Ayant eu l'occasion de faire connaissance avec deux prisons en France et quelques-unes en Russie ; ayant �t� amen� par diverses circonstances de ma vie � revenir, � plusieurs reprises, sur l'�tude des questions p�nitentiaires, j'ai pens� qu'il �tait de mon devoir de venir dire au grand jour ce que sont les prisons, de relater mes observations et d'exposer les r�flexions sugg�r�es par ces observations.
Et d'abord, en quoi consiste le r�gime des prisons fran�aises ?
Vous savez qu'il y trois grandes cat�gories de prisons : la prison d�partementale, la maison centrale et la Nouvelle-Cal�donie.
Pour la Nouvelle-Cal�donie, les renseignements qui nous parviennent de ces �les �loign�es sont si contradictoires et si fragmentaires qu'il est impossible de se faire une juste id�e de ce que c'est que le r�gime des travaux forc�s de la Nouvelle-Cal�donie.
Pour les prisons d�partementales, celle que nous avons appris � conna�tre � Lyon est dans un tel �tat que moins on en parlera, mieux cela vaudra. J'ai racont� ailleurs en quel �tat nous l'avons trouv�e et l'influence funeste qu'elle exerce sur les enfants qui y sont enferm�s. Ces �tres malheureux sont condamn�s, � la suite du r�gime auquel ils sont soumis, � tra�ner toute leur vie de prison en prison, et � mourir dans une �le du Pacifique.
Je ne m'arr�te donc pas sur la prison d�partementale de Lyon et je passe � la maison centrale de Clairvaux, d'autant plus qu'avec la prison militaire de Brest, c'est la meilleure prison de France et � autant qu'on peut en juger par ce que l'on sait sur d'autres pays, � une des meilleures d'Europe. Voyons ce que c'est qu'une des meilleures prisons modernes, � nous pourrons mieux juger les autres. Nous l'avons vue aussi dans les meilleures conditions. Quelques temps avant notre arriv�e, un d�tenu avait �t� tu� dans sa cellule par les gardiens, avec leurs cl�s ; apr�s quoi toute l'administration avait �t� chang�e ; et je dois dire franchement que la nouvelle administration n'avait nullement ce caract�re que l'on rencontre dans tant d'autres prisons � celui de chercher � rendre la vie du d�tenu la plus dure possible. C'est aussi la seule prison en France qui n'ait pas eu son �meute, lors des �meutes de l'ann�e 1885.
Clairvaux
Lorsqu'on s'approche de l'immense mur d'enceinte de Clairvaux, qui longe les pentes des collines sur une longueur de quatre kilom�tres, on croirait plut�t voir une petite ville manufacturi�re. Des usines fumantes, quatre grandes chemin�es de machines � vapeur, une ou deux turbines et le rythme scand� des usines, voil� ce qui frappe au premier abord. C'est que, pour trouver de l'occupation pour 1400 d�tenus, il a fallu y �riger une immense usine de lits en fer, des manufactures de soie et de brocart de haute qualit�, de toile grossi�re pour plusieurs autres prisons fran�aises, de gros draps, de v�tements et de sabots pour les d�tenus, une usine de m�tres et de cadres, une usine � gaz, des moulins � farine, une manufacture de boutons et de toutes sortes de petits objets en nacre, et ainsi de suite. Un immense potager et des champs d'avoine sont cultiv�s � l'int�rieur des murs d'enceinte, et de temps en temps une brigade ext�rieure sort des murs, soit pour couper du bois dans la for�t, soit pour r�parer un canal.
Voil� l'immense mise de fonds et la vari�t� de m�tiers qu'il a fallu introduire pour donner du travail utile � 1 400 hommes seulement.
L�Etat �tant incapable de faire cette mise de fonds immense, ni d'�couler avantageusement ce qu'il pourrait faire produire, a �videmment d� s'adresser � des entrepreneurs, et pour attirer ces entrepreneurs il leur conc�de le travail des d�tenus � des prix beaucoup inf�rieurs � ceux que l'on paie en dehors de la prison.
