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  Post� le lundi 20 avril 2009 @ 03:31:21 by anarkorevolter
Contributed by: anarkorevolter
OrganisationTexte de Pouvoir Ouvrier Section Francaise de la LICR

Apr�s Seattle, Washington, Prague et Nice, et les multiples affrontements qui ont jalonn� ces protestations, les militants antimondialisation et parmi eux les anticapitalistes sont anim�s d�un m�lange d�int�r�t et de profonde m�fiance pour le nouveau courant alternatif issu de la mouvance libertaire, le Black Bloc.

Comme auto-d�finition, le Black Bloc est un "ensemble d�individus ou de groupes affinitaires, qui se regroupent de mani�re spontan�e ou organis�e � un moment donn�, � l�occasion de manifestations ou actions politiques (...) Il est directement inspir� des mouvements d�ultra-gauche europ�ens" (No Pasaran, octobre 2000).

Sa premi�re apparition s�est faite � l�occasion de la manifestation de Seattle contre l�OMC o� pr�s de 200 personnes ont saccag� plusieurs symboles des multinationales et tent� d�occuper certaines rues pour en faire des TAZ ("Zone Autonome Temporaire").

Par la suite, des affrontements tr�s durs avec la police ont r�ussi � aur�oler les Black Blocs d�une image de combattants des rues. Certes, la police � Washington et � Prague se souvient encore des coups re�us mais en a-t-elle perdu pour autant sa force r�pressive et surtout ces combats ont-ils renforc� la conscience de classe r�volutionnaire des manifestants antimondialisation�?

Car c�est bien dans les objectifs que se fixe le Black Bloc qu�on peut mesurer l�impasse qu�il constitue. Ainsi le Black Bloc veut�:
��apporter une radicalit� au mouvement antimondialisation en y int�grant la violence offensive et d�fensive contre les forces polici�res de l�Etat bourgeois�;
��apporter une alternative au r�formisme syndical et politique en d�fendant le principe de la "violence contre la propri�t�"�;
��donner un nouveau cadre organisationnel aux militants en dehors des traditionnels partis et organisations politiques par un mode d�organisation horizontal, fluide et �volutif.

Une nouvelle radicalit�?

Le Black Bloc veut d�passer les modes de protestation politique traditionnels afin de "r�aliser la politique plut�t que de la dire". Mais il ignore qu�une manifestation, aussi peu "radicale" soit elle, peut �tre un lieu de politisation et parfois un premier acte politique pour beaucoup de jeunes et de travailleurs.

Certes, il faut organiser dans les manifestations antimondialisation un p�le v�ritablement anticapitaliste qui rejette le r�formisme "citoyen" et la r�gulation du capitalisme pr�n�e par les ONG et la direction d�ATTAC. Mais cette bataille id�ologique est de longue haleine et se construit dans chaque mobilisation en gagnant sur des questions politiques importantes.

Ces batailles peuvent prendre la forme de campagnes id�ologiques ou de propositions d�actions dans les syndicats par exemple, d�appel au front unique avec le mouvement ouvrier organis�, syndical et politique pour prouver aux travailleurs dans le cadre des manifestations qu�ils sont dirig�s par des tra�tres � leur classe et qu�ils doivent se lier aux anticapitalistes pour briser l�exploitation patronale.

Le probl�me de la th�orie de l�exemple, ch�re aux libertaires, ou plut�t de ce qu�ils appellent aujourd�hui la "d�sob�issance civile active et l�action directe" est son aspect apolitique. Cet apolitisme brutal se concr�tise dans le refus de la discussion et de la confrontation politique, l�action r�sumant en elle seule l�id�e au lieu d�une approche plus dialectique qui consiste � utiliser l�action pour appliquer et affiner l�id�e et utiliser l�id�e pour formuler l�action.

