| |
Post� le lundi 03 d�cembre 2007 @ 15:11:31 by AnarchOi Contributed by: AnarchOi
|
 |
Albert Libertad . Le culte de la charogne. (Agone. 2006)
L’un des évènements éditoriaux de cette fin d’année est incontestablement la réédition (revue et augmentée) du culte de la charogne
du grand anarchiste Albert Libertad dont les textes furent publiés il y
a 30 ans grâce aux bons soins de Roger Langlais. Les articles à haute
teneur ravacholesque que l’auteur fit paraître dans l’anarchie (1) de 1905 à 1908 (date de sa mort) sont ici accompagnés des flèches empoisonnées qu’il décocha dans Le droit de vivre, le libertaire de Sébastien Faure et Louise Michel et Les temps nouveaux de Jean Grave .
Au
cœur de la geste anarchiste, Albert Libertad fait figure d’OVNI et
demeure, 100 ans après, l’une des personnalités les plus étonnantes et
les plus flamboyantes de ce mouvement qui n’a jamais rien eu
d’homogène. Dans le premier article du recueil (en 1897, il a alors 22
ans), il écrit : « Frappé dès l’enfance d’ataxie, né dans un milieu
pauvre, cet homme dut, malgré la plus redoutable des infirmités,
demander au travail dont il était incapable le droit de vivre. »
Voilà
donc notre boiteux magnétique qui quitte sa Gironde natale et qui «
monte » à Paris « à travers des campagnes hostiles au vagabond, sous
l’incessante persécution du gendarme ou le regard haineux du paysan ».
A Paris commence son activité subversive qui lui vaudra de nombreux
séjour à l’ombre, soit parce qu’il apostrophe le prêtre du Sacré-Cœur
au milieu de son sermon (deux mois ferme) ; soit pour « refus de
circuler, rébellion, outrages à agents, voies de fait, cris séditieux »
[Victor Serge].
Il faut dire que Libertad est un enragé et qu’il
n’épargne personne. Rochefort dira que c’est lui qui « dans les
réunions anarchistes propose les résolutions les plus révolutionnaires.
Il trouvait qu’on n’allait jamais assez loin dans le chambardement ».
D’ou les inimitiés qu’il va s’attirer et les légendes qui vont fleurir
après sa mort (Jean Grave l’accusant d’être un agent provocateur au
service de la police, mensonge que cautionnera l’immonde charogne
stalinienne Aragon dans ses cloches de Bâle).
Pour
l’heure, Libertad attaque avec une fougue hors du commun les
principales cibles des anarchistes : l’Etat, l’Eglise, l’Armée, les
Lois… « Je sens qu’il est nécessaire que nul ne pardonne, que nul
n’oublie pour travailler avec plus de force à détruire cette société
dont l’existence est basée sur le mensonge odieux des codes, la
tyrannie cruelle des lois et la légende imbécile des évangiles. ». Si
notre bonhomme s’était contenté de ça, il aurait trouvé sa petite place
pépère au sein du catéchisme anar au côté du bon prince Kropotkine
ou
de la bonne parole à la confiture de framboise des Élisée Reclus , Grave ou
Malato. Mais il est avant tout un étincelant individualiste qui sait se
souvenir des écrits de Stirner (« Soyons désireux de connaître toutes
les jouissances, tous les bonheurs, toutes les sensations. Ne soyons
résignés à aucune diminution de notre « moi ». Soyons les affamés de la
vie que les désirs font sortir de la turpitude, de la veulerie, et
assimilons la terre à notre idée de beauté. ») sans pour autant tomber
dans le piège de ceux que nous appelons aujourd’hui les libéraux, ces
crapules qui ont détourné à leur profit le véritable sens de
l’individualisme pour ne l’appliquer qu’à ceux qui possèdent (« Notre
individualisme n’a aucun rapport avec cet individualisme tronqué,
préparé à l’usage de la société présente. »).
Mais là où Libertad se surpasse, c’est lorsqu’il se rappelle avec La Boétie que
notre servitude est quelque chose de volontaire et qu’il ne tient qu’à
chacun de nous de ne pas se résigner à notre condition d’esclave pour
que les maîtres disparaissent. S’il ne ménage aucunement la chèvre
dirigeante, il se montre presque plus violent pour le chou dominé qui
ne cesse de se donner de nouveaux dirigeants et de s’inventer de
nouvelles chaînes. C’est ainsi qu’il fustige les syndicats (« le
syndicat est pour le moment le dernier mot de l’imbécillité en même
temps que de la férocité prolétarienne. » ; « Le syndicat ne se lève
pas contre la base même de l’exploitation. Il décide d’en réglementer
les conditions. »), les simples troufions qui se résignent à leurs
uniformes et n’hésitent pas à tirer sur les leurs (les ouvriers en
grève) au profit des dirigeants (« Jeunes gens de vingt ans, je ne vous
reprocherai donc pas de manier les joujoux du meurtre mais bien plutôt
de ne pas savoir vous en servir. Vous acceptez l’arme qu’on vous tend.
Sachez déterminer l’usage qu’il faudra en faire. ») et surtout sur le «
bétail électoral » pour qui Libertad n’a pas de mots assez durs. («
Pourquoi te courbes-tu, obéis-tu, sers-tu ? Pourquoi es-tu l’inférieur,
l’humilié, l’offensé, le serviteur, l’esclave ? Parce que tu es
l’électeur, celui qui accepte ce qui est ; celui qui, par le bulletin
sanctionne toutes ses misères, consacre toutes ses servitudes. Tu es le
volontaire valet, le domestique aimable, le laquais, le larbin, le
chien léchant le fouet. Tu es le geôlier et le mouchard. Tu es le bon
soldat, le locataire bénévole. Tu es l’employé fidèle, le serviteur
dévoué, l’ouvrier résigné de ton propre esclavage. Tu es toi-même ton
bourreau. De quoi te plains-tu ? » ; « Que le bétail électoral soit
mené à coups de lanières, cela nous importe peu, mais il construit des
barrières dans lesquelles il se parque et veut nous parquer ; il nomme
des maîtres qui le dirigeront et veulent nous diriger. Ces barrières
sont les lois. Ces maîtres sont les législateurs. Il nous faut
travailler à détruire les unes et les autres, dût-on pour cela,
disperser au loin le fumier où poussent les députés, le fumier
électoral. »)
Si tant de violence peut effrayer à notre époque
où tout le monde semble s’être résigné au petit jeu truqué du suffrage
universel et de la loi du plus fort (celle de la majorité) ; il faut
tenter de prendre du recul et mesurer à quel point les paroles de Libertad auraient pu servir à empêcher de tomber dans tous les pièges
du 20ème siècle si elles avaient été un tant soit peu analysées (les
bolcheviques en 1917 et les syndicats en 1968 étaient minoritaires, ils
ont su pourtant confisquer les révolutions !) .
« Résignés,
regardez, je crache sur vos idoles, sur crache sur Dieu, je crache sur
la patrie, je crache sur le Christ, je crache sur les drapeaux, je
crache sur le capital et sur le veau d’or, je crache sur les lois et
les codes, sur les symboles et les religions : ce sont des hochets, je
m’en moque, je m’en ris… Ils ne sont rien que par vous, quittez-les et
ils se brisent en miettes. »
1 Libertad lança lui-même ce périodique qui sera repris à sa mort, entre
autres, par Victor Serge (alias Le rétif) et Rirette Maîtrejean puis
par le grand Ernest Armand.
|
|
|
Liens Relatifs
L'Article le plus lu � propos de Biographie :
Les derni�res nouvelles � propos de Biographie :
|