d'effet sans
cause. L'effet n'est que la suite, le prolongement, l'aboutissant de la
cause. Qui dit effet dit cause ; l'idée d'effet appelle nécessairement
et immédiatement l'idée de cause. S'il en était autrement, l'effet sans
cause serait un effet de rien ; ce qui serait absurde.
Donc, sur cette première proposition, nous sommes d'accord.
Deuxième proposition, mineure :
Or, l'Univers est un effet.
Ah ! ici, je demande à réfléchir et je sollicite des explications. Sur
quoi s'appuie une affirmation aussi nette, aussi tranchante ? Quel est
le phénomène ou l'ensemble de phénomènes, quelle est la constatation ou
l'ensemble de constatations qui permet de se prononcer sur un ton aussi
catégorique ?
Et d'abord, l'Univers, le connaissons-nous suffisamment ? L'avons-nous
assez étudié, scruté, fouillé, compris pour qu'il nous soit permis
d'être aussi affirmatifs ? En avons-nous pénétré les entrailles ? En
avons-nous exploré les espaces incommensurables ? Sommes-nous descendus
dans les profondeurs des océans ? Avons-nous escaladé toutes les
altitudes ? Connaissons-nous toutes choses appartenant au domaine de
l'Univers ? Celui-ci nous a-t-il livré tous ses secrets ? Avons-nous
arraché tous les voiles, pénétré tous les mystères, découvert toutes
les énigmes ? Avons-nous tout vu, tout entendu, tout palpé, tout senti,
tout observé, tout noté ? N'avons-nous plus rien à apprendre ? Ne nous
reste-t-il rien à découvrir ? Bref, sommes-nous en état de porter sur
l'Univers une appréciation formelle, un jugement définitif, un arrêt
indubitable ?
Nul ne pourrait répondre par l'affirmative à toutes ces questions et il
serait profondément à plaindre le téméraire, on peut dire l'insensé,
qui oserait prétendre qu'il connaît l'Univers.
L'Univers ! c'est-à-dire, non pas seulement cette infime planète que
nous habitons et sur laquelle se traînent nos misérables carcasses, non
seulement ces millions d'astres et de planètes que nous connaissons,
qui font partie de notre système solaire, ou que nous découvrons dans
la lenteur du temps ; mais encore ces Mondes et ces Mondes dont nous
connaissons ou conjecturons l'existence et dont le nombre, la distance
et l'étendue restent incalculables !
Si je disais : L'Univers est une cause, j'ai la certitude que je
déchaînerais spontanément les huées et les protestations des croyants ;
et, cependant, mon affirmation ne serait pas plus folle que la leur.
Ma témérité serait égale à la leur ; voilà tout.
Si je me penche sur l'Univers, si je l'observe autant que le permettent
à l'homme d'aujourd'hui les connaissances acquises, je constate comme
un ensemble incroyablement complexe et touffu, comme un enchevêtrement
inextricable et colossal de causes et d'effets qui se déterminent,
s'enchaînent, se succèdent, se répètent et se pénètrent. J'aperçois que
le tout forme comme une chaîne sans fin dont les anneaux sont
indissolublement liés et je constate que chacun de ces anneaux est à la
fois cause et effet : effet de la cause qui l'a déterminé, cause de
l'effet qui suit.
Qui peut dire : Voilà le premier anneau ; l'anneau Cause ? Qui peut
dire : Voilà le dernier anneau : l'anneau Effet ? Et qui peut dire : Il
y a nécessairement une cause numéro premier, il y a nécessairement un
effet numéro dernier ?...
La deuxième proposition : Or, l'Univers est un effet manque donc de la condition indispensable : l'exactitude.
En conséquence, le fameux syllogisme ne vaut rien.
J'ajoute que, même dans le cas où cette deuxième proposition serait
exacte, il resterait à établir, pour que la conclusion fût acceptée,
que l'Univers est l'effet d'une Cause unique, d'une Cause première, de
la Cause des Causes, d'une Cause sans Cause, de la Cause éternelle.
