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Anarchisme : L’Anarcho-Syndicalisme est-il soluble dans le Syndicalisme Révolutionnaire ?
Posté le vendredi 12 janvier 2007 @ 23:07:36
Source : Groupe Communiste-Anarchiste Errico Malatesta de la Fédération Anarchiste



SOMMAIRE

- Préambule

I De l’outil syndical

- Les syndicats ne sont que des outils, quels buts peuvent-ils atteindre ?

- Anarcho-syndicalisme et anarchie

- Syndicalisme révolutionnaire et anarchie

- Anarcho-syndicalisme et syndicalisme révolutionnaire

- Les CNT françaises

- Retour sur l’histoire du syndicalisme français

II Pierre BESNARD dans ses œuvres :

- A L'éthique du syndicalisme

- B Le monde nouveau

III Commentaire sur " Le Communisme Libertaire " d’après Isaac PUENTE

- Conclusion

Préambule

Le groupe communiste-anarchiste Errico Malatesta est adhérent à la Fédération Anarchiste. Nous œuvrons pour changer la société dans un sens anarchiste ; nous luttons pour une société où l’individu sera affranchi des chaînes de la Loi et de l’économie régnante. Une telle société d’hommes libres et fédérés sera composée de multiples formes d’organisations autogestionnaires. En adhérant à une organisation spécifique, nous avons pris le parti d’élaborer une critique sociale cohérente (dont cette brochure sur le syndicalisme est une expression) et de réfléchir en commun sur notre projet de société. A ce jour, tous les membres de notre groupe se positionnent de la tendance communiste (citons comme théoriciens de cette tendance : Pierre Kropotkine , Elisée Reclus, Errico Malatesta et bien d’autres...).

Nous nous efforçons de ne jamais oublier la lutte dans laquelle nous nous sommes engagés pour la transformation du milieu dans lequel nous vivons. Cette brochure que nous avons réalisée, nous sommes obligés de la vendre. Mais nous voulons des rapports humains qui soient basés sur le libre contrat et non des rapports marchands, pour le dire autrement des volontés qui se rencontrent et non des quantités qui s’échangent par le biais de l’argent. Aussi prenons-nous l’engagement de réinvestir l’intégralité des bénéfices dans l’édition de brochures de propagande réalisées par notre groupe, quitte à les éditer ou rééditer à moindre coût ou encore gratuitement.

Cette brochure a été soumise à la discussion et à l’approbation de chaque individu du groupe.

Le groupe Errico Malatesta de Paris de la F.A.

De l’outil syndical

Nous reconnaissons à tout individu le droit d’exprimer ses opinions, nous le revendiquons et nous entendons faire respecter ce droit inaliénable.

Il nous semble essentiel que les différents positionnements et concepts autour du syndicalisme et de l’anarchie soient exprimés le plus clairement possible : le discernement n’est possible que hors de la confusion.

Avertissement 1 :

La question syndicale a été de tout temps un terrain très controversé dans les milieux anarchistes. Controversé parce que les anarchistes nient les dogmes et les doctrines et, par conséquent, ils ont développé de nombreuses méthodes militantes pour lutter contre le système en place. Controversé également parce que, de Proudhon à aujourd’hui, un bon nombre d’individus ont cherché à adapter la pensée anarchiste soit à leurs prismes, soit à une pseudo efficacité conjoncturelle ou philosophique. Pour s’en convaincre, nous citerons Léon Tolstoï dans son approche de l’anarchisme et de la croyance en Dieu, Daniel Guérin dans sa tentative de synthèse entre le Marxisme et l’Anarchisme. Nous pourrions citer également certains nihilistes, certains utopistes et certains syndicalistes.

Selon nous, notre histoire est jonchée d’écueils que nous devrons tôt ou tard examiner pour éviter à l’avenir certaines dérives.

Avertissement 2 :

Il n’existe pas dans la mouvance syndicaliste un système de pensée unique. Les conceptions et finalités sont tout aussi controversées que dans les milieux politiques. Comme partout le syndicalisme a subi les dérives réformistes, collaborationnistes, autoritaires, etc.

Dans le syndicalisme révolutionnaire, l’anarcho-syndicalisme représente une tendance qui ne légitime en rien l’ambiguïté perceptible qui tendrait à vouloir amalgamer ces deux notions.

Certains syndicats nationaux révolutionnaires type U.S.T.K.E (syndicat calédonien) ou le syndicat Solidarnosc (à forte tendance cléricale) en Pologne (et nous en passons) sont des exemples significatifs.