En effet, les salaires de Clairvaux ne sont que de cinquante centimes � un franc. Tandis qu'aux lits de fer ou � l'atelier de confection, on parvient quelquefois � gagner jusqu'� deux francs, nombre de d�tenus ne gagnent que soixante-dix centimes pour une journ�e de douze heures de travail, et souvent cinquante centimes. L�-dessus l'Etat pr�l�ve de cinq � neuf dixi�mes � cinq dixi�mes chez celui qui est condamn� pour la premi�re fois, six dixi�mes lors d'une deuxi�me condamnation, et ainsi de suite ; un dixi�me reste toujours au d�tenu, quel que soit le nombre de condamnations. Le reste est divis� en deux parties �gales, dont l'une est mise � la disposition du d�tenu pour acheter � la cantine quelque nourriture suppl�mentaire, et l'autre moiti� lui est remise � sa sortie.
C'est aux ateliers que les d�tenus passent la plupart de la journ�e, sauf une heure d'�cole et trois quarts d'heure de promenade, � la file, aux cris de une, deusse, des gardiens. Cela s'appelle faire la "queue de cervelas". Le dimanche est pass� dans les cours, s'il fait beau, et dans les ateliers en cas de mauvais temps.
Ajoutons encore que la maison centrale de Clairvaux �tait organis�e sur le syst�me du silence absolu. Mais ce syst�me est si contraire � la nature humaine qu'il ne pouvait �tre maintenu qu'� force de punitions. Aussi, pendant les trois ann�es que nous avons pass�es � Clairvaux, tombait-il en d�su�tude. On l'abandonnait peu � peu, pourvu que les conversations � l'atelier et � la promenade ne fussent pas trop bruyantes.
Il y aurait bien des choses � dire sur cette "Maison de d�tention et de correction" mais ces quelques mots suffiront pour vous en donner un id�e g�n�rale.
Quant aux prisons des autres pays europ�ens, qu'il me suffise de dire qu'elles ne sont pas meilleures que celle de Clairvaux. Dans les prisons anglaises, en tant que je les ai �tudi�es dans la litt�rature, dans des rapports officiels et dans des m�moires, je dois dire qu'elles ont maintenu certains usages qui ont �t� heureusement abolis en France. Le traitement en France est plus humain, et le "tread-mill" � la roue dans laquelle le d�tenu anglais marche comme un �cureuil - n'existe pas en France. Tandis que, d'autre part, la punition fran�aise qui consiste � faire marcher l'homme pendant des mois, � par son caract�re d�gradant, la prolongation d�mesur�e du ch�timent et l'arbitraire avec lequel il est appliqu� est un digne pendant de la peine corporelle que l'on rencontre encore en Angleterre.
Les prisons allemandes ont un caract�re de duret� qui les rend excessivement p�nibles, et quant aux prisons autrichiennes et russes, elles sont dans un �tat encore plus d�plorable.
Nous pouvons donc prendre la maison centrale en France comme un repr�sentant assez bon de la prison modernis�e.
Voil�, en peu de mots, le syst�me d'organisation des prisons que l'on consid�re comme les meilleures en ce moment. Voyons maintenant quels sont les r�sultats obtenus par ces organisations excessivement co�teuses ?
De beaux r�sultats
A cette question, il n'y a pas deux r�ponses � faire. Tous, l'administration m�me, sont d'avis que ces r�sultats sont des plus piteux.
Une fois qu'un homme a �t� en prison, il y reviendra. C'est certain, c'est in�vitable, et les chiffres le prouvent. Les comptes rendus annuels de l'administration de la justice criminelle en France nous disent que la moiti� environ de tous ceux qui sont jug�s par les assises, et les deux cinqui�mes de ceux qui passent chaque ann�e en police correctionnelle ont re�u leur �ducation en prison : ce sont des r�cidivistes. Presque la moiti� (42 � 45 pour cent) de tous ceux qui sont jug�s pour vols, sont encore des r�cidivistes. On en arr�te jusqu'� 70 000 par an en France seulement. Quant aux maisons centrales, plus d'un tiers (20 � 40 pour cent) des d�tenus lib�r�s de ces pr�tendues institutions de correction sont r�int�gr�s en prison dans le cours des douze mois qui suivent leur lib�ration. C'est un fait si constant qu'� Clairvaux nous entendions dire aux gardiens : � Tiens, c'est �trange qu'un tel ne soit pas encore de retour. Aurait-il eu, par hasard, le temps de passer dans un autre district judiciaire ? � Et il y a dans les maisons centrales des prisonniers �g�s qui, ayant r�ussi � avoir une place favoris�e � l'h�pital ou dans un atelier, prient, en sortant de prison, de leur garder leur place jusqu'� leur prochain retour. Ces pauvres vieux sont s�rs d'y retourner sous peu.
