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  Post� le jeudi 30 novembre 2006 @ 02:16:16 by AnarchOi
Contributed by: AnarchOi
SexualitéD�apr�s l��dition de 1917 d�Anarchism and Others Essays � sur le trafic d�esclaves blanches et la prostitution en Am�rique




Les r�formateurs de notre �poque viennent de faire une grande d�couverte : le trafic d�esclaves blanches. Les journaux consacrent des pages enti�res � d�crire ces � conditions inimaginables � et les l�gislateurs se penchent d�j� sur une nouvelle s�rie de lois destin�es � vaincre cette abomination.

Il est int�ressant de constater que d�s qu�il s�agisse de d�tourner l'attention du public d'un probl�me social important, c�est le retour des croisades contre l'ind�cence, les jeux d�argent, les bars, etc. Et pour quel r�sultat? Les jeux d�argent s�intensifient, les saloons s�enrichissent gr�ce au march� noir, la prostitution b�t son plein et les maquereaux et prox�n�tes s�organisent de mani�re plus complexe.
Pourquoi une institution bien connue de presque tous les enfants fait-elle l�objet d�une d�couverte si soudaine? Comment se fait-il que ce fl�au si familier aux sociologues devienne une question primordiale seulement aujourd'hui?
Il serait pour le moins stupide de penser que la r�cente enqu�te sur le trafic des Blanches (une enqu�te tr�s superficielle, soit dit en passant) ait r�v�l� quoi que ce soit de nouveau. La prostitution a toujours �t� et reste un mal tr�s r�pandu qui n�emp�che pourtant pas l�humanit� de vaquer � ses occupations et de demeurer indiff�rente aux souffrances et au d�sespoir des victimes de cette institution � tout aussi indiff�rente qu�elle a toujours �t� � l�industrialisation ou � la prostitution �conomique.
Pour que la mis�re humaine ait un int�r�t, du moins temporairement, il faut lui donner l�apparence d�un jouet aux couleurs vives. Le peuple est tel un enfant tr�s capricieux qui exige un jouet nouveau chaque jour. Le cri � vertueux � contre le trafic des Blanches en est un. Il divertit le peuple pendant quelques temps et donne lieu � de nouvelles fonctions politiques � on pense aux cafards peuplant notre monde que sont les inspecteurs, les enqu�teurs, les d�tectives et ainsi de suite.
Quelle est la cause v�ritable du commerce des femmes? non seulement des femmes blanches, mais aussi des femmes de couleur? C'est l�exploitation bien entendu, l�impitoyable Moloch du capitalisme qui s�engraisse sur le dos de la main d��uvre sous-pay�e et condamne ainsi des milliers de femmes et de jeunes filles � la prostitution. Ces filles et femmes de Madame Warren se disent : � Pourquoi gaspiller une vie � travailler pour quelques shillings de la semaine dans une arri�re-cuisine, � raison de 18 heures par jour? �
�videmment, nos r�formateurs ne soul�vent pas ce probl�me qu�ils connaissent bien, mais dont ils n�ont aucun int�r�t � parler. Il leur est plus profitable de faire les faux jetons et de para�tre offusqu�s plut�t que regarder les choses en face.
On note tout de m�me une exception louable, parmi les jeunes �crivains : Reginald Wright Kauffman, dont l��uvre, The House of Bondage, est la premi�re tentative s�rieuse d�aborder ce mal social sans l�habituelle perspective philistine sentimentale. M. Kauffman, journaliste d�exp�rience, d�montre que l�industrialisation a conduit la plupart des femmes � choisir la prostitution. Les femmes qui sont d�crites dans The House of Bondage appartiennent � la classe ouvri�re. Si l�auteur avait d�peint la vie de femmes d�autres milieux, le bilan aurait �t� le m�me.
Partout, les femmes n�ont de valeur qu'en tant qu�objets sexuels et non en tant que travailleuses. Il est donc presque normal qu�elles doivent acheter leur droit de vivre et la place quelconque qu�elles occupent contre des faveurs sexuelles. Apr�s, entre une femme qui se vend � un seul homme, dans le mariage ou en dehors du mariage, ou � plusieurs hommes, il n'y a que peu de diff�rence. Que nos r�formateurs l�admettent ou non, l�inf�riorit� �conomique et sociale de la femme est responsable de la prostitution.
Ne serait-ce qu�aujourd�hui, les bonnes gens s��tonnent d�apprendre que rien qu�� New York, une femme sur dix travaille en usine, que son salaire moyen est de six dollars pour une semaine de 48 � 60 heures de travail et que la majorit� des salari�es sont au ch�mage pendant plusieurs mois de l'ann�e et se retrouvent avec un salaire annuel moyen de 280 $. � la vue de ce cauchemar �conomique, peut-on vraiment se demander pourquoi la prostitution et le trafic de Blanches ont pris tant d�importance?
Au cas o� ces chiffres para�traient exag�r�s, il convient de regarder de plus pr�s la position de certaines autorit�s sur la question de la prostitution :
� [TRADUCTION] Plusieurs de ces tableaux font ressortir les causes directes de la d�pravation des femmes, parmi lesquelles, les types d'emploi occup�s et les salaires re�us avant de conna�tre la d�ch�ance, et les �conomistes politiques vont devoir se demander jusqu�� quel point des motivations purement commerciales peuvent justifier la r�duction du taux de r�mun�ration par les employeurs, et si les �conomies qui sont faites � travers les b�n�fices cons�quents ne se retrouvent pas vite perdues dans des imp�ts exub�rants cens�s couvrir les d�penses qu�engendre un syst�me bas� sur le vice qui, dans bien des cas, est une cons�quence directe du fait que des travailleuses honn�tes ne sont pas suffisamment r�mun�r�es. �*
Note : * Dr Sanger, The History of Prostitution.


Les r�formateurs de notre �poque y gagneraient � �tudier le livre du Dr Sanger. Ils y d�couvriraient que sur les 2000 cas de femmes qu�il a �tudi�es, peu d�entre elles sont issues des classes moyennes, de situations simples ou de foyers agr�ables. Une grande majorit� de filles et de femmes sont des ouvri�res; certaines se sont prostitu�es de leur plein gr�, d�autres connaissaient un sort cruel et mis�rable dans leur foyer, d�autres encore souffraient d�une nature ingrate ou d�un handicap physique (je parlerai de celles-l� plus loin). Les gardiens de la puret� et de la moralit� noteraient aussi que sur 2000 cas, 490 �taient des femmes mari�es vivant avec leur mari. De toute �vidence, le sacrement du mariage ne leur garantissait gu�re � s�curit� et puret� �.

Note : on retiendra que le livre du Dr Sanger a �t� interdit de toutes les correspondances aux �.-U. Apparemment, les autorit�s ne se soucient pas de faire conna�tre au public la raison v�ritable de la prostitution.