J'attends sans trouble, sans inquiétude cette démonstration. Elle est
de celles qu'on a maintes fois tentées et qui n'ont jamais été faites.
Elle est de celles dont on peut dire sans trop de témérité qu'elles ne
seront jamais établies sérieusement, positivement, scientifiquement.
J'ajoute, enfin, que même dans le cas où le syllogisme tout entier
serait irréprochable, il serait aisé de le retourner contre la thèse du
Dieu Créateur, en faveur de ma démonstration.
Essayons : Il n'y a pas d'effets sans cause ? - Soit. Or, l'Univers est
un effet ? - D'accord. Donc cet effet a une cause et c'est cette cause
que nous appelons Dieu ? - Soit encore.
Ne vous hâtez pas de triompher, déistes, et écoutez-moi bien.
S'il est évident qu'il n'y a pas d'effet sans cause, il est aussi
rigoureusement évident qu'il n'y a pas de cause sans effet. Il n'y a
pas, il ne peut pas y avoir de cause sans effet. Qui dit cause dit
effet ; l'idée de cause implique nécessairement et appelle
immédiatement l'idée d'effet ; s'il en était autrement, la cause sans
effet serait une cause de rien, se qui serait aussi absurde qu'un effet
de rien.
Donc, il est bien entendu qu'il n'y a pas de cause sans effet.
Or, vous dites que l'Univers a pour cause Dieu. Il convient donc de
dire que la Cause-Dieu a pour effet l'Univers.
il est impossible de séparer l'effet de le cause ; mais il est également impossible de séparer la cause de l'effet.
Vous affirmez enfin que Dieu-Cause est éternel. J'en conclus que
l'Univers-Effet est également éternel, puisqu'à une cause éternelle
doit inéluctablement correspondre un effet éternel.
S'il en était autrement, c'est-à-dire si l'Univers avait commencé,
durant les milliards et les milliards de siècles qui, peut-être, ont
précédé la création de l'Univers, Dieu aurait été une cause sans effet,
ce qui est impossible, une cause de rien, ce qui serait absurde.
En conséquence, Dieu étant éternel, l'Univers l'est aussi, et si
l'Univers est éternel, c'est qu'il n'a jamais commencé, c'est qu'il n'a
pas été créé.
DEUXIEME S�RIE D'ARGUMENTS
PREMIER ARGUMENT
Le Gouverneur nie le Créateur
Il en est - et ils sont légion - qui, malgré tout, s'obstinent à
croire. Je conçois que, à la rigueur, on puisse croire à l'existence
d'un créateur parfait ; je conçois que, à la rigueur, on puisse croire
à l'existence d'un gouverneur nécessaire ; mais il me semble impossible
qu'on puisse raisonnablement croire à l'un et à l'autre, en même temps
: ces deux Êtres parfaits s'excluent catégoriquement ; affirmer l'un,
c'est nier l'autre ; proclamer la perfection du premier, c'est
confesser l'inutilité du second ; proclamer la nécessité du second,
c'est nier la perfection du premier.
En d'autres termes, on peut croire à la perfection de l'un ou à la
nécessité de l'autre ; mais il est déraisonnable de croire à la
perfection des deux : il faut choisir.
Si l'Univers créé par Dieu eût été une œuvre parfaite, si, dans son
ensemble et dans ses moindres détails, cette œuvre eût été sans défaut,
si le mécanisme de cette gigantesque création eût été irréprochable, si
tel et si parfait eût été son agencement qu'il n'eût point été à
redouter qu'il se produisît un seul détraquement, une seule avarie,
bref, si l'œuvre eût été digne de cet ouvrier génial, de cet artiste
incomparable, de ce constructeur fantastique qu'on appelle Dieu, le
besoin d'un gouverneur ne se serait nullement fait sentir.
Le coup de pouce initial une fois donné, la formidable machine une fois
mise en branle, il n'y avait plus qu'à l'abandonner à elle-même, sans
crainte d'accident possible.