Si les syndicats ne sont que des outils, quels buts peuvent-ils atteindre ?

Tout syndicat se présente au minimum comme défenseur des intérêts économiques des travailleurs. Mais chaque syndicat a une position propre envers la société capitaliste ; là comme ailleurs se pose cette question : le capitalisme est-il acceptable ? Suivant l’analyse qui est faite de ce système se dessine le clivage entre réformistes et révolutionnaires.

L’existence même d’un syndicat exprime la reconnaissance d’une lutte nécessaire entre employés et employeur ; il met en lumière le rapport entre salariat et capital. Cet outil de lutte économique doit donc se positionner concrètement sur ce terrain : soit pour la cogestion du travail avec l’employeur en reconnaissant le droit à la propriété privée des moyens de production, soit pour l’action directe des travailleurs en reconnaissant l’exploitation sociale bourgeoise ou étatique. Les syndicats cogestionnaires nient les conditions d’existence du travailleur : son sacrifice quotidien au nom du profit est à définir avec l’exploiteur, patron ou Etat. Les syndicats qui ont opté pour l’action directe portent en eux l’idée que chaque travailleur peut être un individu responsable. Pour nous qui luttons contre l’autorité, il est fondamental de développer ce sentiment de responsabilité envers sa propre vie. C’est pour cela que les anarchistes ont toujours défendu l’action directe contre le parlementarisme et la prétendue cogestion. Mais même cette sorte de syndicat remet-elle en question par sa pratique le sacrifice qu’on fait de sa vie en acceptant la passivité d’un travail défini et imposé par d’autres ? Chaque lutte qui porte sur le salaire ou sur les droits des travailleurs, entérine l’existence du patron ou de l’Etat. Or tout syndicat prétend à améliorer les conditions de vie des travailleurs (dans cette perspective, si une bataille a été gagnée, la guerre continue).

Nous, communistes-anarchistes, voulons abolir le salariat car il est toujours l’expression d’une puissance extérieure qui dicte les possibilités de jouissance de son environnement à l’individu et qui le dépossède de ce qu’il produit. La société est le produit de toutes sortes de contributions et nous refusons de les mesurer entre elles. D’une part, tous les critères de mesure se révèlent absurdes à moins de nier les différences entre individus, ce qui revient à nier la richesse de la diversité : une heure de travail est-elle aussi pénible pour l’un que pour l’autre ? Donne-t-elle le même résultat ? Etc. Cela conduit inévitablement à l’élitisme et aux privilèges. D’autre part, le travail est-il une vertu ? Qui juge un homme selon sa force de travail ? Est-ce là un critère des rapports humains comme l’amitié par exemple ? Non, le travail n’a pas à être au centre de la vie, il n’en est qu’un des soutiens nécessaires. De plus, la réalité est que chaque objet, chaque homme de ce monde est en étroite relation avec l’ensemble des hommes tant présents que passés. Ainsi les différentes œuvres de tel homme auraient-elles été possible sans l’amour de telle personne, sans le confort matériel apporté par tant d’ouvriers, sans la culture élaborée par tant de générations, etc. L’alternative du communisme libertaire en économie permet de dépasser la lutte pour la survie dans un environnement contraignant - autrement dit le capitalisme - afin de favoriser l’aspect ludique et créatif de la vie. Aussi avons-nous pour devise : " de chacun selon ses forces, à chacun selon ses besoins ".

Que chacun puisse décider de l’emploi de sa propre personne, de ce qu’il produit, de ce qu’il désire réaliser, de ce dont il a envie.

L’action strictement économique qu’effectue tout syndicat n’est que renforcement et dynamisme pour le capitalisme. Elle peut être une école de la responsabilité quand le moyen utilisé est l’action directe mais en aucun cas elle ne dépasse le rapport salariat - capital. Pour cela il faut un projet social et un moyen d’action adapté. Nous proposons le communisme libertaire comme projet économique et l’expropriation comme moyen. Il nous apparaît donc intéressant de faire de la propagande en ce sens dans les syndicats pour éviter leur tendance à conserver le salariat, c’est-à-dire une tendance à survivre en tant qu’organisation. Ils ont déjà fourni de nombreux exemples de cette tendance (qu’on se souvienne des accords de Grenelle en 68). Quant aux résultats d’une telle démarche protectrice qui englue les forces des exploités dans la revalorisation de salaire, on sait bien qu’ils ne valent qu’à court terme, le temps pour l’inflation... La résistance économique est insuffisante à renverser ce monde.