Le Dr Alfred Blaschko, dans PROSTITUTION IN THE 19TH CENTURY, insiste encore davantage sur le fait que la situation �conomique est un facteur essentiel de la prostitution.
� [TRADUCTION] La prostitution a beau avoir toujours exist�, c�est au cours du 19e si�cle qu�elle a pris des proportions telles qu�elle est devenue une institution sociale. Avec le d�veloppement de l'industrie et le nombre consid�rable de gens sur le march� de la comp�tition, la croissance et le surpeuplement des grandes villes, l'ins�curit� et l'incertitude de l'emploi, la prostitution a b�n�fici� de l��lan le plus remarquable de toute l�histoire de l�humanit�. �
Et c�est Havelock Ellis � nouveau qui, m�me s�il n�aborde pas la question lui-m�me de mani�re aussi absolue, est forc� d�admettre que le facteur �conomique est la cause principale du probl�me, directement et indirectement. Il constate ainsi qu�un fort pourcentage de prostitu�es est recrut� parmi les servantes, m�me si ces derni�res b�n�ficient de moins de soins et de plus de s�curit�. D�un autre c�t�, M. Ellis ne d�ment pas que l�aspect routinier, ingrat et monotone de la vie de la servante et plus particuli�rement, le fait qu�elle n�a pratiquement aucune chance de conna�tre ni relation amoureuse, ni la joie d'avoir son propre foyer, la poussent � vouloir chercher � se divertir et � oublier, dans l�excitation et le feu de la prostitution. En d�autres termes, la jeune servante �tant consid�r�e comme une fille de corv�e sans aucun droit sur elle-m�me et �reint�e par les caprices de sa ma�tresse, tout comme l'ouvri�re ou l�employ�e, ne trouve que la prostitution comme �chappatoire.
Le plus dr�le dans cette affaire avant m�me la r�action de l'opinion publique, c�est l�indignation des � bonnes et honn�tes gens �, notamment des gentilshommes chr�tiens que l�on retrouve immanquablement au premier rang de toutes les croisades. Ils ignorent donc tout de l�Histoire des religions, dont celle du Christianisme? Ou alors ils esp�rent que la nouvelle g�n�ration ignore le r�le que l'�glise a jou� par rapport � la prostitution dans le pass�? Quelle que soit leur excuse, ils sont bien les derniers � pouvoir protester contre les pauvres victimes d�aujourd�hui, �tant donn� que la prostitution, comme tout �tudiant cultiv� le sait pertinemment, est n�e de la religion et qu�elle est perp�tu�e et encourag�e depuis des si�cles, non comme une abjection mais comme une vertu, et approuv�e en tant que telle par les dieux eux-m�mes.
� [TRADUCTION] Il semblerait que la prostitution tire ses origines de la tradition religieuse � la religion, cette institution qui pr�serve si bien les coutumes et qui a si bien su pr�server, sous une forme diff�rente, une libert� �l�mentaire qui �tait en train de dispara�tre de la vie sociale g�n�rale. L�exemple classique remonte � l��poque d�H�rodote, au 5e si�cle avant J.-C., au temple de Mylitta, la V�nus de Babylone, o� chaque femme devait se rendre une fois dans sa vie et s�offrir au premier �tranger qui lui jetterait une pi�ce, en signe d�adoration de la d�esse. Des coutumes tr�s similaires �taient observ�es dans d�autres r�gions de l�Asie occidentale, en Afrique du Nord, � Chypre et dans d�autres �les de la M�diterran�e orientale, ainsi qu�en Gr�ce, o� le temple d�Aphrodite, dans le fort de Corinthe, abritait plus de 1000 h�ta�res travaillant pour la d�esse.
� [TRADUCTION] Tous les �crivains sp�cialistes en la mati�re soutiennent que la prostitution religieuse s�est d�velopp�e, en r�gle g�n�rale, � partir de la croyance selon laquelle l'activit� reproductrice des humains avait une influence myst�rieuse et sacr�e dans la promotion de la fertilit� de la Nature. Lorsqu�elle est devenue une institution organis�e sous l�influence sacerdotale, la prostitution religieuse a n�anmoins d�velopp� petit � petit des aspects utilitaires contribuant ainsi � augmenter les recettes publiques.
� [TRADUCTION] La mont�e du christianisme au sein du pouvoir politique n'a pas amen� de grands changements dans l'approche g�n�rale. Les pr�tres qui �taient � la t�te de l��glise tol�raient la prostitution. Au 13e si�cle, des bordels �taient prot�g�s par les municipalit�s. Ils faisaient partie, en quelque sorte, du service publique, et leurs dirigeants avaient presque un statut de fonctionnaire. �*
Note : * Havelock Ellis, SEX AND SOCIETY


Ajoutons � cela les extraits suivants tir�s de l��tude du Dr Sanger :
� [TRADUCTION] Le Pape Cl�ment II a �mis une loi stipulant que les prostitu�es seraient tol�r�es si elles reversent une certaine part de leurs b�n�fices � l��glise. �
� [TRADUCTION] Le pape Sixte IV �tait plus pragmatique : d�un seul bordel, construit par ses propres soins, il recevait 20 000 ducats. �
� notre �poque, l��glise agit un peu plus discr�tement. Elle s�abstient au moins de demander ouvertement de l�argent aux prostitu�es. L'investissement immobilier, � son avis, est plus rentable. L'�glise de la Trinit�, par exemple, loue des trous � rats � un prix exorbitant � celles qui vivent de la prostitution.
Pour autant que j'aimerais le faire, je n�ai pas ici la place de parler de la prostitution en �gypte, en Gr�ce et � Rome, ou au Moyen-�ge. Les circonstances sp�cifiques � cette p�riode sont particuli�rement int�ressantes du fait que la prostitution �tait organis�e en associations pr�sid�es par la Reine de bordel. Ces associations se servaient de la gr�ve comme moyen d'am�liorer leurs conditions et de maintenir les tarifs. C'est l� sans aucun doute une m�thode plus pratique que celle de l�esclave salari�e moderne.
Ce serait prendre parti et �tre extr�mement superficiel que de soutenir que la situation �conomique est seule responsable de la prostitution. Il y a d�autres causes, tout aussi importantes et essentielles. �a aussi, nos r�formateurs le savent, mais ils osent en parler encore moins que du r�gime qui bouffe la vie des hommes tout autant que des femmes. Je parle de sexe, ce mot qui donne des convulsions morales � une majorit� de gens.
C�est un fait reconnu, les femmes sont �lev�es en tant qu�objets sexuels, pourtant, on leur cache tout de la signification et de l�importance du sexe. On supprime tout ce qui est reli� � la question et les personnes qui essaient de mettre la lumi�re sur cette terrible obscurit� sont poursuivies et jet�es en prison. Pourtant, aussi longtemps qu�une fille ne sait pas prendre soin d�elle et ne conna�t pas le fonctionnement d'une part essentielle de sa vie, elle constitue in�vitablement une proie facile de la prostitution ou de tout autre forme de relation qui la rabaisse au r�le d�objet purement sexuel.
Du fait de cette ignorance, la vie et la nature d�une jeune fille se retrouvent compl�tement contrari�es et ab�m�es. Il semble �vident qu�un gar�on suive l�appel de la nature, qu'il puisse, en d'autres termes, aussit�t que sa sexualit� s'affirme, satisfaire les pulsions qui l�animent; mais les moralistes sont scandalis�s rien qu�� l'id�e que la nature d�une fille doive s�affirmer. Pour eux, une prostitu�e n�est pas tant une femme qui vend son corps mais une femme qui vend son corps sans �tre mari�e. La preuve en est que le mariage arrang� pour des motifs financiers est tout � fait l�gal et que l'opinion publique lui donne son assentiment, tandis que tout autre forme d'union est condamn�e et r�pudi�e. Voici pourtant la d�finition convenable d�une prostitu�e : � [TRADUCTION] une personne pour qui les relations sexuelles sont une source de revenu. �*
Note : * Guyot, LA PROSTITUTION.