Pourquoi cet ingénieur, ce mécanicien, dont le rôle est de surveiller
la machine, de la diriger, d'intervenir quand il le faut et d'apporter
à la machine en mouvement les retouches nécessaires et les réparations
successives ? Cet ingénieur eût été inutile, ce mécanicien sans objet.
Dans ce cas, pas de Gouverneur.
Si le Gouverneur existe, c'est que sa présence, sa surveillance, son intervention sont indispensables.
La nécessité du Gouverneur est comme une insulte, un défi jeté au
Créateur ; son intervention atteste la maladresse, l'incapacité,
l'impuissance du Créateur.
Le Gouverneur nie la perfection du Créateur.
DEUXIÈME ARGUMENT
La multiplicité des Dieux atteste qu'il n'en existe aucun
Le Dieu Gouverneur es et doit être puissant et juste, infiniment puissant et infiniment juste.
Je prétends que la multiplicité des Religions atteste qu'il manque de puissance et de justice. Négligeons
les dieux morts, les cultes abolis, les religions éteintes. Celles-ci
se chiffrent par milliers et par milliers. Ne parlons pas des religions
en cours.
D'après les estimations les mieux fondées, il y a, présentement, huit
cents religions qui se disputent l'empire des seize cents millions de
consciences qui peuplent notre planète. Il n'est pas douteux que
chacune s'imagine et proclame que, seule, elle est en possession du
Dieu vrai, authentique, indiscutable, unique, et que tous les autres
Dieux sont des Dieux pour rire, de faux Dieux, des Dieux de contrebande
et de pacotille, qu'il est œuvre pie de combattre et d'écraser.
J'ajoute que, n'y eut-il que cent religions au lieu de huit cents, n'y
en eut-il que dix, n'y en eut-il que deux, mon raisonnement garderait
la même vigueur.
Eh bien ! je dis que la multiplicité de ces Dieux atteste qu'il n'en
existe aucun, parce qu'elle certifie que Dieu manque de puissance ou de
justice.
Puissant, il aurait pu parler à tous aussi aisément qu'à quelques-uns.
Puissant, il aurait pu se montrer, se révéler à tous sans plus
d'efforts qu'il ne lui en a fallu pour se révéler à quelques-uns.
Un homme - quel qu'il soit - ne peut se montrer, ne peut parler qu'à un
nombre limité d'hommes ; ses cordes vocales ont une puissance qui ne
peut excéder certaines bornes ; mais Dieu !...
Dieu peut parler à tous - quelle qu'en soit la multitude - aussi
aisément qu'à un petit nombre. Quand elle s'élève, la voix de Dieu peut
et doit retentir aux quatre points cardinaux. Le verbe divin ne connaît
ni distance, ni obstacle. Il traverse les océans, escalade les sommets,
franchit les espaces sans la plus petite difficulté.
Puisqu'il lui a plu - la Religion l'affirme - de parler aux hommes, de
se révéler à eux, de leur confier ses desseins, de leur indiquer sa
volonté, de leur faire connaître sa Loi, il aurait pu parler à tous
sans plus d'effort qu'à une poignée de privilégiés.
Il ne l'a pas fait, puisque les uns le nient, puisque d'autres
l'ignorent, puisque d'autres, enfin, opposent tel Dieu à tel de ses
concurrents.
Dans ces conditions, n'est-il pas sage de penser qu'il n'a parlé à
aucun et que les multiples révélations ne sont que de multiples
impostures ; ou encore que, s'il n'a parlé qu'à quelques-uns, c'est
qu'il n'a pas pu parler à tous ?
S'il en est ainsi, je l'accuse d'impuissance.
Et, si je ne l'accuse pas d'impuissance, je l'accuse d'injustice.
Que penser, en effet, de ce Dieu qui se montre à quelques-uns et se
cache aux autres ? Que penser de ce Dieu qui adresse la parole aux uns
et, pour les autres, garde le silence ?
