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  Posté le vendredi 23 novembre 2007 @ 13:26:11 by blackcat
Contributed by: blackcat
PolitiqueDepuis 40 jours, 5 dirigeants autochtones Mapuche emprisonnés au Chili sont en Grève de la faim. Ils sont condamnés sous le coup de loi anti-terroristes à des peines disproportionnées pour avoir défendu leurs droits sur leurs terres. Signer la pétition: www.petition-mapuche.org
Appel des Canadiens et Canadiennes solidaires avec les prisonniers politiques Mapuche en grève de la faim au Chili

Tout au long de ses multiples tournées européennes et nord-américaines, la présidente du Chili, Michelle Bachelet, a l’habitude de présenter son pays comme le leader de la démocratie en Amérique latine. À Genève, au mois de juin dernier, elle remémorait sa détention dans la prison clandestine de la Villa Grimaldi pendant la dictature, à une assemblée du Conseil des droits humains de l’ONU manifestement émue par son discours.

Pourtant, dans les prisons du Chili démocratique de Michelle Bachelet sont actuellement enfermés des dizaines de dirigeants autochtones Mapuche que l’ancien juge Juan Guzman –responsable des poursuites qui ont mené à l’arrestation de Pinochet– qualifie lui-même de « prisonniers politiques ». Qu’une autorité judiciaire de cette importance se prononce en ces termes ne fait que confirmer ce que nous observons depuis l’investiture de Michelle Bachelet : rien ne se passe pour enrayer la dangereuse spirale du recours croissant à la violence militaire, policière et juridique dans le traitement de la question autochtone au Chili.

Terroristes C’est en tant que « terroristes » que sont aujourd’hui condamnés à 10 ans de prisons, assortis de plusieurs centaines de milliers de dollars d’amende, ces hommes et ces femmes mapuche, accusés d’avoir provoqué l’incendie de quelques dizaines d’hectares de terres qui faisaient partie jadis du vaste territoire d’où ont été chassés leurs ancêtres, et dont le général Pinochet a parachevé le dépeçage en distribuant ce qui en restait à ses proches amis de la Junte militaire. Latifundistes et industries forestières ont prospéré, certains jusqu’à se hisser au fameux classement Forbes des grandes fortunes de la planète, pendant que l’on confinait par la force les Mapuche dans des réserves bien trop exiguës pour qu’ils ne puissent y survivre.

Les lois spéciales par lesquelles on entend aujourd’hui neutraliser ces dangereux « terroristes mapuche » furent mises en place et utilisées par le régime de Pinochet pour réprimer l’opposition à la Junte (loi 18.134 dite « anti-terroriste » et loi de sécurité intérieure de l’État 12.927). Elles sont, aujourd’hui encore, les plus terribles de l’arsenal juridique chilien. De façon très paradoxale, ces lois dictatoriales ont été modifiées par les gouvernements de la post-dictature pour en renforcer l’application, notamment en incorporant des délits communs tels que « l’incendie ou la menace terroriste », figurant pourtant déjà dans le Code Pénal.

Dans son rapport sur le Chili de mars 2007, le Comité des droits de l'homme des Nations Unies souligne sa préoccupation au sujet des accusations de terrorisme contre des Mapuche «pour des actes de protestation ou de revendication sociale ayant trait à la défense de leurs droits sur leurs terres» . Il rappelle également que l'application de ces lois limite les garanties d'une procédure régulière dans ces affaires impliquant des Mapuche, notamment par le recours à des témoins « sans visage » comparaissant anonymement au tribunal derrière des paravents et parlant à travers des micros distordant leurs voix, ce qui contrevient par ailleurs fondamentalement au Pacte International des droits civils et politiques et à la Convention Américaine des droits de l’Homme ratifiés par le Chili.

À deux reprises, la Cour suprême du Chili est intervenue pour révoquer des jugements dans lesquels des Mapuche avaient été acquittés par les juges. Voyant leurs garanties de procédure ainsi violées, plusieurs dizaines de Mapuche accusés d’« association illicite terroriste » ont décidé de ne pas comparaître devant les tribunaux et se sont trouvés contraints d’opter pour la clandestinité. Contradictions Malgré ses discours sur la démocratie retrouvée, Michelle Bachelet peine à cacher à la communauté internationale la violence de la répression à l’encontre des Mapuche, devenue systématique au cours de son mandat, et qui rappelle étrangement le climat des années noires de la dictature. De nombreuses organisations internationales de défense des droits humains (parmi lesquelles Human Right Watch et la Fédération Internationale des Droits Humains) ont récemment dénoncé la disproportion des actions policières effectuées dans les communautés mapuche: hélicoptères, véhicules blindés, des centaines d’hommes des « forces spéciales » pour effectuer des perquisitions dans les habitations traditionnelles faites de terre et de bois, bombes lacrymogènes et armes de guerre au poing. Enfants blessés par balle (comme très récemment à Temucuicui), personnes âgées rouées de coups, hommes et femmes agressés, battus sous des insultes racistes, habitations détruites, confiscations de biens, sont pratique courante. Rien n’arrête les « forces de l’ordre » dans leur quête obsessive des « activistes » mapuche clandestins.