� [TRADUCTION] Ces femmes sont des prostitu�es qui vendent leur corps � des fins sexuelles et qui en font leur profession. �*

Note : * Bonger, CRIMINALIT� ET CONDITIONS �CONOMIQUES.

En fait, le Dr Bonger va plus loin en disant que � [TRADUCTION] se prostituer ou se marier pour des raisons financi�res, cela revient au m�me dans le fond, qu�on soit un homme ou une femme. �

Bien s�r que toutes les filles veulent se marier, mais des milliers d�entre elles sont condamn�es � vivre dans le c�libat ou dans la prostitution � cause des traditions stupides de notre soci�t�. La nature humaine se manifeste toujours en d�pit de la loi ou de quelconque autre raison de se conformer � une vision perverse de la moralit�.

Les exp�riences sexuelles d'un homme sont socialement accept�es comme faisant partie de son d�veloppement g�n�ral, alors que pour une femme, les m�mes exp�riences sont vues comme une ignominie marquant la perte de tout honneur, de vertu et de noblesse qui font un �tre humain. Le caract�re hypocrite de cette morale a jou� un r�le important dans la cr�ation et la perp�tuation de la prostitution. La morale consiste � laisser les jeunes dans l�ignorance totale des questions ayant trait � la sexualit� quand l�� innocence � pr�sum�e et la sexualit� r�prim�e et �touff�e de ces derniers est un r�sultat que les puritains veulent �viter � tout prix.

Non pas que le plaisir sexuel conduise n�cessairement � la prostitution, mais cette pers�cution cruelle, sans piti� et criminelle de ceux qui s��cartent des sentiers battus en est une cause.

Les filles, qui sont des enfants, sont entass�es dans des pi�ces surchauff�es et travaillent sur des machines dix � douze heures par jour, ce qui a pour effet de les maintenir dans un �tat permanent d'excitation sexuelle. Bon nombre d�entre elles n�ont pas de foyer ou ne disposent d'aucun type de confort et pour elles, aller dans la rue ou dans d'autres lieux o� l�on s�amuse pour trois sous est donc leur seul moyen d'oublier le quotidien. Elles c�toient alors in�vitablement l�autre sexe. Il est difficile de choisir lequel de ces deux facteurs am�ne la jeune fille � cet �tat d�extr�me d�excitation, mais il est tout � fait naturel qu�elle arrive � un paroxysme.
C�est le premier pas vers la prostitution. On ne peut pas rejeter la responsabilit� sur ces filles. Au contraire, la faute revient � toute la soci�t�, � notre manque d�incompr�hension, � notre incapacit� � reconna�tre certains faits de la vie, et surtout, � ces moralistes criminels qui condamnent ces jeunes filles pour toujours, parce qu�elles se sont �cart�es de � la voie de la vertu �, en d�autres mots, parce que leur premi�re exp�rience sexuelle s�est faite sans le consentement de l��glise.
Elles se sentent compl�tement exclues car on les bannit de leur maison et de la soci�t�. Leur �ducation et les traditions sont telles qu�elles se jugent d�prav�es et perdues et n'ont par cons�quent aucune chance, aucun moyen de se sortir de la mis�re dans laquelle elles s�enfoncent. De cette mani�re, la soci�t� en fait des victimes dont elle essaie ensuite vainement de se d�barrasser. M�me l�homme le plus vil, le plus d�prav� et le plus d�cr�pit s�estime trop bien pour prendre pour femme celle qu'il consent pourtant � acheter, ne serait-ce que pour l�arracher � une vie horrible. Ces femmes ne peuvent pas non plus demander de l�aide � leurs �gales � les femmes mari�es � qui sont trop stupides, se consid�rent trop pures et chastes et ignorent que leur propre situation est, � bien des �gards, encore plus pitoyable que celle de leurs cons�urs de la rue.

� [TRADUCTION] Les femmes qui se marient pour de l�argent, compar�es aux prostitu�es sont la plaie v�ritable, d�clare Havelock Ellis. Elles sont moins bien pay�es, doivent accomplir plus de travail et prodiguer plus de soins et elles sont unies � leur ma�tre de mani�re inconditionnelle. Une prostitu�e ne vend sa personne dans aucun contrat, elle garde sa libert� et ses droits individuels et elle n'est pas forc�e de se soumettre � l��treinte d'un homme. �

Les femmes qui se croient vertueuses ignorent aussi que, comme le d�fend Lecky, � [TRADUCTION] elles sont peut-�tre le comble du vice mais elles sont aussi les meilleures gardiennes de la vertu. Pour elles n�anmoins, un foyer heureux est un foyer infect� par des pratiques pas naturelles et nocives. �

Les moralistes sont pr�ts � sacrifier pr�s de la moiti� de l'humanit� pour une institution mis�rable de laquelle ils ne peuvent s�affranchir. En fait, la prostitution ne garantit pas plus la puret� des foyers qu�une l�gislation stricte contre elle. Cinquante pour cent des hommes mari�s fr�quentent les bordels. Ce maillon vertueux est � la base des maladies v�n�riennes chez les femmes mari�es et m�me chez les enfants. La soci�t� ne condamne pourtant aucunement ces hommes, tandis qu'il n'est pas de loi assez monstrueuse qu�on applique contre les victimes sans d�fenses. Les prostitu�es ne sont pas seulement la proie de ceux qui se servent d�elles, elles sont aussi � la merci absolue des policiers ou des mis�rables inspecteurs, commissaires ou responsables de prison.