D'ailleurs, ceux qui s'y connaissent - et je n'ai qu'� citer, par exemple, le docteur Lombroso, affirment que si l'on tient compte de ceux qui meurent bient�t apr�s �tre sortis de prison, qui changent de nom, ou �migrent, ou qui r�ussissent � se cacher apr�s avoir commis quelque nouvel acte contre les lois �tablies - si l'on tient compte de tous ceux-l�, on est � se demander si tous les d�tenus lib�r�s ne tombent pas dans la r�cidive.
Rel�gation
Voil� � quoi aboutissent nos prisons. Mais il y a plus. Le fait pour lequel un homme revient en prison est toujours plus grave que celui pour lequel il avait �t� condamn� la premi�re fois. Si son premier acte a �t� un petit vol, il reviendra pour quelque grand coup. S'il a �t� emprisonn�, la premi�re fois, pour un acte de violence, souvent il reviendra assassin. Tous les �crivains criminalistes sont d'accord l�-dessus.
La r�cidive est devenue un immense probl�me pour l'Europe, et vous savez comment la France l'a r�solu. Elle a ordonn� l'extermination des r�cidivistes en bloc, par les fi�vres de Cayenne. D'ailleurs l'extermination commence d�j� en route. Vous avez lu, il y a trois jours, comment on a pass� par les armes onze r�cidivistes � bord du vaisseau qui les emmenait de France, et cet acte de sauvagerie du capitaine sera certainement son titre pour �tre nomm� prochainement directeur de la colonie de Cayenne.
Eh bien, malgr� toutes les r�formes faites jusqu'� ce jour, malgr� tous les syst�mes p�nitentiaires essay�s, le r�sultat a toujours �t� le m�me. D'une part, le nombre de faits contraires aux lois existantes n'augmente ni ne diminue, quel que soit le syst�me de peines inflig�es. On a abolit le "knout" en Russie et la peine de mort en Italie - et le nombre des meurtres est rest� absolument le m�me. La cruaut� des juges augmente ou diminue : la cruaut� ou le j�suitisme des syst�mes p�nitentiaires changent. Mais le nombre d'actes nomm�s crimes reste invariable. Il est affect� seulement par d'autres causes, dont je vais parler tout � l'heure.
Et d'autre part, quels que soient les changements introduits dans le r�gime p�nitentiaire, la r�cidive ne diminue pas. Et c'est in�vitable, cela doit �tre ainsi : la prison tue en l'homme toutes les qualit�s qui le rendent mieux appropri� � la vie en soci�t�. Elle en fait un �tre qui fatalement devra revenir en prison et qui finira ses jours dans un de ces tombeaux en pierre sur lesquels on inscrit Maison de d�tention et de correction et que les ge�liers eux-m�mes appellent � Maison de corruption �.
Si on me demandait � � Que pourrait-on faire cependant pour am�liorer le r�gime p�nitentiaire ? � je r�pondrais : Rien ! On ne peut pas am�liorer une prison. Sauf quelques petites am�liorations sans importance, il n'y a absolument rien � faire qu'� la d�molir.
J'ai d�j� dit pour quel salaire d�risoire travaille le prisonnier. Dans ces conditions, le travail � qui d�j� n'a aucun attrait en lui-m�me parce qu'il n'exerce aucune des facult�s mentales du travailleur � est si mal r�tribu� qu'il arrive � �tre consid�r� comme une punition. Quand mes amis anarchistes � Clairvaux faisaient des corsets ou des boutons de nacre et recevaient douze sous pour dix heures de travail, dont quatre sous �taient retenus par l'Etat (de cinq � neuf sous sur dix chez les prisonniers de droit commun), nous comprenions tr�s bien le d�go�t que ce travail devait inspirer � un homme condamn� � le faire. Quel plaisir trouver dans un pareil labeur ? Quel effet moralisant ce travail peut-il exercer, lorsque le prisonnier se r�p�te continuellement qu'il ne travaille que pour enrichir un patron ! Quand il a re�u trente-six sous � la fin de la semaine il s'�crie avec raison : "D�cid�ment, les vrais voleurs sont ceux qui nous tiennent ici et pas nous".
