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Post� le jeudi 08 mars 2007 @ 19:26:24 by AnarchOi Contributed by: AnarchOi
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Interview publiée dans le Sunday Magazine Post Dispatch de Saint Louis, le 24 octobre 1897
“Ce que l’anarchie m’apporte en tant que femme?”
“L’anarchie
apporte à la femme plus qu’à n’importe qui d’autre, elle lui apporte
tout ce qu’elle n’a pas: la liberté et l’égalité.”
Rapidement, et en
toute sincérité Emma Goldman , la prêtresse de d’anarchie, exilée de
Russie, crainte par la police, et actuellement invitée des anarchistes (1)
de St. Louis donna cette réponse à ma question.
Je l’ai rencontrée
au numéro 1722 de l’avenue Oregon, dans une maison ancienne de briques
à deux étages ; la maison d’un sympatisant (2) et non pas d’un membre de
sa famille m’a-t-on annoncé.
J’étais reçu par une femme allemande
corpulente, d’un naturel aimable et emmené dans une salle à manger de
type allemand, tout était propre et net autant que le savon et l’eau le
permettait. Après avoir essuyé soigneusement une chaise pour moi avec
son tablier, elle répéta mon nom à l’audacieuse petite libre penseuse.
J’étais le bienvenu. Je trouvais Emma Goldman sirotant son café avec du
pain et de la confiture, pour son petit déjeuner. Elle était vêtue d’un
chemisier avec un col et des poignets blancs et d’une jupe de percale,
ses pieds chaussés confortablement dans une paire de pantoufles en
tissu. Elle ne ressemble aucunement à une nihiliste russe qui serait
immédiatement envoyée en Sibérie si elle devait un jour traverser la
frontière de son pays natal.
“Vous croyez au mariage?”
“Non,
en aucune façon” répondit la jolie petite anarchiste, aussi vivement
qu’au début. « je pense que lorsque deux personnes s’aiment, aucun
juge, ministre ou tribunal, ou corporation humaine ne sont en aucun cas
concernés. Les deux personnes sont les seules à déterminer quel genre
de relations ils souhaitent établir ensemble. Quand la relation devient
ennuyante, pour l’une des parties, alors, elle devrait être terminée
aussi tranquillement qu’elle a débuté. »
Melle Goldman hocha de la
tête pour appuyer ses mots, et c’était vraiment une jolie tête,
couronnée avec des doux cheveux bruns, peignés avec une frange et
brossés sur un côté. Ses yeux sont d’un bleu honnête, son teint clair
et blanc. Son nez bien qu’assez large et d’un modèle teuton, était bien
fait. Elle est petite avec un visage arrondi. Son apparence est plus
allemande que russe. Le seul défaut sérieux physique qu’elle montre est
dans sa vision. Elle est tellement myope qu’avec ses lunettes elle peut
à peine lire ce qui est écrit.
“L’alliance devrait être
créée”, continua-t-elle, “pas comme maintenant, pour donner à la femme
un soutien et un foyer, mais parce que l’amour est là, et cette façon
de faire ne peut être atteinte que par une révolution interne, en court
: l’anarchie .»
Elle disait cela aussi calmement que si elle
venait de s’exprimer sur un fait ordinaire et journalier mais le
pétillement de ses yeux montrait les « révolutions internes » déjà en
action dans son esprit vif.
“Ce que l’anarchie promet à la femme?”
Elle apporte tout à la femme, liberté, égalité, tout ce que la femme n’a pas aujourd’hui.”
“La femme n’est-elle donc pas libre?”
“Libre!
Elle est l’esclave de son mari et de ses enfants. Elle devrait prendre
sa place dans le monde des affaires de la même façon que l’homme : elle
devrait être son égale face au monde, comme elle l’est dans la réalité.
Elle est aussi capable que lui, mais quand elle travaille elle est
moins payée. Pourquoi ? parce qu’elle porte des jupes au lieu de
pantalons. »
“Mais que devient-il de l’idéal de la vie de famille et de tout ce qui concerne la mère, selon l’idée patriarcale actuelle ?”
“Vie
de famille idéale, en effet! La femme, au lieu d’être considérée comme
la reine de la maison selon les livres classiques, est en fait la
servante, la maitresse et l’esclave du mari et des enfants. Elle perd
totalement sa propre individualité, elle perd même son nom qu’elle
n’est pas autorisée à conserver. Elle est la maitresse de John Brown ou
la maitresse de Tom Jones, c’est ce qu’elle est et rien d’autre. C’est
ce que je pense d’elle. »
Melle Goldman a un accent agréable. Elle
roule ses r et transforme ses r en v et vice versa, avec une
prononciation véritablement russe. Elle gesticule beaucoup. Quand elle
s’excite, ses mains, ses pieds et ses épaules, tout participe à
illustrer ses pensées.
“Que feriez vous avec les enfants de l’ère anarchiste?”
“Les
enfants seraient installés dans des maisons communes, avec de grandes
écoles en internat où ils seront soigneusement pris en charge et
éduqués et de bien des façons aussi bien soignés, et dans bien des cas
même bien mieux que ce qu’ils recevraient dans leur propre maisons.
Très peu de mères savent vraiment comment prendre soin de leur enfants
de toutes façons. C’est une science que bien peu ont vraiment appris. »
“Mais
pour les femmes qui désirent une vie familiale et qui souhaitent
prendre le soin de leur propres enfanst, la femme domestique,
qu’adviendra-t-il pour elle?”