Dans un livre r�cent dont l�auteure a �t� la ma�tresse d'une � maison � pendant douze ans, on trouve les donn�es suivantes : � [TRADUCTION] La police me r�clamait chaque mois une amende de 14,70 � 29,70 $; les filles devaient payer de 5,70 � 9,70 $. � L'auteure ayant �t� �tablie dans une petite ville et ses paiements n'incluant ni les pots-de-vin, ni les contraventions suppl�mentaires, on peut se faire une id�e du montant �norme d'argent que le service de police d�tournait du prix du sang de ses propres victimes, dont il n�assurait m�me pas la s�curit�. Malheur � celles qui refusaient de passer � la caisse; elles �taient rassembl�es comme du b�tail, � [TRADUCTION] du moins pour faire bonne impression sur les citoyens respectables ou si les autorit�s avaient besoin de plus d'argent que d�habitude. Les esprits tordus qui pensent qu'une femme d�chue est incapable d'�motions humaines ne pouvaient pas se rendre compte du chagrin, du d�shonneur, des larmes et de la honte qui �taient n�tres � chaque fois qu'on nous appr�hendait. �

N�est-il pas �trange qu�une ma�tresse de maison n�ait ressenti ces choses-l�?
Bien plus �trange encore que ce bon chr�tien de monde saigne et vole ces femmes pour ne leur retourner qu'opprobre et pers�cutions. Que ne passe-t-on pas pour la charit� chr�tienne!

On insiste beaucoup sur les esclaves blanches qui sont import�es en Am�rique. Comment l�Am�rique pourrait-elle sauver sa vertu sans l'aide de l'Europe? Je ne nie pas que ce soit parfois le cas, pas plus que je ne nie le fait que certains �missaires d'Allemagne et d'autres pays fourvoient des esclaves �conomiques en les envoyant en Am�rique, mais je ne suis pas du tout d'accord avec ceux qui disent que la plupart des prostitu�es viennent d�Europe. Peut-�tre qu�� New York, la majorit� d�entre elles sont des �trang�res mais la population enti�re de cette ville se compose d'immigrants. D�s qu�on entre dans n�importe quelle autre ville am�ricaine, que ce soit � Chicago ou dans le Middle West, on peut voir que les prostitu�es �trang�res sont de loin en minorit�.
On a aussi tort de croire que la plupart des filles de la rue � New York �taient d�j� sur le march� avant de venir en Am�rique. La plupart d�entre elles parlent un tr�s bon anglais, leurs habitudes et leur allure sont am�ricanis�es, ce ne serait pas le cas si elles n�avaient pas v�cu dans ce pays pendant plusieurs ann�es.
En d'autres termes, elles deviennent des prostitu�es � cause des conditions de vie en Am�rique et de la mode tr�s typique de ce pays d�arborer des parures et des habits � tout bout de champ, une mode �videmment co�teuse qu�aucune employ�e ou ouvri�re ne peut se permettre.
Autrement dit, on aurait tort de croire que des hommes se risqueraient � d�penser leur argent pour de la marchandise venant de l��tranger alors que le march� local abonde de filles par milliers. D�un autre c�t�, il est �vident que l'exportation d�Am�ricaines pour la prostitution est un fait important.

Ainsi, Clifford G. Roe, l�ancien assistant du procureur du cont� de Cook dans l�Illinois, accuse ouvertement l��tat de Nouvelle-Angleterre d'exp�dier des filles � Panama pour �tre express�ment utilis�es par les employ�s de l�oncle Sam. M. Roe ajoute que � [TRADUCTION] beaucoup de filles empruntent ce qui semble �tre un chemin de fer souterrain entre Boston et Washington. � Est-ce un hasard que cette voie conduise au si�ge m�me des autorit�s f�d�rales? M. Roe en a trop dit dans certains domaines � la preuve, il ne travaille plus comme procureur. Il ne fait pas bon rapporter quand on occupe un poste � responsabilit�s.

On a justifi� la situation � Panama en disant qu�il n�y a pas de bordels dans la r�gion du canal. C'est l� l'excuse bateau d'un monde hypocrite et trop l�che pour affronter la v�rit�. Ni dans la r�gion du canal, ni dans les limites de la ville, la prostitution n�existe donc pas.

Citons, apr�s M. Roe, James Bronson Reynolds, qui a men� une �tude approfondie sur le trafic des esclaves blanches en Asie. En tant que citoyen am�ricain fid�le et ami de Th�odore Roosevelt, le prochain Napol�on d'Am�rique, il est s�rement le dernier � vouloir porter pr�judice � la vertu de son pays. Pourtant, il nous informe que Hong-Kong, Shanghai et Yokohama constituent les �curies d�Augias du vice am�ricain. Les prostitu�es am�ricaines s�y sont faites remarquer au point qu'en Orient, une � fille am�ricaine � est synonyme de prostitu�e. M. Reynolds rappelle � ses compatriotes que pendant que les Am�ricaines en Chine b�n�ficient de la protection de nos consuls, les Chinoises qui sont Am�rique sont sans d�fenses. Tous ceux qui savent de quelles pers�cutions barbares les Chinoises et les Japonaises sont victimes sur la c�te Pacifique seront du m�me avis que M. Reynolds.

En regard de ce qui vient d'�tre dit, il serait stupide de montrer du doigt l'Europe comme �tant le mar�cage dont toutes les gangr�nes de la soci�t� am�ricaine sont issues. De m�me, il est absurde de faire perdurer le mythe selon lequel les Juives constituent la majorit� des proies consentantes. Je suis s�re que personne ne me taxera de nationaliste. Je suis fi�re de pouvoir affirmer que je me suis d�barrass�e de cette tendance avec le temps, tout comme je me suis d�barrass�e de beaucoup d�autres pr�jug�s. Par cons�quent, si je m�oppose � ceux qui disent que les prostitu�es juives sont import�es, ce n�est pas par quelque solidarit� juda�que mais � cause de circonstances inh�rentes � la vie m�me de ces gens. Il n�y a que les esprits les plus superficiels pour affirmer que les filles juives migrent vers des terres �tranges, � moins d�y avoir quelque lien ou quelque connaissance pour les y amener. Les Juives n'ont pas l�esprit aventureux. Il y a encore quelques ann�es de �a, elles ne quittaient jamais la maison, ne serait-ce que pour aller au village ou � la ville voisine, sauf pour rendre visite � un proche. Peut-on alors croire qu'elles quitteraient leurs parents et leur famille et voyageraient � des milliers de miles vers des terres �tranges, motiv�es par l'influence et les promesses de quelque force inconnue? Si vous avez l�occasion d�assister � l�arriv�e d'un de ces grands paquebots, vous constaterez que ces filles sont accompagn�es de leurs parents, de leurs fr�res, de leurs tantes ou d�autres membres de la famille. Il y a bien s�r des exceptions, mais dire qu'un nombre important de Juives sont import�es pour la prostitution, ou pour n'importe quel autre usage, c'est tout simplement afficher son ignorance de la psychologie juive.