Une vie sans objet
Mais encore, nos camarades n'�taient pas forc�s de travailler, et quelquefois par un travail assidu ils arrivaient � encaisser vingt sous. Mais ils faisaient ainsi parce que quelque chose les poussait � travailler. Ceux qui �taient mari�s �taient en correspondance suivie avec leur femme, le lien qui reliait le prisonnier � sa famille n'�tait pas rompu. Et ceux qui n'�taient pas mari�s, ou n'avaient pas de m�re � soutenir, avaient une passion : l'�tude, et ils travaillaient � leur nacre dans l'espoir de pouvoir s'acheter � la fin du mois un livre depuis longtemps d�sir�. Car, o� donc, si ce n'est en prison, le travailleur a-t-il le loisir pour l'�tude ?
Ils avaient une passion. Mais quelle passion peut inspirer un prisonnier de droit commun, priv� de tout lien qui puisse le rattacher � la vie ext�rieure ? Par un raffinement de cruaut�, ceux qui ont imagin� nos prisons ont fait tout ce qu'ils ont pu pour interrompre toute relation du prisonnier avec la soci�t�. En Angleterre, sa femme et ses enfants ne peuvent le voir qu'une fois tous les trois mois, et les lettres qu'il peut �crire sont de vraies d�risions. Les philanthropes ont m�me quelque fois pouss� le m�pris de la nature humaine jusqu'� ne permettre au d�tenu que d'apposer sa signature au bas d'une circulaire imprim�e.
Dans les prisons fran�aises, les visites des parents ne sont pas si s�v�rement limit�es, et dans les prisons centrales le directeur est m�me autoris� dans des cas exceptionnels � permettre les visites dans un parloir sans grille. Mais les maisons centrales sont loin des grandes villes et ce sont les grandes villes qui fournissent le plus grand nombre de d�tenus. Tr�s peu de femmes ont les moyens de faire le voyage de Clairvaux pour avoir quelques petites entrevues avec leur mari.
Et ainsi la meilleure influence � laquelle le d�tenu pourrait �tre soumis, la seule qui pourrait apporter un rayon de lumi�re, un �l�ment plus doux dans sa vie � les relations avec ses proches � est syst�matiquement �cart�e. Les prisons de l'ancien temps �taient moins propres, moins ordonn�es que celles d'aujourd'hui, mais elles �taient plus humaines.
J'ai d�j� dit qu'au moment o� nous arriv�mes � Clairvaux, l'administration y avait �t� chang�e, et que des relations, meilleures que dans d'autres prisons fran�aises s'�taient �tablies entre la nouvelle administration et les d�tenus. Mais les hommes n'y peuvent rien. Le syst�me lui-m�me est odieux.
Qu'on en juge d'apr�s le syst�me suivant de punition que nous trouv�mes � Clairvaux. Je l'ai d�crit alors, la description fit le tour de la presse fran�aise, et personne n'en a jamais contest� un seul mot.
Le quartier de punition, disais-je, c'est le quartier cellulaire. Un homme qui y est envoy� n'est pas battu ; il n'est pas assomm�. Nous, nous sommes des civilis�s. Un homme puni est simplement enferm� dans une cellule. En hiver, il y fait un froid glacial, et la cellule n'a ni lit, ni banquette, ni lumi�re artificielle. Pour la nuit on lui donne un matelas et, en �change, il doit �ter tous ses habits et les mettre � la porte de sa cellule. Le pain et l'eau sont sa seule nourriture.
Le matin, d�s que la cloche de la prison a sonn� � � cinq ou six heures en �t�, � sept ou huit heures en hiver, on l'emm�ne dans un hangar, et l� il doit marcher. Rien que marcher ! mais m�me d'un exercice aussi naturel nous avons su faire une torture.
Les punis marchent � la file, en sabots, aux cris mesur�s du gardien : une, deusse ! Cela dure vingt minutes, apr�s quoi - le repos : Asseyez- vous ! Chacun s'assoit sur sa borne num�rot�e. Tous doivent rester immobiles. Cela dure dix minutes, apr�s quoi de nouveau : En marche! � Une, deusse � une, deusse ! encore pour vingt minutes... Et comme cela toute la journ�e, douze, treize, quatorze heures par jour, tant que les machines travaillent dans les ateliers de la prison. Et cela, pendant des mois, quelquefois des ann�es !