Anarcho-syndicalisme et Anarchisme

Depuis que l’anarcho-syndicalisme à été conceptualisé, il s’est toujours pleinement et activement positionné comme une tendance de l’anarchisme. Selon nous, être une tendance de l’anarchisme signifie que :

  • Dans la forme : elle ne déroge sous aucun prétexte aux usages et pratiques inhérentes à la pensée anarchiste. En d’autres termes, elle renonce à l’usage du pouvoir, elle se détourne de l’avant-gardisme et de toute tentation représentative, elle milite pour la révolution sociale et rejette tout compromis, elle reconnaît l’individu comme l’élément central de sa lutte sociale, elle combat l’autoritarisme organisé et elle reste fidèle à l’organisation fédéraliste décentralisée et antiautoritaire. Elle ne reconnaît pas la suprématie du nombre et elle œuvre de manière permanente pour la propagande anarchiste.
  • Sur le fond : elle lutte pour la révolution sociale et pour la réalisation d’une société anarchiste, elle s’inscrit pleinement dans une société anarchiste comme élément non coordinateur, elle identifie que le syndicat est un outil de lutte et non une finalité sociale. Elle ne s’octroie aucune légitimité fédérative après la révolution, sous peine de faire jouer au syndicat ce que Lénine a réalisé avec son fameux parti unique.

Dans ce contexte, les statuts de l’Association Internationale des Travailleurs (A.I.T.) incarnent intégralement la vision ci-dessus citée, en positionnant le syndicat comme un outil de lutte, tout en revendiquant une société communiste libertaire après la révolution. Il appartient ensuite aux anarchistes de débattre sur la place que doit prendre la lutte syndicale dans le combat anarchiste, débat que nous pouvons déjà observer dans les correspondances militantes du début du siècle.

Syndicalisme révolutionnaire et Anarchisme

Comme nous l’avons dit plus haut, pour nous il n’y a pas toujours un lien étroit entre ces deux notions. Nous ne pensons choquer personne si nous disons ici que la revendication révolutionnaire n’implique en aucun cas l’adhésion à la philosophie anarchiste. Pour s’en rendre compte, il suffit de penser au national-socialisme nazi ou encore au Bolchevisme. Au même titre, nous ne devrions choquer, en disant que le syndicalisme révolutionnaire n’implique pas l’anarcho-syndicalisme.

Anarcho-syndicalisme et Syndicalisme révolutionnaire

Dans le paragraphe " Anarcho-syndicalisme et Anarchisme " nous avons indiqué que, pour nous, l’anarcho-syndicalisme était une tendance de l’anarchisme. A notre avis et au vu des critiques des anarchistes contre les théories marxiste et léniniste, il est difficilement imaginable que des anarchistes revendiquent l’organisation future à travers un parti ou un syndicat. La question de la pérennisation des outils de lutte après la révolution sociale est pour nous une frontière clairement marquée entre les révolutionnaires autoritaires et les anarchistes.

Cependant, que Monatte ait milité dans un syndicat révolutionnaire ne nous parait nullement choquant, nous savons bien que contrairement aux fédérations plus spécifiques, les syndicats ont une vocation de masse. L’organisation de masse implique un spectre large, cela signifie qu’elle doit rassembler des personnes et des idées bien différentes pour avoir une représentativité vis-à-vis du patronat. Il est, pour ainsi dire, impossible qu’un syndicat ne soit à ce jour composé que d’anarchistes. Donc, pour nous, un syndicat ne peut au mieux qu’être révolutionnaire, seuls des individus le composant peuvent être anarcho-syndicalistes (et pas toujours ceux qui s’en revendiquent).

Les CNT françaises

Le groupe Malatesta n’est pas le maître de la parole anarchiste, et quoi que certains puissent penser ce ne sont que nos convictions que nous défendons. La philosophie anarchiste représente pour nous bien autre chose que la capacité de convaincre, de rassembler et de mobiliser ; en d’autres termes de faire jouer l’influence des idées pour conquérir le pouvoir. Certes, il est tentant d’utiliser des arguments collectifs à des fins particulières comme : la misère, l’exploitation, l’humiliation... pour gagner une influence qui ne représente que son propre désir d’être légitime. Plus que quiconque les anarchistes connaissent les dangers que peuvent représenter la délégation que donne la représentativité.