Les personnes qui vivent derri�re une bulle en verre ont tort de leur lancer la pierre, surtout que la bulle am�ricaine est fragile, elle se casserait facilement et laisserait d�couvrir un spectacle plut�t repoussant.

Il est des plus frivole de justifier la mont�e de la prostitution par des raisons telles que la soi-disant importation, l'organisation grandissante des prox�n�tes ou des raisons du m�me ordre. J�ai d�j� parl� de l�importation. Pour ce qui est du prox�n�tisme, aussi abominable que cela puisse para�tre, il faut �tre conscient qu'il ne s'agit l� que d'une phase de la prostitution moderne, une phase qui est accentu�e par la r�pression et la corruption qui r�sultent des croisades occasionnelles contre le mal.

Le prox�n�te compte sans nul doute parmi les plus mis�rables sp�cimens de la famille humaine, mais en quoi est-il plus abject que le policier qui prend le dernier sou de celle qui racole dans la rue avant de la jeter dans la cellule du poste? En quoi le prox�n�te est-il plus criminel ou en quoi constitue-t-il une plus grande menace pour la soci�t� que les propri�taires de magasins ou d'usines qui s'engraissent sur le dos en sueur de leurs victimes jusqu�� ce qu�elles finissent dans la rue? Je ne plaide aucunement en faveur des prox�n�tes mais je n�arrive pas � comprendre pourquoi on les harc�le sans piti� tandis que les vrais responsables de toutes les injustices sociales se voient accorder l�immunit� et sont respect�s. Et puis rappelons aussi que ce n�est pas le prox�n�te qui fait la prostitu�e. C�est la honte et l�hypocrisie de notre soci�t� qui engendrent et prostitu�e et prox�n�te.

Jusqu�en 1894, on n�en savait que tr�s peu en Am�rique sur les prox�n�tes. Nous avons ensuite �t� victimes d�une �pid�mie de vertu. Il fallait abolir le vice et purifier le pays � tout prix. On a donc supprim� la gangr�ne de la vue du public mais l�infection s�est propag�e dans le corps. Les g�rants des bordels ainsi que leurs victimes malchanceuses ont alors �t� livr�s � la police. Des pots-de-vin impensables et des peines de prison ont �t� des cons�quences in�vitables de ces �v�nements.

Par rapport � la protection dont elles b�n�ficiaient dans les bordels o� elles avaient une certaine valeur marchande, les filles se sont retrouv�es dans la rue et � la merci totale de policiers corrompus et avides. D�sesp�r�es, sans d�fenses et en manque d�affection, ces filles sont naturellement devenues des proies id�ales pour les prox�n�tes qui sont eux-m�mes des produits de l�esprit commercial de notre �poque. Le prox�n�tisme est donc la cons�quence directe des pers�cutions de la police, de la corruption et des efforts faits pour supprimer la prostitution. Ce serait de la pure folie que de confondre cette phase moderne du mal social et les propres causes de ce mal.

Une simple �radication et des mises en application barbares ne peuvent que rendre plus am�res et enfoncer les pauvres victimes de l�ignorance et de la b�tise. Cette m�me b�tise s�est surtout exprim�e dans ce projet de loi qui rel�guerait au rang de crime la bienveillance envers les prostitu�es, punissant quiconque logerait une prostitu�e de cinq ans d�emprisonnement et d�une amende de 10 000 $. Un tel �tat de fait d�voile � peine le terrible manque de compr�hension des causes v�ritables de la prostitution en tant que facteur social, et montre bien l�esprit puritain de l��poque de la Lettre �carlate.

Aucun auteur moderne ayant �crit sur le sujet n�omet de mentionner la futilit� extr�me de l�approche l�gislative dans cette affaire. Ainsi, le Dr Blaschko pense que les tentatives de suppression par le gouvernement et les croisades morales ne font que pr�cipiter le mal dans des canaux secrets, le rendant socialement plus dangereux. Havelock Ellis, qui a �tudi� la prostitution de la mani�re la plus approfondie et humaniste de tous, pr�sente une foule de preuves qui d�montrent que plus les moyens de pers�cutions sont rigoureux, pire sont les conditions. Parmi les informations fournies, on apprend qu�en France, � [TRADUCTION] en 1560, Charles IX a aboli les bordels par un �dit, mais cela n�a fait qu�augmenter le nombre des prostitu�es, et parall�lement, de nouvelles formes plus n�fastes de bordels ont vu le jour. Malgr� ou � cause de toute cette l�gislation, la prostitution n�a jou� un r�le aussi manifeste dans aucun autre pays. �*
Note : * SEX AND SOCIETY.


C�est seulement avec une opinion �duqu�e et lib�r�e du harc�lement l�gal ou moral sur les prostitu�es que les conditions pr�sentes pourront s�am�liorer.

L'indiff�rence volontaire et l�ignorance du fl�au en tant que facteur social de la vie moderne ne feront qu'empirer la situation. Nous devons passer outre la mentalit� stupide du � je vaux mieux que les autres � et nous habituer � consid�rer les prostitu�es comme un produit de notre soci�t�. Une telle prise de conscience nous �viterait toute hypocrisie, et nous aiderait � mieux comprendre et � adopter une attitude plus humaniste. Pour ce qui est d��radiquer totalement la prostitution, nous n�y arriverons pas sans une r�vision radicale de toutes les valeurs reconnues � surtout des valeurs morales � ni sans l�abolition de l�esclavage industriel.

Emma Goldman

Note de traduction : Le texte original d�Emma Goldman est en langue germanique, peut-�tre en hollandais. Cette traduction en fran�ais a �t� faite � partir d'une traduction en anglais. Cette derni�re contient des impr�cisions et des incorrections. Il a fallu faire des choix et simplifier certaines id�es afin que le texte soit lisible et garde son sens et sa progression. Une version originale du texte est disponible en cliquant sur le lien suivant : marxists.org

Texte traduit de l'anglais par klaptom�dre de Winnipeg
[english]

Our reformers have suddenly made a great discovery--the white slave traffic. The papers are full of these "unheard of conditions," and lawmakers are already planning a new set of laws to check the horror.

It is significant that whenever the public mind is to be diverted from a great social wrong, a crusade is inaugurated against indecency, gambling, saloons, etc. And what is the result of such crusades? Gambling is increasing, saloons are doing a lively business through back entrances, prostitution is at its height, and the system of pimps and cadets is but aggravated.