N'oubliez pas que les représentants de ce Dieu affirment qu'il est le
Père et que, tous, au même titre et au même degré, nous sommes les
enfants bien-aimés du Père qui règne dans les cieux.
Eh bien ! que pensez-vous de ce père qui, plein de tendresse pour
quelques privilégiés, les arrache, en se révélant à eux, aux angoisses
du doute, aux tortures de l'hésitation, tandis que, volontairement, il
condamne l'immense majorité de ses enfants aux tourments de
l'incertitude ? Que pensez-vous de ce père qui se montre à une partie
de ses enfants dans l'éclat éblouissant de Sa Majesté, tandis que, pour
les autres, il reste environné de ténèbres ? Que pensez-vous de ce père
qui, exigeant de ses enfants, un culte, des respects, des adorations,
appelle quelques élus à entendre la parole de Vérité, tandis que, de
propos délibéré, il refuse aux autres cette insigne faveur ?
Si vous estimez que ce père est juste et bon, vous ne serez pas surpris que mon appréciation soit différente.
La multiplicité des religions proclame donc que Dieu manque de
puissance ou de justice. Or, Dieu doit être infiniment puissant et
infiniment juste ; les croyants l'affirment ; s'il lui manque un de ces
deux attributs : la puissance ou la justice, il n'est pas parfait ;
s'il n'est pas parfait, il n'existe pas.
La multiplicité des Dieux démontre donc qu'il n'en existe aucun.
TROISIÈME ARGUMENT
Dieu n'est pas infiniment bon : l'Enfer l'atteste
Le Dieu Gouverneur ou Providence est et doit être infiniment bon,
infiniment miséricordieux. L'existence de l'enfer prouve qu'il ne l'est
pas.
Suivez bien mon raisonnement : Dieu pouvait - puisqu'il est libre - ne pas nous créer ; il nous a créés.
Dieu pouvait - puisqu'il est tout-puissant - nous créer tous bons ; il a créé des bons et des méchants.
Dieu pouvait - puisqu'il est bon - nous admettre tous son paradis,
après notre mort, se contentant de ce temps d'épreuves et de
tribulations que nous passons sur la terre.
Dieu pouvait enfin - parce qu'il est juste - n'admettre dans son
paradis que les bons et en refuser l'accès aux pervers, mais anéantir
ceux-ci à leur mort plutôt que de les vouer à l'enfer.
Car, qui peut créer peut détruire ; qui a le pouvoir de donner la vie a
celui d'anéantir.
voyons : vous n'êtes pas des Dieux. Vous n'êtes pas infiniment bons, ni
infiniment miséricordieux. J'ai, pourtant, la certitude, sans que je
vous attribue des qualités que vous ne possédez peut-être pas, que,
s'il était en votre pouvoir, sans qu'il vous en coûtât un effort
pénible, sans qu'il en pût résulter pour vous ni préjudice matériel, ni
dommage moral, si, dis-je, il était en votre pouvoir, dans les
conditions que je viens d'indiquer, d'éviter à un de vos frères en
humanité, une larme, une douleur, une épreuve, j'ai la certitude que le
feriez. Et cependant, vous n'êtes ni infiniment bons, ni infiniment
miséricordieux !
Seriez-vous meilleurs et plus miséricordieux que le Dieu des Chrétiens ?
Car enfin, l'enfer existe. L'�glise l'enseigne ; c'est l'horrifique
vision à l'aide laquelle on épouvante les enfants, les vieillards et
les esprits craintifs, c'est le spectre qu'on installe aux chevets des
agonisants, à l'heure où l'approche de la mort leur enlève toute
énergie et toute lucidité.
Eh bien ! Le Dieu des chrétiens, Dieu qu'on dit être de pitié, de
pardon, d'indulgence, de bonté, de miséricorde, précipite une parité de
ses enfants - pour toujours - dans ce séjour peuplé des tortures les
plus cruelles, des supplices les plus indicibles.
Comme il est bon ! Comme il est miséricordieux !