Ce n’est pas sans raison que depuis l’origine les anarchistes luttent contre l’Etat, l’éligibilité et la coercition. Si nous avons renoncé à tant de reconnaissances, c’est parce que nous savons bien que le pouvoir qu’elles procurent corromprait les plus authentiques d’entre nous. Comment pouvons-nous accepter que le pouvoir soit contrôlé par ceux qui détiennent ce même pouvoir ? Que signifie l’argumentation de la Confédération Nationale du Travail (CNT) " Vignoles " pour laquelle la participation aux élections des délégués du personnel n’a pour seul objet que la protection des syndicalistes concernés et qui pense que le syndicat sera garant de la conformité de cette représentation ?

Tout comme vraisemblablement d’autres compagnons de l’A.I.T. nous refusons la distribution inconsidérée de chèques en blanc. Notre histoire est riche en exemples. Nous ne cautionnerons pas ce qui est à nos yeux une dérive, digne de celle dénoncée par Voline, du mouvement bolchevique pendant la révolution russe.

D’autre part, nous pouvons lire jusque sur les cartes d’adhérents de la CNT " Vignoles " qu’un des objectifs de cette organisation est la pérennisation du syndicat dans la gestion de la société future. Alors, syndicalisme révolutionnaire, c'est oui sans doute ; anarcho-syndicalisme, c'est non sans aucune hésitation.

Sans savoir si nous sommes une minorité en France à penser comme cela, nous nous refusons à cataloguer définitivement la CNT " Vignoles " comme autoritaire. Nous sommes prêts à participer à tout débat constructif et argumenté si le désir s’en fait ressentir.

Par ailleurs la CNT " Le Mans " (scission de la CNT "Vignoles" en 1993) revendique, elle aussi, dans ses statuts la gestion de la société future ; nous formulons donc les mêmes observations. Il est inutile de nous assimiler à une tendance quelle qu’elle soit du syndicalisme révolutionnaire, nous sommes communistes et nous entendons le rester.

Nous savons, par ailleurs, qu’en France la mouvance anarchiste est très peu organisée. Par conséquent, il nous est facile d’en déduire qu’une grande partie des consommateurs des produits issus de nos œuvres fédérales attend de notre part des positionnements dignes de la représentation qu’un anarchiste peut se faire d’une fédération et que le débat interne ne suffit pas. Tant du point de vue de l’éthique que de notre réalité matérielle, nous nous devons de préserver notre pluralité, élément indissociable de notre conception du fédéralisme.

Tous les militants de la Fédération Anarchiste savent bien que le débat actuellement soulevé, est un vieux débat en réalité. Depuis la fin du siècle dernier un grand nombre des écrits anarchistes traitent de la question syndicale. Si nos adhérents le savent, il y a fort à parier qu’une grande partie de la mouvance anarchiste ne l’ignore pas.

Mais sous couvert historique, la critique du syndicalisme révolutionnaire et d’un de ses plus illustres représentant français, le syndicaliste Pierre Besnard, est vécue comme une diffamation anti-anarchiste par certains.

En ce qui nous concerne, nous pensons que l’habit ne fait pas le larron et que la revendication ne fait pas l’authenticité. Nous ne sommes pas les seuls à contester vigoureusement le syndicaliste Besnard. En effet, que ce soit pour ses pratiques, ses proclamations ou ses écrits, l’illustre anarchiste a toujours reçu de vives contestations. Que ce soit pour Malatesta, S. Faure ou J. Grave (et on en passe) hier et aujourd’hui, cette forme de syndicalisme est loin de faire l’unanimité. Les raisons de ces désaveux sont clairement compréhensibles dans les écrits de P. Besnard lui-même.

Retour sur l’histoire du syndicalisme français

L’influence de P. Besnard sur le syndicalisme en France fut réelle : on le trouve au début des années 20 à l’origine d’une scission au sein de la Confédération Générale du Travail alors seul syndicat en France, composé majoritairement de réformistes, qui donne naissance à la C.G.T.- Unitaire en 1922. La raison étant l’échec d’une tentative de prise de contrôle de la C.G.T. par un moyen autoritaire : une organisation secrète : Le Pacte. Puis dans la constitution de la C.G.T.- Syndicaliste Révolutionnaire en 1926 ; l’ancêtre de la Confédération Nationale du Travail " française " (avec la CNT espagnole) constituée en 1946, car la C.G.T.U. était dominée par les idées bolcheviques du syndicat courroie de transmission du parti à prétention unique. L’idée qu’il soutient pour le syndicat est son autonomie et indépendance vis à vis de tout regroupement ou parti et son aptitude à gérer le monde nouveau post-révolutionnaire dans l’esprit de la charte d’Amiens de la C.G.T. en 1906.