How is it that an institution, known almost to every child, should have been discovered so suddenly? How is it that this evil, known to all sociologists, should now be made such an important issue?

To assume that the recent investigation of the white slave traffic (and, by the way, a very superficial investigation) has discovered anything new, is, to say the least, very foolish. Prostitution has been, and is, a widespread evil, yet mankind goes on its business, perfectly indifferent to the sufferings and distress of the victims of prostitution. As indifferent, indeed, as mankind has remained to our industrial system, or to economic prostitution.

Only when human sorrows are turned into a toy with glaring colors will baby people become interested--for a while at least. The people are a very fickle baby that must have new toys every day. The "righteous" cry against the white slave traffic is such a toy. It serves to amuse the people for a little while, and it will help to create a few more fat political jobs--parasites who stalk about the world as inspectors, investigators, detectives, and so forth.

What is really the cause of the trade in women? Not merely white women, but yellow and black women as well. Exploitation, of course; the merciless Moloch of capitalism that fattens on underpaid labor, thus driving thousands of women and girls into prostitution. With Mrs. Warren these girls feel, "Why waste your life working for a few shillings a week in a scullery, eighteen hours a day?"

Naturally our reformers say nothing about this cause. They know it well enough, but it doesn't pay to say anything about it. It is much more profitable to play the Pharisee, to pretend an outraged morality, than to go to the bottom of things.

However, there is one commendable exception among the young writers: Reginald Wright Kauffman, whose work, THE HOUSE OF BONDAGE, is the first earnest attempt to treat the social evil, not from a sentimental Philistine viewpoint. A journalist of wide experience, Mr. Kauffman proves that our industrial system leaves most women no alternative except prostitution. The women portrayed in THE HOUSE OF BONDAGE belong to the working class. Had the author portrayed the life of women in other spheres, he would have been confronted with the same state of affairs.

Nowhere is woman treated according to the merit of her work, but rather as a sex. It is therefore almost inevitable that she should pay for her right to exist, to keep a position in whatever line, with sex favors. Thus it is merely a question of degree whether she sells herself to one man, in or out of marriage, or to many men. Whether our reformers admit it or not, the economic and social inferiority of woman is responsible for prostitution.

Just at present our good people are shocked by the disclosures that in New York City alone, one out of every ten women works in a factory, that the average wage received by women is six dollars per week for forty-eight to sixty hours of work, and that the majority of female wage workers face many months of idleness which leaves the average wage about $280 a year. In view of these economic horrors, is it to be wondered at that prostitution and the white slave trade have become such dominant factors?

Lest the preceding figures be considered an exaggeration, it is well to examine what some authorities on prostitution have to say:

"A prolific cause of female depravity can be found in the several tables, showing the description of the employment pursued, and the wages received, by the women previous to their fall, and it will be a question for the political economist to decide how far mere business consideration should be an apology on the part of employers for a reduction in their rates of remuneration, and whether the savings of a small percentage on wages is not more than counter-balanced by the enormous amount of taxation enforced on the public at large to defray the expenses incurred on account of a system of vice, WHICH IS THE DIRECT RESULT, IN MANY CASES, OF INSUFFICIENT COMPENSATION OF HONEST LABOR."*

Note: * Dr. Sanger, THE HISTORY OF PROSTITUTION.

Our present-day reformers would do well to look into Dr. Sanger's book. There they will find that out of 2,000 cases under his observation, but few came from the middle classes, from well-ordered conditions, or pleasant homes. By far the largest majority were working girls and working women; some driven into prostitution through sheer want, others because of a cruel, wretched life at home, others again because of thwarted and crippled physical natures (of which I shall speak later on). Also it will do the maintainers of purity and morality good to learn that out of two thousand cases, 490 were married women, women who lived with their husbands. Evidently there was not much of a guaranty for their "safety and purity" in the sanctity of marriage.*

Note: * It is a significant fact that Dr. Sanger's book has been excluded from the U. S. mails. Evidently the authorities are not anxious that the public be informed as to the true cause of prostitution.

Dr. Alfred Blaschko, in PROSTITUTION IN THE NINETEENTH CENTURY, is even more emphatic in characterizing economic conditions as one of the most vital factors of prostitution.

"Although prostitution has existed in all ages, it was left to the nineteenth century to develop it into a gigantic social institution. The development of industry with vast masses of people in the competitive market, the growth and congestion of large cities, the insecurity and uncertainty of employment, has given prostitution an impetus never dreamed of at any period in human history."

And again Havelock Ellis, while not so absolute in dealing with the economic cause, is nevertheless compelled to admit that it is indirectly and directly the main cause. Thus he finds that a large percentage of prostitutes is recruited from the servant class, although the latter have less care and greater security. On the other hand, Mr. Ellis does not deny that the daily routine, the drudgery, the monotony of the servant girl's lot, and especially the fact that she may never partake of the companionship and joy of a home, is no mean factor in forcing her to seek recreation and forgetfulness in the gaiety and glimmer of prostitution. In other words, the servant girl, being treated as a drudge, never having the right to herself, and worn out by the caprices of her mistress, can find an outlet, like the factory or shopgirl, only in prostitution.

The most amusing side of the question now before the public is the indignation of our "good, respectable people," especially the various Christian gentlemen, who are always to be found in the front ranks of every crusade. Is it that they are absolutely ignorant of the history of religion, and especially of the Christian religion? Or is it that they hope to blind the present generation to the part played in the past by the Church in relation to prostitution? Whatever their reason, they should be the last to cry out against the unfortunate victims of today, since it is known to every intelligent student that prostitution is of religious origin, maintained and fostered for many centuries, not as a shame but as a virtue, hailed as such by the Gods themselves.

"It would seem that the origin of prostitution is to be found primarily in a religious custom, religion, the great conserver of social tradition, preserving in a transformed shape a primitive freedom that was passing out of the general social life. The typical example is that recorded by Herodotus, in the fifth century before Christ, at the Temple of Mylitta, the Babylonian Venus, where every woman, once in her life, had to come and give herself to the first stranger, who threw a coin in her lap, to worship the goddess. Very similar customs existed in other parts of Western Asia, in North Africa, in Cyprus, and other islands of the Eastern Mediterranean, and also in Greece, where the temple of Aphrodite on the fort at Corinth possessed over a thousand hierodules, dedicated to the service of the goddess.

"The theory that religious prostitution developed, as a general rule, out of the belief that the generative activity of human beings possessed a mysterious and sacred influence in promoting the fertility of Nature, is maintained by all authoritative writers on the subject. Gradually, however, and when prostitution became an organized institution under priestly influence, religious prostitution developed utilitarian sides, thus helping to increase public revenue.