C�est cette politique, qui s�accompagne parfois de m�thodes dignes du stalinisme, qui a r�cemment conduit � des sc�nes d�plorables�: � Nice o� des anarchistes ont emp�ch� Alain Krivine de la LCR de parler au "Centre de convergence", ou encore � Londres o� des militants du SWP ainsi qu�un de nos camarades de Workers Power ont �t� vir�s d�une r�union autour de Premier Mai et ceci de mani�re violente pour un des militants du SWP.

Le Black Bloc se veut comme un antidote au r�formisme, mais est-ce que sa politique lui a permis de lutter efficacement contre le r�formisme qui empoisonne la classe ouvri�re�? Loin s�en faut, car en refusant de participer aux manifestations ouvri�res, le Black Bloc se coupe ainsi de la seule force qui puisse r�ellement ass�ner des coups durables au capitalisme.

La "violence contre la propri�t�"

Selon le Black Bloc, la meilleure m�thode pour mettre le capitalisme en danger serait de s�attaquer � la propri�t� capitaliste. Un Black Bloc de Philadelphie affirme ainsi "Dans un syst�me fond� sur la recherche du profit, notre action est la plus efficace quand nous nous attaquons au porte-monnaie des oppresseurs. La d�gradation de la propri�t�, comme moyen strat�gique d�action directe, est une m�thode efficace pour remplir cet objectif".

Loin de nous l�id�e de verser quelques larmes sur les vitrines d�truites des MacDo et autres symboles des multinationales. Il convient cependant d�expliquer en quoi cette violence ne s�attaque en rien � la propri�t� capitaliste et encore moins aux profits.

En effet, les libertaires n�ont jamais rien compris au ph�nom�ne de l�exploitation capitaliste bas�e sur l�extorsion de plus-value c�est-�-dire le fait de s�approprier la valeur du travail. C�est � cette �tape que le profit capitaliste s�exerce et non simplement dans la vente en tant que telle des marchandises. Le vol ne se situe pas dans la propri�t� en soi mais dans l�extorsion de plus-value.

D�s lors, comme l�a expliqu� Marx, les travailleurs en revendiquant de meilleurs salaires par la gr�ve s�attaquent directement aux profits des capitalistes. Ce qu�on qualifie dans le milieu libertaire de r�formisme le plus plat est en fait une des armes pour d�truire une partie des profits des capitalistes�!

Quant � la destruction de la propri�t� capitaliste, il convient de la mettre en oeuvre non pas en faisant tomber quelques vitrines mais en exer�ant le contr�le ouvrier sur la production et les moyens de production.

C�est pourquoi toute revendication ouvri�re m�me jug�e la plus partielle doit �tre r�alis�e � travers le contr�le ouvrier, c�est � dire l�expropriation de la propri�t� bourgeoise au seul profit des int�r�ts ouvriers.

L� est contenue toute la substance de la r�volution socialiste et c�est vers cela que doivent tendre les travailleurs.
Enfin, pour ceux qui seraient encore convaincus qu�en faisant tomber des vitrines, on porte atteinte � la propri�t� capitaliste, il existe un syst�me de protection de la propri�t� tr�s pratique qui s�appelle... les assurances�!

La question "militaire"

A Prague comme � Washington, les Black Blocs ont tir� leurs lettres de noblesse des affrontements tr�s durs men�s contre la police. Il est �vident pour tous que ces affrontements ont pu � la fois aider � d�fendre les manifestants contre la brutalit� des charges polici�res et montrer que les forces de l�ordre ne sont pas invincibles.

Mais en aucun cas les Black Blocs n�ont �t� en mesure de marquer des points d�cisifs contre l�ennemi de classe.

L�encerclement � Prague de la Conf�rence du FMI et de la Banque Mondiale a �t� avant tout symbolique, m�me s�il a foutu la trouille aux dirigeants de ces instances et a conduit au raccourcissement de la r�union.