Malheur au puni, si le moindre signe d'impatience lui �chappe! Il sera alors un insoumis. Il est tout naturel, sans doute, qu'il se d�veloppe un esprit de corps qui fait qu'un insoumis est la b�te noire de tous les gardiens. La premi�re question que les gardiens de la prison font � ceux qui leur am�nent un nouveau d�tenu, c'est de savoir ce qu'il est, et malheur � lui, si le mot insoumis a �t� prononc�. Il ne sortira pas de si t�t, � moins d'�tre transport� � la Nouvelle-Cal�donie, ou port� au cimeti�re de Clairvaux.
Gardiens et d�tenus
Il est facile d'�crire dans les journaux que les gardiens devraient �tre s�v�rement surveill�s, que les directeurs devraient �tre choisis parmi les braves gens. Rien de plus facile que de b�tir des utopies administratives. Mais l'homme restera l'homme, le gardien comme le d�tenu. Et quand des hommes sont condamn�s � rester toute leur vie dans des situations fausses, ils en subiront les cons�quences. Le gardien devient m�ticuleux. Nulle part, sauf dans les monast�res et les couvents, il ne r�gne un esprit de basse intrigue et de cancan si d�velopp� que parmi les gardiens de prison. Forc�s de se mouvoir dans un milieu vulgaire, les fonctionnaires subissent son influence. Des petits cancans, un mot prononc� par untel, forment le fond de leurs conversations. Les hommes sont les hommes, et vous ne pouvez pas donner � un individu une parcelle d'autorit� sans le corrompre. Il en abusera, et il y mettra d'autant moins de scrupule, il fera sentir d'autant mieux son autorit�, que sa sph�re sera plus limit�e. Forc�s de vivre au milieu d'un camp d'ennemis, les gardiens ne peuvent pas �tre des mod�les de gentillesse et d'humanit�. A la ligne des d�tenus, ils opposent la ligne des ge�liers. C'est l'institution qui les rend ce qu'ils sont, des pers�cuteurs petits et mesquins. Mettez un Pestalozzi (cr�ateur de la p�dagogie moderne) � leur place (si tant est qu'un Pestalozzi accepte la fonction) et il deviendra bient�t un garde-chiourme.
Quels gredins !
Rapidement la rancune contre la soci�t� envahit le c�ur du d�tenu. Il s'habitue � ha�r cordialement tous ceux qui l'oppriment. Il divise le monde en deux parties : celle dont lui et ses camarades font partie, et le monde ext�rieur, repr�sent� par le directeur, les gardiens et les employ�s. Une ligne se forme entre tous les d�tenus contre tous ceux qui ne portent pas l'habillement des prisonniers. Ce sont leurs ennemis, et tout ce qu'on peut faire pour les tromper est bien. Aussit�t lib�r�, le d�tenu met sa morale en pratique. Avant la prison, il pouvait commettre des m�faits sans r�flexion, maintenant il a une philosophie � lui, qui peut se r�sumer dans ces mots de Zola : "Quels gredins que les honn�tes gens !"
Si nous prenons en consid�ration toutes les diverses influences de la prison sur le d�tenu, nous devons convenir que, chacune s�par�ment, et toutes ensembles, elles agissent de mani�re � rendre l'homme qui a pass� quelque temps en prison de moins en moins appropri� � la vie en soci�t�. D'un autre c�t�, aucune de ces influences n'agit dans le sens d'�lever les facult�s intellectuelles et morales de l'homme, de l'amener � une conception sup�rieure de la vie, de le rendre meilleur qu'il n'�tait en entrant.
La prison n'am�liore pas les d�tenus. Et d'autre part, nous l'avons vu, elle n'emp�che pas les ci-nomm�s crimes de se commettre : t�moins, les r�cidivistes. Elle ne r�pond donc � aucun des buts qu'elle se propose d'atteindre.
Voil� pourquoi la question vient � se poser : "Que faire donc avec ceux qui m�connaissent la loi � je ne dis pas la loi �crite. Celle-ci n'est qu'un triste h�ritage d'un triste pass�, mais les principes m�mes de moralit� grav�s dans le c�ur de chacun ?"
C'est la question que notre si�cle doit r�soudre. �