Soucieuse de son image à l’étranger, et sous la pression croissante des manifestations dans son pays, la présidente s’est engagée l’an passé à ne plus invoquer à l’avenir les lois « anti-terroristes » dans des procès liés à des demandes de terres lorsqu’il s’agit de délits communs.

Mais de façon très contradictoire, le gouvernement de Michelle Bachelet continue de se livrer à une criminalisation croissante des demandes sociales mapuche en utilisant quotidiennement la force publique pour les réprimer sur le terrain. Les nombreux abus policiers commis à l’encontre des Mapuche et dénoncés par les organisations de droits humains demeurent impunis par le gouvernement.

Dans le même ordre d’idée, bien qu’elle ait soutenu la récente Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones, elle propose un vague projet de reconnaissance constitutionnelle pour les peuples autochtones du Chili qui reste très en deçà des standards internationaux en la matière.

Grève de la faim Pour faire valoir les droits que le Chili refuse à leur peuple, Patricia Troncoso Robles, José Huenchunao Mariñan, Jaime Marileo Saravia, Héctor Llaitul Carillanca et Juan Millalén Milla, actuellement emprisonnés à Angol, n’ont pas eu d’autre recours que de cesser de s’alimenter, depuis le 10 octobre dernier. Le 15 octobre se sont joint à eux dans cette grève de la faim Ivan Llanquileo, dirigeant de la communauté Millahual de Contulmo, incarcéré dans la prison de Conception, ainsi que Waikilaf Cadin incarcéré dans la prison de Haute sécurité de Santiago.

Ils demandent la libération inconditionnelle de tous les prisonniers politiques mapuche, la fin de la répression et la démilitarisation des communautés mapuche qui luttent pour leurs droits politiques et territoriaux. Amnesty International et l’Organisation Mondiale Contre la Torture ont manifesté « leur préoccupation quant aux conditions de santé et aux impacts quant à l’intégrité physique et psychologique des grévistes de la faim mapuche ». Les deux organisations mentionnent pour ces cas « l’application d’une politique pénale disproportionnée ». Depuis Genève, Rodolfo Stavenhagen, rapporteur spécial des Nations Unies pour les droits des peuples autochtones, a incité le gouvernement chilien « à mettre en œuvre tous les moyens en son pouvoir pour arriver à un accord permettant de sortir de la crise posée par les prisonniers mapuche », et suggère « l’amnistie pour les défenseurs des droits autochtones condamnés par les lois antiterroristes ». De nombreux intellectuels, dont Noam Chomsky et le prix Nobel de littérature José Saramago ont interpellé Michelle Bachelet sur la question mapuche. Jusqu’à aujourd’hui, rien n’y a fait. En ce mois de Novembre 2007, le peuple mapuche commémore les 5 ans de l’assassinat d’Alex Lemún, jeune mapuche de 17 ans abattu d’une balle dans la tête par la police chilienne alors qu’il participait à une occupation pacifique de terres ancestrales. Alex est une des victimes de cette transition démocratique inachevée qui ces dernières années s’est entachée du sang et des souffrances des familles osant se lever pour réclamer leurs droits. Le policier auteur du coup de feu n’a jamais été jugé ni même sanctionné. Il a été promu au grade de major. Nous espérons qu’en ce mois de Novembre le Chili « démocratique » de Michelle Bachelet ne se rendra pas responsable d’une nouvelle mort en restant sourd aux revendications des prisonniers politiques en grève de la faim dans ses prisons.

Pour cette raison, nous demandons au gouvernement du Chili de libérer tous les prisonniers politiques mapuche et de mettre fin à la criminalisation des revendications sociales et politiques mapuche.

Nous nous adressons également au gouvernement du Canada qui, par le biais de son ministre des affaires indiennes, déclarait récemment dans les pages de ce journal que « la situation des peuples autochtones partout dans le monde justifie la prise de mesures internationales concertées et concrètes ». Nous lui demandons d’assumer ses propos et d’interpeller le gouvernement du Chili sur ce sujet.

Nous invitons enfin toutes les personnes qui veulent se joindre à cet appel à visiter le site Internet suivant : http://acsppm.blogspot.com


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