Il est affirmé dans la charte de Lyon (1926), constitutive de la C.G.T.S.R., que le syndicalisme " doit savoir profiter de toutes les tentatives faites par les partis, pour s’emparer du pouvoir, pour jouer lui-même son rôle décisif qui consiste à détruire ce pouvoir et à lui substituer un ordre social reposant sur l’organisation de la production, de l’échange et de la répartition, dont le fonctionnement sera assuré par le jeu des rouages syndicaux à tous les degrés. " On retrouve là l’idée du syndicat apte à gérer la société nouvelle. " Ce caractère [" de radicale transformation sociale " de la " révolution prochaine " au " sens profondément économique "] ne peut lui être imprimé sur le plan de classe des travailleurs que par le prolétariat organisé dans les syndicats, en dehors de toute autre direction extérieure, qui ne peut que lui être néfaste. " Ici est posé le problème de l’organisation des ouvriers au moment de la transformation de la société. L’expérience montre, dans le moment de la grève, qu’ils s’organisent bien souvent en comité de grève ; c’est l’assemblée générale des ouvriers qui dirige la grève. La difficulté pour le syndicat de l’organiser seul tient à ce que les ouvriers savent plus ou moins confusément que derrière tout syndicat, tout regroupement à base économique, se trouve un projet politique de la société, comme le montre la profusion des syndicats qui reflètent différents courants idéologiques. Or, lorsque les ouvriers se saisissent de leur propre force, c’est-à-dire agissent par eux-mêmes, il est évident qu’ils ne peuvent être unanimes puisque ce qui les unit ce ne sont pas leurs convictions mais le travail, c’est-à-dire la nécessité de manger, de se loger. Aussi, l’essentiel pour eux est d’élaborer, avec plus ou moins de conséquence, leurs décisions avec une mise en œuvre qui passe par la constitution d’assemblées générales. Aux anarcho-syndicalistes, forts de leur pratique militante et de leur projet cohérent, de proposer alors la révolution sociale. De même l’expérience russe de la révolution montre l’importance de l’action directe et du dialogue : ce sont les conseils ouvriers et paysans révolutionnaires, regroupements locaux résolument autonomes (au début de la révolution), ne reconnaissant pas de pouvoir extérieur et fédérés par des délégués aux mandats impératifs et révocables à tout instant, qui ont fait la révolution et non des syndicats. La force des conseils révolutionnaires se situe précisément dans leur organisation : là se constitue le premier acte révolutionnaire, la réappropriation de soi d’une manière collective, qui permet l’expérimentation d’un présent qui appartient à ceux qui le vivent et non à ceux qui les exploitent.

A notre avis, le syndicat politiquement neutre n’existe pas : toute organisation économique est porteuse d’un projet politique plus ou moins cohérent. Tout comme l’apolitisme qui fait le jeu de ceux qui sont au pouvoir, ce sont là des leurres utilisés de nos jours pour réserver le politique, c’est-à-dire la réflexion sur l’organisation sociale, à une élite qui cherche à s’appuyer sur la passivité.

Cette charte (dans une version non amendée) fut proposée et défendue par Pierre Besnard pour la première fois en juillet 1922 au congrès constitutif de la C.G.T.U.. A propos de sa version définitive il affirme, dans son ouvrage " L’éthique du syndicalisme " : " On se rendra compte, en la lisant, qu’elle reste bien l’expression concrète et actuelle de la doctrine de notre mouvement. " On retrouve cette charte, dans une version quelque peu modifiée, à l’origine de la CNT française (décembre 1946, charte de Paris).

Tout ceci nous a conduit à resituer les écrits de Pierre Besnard et à faire une lecture critique de ses deux livres : " Le monde nouveau " (1934) et " L’éthique du syndicalisme " (1938). On se rendra compte, en les lisant, que les apparences sont parfois trompeuses.

Unis contre les patrons, nous vaincrons !

La division syndicale l'amuse !

Loin de nous désintéresser du mouvement ouvrier, nous devons y prendre une part active...




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