Plus important, l�action du Black Bloc n�a rien fait pour prot�ger les manifestants contre la r�pression qui est tomb�e le lendemain, lorsque des centaines de manifestants ont �t� arr�t�s, certains �tant victimes de s�vices policiers dans les prisons tch�ques.

Faute de construire un rapport de force militaire durable - voire m�me un service d�ordre efficace, autre b�te noire du Black Bloc�! - capable de d�fendre les militants non pas seulement lors d�une manifestation mais �galement apr�s, les tribulations mi-violentes, mi-festives contre les forces de l�ordre jouent un r�le contradictoire. Certes, les participants s�y d�foulent, mais elles peuvent �galement conduire � une r�pression contre des "casseurs" et des "hooligans" pour reprendre les termes de la presse de Seattle, de Prague ou de Nice.

Organisation efficace�?

Le Black Bloc entend remettre en cause les formes d�organisation traditionnelles du mouvement ouvrier - syndicat, partis et mouvements sociaux - en les rempla�ant par les "groupes affinitaires" ("affinity groups")�:
"Ce qui caract�rise l�organisation des Black Blocs, c�est sa forme horizontale, non-hi�rarchique, propre � �viter les lourdeurs d�une gestion centralis�e. Il n�y a pas de chef, ni de v�ritable plan d�ensemble, mais des individus qui constituent de petits groupes affinitaires ind�pendants les uns des autres".

Prenons cette position pour argent comptant�: serait-elle la plus efficace dans le combat contre le capitalisme�? En ne d�fendant qu�une revendication ou qu�une action � un moment donn�, les groupes affinitaires �viteraient certes "les lourdeurs d�une gestion centralis�e". Mais ils rendent par l�-m�me l�action plus faible.

Combien de groupes affinitaires faudrait-il pour abattre l�Etat capitaliste, voire pour repousser une charge de police�?

Plus d�un, sans doute.

Mais comment coordonner des groupes qui, par essence, se veulent ind�pendants les uns des autres�? Qu�arrive-t-il en cas de d�saccord dans une action�?

Le groupe s�auto-dissout et chaque individu se retrouve seul et faible face � la r�pression.

De plus, le concept de groupe affinitaire est cens� nous prouver la capacit� des minorit�s agissantes de r�gler les probl�mes � la place des masses. Ceci constitue une erreur strat�gique que beaucoup ont pay� de leur vie ou bien de l�enfer carc�ral.

Assez r�cemment de petits groupes comme Action Directe en France, les CCC belges ou bien la RAF en Allemagne, beaucoup mieux pr�par�s militairement que nos amateurs des Black Blocs ont compris � leur d�pens ce qu�il en co�tait de vouloir se substituer aux masses.

En voulant faire du neuf avec du vieux, les anarchistes tournent le dos au seul exemple d�une v�ritable r�volution sociale qui a pu renverser le pouvoir existant�: celle de 1917, o� les masses, organis�es en conseils ouvriers et non pas en groupes affinitaires, ont mis fin au tsarisme et � l�imp�rialisme russe.

En effet, si les militants du Black Bloc veulent appliquer la "th�orie de l�exemple", ils feraient bien de m�diter celui de la r�volution russe o�, loin des th�ories et des agissements anarchistes, un parti - oui un parti�! - et un programme ont jou� un r�le fondamental dans la victoire.

Les groupes affinitaires, bas�s sur une entente d�individus r�duite en nombre pour un objectif momentan�, ne pourront jamais mener � bien une telle victoire pour la simple raison qu�ils ne pourront jamais exprimer un programme d�ensemble pour les luttes anticapitalistes.

Mais cette diff�rence d�approche ne devrait pas surprendre�: les r�volutionnaires de 1917, eux, �taient bien s�rieux dans leur d�sir de d�truire l�Etat. A la diff�rence du Black Bloc, leur politique avait pour objectif le pouvoir des travailleurs, et non pas quelques �chauffour�es avec les flics.

http://www.pouvoir-ouvrier.org/mondialisation/black.html




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