Vous connaissez cette parole des Ecritures : Il y aura beaucoup
d'appelés, mais fort peu d'élus. Cette parole signifie, si je ne
m'abuse, qu'infime sera le nombre des élus et considérable le nombre
des damnés. Cette affirmation est d'une cruauté si monstrueuse qu'on a
tenté de lui donner un autre sens.
Peu importe : l'enfer existe et il est évident que des damnés - en
grand ou petit nombre - y endureront les plus douloureux tourments.
Demandons-nous à qui peuvent être profitables les tourments des damnés.
Serait-ce aux élus ? - Evidemment non ! Par définition les élus seront
les plus justes, les vertueux, les fraternels, les compatissants, et on
ne saurait supposer que leur félicité, déjà inexprimable, serait accrue
par le spectacle de leurs frères torturés.
Serait-ce aux damnés eux-mêmes ? - Pas davantage puisque l'Eglise
affirme que le supplice de ces malheureux ne finira jamais et que, dans
des milliards et des milliards de siècles, leurs tourments seront
intolérables comme au premier jour.
Alors ?...
Alors, en dehors des élus et des damnés, il n'y a que Dieu, il ne peut
y avoir que lui.
C'est donc à Dieu que seraient profitables les souffrances des damnés ?
C'est donc à lui, ce père infiniment bon, infiniment miséricordieux,
qui se repaîtrait sadiquement des douleurs auxquelles il aurait
volontairement voué ses enfants ?
Ah ! s'il en est ainsi, ce Dieu m'apparaît comme le bourreau le plus
féroce, comme le tortionnaire le plus implacable que l'on puisse
imaginer.
L'enfer prouve que Dieu n'est ni bon, ni miséricordieux. L'existence d'un Dieu de bonté est incompatible avec celle de l'Enfer.
Ou bien il n'y a pas d'Enfer, ou bien Dieu n'est pas infiniment bon.
QUATRIÈME ARGUMENT
Le problème du Mal
C'est le problème du Mal qui me fournit mon quatrième et dernier
argument contre le Dieu-Gouverneur, en même temps que mon premier
argument contre le Dieu-Justicier.
Je ne dis pas : l'existence du mal, mal physique, mal moral, est
incompatible avec l'existence de Dieu ; mais je dis qu'elle est
incompatible avec l'existence d'un Dieu infiniment puissant et
infiniment bon.
Le raisonnement est connu, ne serait-ce que par les multiples
réfutations - toujours impuissantes, du reste - qu'on lui a opposées.
On le fait remonter à Epicure. Il a donc déjà plus de vingt siècles
d'existence ; mais, si vieux qu'il soit, il a gardé toute sa vigueur.
Le voici :
Le mal existe ; tous les êtres sensibles connaissent la souffrance.
Dieu qui sait tout ne peut pas l'ignorer. Eh bien ! de deux choses
l'une :
Ou bien Dieu voudrait supprimer le mal, mais il ne le peut pas ;
Ou bien Dieu pourrait supprimer le mal, mais il ne le veut pas.
Dans le premier cas, Dieu voudrait supprimer le mal ; il est bon, il
compatit aux douleurs qui nous accablent, aux maux que nous endurons.
Ah ! s'il ne dépendait que de lui ! Le mal serait anéanti et le bonheur
fleurirait sur la terre. Encore une fois, il est bon ; mais il ne peut
supprimer le mal et, alors, il n'est pas tout-puissant.
Dans le second cas, Dieu pourrait supprimer le mal. Il lui suffirait de
vouloir pour que le mal fût aboli : il est tout-puissant ; mais il ne
veut pas le supprimer ; et, alors il n'est pas infiniment bon.
Ici, Dieu est puissant, mais il n'est pas bon ; là, Dieu est bon, mais
il n'est pas puissant.
Or, pour que Dieu soit, il ne suffit pas qu'il possède l'une de ces
perfections : puissance ou bonté, il est indispensable qu'il les
possède toutes les deux.
Ce raisonnement n'a jamais été réfut
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