“Oh, bien sûr, les femmes qui
le désirent pourront garder leurs enfants à la maison et celles qui le
souhaitent pourront se limiter strictement à des devoirs domestiques si
elles le souhaitent. Mais cela permettra à celles qui désirent quelque
chose de plus large, d’avoir la chance d’atteindre tout but qu’elles
désirent. Avec aucun pauvre et aucun capitaliste mais un porte monnaie
commun, cette planète pourra se permettre le paradis que les chrétiens
cherchent dans un autre monde. »
Elle fixa en contemplation le fond
de sa tasse de café vide, comme si elle voyait en imagination l’état
idéal, déjà dans la réalité.
“Qui prendra soin des enfants?” je lui demandais, interrompant ses rêveries.
“Tout
le monde”, répondit-elle, “possède des qualités et des talents qui leur
conviennent selon les activités. J’ai une formation d’infirmière.
J’aime prendre soin des malades. Il en sera ainsi pour certaines
femmes. Elle voudront prendre soin et enseigner les enfants.”
“Est-ce
que les enfants ne vont pas perdre l’amour pour leurs parents et
souffrir du manque de leur présence?” la pensée des affectueux petits
chéris relégués dans une sorte d’asile pour orphelin traversa mon
esprit. »
“Les parents auront les mêmes opportunités de
gagner leur confiance et leur affection comme ils l’ont actuellement.
Ils pourront passer autant de temps qu’il leur plaira avec eux aussi
souvent qu’ils le désireront. Ils seront les enfants d’amour, sains,
vigoureux et sûrs d’eux-mêmes et pas comme maintenant, dans la plupart
des cas, nés dans la haine et les disputes domestiques. »
“Qu’est-ce que vous appelez amour?”
“Quand
un homme ou une femme trouve une qualité ou des qualités chez une autre
personne qu’elle admire et développe un désir puissant de plaire à
cette personne, jusqu’à sacrifier ses sentiments personnels ; quand il
y a ce quelque chose de subtil qui les attire l’un vers l’autre, que
ceux qui aiment reconnaissent, et sentent au plus profond de leur être,
alors j’appelle cela de l’amour. » Elle s’arrêta de parler et son
visage était teinté d’un léger rougissement.
“Est-ce qu’une personne peut en aimer plusieurs en même temps ? »
“Je
ne vois pas pourquoi pas – si ils trouvent les mêmes qualités qu’ils
aiment dans plusieurs personnes. Qu’est-ce qui pourrait les empêcher
d’aimer les mêmes choses dans touTEs ? »
“Si nous cessons
d’aimer l’homme ou la femme et que nous trouvons quelqu’unE d’autre,
comme je l’ai dit avant, nous en parlons et nous changeons
tranquillement notre mode de vie. Les affaires privées de la famille
n’ont pas besoin d’être exposées dans les tribunaux et ne deviennent
pas publiques. Personne ne peut contrôler les sentiments, c’est
pourquoi il ne devrait pas y avoir de jalousie. »
“Des coeurs
brisés? Oh oui”, dit-elle, tristement, “ mais pas de haine parce qu’il
ou elle ne veut plus de la relation. La race humaine aura toujours des
cœurs brisés aussi longtemps que le cœur bat dans la poitrine.
“Ma
religion,” répétait-t-elle en riant. « J’étais de religion juive quand
j’étais enfant, vous savez je suis juive, mais maintenant je suis
athée. Personne n’a été capable de prouver ni les origines de la bible,
ni l’existence d’un dieu selon mon opinion. Je ne crois pas dans un
au-delà à l’exception de l’au-delà qui est trouvé dans la matière
physique qui existe dans le corps humain. Je pense que les vies
existent dans d’autres formes ; et je ne pense pas que ce qui a été
créé peut être perdu ; cela continue encore et à nouveau sous une forme
ou une autre. L’âme n’existe pas ; tout est dans la matière physique.”
La
jolie Melle Goldman avait fini de parler, et une délicate rougeur
teinta ses joues quand je lui demandais si elle avait l’intention de se
marier.
“Non, je ne crois pas dans le mariage pour les autres, et je
ne défendrais certainement pas quelque chose et pratiquerais le
contraire pour moi-même. »
Elle était assise dans une attitude
confortable avec une jambe croisée sur l’autre. Elle est dans tous les
sens une femme féminine avec un esprit masculin et du courage.
Elle
ria quand elle raconta qu’il y avait 50 officiers de police lors de sa
conférence le vendredi soir et elle ajouta, “si une bombe avait
explosée, j’aurais sûrement été accusée de l’avoir fait. »
(1)
EG passa 8 jours à St Louis à partir du 16 octobre 1897 qui furent
abondamment couverts par la presse locale et attira l’intérêt des
autorités. Quand il fut par erreur raconté qu’elle avait l’intention de
donner une conférence ouverte au public en plein air le 19 octobre en
face de la statue du président Ulysses Grant, le Capitaine Ziegenheim
déclara le rassemblement illégal et ordonna à la police de l’empêcher.
En même temps, le conseil municipal vota une résolution qui approuvait
les actions du capitaine du département de la police en soulignant ‘le
non américain, non patriotique » enseignements d’une « anarchiste
notoire ». Sous la surveillance étroite de la police, EG s’adressa la
nuit suivant dans le centre Walhalla à des centaines de personnes. Ses
conférences à St Louis avaient tellement de succès que son séjour
l’année suivante ne fut pas couverte par la presse car selon Solidarity
: « les journaux considèrent qu’ils aidaient les anarchistes dans leur
propagande . » Voir St. Louis Post-Dispatch, 20 October 1897, EGP, reel
47; and Solidarity, 1 May 1898, p. 4.
(2)EG était hébergé chez Auguste Sendlein, un anarchiste et un fromager
Traduction par Satya d'un texte publié en anglais sur The Emma Goldman papers
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