"The rise of Christianity to political power produced little change in policy. The leading fathers of the Church tolerated prostitution. Brothels under municipal protection are found in the thirteenth century. They constituted a sort of public service, the directors of them being considered almost as public servants."*

Note: * Havelock Ellis, SEX AND SOCIETY.

To this must be added the following from Dr. Sanger's work:

"Pope Clement II. issued a bull that prostitutes would be tolerated if they pay a certain amount of their earnings to the Church.

"Pope Sixtus IV. was more practical; from one single brothel, which he himself had built, he received an income of 20,000 ducats."

In modern times the Church is a little more careful in that direction. At least she does not openly demand tribute from prostitutes. She finds it much more profitable to go in for real estate, like Trinity Church, for instance, to rent out death traps at an exorbitant price to those who live off and by prostitution.

Much as I should like to, my space will not admit speaking of prostitution in Egypt, Greece, Rome, and during the Middle Ages. The conditions in the latter period are particularly interesting, inasmuch as prostitution was organized into guilds, presided over by a brothel Queen. These guilds employed strikes as a medium of improving their condition and keeping a standard price. Certainly that is more practical a method than the one used by the modern wage slave in society.

It would be one-sided and extremely superficial to maintain that the economic factor is the only cause of prostitution. There are others no less important and vital. That, too, our reformers know, but dare discuss even less than the institution that saps the very life out of both men and women. I refer to the sex question, the very mention of which causes most people moral spasms.

It is a conceded fact that woman is being reared as a sex commodity, and yet she is kept in absolute ignorance of the meaning and importance of sex. Everything dealing with the subject is suppressed, and persons who attempt to bring light into this terrible darkness are persecuted and thrown into prison. Yet it is nevertheless true that so long as a girl is not to know how to take care of herself, not to know the function of the most important part of her life, we need not be surprised if she becomes an easy prey to prostitution, or to any other form of a relationship which degrades her to the position of an object for mere sex gratification.

It is due to this ignorance that the entire life and nature of the girl is thwarted and crippled. We have long ago taken it as a self-evident fact that the boy may follow the call of the wild; that is to say, that the boy may, as soon has his sex nature asserts itself, satisfy that nature; but our moralists are scandalized at the very thought that the nature of a girl should assert itself. To the moralist prostitution does not consist so much in the fact that the woman sells her body, but rather that she sells it out of wedlock. That this is no mere statement is proved by the fact that marriage for monetary considerations is perfectly legitimate, sanctified by law and public opinion, while any other union is condemned and repudiated. Yet a prostitute, if properly defined, means nothing else than "any person for whom sexual relationships are subordinated to gain."*

Note: * Guyot, LA PROSTITUTION.

"Those women are prostitutes who sell their bodies for the exercise of the sexual act and make of this a profession."*

Note: * Banger, CRIMINALITE ET CONDITION ECONOMIQUE.

In fact, Banger goes further; he maintains that the act of prostitution is "intrinsically equal to that of a man or woman who contracts a marriage for economic reasons."

Of course, marriage is the goal of every girl, but as thousands of girls cannot marry, our stupid social customs condemn them either to a life of celibacy or prostitution. Human nature asserts itself regardless of all laws, nor is there any plausible reason why nature should adapt itself to a perverted conception of morality.

Society considers the sex experiences of a man as attributes of his general development, while similar experiences in the life of a woman are looked upon as a terrible calamity, a loss of honor and of all that is good and noble in a human being. This double standard of morality has played no little part in the creation and perpetuation of prostitution. It involves the keeping of the young in absolute ignorance on sex matters, which alleged "innocence," together with an overwrought and stifled sex nature, helps to bring about a state of affairs that our Puritans are so anxious to avoid or prevent.

Not that the gratification of sex must needs lead to prostitution; it is the cruel, heartless, criminal persecution of those who dare divert from the beaten paths, which is responsible for it.

Girls, mere children, work in crowded, over-heated rooms ten to twelve hours daily at a machine, which tends to keep them in a constant over-excited sex state. Many of these girls have no home or comforts of any kind; therefore the street or some place of cheap amusement is the only means of forgetting their daily routine. This naturally brings them into close proximity with the other sex. It is hard to say which of the two factors brings the girl's over-sexed condition to a climax, but it is certainly the most natural thing that a climax should result. That is the first step toward prostitution. Nor is the girl to be held responsible for it. On the contrary, it is altogether the fault of society, the fault of our lack of understanding, of our lack of appreciation of life in the making; especially is it the criminal fault of our moralists, who condemn a girl for all eternity, because she has gone from the "path of virtue"; that is, because her first sex experience has taken place without the sanction of the Church.

The girl feels herself a complete outcast, with the doors of home and society closed in her face. Her entire training and tradition is such that the girl herself feels depraved and fallen, and therefore has no ground to stand upon, or any hold that will lift her up, instead of dragging her down. Thus society creates the victims that it afterwards vainly attempts to get rid of. The meanest, most depraved and decrepit man still considers himself too good to take as his wife the woman whose grace he was quite willing to buy, even though he might thereby save her from a life of horror. Nor can she turn to her own sister for help. In her stupidity the latter deems herself too pure and chaste, not realizing that her own position is in many respects even more deplorable than her sister's of the street.

"The wife who married for money, compared with the prostitute," says Havelock Ellis, "is the true scab. She is paid less, gives much more in return in labor and care, and is absolutely bound to her master. The prostitute never signs away the right over her own person, she retains her freedom and personal rights, nor is she always compelled to submit to a man's embrace."

Nor does the better-than-thou woman realize the apologist claim of Lecky that "though she may be the supreme type of vice, she is also the most efficient guardian of virtue. But for her, happy homes would be polluted, unnatural and harmful practice would abound."

Moralists are ever ready to sacrifice one-half of the human race for the sake of some miserable institution which they can not outgrow. As a matter of fact, prostitution is no more a safeguard for the purity of the home than rigid laws are a safeguard against prostitution. Fully fifty per cent. of married men are patrons of brothels. It is through this virtuous element that the married women--nay, even the children--are infected with venereal diseases. Yet society has not a word of condemnation for the man, while no law is too monstrous to be set in motion against the helpless victim. She is not only preyed upon by those who use her. but she is also absolutely at the mercy of every policeman and miserable detective on the beat, the officials at the station house, the authorities in every prison.

In a recent book by a woman who was for twelve years the mistress of a "house," are to be found the following figures: "The authorities compelled me to pay every month fines between $14.70 to $29.70, the girls would pay from $5.70 to $9.70 to the police." Considering that the writer did her business in a small city, that the amounts she gives do not include extra bribes and fines, one can readily see the tremendous revenue the police department derives from the blood money of its victims, whom it will not even protect. Woe to those who refuse to pay their toll; they would be rounded up like cattle, "if only to make a favorable impression upon the good citizens of the city, or if the powers needed extra money on the side. For the warped mind who believes that a fallen woman is incapable of human emotion it would be impossible to realize the grief, the disgrace, the tears, the wounded pride that was ours every time we were pulled in."

Strange, isn't it, that a woman who has a kept a "house" should be able to feel that way? But stranger still that a good Christian world should bleed and fleece such women, and give them nothing in return except obloquy and persecution. Oh, for the charity of a Christian world!

Much stress is laid on white slaves being imported into America. How would America ever retain her virtue if Europe did not help her out? I will not deny that this may be the case in some instances, any more than I will deny that there are emissaries of Germany and other countries luring economic slaves into America; but I absolutely deny that prostitution is recruited to any appreciable extent from Europe. It may be true that the majority of prostitutes in New York City are foreigners, but that is because the majority of the population is foreign. The moment we go to any other American city, to Chicago or the Middle West, we shall find that the number of foreign prostitutes is by far a minority.

Equally exaggerated is the belief that the majority of street girls in this city were engaged in this business before they came to America. Most of the girls speak excellent English, are Americanized in habits and appearance,--a thing absolutely impossible unless they had lived in this country many years. That is, they were driven into prostitution by American conditions, by the thoroughly American custom for excessive display of finery and clothes, which, of course, necessitates money,--money that cannot be earned in shops or factories.

In other words, there is no reason to believe that any set of men would go to the risk and expense of getting foreign products, when American conditions are overflooding the market with thousands of girls. On the other hand, there is sufficient evidence to prove that the export of American girls for the purpose of prostitution is by no means a small factor.

Thus Clifford G. Roe, ex-Assistant State Attorney of Cook County, Ill., makes the open charge that New England girls are shipped to Panama for the express use of men in the employ of Uncle Sam. Mr. Roe adds that "there seems to be an underground railroad between Boston and Washington which many girls travel." Is it not significant that the railroad should lead to the very seat of Federal authority? That Mr. Roe said more than was desired in certain quarters is proved by the fact that he lost his position. It is not practical for men in office to tell tales from school.

The excuse given for the conditions in Panama is that there are no brothels in the Canal Zone. That is the usual avenue of escape for a hypocritical world that dares not face the truth. Not in the Canal Zone, not in the city limits,--therefore prostitution does not exist.

Next to Mr. Roe, there is James Bronson Reynolds, who has made a thorough study of the white slave traffic in Asia. As a staunch American citizen and friend of the future Napoleon of America, Theodore Roosevelt, he is surely the last to discredit the virtue of his country. Yet we are informed by him that in Hong Kong, Shanghai, and Yokohama, the Augean stables of American vice are located. There American prostitutes have made themselves so conspicuous that in the Orient "American girl" is synonymous with prostitute. Mr. Reynolds reminds his countrymen that while Americans in China are under the protection of our consular representatives, the Chinese in America have no protection at all. Every one who knows the brutal and barbarous persecution Chinese and Japanese endure on the Pacific Coast, will agree with Mr. Reynolds.

In view of the above facts it is rather absurd to point to Europe as the swamp whence come all the social diseases of America. Just as absurd is it to proclaim the myth that the Jews furnish the largest contingent of willing prey. I am sure that no one will accuse me of nationalistic tendencies. I am glad to say that I have developed out of them, as out of many other prejudices. If, therefore, I resent the statement that Jewish prostitutes are imported, it is not because of any Judaistic sympathies, but because of the facts inherent in the lives of these people. No one but the most superficial will claim that Jewish girls migrate to strange lands, unless they have some tie or relation that brings them there. The Jewish girl is not adventurous. Until recent years she had never left home, not even so far as the next village or town, except it were to visit some relative. Is it then credible that Jewish girls would leave their parents or families, travel thousands of miles to strange lands, through the influence and promises of strange forces? Go to any of the large incoming steamers and see for yourself if these girls do not come either with their parents, brothers, aunts, or other kinsfolk. There may be exceptions, of course, but to state that large numbers of Jewish girls are imported for prostitution, or any other purpose, is simply not to know Jewish psychology.

Those who sit in a glass house do wrong to throw stones about them; besides, the American glass house is rather thin, it will break easily, and the interior is anything but a gainly sight.

To ascribe the increase in prostitution to alleged importation, to the growth of the cadet system, or similar causes, is highly superficial. I have already referred to the former. As to the cadet system, abhorrent as it is, we must not ignore the fact that it is essentially a phase of modern prostitution,--a phase accentuated by suppression and graft, resulting from sporadic crusades against the social evil.

The procurer is no doubt a poor specimen of the human family, but in what manner is he more despicable than the policeman who takes the last cent from the street walker, and then locks her up in the station house? Why is the cadet more criminal, or a greater menace to society, than the owners of department stores and factories, who grow fat on the sweat of their victims, only to drive them to the streets? I make no plea for the cadet, but I fail to see why he should be mercilessly hounded, while the real perpetrators of all social iniquity enjoy immunity and respect. Then, too, it is well to remember that it is not the cadet who makes the prostitute. It is our sham and hypocrisy that create both the prostitute and the cadet.

Until 1894 very little was known in America of the procurer. Then we were attacked by an epidemic of virtue. Vice was to be abolished, the country purified at all cost. The social cancer was therefore driven out of sight, but deeper into the body. Keepers of brothels, as well as their unfortunate victims, were turned over to the tender mercies of the police. The inevitable consequence of exorbitant bribes, and the penitentiary, followed.

While comparatively protected in the brothels, where they represented a certain monetary value, the girls now found themselves on the street, absolutely at the mercy of the graft-greedy police. Desperate, needing protection and longing for affection, these girls naturally proved an easy prey for cadets, themselves the result of the spirit of our commercial age. Thus the cadet system was the direct outgrowth of police persecution, graft, and attempted suppression of prostitution. It were sheer folly to confound this modern phase of the social evil with the causes of the latter.

Mere suppression and barbaric enactments can serve but to embitter, and further degrade, the unfortunate victims of ignorance and stupidity. The latter has reached its highest expression in the proposed law to make humane treatment of prostitutes a crime, punishing any one sheltering a prostitute with five years' imprisonment and $10,000 fine. Such an attitude merely exposes the terrible lack of understanding of the true causes of prostitution, as a social factor, as well as manifesting the Puritanic spirit of the Scarlet Letter days.

There is not a single modern writer on the subject who does not refer to the utter futility of legislative methods in coping with the issue. Thus Dr. Blaschko finds that governmental suppression and moral crusades accomplish nothing save driving the evil into secret channels, multiplying its dangers to society. Havelock Ellis, the most thorough and humane student of prostitution, proves by a wealth

Note : "Source : L'En Dehors"

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